§ 7. Fibrés vectoriels
Dans tout ce paragraphe, la lettre B désigne une variété de classe () et la lettre M désigne un ensemble muni d'une application de M dans B. On dit que B est la base de M et pour tout , on désigne par et on appelle fibre de M en le sous-ensemble de M.
7.1. Définition des fibrés vectoriels
7.1.1. Une carte vectorielle de M est un triplet , où U est un ouvert de B, où F est un espace de Banach et une bijection de sur telle que pour tout et tout . On dit que U est le domaine de la carte vectorielle t et que t est une carte vectorielle de M en si . Pour tout , on note la bijection de F sur définie par pour .
7.1.2. On dit que deux cartes vectorielles et de M sont -compatibles (ou simplement compatibles) s'il existe une application de classe de la variété dans l'espace de Banach telle que:
7.1.3. On dit qu'un ensemble de cartes vectorielles de M est un -atlas vectoriel (ou simplement atlas vectoriel) de M s'il se compose de cartes vectorielles deux à deux -compatibles dont les domaines ont B pour réunion. On dit que deux atlas vectoriels et de M sont -équivalents (ou équivalents) si est encore un atlas vectoriel de M. Cette relation est une relation d'équivalence.
7.1.4. Une structure de fibré vectoriel de classe (de base B) sur M est la donnée d'une classe d'atlas vectoriels équivalents (Ens., Chap. II, § 6, n° 9). Une carte vectorielle appartenant à un atlas vectoriel de cette classe est appelée une carte vectorielle du fibré vectoriel M.
Soit M un fibré vectoriel de base B. Pour tout , il existe sur la fibre une structure d'espace de Banach et une seule telle que, pour toute carte vectorielle du fibré vectoriel M en , l'application soit un isomorphisme de F sur .
Soit une carte de la variété B et soit une carte vectorielle du fibré vectoriel M, de même domaine U. Pour , posons:
Alors, le triplet est une carte de l’ensemble . Il existe sur une structure de variété de classe et une seule (dite sous-jacente à ) pour laquelle toutes les cartes ainsi obtenues sont des cartes de la variété . Le triplet est alors une fibration (6.1.1).
7.1.5. Soit un espace de Banach. Posons , l’application étant la première projection. Il existe sur une structure de fibré vectoriel (de base ) et une seule pour laquelle est une carte vectorielle. On dit que muni de cette structure est le fibré vectoriel trivial de base et de fibre et on le note parfois . La structure de variété de est la structure de variété produit et pour tout , l’application est un isomorphisme d’espaces de Banach de sur la fibre de au point . On note souvent un fibré vectoriel trivial de fibre réduite à .
7.1.6. Soit un fibré vectoriel de base . Pour , on appelle rang de en et on note , la dimension (finie ou ) de l’espace de Banach . On a pour . La fonction est localement constante. On dit que est de rang fini si pour tout .
7.2. Morphismes de fibrés vectoriels
7.2.1. Soient et deux variétés et soit un morphisme de dans . Soient un fibré vectoriel de base et un fibré vectoriel de base . On dit qu’une application de dans est un -morphisme de fibrés vectoriels si la condition suivante est réalisée :
Pour tout point , il existe une carte vectorielle de en , une carte vectorielle de en et une application de classe de dans telles que et que pour tout , où est la restriction de à .
Sous ces hypothèses, est un morphisme de variétés et pour tout , induit une application linéaire continue de dans . On appelle rang vectoriel de en et on note le rang (fini ou ) de l’application linéaire .
Réciproquement, si ou si est de rang fini, un -morphisme de fibrations de dans qui induit sur chaque fibre une application linéaire de dans (pour tout ), est un -morphisme de fibrés vectoriels.
7.2.2. Soit de plus un morphisme de dans une variété . Si est un -morphisme de dans , et si est un -morphisme de dans un fibré vectoriel de base , l’application est un -morphisme de dans . On a pour tout dans .
