Bourbaki

§ 5. Variétés

5.1. Cartes et atlas. Variétés

5.1.1. Soit X un ensemble. On appelle carte de X un triplet c = (U, φ, E), où U est une partie de X, E un espace de Banach et φ une bijection de U sur un ouvert de E. On dit que U est le domaine de la carte c. Si E est de dimension finie n, on dit que c est de dimension n. Sinon, on pose dim c = +∞.

5.1.2. On dit que deux cartes c = (U, φ, E) et c' = (U', φ', E') de X sont C^r-compatibles (ou simplement compatibles lorsqu’il ne peut y avoir d’ambiguïté sur r) lorsque les conditions suivantes sont réalisées: (a) φ(U ∩ U') (resp. φ'(U ∩ U')) est ouvert dans E (resp. E'); (b) l’application φ ∘ φ'^{-1} (resp. φ' ∘ φ^{-1}) de φ'(U ∩ U') sur φ(U ∩ U') (resp. de φ(U ∩ U') sur φ'(U ∩ U')) est de classe C^r (cf. 2.3.1, 3.2.1 et 4.2.1).

5.1.3. On appelle C^r-atlas (ou simplement atlas) d’un ensemble X un ensemble de cartes de X deux à deux C^r-compatibles et dont les domaines ont pour réunion X tout entier. Deux atlas A et B de X sont dits C^r-équivalents si A ∪ B est un atlas. La relation de C^r-équivalence entre atlas est une relation d’équivalence.

5.1.4. Soit S un ensemble d’espaces de Banach. On dit qu’un atlas A est de type S si l’on a E ∈ S pour toute carte c = (U, φ, E) de A. D’une manière analogue, on dit qu’un atlas A est de type hilbertien (resp. de type hilbertien de dimension dénombrable) si E est un espace hilbertien (resp. hilbertien de type dénombrable) pour toute carte (U, φ, E) de A.

5.1.5. On appelle K-variété de classe C^r (ou variété de classe C^r sur K, ou simplement variété lorsque il ne peut y avoir d’ambiguïté sur K et r) un ensemble X muni d’une classe d’atlas équivalents (Ens., chap. II, § 6, n° 9) pour la relation de C^r-équivalence. Un atlas de cette classe est appelé un atlas de la variété X. Une carte appartenant à un atlas de X est appelée une carte de la variété X. Une carte de X dont le domaine contient un point a ∈ X est appelée une carte de X en a. Une carte centrée en a est une carte (U, φ, E) de X en a telle que φ(a) = 0.

Si X est un ensemble et A un atlas de X, l’ensemble X muni de la classe d’équivalence de A est appelé la variété définie par A.

Lorsque r ≠ ω (donc K = R), une variété de classe C^r est parfois appelée une variété différentielle. Une variété de classe C^ω est encore appelée une variété analytique sur K (ou encore variété K-analytique).

Lorsque de plus K=RK = \mathbf{R} (resp. C\mathbf{C}, Qp\mathbf{Q}_p), on dit encore variété analytique réelle (resp. analytique complexe, analytique pp-adique).

5.1.6. Soit XX une variété. Les parties de XX qui sont réunions de domaines de cartes de XX forment l’ensemble des ouverts pour une topologie sur XX, dite sous-jacente à la structure de variété de XX. Pour toute carte c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) de XX, l’application φ\varphi est un homéomorphisme de l’ouvert UU muni de la topologie induite par celle de XX sur l’ouvert φ(U)\varphi(U) de EE.

L’espace topologique sous-jacent à XX est un espace de Baire. Lorsque KK est égal à R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}, il est localement connexe.

Soit XX une variété et soit A\mathscr{A} un atlas de XX. Pour que l’espace topologique XX soit séparé, il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite : quelles que soient les cartes (U,φ,E)(U, \varphi, E) et (V,ψ,F)(V, \psi, F) appartenant à l’atlas A\mathscr{A}, le graphe de l’application ψ∘φ−1\psi \circ \varphi^{-1} de φ(U∩V)\varphi(U \cap V) dans ψ(U∩V)\psi(U \cap V) est fermé dans φ(U)×ψ(V)\varphi(U) \times \psi(V).

Soit XX une variété ; supposons que l’espace topologique XX soit régulier. Alors pour tout point a∈Xa \in X, il existe une carte (U,φ,E)(U, \varphi, E) de XX en aa possédant la propriété suivante : pour qu’une partie YY de UU soit fermée dans XX, il faut et il suffit que son image φ(Y)\varphi(Y) soit fermée dans EE. Si l’espace XX est paracompact, il existe sur XX une distance compatible avec la topologie de XX et faisant de XX un espace métrique complet.

5.1.7. Soit S\mathfrak{S} un ensemble d’espaces de Banach. On dit qu’une variété est de type S\mathfrak{S} (resp. de type hilbertien, resp. de type hilbertien de dimension dénombrable) si elle possède un atlas de type S\mathfrak{S} (resp. de type hilbertien, resp. de type hilbertien de dimension dénombrable). Si S\mathfrak{S} est réduit à un seul élément EE, une variété de type S\mathfrak{S} est encore appelée une variété pure de type EE.

On appelle variété pure de dimension nn une variété pure de type KnK^n. On dit qu’une variété est localement de dimension finie si elle est de type S\mathfrak{S} avec S={Kn;n∈N}\mathfrak{S} = \{ K^n ; n \in \mathbf{N} \}.

5.1.8. Soit XX une variété et soit x∈Xx \in X. La dimension (finie ou +∞+\infty) d’une carte de XX en xx ne dépend que de xx. On l’appelle dimension de XX en xx et on la note dim⁡xX\dim_x X. On appelle dimension de XX et on note dim⁡X\dim X la borne supérieure des dim⁡xX\dim_x X pour x∈Xx \in X.

La fonction x↦dim⁡xXx \mapsto \dim_x X est localement constante. La variété XX est localement de dimension finie (resp. pure de dimension nn) si et seulement si on a dim⁡xX<+∞\dim_x X < +\infty (resp. dim⁡xX=n\dim_x X = n) pour tout x∈Xx \in X.

5.1.9. Supposons KK localement compact. Soit XX une variété séparée. Alors, pour que XX soit localement de dimension finie, il faut et il suffit que XX soit localement compacte.

n° 5.2

5.1.10. Soit X une variété et soient ξ1,…,ξn\xi^1, \ldots, \xi^n des applications d'une partie U de X dans K. On dit que ξ=(ξ1,…,ξn)\xi = (\xi^1, \ldots, \xi^n) est un système de coordonnées de X dans U si le triplet (U,ξ,Kn)(U, \xi, K^n) est une carte de X ; cette carte se note aussi (U;ξ)(U; \xi) ou (U;ξ1,…,ξn)(U; \xi^1, \ldots, \xi^n). Si a∈Ua \in U, on dit aussi que ξ\xi est un système de coordonnées de X en aa ; si de plus ξi(a)=0\xi^i(a) = 0 pour i=1,2,…,ni = 1, 2, \ldots, n, on dit que le système de coordonnées ξ\xi est centré en aa.

5.2. Exemples de variétés

5.2.1. Soit X un ensemble ; il existe sur X une structure de variété et une seule pour laquelle l'espace topologique sous-jacent soit discret ; cette structure est une structure de variété pure de dimension 0.

5.2.2. Soit E un espace de Banach. Le triplet c=(E,IdE,E)c = (E, \mathrm{Id}_E, E) est une carte de E et A={c}\mathscr{A} = \{c\} est un atlas de E, donc définit une structure de variété pure de type E sur E ; la topologie sous-jacente est la topologie donnée sur E. Lorsque l'on parlera par la suite de la structure de variété sur E, ce sera toujours à la structure précédente que l'on se référera.

En particulier, ceci s'applique à tout espace vectoriel de dimension finie sur K, muni de l'unique topologie séparée compatible avec sa structure vectorielle (Esp. Vect. Top., chap. I, § 2, n° 3).

5.2.3. Soient X une variété et U une partie ouverte de X. Il existe sur U une structure de variété dont les cartes sont les cartes de la variété X de domaine contenu dans U. Cette structure est dite induite par celle de X (cf. n° 5.3.4); muni de cette structure, U s'appelle une sous-variété ouverte de X.

En particulier, tout ouvert d'un espace de Banach E est muni d'une structure canonique de variété pure de type E. Soit X une variété ; pour qu'un triplet (U,φ,E)(U, \varphi, E) soit une carte de X, il faut et suffit que U soit ouvert dans X et que φ\varphi soit un isomorphisme de la sous-variété ouverte U de X sur une sous-variété ouverte de E.

5.2.4. Soient X un ensemble, et (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} un recouvrement de X. On suppose donnée sur chaque XiX_i une structure de variété telle que la condition suivante soit remplie :

Quels que soient ii et jj dans I, l'ensemble Xi∩XjX_i \cap X_j est ouvert dans XiX_i et XjX_j et les structures de variétés induites sur Xi∩XjX_i \cap X_j par celles de XiX_i et XjX_j coïncident.

Il existe alors sur X une structure de variété et une seule telle que XiX_i soit une sous-variété ouverte de X pour tout ii dans I. On dit que la variété X s'obtient par recollement des variétés XiX_i.

5.2.5. Soit X une variété. L'ensemble XnX_n des points xx de X tels que dim_x X = n (n entier ≥0\geq 0) est une sous-variété ouverte de X, qui est pure de dimension n.

5.2.6. Soit E un espace de Banach. On peut munir l’ensemble G(E) des sous-espaces vectoriels de E admettant un supplémentaire topologique d’une structure de variété analytique de la façon suivante : pour tout couple (F_0, G_0) ∈G(E)×G(E)\in G(E) \times G(E) tel que E = F_0 ⊕\oplus G_0, on note U_{G_0} l’ensemble des F ∈G(E)\in G(E) admettant G_0 comme supplémentaire, et on définit une bijection φF0,G0\varphi_{F_0, G_0} de U_{G_0} sur l’espace de Banach L(F0;G0)\mathscr{L}(F_0; G_0) en associant à tout F ∈UG0\in U_{G_0} l’application de F_0 dans G_0 ayant pour graphe le sous-espace F de E = F_0 ×\times G_0. Les cartes (U_{G_0}, φF0,G0\varphi_{F_0, G_0}, L(F0;G0)\mathscr{L}(F_0; G_0)) forment un atlas de G(E). Muni de la structure de variété définie par cet atlas, G(E) s’appelle la variété grassmannienne de E.

L’espace topologique G(E) est métrisable. Si K est localement compact et E de dimension finie, G(E) est compacte.

