Bourbaki

§ 2. Mesure des angles; fonctions trigonométriques

1. Le groupe multiplicatif U

Théorème 1

Le groupe topologique (multiplicatif) U\mathbf{U} des nombres complexes de valeur absolue 1 est isomorphe au groupe topologique (additif) T\mathbf{T} des nombres réels modulo 1.

En effet, U=S1\mathbf{U} = S_1 est compact et connexe, et possède un voisinage de l’élément neutre +1+1 homéomorphe à un intervalle ouvert de R\mathbf{R} (VI, p. 11, cor. 2); le théorème est donc une conséquence de la caractérisation topologique de T\mathbf{T} donnée dans V, p. 11, th. 2.

Corollaire

Le groupe multiplicatif C∗\mathbf{C}^* des nombres complexes ≠0\neq 0 est isomorphe au groupe R×T\mathbf{R} \times \mathbf{T} (cf. VIII, p. 4, prop. 1).

Remarque

L’isomorphie des groupes C∗\mathbf{C}^* et R×T\mathbf{R} \times \mathbf{T} entraîne l’existence des racines de toute « équation binôme » zn=az^n = a dans le corps C\mathbf{C}; en s’appuyant sur cette propriété (et sur la compacité locale de C\mathbf{C}) on peut obtenir une nouvelle démonstration du th. de d’Alembert-Gauss (VIII, p. 26, exerc. 2).

Il n’existe que deux isomorphismes distincts du groupe T\mathbf{T} sur le groupe U\mathbf{U}; car si g,g′g, g' sont deux isomorphismes de T\mathbf{T} sur U\mathbf{U}, h′h' l’isomorphisme réciproque de g′g', h′∘gh' \circ g est un automorphisme de T\mathbf{T}, donc (VII, p. 15, prop. 6) on a identiquement g′(x)=g(x)g'(x) = g(x) ou g′(x)=g(−x)g'(x) = g(-x). On peut toujours supposer que l’isomorphisme gg est tel que ii soit l’image par gg de la classe (mod. 1) du point 14\frac{1}{4}; alors, en désignant par φ\varphi l’homomorphisme canonique de R\mathbf{R} sur T\mathbf{T}, tout morphisme strict du groupe additif R\mathbf{R} sur le groupe multiplicatif U\mathbf{U} est de la forme x↦g(φ(x/a))x \mapsto g(\varphi(x/a)), où aa est un nombre réel ≠0\neq 0 (VII, p. 14, prop. 4); on notera que l’intervalle ]−∣a∣/2,∣a∣/2[]-\lvert a \rvert/2, \lvert a \rvert/2[ est le plus grand intervalle ouvert symétrique de R\mathbf{R} que ce morphisme strict applique d’une manière biunivoque sur image, et que l’on a g(φ(14))=ig(\varphi(\frac{1}{4})) = i. Nous désignerons par x↦e(x)x \mapsto \mathbf{e}(x) l’homomorphisme x↦g(φ(x))x \mapsto g(\varphi(x)); tout morphisme strict de R\mathbf{R} sur U\mathbf{U} est donc de la forme x↦e(x/a)x \mapsto \mathbf{e}(x/a), où a≠0a \neq 0. La fonction e(x)\mathbf{e}(x) est une fonction continue dans R\mathbf{R}, à valeurs complexes, satisfaisant aux identités

(1)

∣e(x)∣=1, |\mathbf{e}(x)| = 1,
(2)
e(x+y)=e(x)e(y), \mathbf{e}(x + y) = \mathbf{e}(x)\mathbf{e}(y),
ainsi qu’aux relations (3)
e(0)=1,e(14)=i,e(12)=−1,e(34)=−i,e(1)=1. \mathbf{e}(0) = 1,\quad \mathbf{e}(\frac{1}{4}) = i,\quad \mathbf{e}(\frac{1}{2}) = -1,\quad \mathbf{e}(\frac{3}{4}) = -i,\quad \mathbf{e}(1) = 1.
De (1) et (2) on tire les identités (4)
e(−x)=1/e(x)=e(x)‾, \mathbf{e}(-x) = 1/\mathbf{e}(x) = \overline{\mathbf{e}(x)},
et, de (2) et (3),
e(x+14)=ie(x),e(x+12)=−e(x),e(x+34)=−ie(x),e(x+1)=e(x). \mathbf{e}(x + \frac{1}{4}) = i\mathbf{e}(x),\qquad \mathbf{e}(x + \frac{1}{2}) = -\mathbf{e}(x),\qquad \mathbf{e}(x + \frac{3}{4}) = -i\mathbf{e}(x),\qquad \mathbf{e}(x + 1) = \mathbf{e}(x).
La fonction e(x)\mathbf{e}(x) est périodique et 1 est période principale de cette fonction.