7.2.3. Soient M et M' deux fibrés vectoriels de même base B. On appelle B-morphisme, ou simplement morphisme de M dans M' tout Id_B-morphisme. Le composé de deux morphismes est un morphisme.
Soit g un morphisme de fibrés vectoriels de M dans M'; si g est bijectif, c'est un isomorphisme de la variété M sur la variété M', l'application réciproque est un morphisme de fibrés vectoriels de M' dans M et l'on a pour tout b dans B. L'application g est alors un isomorphisme de fibrés vectoriels.
7.2.4. Soit f un morphisme d'une variété B' dans B et soit M un fibré vectoriel de base B. Posons et notons (resp. g) la restriction à M' de la projection de sur B' (resp. M). Il existe sur M' une structure de fibré vectoriel de base B' (relativement à ) et une seule pour laquelle g est un f-morphisme. On dit que M' est le fibré vectoriel de base B' image réciproque de M par f et on le note ; le f-morphisme g est appelé le f-morphisme canonique de dans M.
La structure de variété de est celle du produit fibré des variétés B' et M au dessus de B (5.11.2); pour tout , l'application est un isomorphisme d'espaces de Banach de sur .
La formation des images réciproques de fibrés vectoriels est transitive.
Soit N' un fibré vectoriel de base B' et soit h un f-morphisme de N' dans M. Il existe un B'-morphisme et un seul de N' dans tel que .
Soient N un fibré vectoriel de base B et v un B-morphisme de N dans M. Il existe un B'-morphisme et un seul, noté , de dans tel que le diagramme
soit commutatif.
7.2.5. Soit B' une sous-variété de B et soit i l'injection canonique de B' dans B. Si M est un fibré vectoriel de base B, l'image réciproque s'appelle le fibré vectoriel induit sur B' par M et se note . Si est une carte vectorielle de M, alors est une carte vectorielle de . Le f-morphisme canonique de dans M est un isomorphisme de variétés de sur la sous-variété de M.
7.2.6. Soit f un morphisme d'une variété B' dans B et soit M (resp. M') un fibré vectoriel de base B (resp. B'). On appelle f-comorphisme de M dans M' un B'-morphisme de dans M'. Lorsque B = B' et , la donnée d’un -comorphisme de dans équivaut à la donnée d’un -morphisme de dans .
Soit un -comorphisme de dans . Pour tout , l’application de dans est une application linéaire continue.
Soit de plus un morphisme d’une variété dans et soit un -comorphisme de dans un fibré vectoriel de base . L’application de dans est alors un -comorphisme de dans , noté . Pour , on a
7.3. Morphismes multilinéaires
7.3.1. Soient et des fibrés vectoriels de base , et soit une application de l’ensemble dans . On dit que est un morphisme multilinéaire (ou -linéaire) si la condition suivante est réalisée:
Pour tout , il existe un voisinage ouvert de dans , des cartes vectorielles de (pour ) et de , et une application de classe de dans l’espace de Banach des applications -linéaires continues de dans , tels que:
pour tout et tous .
Tout morphisme multilinéaire est un morphisme de variétés du produit fibré dans et induit pour tout une application -linéaire continue de dans .
Si est un morphisme de dans une variété , un morphisme multilinéaire de dans un fibré vectoriel de base est par définition le composé d’un morphisme multilinéaire de dans avec le -morphisme canonique de dans .
Un morphisme bilinéaire est encore appelé un accouplement. Pour , un morphisme linéaire est un morphisme au sens de 7.2.1. Pour , un morphisme 0-linéaire s’identifie à une section de (7.4).
7.3.2. On appelle fibré en algèbres de base un fibré vectoriel de base , muni d’un accouplement de dans . Chaque fibre est alors munie d’une structure de -algèbre. Si pour tout , l’algèbre a un élément unité, noté , l’application est une section de (cf. 7.4). On dit qu’un fibré en algèbres est localement trivial si, pour tout point de , il existe une carte vectorielle de au point et une structure de -algèbre sur telles que soit un isomorphisme d’algèbres de sur pour tout .