Pour tout entier n≥0n \geq 0, l’ensemble G_n(E) (resp. G^n(E)) des F ∈G(E)\in G(E) de dimension (resp. codimension) n est ouvert et fermé dans G(E) et est une sous-variété ouverte pure de G(E). Si K = R ou C, G_n(E) est connexe pour tout n.

L’application qui à F ∈G(E)\in G(E), associe son orthogonal dans le dual E’ de E, est un morphisme de G(E) dans G(E’) qui induit un isomorphisme de G^n(E) sur G_n(E’) pour tout entier n.

Si K = R ou C, ou si E est de dimension finie, G_1(E) n’est autre que l’espace projectif déduit de E, qui se trouve ainsi muni d’une structure de variété analytique.

5.3. Fonctions de classe CrC^r et morphismes de variétés

5.3.1. Soient X une variété de classe C', F un espace polynormé séparé et f une application de X dans F. On dit que f est de classe C' si pour toute carte (V, φ\varphi, E) de X, l’application f∘φ−1f \circ \varphi^{-1} de φ(V)\varphi(V) dans F est de classe C'. Pour cela, il suffit que cette condition soit satisfaite pour les cartes d’un atlas de X. L’ensemble des applications de classe C' de X dans F forme un sous-espace vectoriel de l’espace de toutes les applications de X dans F. On le note C′(X;F)\mathscr{C}'(X; F).

Lorsque F = K, on pose C′(X;K)=C′(X)\mathscr{C}'(X; K) = \mathscr{C}'(X); c’est une sous-K-algèbre de l’algèbre des applications de X dans K. Les éléments de C′(X)\mathscr{C}'(X) sont encore appelés fonctions morphiques.

Lorsque X est un ouvert d’un espace de Banach, cette terminologie est en accord avec celle des n°s 2.3.1, 3.2.1 et 4.2.1.

5.3.2. Soient X et Y deux variétés de classe C' et soit f une application de X dans Y. On dit que f est de classe C' ou est un morphisme de variétés (de classe C') si elle est continue et si, pour toute carte (V, ψ\psi, F) de Y, l’application ψ∘f\psi \circ f de la sous-variété ouverte f−1(V)f^{-1}(V) dans l’espace de Banach F est de classe C′C'. Pour cela, il suffit qu’il existe un atlas A\mathscr{A} de Y tel que, pour toute carte (V,ψ,F)∈A(V, \psi, F) \in \mathscr{A}, l’ensemble f−1(V)f^{-1}(V) soit ouvert dans X et que l’application ψ∘f\psi \circ f de la sous-variété ouverte f−1(V)f^{-1}(V) de X dans F soit de classe C′C'. L’ensemble des morphismes de X dans Y est noté C′(X;Y)\mathscr{C}'(X; Y). Lorsque Y est un espace de Banach muni de sa structure canonique de variété, les définitions de 5.3.1. et 5.3.2 sont cohérentes. Une application de classe CωC^\omega est aussi appelée application K-analytique (ou simplement analytique). Lorsque K=CK = \mathbf{C}, on dit aussi application holomorphe.

Soient (U,φ,E)(U, \varphi, E) une carte de X et (V,ψ,F)(V, \psi, F) une carte de Y telles que f(U)⊂Vf(U) \subset V. L’application ψ∘f∘φ−1\psi \circ f \circ \varphi^{-1} de l’ouvert φ(U)\varphi(U) de E dans l’ouvert ψ(V)\psi(V) de F est appelée l’expression de f dans les cartes données.

5.3.3. Supposons X et Y de dimension finie; soient a∈X, b∈Ya \in X,\ b \in Y et ff une application de X dans Y avec f(a)=bf(a) = b. Supposons d’abord que ff soit de classe C′C' et considérons des systèmes de coordonnées (U;ξ1,…,ξm)(U; \xi^1, \ldots, \xi^m) de X en aa et (V;η1,…,ηn)(V; \eta^1, \ldots, \eta^n) de Y en bb respectivement, avec f(U)⊂Vf(U) \subset V. Soit ξ\xi l’application (ξ1,…,ξm)(\xi^1, \ldots, \xi^m) de U dans KmK^m. Il existe alors des fonctions uju^j de classe C′C' sur l’ouvert ξ(U)\xi(U) de KmK^m, à valeurs dans K, telles que les coordonnées d’un point y=f(x)y = f(x) de Y, (pour x dans U), soient données par les formules:

(1)

ηj(y)=uj(ξ1(x),…,ξm(x))pour 1≤j≤n \eta^j(y) = u^j(\xi^1(x), \ldots, \xi^m(x)) \quad \text{pour } 1 \leq j \leq n
ce qui équivaut à:

(2)

ηj∘f=uj(ξ1,…,ξm)pour 1≤j≤n. \eta^j \circ f = u^j(\xi^1, \ldots, \xi^m) \quad \text{pour } 1 \leq j \leq n.
On dit que les formules précédentes constituent l’expression de ff au moyen des systèmes de coordonnées choisis.

Réciproquement, si, pour tout point aa de X, on peut trouver un système de coordonnées de X en aa et un système de coordonnées de Y en b=f(a)b = f(a) satisfaisant aux conditions précédentes, alors ff est de classe C′C'.

5.3.4. Les morphismes de variétés satisfont aux axiomes d’*Ens.*, chap. IV, § 2: a) Le composé de deux morphismes est un morphisme. b) Pour qu’une bijection f:X→Yf : X \to Y soit un isomorphisme, il faut et il suffit que ff et f−1f^{-1} soient des morphismes.

5.3.5. Supposons que r=ωr = \omega. Soient X une variété et f,gf, g deux applications analytiques de X dans un espace polynormé séparé ou dans une variété analytique séparée. L’ensemble des points au voisinage desquels ff et gg sont égales, est ouvert et fermé dans X.

5.3.6. Supposons que K=RK = \mathbf{R} et r≠ωr \neq \omega. On dit qu'une variété XX admet des partitions de l'unité de classe C′C' si, pour tout recouvrement ouvert localement fini de XX, il existe une partition continue de l'unité (Top. Gén., ch. IX, § 4, n° 3) subordonnée à ce recouvrement et formée de fonctions de classe C′C'.

Soit EE un espace de Banach ; considérons la propriété suivante :

(PU) Quels que soient les sous-ensembles fermés disjoints AA et BB de EE, il existe une fonction ff de classe C′C' sur EE, à valeurs dans R\mathbf{R}, telle que f(x)=0f(x) = 0 pour x∈Ax \in A, f(x)=1f(x) = 1 pour x∈Bx \in B et 0≤f(x)≤10 \leq f(x) \leq 1 pour tout x∈Ex \in E.

Si S\mathscr{S} est un ensemble d’espaces de Banach possédant la propriété (PU), toute variété paracompacte de type S\mathscr{S} admet des partitions de l’unité de classe C′C'.

Tout espace de dimension finie, tout espace hilbertien de type dénombrable possède la propriété (PU).

5.3.7. Supposons KK ultramétrique. Soit XX une variété paracompacte. Pour tout recouvrement ouvert UU de XX, il existe une partition de XX en sous-ensembles ouverts et fermés subordonnée au recouvrement UU.

5.3.8. Supposons KK localement compact. Soient XX et YY deux variétés pures de dimension finie, et soit ff un morphisme de XX dans YY. Si dim⁡X<dim⁡Y\dim X < \dim Y et si la topologie de XX admet une base dénombrable d’ouverts, f(X)f(X) est maigre dans YY.

5.4. Caractérisation des variétés par leurs faisceaux de fonctions

5.4.1. Soit XX un espace topologique, et soit YY un ensemble. Supposons donné, pour tout ouvert UU de XX, un ensemble L(U)\mathscr{L}(U) d’applications de UU dans YY. Nous dirons que la famille L={L(U)}\mathscr{L} = \{\mathscr{L}(U)\} est un faisceau de fonctions à valeurs dans YY si elle vérifie la condition suivante :

Soit (Ui)i∈I(U_i)_{i \in I} une famille d’ouverts de XX, de réunion UU, et soit ff une application de UU dans YY; pour que ff appartienne à L(U)\mathscr{L}(U), il faut et il suffit que f∣Uif|U_i appartienne à L(Ui)\mathscr{L}(U_i) pour tout ii dans II.

5.4.2. Soient XX et YY deux variétés ; pour tout ouvert U⊂XU \subset X, soit L(U)\mathscr{L}(U) l’ensemble des morphismes de UU dans YY; alors L\mathscr{L} est un faisceau de fonctions à valeurs dans YY.

Lorsque Y=KY = K, on note CXr′\mathscr{C}_X^{r'} le faisceau ainsi défini.

5.4.3. Soit XX un espace topologique et soit S\mathscr{S} un ensemble d’espaces de Banach. Pour tout E∈SE \in \mathscr{S}, soit FE\mathscr{F}_E un faisceau de fonctions sur XX à valeurs dans EE. Supposons que la famille des FE\mathscr{F}_E, pour E∈SE \in \mathscr{S}, vérifie la condition suivante :

Pour tout x∈Xx \in X, il existe un voisinage ouvert UU de xx, un espace

E0∈SE_0 \in \mathscr{S}, et un homéomorphisme φ\varphi de U sur un ouvert de E_0, tels que, pour tout ouvert V⊂UV \subset U et tout E∈SE \in \mathscr{S}, l’ensemble FE(V)\mathscr{F}_E(V) se compose des fonctions g∘φg \circ \varphi, où gg parcourt l’espace Cr(φ(V);E)\mathscr{C}^r(\varphi(V); E).

Il existe alors sur X une structure de variété de classe CrC^r et de type S\mathscr{S} et une seule, compatible avec la topologie donnée sur X et pour laquelle FE\mathscr{F}_E est le faisceau des fonctions de classe CrC^r sur X à valeurs dans E.

5.4.4. Soit X un espace topologique et soit F\mathscr{F} un faisceau de fonctions à valeurs dans K, vérifiant la condition suivante : pour tout point x de X, il existe un entier n, un voisinage ouvert U de x et un homéomorphisme φ\varphi de U sur un ouvert de KnK^n, tels que, pour tout ouvert V de U, l’ensemble F(V)\mathscr{F}(V) se compose des fonctions g∘φg \circ \varphi où gg parcourt l’ensemble des fonctions de classe CrC^r à valeurs dans K sur l’ouvert φ(V)\varphi(V) de KnK^n.

Il existe alors sur X une structure de variété localement de dimension finie et de classe CrC^r et une seule telle que F=CXr\mathscr{F} = \mathscr{C}^r_X.