Remarque

L’application x+iy↦exe(y)x + iy \mapsto e^x \mathbf{e}(y) est un morphisme strict du groupe additif C\mathbf{C} sur le groupe multiplicatif C∗\mathbf{C}^*, et sa restriction à un voisinage convenable de 0 est un isomorphisme local de C\mathbf{C} à C∗\mathbf{C}^*. Par suite (VII, p. 14, remarque), tout morphisme strict de C\mathbf{C} sur C∗\mathbf{C}^* est de la forme x+iy↦eαx+βye(γx+δy)x + iy \mapsto e^{\alpha x + \beta y} \mathbf{e}(\gamma x + \delta y), où α,β,γ,δ\alpha, \beta, \gamma, \delta sont des nombres réels quelconques tels que αδ−βγ≠0\alpha \delta - \beta \gamma \neq 0. Nous verrons plus tard (FVR, III, § 1, n° 5) qu’il existe un seul de ces homomorphismes, qu’on note z↦ezz \mapsto e^z, tel que lim⁡z→0(ez−1)/z=1\lim_{z \to 0} (e^z - 1)/z = 1; la restriction de cet homomorphisme à l’axe réel est identique à exe^x (d’où la notation).

2. Angles de demi-droites

Le corps R\mathbf{R} étant ordonné, nous orienterons le plan numérique R2\mathbf{R}^2 en prenant e1∧e2\mathbf{e}_1 \wedge \mathbf{e}_2 comme bivecteur positif (e1,e2\mathbf{e}_1, \mathbf{e}_2 étant les vecteurs de la base canonique);

dans le plan numérique orienté R2\mathbf{R}^2 (identifié à C\mathbf{C} dans ce qui suit), on peut alors définir l’angle (Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_2) d’un couple quelconque (Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_2) de demi-droites.[^1] L’ensemble A\mathscr{A} des angles de demi-droites est muni d’une structure de groupe commutatif (noté additivement), définie par

(Δ1,Δ3)=(Δ1,Δ2)+(Δ2,Δ3), (\Delta_1, \Delta_3) = (\Delta_1, \Delta_2) + (\Delta_2, \Delta_3),

d’où en particulier, (Δ1,Δ1)=0,(Δ2,Δ1)=−(Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_1) = 0, (\Delta_2, \Delta_1) = -(\Delta_1, \Delta_2).

L’angle plat ω‾\overline{\omega} est la solution ≠0\neq 0 de l’équation 2θ=02\theta = 0 dans A\mathscr{A}; c’est l’angle que fait le demi-axe réel négatif avec le demi-axe réel positif.

Pour tout nombre complexe z≠0z \neq 0, on appelle amplitude de zz, et l’on note Am(z)\mathrm{Am}(z), l’angle que fait avec le demi-axe réel positif la demi-droite d’origine 0 passant par zz. L’application z↦Am(z)z \mapsto \mathrm{Am}(z) est un homomorphisme du groupe multiplicatif C∗\mathbf{C}^* sur le groupe additif A\mathscr{A}; on a donc

Am(zz′)=Am(z)+Am(z′)etAm(z‾)=Am(z−1)=−Am(z). \mathrm{Am}(zz') = \mathrm{Am}(z) + \mathrm{Am}(z') \quad \text{et} \quad \mathrm{Am}(\overline{z}) = \mathrm{Am}(z^{-1}) = -\mathrm{Am}(z).

L’angle δ=Am(i)\delta = \mathrm{Am}(i) s’appelle angle droit positif; c’est une des solutions, dans le groupe A\mathscr{A}, de l’équation 2θ=ω‾2\theta = \overline{\omega}, l’autre étant −δ=δ+ω‾-\delta = \delta + \overline{\omega}.

L’homomorphisme z↦Am(z)z \mapsto \mathrm{Am}(z), restreint au sous-groupe U\mathbf{U} de C∗\mathbf{C}^*, est un isomorphisme de la structure de groupe de U\mathbf{U} sur celle de A\mathscr{A}; si on transporte au groupe A\mathscr{A}, par cet isomorphisme, la topologie de U\mathbf{U}, A\mathscr{A} devient un groupe topologique compact, et l’homomorphisme z↦Am(z)z \mapsto \mathrm{Am}(z) de C∗\mathbf{C}^* sur A\mathscr{A} est un morphisme strict du groupe topologique C∗\mathbf{C}^* sur le groupe topologique A\mathscr{A}.