7.3.3. Soit un fibré en algèbres associatives avec élément unité de base . On appelle fibré en A-modules de base un fibré vectoriel de base muni d’un accouplement tel que l’application définisse, pour tout , une structure de -module sur la fibre .
Soient et deux fibrés en -modules. On appelle A-homomorphisme de dans tout morphisme de fibrés vectoriels de base qui induit pour tout dans une application -linéaire de dans .
Supposons localement trivial. On dit qu’un fibré en -modules est localement trivial si pour tout point de , il existe une carte vectorielle de en comme dans 7.3.2, une carte vectorielle de en , et une structure de -module sur telles que, pour tout , soit un -isomorphisme du -module sur le -module .
7.3.4. Soit une algèbre de Banach sur (par exemple un corps muni d’une structure de -algèbre de dimension finie). Le fibré trivial est alors un fibré en algèbres, localement trivial. Un fibré en -modules localement trivial est encore appelé un fibré vectoriel sur (de base ). Les fibres sont alors des -modules topologiques. Un -morphisme de dans un autre fibré vectoriel sur est dit -linéaire si les applications sont -linéaires pour tout .
7.4. Sections
7.4.1. Soit un fibré vectoriel de base . Pour tout ouvert de , on note l’ensemble des sections de classe de sur , c’est-à-dire des morphismes de classe de dans tels que pour tout . Cet ensemble est muni d’une structure de module sur l’anneau des fonctions morphiques par les règles:
(1)
7.4.2. Soient et des fibrés vectoriels de base et un morphisme multilinéaire de dans . Pour , donnons-nous une section de sur un ouvert de ; on définit une section de sur par la formule:
L’application est -multilinéaire. On la note parfois .
7.4.3. Soit un morphisme d’une variété dans et soit un fibré vectoriel de base . Pour tout ouvert de et tout , l’application est une section de classe de sur l’ouvert , notée et appelée image réciproque de par . L’application de dans est semi-linéaire par rapport à l’homomorphisme de dans .
Si de plus est un fibré vectoriel de base et un -comorphisme de dans , on note parfois l’application de dans .
7.4.4. Soit un fibré vectoriel de base , de rang fini. On appelle repère de sur un ouvert de une suite finie de sections de sur telle que soit une base de l’espace vectoriel pour tout . La suite est alors une base du -module . Si est un morphisme d’une variété dans , les sections forment un repère de sur .
7.4.5. Soit un corps, muni d’une structure de -algèbre de dimension finie et soit une fibration. Supposons donnée sur chaque fibre une structure d’espace vectoriel sur , de dimension finie. Il existe alors au plus une structure de fibré vectoriel sur de base sur , compatible avec l’application , la structure de variété de et les structures -vectorielles sur les fibres (7.3.4). Pour qu’il en existe une, il faut et il suffit que la condition suivante soit réalisée :
(FV) Pour tout , il existe un voisinage ouvert de dans et un isomorphisme de variétés de sur le produit de par un espace vectoriel sur de dimension finie, tel que pour tout , la bijection de sur induite par soit un isomorphisme d’espaces vectoriels sur le corps .
Les triplets satisfaisant à (FV) sont alors des cartes vectorielles du fibré vectoriel .
La condition (FV) est équivalente à : (FV') Pour tout , il existe un entier et sections de sur un voisinage ouvert de tels que l’application
7.4.6. Soient et des fibrés vectoriels de base , les étant de rang fini. Supposons donnée pour tout ouvert de une application de dans , -multilinéaire, telles que pour l’on ait:
Il existe alors un morphisme multilinéaire de dans et un seul tel que quelles que soient les sections de sur l’ouvert de .