5.4.5. Soient X et X' deux variétés de classe CrC^r, localement de dimension finie, et soit ff une application continue de X dans X'. Pour que ff soit un morphisme, il faut et il suffit que pour tout ouvert U' de X' et toute fonction g∈Cr(U′;K)g \in \mathscr{C}^r(U'; K), la fonction g∘fg \circ f appartienne à Cr(U;K)\mathscr{C}^r(U; K), avec U=f−1(U′)U = f^{-1}(U').

5.5. Espaces tangents, applications linéaires tangentes

5.5.1. Soit X une variété et soit a∈Xa \in X. Considérons les couples (c,h)(c, h) où c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) est une carte de la variété X en aa et où hh est un élément de E. Deux tels couples (c,h)(c, h) et (c′,h′)(c', h') sont dits équivalents si la dérivée en φ(a)\varphi(a) de l’application φ′∘φ−1\varphi' \circ \varphi^{-1} (qui est définie sur un voisinage de φ(a)\varphi(a)) transforme hh en h′h'. On obtient ainsi une relation d’équivalence entre couples (c,h)(c, h) et on appelle vecteur tangent en aa à X une classe de couples (c,h)(c, h) équivalents (Ens., chap. II, § 6, n° 9).

Les vecteurs tangents en aa à X forment un ensemble noté Ta(X)T_a(X). Si c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) est une carte de la variété X en aa, l’application θc\theta_c de E dans Ta(X)T_a(X) qui associe à un élément hh de E le vecteur tangent représenté par le couple (c,h)(c, h) est une bijection. Si l’on transporte à Ta(X)T_a(X), au moyen de θc\theta_c, la structure de K-espace vectoriel topologique de E, la structure ainsi obtenue ne dépend pas du choix de cc et fait de Ta(X)T_a(X) un espace de Banach, appelé espace tangent à X en aa. La dimension (finie ou +∞+\infty) de Ta(X)T_a(X) est égale à la dimension de X en aa.

5.5.2. Soient X, Y deux variétés, ff un morphisme de X dans Y et aa un point de X. Considérons une carte c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) de X en aa et une carte c′=(V,ψ,F)c' = (V, \psi, F) de Y en bb avec f(U)⊂Vf(U) \subset V; l’application Φ=ψ∘f∘φ−1\Phi = \psi \circ f \circ \varphi^{-1} de φ(U)\varphi(U) dans F est de classe CrC^r, et sa dérivée DΦ(φ(a))D\Phi(\varphi(a)) au point φ(a)\varphi(a) est une application linéaire continue de E dans F. L’application linéaire continue θc′∘DΦ(φ(a))∘θc−1\theta_{c'} \circ D\Phi(\varphi(a)) \circ \theta_c^{-1} de Ta(X)T_a(X) dans Tb(Y)T_b(Y) ne dépend pas des cartes cc et c′c' choisies; on la note Ta(f)T_a(f) et on l’appelle l’application linéaire tangente à ff en aa. Si gg est un morphisme de YY dans une variété ZZ, on a:

Ta(g∘f)=Tf(a)(g)∘Ta(f). T_a(g \circ f) = T_{f(a)}(g) \circ T_a(f).

5.5.3. Soit f:X→Yf : X \to Y un morphisme de variétés. Si ff est localement constant, on a Ta(f)=0T_a(f) = 0 pour tout aa dans XX. Réciproquement, si Ta(f)=0T_a(f) = 0 pour tout a∈Xa \in X et si le corps KK est de caractéristique 0, alors ff est localement constant.

5.5.4. Soient UU un ouvert d’une variété XX et ff l’injection canonique de UU dans XX; pour tout point aa de UU, l’application Ta(f)T_a(f) de Ta(U)T_a(U) dans Ta(X)T_a(X) est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques, par lequel on identifiera désormais ces deux espaces.

5.5.5. Soit UU un ouvert d’un espace de Banach EE; si ι\iota est l’injection canonique de UU dans EE, le triplet c=(U,ι,E)c = (U, \iota, E) est une carte de UU, et l’atlas {c}\{c\} définit la structure de variété de UU. Etant donné un point aa de UU, l’application θc\theta_c est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de EE sur Ta(U)T_a(U); l’isomorphisme réciproque sera noté ζE(a)\zeta_E(a).

Soit ff une application de classe CrC^r de UU dans un ouvert VV d’un espace de Banach FF; pour tout point aa de UU, on a:

Df(a)∘ζE(a)=ζF(f(a))∘Ta(f) Df(a) \circ \zeta_E(a) = \zeta_F(f(a)) \circ T_a(f)

où Df(a)Df(a) est la dérivée de ff en aa (1.2.1). Autrement dit, le diagramme :

Ta(U)→Ta(f)Tf(a)(V)↓ζE(a)↓ζF(f(a))E→Df(a)F \begin{array}{ccc} T_a(U) & \xrightarrow{T_a(f)} & T_{f(a)}(V) \\ \downarrow \zeta_E(a) & & \downarrow \zeta_F(f(a)) \\ E & \xrightarrow{Df(a)} & F \end{array}

est commutatif.

5.5.6. On appelle vecteur cotangent à XX en aa, ou encore covecteur tangent ou simplement covecteur en aa, toute forme linéaire continue sur l’espace vectoriel topologique Ta(X)T_a(X); ces covecteurs sont donc les éléments du dual topologique Ta(X)′T_a(X)' de l’espace tangent à XX en aa. On munira cet espace de la topologie de la convergence uniforme sur les parties bornées de Ta(X)T_a(X): muni de cette topologie, Ta(X)′T_a(X)' est un espace de Banach qu’on appelle espace cotangent à XX en aa. On le note aussi Ta′(X)T'_a(X).

Soit ff un morphisme de XX dans un espace de Banach EE. On appelle différentielle de ff en aa et on note dafd_a f ou dfadf_a l’application linéaire continue ζE(f(a))∘Ta(f)\zeta_E(f(a)) \circ T_a(f) de Ta(X)T_a(X) dans EE. Pour t∈Ta(X)t \in T_a(X), on note parfois t(f) ou t . f la valeur daf(t)d_a f(t) de l’application linéaire dafd_a f au point tt. L’application f↦daff \mapsto d_a f est linéaire.

Si E=KE = K, la différentielle dafd_a f de ff en aa est un covecteur de XX en aa.

Soient E,F,GE, F, G trois espaces de Banach et soit (u,v)↦u.v(u, v) \mapsto u . v une application bilinéaire continue de F×GF \times G dans EE. Soit ff (resp. gg) un morphisme de XX dans FF (resp. GG). Alors l’application f.g:x↦f(x).g(x)f . g : x \mapsto f(x) . g(x) est un morphisme de XX dans EE et on a, pour tout t∈Ta(X)t \in T_a(X):

da(f.g)(t)=f(a).dag(t)+daf(t).g(a). d_a(f . g)(t) = f(a) . d_a g(t) + d_a f(t) . g(a).

Prenons en particulier G=EG = E et F=KF = K, l’application bilinéaire considérée étant la multiplication. On a alors:

da(fg)=f(a)dag+g(a) daf. d_a(fg) = f(a)d_ag + g(a)\ d_af.

5.5.7. Soit XX une variété localement de dimension finie et soient ξ1,…,ξm\xi^1, \ldots, \xi^m des fonctions morphiques définie dans un voisinage ouvert UU d’un point aa de XX. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) il existe un voisinage ouvert VV de aa contenu dans UU, tel que les fonctions ξi∣V\xi^i|V (pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m) forment un système de coordonnées de XX dans VV;

(ii) les différentielles daξid_a \xi^i pour 1≤i≤m1 \leq i \leq m forment une base de Ta(X)′T_a(X)';

(iii) l’application ξ=(ξ1,…,ξm)\xi = (\xi^1, \ldots, \xi^m) de UU dans KmK^m est étale en aa (voir n° 5.7.6).

Pour que les différentielles daξ1,…,daξmd_a \xi^1, \ldots, d_a \xi^m soient linéairement indépendantes, il faut et il suffit qu’il existe un voisinage VV de aa, contenu dans UU, tel que les fonctions ξi∣V\xi^i|V fassent partie d’un système de coordonnées de XX dans VV.

5.5.8. Soit XX une variété localement de dimension finie et soit ξ=(ξ1,…,ξm)\xi = (\xi^1, \ldots, \xi^m) un système de coordonnées de XX dans un ouvert UU. Soit a∈Ua \in U: on note (∂1,a,…,∂m,a)(\partial_{1,a}, \ldots, \partial_{m,a}) la base de l’espace tangent Ta(X)T_a(X) duale de la base (daξ1,…,daξm)(d_a \xi^1, \ldots, d_a \xi^m) de Ta(X)′T_a(X)'. On a donc:

∂i,a(ξj)=δi,j(indice de Kronecker). \partial_{i,a}(\xi^j) = \delta_{i,j} \quad \text{(indice de Kronecker)}.

Le vecteur tangent ∂i,a\partial_{i,a} se note aussi (∂/∂ξi)a(\partial/\partial \xi^i)_a.

Soit ff une fonction de classe CrC^r sur UU, à valeurs dans un espace de Banach EE. On note ∂if\partial_i f ou ∂f/∂ξi\partial f/\partial \xi^i la fonction a↦∂i,a(f)a \mapsto \partial_{i,a}(f): c’est une fonction de classe Cr−1C^{r-1} sur UU à valeurs dans EE (une fonction continue si r=1r = 1). Sa valeur en un point aa de UU est parfois notée (∂f/∂ξi)a(\partial f/\partial \xi^i)_a. Pour tout t∈Ta(X)t \in T_a(X), on a:

daf(t)=∑i=1mdaξi(t)∂f∂ξi(a), d_a f(t) = \sum_{i=1}^m d_a \xi^i(t) \frac{\partial f}{\partial \xi^i}(a),

ce qui peut encore s'écrire:

daf=∑i=1m∂f∂ξi(a)daξi. d_a f = \sum_{i=1}^m \frac{\partial f}{\partial \xi^i}(a) d_a \xi^i.

Ces notations sont cohérentes avec celles de 1.6.3.

5.5.9. Soient XX et YY deux variétés et ff un morphisme de XX dans YY. On appelle rang de ff en un point aa de XX, et on note rgaf\mathrm{rg}_a f, le rang (fini ou égal à +∞+\infty) de l’application linéaire Ta(f)T_a(f). L’application a↦rgafa \mapsto \mathrm{rg}_a f est semi-continue inférieurement.

