Bourbaki

§ 4. Espaces numériques et espaces projectifs complexes

1. L’espace vectoriel Cn\mathbf{C}^n

Le groupe topologique produit Cn\mathbf{C}^n de nn groupes égaux au groupe topologique C\mathbf{C} peut être identifié au groupe topologique R2n\mathbf{R}^{2n} par la bijection qui associe à l’élément z=(z1,…,zn)\mathbf{z} = (z_1, \ldots, z_n) de Cn\mathbf{C}^n l’élément (R(z1),I(z1),…,R(zn),I(zn))(\mathscr{R}(z_1), \mathscr{I}(z_1), \ldots, \mathscr{R}(z_n), \mathscr{I}(z_n)) de R2n\mathbf{R}^{2n}.

Mais, comme C\mathbf{C} est un corps, on peut définir sur Cn\mathbf{C}^n une structure d’espace vectoriel de dimension nn sur C\mathbf{C}, le produit azaz d’un nombre complexe aa et d’un point z=(zi)\mathbf{z} = (z_i) de Cn\mathbf{C}^n étant le point (azi)(az_i); il faut avoir soin de ne pas confondre cette structure et celle d’espace vectoriel de dimension 2n2n par rapport à R\mathbf{R}, définie sur R2n\mathbf{R}^{2n} (VI, p. 2); on réservera la notation Cn\mathbf{C}^n à l’espace topologique produit de nn espaces identiques à C\mathbf{C}, muni en outre de la structure d’espace vectoriel par rapport à C\mathbf{C} qui vient d’être définie; on le désignera sous le nom d’espace numérique complexe à nn dimensions. On notera que l’application (t,z)↦tz(t, \mathbf{z}) \mapsto t\mathbf{z} est continue dans C×Cn\mathbf{C} \times \mathbf{C}^n.

Une application linéaire affine de Cn\mathbf{C}^n dans Cm\mathbf{C}^m est aussi une application linéaire affine de R2n\mathbf{R}^{2n} dans R2m\mathbf{R}^{2m}, mais la réciproque n’est pas vraie.

Par exemple, l’application z↦zˉz \mapsto \bar{z} est une application linéaire de l’espace vectoriel R2\mathbf{R}^2 sur lui-même, mais non une application linéaire de l’espace vectoriel C\mathbf{C} sur lui-même.

Toute application linéaire affine de Cn\mathbf{C}^n dans Cm\mathbf{C}^m est donc uniformément continue ; en particulier, toute application linéaire affine de Cn\mathbf{C}^n sur lui-même est un homéomorphisme.

Toute variété linéaire affine à pp dimensions (p≤np \leq n) de l’espace vectoriel Cn\mathbf{C}^n est aussi une variété linéaire affine à 2p2p dimensions de l’espace vectoriel R2n\mathbf{R}^{2n}; ici encore, la réciproque est inexacte. Pour éviter toute confusion, on désigne les variétés linéaires (affines) à pp dimensions de Cn\mathbf{C}^n sous le nom de variétés linéaires complexes à pp dimensions (les variétés linéaires de R2n\mathbf{R}^{2n} étant appelées variétés linéaires réelles quand on veut se garder de toute méprise). En particulier, on appellera droites complexes (resp. plans complexes) les variétés linéaires complexes à 1 dimension (resp. à 2 dimensions) de Cn\mathbf{C}^n, hyperplans complexes les variétés linéaires complexes à n−1n - 1 dimensions.

Il est souvent commode de considérer l’espace numérique Rn\mathbf{R}^n comme plongé dans l’espace numérique complexe Cn\mathbf{C}^n, en l’identifiant à la partie de Cn\mathbf{C}^n définie par les relations J(zk)=0\mathscr{J}(z_k) = 0 (k=1,2,…,nk = 1, 2, \ldots, n), dont la structure de groupe topologique (induite par celle de Cn\mathbf{C}^n) est isomorphe à celle de Rn\mathbf{R}^n.

On notera que Rn\mathbf{R}^n, ainsi plongé dans Cn\mathbf{C}^n, n’est pas une variété linéaire complexe de Cn\mathbf{C}^n.

