Bourbaki

§ 6. Fibrations¹

6.1. Fibrations

6.1.1. On appelle fibration de classe C′C', ou simplement fibration, un triplet (X,B,π)(X, B, \pi) où BB et XX sont des variétés de classe C′C' et π\pi un morphisme de XX dans BB, jouissant de la propriété suivante :

(F) Pour tout x∈Bx \in B, il existe un voisinage ouvert UU de xx, une variété FF, et un isomorphisme φ\varphi de π−1(U)\pi^{-1}(U) sur U×FU \times F tel que π(φ−1(x,y))=x\pi(\varphi^{-1}(x, y)) = x pour tout x∈Ux \in U et tout y∈Fy \in F.

Si λ=(X,B,π)\lambda = (X, B, \pi) est une fibration, on appelle XX l’espace de λ\lambda, BB la base de λ\lambda, et π\pi la projection de λ\lambda. L’application π\pi est une submersion ; en particulier π(X)\pi(X) est ouvert dans BB, et si RR désigne la relation d’équivalence définie par π\pi dans XX, l’application canonique de X/RX/R dans π(X)\pi(X) est un isomorphisme. Pour tout x∈Bx \in B, l’image réciproque π−1(x)\pi^{-1}(x) est une sous-variété fermée de XX, appelée la fibre de xx, et notée XxX_x.

6.1.2. Exemples : (a) Si BB et FF sont deux variétés, le triplet (B×F,B,pr1)(B \times F, B, pr_1) est une fibration dont les fibres sont canoniquement isomorphes à FF. (b) Si λ=(X,B,π)\lambda = (X, B, \pi) et λ′=(X′,B′,π′)\lambda' = (X', B', \pi') sont des fibrations,

λ×λ′=(X×X′,B×B′,π×π′) \lambda \times \lambda' = (X \times X', B \times B', \pi \times \pi')
est une fibration ; on l’appelle le produit de λ\lambda et de λ′\lambda'. (c) Si λ=(X,B,π)\lambda = (X, B, \pi) et λ′=(X′,B,π′)\lambda' = (X', B, \pi') sont des fibrations de même base, λ×Bλ′=(X×BX′,B,π×Bπ′)\lambda \times_B \lambda' = (X \times_B X', B, \pi \times_B \pi') est une fibration ; on l’appelle le produit de λ\lambda et de λ′\lambda' au-dessus de BB, ou encore le produit fibré de λ\lambda et de λ′\lambda'.

6.1.3. Soient λ=(X,B,π)\lambda = (X, B, \pi) et λ′=(X′,B′,π′)\lambda' = (X', B', \pi') deux fibrations. On appelle morphisme de λ\lambda dans λ′\lambda' tout couple (f,g)(f, g), où ff est un morphisme de BB dans B′B', et gg un morphisme de XX dans X′X', tel que π′∘g=f∘π\pi' \circ g = f \circ \pi. Lorsque B=B′B = B' et f=IdBf = \mathrm{Id}_B, on dit que gg est un BB-morphisme de λ\lambda dans λ′\lambda'; si gg est un isomorphisme de XX sur X′X', g−1g^{-1} est un BB-morphisme de λ′\lambda' dans λ\lambda, et l’on dit que gg est un BB-isomorphisme de λ\lambda sur λ′\lambda'; pour qu’il en soit ainsi, il faut et il suffit que, pour tout x∈Bx \in B, l’application gx:Xx→Xx′g_x : X_x \to X'_x induite par gg soit un isomorphisme.

¹ Les définitions et la plus grande partie des résultats des §§ 6 et 7 s’appliquent aussi à la catégorie des espaces topologiques ; on doit alors remplacer les mots « variétés », « sous-variétés », « morphismes » et « variétés de groupes » par « espaces topologiques », « sous-espaces topologiques », « applications continues » et « groupes topologiques ». Font exception les résultats concernant les immersions, submersions, et relations d’équivalence régulières, ainsi que ceux des n°s 6.2.3 et 6.2.4 (a).

6.1.4. La fibration (B×F,B,pr1)(B \times F, B, pr_1) est appelée la fibration triviale de base BB et de fibre FF. Un isomorphisme d'une fibration λ\lambda sur une fibration triviale s'appelle une trivialisation de λ\lambda.

