Bourbaki

§ 1. Nombres complexes; quaternions

1. Définition des nombres complexes

Le polynôme X2+1X^2 + 1 n’a pas de racine dans R\mathbf{R}, puisqu’on a x2+1⩾1x^2 + 1 \geqslant 1 quel que soit x∈Rx \in \mathbf{R}; il est donc irréductible dans R\mathbf{R}. C’est là d’ailleurs un cas particulier du résultat analogue qui s’applique à tout corps ordonné (A, VI, § 2).

Définition 1

On appelle corps des nombres complexes, et on désigne par C\mathbf{C}, le corps (commutatif) R[X]/(X2+1)\mathbf{R}[X]/(X^2 + 1); on désigne par ii l’image canonique de XX dans C\mathbf{C}, de sorte que C\mathbf{C} est obtenu par adjonction algébrique au corps R\mathbf{R} de la racine ii du polynôme X2+1X^2 + 1; les éléments de C\mathbf{C} sont appelés nombres complexes.

Du point de vue algébrique, l’intérêt du corps C\mathbf{C} provient du théorème fondamental suivant:

Théorème 1 (théorème de d’Alembert-Gauss)

Le corps C\mathbf{C} des nombres complexes est algébriquement clos.

Pour le démontrer, il suffit (A, VI, § 2, n° 6, th. 3) d’établir que: 1° tout élément ⩾0\geqslant 0 a une racine carrée dans R\mathbf{R}; 2° tout polynôme de degré impair à coefficients dans R\mathbf{R} possède au moins une racine dans R\mathbf{R}. Nous avons déjà démontré la première de ces propositions (IV, p. 12). D’autre part, si f(X)=a0Xn+a1X1+⋯+anf(X) = a_0 X^n + a_1 X^1 + \cdots + a_n est un polynôme de degré nn impair (a0≠0a_0 \neq 0) à coefficients réels, on peut écrire pour x≠0x \neq 0, f(x)=a0xng(x)f(x) = a_0 x^n g(x), où g(x)=1+a1/a0x+⋯+an/a0xng(x) = 1 + a_1 / a_0 x + \cdots + a_n / a_0 x^n tend vers +1+1 lorsque xx tend vers +∞+\infty ou −∞-\infty. Il existe donc un nombre a>0a > 0 tel que f(a)f(a) ait le signe de a0a_0 et f(−a)f(-a) le signe de −a0-a_0; d’après le th. de Bolzano (IV, p. 28, th. 2), ff a au moins une racine dans (−a,a)(-a, a).

Remarque 1

On peut démontrer le th. I sans utiliser la théorie des corps ordonnés, en se servant des propriétés de la topologie du corps C\mathbf{C}, qui va être définie ci-dessous (VIII, p. 3): voir VIII, p. 22, exerc. 2, et aussi la partie de ce Traité consacrée à la Topologie algébrique, où le théorème de d’Alembert-Gauss sera démontré comme conséquence de résultats sur le degré d’application.

Remarque 2

Comme C\mathbf{C} est de degré 2 par rapport à R\mathbf{R}, on voit que C\mathbf{C} est, à isomorphisme près, la seule extension algébrique de R\mathbf{R} distincte de R\mathbf{R}, et qu’il n’existe pas de corps contenu dans C\mathbf{C} et contenant R\mathbf{R}, distinct de R\mathbf{R} et de C\mathbf{C}.

On sait (A, V, § 3) que R\mathbf{R} peut être identifié à un sous-corps de C\mathbf{C}, et que tout élément z∈Cz \in \mathbf{C} peut se mettre d’une manière et d’une seule sous la forme x+iyx + iy, où xx et yy sont réels; xx est appelé partie réelle de zz et se note R(z)\mathscr{R}(z), yy partie imaginaire de zz et se note I(z)\mathscr{I}(z); les nombres complexes de la forme iyiy (yy réels) sont dits imaginaires purs. La relation x+iy=0x + iy = 0 (xx et yy réels) est équivalente à « x=0x = 0 et y=0y = 0 ».