Désignons par θ↦f(θ)\theta \mapsto f(\theta) l’isomorphisme de A\mathscr{A} sur U\mathbf{U}, réciproque de l’isomorphisme z↦Am(z)z \mapsto \mathrm{Am}(z) de U\mathbf{U} sur A\mathscr{A}. Par définition (A, IX, § 10, n° 3), ℜ(f(θ))\Re(f(\theta)) se note cos⁡θ\cos \theta et s’appelle cosinus de l’angle θ\theta, ℑ(f(θ))\Im(f(\theta)) se note sin⁡θ\sin \theta et s’appelle sinus de l’angle θ\theta. Ces fonctions sont continues dans le groupe topologique A\mathscr{A}, et satisfont aux relations suivantes (loc. cit.), conséquences immédiates des définitions qui précèdent:

cos⁡0=1,sin⁡0=0,cos⁡ω‾=−1,sin⁡ω‾=0,cos⁡(−θ)=cos⁡θ,sin⁡(−θ)=−sin⁡θ,cos⁡(θ+θ′)=cos⁡θcos⁡θ′−sin⁡θsin⁡θ′,sin⁡(θ+θ′)=sin⁡θcos⁡θ′+sin⁡θ′cos⁡θ,cos⁡2θ+sin⁡2θ=1. \begin{align*} \cos 0 &= 1, & \sin 0 &= 0, & \cos \overline{\omega} &= -1, & \sin \overline{\omega} &= 0, \\ \cos(-\theta) &= \cos \theta, & \sin(-\theta) &= -\sin \theta, \\ \cos(\theta + \theta') &= \cos \theta \cos \theta' - \sin \theta \sin \theta', \\ \sin(\theta + \theta') &= \sin \theta \cos \theta' + \sin \theta' \cos \theta, \\ \cos^2 \theta + \sin^2 \theta &= 1. \end{align*}

Par définition, la tangente tg(θ)\mathrm{tg}(\theta) d’un angle θ∈A\theta \in \mathscr{A} est l’élément de R~\tilde{\mathbf{R}}, qui vaut sin⁡θ/cos⁡θ\sin \theta / \cos \theta lorsque θ≠δ\theta \neq \delta et θ≠−δ\theta \neq -\delta, et vaut ∞\infty lorsque θ=δ\theta = \delta ou θ=−δ\theta = -\delta.

La fonction tg est une application continue de A\mathfrak{A} dans R~\tilde{\mathbf{R}}; on a tg⁡(θ+ω‾)=tg⁡θ\operatorname{tg}(\theta + \overline{\omega}) = \operatorname{tg} \theta. On appelle cotangente de θ\theta, et on note cotg θ\theta, l’élément de R~\tilde{\mathbf{R}} égal à 1/tg⁡θ1/\operatorname{tg} \theta.

On notera que, si Am⁡(z)=θ\operatorname{Am}(z) = \theta, on a z=∣z∣(cos⁡θ+isin⁡θ)z = |z| (\cos \theta + i \sin \theta); cette expression s’appelle la forme trigonométrique du nombre complexe z≠0z \neq 0.

3. Mesure des angles de demi-droites

D’après le th. 1 de VIII, p. 7, le groupe topologique A\mathfrak{A} des angles de demi-droites est isomorphe à T\mathbf{T}. Tout morphisme strict de R\mathbf{R} sur A\mathfrak{A} s’obtient en composant l’isomorphisme z↦Am⁡(z)z \mapsto \operatorname{Am}(z) de U\mathbf{U} sur A\mathfrak{A} et un morphisme strict de R\mathbf{R} sur U\mathbf{U}; si l’on pose ϑ(x)=Am⁡(e(x))\vartheta(x) = \operatorname{Am}(\mathbf{e}(x)), tout morphisme strict de R\mathbf{R} sur A\mathfrak{A} est donc de la forme x↦ϑ(x/a)x \mapsto \vartheta(x/a) (a≠0a \neq 0). Étant donné un nombre a>0a > 0, fixé une fois pour toutes, tout angle θ\theta correspond, par l’homomorphisme x↦ϑ(x/a)x \mapsto \vartheta(x/a), à une classe de nombres réels modulo aa (élément de R/aZ\mathbf{R}/a\mathbf{Z}) qu’on appelle la mesure de θ\theta relativement à la base aa; par abus de langage, tout nombre réel de cette classe est appelé une mesure de θ\theta; l’angle ϑ(x/a)\vartheta(x/a) est l’angle de mesure xx (relativement à la base aa). Si xx est une mesure de θ\theta, x′x' une mesure de θ′\theta' (relativement à la même base), x+x′x + x' est une mesure de θ+θ′\theta + \theta', −x-x une mesure de −θ-\theta. On appelle parfois mesure principale d’un angle (relativement à base aa) celle de ses mesures qui appartient à l’intervalle [0,a[[0, a[.