7.4.7. Soit un morphisme d’une variété dans et soit (resp. ) un fibré vectoriel de base (resp. ) et de rang fini. Supposons donnée pour tout ouvert de une application de dans -semi-linéaire, telles que
pour tout ouvert . Il existe alors un -comorphisme et un seul de dans tel que pour tout .
*7.4.8. Soit un faisceau de modules sur le faisceau d’anneaux . On dit que est localement libre si pour tout , il existe un voisinage ouvert de et un entier tels que soit isomorphe (comme faisceau de -modules) au faisceau .
Si est un fibré vectoriel de base de rang fini, le faisceau est localement libre. Réciproquement, pour tout faisceau localement libre sur , il existe un fibré vectoriel et un isomorphisme de faisceaux de sur . Si est un autre fibré vectoriel de base de rang fini, l’application est une bijection de l’ensemble des -morphismes de dans sur l’ensemble des morphismes de faisceaux de -modules de dans *
7.5. Sous-fibrés vectoriels, fibrés vectoriels quotients, suites exactes
Dans ce numéro, on appelle fibré vectoriel un fibré vectoriel de base et morphisme de fibré vectoriels un -morphisme.
7.5.1. Soit un fibré vectoriel. Un sous-ensemble de est appelé un sous-fibré vectoriel de si, pour tout point , il existe une carte vectorielle de en et un sous-espace vectoriel fermé de admettant un supplémentaire topologique, tels que
Dans ces conditions, il existe sur une structure de fibré vectoriel et une seule pour laquelle l’injection canonique de dans est un morphisme. Pour chaque , la fibre de est le sous-espace vectoriel fermé de ; est une sous-variété fermée de et la structure de variété sous-jacente à la structure de fibré vectoriel de coïncide avec celle induite par la structure de variété de .
7.5.2. Soit un sous-fibré vectoriel de . Notons la relation suivante entre points de : « il existe un élément de tel que et ». Alors est une relation d'équivalence régulière sur (cf. n° 5.9.7). Sur l'ensemble , il existe une structure de fibré vectoriel et une seule telle que l'application canonique de sur soit un morphisme. On note et l'on appelle quotient de par le fibré vectoriel ainsi défini ; pour chaque point de , le fibré est l'espace vectoriel topologique quotient et la structure de variété sur est quotient de celle de .
7.5.3. Conservons les hypothèses de 7.5.2. Pour tout point de , on peut trouver un voisinage ouvert de , un espace de Banach , somme directe de deux sous-espaces fermés et , et un isomorphisme de fibrés vectoriels de sur avec les propriétés suivantes : (i) La restriction de à est un isomorphisme de sur . (ii) Si est l'application canonique de sur , et si est la restriction de à , l'application est un isomorphisme de sur .
7.5.4. Si un morphisme de fibrés vectoriels a son image contenue dans , c'est un morphisme de fibrés vectoriels de dans . Considérons maintenant un morphisme de fibrés vectoriels et supposons que, pour tout dans , la restriction de à soit nulle. Si est le morphisme canonique de sur , il existe un morphisme de dans et un seul tel que .
7.5.5. Soient et deux fibrés vectoriels, et un morphisme de dans ; pour tout point de , notons et respectivement le noyau et l'image de l'application linéaire . Posons et . On dit que le morphisme est localement direct si est un sous-fibré vectoriel de et un sous-fibré vectoriel de . Le morphisme définit alors par passage au quotient un isomorphisme de sur . On dit que est le noyau de et on le note . De même, le sous-fibré est appelé l'image de et est noté . Si , le morphisme est localement direct si et seulement si est une subimmersion. Si est de rang fini, le morphisme est localement direct si et seulement si le rang vectoriel de est localement constant ou encore si et seulement si est une subimmersion.
7.5.6. Soient deux morphismes de fibrés vectoriels. On dit que la suite est exacte localement directe si les deux morphismes et sont localement directs et si . Si , l’ensemble des points tels que la suite soit exacte directe (c’est-à-dire tels que et admettent des supplémentaires topologiques et que ) est ouvert et la suite est exacte localement directe.