Comme i2=−1i^2 = -1, les éléments de C\mathbf{C}, donnés par leurs parties réelles et imaginaires, satisfont aux règles de calcul suivantes:

(1)

(x+iy)+(x′+iy′)=(x+x′)+i(y+y′), (x + iy) + (x' + iy') = (x + x') + i(y + y'),

(2)

(x+iy)(x′+iy′)=(xx′−yy′)+i(xy′+yx′). (x + iy)(x' + iy') = (xx' - yy') + i(xy' + yx').

En particulier (x+iy)(x−iy)=x2+y2∈R(x + iy)(x - iy) = x^2 + y^2 \in \mathbf{R}; d’où, si x+iy≠0x + iy \neq 0,

(3)

1x+iy=xx2+y2−iyx2+y2. \frac{1}{x + iy} = \frac{x}{x^2 + y^2} - i \frac{y}{x^2 + y^2}.

La seconde racine du polynôme X2+1X^2 + 1 dans C\mathbf{C} est −i-i; par suite (A, V, § 6, n° 2) le seul automorphisme de C\mathbf{C}, distinct de l’application identique, et qui laisse invariants les nombres réels, est l’application faisant correspondre à tout nombre complexe z=x+iyz = x + iy le nombre complexe x−iyx - iy, qu’on note z‾\overline{z}, et qu’on appelle (conformément aux définitions générales) le nombre complexe conjugué de zz. On a R(z)=12(z+z‾)\mathscr{R}(z) = \frac{1}{2}(z + \overline{z}), I(z)=12i(z−z‾)\mathscr{I}(z) = \frac{1}{2i}(z - \overline{z}). En vertu de cet automorphisme, si f(z)f(z) est un polynôme à coefficients réels, on a f(z‾)=f(z)‾f(\overline{z}) = \overline{f(z)} pour tout z∈Cz \in \mathbf{C}.

Le nombre réel zz‾=x2+y2z \overline{z} = x^2 + y^2 s’appelle la norme algébrique de zz (ou simplement la norme de zz lorsque aucune confusion n’est possible); c’est un nombre ⩾0\geqslant 0, qui n’est nul que si z=0z = 0. Le nombre positif zz‾=x2+y2\sqrt{z \overline{z}} = \sqrt{x^2 + y^2} se réduit à la valeur absolue de zz lorsque zz est réel; on l’appelle encore valeur absolue de zz et on le note ∣z∣|z| lorsque zz est un nombre complexe quelconque (cf. A, VI, § 2, n° 6). La relation ∣z∣=0|z| = 0 équivaut à z=0z = 0. Si zz et z′z' sont deux nombres complexes, le conjugué de zz′zz' est z‾.z‾′\overline{z}.\overline{z}', donc ∣zz′∣2=zz′z‾z‾′=∣z∣2∣z′∣2|zz'|^2 = zz'\overline{z}\overline{z}' = |z|^2|z'|^2, d’où ∣zz′∣=∣z∣.∣z′∣|zz'| = |z|.|z'|: la valeur absolue d’un produit est le produit des valeurs absolues des facteurs. En particulier, si z≠0z \neq 0 et z′=1/zz' = 1/z, on a ∣1/z∣=1/∣z∣|1/z| = 1/|z|.

Enfin, quels que soient les nombres complexes z,z′z, z', on a l’inégalité du triangle:

(4)

∣z+z′∣⩽∣z∣+∣z′∣. |z + z'| \leqslant |z| + |z'|.