Un système de pp vecteurs de Rn\mathbf{R}^n, libre par rapport au corps R\mathbf{R}, est encore libre par rapport au corps C\mathbf{C}; toute variété linéaire réelle VV à pp dimensions de Rn\mathbf{R}^n engendre, dans Cn\mathbf{C}^n, une variété linéaire complexe à pp dimensions V′V', dont elle est la trace sur Rn\mathbf{R}^n (A, II, p. 120); si VV est définie par un système de n−pn - p équations linéaires fk(x)=akf_k(\mathbf{x}) = a_k, où les fkf_k sont des formes linéaires sur Rn\mathbf{R}^n (à coefficients réels, et linéairement indépendantes) et les aka_k des nombres réels, les mêmes équations, mais où l’on donne aux coordonnées de x\mathbf{x} des valeurs complexes, définissent V′V'.

Inversement, lorsqu’une variété linéaire complexe à pp dimensions a une intersection non vide avec Rn\mathbf{R}^n, cette intersection est une variété linéaire réelle; mais la dimension de cette variété peut être <p< p.

2. Topologie des espaces vectoriels et des algèbres sur le corps C\mathbf{C}

Toutes les définitions et tous les résultats des nos 5 et 6 du chap. VI, § 1, relatifs aux topologies des espaces vectoriels et des algèbres sur le corps R\mathbf{R}, et en particulier des espaces et algèbres de matrices à éléments dans R\mathbf{R}, sont valables sans aucune modification quand on remplace partout R\mathbf{R} par C\mathbf{C}.

3. Espaces projectifs complexes

Avec les notations rappelées dans VI, p. 13, on pose la définition suivante, analogue à la définition des espaces projectifs réels:

Définition 1

On appelle espace projectif complexe à n dimensions l’espace projectif Pn(C)P_n(\mathbf{C}) muni de la topologie quotient de celle de Cn+1∗\mathbf{C}_{n+1}^* par la relation d’équivalence Δn(C)\Delta_n(\mathbf{C}).

L’espace projectif P1(C)P_1(\mathbf{C}) s’appelle droite projective complexe, l’espace projectif P2(C)P_2(\mathbf{C}) plan projectif complexe.

Dans toute question où interviennent les espaces projectifs complexes, à l’exclusion des espaces projectifs réels, on écrit encore PnP_n au lieu de Pn(C)P_n(\mathbf{C}).

La plupart des raisonnements relatifs aux espaces projectifs réels s’étendent avec de très légères modifications aux espaces projectifs complexes.

En premier lieu, on voit que l’espace topologique Pn(C)P_n(\mathbf{C}) est séparé, par le raisonnement de la prop. 1 de VI, p. 13, qui se transpose tel quel en remplaçant simplement R\mathbf{R} par C\mathbf{C}. De même, le raisonnement de la prop. 2 de VI, p. 13, montre que Pn(C)P_n(\mathbf{C}) est compact et connexe, et homéomorphe à l’espace quotient de la sphère S2n+1S_{2n+1} (considérée comme plongée dans l’espace Cn+1∗\mathbf{C}_{n+1}^*, identifié à R2n+2∗\mathbf{R}_{2n+2}^*) par la relation d’équivalence induite sur cette sphère par Δn(C)\Delta_n(\mathbf{C}); on notera seulement que, si n⩾0n \geqslant 0, les classes d’équivalence pour cette relation sont ici des ensembles homéomorphes au cercle S1S_1.

C’est pour cette raison que la prop. 3 de VI, p. 14, n’a pas d’analogue pour les espaces projectifs complexes.