5.6. Produits de variétés

5.6.1. Soient XX et X′X' deux ensembles et soit c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) (resp. c′=(U′,φ,E′)c' = (U', \varphi, E')) une carte de XX (resp. X′X'). Le triplet

(U×U′,φ×φ′,E×E′) (U \times U', \varphi \times \varphi', E \times E')

est une carte de l’ensemble produit X×X′X \times X', notée c×c′c \times c'.

5.6.2. Soient XX et X′X' deux variétés de classe CrC^r. Il existe sur l’ensemble produit X×X′X \times X' une structure de variété de classe CrC^r et une seule telle que c×c′c \times c' soit une carte de X×X′X \times X' pour toute carte cc de XX et toute carte c′c' de X′X'. Muni de cette structure, X×X′X \times X' s’appelle la variété produit des variétés XX et X′X'. On définit de même le produit d’un nombre fini quelconque de variétés. La topologie de la variété X×X′X \times X' est la topologie produit des topologies de XX et de X′X'. Pour a∈Xa \in X et b∈X′b \in X', on a:

dim⁡(a,b)(X×X′)=dim⁡aX+dim⁡bX′. \dim_{(a,b)}(X \times X') = \dim_a X + \dim_b X'.

5.6.3. Soient XX et X′X' deux variétés, et soit X×X′X \times X' leur produit. Soit a∈Xa \in X et soit a′∈X′a' \in X'. Les projections canoniques

pr1:X×X′→Xetpr2:X×X′→X′ \mathrm{pr}_1 : X \times X' \to X \quad \text{et} \quad \mathrm{pr}_2 : X \times X' \to X'

sont des morphismes. Soient πi (i=1,2)\pi_i \ (i = 1, 2) leurs applications linéaires tangentes au point (a,a′)(a, a'). L’application

(π1,π2):T(a,a′)(X×X′)→Ta(X)×Ta′(X′) (\pi_1, \pi_2) : T_{(a,a')}(X \times X') \to T_a(X) \times T_{a'}(X')

est un isomorphisme, ce qui permet d’identifier l’espace tangent à X×X′X \times X' en (a,a′)(a, a') au produit Ta(X)×Ta′(X′)T_a(X) \times T_{a'}(X').

L’injection de Ta(X)T_a(X) dans T(a,a′)(X×X′)T_{(a,a')}(X \times X') résultant de cette identification est l’application linéaire tangente en aa au morphisme x↦(x,a′)x \mapsto (x, a') de XX dans X×X′X \times X'; on a un résultat analogue pour l’injection de Ta′(X′)T_{a'}(X') dans T(a,a′)(X×X′)T_{(a,a')}(X \times X').

5.6.4. Soient W,XW, X et X′X' trois variétés, et soient f:W→X,f′:W→X′f : W \to X, f' : W \to X' deux applications. Pour que l’application

(f,f′):W→X×X′ (f, f') : W \to X \times X'

soit un morphisme, il faut et il suffit que ff et f′f' soient des morphismes (cela justifie l’emploi du terme « produit », cf. Ens., chap. IV, § 2, n° 4). Dans ce cas, si aa est un point de WW, on a:

Ta(f,f′)=(Ta(f),Ta(f′)) T_a(f, f') = (T_a(f), T_a(f'))

compte tenu de l’identification faite ci-dessus.

5.6.5. Soient f:X→Yf : X \to Y et f′:X′→Y′f' : X' \to Y' des morphismes de variétés. Alors f×f′:X×X′→Y×Y′f \times f' : X \times X' \to Y \times Y' est un morphisme. Si a∈Xa \in X et a′∈X′a' \in X', on a:

T(a,a′)(f×f′)=Ta(f)×Ta′(f′) T_{(a, a')}(f \times f') = T_a(f) \times T_{a'}(f')
rg(a,a′)(f×f′)=rgaf+rga′f′. \mathrm{rg}_{(a, a')}(f \times f') = \mathrm{rg}_a f + \mathrm{rg}_{a'} f'.

5.6.6. Soient X1,X2X_1, X_2 et ZZ trois variétés et ff un morphisme de X1×X2X_1 \times X_2 dans ZZ. Soit a∈X1a \in X_1 et b∈X2b \in X_2. L’application linéaire tangente à l’application partielle x↦f(x,b)x \mapsto f(x, b) (resp. y↦f(a,y)y \mapsto f(a, y)) de X1X_1 (resp. X2X_2) dans ZZ se note T(a,b)1(f)T^1_{(a, b)}(f) (resp. T(a,b)2(f)T^2_{(a, b)}(f)). Si l’on identifie T(a,b)(X1×X2)T_{(a, b)}(X_1 \times X_2) à Ta(X1)×Tb(X2)T_a(X_1) \times T_b(X_2), on a:

T(a,b)(f)⋅(u,v)=T(a,b)1(f)⋅u+T(a,b)2(f)⋅v T_{(a, b)}(f) \cdot (u, v) = T^1_{(a, b)}(f) \cdot u + T^2_{(a, b)}(f) \cdot v

pour tout u∈Ta(X1)u \in T_a(X_1) et tout v∈Tb(X2)v \in T_b(X_2).

5.6.7. (« Théorème des fonctions implicites »). Les hypothèses et notations étant celles du numéro précédent, supposons de plus que T(a,b)2(f)T^2_{(a, b)}(f) soit bijectif. Il existe alors un voisinage ouvert UU de aa dans X1X_1 et un voisinage ouvert VV de bb dans X2X_2 possédant la propriété suivante: pour tout x∈Ux \in U, il existe un point g(x)g(x) de VV et un seul tel que f(x,g(x))=f(a,b)f(x, g(x)) = f(a, b), et l’application gg est un morphisme de UU dans VV. Pour tout x∈Ux \in U, on a:

Tx(g)=−(T(x,g(x))2(f))−1∘T(x,g(x))1(f). T_x(g) = - (T^2_{(x, g(x))}(f))^{-1} \circ T^1_{(x, g(x))}(f).

5.7. Immersions, morphismes étales

5.7.1. Soient XX et YY deux variétés, ff un morphisme de XX dans YY et aa un point de XX. Posons b=f(a)b = f(a). Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) L’application linéaire Ta(f)T_a(f) est injective et son image est un sousespace vectoriel fermé de Tb(Y)T_b(Y) admettant un supplémentaire topologique 1^1;

(ii) Il existe un espace de Banach FF, un sous-espace vectoriel fermé EE de FF admettant un supplémentaire topologique, et des cartes (U,φ,E)(U, \varphi, E) de XX en aa et (V,ψ,F)(V, \psi, F) de YY en bb telles que f(U)⊂Vf(U) \subset V et φ=ψ∘(f∣U)\varphi = \psi \circ (f|U).

(iii) Il existe un voisinage ouvert UU de aa, un voisinage ouvert VV de bb contenant f(U)f(U), une variété ZZ, un point cc de ZZ, et un isomorphisme de variétés gg de U×ZU \times Z sur VV tels que f(x)=g(x,c)f(x) = g(x, c) pour tout x∈Ux \in U.

(iv) Il existe un voisinage ouvert UU de aa, un voisinage ouvert VV de bb et un morphisme qq de VV dans XX avec f(U)⊂Vf(U) \subset V, et q(f(x))=xq(f(x)) = x pour tout x∈Ux \in U.

Lorsque XX et YY sont de dimension finie, les conditions précédentes sont encore équivalentes à la suivante:

(v) Il existe un voisinage ouvert UU de aa, un système de coordonnées (η1,…,ηn)(\eta^1, \ldots, \eta^n) de YY dans un voisinage ouvert VV de bb contenant f(U)f(U) et un entier m≤nm \leq n tels que ηj∘f=0\eta^j \circ f = 0 pour m<j≤nm < j \leq n et que les fonctions η1∘f,…,ηm∘f\eta^1 \circ f, \ldots, \eta^m \circ f forment un système de coordonnées de XX dans UU.

Si les propriétés (i) à (iv) sont satisfaites, on dit que ff est une immersion en aa.

L’ensemble des points où ff est une immersion est ouvert dans XX; si cet ouvert est XX tout entier, on dit que ff est une immersion.

Pour que ff soit une immersion, il faut et il suffit que l’on puisse recouvrir XX par des ouverts UiU_i tels que, pour tout i,f∣Uii, f|U_i soit un isomorphisme de UiU_i sur une sous-variété de YY (cf. n° 5.8.3).

5.7.2. Exemples: (a) Si XX est un ouvert d’une variété YY, l’injection canonique de XX dans YY est une immersion. (b) Soient EE et FF deux espaces de Banach et uu une application linéaire continue de EE dans FF. Alors uu est une immersion si et seulement si uu est un isomorphisme de EE sur un sous-espace vectoriel fermé de FF admettant un supplémentaire topologique.

5.7.3. Soient f:X→Yf : X \to Y et g:Y→Zg : Y \to Z deux morphismes. Si ff et gg sont des immersions, g∘fg \circ f est une immersion. Réciproquement, si g∘fg \circ f est une immersion, alors ff est une immersion. Si f:X→Yf : X \to Y et f′:X′→Y′f' : X' \to Y' sont des immersions, f×f′f \times f' est une immersion.

5.7.4 Supposons que XX et YY soient des variétés de dimension finie sur un corps KK de caractéristique 0. Si f:X→Yf : X \to Y est un morphisme injectif, l’ensemble des points de XX où ff est une immersion est un ouvert dense

1^1 Tout sous-espace vectoriel fermé de codimension finie d’un espace de Banach admet un supplémentaire topologique; si K=RK = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}, il en est de même de tout sous-espace vectoriel (nécessairement fermé) de dimension finie.

dans X. Si K = R ou C, ce résultat reste vrai si l’ou suppose seulement que X est de dimension finie.

5.7.5. Soit f:X→Yf : X \to Y une immersion et soit gg une application continue d’une variété Z dans X. Pour que gg soit un morphisme, il faut et il suffit que f∘gf \circ g soit un morphisme.

5.7.6. Soit f:X→Yf : X \to Y un morphisme, et soit aa dans X. Les deux propriétés suivantes sont équivalentes: (i) Ta(f)T_a(f) est bijectif. (ii) Il existe un voisinage ouvert U de aa et un voisinage ouvert V de f(a)f(a) tels que ff induise un isomorphisme de U sur V. Lorsque ces propriétés sont vérifiées, on dit que ff est un isomorphisme local en aa, ou que ff est étale en aa. Si cela a lieu pour tout a∈Xa \in X, on dit que ff est étale, ou est un étalement, ou que X est étalé dans Y (au moyen de ff). Pour qu’un morphisme soit étale, il faut et il suffit que ce soit à la fois une immersion (n° 5.7.1) et une submersion (n° 5.9.1.).