6.1.5. Soit λ=(X,B,π)\lambda = (X, B, \pi) une fibration, et soit f:B′→Bf : B' \to B un morphisme. Soit π′\pi' le morphisme canonique de B′×BXB' \times_B X dans B′B'. Le triplet (B′×BX,B′,π′)(B' \times_B X, B', \pi') est une fibration, appelée l'image réciproque de λ\lambda par f′f' ou la fibration déduite de λ\lambda par changement de base de BB à B′B' suivant ff, et notée B′×BλB' \times_B \lambda, ou encore f∗λf^*\lambda. Si f′f' désigne l'application canonique de B′×BXB' \times_B X dans XX, le couple (f,f′)(f, f') est un morphisme de B′×BλB' \times_B \lambda dans λ\lambda; il jouit de la propriété universelle suivante: si (f,g)(f, g) est un morphisme d'une fibration λ′\lambda' de base B′B' dans la fibration λ\lambda, il existe un B′B'-morphismique unique φ:λ′→B′×Bλ\varphi : \lambda' \to B' \times_B \lambda tel que (f,g)=(f,f′)∘φ(f, g) = (f, f') \circ \varphi.

Lorsque B′B' est une sous-variété de BB, et ff l'injection canonique de B′B' dans BB, B′×BXB' \times_B X s'identifie à la sous-variété π−1(B′)\pi^{-1}(B') de XX, et π′\pi' s'identifie à la restriction de π\pi à π−1(B′)\pi^{-1}(B'); l'image réciproque de λ\lambda par ff est alors appelée la fibration induite par λ\lambda sur B′B'.

6.1.6. Si λ=(X,B,π)\lambda = (X, B, \pi) est une fibration, on appelle section morphique (ou simplement section) de λ\lambda tout morphisme s:B→Xs : B \to X tel que π∘s=IdB\pi \circ s = \mathrm{Id}_B.

6.2. Fibrations principales

6.2.1. Soient BB une variété et GG une variété de groupe. On appelle fibration principale de base BB et de groupe structural GG un quadruplet λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) où PP est une variété sur laquelle GG opère à droite par (x,g)↦x.g(x, g) \mapsto x . g (cf. n° 5.12.5), et où π\pi est un morphisme de PP dans BB, ces données étant assujetties à vérifier l'axiome suivant:

(P) Pour tout b∈Bb \in B il existe un voisinage ouvert UU de bb et un isomorphisme f:U×G→π−1(U)f : U \times G \to \pi^{-1}(U) tels que l'on ait

π(f(u,g))=u et f(u,gg′)=f(u,g)⋅g′ si u∈U et g,g′∈G. \pi(f(u, g)) = u \text{ et } f(u, gg') = f(u, g) \cdot g' \text{ si } u \in U \text{ et } g, g' \in G.

6.2.2. Soit λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) une fibration principale. Le triplet (P,B,π)(P, B, \pi) est une fibration; on a π(P)=B\pi(P) = B. La relation d'équivalence RR définie par π\pi dans PP coïncide avec celle définie par GG; son graphe n'est autre que le produit P×BPP \times_B P (cf. n° 5.11.2); c'est une sous-variété de P×PP \times P. L'application (x,g)↦(x,x.g)(x, g) \mapsto (x, x . g) est un isomorphisme de P×GP \times G sur P×BPP \times_B P; l'application qui fait correspondre à tout (x,y)∈P×BP(x, y) \in P \times_B P l'unique élément g∈Gg \in G tel que y=x.gy = x . g est un morphisme de P×BPP \times_B P dans GG.

Le groupe GG opère proprement et librement sur PP (cf. Top. Gén., chap. III, 3e éd., § 4). Si x∈Px \in P et si b=π(x)b = \pi(x), l'application g↦x.gg \mapsto x . g est un isomorphisme de la variété GG sur la fibre de bb.

6.2.3. Inversement, soit GG une variété de groupe, et soit PP une variété sur laquelle GG opère à droite de façon à vérifier les deux conditions suivantes: (a) GG opère proprement et librement sur PP. (b) Pour tout x∈Px \in P, l’application g↦x.gg \mapsto x . g est une immersion de GG dans PP.

Alors la relation d’équivalence définie par GG dans PP est régulière; si l’on note P/GP/G la variété quotient, et π\pi la projection canonique de PP sur P/GP/G, le quadruplet (P,G,P/G,π)(P, G, P/G, \pi) est une fibration principale. Lorsque KK est de caractéristique 0 et que PP est de dimension finie, la condition (b) ci-dessus est conséquence de la condition (a).

6.2.4. Les conditions du n° précédent sont vérifiées dans les deux cas suivants: (a) PP est une variété de groupe et GG une sous-variété de groupe opérant sur PP par les translations à droite; la base de la fibration principale ainsi obtenue est l’espace homogène P/GP/G. (b) GG est un groupe discret opérant proprement et librement sur PP. La projection π:P→P/G\pi : P \to P/G est alors un morphisme étale (n° 5.7.6).