On montre ensuite, comme dans VI, p. 15, que toute variété linéaire projective à pp dimensions de l’espace Pn(C)P_n(\mathbf{C}) est un ensemble fermé, homéomorphe à Pp(C)P_p(\mathbf{C}), et dont le complémentaire est partout dense si p<np < n. Le raisonnement de la prop. 5 de VI, p. 15, se transpose sans aucune modification par simple substitution de C\mathbf{C} à R\mathbf{R}, et prouve que, dans Pn(C)P_n(\mathbf{C}) (pour n⩾0n \geqslant 0), le complémentaire d’un hyperplan projectif est homéomorphe à Cn\mathbf{C}^n, et par suite que tout point a un voisinage homéomorphe à Cn\mathbf{C}^n. Cela permet de plonger l’espace numérique complexe Cn\mathbf{C}^n dans l’espace projectif complexe Pn(C)P_n(\mathbf{C}), en l’identifiant avec le complémentaire d’un hyperplan projectif, dit « hyperplan à l’infini » (le plus souvent, l’hyperplan d’équation x0=0x_0 = 0). Dans le cas particulier où n=1n = 1, l’hyperplan à l’infini est un point; le th. d’Alexandroff montre alors que P1(C)P_1(\mathbf{C}) est homéomorphe à l’espace C~\tilde{\mathbf{C}} obtenu en rendant compact l’espace localement compact C\mathbf{C} par adjonction d’un « point à l’infini » noté ∞\infty; le cor. 1 de VI, p. 11 prouve alors que la droite projective complexe P1(C)P_1(\mathbf{C}) est homéomorphe à la sphère S2S_2.

Nous laissons au lecteur le soin d’énoncer les résultats analogues à ceux de VI, § 3, n° 4, pour les fonctions prenant leurs valeurs dans C\mathbf{C}.

Considérons l’espace Rn+1\mathbf{R}^{n+1} comme plongé dans Cn+1\mathbf{C}^{n+1} (VIII, p. 19). Soit ff l’application canonique de Cn+1∗\mathbf{C}_{n+1}^* sur l’espace quotient Pn(C)P_n(\mathbf{C}). Le sous-espace f(Rn+1∗)f(\mathbf{R}_{n+1}^*) se compose des points de Pn(C)P_n(\mathbf{C}) qui admettent au moins un système de coordonnées homogènes réelles; montrons que f(Rn+1∗)f(\mathbf{R}_{n+1}^*) est homéomorphe à l’espace projectif réel Pn(R)\mathbf{P}_n(\mathbf{R}), ce qui permet, en l’identifiant à ce dernier, de considérer l’espace Pn(R)\mathbf{P}_n(\mathbf{R}) comme plongé dans Pn(C)\mathbf{P}_n(\mathbf{C}). Or, la relation induite par Δn(C)\Delta_n(\mathbf{C}) sur Rn+1∗\mathbf{R}_{n+1}^* n’est autre que Δn(R)\Delta_n(\mathbf{R}); l’application canonique φ\varphi de Rn+1∗/Δn(R)=Pn(R)\mathbf{R}_{n+1}^*/\Delta_n(\mathbf{R}) = \mathbf{P}_n(\mathbf{R}) sur f(Rn+1∗)f(\mathbf{R}_{n+1}^*) est continue (I, p. 23, prop. 10); comme Pn(R)\mathbf{P}_n(\mathbf{R}) est compact, φ\varphi est un homéomorphisme (I, p. 63, cor. 2).

On peut aussi démontrer que φ\varphi est bicontinue sans utiliser la compacité de Pn(R)\mathbf{P}_n(\mathbf{R}), en se servant du critère de la prop. 10 de I, p. 23 (voir VIII, p. 28, exerc. 3).

Comme tout sous-espace vectoriel à p+1p + 1 dimensions de Rn+1\mathbf{R}^{n+1} engendre, dans Cn+1\mathbf{C}^{n+1}, un sous-espace vectoriel complexe à p+1p + 1 dimensions, on voit que toute variété linéaire projective VV à dimensions de Pn(R)\mathbf{P}_n(\mathbf{R}) (dite variété linéaire projective réelle) engendre dans Pn(C)\mathbf{P}_n(\mathbf{C}) une variété linéaire projective V′V' à pp dimensions (dite variété linéaire projective complexe), dont elle est la trace sur Pn(R)\mathbf{P}_n(\mathbf{R}); en outre, tout système d’équations (homogènes) de VV est un système d’équations (homogènes) de V′V', en donnant aux variables des valeurs complexes.