2. Topologie de C\mathbf{C}

L’application (x,y)↦x+iy(x, y) \mapsto x + iy du plan numérique R2\mathbf{R}^2 sur C\mathbf{C} est bijective; au moyen de cette application, on peut transporter à C\mathbf{C} la topologie de R2\mathbf{R}^2 (cf. VI, p. 1). La topologie ainsi définie sur C\mathbf{C} est compatible avec la structure de corps de C\mathbf{C} (III, p. 54), car elle est compatible avec sa structure d’anneau (VI, p. 6) et, d’après (3), 1/z1/z est continue dans le complémentaire C∗\mathbf{C}^* du point 0 dans C\mathbf{C}.

En munissant l’ensemble C\mathbf{C} de cette topologie et de la structure de corps définie plus haut (VIII, p. 1), on définit donc sur C\mathbf{C} une structure de corps topologique (III, p. 54); quand nous parlerons de la topologie de C\mathbf{C}, c’est toujours de la topologie précédente qu’il sera question.

Dans la suite, on identifiera le plus souvent les ensembles C\mathbf{C} et R2\mathbf{R}^2, considérés comme espaces topologiques; le sous-corps R\mathbf{R} de C\mathbf{C} se trouve alors identifié avec l’axe des abscisses de R2\mathbf{R}^2, qu’on appelle pour cette raison axe réel; on appelle de même axe imaginaire l’axe des ordonnées de R2\mathbf{R}^2 (on notera que ce n’est pas un sous-corps de C\mathbf{C}). La demi-droite de paramètres (1,0)(1, 0) (identifiée à R+\mathbf{R}_+) est dite demi-axe réel positif; la demi-droite opposée, de paramètres (−1,0)(-1, 0), demi-axe réel négatif.

Pour illustrer par des figures ce qui sera dit de C\mathbf{C} ou de R2\mathbf{R}^2, on utilisera la représentation (bien connue en géométrie élémentaire) de R2\mathbf{R}^2 par les points d’un plan où l’on a tracé deux axes de coordonnées rectangulaires, qui représentent respectivement l’axe réel et l’axe imaginaire de C\mathbf{C} (fig. 7).

!Figure 7

Figure 7

Comme dans tout corps topologique, toute fonction rationnelle de nn variables complexes, à coefficients complexes, est continue en tout point de Cn\mathbf{C}^n où son dénominateur n’est pas nul.

La permutation z↦z‾z \mapsto \overline{z} de C\mathbf{C} est continue; c’est donc un automorphisme du corps topologique C\mathbf{C}.

On peut d’ailleurs montrer que c’est le seul automorphisme du corps topologique C\mathbf{C}, distinct de l’automorphisme identique (voir VIII, p. 25, exerc. 4).

Les fonctions ℜ(z),I(z)\Re(z), \mathscr{I}(z) ne sont autres que les fonctions projections dans R2\mathbf{R}^2; elles sont donc continues; il en est de même de la valeur absolue ∣z∣|z|, qui n’est autre que la norme euclidienne (VI, p. 7) du point (x,y)(x, y) dans R2\mathbf{R}^2.

Les propriétés de la valeur absolue permettent de donner une autre démonstration du fait que la topologie de C\mathbf{C} est compatible avec la structure de corps de C\mathbf{C}.

(cf. IX, p. 28). En effet, la continuité de z+z′z + z' résulte de l’inégalité du triangle

∣z+z′∣≤∣z∣+∣z′∣; |z + z'| \leq |z| + |z'|;
la continuité de zz′zz' résulte de la relation
∣zz′−z0z0′∣=∣z0(z′−z0′)+(z−z0)z0′+(z−z0)(z′−z0′)∣≤∣z0∣⋅∣z′−z0′∣+∣z0′∣⋅∣z−z0∣+∣z−z0∣⋅∣z′−z0′∣. |zz' - z_0 z'_0| = |z_0(z' - z'_0) + (z - z_0)z'_0 + (z - z_0)(z' - z'_0)| \\ \leq |z_0| \cdot |z' - z'_0| + |z'_0| \cdot |z - z_0| + |z - z_0| \cdot |z' - z'_0|.
Enfin, la continuité de z−1z^{-1} résulte de la relation
∣z0−1−z−1∣=∣z∣−1⋅∣z−z0∣⋅∣z0∣−1. |z_0^{-1} - z^{-1}| = |z|^{-1} \cdot |z - z_0| \cdot |z_0|^{-1}.