6.2.5. Exemples: (a) Soit BB une variété et soit GG une variété de groupe. Faisons opérer GG sur B×GB \times G par (b,g).g′=(b,gg′)(b, g) . g' = (b, gg'). Le quadruplet (B×G,G,B,pr1)(B \times G, G, B, \mathrm{pr}_1) est une fibration principale. (b) Soient λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) et λ′=(P′,G′,B′,π′)\lambda' = (P', G', B', \pi') deux fibrations principales. Faisons opérer G×G′G \times G' sur P×P′P \times P' par la formule:

(x,x′).(g,g′)=(x.g,x′.g′),x∈P,x′∈P′,g∈G,g′∈G′. (x, x') . (g, g') = (x.g, x'.g'), \quad x \in P, x' \in P', g \in G, g' \in G'.
Le quadruplet λ×λ′=(P×P′,G×G′,B×B′,π×π′)\lambda \times \lambda' = (P \times P', G \times G', B \times B', \pi \times \pi') est une fibration principale; on l’appelle le produit de λ\lambda et de λ′\lambda'. (c) Soient λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) et λ′=(P′,G′,B,π′)\lambda' = (P', G', B, \pi') deux fibrations principales de même base. La sous-variété P×BP′P \times_B P' de P×P′P \times P' est stable pour les opérations de G×G′G \times G', et le quadruplet
λ×Bλ′=(P×BP′,G×G′,B,π×Bπ′) \lambda \times_B \lambda' = (P \times_B P', G \times G', B, \pi \times_B \pi')
est une fibration principale; on l’appelle le produit de λ\lambda et de λ′\lambda' au-dessus de BB, ou encore le produit fibré de λ\lambda et de λ′\lambda'.

6.3. Morphismes de fibrations principales

6.3.1. Soient λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) et λ′=(P′,G′,B′,π′)\lambda' = (P', G', B', \pi') deux fibrations principales. On appelle morphisme de λ\lambda dans λ′\lambda' tout triplet (f,φ,h)(f, \varphi, h), où f:P→P′f : P \to P' et h:B→B′h : B \to B' sont des morphismes, φ:G→G′\varphi : G \to G' est un homomorphisme de variétés de groupes, et où π′∘f=h∘π\pi' \circ f = h \circ \pi et f(x.g)=f(x).φ(g)f(x . g) = f(x) . \varphi(g) pour x∈P,g∈Gx \in P, g \in G. On notera que ff détermine hh; on dira souvent que (f,φ)(f, \varphi), ou même simplement ff, est un morphisme.

Lorsque B=B′B = B' et h=IdBh = \mathrm{Id}_B (resp. lorsque G=G′G = G' et φ=IdG\varphi = \mathrm{Id}_G), un morphisme est appelé un BB-morphisme compatible avec φ\varphi (resp. un GG-morphisme compatible avec hh). Un morphisme qui est à la fois un BB-morphisme et un GG-morphisme est appelé un GG-BB-morphisme (ici encore, on dit souvent « morphisme » lorsqu’il ne peut y avoir de confusion). Tout GG-BB-morphisme f:P→P′f : P \to P' est un isomorphisme de la variété PP sur la variété P′P'; l’isomorphisme réciproque f−1f^{-1} est un GG-BB-morphisme : ff est un GG-BB-isomorphisme de PP sur P′P'.

Deux espaces fibrés principaux PP et P′P' de même base BB et de même groupe structural GG sont dits GG-BB-isomorphes (ou simplement isomorphes) s’il existe un GG-BB-isomorphisme de PP sur P′P'.

6.3.2. La fibration principale (B×G,G,B,pr1)(B \times G, G, B, \mathrm{pr}_1) est appelée la fibration principale triviale de base BB et de groupe structural GG. Un isomorphisme d’une fibration principale λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) sur la fibration principale triviale de base BB et de groupe structural GG est appelé une trivialisation de λ\lambda. Toute section ss de λ\lambda définit une trivialisation fsf_s de λ\lambda par la formule :

fs−1(b,g)=s(b)⋅gpour b∈B et g∈G. f_s^{-1}(b, g) = s(b) \cdot g \quad \text{pour } b \in B \text{ et } g \in G.

On obtient ainsi une bijection de l’ensemble des sections de λ\lambda sur l’ensemble des trivialisations de λ\lambda. De plus, si s0s_0 est une section de λ\lambda, toute section ss de λ\lambda s’écrit de manière unique sous la forme s(b)=s0(b)⋅r(b)s(b) = s_0(b) \cdot r(b), où r:B→Gr : B \to G est un morphisme.