Choix d’une base aa. — On se borne toujours à considérer des bases a>1a > 1. À chaque a>1a > 1 correspond un angle de demi-droites ω=ϑ(1/a)\omega = \vartheta(1/a) dont la mesure principale est 1, et qu’on appelle unité d’angle relative à la base aa; réciproquement, pour tout angle ω≠0\omega \neq 0, il existe un a>1a > 1 et un seul tel que ϑ(1/a)=ω\vartheta(1/a) = \omega, donc la donnée de l’unité d’angle ω\omega détermine entièrement la base a>1a > 1. Lorsqu’on prend a=360a = 360 l’unité d’angle correspondante s’appelle le degré. En Analyse, on utilise la base aa définie par la condition

lim⁡x→0e(x/a)−1x=i, \lim_{x \to 0} \frac{\mathbf{e}(x/a) - 1}{x} = i,
nombre qu’on désigne par 2π2\pi (nous démontrerons plus tard (FVR, III, § 1, n° 3) l’existence d’un tel nombre et indiquerons comment on peut en calculer des valeurs approchées); l’unité d’angle correspondante est appelée radian. Avec la définition de eze^z pour zz complexe signalée ci-dessus, on a e(x)=e2πix\mathbf{e}(x) = e^{2\pi ix} pour tout x∈Rx \in \mathbf{R}.

Une fois choisie une base aa, lorsqu’on parle d’un angle de demi-droites, on entend le plus souvent une mesure de cet angle relativement à la base aa; cet abus de langage n’a pas d’inconvénient si (comme c’est toujours le cas tant qu’on ne fait pas de calculs numériques) la base aa reste fixe dans les raisonnements, et si l’on se souvient que deux nombres réels congrus mod. aa correspondent au même angle de demi-droites.

Par exemple, ce qu’on entendra le plus souvent par amplitude d’un nombre complexe z≠0z \neq 0, sera une mesure en radians de cet angle, fixée par des conventions qui dépendront de la question étudiée; une fois ces conventions faites, on notera encore Am⁡(z)\operatorname{Am}(z) la mesure de l’amplitude ainsi choisie.

4. Fonctions trigonométriques

Si on compose les fonctions cos θ, sin θ, tg θ, cotg θ (définies dans A\mathfrak{A}) avec l’homomorphisme x↦ϑ(x/a)x \mapsto \vartheta(x/a) de R\mathbf{R} sur A\mathfrak{A}, les fonctions cos ϑ(x/a)\vartheta(x/a), sin ϑ(x/a)\vartheta(x/a), tg ϑ(x/a)\vartheta(x/a), cotg ϑ(x/a)\vartheta(x/a) ainsi obtenues s’appellent respectivement cosinus, sinus, tangente et cotangente du nombre xx relatifs à la base aa, et se notent cos⁡ax\cos_a x, sin⁡ax\sin_a x, tg⁡ax\tg_a x, et cotg⁡ax\cotg_a x. L’application x↦cos⁡ax+isin⁡axx \mapsto \cos_a x + i \sin_a x est composée de θ↦cos⁡θ+isin⁡θ\theta \mapsto \cos \theta + i \sin \theta et de x↦ϑ(x/a)x \mapsto \vartheta(x/a), d’où, en vertu de la définition de cos θ et sin θ (VIII, p. 9), l’identité

e(xa)=cos⁡ax+isin⁡ax, \mathbf{e}\left(\frac{x}{a}\right) = \cos_a x + i \sin_a x,

qui équivaut à

cos⁡ax=ℜ(e(xa)),sin⁡ax=ℑ(e(xa)), \cos_a x = \Re\left(\mathbf{e}\left(\frac{x}{a}\right)\right), \quad \sin_a x = \Im\left(\mathbf{e}\left(\frac{x}{a}\right)\right),

et aussi, d’après (4), à

cos⁡ax=12(e(xa)+e(−xa)),sin⁡ax=12i(e(xa)−e(−xa)). \cos_a x = \frac{1}{2} \left( \mathbf{e}\left(\frac{x}{a}\right) + \mathbf{e}\left(-\frac{x}{a}\right) \right), \quad \sin_a x = \frac{1}{2i} \left( \mathbf{e}\left(\frac{x}{a}\right) - \mathbf{e}\left(-\frac{x}{a}\right) \right).

