Bourbaki

Appendice

Polynômes-continus et séries formelles

Dans cet Appendice, on désigne par F un espace polynormé séparé sur K, par E_i (pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n) un espace normé sur K et par E l’espace vectoriel topologique produit des E_i.

Pour α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, et 1≤j≤∣α∣1 \leq j \leq |\alpha|, on pose :

α(j)=inf⁡{k∈N∣1≤k≤n et j>α1+⋯+αk−1} \alpha(j) = \inf \{ k \in \mathbf{N} \mid 1 \leq k \leq n \text{ et } j > \alpha_1 + \cdots + \alpha_{k-1} \}

(la suite des α(j)\alpha(j) s’obtient donc en écrivant α1\alpha_1 fois 1, ..., αn\alpha_n fois n).

On désigne par EαE_\alpha l’espace vectoriel topologique produit de la famille des Eα(j)E_{\alpha(j)} pour 1≤j≤∣α∣1 \leq j \leq |\alpha|. On désigne par Homα(E1,…,En;F)\mathrm{Hom}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) l’espace des applications ∣α∣|\alpha|-multilinéaires de EαE_\alpha dans F et par Lα(E1,…,En;F)\mathscr{L}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) le sous-espace de Homα(E1,…,En;F)\mathrm{Hom}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) formé des applications multilinéaires continues muni de la topologie de la convergence uniforme sur les parties bornées de EαE_\alpha; c’est un espace polynormé séparé, dont la topologie peut être définie par la famille de semi-normes ∥u∥y\|u\|_y, où, pour une semi-norme yy continue sur F, on note ∥u∥y\|u\|_y la borne inférieure des nombres a≥0a \geq 0 tels que

∥u(x1,…,x∣α∣)∥y≤a∥x1∥⋯∥x∣α∣∥ \|u(x_1, \ldots, x_{|\alpha|})\|_y \leq a \|x_1\| \cdots \|x_{|\alpha|}\|

où chaque xjx_j parcourt Eα(j)E_{\alpha(j)}.

On désigne par pip_i la projection canonique de E sur EiE_i. Pour α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n avec α≠0\alpha \neq 0, on note pαp_\alpha l’application x↦(pα(j)(x))x \mapsto (p_{\alpha(j)}(x)) de E dans EαE_\alpha.

A.1. Une application ff de E dans F est appelée un polynôme multihomogène de multidegré α\alpha (avec α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n) sur E à valeurs dans F s’il existe un élément

u∈Homα(E1,…,En;F) u \in \mathrm{Hom}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F)

tel que f=u∘pαf = u \circ p_\alpha.

A.2. On désigne par Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) l’image de Lα(E1,…,En;F)\mathscr{L}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) par l’application linéaire u↦u∘pαu \mapsto u \circ p_\alpha de Homα(E1,…,En;F)\mathrm{Hom}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) dans l’espace des applications de E dans F, munie de la topologie quotient de celle de Lα(E1,…,En;F)\mathscr{L}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F). Un élément de Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) est appelé un polynôme-continu multihomogène de multidegré α\alpha sur E à valeurs dans F. La topologie de Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) est définie par la famille de semi-normes :

∥f∥y=inf⁡u∈Lα(E1,…,En;F),f=u∘pα∥u∥y \|f\|_y = \inf_{u \in \mathscr{L}_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F), f = u \circ p_\alpha} \|u\|_y

pour yy décrivant l’ensemble des semi-normes continues sur F. Si F est un espace normé, de norme γ\gamma, on écrit ∥f∥\|f\| au lieu de ∥f∥y\|f\|_y. L’espace Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) et sa topologie ne changent pas si l’on substitue aux normes données sur chaque EiE_i des normes équivalentes. On peut donc les définir lorsque les EiE_i sont des espaces vectoriels topologiques normables.

En particulier, un élément de Pk(E;F)P_k(E; F) est appelé un polynôme-continu homogène de degré total kk sur E à valeurs dans F. L’espace Pk(E;F)P_k(E; F) est somme directe topologique des espaces Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) pour ∣α∣=k|\alpha| = k. L’espace P0(E;F)P_0(E; F) est l’espace des applications constantes de E dans F et on l’identifie à F.

A.3. On désigne par P(E;F)P(E; F) ou P(E1,…,En;F)P(E_1, \ldots, E_n; F) le sous-espace vectoriel de l’espace vectoriel de toutes les applications de E dans F engendré par les sous-espaces Pk(E;F)P_k(E; F).