6.3.3. Soit λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) une fibration principale, et soit h:B′→Bh : B' \to B un morphisme. Soit π′\pi' (resp. h′h') le morphisme canonique de B′×BPB' \times_B P dans B′B' (resp. dans PP). Faisons opérer GG sur B′×BPB' \times_B P par la formule

(b′,x)⋅g=(b′,x⋅g),(b′,x)∈B′×BP,g∈G. (b', x) \cdot g = (b', x \cdot g), \quad (b', x) \in B' \times_B P, \quad g \in G.

Le quadruplet (B′×BP,G,B′,π′)(B' \times_B P, G, B', \pi') est une fibration principale, appelée l’image réciproque de λ\lambda par hh, et notée B′×BλB' \times_B \lambda ou encore h∗λh^* \lambda. L’application h′:B′×BP→Ph' : B' \times_B P \to P est un GG-morphisme compatible avec hh; il jouit de la propriété universelle suivante : si ff est un GG-morphisme compatible avec hh d’une fibration principale λ′\lambda' de base B′B' dans la fibration λ\lambda, il existe un GG-B′B'-isomorphisme unique k:λ′→B′×Bλk : \lambda' \to B' \times_B \lambda tel que f=h′∘kf = h' \circ k.

Lorsque B′B' est une sous-variété de BB, et hh l’injection canonique de B′B' dans BB, B′×BPB' \times_B P s’identifie à la sous-variété π−1(B′)\pi^{-1}(B') de PP; on l’appelle l’espace fibré principal induit par PP au-dessus de B′B', et on le note π−1(B′)\pi^{-1}(B'), ou encore P∣B′P|B'. Tout x∈Vx \in V a un voisinage ouvert UU tel que P∣UP|U soit trivial.

6.4. Construction de fibrations principales au moyen de cocycles

Soient B une variété, G une variété de groupe et soit U=(Ui)i∈I\mathscr{U} = (U_i)_{i \in I} un recouvrement ouvert de B.

6.4.1. On appelle cocycle de classe CrC^r sur B à valeurs dans G, subordonné à U\mathscr{U}, une famille (gi,j)(i,j)∈I×I(g_{i,j})_{(i,j) \in I \times I} possédant les deux propriétés suivantes: (1) pour tout couple (i,j)∈I×I(i,j) \in I \times I, gi,jg_{i,j} est une application de classe CrC^r de l’ouvert Ui∩UjU_i \cap U_j de B dans G; (2) pour tout triplet (i,j,k)∈I3(i,j,k) \in I^3, on a

gi,k(x)=gi,j(x)⋅gj,k(x)pour tout x∈Ui∩Uj∩Uk. g_{i,k}(x) = g_{i,j}(x) \cdot g_{j,k}(x) \quad \text{pour tout } x \in U_i \cap U_j \cap U_k.
On dit que deux tels cocycles (gi,j)(g_{i,j}) et (gi,j′)(g'_{i,j}) sont cohomologues s’il existe une famille (hi)i∈I(h_i)_{i \in I} où, pour tout i∈Ii \in I, hih_i est une application de classe CrC^r de UiU_i dans G, telle que: (3)
gi,j′(x)=hi(x)−1⋅gi,j(x)⋅hj(x)pour tout x∈Ui∩Uj. g'_{i,j}(x) = h_i(x)^{-1} \cdot g_{i,j}(x) \cdot h_j(x) \quad \text{pour tout } x \in U_i \cap U_j.

6.4.2. Soit λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) une fibration principale. Donnons-nous pour tout i∈Ii \in I une section sis_i de λ\lambda au dessus de UiU_i (6.3.3). Pour tout couple (i,j)∈I2(i,j) \in I^2, il existe alors un morphisme et un seul gi,jg_{i,j} de Ui∩UjU_i \cap U_j dans G tel que: (4)

sj(b)=si(b)⋅gi,j(b)pour tout b∈Ui∩Uj. s_j(b) = s_i(b) \cdot g_{i,j}(b) \quad \text{pour tout } b \in U_i \cap U_j.
La famille des gi,jg_{i,j} est un cocycle sur B à valeurs dans G, subordonné au recouvrement ouvert U\mathscr{U}. Ce cocycle est dit associé à l’objet (λ,U,(si)i∈I)(\lambda, \mathscr{U}, (s_i)_{i \in I}) et les applications gi,jg_{i,j} sont appelées les fonctions de transition de cet objet. Pour i∈Ii \in I, soit x↦(π(x),fi(x))x \mapsto (\pi(x), f_i(x)) la trivialisation définie par la section sis_i de λ∣Ui\lambda|U_i (6.3.2). Pour x∈π−1(Ui∩Uj)x \in \pi^{-1}(U_i \cap U_j), on a: (5)
fi(x)=gi,j(π(x))⋅fj(x). f_i(x) = g_{i,j}(\pi(x)) \cdot f_j(x).