On en conclut les identités

cos⁡bx=cos⁡a(axb),sin⁡bx=sin⁡a(axb). \cos_b x = \cos_a \left( \frac{ax}{b} \right), \quad \sin_b x = \sin_a \left( \frac{ax}{b} \right).

Lorsqu’on choisit la base a=2πa = 2\pi dont il a été question plus haut on note simplement cos xx, sin xx, tg xx, cotg xx les fonctions cos2πx_{2\pi} x, sin2πx_{2\pi} x, tg2πx_{2\pi} x, cotg2πx_{2\pi} x. Les formules (6) permettent d’ailleurs d’en déduire les valeurs des fonctions trigonométriques relatives à une base quelconque.

Les relations rappelées plus haut entre cosinus et sinus d’angles donnent évidemment les mêmes relations entre cosinus et sinus des nombres qui mesurent ces angles; en particulier, on a

cos⁡a(x+y)=cos⁡axcos⁡ay−sin⁡axsin⁡ay,sin⁡a(x+y)=sin⁡axcos⁡ay+sin⁡aycos⁡ax,cos⁡a(−x)=cos⁡ax,sin⁡a(−x)=−sin⁡ax,cos⁡a2x+sin⁡a2x=1. \begin{align*} \cos_a(x + y) &= \cos_a x \cos_a y - \sin_a x \sin_a y, \\ \sin_a(x + y) &= \sin_a x \cos_a y + \sin_a y \cos_a x, \\ \cos_a(-x) &= \cos_a x, \quad \sin_a(-x) = -\sin_a x, \\ \cos_a^2 x + \sin_a^2 x &= 1. \end{align*}

Les fonctions cosax_a x et sinax_a x sont continues dans R\mathbf{R}, et périodiques de période aa; aa est d’ailleurs période principale de ces fonctions; en effet, la relation cosax=cos⁡ay_a x = \cos_a y entraîne sinax=sin⁡ay_a x = \sin_a y ou sinax=−sin⁡ay_a x = -\sin_a y, c’est-à-dire e(x/a)=e(y/a)\mathbf{e}(x/a) = \mathbf{e}(y/a) ou e(x/a)=e(−y/a)\mathbf{e}(x/a) = \mathbf{e}(-y/a), donc x≡yx \equiv y (mod. aa) ou x≡−yx \equiv -y (mod. aa); on voit de même que sinax=sin⁡ay_a x = \sin_a y est équivalente à x≡yx \equiv y (mod. aa) ou x+y≡12ax + y \equiv \frac{1}{2}a (mod. aa).

Il résulte de ce qui précède que cos⁡ax\cos_a x ne prend jamais deux fois la même valeur dans l’intervalle (0,12a)(0, \frac{1}{2}a); restreinte à cet intervalle, c’est donc une application bijective de cet intervalle sur l’intervalle (−1,+1)(-1, +1). Comme cos⁡a0=1\cos_a 0 = 1, cos⁡a(12a)=−1\cos_a (\frac{1}{2}a) = -1, x↦cos⁡axx \mapsto \cos_a x est une application strictement décroissante de (0,12a)(0, \frac{1}{2}a) sur (−1,1)(-1, 1) (IV, p. 9 et 10, th. 5 et Remarque). On a cos⁡ax=0\cos_a x = 0 pour x=a/4x = a/4, cos⁡ax>0\cos_a x > 0 pour 0≤x<a/40 \leq x < a/4, cos⁡ax<0\cos_a x < 0 pour a/4<x≤a/2a/4 < x \leq a/2. Comme cos⁡a(−x)=cos⁡ax\cos_a(-x) = \cos_a x, on en déduit la variation de cos⁡ax\cos_a x dans l’intervalle (−12a,0)(-\frac{1}{2}a, 0), puis dans tout R\mathbf{R} par périodicité (fig. 8). Comme sin⁡ax=−cos⁡a(x+a/4)\sin_a x = -\cos_a(x + a/4), on en déduit la variation de sin⁡ax\sin_a x dans R\mathbf{R} (fig. 8).