4. Espaces de variétés linéaires projectives complexes

Avec les notations rappelées dans VI, p. 17, on définit de même les espaces de variétés linéaires projectives d’un espace projectif complexe:

Définition 2

On appelle espace des variétés linéaires projectives à p⩾0p \geqslant 0 dimensions de l’espace projectif Pn(C)\mathbf{P}_n(\mathbf{C}), l’espace Pn,p(C)\mathbf{P}_{n,p}(\mathbf{C}) quotient de l’espace topologique Ln+1,p+1(C)\mathbf{L}_{n+1,p+1}(\mathbf{C}) par la relation d’équivalence Δn,p(C)\Delta_{n,p}(\mathbf{C}).

La démonstration de la prop. 6 de VI, p. 18 se transpose sans modification pour l’espace Pn,p(C)\mathbf{P}_{n,p}(\mathbf{C}) et montre que cet espace est connexe, localement connexe, et que chacun de ses points possède un voisinage homéomorphe à C(p+1)(n−p)\mathbf{C}^{(p+1)(n-p)}. On démontre ensuite que Pn,p(C)\mathbf{P}_{n,p}(\mathbf{C}) est compact, en remplaçant, dans la démonstration de la prop. 7 de VI, p. 19, le sous-espace Vn+1,p+1V_{n+1,p+1} par le sous-espace Wn+1,p+1W_{n+1,p+1} de Ln+1,p+1(C)\mathbf{L}_{n+1,p+1}(\mathbf{C}) formé des systèmes de p+1p + 1 vecteurs formant une base hermitienne orthonormale du sous-espace vectoriel qu’elles engendrent (A, IX, § 6, n° 1): il revient au même de dire que Wn+1,p+1W_{n+1,p+1} se compose des matrices X=(xij)X = (x_{ij}) satisfaisant aux conditions

∑j=0nxijx‾ij=1pour 1≤i≤p+1 \sum_{j=0}^n x_{ij} \overline{x}_{ij} = 1 \quad \text{pour } 1 \leq i \leq p + 1
∑j=0nxijx‾kj=0pour i≠k. \sum_{j=0}^n x_{ij} \overline{x}_{kj} = 0 \quad \text{pour } i \neq k.

Enfin, le raisonnement de la prop. 8 de VI, p. 20 est aussi applicable sans modification, et on voit donc que la grassmannienne Gn+1,p+1(C)G_{n+1,p+1}(\mathbf{C}) est homomorphe à Pn,p(C)\mathbf{P}_{n,p}(\mathbf{C}).

Remarque

La plupart des propriétés communes aux espaces numériques (ou projectifs) réels et complexes sont encore exactes pour les espaces numériques (resp. projectifs) définis de manière analogue à partir du corps des quaternions H\mathbf{H}; elles sont même susceptibles de s’étendre à beaucoup d’autres corps topologiques (cf. VIII, p. 27, exerc. 2 et VIII, p. 28, exerc. 6).

5. Continuité des racines d’un polynôme

Soient KK un corps commutatif et nn un entier ⩾0\geqslant 0; notons K[X]nK[X]_n l’espace vectoriel des polynômes à coefficients dans KK et de degré ⩽n\leqslant n. Soit qq l’application canonique de K[X]n−{0}K[X]_n - \{0\} sur l’espace projectif P(K[X]n)P(K[X]_n) déduit de K[X]nK[X]_n; la restriction de qq à l’ensemble des polynômes unitaires appartenant à K[X]nK[X]_n est bijective.

D’autre part, le groupe symétrique SnS_n opère sur l’ensemble P1(K)nP_1(K)^n, produit de nn espaces égaux à P1(K)P_1(K), par permutation des facteurs. Notons Σn(K)\Sigma_n(K) l’ensemble P1(K)n/SnP_1(K)^n / S_n des orbites de SnS_n dans P1(K)nP_1(K)^n (« puissance symétrique nn-ième » de P1(K)P_1(K)).