5.7.7. Soit f:X→Yf : X \to Y une immersion ; supposons la variété X pure de dimension finie. Alors ff est étale dans chacun des deux cas suivants: (i) dim⁡Y=dim⁡X\dim Y = \dim X; (ii) ff est surjective et la topologie de X admet une base dénombrable d’ouverts.

5.7.8. Pour qu’un morphisme ff soit un isomorphisme sur une sous-variété ouverte (resp. un isomorphisme), il faut et il suffit que ff soit étale et injectif (resp. étale et bijectif).

5.8. Images inverses de structures de variété, sous-variétés

5.8.1. Soient X un espace topologique, Y une variété et ff une application de X dans Y. Considérons les conditions suivantes: (QR) (resp. (R)) Pour tout a∈Xa \in X, il existe un voisinage ouvert U de a dans X et une carte (V,φ,E)(V, \varphi, E) de la variété Y en f(a)f(a) tels que f(U)⊂Vf(U) \subset V et que φ∘f\varphi \circ f induise un homéomorphisme de U sur l’intersection de φ(V)\varphi(V) avec un sous-espace vectoriel fermé (resp. fermé et admettant un supplémentaire topologique) F de E. Si la condition (QR) est réalisée, il existe sur X une structure de variété et une seule pour laquelle les triplets (U,φ∘f,F)(U, \varphi \circ f, F) (avec les notations de (QR)) sont des cartes de X. On l’appelle la structure image inverse de la structure de variété de Y par ff. Sa topologie est celle de X. Pour qu’il existe sur X une structure de variété compatible avec la topologie donnée et pour laquelle ff soit une immersion, il faut et il suffit que la condition (R) soit satisfaite. Cette structure est alors unique : c’est l’image inverse par ff de la structure de variété de YY.

5.8.2. La condition (R) ci-dessus est notamment satisfaite lorsque pour tout a∈Xa \in X il existe un voisinage ouvert UU de aa tel que f∣Uf|U soit un homéomorphisme de UU sur un ouvert de YY. Dans ce cas, la variété XX obtenue est étalée sur YY (5.7.6).

5.8.3. Supposons maintenant que XX soit un sous-espace topologique de YY, ff étant l’injection canonique. Si ff satisfait à la condition (R) (resp. (QR)) du n° 5.8.1, on dit que XX, muni de la structure image inverse de la structure de variété de YY par ff, est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de YY. Une sous-variété est une quasi-sous-variété.

Toute quasi-sous-variété est localement fermée ; tout ouvert est une sous-variété et sa structure est celle définie au n° 5.2.3.

Lorsque YY est localement de dimension finie, un sous-espace topologique XX de YY est une sous-variété de YY si et seulement si, pour tout a∈Xa \in X, il existe un voisinage ouvert UU de aa dans YY, un système de coordonnées (ξ1,…,ξm)(\xi^1, \ldots, \xi^m) de YY dans UU, et un entier k≤mk \leq m tels que U∩XU \cap X soit l’ensemble des points de UU où s’annulent simultanément les fonctions ξi\xi^i pour 1≤i≤k1 \leq i \leq k.

Soit f:X→Yf : X \to Y un morphisme de variétés. Supposons que ff soit une immersion, et que ff induise un homéomorphisme de XX sur f(X)f(X). Alors f(X)f(X) est une sous-variété de YY, et ff induit un isomorphisme de XX sur f(X)f(X); on dit alors que ff est un plongement de XX dans YY.

5.8.4. Soient YY et WW deux variétés, soit XX une sous-variété de YY et soit ff une application de XX dans WW. Pour que ff soit un morphisme, il faut et il suffit que, pour tout a∈Xa \in X, il existe un voisinage UU de aa dans YY et un morphisme g:U→Wg : U \to W tels que gg coïncide avec ff sur U∩XU \cap X.

5.8.5. Soit XX une quasi-sous-variété d’une variété YY, et soit gg une application d’une variété ZZ dans XX. Supposons que KK soit de caractéristique 0, ou que XX soit une sous-variété de YY. Pour que gg soit un morphisme de ZZ dans XX, il faut et il suffit que ce soit un morphisme de ZZ dans YY : autrement dit, la structure de variété de XX est induite par celle de YY (Ens., ch. IV, § 2, n° 4).

5.8.6. Si XX est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de YY et si YY est une sous-variété d’une variété ZZ, alors XX est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de ZZ.

5.8.7. Soit XiX_i (pour i=1,2i = 1, 2) une variété et soit YiY_i une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de XiX_i (pour i=1,2i = 1, 2). Alors Y1×Y2Y_1 \times Y_2 est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de X1×X2X_1 \times X_2.

5.8.8. Soit X une quasi-sous-variété d'une variété Y ; soit x un point de X et notons f l'injection canonique de X dans Y. L'application T_x(f) : T_x(X) → T_x(Y) est injective et elle permet d'identifier l'espace T_x(X) à un sous-espace vectoriel fermé de T_x(Y). L'espace vectoriel topologique quotient T_x(Y)/T_x(X) est un espace de Banach, qu'on appelle espace transversal en x à X (dans Y). Sa dimension (finie ou +∞) s'appelle la codimension de X dans Y au point x.

Si de plus X est une sous-variété de Y, alors l'espace T_x(X) admet un supplémentaire topologique dans T_x(Y).

5.8.9. Soit f une application d'une variété X dans une variété Y, et soit Γ son graphe. Pour que f soit un morphisme, il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient satisfaites : (i) Γ est une sous-variété de X × Y. (ii) Pour tout (x, y) ∈ Γ, on a

T(x,y)(X×Y)=T(x,y)(Γ)⊕Ty(Y). T_{(x,y)}(X \times Y) = T_{(x,y)}(\Gamma) \oplus T_y(Y).
S'il en est ainsi, l'application pr1\mathrm{pr}_1 induit un isomorphisme de Γ\Gamma sur X, et T(x,y)(Γ)T_{(x,y)}(\Gamma) s'identifie au graphe de Tx(f)T_x(f).

En particulier, la diagonale de X × X est une sous-variété de X × X.

5.8.10. Soit Y une variété, et soit (f_i)_{i∈I} une famille finie de fonctions morphiques sur Y. Soit X l'ensemble des x ∈ Y tels que f_i(x) = 0 pour tout i. Faisons l'hypothèse suivante : (J) Pour tout x ∈ X, les différentielles d_x f_i sont linéairement indépendantes dans T'_x(Y).

Alors X est une sous-variété fermée de Y, l'espace tangent T'_x(X) est le sous-espace de T_x(Y) formé des α tels que α . f_i = 0 pour tout i dans I. De plus, la codimension de X dans Y est égale à Card (I) en chacun de ses points.

5.8.11. (Points simples d'un idéal). Soit a un idéal de l'algèbre de polynômes K[X_1, ..., X_n]. Un point x = (x_1, ..., x_n) de K^n est appelé un zéro de a si f(x) = 0 pour tout f ∈ a. Si x ∈ K^n, notons S_x la sous-algèbre de K(X_1, ..., X_n) formée des fractions f/g, avec f, g ∈ K[X_1, ..., X_n], et g(x) ≠ 0; notons a_x l'idéal de S_x engendré par a dans S_x. Un point x est appelé un zéro simple de a si c'est un zéro de a et si la condition suivante est satisfaite : (S) Il existe une suite finie (f_1, ..., f_m) d'éléments de a qui engendrent l'idéal a_x et dont les différentielles en x sont linéairement indépendantes. (Cette condition équivaut à dire que l'anneau local S_x/a_x est régulier (Alg. Comm., à paraître).) Soit Z (resp. Z_s) l'ensemble des zéros (resp. des zéros simples) de a. L'ensemble Z est fermé dans K^n, Z_s est ouvert dans Z, et Z_s est une sous-variété de KnK^n. Si x∈Zsx \in Z_s, l’idéal K[X1,…,Xn]∩axK[X_1, \ldots, X_n] \cap a_x se compose des polynômes ff nuls sur un voisinage de xx dans ZsZ_s.

Soit aˉ\bar{a} l’idéal des polynômes nuls sur ZZ. Si KK est algébriquement clos, l’ensemble des zéros simples de aa est dense dans ZZ.

5.8.12. Soient XX une variété et LL l’ensemble des couples (x,Z)(x, Z) où xx est un point de XX et ZZ une sous-variété de XX contenant xx. Etant donnés deux couples π=(x,Z)\pi = (x, Z) et π′=(x′,Z′)\pi' = (x', Z'), nous noterons R{π,π′}R\{\pi, \pi'\} la relation :

« On a x=x′x = x' et il existe un voisinage UU de xx tel que U∩Z=U∩Z′U \cap Z = U \cap Z' ». Alors RR est une relation d’équivalence dans LL; on note γx(Z)\gamma_x(Z) la classe d’équivalence du couple (x,Z)∈L(x, Z) \in L. Sur l’ensemble J=L/RJ = L/R, il existe une structure de variété et une seule qui vérifie la condition suivante : Pour toute sous-variété ZZ de XX, l’application x↦γx(Z)x \mapsto \gamma_x(Z) de ZZ dans JJ est un isomorphisme de ZZ sur une sous-variété ouverte de JJ. On dit que JJ est la variété des germes de sous-variétés de XX (cf. Top. Gén., chap. I, 4e éd., § 6, n° 10). L’application ρ:J→X\rho : J \to X définie par ρ(γx(Z))=x\rho(\gamma_x(Z)) = x est une immersion ; on l’appelle l’immersion canonique de JJ dans XX. Si XX est une variété analytique séparée de dimension finie, il en est de même de JJ.

5.9. Submersions et variétés quotients

5.9.1. Soient f:X→Yf : X \to Y un morphisme de variétés, aa un point de XX et posons b=f(a)b = f(a). Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) L’application linéaire Ta(f)T_a(f) est surjective, et son noyau admet un supplémentaire topologique dans Ta(X)T_a(X). (ii) Il existe une carte (U,φ,E)(U, \varphi, E) de XX en aa, une carte (V,ψ,F)(V, \psi, F) de YY en bb et une application linéaire continue surjective uu de EE dans FF telles que

f(U)⊂V,ψ∘f=u∘φ f(U) \subset V, \quad \psi \circ f = u \circ \varphi
et que le noyau de uu admette un supplémentaire topologique dans EE. (iii) Il existe un voisinage ouvert UU de aa, un voisinage ouvert VV de bb contenant f(U)f(U), et un morphisme gg de UU dans une variété ZZ tels que l’application (f,g)(f, g) de UU dans V×ZV \times Z soit un isomorphisme. (iv) Il existe un voisinage ouvert VV de bb et un morphisme ss de VV dans XX tels que s(b)=as(b) = a et f(s(y))=yf(s(y)) = y pour tout yy dans VV (« section locale »). Lorsque XX et YY sont de dimension finie, les conditions précédentes sont équivalentes à la condition suivante : (v) Il existe un voisinage ouvert UU de aa, un voisinage ouvert VV de bb contenant f(U)f(U), et un système de coordonnées (η1,…,ηn)(\eta^1, \ldots, \eta^n) sur VV tels que les fonctions ηi∘f\eta^i \circ f sur UU fassent partie d’un système de coordonnées sur UU. Si les propriétés (i) à (iv) sont satisfaites, on dit que ff est une submersion en aa. L’ensemble des points où ff est une submersion est ouvert dans XX; si cet ouvert est XX tout entier, on dit que ff est une submersion.