!Figure 8

Figure 8

La fonction tg⁡ax\tg_a x est une application continue de R\mathbf{R} sur R‾\overline{\mathbf{R}}; elle prend la valeur ∞\infty pour les valeurs a/4+k(a/2)a/4 + k(a/2) (kk entier quelconque). Comme elle admet pour période 12a\frac{1}{2}a, 12a\frac{1}{2}a en est une période principale. Dans l’intervalle (0,a/4)(0, a/4), sin⁡ax\sin_a x croît de 0 à 1, cos⁡ax\cos_a x décroît de 1 à 0, donc tg⁡ax\tg_a x est strictement croissante dans (0,a/4)(0, a/4), et applique (0,a/4)(0, a/4) sur (0,+∞)(0, +\infty); on en conclut que tg⁡ax\tg_a x est strictement croissante dans ]−a/4,+a/4[]-a/4, +a/4[, et est un homéomorphisme de cet intervalle sur R\mathbf{R} (fig. 9).

!Figure 9

Figure 9

5. Secteurs angulaires

Étant données deux demi-droites fermées distinctes Δ1,Δ2\Delta_1, \Delta_2 d’origine 0, soit xx la mesure principale de l’angle (Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_2) (relative à une base aa choisie une fois pour toutes). La réunion des demi-droites fermées (resp. ouvertes) Δ\Delta d’origine 0 telles que la mesure principale yy de l’angle (Δ1,Δ)(\Delta_1, \Delta) satisfasse à 0≤y≤x0 \leq y \leq x (resp. 0<y<x0 < y < x) est identique au secteur angulaire fermé (resp. ouvert) S d’origine Δ1\Delta_1 et d’extrémité Δ2\Delta_2, défini en Algèbre (A, IX, § 10, n° 4).

!Figure 10

En effet, par une rotation, on peut toujours se ramener au cas où S ne contient pas la demi-droite passant par le point –1. Si α\alpha et β\beta sont les angles que font alors Δ1\Delta_1 et Δ2\Delta_2 respectivement avec le demi-axe réel positif, le secteur angulaire fermé S n’est autre (A, IX, § 10, n° 4, prop. 12) que la réunion des demi-droites fermées Δ\Delta faisant avec le demi-axe réel positif un angle θ\theta tel que

tg⁡α2≤tg⁡θ2≤tg⁡β2. \tg \frac{\alpha}{2} \leq \tg \frac{\theta}{2} \leq \tg \frac{\beta}{2}.

Or, si u,v,tu, v, t sont les mesures de α,β,θ\alpha, \beta, \theta respectivement, contenues dans l’intervalle ]−a/2,+a/2[] -a/2, +a/2[, ces inégalités équivalent à tg⁡au/2≤tg⁡at/2≤tg⁡av/2\tg_a u/2 \leq \tg_a t/2 \leq \tg_a v/2, et comme tg⁡ax\tg_a x est une fonction croissante dans ]−a/4,+a/4[] -a/4, +a/4[, elles équivalent aussi à u≤t≤vu \leq t \leq v ou à 0≤t−u≤v−u0 \leq t - u \leq v - u; comme x=v−u,y=t−ux = v - u, y = t - u, la proposition est démontrée pour les secteurs angulaires fermés; on raisonne de même pour les secteurs angulaires ouverts.

Un secteur angulaire fermé est un ensemble fermé dans R2\mathbf{R}^2; le secteur angulaire ouvert de même origine et même extrémité est son intérieur dans R2\mathbf{R}^2 (VI, p. 10, prop. 3). L’angle (Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_2) de mesure principale xx, s’appelle l’ouverture du secteur S; S est dit saillant si x<12ax < \frac{1}{2}a, plat (ou demi-plan fermé) si x=12ax = \frac{1}{2}a, rentrant si x>12ax > \frac{1}{2}a; un secteur angulaire saillant est dit aigu si x<a/4x < a/4, droit (ou quadrant) si x=a/4x = a/4, obtus si x>a/4x > a/4. La bissectrice du secteur S n’est autre que la demi-droite Δ\Delta faisant avec Δ1\Delta_1 un angle y=12xy = \frac{1}{2}x.

Deux demi-droites fermées distinctes Δ1,Δ2\Delta_1, \Delta_2 définissent deux secteurs angulaires fermés : celui d’origine Δ1\Delta_1 et d’extrémité Δ2\Delta_2, et celui d’origine Δ2\Delta_2 et d’extrémité Δ1\Delta_1; leur réunion est le plan numérique R2\mathbf{R}^2, leur intersection est la réunion de Δ1\Delta_1 et Δ2\Delta_2.