L’application de (K2−{0})n(K^2 - \{0\})^n dans K[X]n−{0}K[X]_n - \{0\}, qui associe à l’élément ((a1,b1),…,(an,bn))((a_1, b_1), \ldots, (a_n, b_n)) le polynôme (b1X−a1)…(bnX−an)(b_1 X - a_1) \ldots (b_n X - a_n), définit par passage aux quotients une application de P1(K)nP_1(K)^n dans P(K[X]n)P(K[X]_n); cette application est constante sur chaque orbite de SnS_n dans P1(K)nP_1(K)^n, donc définit par passage au quotient une application ff de Σn(K)\Sigma_n(K) dans P(K[X]n)P(K[X]_n). Soit ξ∈Σn(K)\xi \in \Sigma_n(K); il existe une suite a1,…,apa_1, \ldots, a_p, avec p⩽np \leqslant n, d’éléments de KK telle que ξ\xi soit l’image canonique de l’élément (a1,…,ap,∞,…,∞)(a_1, \ldots, a_p, \infty, \ldots, \infty) de P1(K)nP_1(K)^n; on a alors f(ξ)=q(P)f(\xi) = q(P), où PP est le polynôme unitaire (X−a1)…(X−ap)(X - a_1) \ldots (X - a_p). Il en résulte que l’application ff est injective, et qu’elle est bijective lorsque KK est algébriquement clos.

Supposons maintenant K=CK = \mathbf{C}. Munissons P1(C)nP_1(\mathbf{C})^n et P(C[X]n)P(\mathbf{C}[X]_n) des topologies définies ci-dessus (VIII, p. 20 et VI, p. 14) et Σn(C)\Sigma_n(\mathbf{C}) de la topologie quotient de celle de P1(C)nP_1(\mathbf{C})^n.

Proposition 1

L’application ff de Σn(C)\Sigma_n(\mathbf{C}) dans P(C[X]n)P(\mathbf{C}[X]_n) définie ci-dessus est un homéomorphisme.

L’application ff est bijective car C\mathbf{C} est algébriquement clos (VIII, p. 1, th. 1). Il est clair que l’application ((a1,b1),…,(an,bn))↦q((b1X−a1)…(bnX−an))((a_1, b_1), \ldots, (a_n, b_n)) \mapsto q((b_1 X - a_1) \ldots (b_n X - a_n)) de (C2−{0})n(\mathbf{C}^2 - \{0\})^n dans P(C[X]n)P(\mathbf{C}[X]_n) est continue; d’après I, p. 34, cor. de la prop. 8 et I, p. 21, prop. 6, l’application ff est continue. Comme Σn(C)\Sigma_n(\mathbf{C}) est quasi-compact (I, p. 62, th. 2), et P(C[X]n)P(\mathbf{C}[X]_n) séparé, la bijection ff est un homéomorphisme (I, p. 63, cor. 2 au th. 2).

Corollaire

L’espace projectif complexe à nn dimensions est homéomorphe à la puissance symétrique nn-ième de la droite projective complexe.

Soient P∈C[X]nP \in \mathbf{C}[X]_n un polynôme non nul et a∈Ca \in \mathbf{C}; notons va(P)v_a(P) la multiplicité de aa comme racine de PP, c’est-à-dire le plus grand entier positif mm tel que (X−a)m(X - a)^m divise P. On note v∞(P)v_\infty(P) l’entier positif n−deg⁡(P)n - \deg(P), et on dit que le point ∞\infty de P1(C)\mathbf{P}_1(\mathbf{C}) est racine de P si v∞(P)>0v_\infty(P) > 0. On a (A, IV, § 2, n° 4, prop. 7 et A, V, § 4, n° 1, prop. 1)

∑a∈P1(C)va(P)=n. \sum_{a \in \mathbf{P}_1(\mathbf{C})} v_a(P) = n.

Pour toute partie A de P1(C)\mathbf{P}_1(\mathbf{C}), on note vA(P)v_A(P) le nombre des racines de P dans A comptées avec leur multiplicité, c’est-à-dire l’entier ∑a∈Ava(P)\sum_{a \in A} v_a(P).