3. Le groupe multiplicatif C∗\mathbf{C}^*

On sait (III, p. 55) que la topologie induite sur le groupe multiplicatif C∗\mathbf{C}^* des nombres complexes ≠0\neq 0 est compatible avec la structure de groupe de C∗\mathbf{C}^*; comme C∗\mathbf{C}^* est ouvert dans C\mathbf{C}, C∗\mathbf{C}^* est un groupe topologique localement compact (I, p. 66, prop. 13), donc complet (pour la structure uniforme multiplicative, bien entendu; cf. III, p. 56, prop. 8). Le groupe multiplicatif R+∗\mathbf{R}_+^* des nombres réels >0> 0 est un sous-groupe fermé de C∗\mathbf{C}^*. Un autre sous-groupe est formé de l’ensemble U\mathbf{U} des nombres complexes de valeur absolue égale à 1, qui est identifié avec le cercle unité S1\mathbf{S}_1 de R2\mathbf{R}^2, et est par suite un groupe compact. En outre:

Proposition 1

Le groupe topologique* C∗\mathbf{C}^* est le produit direct de ses sous-groupes R+∗\mathbf{R}_+^* et U\mathbf{U}.

En effet, l’application (t,u)↦tu(t, u) \mapsto tu est un homéomorphisme de R+∗×U\mathbf{R}_+^* \times \mathbf{U} sur C∗\mathbf{C}^* (VI, p. 10, prop. 3); il est immédiat d’autre part que c’est un isomorphisme du groupe produit R+∗×U\mathbf{R}_+^* \times \mathbf{U} sur C∗\mathbf{C}^*.

Nous savons que le groupe topologique R+∗\mathbf{R}_+^* est isomorphe au groupe additif R\mathbf{R} (V, p. 11, th. 1); l’étude du groupe topologique C∗\mathbf{C}^* est donc ramenée à celle du groupe U\mathbf{U}, que nous ferons au § 2.

4. Le corps des quaternions

On note H\mathbf{H} l’*algèbre des quaternions de Hamilton*, c’est-à-dire (A, III, p. 19) la R\mathbf{R}-algèbre dont l’espace vectoriel sous-jacent est R4\mathbf{R}^4 et dont la table de multiplication de la base canonique (notée (1,i,j,k)(1, i, j, k)), est donnée par les formules suivantes:

12=1,1i=i1=i,1j=j1=j,1k=k1=k,i2=j2=k2=−1,ij=−ji=k,jk=−kj=i,ki=−ik=j. \begin{align*} 1^2 &= 1, & 1i &= i1 = i, & 1j &= j1 = j, & 1k &= k1 = k, \\ i^2 &= j^2 = k^2 = -1, & ij &= -ji = k, & jk &= -kj = i, & ki &= -ik = j. \end{align*}
On identifie R\mathbf{R} au sous-corps R1\mathbf{R}1 de H\mathbf{H} et C\mathbf{C} au sous-corps de H\mathbf{H} formé des quaternions de la forme a+bia + bi, pour a,ba, b dans R\mathbf{R}. Tout quaternion x∈Hx \in \mathbf{H} s’écrit x=x0+x1i+x2j+x3k=z0+z1j=z0+jz‾1x = x_0 + x_1 i + x_2 j + x_3 k = z_0 + z_1 j = z_0 + j \overline{z}_1, avec x0,x1,x2,x3x_0, x_1, x_2, x_3 dans R\mathbf{R}, et z0,z1z_0, z_1 dans C\mathbf{C}; on pose
x‾=x0−x1i−x2j−x3k=z‾0−z1j,T(x)=x+x‾=2x0=z0+z‾0,N(x)=x⋅x‾=x02+x12+x22+x32=z0z‾0+z1z‾1. \begin{align*} \overline{x} &= x_0 - x_1 i - x_2 j - x_3 k = \overline{z}_0 - z_1 j, \\ T(x) &= x + \overline{x} = 2x_0 = z_0 + \overline{z}_0, \\ N(x) &= x \cdot \overline{x} = x_0^2 + x_1^2 + x_2^2 + x_3^2 = z_0 \overline{z}_0 + z_1 \overline{z}_1. \end{align*}