6. Angles de droites

On a aussi défini en Algèbre (A, IX, § 10, n° 3) la notion d’angle d’un couple de deux droites dans un espace vectoriel à deux dimensions sur un corps ordonné maximal¹ ; cette définition s’applique en particulier au plan numérique R2\mathbf{R}^2. L’ensemble A0\mathscr{A}_0 des angles de droites est muni d’une structure de groupe commutatif (noté additivement), définie par

(D1,D3^)=(D1,D2^)+(D2,D3^), (\widehat{D_1, D_3}) = (\widehat{D_1, D_2}) + (\widehat{D_2, D_3}),

d’où en particulier

(D1,D1^)=0,(D2,D1^)=−(D1,D2^). (\widehat{D_1, D_1}) = 0, \qquad (\widehat{D_2, D_1}) = -(\widehat{D_1, D_2}).

L’angle droit δ0\delta_0 est la solution ≠0\neq 0 de l’équation 2θ=02\theta = 0 dans A0\mathscr{A}_0; c’est l’angle que fait l’axe imaginaire avec l’axe réel.

On définit un homomorphisme canonique φ\varphi du groupe A\mathscr{A} des angles de demi-droites sur le groupe A0\mathscr{A}_0 des angles de droites en faisant correspondre, à l’angle que fait une demi-droite Δ\Delta avec le demi-axe réel positif, l’angle que fait la droite D contenant Δ\Delta avec l’axe réel (A, IX, § 10, n° 1, cor. de la prop. 3); un angle de droites θ0\theta_0 est l’image par φ\varphi de deux angles de demi-droites θ,θ+ω‾\theta, \theta + \overline{\omega}; autrement dit, A0\mathscr{A}_0 est isomorphe au groupe quotient de A\mathscr{A} par le sous-groupe {0,ω‾}\{0, \overline{\omega}\}. Si on transporte à A0\mathscr{A}_0 la topologie du groupe quotient A/{0,ω‾}\mathscr{A}/\{0, \overline{\omega}\} (par l’homomorphisme bijectif associé à φ\varphi), A0\mathscr{A}_0 devient un groupe topologique compact, φ\varphi un morphisme strict de A\mathscr{A} sur A0\mathscr{A}_0.

Si on compose l’homomorphisme φ\varphi de A\mathscr{A} sur A0\mathscr{A}_0 et l’homomorphisme x↦ϑ(x/a)x \mapsto \vartheta(x/a) de R\mathbf{R} sur A\mathscr{A} on obtient un homomorphisme x↦ϑ0(x/a)x \mapsto \vartheta_0(x/a) de R\mathbf{R} sur A0\mathscr{A}_0; tout angle θ0∈A0\theta_0 \in \mathscr{A}_0 correspond, par cet homomorphisme, à une classe de nombres réels mod. 12a\frac{1}{2}a, qu’on appelle encore mesure de θ0\theta_0 (relativement à la base aa); par abus de langage, tout nombre de cette classe est aussi appelé une mesure de θ0\theta_0, et celui qui appartient à [0,a/2[[0, a/2[ la mesure principale de θ0\theta_0; l’angle ϑ0(x/a)\vartheta_0(x/a) est l’angle de droites de mesure xx. Toute mesure de θ0\theta_0 est aussi une mesure d’un des deux angles de demi-droites θ,θ+ω‾\theta, \theta + \overline{\omega} dont θ0\theta_0 est l’image par l’homomorphisme φ\varphi.

¹ Rappelons que, dans l’ensemble des couples (D1,D2)(D_1, D_2) de droites non isotropes, on définit une relation d’équivalence en considérant deux couples (D1,D2)(D_1, D_2) et (D1′,D2′)(D'_1, D'_2) comme équivalents, s’il existe une même similitude directe qui transforme D1D_1 en D1′D'_1 et D2D_2 en D2′D'_2; l’angle du couple (D1,D2)(D_1, D_2) est la classe d’équivalence de ce couple.

Ici encore, une fois choisie la base aa, lorsqu’on parle d’un angle de droites, on entend le plus souvent, par abus de langage, une mesure de cet angle relativement à la base aa.

Remarque

On définit un homomorphisme de C∗\mathbf{C}^* sur A0\mathfrak{A}_0 en faisant correspondre à tout nombre complexe z≠0z \neq 0 l’angle que fait la droite passant par 0 et zz avec l’axe réel; il est clair que cet homomorphisme est composé de φ\varphi et de l’homomorphisme z↦Am(z)z \mapsto \mathrm{Am}(z) de C∗\mathbf{C}^* sur A\mathfrak{A}; c’est donc un morphisme strict du groupe topologique C∗\mathbf{C}^* sur le groupe topologique A0\mathfrak{A}_0, et la représentation bijective associée est un isomorphisme du groupe quotient C∗/R∗\mathbf{C}^*/\mathbf{R}^* sur A0\mathfrak{A}_0.