On définir de même les suites exactes localement directes de longueur quelconque. Par abus de langage, on dit parfois suite exacte directe au lieu de suite exacte localement directe.
7.5.7. Soit une suite de morphismes de fibrés vectoriels. Pour que cette suite soit exacte localement directe, il faut et il suffit que soit un isomorphisme de sur un sous-fibré vectoriel de et que définisse par passage au quotient un isomorphisme du fibré vectoriel quotient sur .
7.6. Foncteurs vectoriels
Dans ce n° et dans les trois n°s suivants 7.7 à 7.9, la lettre I désigne un ensemble fini, réunion de deux sous-ensembles disjoints et . On désigne par (et de manière analogue par ) une famille d’espaces de Banach indexée par . On désigne par l’espace de Banach et par un élément de . On note l’élément de . Pour et , on note l’élément de dont les composantes sont données par:
7.6.1. On appelle foncteur vectoriel (resp. foncteur vectoriel en dimension finie) de type I et de classe la donnée pour toute famille d’espaces de Banach (resp. d’espaces vectoriels de dimension finie sur ) d’un espace de Banach et pour tout d’un élément , ces données étant assujetties aux deux conditions suivantes: (a) On a et . (b) L’application est de classe .
7.6.2. Soit une famille de fibrés vectoriels de base . Pour , posons . Soit un foncteur vectoriel et soit l’ensemble somme des pour ; il existe sur une structure de fibré vectoriel et une seule (de base relativement à l’application de dans telle que pour tout , on ait ) possédant la propriété suivante:
Soit un ouvert de et, pour tout , soit une carte vectorielle de , de domaine ; posons et soit l’élément de défini par pour et pour ; pour , posons . Alors le triplet est une carte vectorielle du fibré vectoriel .
Muni de cette structure, s’appelle le fibré vectoriel déduit de la famille par le foncteur vectoriel .
7.6.3. Soit un morphisme de dans une variété . Soit (resp. ) un famille indexée par de fibrés vectoriels de base (resp. ). Pour tout , soit un -morphisme de dans et pour tout , soit un -comorphisme de dans . Posons et pour , posons (cf. 7.2.1 et 7.2.6). Il existe un -morphisme et un seul, noté , de dans tel que pour tout .
Si en particulier , les étant les morphismes ou comorphismes canoniques, alors le -morphisme de dans défini par (7.2.4) est un isomorphisme : on exprime ce fait en disant que commute aux images réciproques.
En particulier soit une sous-variété de et posons . Les fibrés vectoriels et sont alors canoniquement -isomorphes.
7.6.4. Soient des foncteurs vectoriels (de type et de classe ). Un morphism d-linéaire de dans est la donnée pour toute famille d’espaces de Banach indexée par d’une application -linéaire continue de dans , cette donnée satisfaisant à la condition suivante : pour tout on a
Soit alors une famille indexée par de fibrés vectoriels de base . Il existe un B-morphisme d-linéaire et un seul de dans tel que pour tout .
Avec les notations de 7.6.3., on a
7.6.5. Les définitions et résultats des n°s 7.6.2 à 7.6.4 s’étendent au cas des foncteurs vectoriels en dimension finie, à condition de supposer partout les fibrés vectoriels donnés de rang fini.
Ils s’étendent également au cas suivant : soit L un corps muni d’une structure de K-algèbre de dimension finie ; on prend pour τ un foncteur vectoriel sur L (i.e. satisfaisant aux hypothèses de 7.6.1 où l’on a remplacé K par L), et on ne considère que des fibrés vectoriels sur L au sens de 7.3.4.