On dit que N(x)N(\mathbf{x}) est la norme (algébrique) de x\mathbf{x}; c’est le carré de sa norme euclidienne ∣x∣|\mathbf{x}| dans R4\mathbf{R}^4; on a N(xy)=N(x)N(y)N(xy) = N(x)N(y). Il résulte de ce qui précède que H\mathbf{H} est un corps (non commutatif), l’inverse du quaternion non nul x\mathbf{x} étant x‾/N(x)\overline{\mathbf{x}}/N(\mathbf{x}). Le centre de H\mathbf{H} est R\mathbf{R}, et il résulte de A, VIII, § 11, th. 2 que toute R\mathbf{R}-algèbre de rang fini qui est un corps non commutatif est isomorphe à H\mathbf{H}.

La topologie de H=R4\mathbf{H} = \mathbf{R}^4 est compatible avec sa structure de corps; elle est en effet compatible avec sa structure d’anneau d’après VI, p. 6, et les coordonnées de l’inverse x−1\mathbf{x}^{-1} d’un quaternion non nul x\mathbf{x} sont des fonctions rationnelles; donc continues, des coordonnées de x\mathbf{x}.

Nous obtenons ainsi un troisième exemple de corps topologique localement compact et connexe, les deux autres étant R\mathbf{R} et C\mathbf{C}; on peut montrer que ce sont, à isomorphisme près, les seuls corps topologiques ayant ces deux propriétés (AC, VI, § 9, n° 3, cor. du th. 1).

L’ensemble des quaternions de norme 1, identique à la sphère S3\mathbf{S}_3, est un sous-groupe compact du groupe multiplicatif H∗\mathbf{H}^* des quaternions non nuls.

Proposition 2

Le groupe topologique H∗\mathbf{H}^* des quaternions ≠0\neq 0 est le produit direct de ses sous-groupes R+∗\mathbf{R}_+^* et S3\mathbf{S}_3.

En effet, l’application (t,z)↦tz(t, \mathbf{z}) \mapsto t\mathbf{z} de R+∗×S3\mathbf{R}_+^* \times \mathbf{S}_3 dans H∗\mathbf{H}^* est un homéomorphisme d’après VI, p. 10, et c’est un homomorphisme de groupes.

Si x=z0+z1j∈H\mathbf{x} = z_0 + z_1 j \in \mathbf{H}, avec z0,z1z_0, z_1 dans C\mathbf{C}, on a N(x)=z0z‾0+z1z‾1N(\mathbf{x}) = z_0 \overline{z}_0 + z_1 \overline{z}_1. Il s’ensuit que NN est une forme hermitienne positive non dégénérée sur le C\mathbf{C}-espace vectoriel H\mathbf{H} (A, IX, §7, n° 1); notons SU(N)\mathbf{SU}(N) le groupe spécial unitaire correspondant. Si on identifie H\mathbf{H} à C2\mathbf{C}^2 à l’aide de la base (1,j)(1, j), le groupe SU(N)\mathbf{SU}(N) s’identifie alors au groupe SU(2,C)\mathbf{SU}(2, \mathbf{C}).