6.4.3. Inversement, soit g=(gi,j)g = (g_{i,j}) un cocycle sur B à valeurs dans G, subordonné au recouvrement U\mathscr{U}. Il existe alors une fibration principale λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) et une famille de sections (si)i∈I(s_i)_{i \in I} de λ\lambda au-dessus des UiU_i, telles que la relation (4) soit satisfaite. Il en est alors de même de (5). Si de plus (λ′,(si′))(\lambda', (s'_i)) satisfait aux mêmes conditions, il existe un G-B-isomorphisme unique ff de λ\lambda sur λ′\lambda' tel que si′=f∘sis'_i = f \circ s_i pour tout i∈Ii \in I. On exprime ce résultat en disant que (λ,(si))(\lambda, (s_i)) est déterminé à un isomorphisme unique près par le cocycle gg.

6.4.4. Soient λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) et λ′=(P′,G,B,π′)\lambda' = (P', G, B, \pi') deux fibrations principales. Soient (si)(s_i) (resp. (si′)(s'_i)) une famille de sections de λ\lambda (resp. λ′\lambda') au dessus des UiU_i et soit gg (resp. g′g') le cocycle associé à (λ,U,(si))(\lambda, \mathscr{U}, (s_i)) (resp. (λ′,U,(si′))(\lambda', \mathscr{U}, (s'_i))). Pour que λ\lambda et λ′\lambda' soient G-B-isomorphes, il faut et il suffit que les cocycles gg et g′g' soient cohomologues. Plus précisément, pour tout G-B-isomorphisme ff de λ\lambda sur λ′\lambda', il existe une famille (hi)i∈I(h_i)_{i \in I} de morphismes des UiU_i dans GG et une seule telle que la relation (3) soit satisfaite et que l’on ait f∘(si′(x))=si(x)⋅hi(x)f \circ (s'_i(x)) = s_i(x) \cdot h_i(x) pour tout i∈Ii \in I et tout x∈Uix \in U_i, et l’on obtient ainsi une bijection de l’ensemble des G-B-isomorphismes de λ\lambda sur λ′\lambda' sur l’ensemble des familles (hi)i∈I(h_i)_{i \in I} satisfaisant à (3).

6.4.5. Reprenons les notations de 6.4.2. et soit V=(Vα)α∈A\mathscr{V} = (V_\alpha)_{\alpha \in A} un recouvrement ouvert plus fin que le recouvrement ouvert U\mathscr{U}. Soit τ:A→I\tau : A \to I une application telle que Vα⊂Uτ(α)V_\alpha \subset U_{\tau(\alpha)} pour tout α∈A\alpha \in A. Soit sα′s'_\alpha la restriction à VαV_\alpha de la section sτ(α)s_{\tau(\alpha)} et soit g′=(gα,β′)g' = (g'_{\alpha,\beta}) le cocycle subordonné au recouvrement ouvert V\mathscr{V} associé à (λ,V,(sα′))(\lambda, \mathscr{V}, (s'_\alpha)). La fonction de transition gα,β′g'_{\alpha,\beta} est alors la restriction à Vα∩VβV_\alpha \cap V_\beta de la fonction de transition gτ(α),τ(β)g_{\tau(\alpha), \tau(\beta)}.

6.5. Espaces fibrés associés à une fibration principale

6.5.1. Soit λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) une fibration principale. Soit F une variété sur laquelle le groupe G opère à gauche ; on note (g,y)↦g⋅y(g, y) \mapsto g \cdot y la loi d’opération de G sur F. Le groupe G opère à droite sur P×FP \times F par la formule (x,f)⋅g=(x⋅g,g−1⋅f)(x, f) \cdot g = (x \cdot g, g^{-1} \cdot f); la relation d’équivalence définie par G dans P×FP \times F est régulière ; le quotient P×GF=(P×F)/GP \times^G F = (P \times F)/G est muni d’une structure de variété.