Il est somme directe des sous-espaces Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) pour α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, et aussi des sous-espaces Pk(E;F)P_k(E; F) pour k∈Nk \in \mathbf{N}. Un élément de P(E;F)P(E; F) est appelé un polynôme-continu sur EE à valeurs dans FF.

A.4. Soient GjG_j des espaces normés (pour 1≤j≤m1 \leq j \leq m). Soient fj∈P(E1,…,En;Gj)f_j \in P(E_1, \ldots, E_n; G_j) (pour 1≤j≤m1 \leq j \leq m) et soit g∈P(G1,…,Gm;F)g \in P(G_1, \ldots, G_m; F). L’application

h:x↦g(f1(x),…,fm(x)) h : x \mapsto g(f_1(x), \ldots, f_m(x))
appartient à P(E1,…,En;F)P(E_1, \ldots, E_n; F). Si de plus fj∈Pα(E1,…,En;Gj)f_j \in P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; G_j) pour 1≤j≤m1 \leq j \leq m (avec α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n) et g∈Pβ(G1,…,Gm;F)g \in P_\beta(G_1, \ldots, G_m; F), (avec β∈Nm\beta \in \mathbf{N}^m), on a h∈P∣β∣α(E1,…,En;F)h \in P_{|\beta| \alpha}(E_1, \ldots, E_n; F) et
∥h∥γ≤∥g∥γ⋅∥f∥β \|h\|_\gamma \leq \|g\|_\gamma \cdot \|f\|^\beta
pour toute semi-norme continue γ\gamma sur FF (en posant ∥f∥β=∏1≤j≤m∥fj∥βj\|f\|^\beta = \prod_{1 \leq j \leq m} \|f_j\|^{\beta_j}).

A.5. On désigne par P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F) l’espace vectoriel produit des Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) pour α∈Nn\alpha \in \mathbf{N}^n, muni de la topologie produit des topologies discrètes sur chacun des facteurs. Cette topologie fait de P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F) un groupe topologique séparé et complet. L’application linéaire de P(E1,…,En;F)P(E_1, \ldots, E_n; F) dans P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F) prolongeant les injections canoniques des Pα(E1,…,En;F)P_\alpha(E_1, \ldots, E_n; F) est injective et son image est dense dans P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F): on identifie en général un polynôme-continu sur EE à valeurs dans FF avec son image dans P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F).

L’application identique de P(E1,…,En;F)=P(E;F)P(E_1, \ldots, E_n; F) = P(E; F) se prolonge par continuité en un isomorphisme de P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F) sur P^(E;F)\hat{P}(E; F).

Un élément de P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F) est appelé une série formelle à composantes continues (ou par abus de langage une série formelle) sur le produit des EiE_i à valeurs dans FF.

A.6. Soient GjG_j (pour 1≤j≤m1 \leq j \leq m) des espaces normés et soit g∈P(G1,…,Gm;F)g \in P(G_1, \ldots, G_m; F). L’application f↦g∘ff \mapsto g \circ f de ∏1≤j≤mP(E1,…,En;Gj)\prod_{1 \leq j \leq m} P(E_1, \ldots, E_n; G_j) dans P(E1,…,En;F)P(E_1, \ldots, E_n; F) se prolonge par continuité en une application (notée encore f↦g∘ff \mapsto g \circ f) de ∏1≤j≤mP^(E1,…,En;Gj)\prod_{1 \leq j \leq m} \hat{P}(E_1, \ldots, E_n; G_j) dans P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F).

Soient fj=(fj,α)α∈Nn∈P^(E1,…,En;Gj)f_j = (f_{j,\alpha})_{\alpha \in \mathbf{N}^n} \in \hat{P}(E_1, \ldots, E_n; G_j), avec fj,0=0f_{j,0} = 0. Posons f=(fj)f = (f_j): l’application g↦g∘fg \mapsto g \circ f de P(G1,…,Gm;F)P(G_1, \ldots, G_m; F) dans P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F) se prolonge par continuité en une application (notée encore g↦g∘fg \mapsto g \circ f) de P^(G1,…,Gm;F)\hat{P}(G_1, \ldots, G_m; F) dans P^(E1,…,En;F)\hat{P}(E_1, \ldots, E_n; F).

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.