Proposition 3

L’application qui associe à chaque q∈S3\mathbf{q} \in \mathbf{S}_3 l’endomorphisme*

x↦xq−1=xq‾ \mathbf{x} \mapsto \mathbf{xq}^{-1} = \mathbf{x}\overline{\mathbf{q}}
*du C\mathbf{C}-espace vectoriel H\mathbf{H} est un isomorphisme du groupe S3\mathbf{S}_3 sur le groupe spécial unitaire SU(N)\mathbf{SU}(N).

Soit q∈S3\mathbf{q} \in \mathbf{S}_3; posons aq(x)=xq−1a_q(\mathbf{x}) = \mathbf{xq}^{-1} pour x∈H\mathbf{x} \in \mathbf{H}. Comme N(aq(x))=N(x)N(a_q(\mathbf{x})) = N(\mathbf{x}) pour x∈H\mathbf{x} \in \mathbf{H}, l’endomorphisme aqa_q appartient au groupe unitaire U(N)\mathbf{U}(N). D’autre part, d’après A, III, p. 111, ex. 2, le déterminant de aqa_q est égal à 1, de sorte que q↦aq\mathbf{q} \mapsto a_q est un homomorphisme de groupes de S3\mathbf{S}_3 dans SU(N)\mathbf{SU}(N). Celui-ci est injectif, puisque q=aq(1)−1\mathbf{q} = a_q(1)^{-1}. Soit enfin u∈SU(N)u \in \mathbf{SU}(N); posons q=u(1)\mathbf{q} = u(1). On a

N(q)=N(u(1))=N(1)=1, N(\mathbf{q}) = N(u(1)) = N(1) = 1,
donc q∈S3\mathbf{q} \in \mathbf{S}_3; posons v=aq−1∘uv = a_q^{-1} \circ u. On a v∈SU(N)v \in \mathbf{SU}(N) et v(1)=1v(1) = 1. Il s’ensuit que vv laisse stable l’orthogonal Cj\mathbf{C}j de 1 pour la forme NN, donc que l’on a v(j)=zjv(j) = zj avec z∈Cz \in \mathbf{C}; mais cela implique z=det⁡(v)=1z = \det(v) = 1, soit v=1v = 1, c’est-à-dire u=aqu = a_q.

Soit H0\mathbf{H}_0 le sous-R\mathbf{R}-espace vectoriel de H\mathbf{H} formé des quaternions x\mathbf{x} purs, c’est-à-dire tels que T(x)=0T(\mathbf{x}) = 0. Notons N0N_0 la restriction à H0\mathbf{H}_0 de la forme quadratique NN et SO(N0)\mathbf{SO}(N_0) le groupe spécial orthogonal correspondant (A, IX, §6, n° 2). Si on identifie H0\mathbf{H}_0 à R3\mathbf{R}^3 à l’aide de la base (i,j,k)(i, j, k), le groupe SO(N0)\mathbf{SO}(N_0) s’identifie au groupe spécial orthogonal SO(3,R)\mathbf{SO}(3, \mathbf{R}) de la forme quadratique

(x1,x2,x3)↦x12+x22+x32. (x_1, x_2, x_3) \mapsto x_1^2 + x_2^2 + x_3^2.

Soit q∈H∗q \in \mathbf{H}^* et x∈Hx \in \mathbf{H}; d’après A, III, p. 16, formule (17), on a T(qxq−1)=T(x)T(qxq^{-1}) = T(x), de sorte que qxq−1qxq^{-1} est pur lorsque xx l’est.

Proposition 4

L’application qui associe à chaque q∈S3q \in S_3 l’endomorphisme x↦qxq−1=qxqˉx \mapsto qxq^{-1} = q x \bar{q} de l’espace H0\mathbf{H}_0 des quaternions purs est un homomorphisme surjectif du groupe S3S_3 sur le groupe spécial orthogonal SO(N0)\mathbf{SO}(N_0); son noyau est formé des quaternions 11 et −1-1.