Soit E une variété. On dit que E est muni d’une structure d’espace fibré associé à λ\lambda de fibre type F lorsqu’on s’est donné un morphisme ρ:P×F→E\rho : P \times F \to E jouissant de la propriété suivante :

(As) On a ρ(x⋅g,g−1f)=ρ(x,f)\rho(x \cdot g, g^{-1}f) = \rho(x, f) pour x∈P,f∈F,g∈Gx \in P, f \in F, g \in G, et l’application ρˉ:P×GF→E\bar{\rho} : P \times^G F \to E déduite de ρ\rho par passage au quotient est un isomorphisme de variétés.

Il revient au même de dire que (P×F,G,E,ρ)(P \times F, G, E, \rho) est une fibration principale. L’application ρ\rho (ou parfois l’application ρˉ\bar{\rho}) est appelée l’application repère de E, et notée (x,f)↦x⋅f(x, f) \mapsto x \cdot f; on a

(x⋅g)⋅f=x⋅(g⋅f),pour x∈P,g∈G et f∈F. (x \cdot g) \cdot f = x \cdot (g \cdot f), \quad \text{pour } x \in P, g \in G \text{ et } f \in F.

La donnée de λ\lambda et de F détermine E à un isomorphisme unique près ; en particulier, on peut prendre pour E la variété P×GFP \times^G F elle-même ; on dit que c’est l’espace fibré associé à λ\lambda de fibre type F, et on le note λ(F)\lambda(F).

6.5.2. Soit E un espace fibré associé à λ\lambda et de fibre type F. Il existe un morphisme unique πE\pi_E de E dans B tel que πE(x⋅f)=π(x)\pi_E(x \cdot f) = \pi(x) si x∈P,f∈Fx \in P, f \in F; le triplet (E,B,πE)(E, B, \pi_E) est une fibration ; si B et F sont séparés, E est séparé.

Soit b∈Bb \in B, et soit Fb=πE−1(b)F_b = \pi_E^{-1}(b); c’est une sous-variété fermée de E. Si x∈Px \in P est tel que π(x)=b\pi(x) = b, soit θx:F→Fb\theta_x : F \to F_b l’application définie par θx(f)=x⋅f\theta_x(f) = x \cdot f; c’est un isomorphisme de variétés. De plus, pour tout g∈Gg \in G, on a θx⋅g=θx∘ρg\theta_{x \cdot g} = \theta_x \circ \rho_g, où ρg\rho_g désigne l’automorphisme f↦g⋅ff \mapsto g \cdot f de F. Supposons

F muni d'une structure s d'espèce quelconque Σ (cf. Ens., chap. IV, § 1, n° 4) et supposons que s soit invariante par G ; il existe alors sur F_b une structure s_b d'espèce Σ et une seule telle que les θx:F→Fb\theta_x : F \to F_b soient des isomorphismes ; on l'obtient en transportant s au moyen de l'un des θx\theta_x (loc. cit., n° 5).

Si s est une section de P au-dessus d'un ouvert U de B, l'application (b,f)↦s(b).f(b, f) \mapsto s(b) . f est un isomorphisme de U×FU \times F sur πE−1(U)\pi_E^{-1}(U).

6.5.3. Exemples : (a) Soit λ=(B×G,B,pr1)\lambda = (B \times G, B, pr_1), soit E=B×FE = B \times F, et soit

ρ:(B×G)×F→E \rho : (B \times G) \times F \to E
l'application (b,g,f)↦(b,g.f)(b, g, f) \mapsto (b, g . f). On obtient ainsi sur B×FB \times F une structure d'espace fibré associé à λ\lambda de fibre type F, qui est dite triviale.

(b) Soient λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) et λ′=(P′,G′,B′,π′)\lambda' = (P', G', B', \pi') deux fibrations principales. Soit F (resp. F') une variété sur laquelle G (resp. G') opère à gauche ; et soit E (resp. E') un espace fibré associé à λ\lambda (resp. à λ′\lambda') de fibre type F (resp. F'). Le groupe G×G′G \times G' opère sur F×F′F \times F' par (g.g′).(f,f′)=(g.f,g′.f′)(g . g') . (f, f') = (g . f, g' . f'). L'application (P×P′)×(F×F′)→E×E′(P \times P') \times (F \times F') \to E \times E' produit des applications repères P×F→EP \times F \to E et P′×F′→E′P' \times F' \to E' munit E×E′E \times E' d'une structure d'espace fibré associé à λ×λ′\lambda \times \lambda' de fibre type F×F′F \times F'.

(c) Avec les notations de (b), si l'on suppose que B′=BB' = B, on définit de même sur E×BE′E \times_B E' une structure d'espace fibré associé à λ×B′λ′\lambda \times_{B'} \lambda' de fibre type F×F′F \times F'.