5.9.2. Soient f:X→Yf : X \to Y et g:Y→Zg : Y \to Z deux morphismes. Si ff et gg sont des submersions, il en est de même de g∘fg \circ f; réciproquement, si g∘fg \circ f est une submersion et si ff est surjective, alors gg est une submersion.

5.9.3. Si f:X→Yf : X \to Y et f′:X′→Y′f' : X' \to Y' sont des submersions, f×f′f \times f' est une submersion.

5.9.4. Une submersion f:X→Yf : X \to Y est une application ouverte (cf. Top. gén., chap. I, 4e éd., § 5, n° 1); en particulier, la relation d'équivalence R définie par ff est ouverte, ff définit par passage au quotient un homéomorphisme de X/RX/R sur f(X)f(X), et f(X)f(X) est ouvert dans YY.

5.9.5. Soit RR une relation d'équivalence sur une variété XX. On dit que RR est régulière s'il existe sur l'espace quotient X/RX/R une structure de variété telle que la projection canonique p:X→X/Rp : X \to X/R soit une submersion; cette structure de variété est alors unique; elle est quotient de celle de XX (Ens., ch. IV, § 2, n° 6): autrement dit, pour qu'une application gg de X/RX/R dans une variété YY soit un morphisme, il faut et il suffit que g∘pg \circ p soit un morphisme de XX dans YY.

Soit C⊂X×XC \subset X \times X le graphe de RR. Pour que RR soit régulière, il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient satisfaites: (i) CC est une sous-variété de X×XX \times X. (ii) L'application pr1\mathrm{pr}_1 de CC dans XX est une submersion.

La condition (ii) signifie aussi que si aa et bb sont congrus modulo RR, il existe un voisinage ouvert UU de aa et un morphisme ss de UU dans XX tel que s(a)=bs(a) = b et que s(x)s(x) soit congru à xx modulo RR pour tout x∈Ux \in U.

Supposons RR régulière. Pour que la variété quotient X/RX/R soit séparée, il faut et il suffit que le graphe de RR soit fermé dans X×XX \times X.

5.9.6. Soient XX et X′X' deux variétés, RR et R′R' des relations d'équivalence régulières sur XX et X′X', et soit f:X→X′f : X \to X' un morphisme compatible avec les relations RR et R′R'. L'application f~:X/R→X′/R′\tilde{f} : X/R \to X'/R' déduite de ff par passage aux quotients est alors un morphisme.

5.9.7. (« Transitivité des quotients ») Soient RR et SS deux relations d'équivalence sur une variété XX telles que RR entraîne SS, et soit S/RS/R la relation d'équivalence quotient sur X/RX/R. Supposons que RR soit régulière. Alors, pour que SS soit régulière, il faut et il suffit que S/RS/R le soit; s'il en est ainsi, la bijection canonique

(X/R)/(S/R)→X/S (X/R)/(S/R) \to X/S

est un isomorphisme de variétés.

5.9.8. (« Produits de quotients ») Soit (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille finie de variétés, munies chacune d'une relation d'équivalence régulière RiR_i. Soit X=∏i∈IXiX = \prod_{i \in I} X_i, et soit RR la relation d'équivalence sur XX produit des RiR_i (cf. Top. Gén., chap. I, 4e éd., § 5, n° 3, cor. de la prop. 8). Alors RR est régulière, et la bijection canonique de X/RX/R sur ∏i∈I(Xi/Ri)\prod_{i \in I} (X_i/R_i) est un isomorphisme de variétés.

5.10. Subimmersions

5.10.1. Soit f:X→Yf : X \to Y un morphisme de variétés et soit Γ\Gamma le graphe de ff. L'application j:x↦(x,f(x))j : x \mapsto (x, f(x)) est une immersion de XX dans X×YX \times Y, dont l'image est la sous-variété Γ\Gamma, et f=pr2∘jf = \mathrm{pr}_2 \circ j est composé de l'immersion jj suivie de la submersion pr2\mathrm{pr}_2.

Soit a∈Xa \in X. On dit que ff est une submersion en aa s'il existe un voisinage ouvert UU de aa, une variété ZZ, une submersion ss de UU dans ZZ et une immersion ii de ZZ dans YY tels que f∣U=i∘sf|U = i \circ s. L'ensemble des points de XX où ff est une submersion est un ouvert de XX; si cet ouvert est XX tout entier, on dit que ff est une submersion.

5.10.2. Les immersions et les submersions sont des submersions. Si f:X→Yf : X \to Y est une submersion, g:Y→Zg : Y \to Z une immersion et h:W→Xh : W \to X une submersion, alors g∘f∘hg \circ f \circ h est une submersion.

Si ff et f′f' sont des submersions, f×f′f \times f' est une submersion.

5.10.3. Pour que f:X→Yf : X \to Y soit une submersion en un point aa de XX, il faut et il suffit qu'il existe une carte (U,φ,E)(U, \varphi, E) de XX en aa, une carte (V,ψ,F)(V, \psi, F) de YY au point f(a)f(a) et une application linéaire continue gg de EE dans FF tels que: (i) f(U)⊂V, g(φ(U))⊂ψ(V)f(U) \subset V,\ g(\varphi(U)) \subset \psi(V) et f∣U=ψ−1∘g∘φf|U = \psi^{-1} \circ g \circ \varphi; (ii) le noyau (resp. l'image) de gg est un sous-espace fermé de EE (resp. FF) admettant un supplémentaire topologique.

5.10.4. Soient XX et YY deux variétés de dimension finie. Pour qu'un morphisme ff de XX dans YY soit une submersion en un point aa de XX, il faut et il suffit qu'il existe un système de coordonnées (ξ1,…,ξm)(\xi^1, \ldots, \xi^m) de XX en aa, un système de coordonnées (η1,…,ηn)(\eta^1, \ldots, \eta^n) de YY en f(a)f(a) et un entier k≤inf⁡(m,n)k \leq \inf(m, n) tels que

ηi∘f=ξipour 1≤i≤kηi∘f=0pour k<i≤n. \eta^i \circ f = \xi^i \quad \text{pour } 1 \leq i \leq k \\ \eta^i \circ f = 0 \quad \text{pour } k < i \leq n.

5.10.5. Soit f:X→Yf : X \to Y une submersion. Pour tout b∈Yb \in Y, f−1(b)f^{-1}(b) est une sous-variété de XX; le sous-espace de Ta(X)T_a(X) tangent à la sous-variété f−1(b)f^{-1}(b) au point a∈f−1(b)a \in f^{-1}(b) est le noyau de Ta(f)T_a(f).

5.10.6. (« Théorème du rang constant ») Soit f:X→Yf : X \to Y un morphisme de variétés et soit a∈Xa \in X. Si ff est une subimmersion en aa, on a rgxf=rgaf\mathrm{rg}_x f = \mathrm{rg}_a f pour xx voisin de aa.

Réciproquement, supposons le corps KK de caractéristique zéro. Soient (U,φ,E)(U, \varphi, E) une carte de XX en aa et soit (V,ψ,F)(V, \psi, F) une carte de YY en f(a)f(a), avec f(U)⊂Vf(U) \subset V. Posons g=ψ∘f∘φ−1g = \psi \circ f \circ \varphi^{-1}. S’il existe un sous-espace vectoriel fermé E1E_1 de EE et un sous-espace vectoriel fermé F1F_1 de FF tels que pour tout x∈Ux \in U, le sous-espace E1E_1 (resp. F1F_1) soit un supplémentaire topologique du noyau (resp. de l’image) de la dérivée Dg(φ(x))Dg(\varphi(x)) de gg au point φ(x)\varphi(x), alors ff est une subimmersion en aa.

Si KK est de caractéristique zéro (resp. K=RK = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}) et si YY est de dimension finie (resp. rgaf<+∞\mathrm{rg}_a f < +\infty), alors ff est une subimmersion en aa si et seulement si rgxf=rgaf\mathrm{rg}_x f = \mathrm{rg}_a f pour tout xx assez voisin de aa.

Si KK est de caractéristique zéro (resp. K=RK = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}) et YY (resp. XX) de dimension finie, l’ensemble des points x∈Xx \in X où ff est une subimmersion est un ouvert dense dans XX.

5.10.7. (« Factorisation canonique d’une subimmersion ») Toute subimmersion est composée d’une submersion et d’une immersion. De façon précise, soit f:X→Yf : X \to Y une subimmersion, et soit JJ la variété des germes de sous-variétés de YY (5.8.12). Soient xx dans XX et y=f(x)y = f(x); il existe des voisinages ouverts UU de xx tels que f∣Uf|U soit une submersion de UU sur une sous-variété ZZ de YY; l’élément γy(Z)\gamma_y(Z) de JJ ne dépend que de xx mais non du voisinage UU choisi, et, si on le note λ(x)\lambda(x), l’application λ\lambda est une submersion de XX dans JJ; si l’on note ρ\rho l’immersion canonique de JJ dans YY, on a f=ρ∘λf = \rho \circ \lambda. Si ff est une immersion, le morphisme λ\lambda de XX dans JJ est étale.

Si gg est une submersion surjective de XX dans une variété ZZ et hh un morphisme de ZZ dans YY tels que f=h∘gf = h \circ g, il existe une submersion μ\mu et une seule de ZZ dans JJ telle que λ=μ∘g\lambda = \mu \circ g.