Soit q∈S3q \in S_3; posons bq(x)=qxq−1b_q(x) = qxq^{-1} pour x∈H0x \in \mathbf{H}_0. Comme N(bq(x))=N(x)N(b_q(x)) = N(x) pour x∈H0x \in \mathbf{H}_0, l’endomorphisme bqb_q de H0\mathbf{H}_0 appartient au groupe orthogonal O(N)\mathbf{O}(N). D’autre part, l’espace vectoriel H\mathbf{H} est somme directe de R\mathbf{R} et de H0\mathbf{H}_0, et l’endomorphisme x↦qxq−1x \mapsto qxq^{-1} de H\mathbf{H} est somme directe de bqb_q et de l’automorphisme identique de R\mathbf{R}; d’après A, III, p. 111, ex. 2, le déterminant de bqb_q est donc égal à 1, et q↦bqq \mapsto b_q est un homomorphisme du groupe S3S_3 dans le groupe spécial orthogonal SO(N0)\mathbf{SO}(N_0). Le noyau KK de cet homomorphisme est formé des éléments de S3S_3 qui commutent à tous les éléments de H0\mathbf{H}_0, donc qui appartiennent au centre de H\mathbf{H}; comme ce centre est égal à R\mathbf{R}, on a K=S3∩R={−1,1}K = S_3 \cap \mathbf{R} = \{-1, 1\}.

Il nous reste à prouver que tout élément uu de SO(N0)\mathbf{SO}(N_0) est de la forme bqb_q pour un élément convenable qq de S3S_3. Supposons d’abord que l’on ait u(i)=iu(i) = i. Alors uu laisse stable l’orthogonal Rj+Rk=CjRj + Rk = Cj de ii et induit sur cet espace un élément uu du groupe spécial orthogonal de la forme induite par N0N_0, c’est-à-dire de la forme zj↦∣z∣2zj \mapsto |z|^2; il existe donc un élément a∈Ua \in U tel que uˉ(zj)=azj\bar{u}(zj) = azj. Soit q∈Uq \in U tel que q2=aq^2 = a; on a

bq(zj)=qzjq−1=qzjqˉ=qzqj=azj=uˉ(zj); b_q(zj) = qzjq^{-1} = qzj\bar{q} = qzqj = azj = \bar{u}(zj);

comme bq(i)=ib_q(i) = i, cela implique u=bqu = b_q. Traitons maintenant le cas général. On a u(i)2=−1u(i)^2 = -1, et ii et u(i)u(i) engendrent deux sous-corps isomorphes de H\mathbf{H}. D’après le théorème de Skolem-Noether (A, VIII, §10, n° 1, th. 1), il existe q∈H∗q \in \mathbf{H}^* tel que u(i)=qiqˉ−1u(i) = qi\bar{q}^{-1}; remplaçant qq par q/∣q∣q/|q|, on peut supposer q∈S3q \in S_3. D’après ce qui précède, il existe q′∈S3q' \in S_3 tel que bq′−1∘u=bq′b_{q'}^{-1} \circ u = b_{q'}, donc u=bqq′u = b_{qq'}, ce qui achève la démonstration.

Corollaire

L’application qui associe à chaque (q,q′)∈S3×S3(q, q') \in S_3 \times S_3 l’endomorphisme x↦qxq′−1=qxqˉ′x \mapsto qx{q'}^{-1} = qx\bar{q}' du R\mathbf{R}-espace vectoriel H\mathbf{H} est un homomorphisme surjectif du groupe produit S3×S3S_3 \times S_3 sur le groupe spécial orthogonal SO(4,R)\mathbf{SO}(4, \mathbf{R}) de la forme quadratique NN; son noyau est formé des couples (1,1)(1, 1) et (−1,−1)(-1, -1).