6.5.4. Les notations étant celles du n° 6.5.1, soit h:B′→Bh : B' \to B un morphisme, soit λ′=B′×Bλ\lambda' = B' \times_B \lambda, et soit E′=E′×BEE' = E' \times_B E. Si P′=B′×BPP' = B' \times_B P, définissons une application P′×F→E′P' \times F \to E' en posant (b′,x).f=(b′,x.f)(b', x) . f = (b', x . f); on munit ainsi E′E' d'une structure d'espace fibré associé à λ′\lambda' de fibre type F ; on l'appelle l'image réciproque par hh de la structure donnée sur EE.

6.5.5. Soit λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) une fibration principale, et soit E (resp. E') un espace fibré associé à λ\lambda de fibre type F (resp. F'). Soit u:F→F′u : F \to F' un morphisme compatible avec les opérations de G (c'est-à-dire tel que u(g.f)=g.u(f)u(g . f) = g . u(f) pour f∈F,g∈Gf \in F, g \in G). Il existe alors un morphisme uˉ:E→E′\bar{u} : E \to E' et un seul tel que l'on ait uˉ(x.f)=x.u(f)\bar{u}(x . f) = x . u(f) pour x∈P,f∈Fx \in P, f \in F. Si uu est une immersion (resp. une submersion, une subimmersion), il en est de même de uˉ\bar{u}.

En particulier, supposons qu'une variété de groupe H opère à droite sur F de telle sorte que g.(f.h)=(g.f).hg . (f . h) = (g . f) . h pour g∈G,f∈F,h∈Hg \in G, f \in F, h \in H. Tout h∈Hh \in H définit alors un automorphisme uhu_h de F compatible avec les opérations de G, d'où un automorphisme uˉh\bar{u}_h de E ; le groupe H opère à droite sur E par (y,h)↦uˉh(y)(y, h) \mapsto \bar{u}_h(y).

6.5.6. Soit λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) une fibration principale, et soit E un espace fibré associé à λ\lambda de fibre type F. Soit s:B→Es : B \to E une section de E. Pour tout x∈Px \in P, il existe un élément unique σ(x)∈F\sigma(x) \in F tel que s(π(x))=x.σ(x)s(\pi(x)) = x . \sigma(x). L’application σ:P→F\sigma : P \to F ainsi définie est un morphisme de variétés, et vérifie l’identité:

(*)

σ(x.g)=g−1.σ(x). \sigma(x . g) = g^{-1} . \sigma(x).

L’application s↦σs \mapsto \sigma est une bijection de l’ensemble des sections de E sur l’ensemble des morphismes de P dans F qui vérifient l’identité (*).

6.5.7. Soient λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) et λ′=(P′,G,B,π′)\lambda' = (P', G, B, \pi') deux fibrations principales de même base B et de même groupe structural G. La fibration principale λ×Bλ′=(P×BP′,G×G,B,(π,π′)B)\lambda \times_B \lambda' = (P \times_B P', G \times G, B, (\pi, \pi')_B) a pour groupe structural G×GG \times G. Faisons opérer G×GG \times G à gauche sur G par la formule:

(g,g′).g1=g.g1.g′−1, (g, g') . g_1 = g . g_1 . {g'}^{-1},

et soit E l’espace fibré associé à λ×Bλ′\lambda \times_B \lambda' de fibre type G (muni de la loi d’opération définie ci-dessus). Alors les sections de E correspondent bijectivement aux isomorphismes de P sur P’. De façon précise, si s est une section de E correspondant (cf. n° 6.5.6) au morphisme σ:P×BP′→G\sigma : P \times_B P' \to G, il existe un G-B-isomorphisme fs:P→P′f_s : P \to P' et un seul tel que σ(x,fs(x))=e\sigma(x, f_s(x)) = e pour tout x∈Px \in P; l’application s↦fss \mapsto f_s est une bijection de l’ensemble des sections de E sur l’ensemble des G-B-isomorphismes de P sur P’.

6.6. Extension et restriction du groupe structural

6.6.1. Soit λ=(P,G,B,π)\lambda = (P, G, B, \pi) une fibration principale, et soit φ\varphi un homomorphisme de G dans une variété de groupe H. Faisons opérer G à gauche sur H par g.h=φ(g).hg . h = \varphi(g) . h et soit P×GHP \times^G H l’espace fibré associé à λ\lambda de fibre type H. Comme les translations à droite dans H sont compatibles avec les opérations de G, le groupe H opère à droite sur P×GHP \times^G H (cf. n° 6.5.5); si πH\pi_H désigne la projection de P×GHP \times^G H sur B, le quadruplet (P×GH,H,B,πH)(P \times^G H, H, B, \pi_H) est une fibration principale, notée φ(λ)\varphi(\lambda); on dit qu’elle se déduit de λ\lambda par l’homomorphisme φ\varphi.