7.6.6. On appelle foncteur vectoriel (resp. en dimension finie) pour les isomorphismes la donnée pour tout espace de Banach V (resp. tout espace vectoriel de dimension finie sur K) d’un espace de Banach τ(V) et pour tout isomorphisme f de V sur un espace de Banach V’ d’un isomorphisme τ(f) de τ(V) sur τ(V’), ces données étant assujetties à la condition (a) de 7.6.1 et à la condition suivante :
(b’) L’application du sous-ensemble ouvert de constitué par les isomorphismes de V sur V’, dans , est de classe .
Les définitions et résultats des n°s précédents s’étendent au cas des foncteurs vectoriels pour les isomorphismes (en faisant et ), à l’exception de ceux du premier alinéa du n° 7.6.3.
7.7. Sommes directes, fibrés d’applications multilinéaires, dual
7.7.1. On suppose que . On définit un foncteur vectoriel σ appelé foncteur somme directe en posant et . Si est une famille de fibrés vectoriels de base B, le fibré vectoriel est appelé la somme directe des et est noté . Pour tout , la fibre en de est la somme directe des fibres des en .
Soit U un ouvert de B et soit (pour ). L’application est alors une section, notée , de classe de et l’application est un isomorphisme de -modules de sur .
La variété sous-jacente à s’identifie au produit fibré .
On désigne par le morphisme de fibrés vectoriels de dans qui sur chaque fibre est la i-ème projection. On définit de même l’injection canonique de dans .
Soit un morphisme de B dans une variété ; soit H un second ensemble fini et soit une famille de fibrés vectoriels de base . L’application est une bijection de l’ensemble des -morphismes de dans sur l’ensemble des matrices , où est un -morphisme de dans .
Si , la suite
Inversement, soit un fibré vectoriel de base et soit un sous-fibré vectoriel de . Supposons que la variété soit paracompacte et que l’une des deux conditions suivantes soit satisfaite : (i) est différent de ou ; (ii) et la variété admet des partitions de l’unité de classe (5.3.6).
Il existe alors un sous-fibré vectoriel de tel que s’identifie à la somme directe .
7.7.2. Supposons que et que . On définit un foncteur vectoriel de type et de classe en posant et pour . Si est une famille de fibrés vectoriels de base , le fibre vectoriel se note .
Soit un morphisme multilinéaire de dans . L’application est alors une section de et l’application est bijective.
7.7.3. Gardons les notations de 7.7.2 et supposons de plus que . Le fibré vectoriel s’appelle alors le fibré des homomorphismes de dans . Ses sections correspondent aux -morphismes de dans .
Si de plus est le fibré trivial , le fibré vectoriel s’appelle le dual de et se note : la fibre est l’espace des formes linéaires continues sur la fibre de au point .
Si (resp. ) est une section de (resp. ) sur un ouvert de , l’application est une section, notée du fibré trivial .
7.8. Fibrés d’applications multilinéaires alternées
Dans les nos 7.8.1 à 7.8.5, on suppose que est de caractéristique 0 ou que les fibrés vectoriels considérés sont de rang fini. On ignore si la définition du foncteur donnée dans 7.8.1 peut se faire sans aucune restriction.
7.8.1. Prenons et soit un entier . On définit un
Lorsque est de rang fini, on écrit au lieu de .
foncteur vectoriel en désignant par l’espace de Banach des applications -linéaires continues alternées de dans et en posant pour . Le fibré vectoriel se note et s’appelle le fibré vectoriel des applications -linéaires alternées de dans .
L’injection canonique de dans est un morphisme de fibrés vectoriels ; est un sous-fibré vectoriel de .
On a . On pose .