Soit (q,q′)∈S3×S3(q, q') \in S_3 \times S_3; posons cq,q′(x)=qxq′−1c_{q,q'}(x) = qx{q'}^{-1} pour x∈Hx \in \mathbf{H}. On voit comme ci-dessus que (q,q′)↦cq,q′(q, q') \mapsto c_{q,q'} est un homomorphisme du groupe produit S3×S3S_3 \times S_3 dans le groupe spécial orthogonal SO(N)\mathbf{SO}(N). Si cq,q′=1c_{q,q'} = 1, on a en particulier cq,q′(1)=1c_{q,q'}(1) = 1, donc q=q′q = q', et la restriction de cq,q′c_{q,q'} à H0\mathbf{H}_0 est l’endomorphisme bqb_q; on a bq=1b_q = 1, donc q=1q = 1 ou q=−1q = -1. Il reste à prouver que tout élément uu de SO(N)\mathbf{SO}(N) est de la forme cq,q′c_{q,q'}. Supposons d’abord que u(1)=1u(1) = 1; alors uu laisse stable l’orthogonal H0\mathbf{H}_0 de 1 et induit sur H0\mathbf{H}_0 un élément de SO(N0)\mathbf{SO}(N_0); d’après la proposition 4, il existe donc q∈S3q \in S_3 tel que u=cq,qu = c_{q,q}. Dans le cas général, posons v=c1,u(1)−1∘uv = c_{1,u(1)^{-1}} \circ u; on a v(1)=1v(1) = 1; il existe donc q∈S3q \in S_3 tel que v=cq,qv = c_{q,q}, et on a u=cq,u(1)qu = c_{q,u(1)q}.

Remarque 1

A l’aide des relations ∥x+y∥≤∥x∥+∥y∥\| x + y \| \leq \| x \| + \| y \| et ∥xy∥=∥x∥.∥y∥\| xy \| = \| x \| . \| y \|, on peut démontrer directement, comme plus haut pour le corps des nombres complexes, que la topologie de R4\mathbf{R}^4 est compatible avec la structure de corps de H\mathbf{H} (cf. IX, p. 28).

Remarque 2

Sur les sphères S0,S1S_0, S_1 et S3S_3, il existe, d’après ce qui précède, une structure de groupe compatible avec leur topologie. Inversement, on peut montrer que tout groupe topologique homéomorphe à une sphère SnS_n est isomorphe à l’un des groupes topologiques S0,S1S_0, S_1 ou S3S_3.

Remarque 3

Tout point du groupe S3S_3 possède un voisinage homéomorphe à R3\mathbf{R}^3 (VI, p. 11, cor. 2), mais S3S_3 n’est pas localement isomorphe au groupe R3\mathbf{R}^3, sans quoi, étant connexe, il serait commutatif (VII, p. 13, th. 1), ce qui n’est pas le cas puisque ii et jj appartiennent à S3S_3 et que ij≠jiij \neq ji.

Remarque 4

Si l’on munit les groupes SU(N),SO(N0)\mathbf{SU}(N), \mathbf{SO}(N_0) et SO(N)\mathbf{SO}(N) des topologies induites par celle du groupe linéaire GL(4,R)\mathbf{GL}(4, \mathbf{R}), et les groupes

S3/{1,−1}et(S3×S3)/{(1,1),(−1,−1)} S_3/\{1, -1\} \quad \text{et} \quad (S_3 \times S_3)/\{(1, 1), (-1, -1)\}
des topologies quotients, les isomorphismes de groupes
S3→SU(N),S3/{1,−1}→SO(N0),(S3×S3)/{(1,1),(−1,−1)}→SO(N) \begin{align*} S_3 &\to \mathbf{SU}(N), \\ S_3/\{1, -1\} &\to \mathbf{SO}(N_0), \\ (S_3 \times S_3)/\{(1, 1), (-1, -1)\} &\to \mathbf{SO}(N) \end{align*}
définis ci-dessus sont continus. Comme ils sont définis sur des espaces compacts et à valeurs dans des espaces séparés, ce sont des homéomorphismes, donc des isomorphismes de groupes topologiques.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.