L’application f de P dans P×GHP \times^G H qui associe à x∈Px \in P la classe de (x,e)(x, e) est un B-morphisme de P dans P×GHP \times^G H compatible avec φ\varphi (cf. n° 6.3.1). De plus, si f′f' est un B-morphisme de P dans un espace fibré principal P′P' de groupe structural H, et si f′f' est compatible avec φ\varphi, il existe un H-B-isomorphisme unique θ\theta de P×GHP \times^G H sur P′P' tel que f′=θ∘ff' = \theta \circ f.

6.6.2. Supposons que λ\lambda soit définie au moyen d’un recouvrement ouvert V=(Ui)\mathscr{V} = (U_i) de B et d’un cocycle (gij)(g_{ij}) (6.4.2). Alors φ(λ)\varphi(\lambda) peut être défini au moyen du même recouvrement et du cocycle (hij)(h_{ij}), avec hij=φ∘gijh_{ij} = \varphi \circ g_{ij}.

6.6.3. Soit F une variété sur laquelle le groupe H opère à gauche; on note (h,y)↦h.y(h, y) \mapsto h . y la loi d’opération de H sur F. Le groupe G opère sur F par (g,y)↦φ(g).y(g, y) \mapsto \varphi(g) . y. Soit E un espace fibré associé à φ(λ)\varphi(\lambda) de fibre type F. L’application (x,y)↦f(x).y(x, y) \mapsto f(x) . y de P×FP \times F dans E (l’application ff étant celle définie au n° 6.6.1) munit E d’une structure d’espace fibré associé à λ\lambda de fibre type F. En particulier, (P×GH)×HF(P \times^G H) \times^H F s’identifie à P×GFP \times^G F.

6.6.4. Supposons que G soit une sous-variété de groupe de H, et que φ:G→H\varphi : G \to H soit l’injection canonique de G dans H. On dit alors que φ(λ)\varphi(\lambda) se déduit de λ\lambda par extension à H du groupe structural. Le morphisme f:P→P×GHf : P \to P \times^G H du n° 6.6.1 est un isomorphisme de P sur une sous-variété fermée de P×GHP \times^G H (égale à P×GHP \times^G H si G=HG = H); cet isomorphisme est compatible avec les opérations de G (noter que G opère sur P×GHP \times^G H comme sous-groupe de H).

6.6.5. Supposons encore que G soit une sous-variété de groupe de H, et soit μ=(Q,H,B,π)\mu = (Q, H, B, \pi) une fibration principale de groupe structural H et de base B, et soit E un espace fibré associé à μ\mu de fibre type H/GH/G. Si γ\gamma désigne la projection canonique de H sur H/GH/G, posons δ(y)=y.γ(e)\delta(y) = y . \gamma(e), pour y∈Qy \in Q (où ee désigne l’élément neutre de H); on obtient ainsi un morphisme δ:Q→E\delta : Q \to E et le quadruplet (Q,G,E,δ)(Q, G, E, \delta) est une fibration principale. En particulier, Q/GQ/G s’identifie canoniquement à E, lui-même isomorphe à Q×HH/GQ \times^H H/G 1^{1}.

Soit maintenant s:B→Es : B \to E une section de E, et soit λs\lambda_s l’image réciproque par ss de la fibration (Q,G,E,δ)(Q, G, E, \delta) que l’on vient de définir. C’est une fibration principale, de base B et de groupe structural G et son extension à H est isomorphe à μ\mu; tout fibration jouissant de ces propriétés peut être obtenue ainsi, à un isomorphisme près; deux sections s1s_1 et s2s_2 de E définissent des fibrations isomorphes si et seulement si elles sont transformées l’une de l’autre par un H-B-automorphisme de μ\mu.

6.7. Changements de structure

Les structures et opérations décrites dans ce paragraphe sont compatibles avec les changements de structure décrits aux numéros 5.13 et 5.14.

1^1 Dans le cas topologique (cf. note 1^1, page 61), il est nécessaire de supposer que les translations à droite par les éléments de G font de H un espace fibré principal de groupe structural G, de base H/GH/G; cela revient à dire qu’il y a un ouvert non vide de H/GH/G au-dessus duquel la projection H→H/GH \to H/G admet une section continue. Dans la catégorie des variétés, la condition analogue est toujours satisfaite (cf. n° 6.2.4).

Transcribed from the printed volume. Not translated.