Si est une section de et si sont des sections de , il existe une section et une seule de , notée , telle que
7.8.2 Soit un accouplement de dans (cf. n° 7.3.1) ; pour chaque , on a une application bilinéaire de dans qui définit (cf. A, III, p. 142) une application bilinéaire de
7.8.3. Soient un fibré vectoriel et un fibré en algèbres, de base . Supposons que les fibres de soient des algèbres associatives et commutatives, possédant un élément unité, noté . Pour tout ouvert de , nous noterons le -module formé des sections du fibré et la somme directe des pour . Les multiplications sur chaque fibre définissent un accouplement de dans , d’où (7.8.2) une structure d’algèbre graduée sur , qui est associative et anticommutative. La sous-algèbre est l’algèbre des
¹ Le lecteur aura soin de ne pas confondre cet emploi de la lettre avec celui défini p. 10.
sections de A. Un élément de s'identifie à un U-morphisme de dans (7.7.3): si , nous noterons la section de A (7.4.2). Soient et (pour ); on a:
(2)
7.8.4. Soit . Il existe un accouplement de dans dont la restriction à chaque fibre est donnée par le produit intérieur droit (cf. A, III, p. 156). Si est une section de sur l'ouvert et si , on note la section de sur ; on pose pour dans .
On associe ainsi à toute section de sur un endomorphisme du -module . On a le formulaire:
(3)
Dans la dernière formule, les sont dans et le signe indique que le symbole qu'il surmonte doit être omis.
Toutes les opérations décrites ci-dessus sur les sections sont multilinéaires sur l'anneau .
7.8.5. Soit L une algèbre de Banach sur K. Les définitions et résultats des n° 7.7 et 7.8 s'étendent au cas des fibrés vectoriels sur L : on définit de manière analogue les fibrés d'applications L-multilinéaires ou L-multilinéaires alternées.
7.9. Produits tensoriels, espaces tensoriels, algèbre extérieure
On garde les notations de 7.6. De plus, on désigne par L un corps commutatif muni d'une structure de K-algèbre de dimension finie et on appelle fibré vectoriel un fibré vectoriel sur L, de base B et de rang localement fini.
7.9.1. Supposons que . Si et sont deux familles indexées par I d'espaces vectoriels de dimension finie sur L, on désigne par le produit tensoriel des pour (A, II, p. 71) et si , on pose . On définit ainsi un foncteur vectoriel sur L en dimension finie et si est une famille de fibrés vectoriels, on désigne par et on appelle produit tensoriel (sur L) des le fibré vectoriel .
Si est une section de sur l’ouvert U de B (pour ), l’application est une section de , notée . L’application est multilinéaire sur l’anneau .
7.9.2. Les isomorphismes canoniques définis dans Alg., chap. II fournissent des isomorphismes de foncteurs vectoriels. Il en résulte d’après 7.6.4 des isomorphismes de fibrés vectoriels. Par exemple, on a des isomorphismes canoniques :
etc.
7.9.3. Soit M un fibré vectoriel et soient I et J deux ensembles finis disjoints. Le fibré tensoriel est défini comme le produit tensoriel , où si , et si , désignant le dual de M (A, III, p. 63). La fibre de ce fibré en un point est égale à l’espace tensoriel défini en Alg., loc. cit. Lorsque et , on écrit au lieu de ; on a
7.9.4. Si I (resp. J) est réunion de deux sous-ensembles disjoints I' et I'' (resp. J' et J''), s’identifie canoniquement au produit tensoriel . En particulier, si (resp. ) est une section de (resp. de ), le produit tensoriel s’identifie à une section de .
7.9.5. Le dual de s’identifie à .
7.9.6. Soient et . Pour tout , l’homomorphisme de contraction des indices et est défini (cf. Alg., loc. cit.); c’est un homomorphisme . La collection des définit un morphisme d’espaces fibrés vectoriels
appelé encore contraction des indices et . On définit de même la contraction des indices de avec les indices de .
7.9.7. Soit un entier ; soient et deux espaces vectoriels de dimension finie sur et ; posons et . On définit ainsi un foncteur vectoriel sur en dimension finie et, si est un fibré vectoriel, on note et on appelle puissance extérieure -ème de (sur ) le fibré vectoriel .