5.11. Produits fibrés et images réciproques

5.11.1. Soient FF un espace de Banach, (Ei)i∈I(E_i)_{i \in I} une famille finie d’espaces de Banach et f=(fi)i∈If = (f_i)_{i \in I} une famille d’applications linéaires continues fif_i de EiE_i dans FF. Soient EE le produit des EiE_i et ff l’application linéaire continue de EE dans FIF^I produit des fif_i. Soit enfin DD le sous-espace fermé de FIF^I formé des (yi)i∈I(y_i)_{i \in I} tels que yiy_i soit indépendant de ii (« diagonale » de FIF^I). On dit que la famille ff est transversale si l’application linéaire continue composée de ff et de la projection canonique de FIF^I sur le quotient FI/DF^I/D est surjective et si son noyau f−1(D)f^{-1}(D) admet un supplémentaire topologique.

Si les espaces EiE_i et FF sont tous de dimension finie, la famille ff est transversale si et seulement si l’on a:

codim⁡(⋂iIm⁡fi)=∑icodim⁡(Im⁡fi) \operatorname{codim} \left( \bigcap_i \operatorname{Im} f_i \right) = \sum_i \operatorname{codim} (\operatorname{Im} f_i)

Si I={1,2}I = \{1, 2\}, le couple (f1,f2)(f_1, f_2) est transversal si et seulement si l’application

f1+f2:E1⊕E2→F f_1 + f_2 : E_1 \oplus E_2 \to F

est surjective et si son noyau admet un supplémentaire topologique (si E1E_1 et E2E_2 sont de dimension finie, il revient au même de dire que

Im⁡f1+Im⁡f2=F). \operatorname{Im} f_1 + \operatorname{Im} f_2 = F).

5.11.2. Soient SS une variété, (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} une famille finie de variétés et f=(fi)i∈If = (f_i)_{i \in I} une famille de morphismes fif_i de XiX_i dans SS. Soit PP le sous-ensemble du produit XX des XiX_i formé des points (xi)i∈I(x_i)_{i \in I} tels que fi(xi)f_i(x_i) soit indépendant de ii. Soit x∈Px \in P et soit y=fi(xi)∈Fy = f_i(x_i) \in F. On dit que la famille ff est transversale au point xx de PP si les applications Tx(fi)T_x(f_i) forment une famille transversale d’applications linéaires continues à valeurs dans l’espace de Banach Ty(S)T_y(S). On dit que ff est transversale si elle est transversale en tout point de PP.

Si ff est transversale, alors PP est une sous-variété de XX, que l’on appelle produit fibré de la famille des XiX_i au dessus de SS (relativement à la famille ff) et que l’on note ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i (ou plus simplement X1×SX2X_1 \times_S X_2 lorsque I={1,2}I = \{1, 2\} par exemple). Pour tout point x=(xi)x = (x_i) de PP, l’espace tangent Tx(∏i∈IXi)T_x(\prod_{i \in I} X_i) est le sous-espace de ∏Txi(Xi)\prod T_{x_i}(X_i) formé des vecteurs tangents t=(ti)t = (t_i) tels que Txi(fi)⋅tiT_{x_i}(f_i) \cdot t_i soit indépendant de l’indice ii.

Si f1:X1→Yf_1 : X_1 \to Y est une submersion et f2:X2→Yf_2 : X_2 \to Y un morphisme, le couple (f1,f2)(f_1, f_2) est transversal.

5.11.3. (Propriété universelle des produits fibrés) Soit f=(fi)i∈If = (f_i)_{i \in I} une famille transversale de morphismes fi:Xi→Sf_i : X_i \to S et soit PP le produit fibré des XiX_i au-dessus de SS; pour tout i∈Ii \in I, on note πi\pi_i le morphisme de PP dans XiX_i obtenu par restriction à PP de la projection de XX sur XiX_i; alors fi∘πif_i \circ \pi_i est un morphisme de PP dans SS indépendant de ii. Soient TT une variété, et gi:T→Xig_i : T \to X_i des morphismes de variétés tels que fi∘gif_i \circ g_i soit un morphisme de TT dans SS indépendant de i∈Ii \in I; il existe alors un morphisme hh de TT dans PP et un seul tel que gi=πi∘hg_i = \pi_i \circ h pour tout i∈Ii \in I.

5.11.4. (Associativité du produit fibré) Soit f=(fi)i∈If = (f_i)_{i \in I} une famille finie de morphismes de variétés fi:Xi→Sf_i : X_i \to S, et soit (Jλ)λ∈Λ(J_\lambda)_{\lambda \in \Lambda} une partition de II. On suppose que, pour tout λ\lambda dans Λ\Lambda, la famille fλ=(fi)i∈Jλf_\lambda = (f_i)_{i \in J_\lambda} est transversale, et l’on note PλP_\lambda le produit fibré de cette famille; pour tout point x=(xi)i∈Jλx = (x_i)_{i \in J_\lambda} de PλP_\lambda, l’élément fi(xi)f_i(x_i) de SS est indépendant de i∈Jλi \in J_\lambda et sera noté uλ(x)u_\lambda(x);

alors uλu_\lambda est un morphisme de PλP_\lambda dans SS. Pour que la famille u=(uλ)u = (u_\lambda) soit transversale, il faut et il suffit que la famille ff le soit. La bijection canonique de ∏λ∈Λ∏i∈JλXi\prod_{\lambda \in \Lambda} \prod_{i \in J_\lambda} X_i sur ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i donne alors par restriction un isomorphisme du produit fibré ∏λ∈Λ∏sPλ\prod_{\lambda \in \Lambda} \prod_{s} P_\lambda sur le produit fibré ∏i∈I∏sXi\prod_{i \in I} \prod_{s} X_i.

5.11.5. Soit SS une variété. On appelle variété au dessus de SS une variété XX munie d’un morphisme λ:X→S\lambda : X \to S. Soient (X,λ)(X, \lambda) une variété au dessus de SS et f:S′→Sf : S' \to S un morphisme de variétés tel que le couple (f,λ)(f, \lambda) soit transversal. On notera alors f∗(X)f^*(X) la variété S′×SXS' \times_S X, munie du morphisme f∗(λ):S′×SXf^*(\lambda) : S' \times_S X défini par f∗(λ)(s′,x)=s′f^*(\lambda)(s', x) = s'. On dit que f∗(X)f^*(X) se déduit de XX par changement de base de SS à S′S' suivant ff. Si λ\lambda est une submersion (resp. une immersion, une subimmersion, un morphisme étale), il en est de même de f∗(λ)f^*(\lambda).

5.11.6. Soit f:X→Yf : X \to Y un morphisme de variétés et soit WW une sous-variété de YY; soit ii l’injection canonique de WW dans YY. On dit que ff est transversal à WW en un point x∈f−1(W)x \in f^{-1}(W) si le couple (f,i)(f, i) est transversal au point (x,f(x))(x, f(x)) de X×WX \times W. Pour cela, il faut et il suffit que les conditions suivantes soient satisfaites : (i) l’espace tangent Tf(x)(Y)T_{f(x)}(Y) est somme de Tf(x)(W)T_{f(x)}(W) et de l’image de Tx(f)T_x(f); (ii) l’image réciproque Tx(f)−1(Tf(x)(W))T_x(f)^{-1}(T_{f(x)}(W)) de l’espace tangent à WW en f(x)f(x) admet un supplémentaire topologique. On dit que ff est tranversal à WW s’il est transversal à WW en tout point de f−1(W)f^{-1}(W). Pour qu’un morphisme ff de XX dans YY soit une submersion, il suffit qu’il soit transversal à tout point de YY et il faut qu’il soit transversal à toute sous-variété de YY. Pour qu’une famille finie de morphismes fi:Xi→Sf_i : X_i \to S soit transversale, il faut et suffit que le morphisme gg de ∏i∈IXi\prod_{i \in I} X_i dans SIS^I défini par g((xi)i∈I)=(fi(xi))i∈Ig((x_i)_{i \in I}) = (f_i(x_i))_{i \in I} soit transversal à la diagonale de SIS^I.

5.11.7. Supposons que le morphisme f:X→Yf : X \to Y soit transversal à la sous-variété WW de YY. Alors f−1(W)f^{-1}(W) est une sous-variété de XX, et pour xx dans f−1(W)f^{-1}(W) le sous-espace de Tx(X)T_x(X) tangent à f−1(W)f^{-1}(W) est l’image réciproque par Tx(f)T_x(f) du sous-espace Tf(x)(W)T_{f(x)}(W). Par passage au quotient, l’application linéaire Tx(f)T_x(f) définit un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de l’espace transversal à f−1(W)f^{-1}(W) en xx sur l’espace transversal à WW en y=f(x)y = f(x). Si WW est de codimension dd en yy dans YY, la sous-variété f−1(W)f^{-1}(W) de XX est de codimension dd en tout point de f−1(W)f^{-1}(W). Enfin, l’application x↦(x,f(x))x \mapsto (x, f(x)) est un isomorphisme de variétés de f−1(W)f^{-1}(W) sur le produit fibré X×YWX \times_Y W.

5.11.8. Soient Y1Y_1 et Y2Y_2 deux sous-variétés d'une variété XX, et soit ιj\iota_j l'injection de YjY_j dans XX. On dit que Y1Y_1 et Y2Y_2 sont transversales si le couple (ι1,ι2)(\iota_1, \iota_2) est transversal ; il revient au même de supposer que, pour tout point xx de Y1∩Y2Y_1 \cap Y_2, les sous-espaces Tx(Y1)T_x(Y_1) et Tx(Y2)T_x(Y_2) de Tx(X)T_x(X) ont Tx(X)T_x(X) pour somme, et que leur intersection admet un supplémentaire topologique dans Tx(X)T_x(X). Sous ces conditions, Y1∩Y2Y_1 \cap Y_2 est une sous-variété de XX et pour tout xx dans Y1∩Y2Y_1 \cap Y_2, on a :

Tx(Y1∩Y2)=Tx(Y1)∩Tx(Y2); T_x(Y_1 \cap Y_2) = T_x(Y_1) \cap T_x(Y_2);

si de plus YiY_i est de codimension did_i en xx, alors Y1∩Y2Y_1 \cap Y_2 est de codimension d1+d2d_1 + d_2 en xx.

5.11.9. Soient ff et gg deux morphismes d'une variété XX dans une variété YY. Si le morphisme (f,g):X→Y×Y(f, g) : X \to Y \times Y est transversal à la diagonale de Y×YY \times Y, le sous-ensemble NN de XX formé des points xx tels que f(x)=g(x)f(x) = g(x) est une sous-variété de XX; on l'appelle le noyau de la double flèche

f,g:X↠Y. f, g : X \twoheadrightarrow Y.