On sait (A, IX, § 10, no 3) que, si D désigne une droite faisant un angle θ0\theta_0 avec l’axe réel, (a,b)(a, b) un couple de paramètres directeurs de D, la tangente de l’angle θ0\theta_0 (qui se note encore tg⁡θ0\tg \theta_0) est l’élément b/ab/a de R~\tilde{\mathbf{R}} (=∞= \infty si a=0a = 0), qu’on appelle aussi la pente de la droite D. Si θ\theta et θ+ω‾\theta + \overline{\omega} sont les deux angles de demi-droites dont θ0\theta_0 est l’image par l’homomorphisme φ\varphi, on a tg⁡θ0=tg⁡θ=tg⁡(θ+ω‾)\tg \theta_0 = \tg \theta = \tg (\theta + \overline{\omega}). L’application θ0↦tg⁡θ0\theta_0 \mapsto \tg \theta_0 est un homéomorphisme de A0\mathfrak{A}_0 sur R~\tilde{\mathbf{R}}, car l’espace topologique C∗/R∗\mathbf{C}^*/\mathbf{R}^* n’est autre que la droite projective réelle P1\mathbf{P}_1, et l’on sait (VI, p. 16) que l’application qui fait correspondre à une droite (considérée comme point de P1\mathbf{P}_1) sa pente, est un homéomorphisme de P1\mathbf{P}_1 sur R~\tilde{\mathbf{R}}. Si maintenant on transporte à R~\tilde{\mathbf{R}} la structure de groupe de A0\mathfrak{A}_0 par l’application θ0↦tg⁡θ0\theta_0 \mapsto \tg \theta_0, on définit sur R~\tilde{\mathbf{R}} une structure de groupe topologique commutatif, où le composé de deux éléments t1,t2t_1, t_2 est (t1+t2)/(1−t1t2)(t_1 + t_2)/(1 - t_1 t_2) quand t1t_1 et t2t_2 appartiennent à R\mathbf{R} et sont tels que t1t2≠1t_1 t_2 \neq 1; pour les couples (t1,t2)(t_1, t_2) qui ne satisfont pas à ces conditions, le composé de t1t_1 et t2t_2 s’obtient en prolongeant par continuité la fonction (x+y)/(1−xy)(x + y)/(1 - xy) à R~×R~\tilde{\mathbf{R}} \times \tilde{\mathbf{R}}, et se note encore (t1+t2)/(1−t1t2)(t_1 + t_2)/(1 - t_1 t_2).

Si θ\theta est un angle de droites, on note souvent 2θ2\theta le double commun des deux angles de demi-droites dont θ\theta est l’image. L’application θ↦2θ\theta \mapsto 2\theta est un isomorphisme du groupe topologique A0\mathfrak{A}_0 des angles de droites sur le groupe topologique A\mathfrak{A} des angles de demi-droites, dont le composé avec la projection canonique de A\mathfrak{A} sur A0\mathfrak{A}_0 est la multiplication par l’entier 2 dans le groupe commutatif Aa\mathfrak{A}_a. Avec cette notation, on a les formules suivantes (A, IX, pp. 75–83).

sin⁡a2θ=2tg⁡aθ/(1+tg⁡a2θ)cos⁡a2θ=(1−tg⁡a2θ)/(1+tg⁡a2θ)tg⁡a2θ=2tg⁡aθ/(1−tg⁡a2θ), \begin{align*} \sin_a 2\theta &= 2 \tg_a \theta/(1 + \tg_a^2 \theta) \\ \cos_a 2\theta &= (1 - \tg_a^2 \theta)/(1 + \tg_a^2 \theta) \\ \tg_a 2\theta &= 2 \tg_a \theta/(1 - \tg_a^2 \theta), \end{align*}

qui sont des identités entre fonctions continues sur A0\mathfrak{A}_0 à valeurs dans R~\tilde{\mathbf{R}} (VI, p. 16).

Exercices

See the exercises for § 2.

[^1]: Rappelons (A, IX, § 10, n° 3) qu’on définit, dans l’ensemble des couples (Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_2) de demi-droites d’origine 0, une relation d’équivalence, en considérant deux couples (Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_2) et (Δ1′,Δ2′)(\Delta'_1, \Delta'_2) comme équivalents s’il existe une même rotation qui transforme Δ1\Delta_1 en Δ1′\Delta'_1 et Δ2\Delta_2 en Δ2′\Delta'_2; l’angle du couple (Δ1,Δ2)(\Delta_1, \Delta_2) (ou angle que fait Δ2\Delta_2 avec Δ1\Delta_1) est par définition la classe d’équivalence de ce couple.

Transcribed from the printed volume. Not translated.