Proposition 2

Soit A une partie ouverte (resp. fermée) de P1(C)\mathbf{P}_1(\mathbf{C}). La fonction numérique P↦vA(P)P \mapsto v_A(P) est semi-continue inférieurement (resp. supérieurement) en tout point de C[X]n−{0}\mathbf{C}[X]_n - \{0\}* (IV, p. 28).

Soient P un point de C[X]n−{0}\mathbf{C}[X]_n - \{0\}, A une partie ouverte de P1(C)\mathbf{P}_1(\mathbf{C}); posons vA(P)=rv_A(P) = r. La partie A1×⋯×AnA_1 \times \cdots \times A_n de P1(C)n\mathbf{P}_1(\mathbf{C})^n, où A1=⋯=Ar=A,Ar+1=⋯=An=P1(C)A_1 = \cdots = A_r = A, A_{r+1} = \cdots = A_n = \mathbf{P}_1(\mathbf{C}), est ouverte; son image U dans Σn(C)\Sigma_n(\mathbf{C}) est ouverte d’après III, p. 9, lemme 2; d’après la prop. 1, la partie f(U)f(U) de P(C[X]n)\mathbf{P}(\mathbf{C}[X]_n) est ouverte. Soit V son image réciproque dans C[X]n−{0}\mathbf{C}[X]_n - \{0\}; c’est un ensemble ouvert contenant P; il se compose des polynômes de la forme Π(biX−ai)\Pi (b_i X - a_i), avec (a1,b1),…,(ar,br)(a_1, b_1), \ldots, (a_r, b_r) dans V; on a donc vA(Q)≥rv_A(Q) \geq r pour Q∈VQ \in V. Ceci prouve que vAv_A est semi-continue inférieurement lorsque A est ouvert; si A est fermé, son complémentaire B est ouvert, et la fonction vB=n−vAv_B = n - v_A est semi-continue supérieurement d’après ce qui précède.

Corollaire 1

Soient U une partie ouverte de P1(C)\mathbf{P}_1(\mathbf{C}), F sa frontière. L’ensemble des polynômes P∈C[X]n−{0}P \in \mathbf{C}[X]_n - \{0\} tels que vF(P)=0v_F(P) = 0 est ouvert, et la fonction vUv_U est localement constante dans cet ouvert. Pour tout entier r, l’ensemble des P∈C[X]n−{0}P \in \mathbf{C}[X]_n - \{0\} tels que vF(P)=0v_F(P) = 0 et vU(P)=rv_U(P) = r est ouvert.

L’ensemble E des points P où la fonction semi-continue supérieurement vFv_F est < 1 est ouvert (IV, p. 29, prop. 1). Pour P dans E, on a vU(P)=vU‾(P)v_U(P) = v_{\overline{U}}(P) où U‾\overline{U} désigne l’adhérence U∪FU \cup F de U; la restriction de vUv_U à E est semi-continue inférieurement et supérieurement, donc continue, c’est-à-dire localement constante. L’ensemble des points de E où elle prend la valeur r est donc ouvert.

Corollaire 2

Soient U et F comme dans le corollaire 1, et soit V l’ouvert de C[X]n−{0}\mathbf{C}[X]_n - \{0\} formé des polynômes P tels que vF(P)=0,vU(P)=1v_F(P) = 0, v_U(P) = 1. À chaque P∈VP \in V associons son unique racine dans U. L’application de V dans U ainsi définie est continue.

Notons ρ\rho l’application précédente. Soit U′U' une partie ouverte de U, et notons F′F' sa frontière dans P1(C)\mathbf{P}_1(\mathbf{C}). Comme U′∪F′⊂U∪FU' \cup F' \subset U \cup F, les éléments P de V tels que ρ(P)∈U′\rho(P) \in U', c’est-à-dire que vU′(P)>0v_{U'}(P) > 0, sont aussi les éléments P de V tels que vU′(P)=1,vF′(P)=0v_{U'}(P) = 1, v_{F'}(P) = 0; il résulte alors du cor. 1 que ρ−1(U′)\rho^{-1}(U') est ouvert dans V.

Exercises

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.