L’application canonique de sur définit un morphisme de foncteurs vectoriels, d’où un morphisme, dit canonique, de dans . Ce morphisme est surjectif.
Les isomorphismes canoniques de l’espace des applications -multilinéaires alternées sur l’espace ou sur fournissent des isomorphismes, dits canoniques, du fibré vectoriel des applications -multilinéaires alternées sur , sur le fibré vectoriel ou sur .
7.9.8. Posons maintenant et ; on définit encore ainsi un foncteur vectoriel sur en dimension finie. Le fibré vectoriel se note . Sa fibre en est l’algèbre extérieure (sur ) de la fibre . Le fibré vectoriel est un fibré vectoriel en algèbres localement trivial.
Les définitions et propriétés des produits intérieurs données en Alg., chap. III, 3e éd., § 10 s’étendent immédiatement aux sections des fibrés vectoriels et (cf. aussi les formules (1) à (7) des n° 7.8.2 à 7.8.4).
7.9.9. Soit un fibré vectoriel. Pour tout entier , soit l’ensemble (ouvert) des points tels que la dimension (sur ) de soit égale à . Pour , posons et soit l’ensemble somme des pour . Il existe sur une structure de fibré vectoriel et une seule telle que l’application évidente de dans soit un isomorphisme pour tout . Muni de cette structure, le fibré vectoriel de rang un en chaque point se note .
7.10. Fibrés vectoriels et fibrés principaux
7.10.1. Soit un espace de Banach. On dit qu’un fibré vectoriel de base est pur de type si toutes les fibres de (pour ) sont isomorphes (comme espaces de Banach) à .
Soit un fibré vectoriel de base pur de type et soit la sous-variété ouverte du fibré vectoriel composée des couples où et où est un isomorphisme de sur . Le groupe des automorphismes de opère à droite sur en posant pour et . Notons l’application de P dans B. Le quadruplet (où est muni de sa structure canonique de variété de groupe (5.12.2)) est une fibration principale (6.2.1): on l’appelle la fibration des repères de M. L’application de dans M munit M d’une structure de fibré associé à , de fibre type F (6.5.1).
Lorsque , on peut identifier un isomorphisme de F sur à la base de image par de la base canonique de . L’espace fibré des repères de M s’identifie alors à la sous-variété ouverte de formée des bases des différentes fibres .
Soit U un ouvert de B et soit une carte vectorielle de M de domaine U, avec . L’application est alors une section de P, notée , et l’application est une bijection de l’ensemble des cartes vectorielles de M de la forme sur l’ensemble des sections de P sur U.
7.10.2. Réciproquement, soit une fibration principale et soit un homomorphisme de variétés de groupe de G dans le groupe des automorphismes d’un espace de Banach F. Faisons opérer G à gauche sur F en posant (). Soit M un espace fibré associé à , de fibre type F, et soit son application repère (6.5.1). Soit l’application de M dans B définie par
Soit ; posons et soit l’isomorphisme de F sur défini par (pour ). L’application est un B-morphisme de fibrations principales, compatible avec , de dans le fibré des repères du fibré vectoriel M.
7.10.3. Reprenons les notations du n° 7.6. Pour tout , soit
Soit maintenant un foncteur vectoriel. Pour , soit l’élément de défini par:
Le groupe opère alors sur au moyen du morphisme de dans .
Soit d’autre part un point de et soit . Pour chaque , l’application définie au n° 6.5.2 est un isomorphisme de sur . Soit l’élément de défini par:
Soit l’application de dans le fibré vectoriel ; l’application munit d’une structure d’espace fibré associé à de fibre type .
Ces considérations se généralisent au cas de foncteurs vectoriels en dimension finie, ou de foncteurs vectoriels sur un corps muni d’une structure de K-algèbre de dimension finie.
7.11. Changement de structure
Les structures et opérations décrits dans ce paragraphe sont compatibles avec les changements de structure décrits aux numéros 5.13 et 5.14.