5.12. Variétés de groupes

5.12.1. Soit GG un groupe. Une structure de variété sur GG est dite compatible avec la structure de groupe de GG si l'application (x,y)↦xy(x, y) \mapsto xy de G×GG \times G dans GG est un morphisme. L'application x↦x−1x \mapsto x^{-1} est alors un morphisme de GG dans lui-même. L'ensemble GG, muni de sa structure de groupe et de sa structure de variété, est appelé une variété de groupe (« de classe CrC^r » si l'on veut préciser), ou encore un groupe de Lie. Si r=ωr = \omega, on dit aussi groupe analytique. Si K=RK = \mathbf{R} (resp. C,Qp\mathbf{C}, \mathbf{Q}_p), on dit encore groupe de Lie réel (resp. complexe, p-adique). Toute variété de groupe est pure. On appelle homomorphisme de variétés de groupe (ou simplement homomorphisme) toute application d'une variété de groupe dans une autre qui est à la fois un homomorphisme de groupes et un morphisme de variétés.

Si GG est une variété de groupe, la structure topologique sous-jacente à la structure de variété de GG en fait un groupe topologique métrisable et complet ; il est localement compact si KK est localement compact et GG de dimension finie.

5.12.2. Exemples : (i) Si VV est un espace de Banach, la structure canonique de variété de VV est compatible avec sa structure de groupe commutatif. (ii) Soit AA une KK-algèbre normée complète, possédant un élément unité, et soit A∗A^* le groupe des éléments inversibles de AA. C'est un sous-espace ouvert de AA et la structure de variété induite sur cet ouvert par la structure canonique de variété du KK-espace vectoriel AA est compatible avec la structure de groupe dans A∗A^*. En particulier, prenons pour AA l'algèbre

L(E) des endomorphismes continus d’un espace de Banach E ; le groupe A∗A^* se compose des automorphismes de l’espace vectoriel topologique E ; on note GL(E)\mathrm{GL}(E) la variété de groupe ainsi définie. Lorsque A=Mn(K)A = M_n(K), on obtient une structure de variété de groupe sur GL(n,K)\mathrm{GL}(n, K).

(iii) Si G1,…,GnG_1, \ldots, G_n sont des variétés de groupes, le groupe produit G=G1×⋯×GnG = G_1 \times \cdots \times G_n est une variété de groupe, lorsqu’on le munit de la structure de variété produit de celles des GiG_i.

5.12.3. Soit GG une variété de groupe, soit HH un groupe topologique et soit f:H→Gf : H \to G un homomorphisme continu vérifiant la condition (QR) du n° 5.8.1. La structure de variété image inverse de celle de GG par ff fait alors de HH une variété de groupe. Ceci s’applique notamment lorsque HH est un sous-groupe de GG qui est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété); un tel sous-groupe s’appelle une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de groupe de GG; il est nécessairement fermé dans GG.

Si Hi(i=1,…,n)H_i (i = 1, \ldots, n) est une sous variété de groupe de GiG_i, alors H1×⋯×HnH_1 \times \cdots \times H_n est une sous-variété de groupe de G1×⋯×GnG_1 \times \cdots \times G_n.

5.12.4. Soit GG une variété de groupe et soit HH une sous-variété de groupe de GG. La relation d’équivalence x−1y∈Hx^{-1} y \in H est régulière, ce qui permet de munir l’espace G/HG/H des classes à gauche xHxH d’une structure de variété dite quotient de celle de GG. L’application canonique (g,x)↦g⋅x(g, x) \mapsto g \cdot x de G×(G/H)G \times (G/H) dans G/HG/H est un morphisme. On a des résultats analogues pour l’espace homogène H\GH\backslash G des classes à droite HxHx. Si HH est distingué, la structure de variété de G/HG/H est compatible avec sa structure de groupe.

5.12.5. Soit GG une variété de groupe et soit XX une variété. On appelle loi d’opération à gauche du groupe GG dans la variété XX tout morphisme (s,x)↦sx(s, x) \mapsto sx de G×XG \times X dans XX tel que

s(tx)=(st)xsis,t∈G,x∈Xex=xsix∈X (e eˊtant l’eˊleˊment neutre de G). s(tx) = (st)x \quad \text{si} \quad s, t \in G, x \in X \\ ex = x \quad \text{si} \quad x \in X \ (\text{$ e $ étant l’élément neutre de } G).

On dit aussi que la variété de groupe GG opère à gauche sur XX; on définit de manière analogue les lois d’opération à droite.

Soit x∈Xx \in X et soit GxG_x son stabilisateur dans GG. Supposons que l’application g↦g⋅xg \mapsto g \cdot x soit une subimmersion (hypothèse automatiquement vérifiée si la caractéristique de KK est 0 et XX de dimension finie). Alors GxG_x est une sous-variété de groupe de GG et l’application de G/GxG/G_x dans XX obtenue par passage au quotient à partir de g↦g⋅xg \mapsto g \cdot x est une immersion. Si en outre l’orbite G⋅xG \cdot x de xx est localement fermée et si la topologie de GG admet une base dénombrable, G⋅xG \cdot x est une sous-variété de XX et l’application G/Gx→G⋅xG/G_x \to G \cdot x est un isomorphisme de variétés.

5.13. Affaiblissement de structure

Dans tout ce n°, les lettres r,s,r′,s′r, s, r', s' désignent, soit des entiers ⩾1\geqslant 1, soit l’un des symboles ∞\infty et ω\omega. On suppose que K=RK = \mathbf{R}.

5.13.1. Soient r⩽sr \leqslant s, et XX une variété de classe CsC^s. Il existe sur l’espace topologique XX une structure de variété de classe CrC^r et une seule telle que toute carte de XX pour la structure donnée soit une carte de XX pour cette nouvelle structure. Soit XrX_r la variété de classe CrC^r ainsi définie. On dit qu’elle se déduit de XX par affaiblissement de la structure de variété de XX, ou encore que sa structure de variété est sous-jacente à celle de XX. La notion d’affaiblissement est transitive : si r′⩽rr' \leqslant r, on a Xr′=(Xr)r′X_{r'} = (X_r)_{r'}; elle commute aux produits : si YY est de classe CsC^s, on a (X×Y)r=Xr×Yr(X \times Y)_r = X_r \times Y_r; on a un résultat analogue pour X×sYX \times_s Y sous les hypothèses du n° 5.11.2.

Soit a∈Xa \in X et soit cc une carte de XX en aa; c’est aussi une carte de XrX_r en aa. On en déduit (5.5.1) des isomorphismes

θc:E→Ta(X),θc′:E→Ta(Xr), \theta_c : E \to T_a(X), \quad \theta'_c : E \to T_a(X_r),

d’où un isomorphisme θc′∘θc−1:Ta(X)→Ta(Xr)\theta'_c \circ \theta_c^{-1} : T_a(X) \to T_a(X_r). Cet isomorphisme est indépendant du choix de cc; il permet d’identifier les espaces tangents à XX et à XrX_r en aa.

5.13.2. Soit XX (resp. X′X') une variété de classe CsC^s (resp. Cs′C^{s'}) et soit rr avec r⩽inf⁡(s,s′)r \leqslant \inf(s, s'). Une application f:X→X′f : X \to X' est dite de classe CrC^r si c’est un morphisme de XrX_r dans Xr′X'_r; une telle application est de classe Cr′C^{r'} pour tout r′⩽rr' \leqslant r. De plus, l’application linéaire tangente à f:Xr→Xr′f : X_r \to X'_r en un point a∈Xa \in X coïncide avec l’application linéaire tangente à ff considérée comme morphisme de XrX_r dans Xr′X'_r.

On désignera le plus souvent par le même symbole les variétés XX et XrX_r; ainsi, si XX est de classe CsC^s, l’expression « une sous-variété de XX de classe CrC^r » (r⩽sr \leqslant s) signifie « une sous-variété de XrX_r ».

5.14. Restriction du corps de base

Dans ce numéro, on se donne deux corps commutatifs valués complets non discrets KK et LL, ainsi qu’un isomorphisme σ\sigma du corps valué KK sur un sous-corps de LL. Si EE est un espace de Banach sur LL, on note σ∗(E)\sigma_*(E) l’espace vectoriel sur KK obtenu par restriction des scalaires (cf. Alg., chap. II, 3e éd., § 8); la topologie donnée sur EE est compatible avec la structure de KK-espace vectoriel, et σ∗(E)\sigma_*(E) est un espace de Banach sur KK.

5.14.1. Soit XX une variété analytique sur LL et soit c=(U,φ,E)c = (U, \varphi, E) une carte de XX. L’application φ\varphi est une bijection de UU sur un ouvert de σ∗(E)\sigma_*(E) et le triplet cσ=(U,φ,σ∗(E))c_\sigma = (U, \varphi, \sigma_*(E)) est une carte de XX. Il existe sur XX une structure de variété analytique sur K et une seule pour laquelle cσc_\sigma est une carte pour toute carte cc de la variété L-analytique X. On note XσX_\sigma la variété analytique sur K ainsi obtenue et on dit que XσX_\sigma est obtenue à partir de X par restriction des scalaires (de L à K au moyen de σ\sigma). L’espace topologique sous-jacent à XσX_\sigma est le même que celui sous-jacent à X.

5.14.2. Exemples: (a) On prend K=R, L=C, σK = \mathbf{R},\ L = \mathbf{C},\ \sigma étant l’injection canonique de R dans C. Ainsi, toute variété analytique complexe est canoniquement munie d’une structure de variété analytique réelle ; cette structure analytique réelle définit elle-même des structures différentielles de classe CrC^r pour tout r. (b) On prend K=C, L=C, σK = \mathbf{C},\ L = \mathbf{C},\ \sigma étant la conjugaison x↦xˉx \mapsto \bar{x}. On associe ainsi à toute variété analytique complexe X une variété analytique complexe X‾\overline{X}, appelée la conjuguée de X. Si ff est une fonction à valeurs complexes, définie sur un ouvert U de X, ff est analytique pour la structure de X‾\overline{X} si et seulement si la fonction conjuguée fˉ\bar{f} est analytique pour la structure de X. Les variétés X et X‾\overline{X} définissent par restriction des scalaires la même variété analytique réelle.

5.14.3. Soient X une variété analytique sur K, Y une variété analytique sur L. Une application f:X→Yf : X \to Y est dite σ\sigma-analytique si c’est un morphisme de X dans YσY_\sigma. Si K⊂L, σK \subset L,\ \sigma est l’injection de K dans L, et X est une variété analytique sur L, on appelle application K-analytique une application σ\sigma-analytique de XσX_\sigma dans Y.

5.14.4. Soit V un L-espace de Banach. On a Vσ=σ∗(V)V_\sigma = \sigma_*(V) : la structure canonique de variété analytique sur K de σ∗(V)\sigma_*(V) se déduit par restriction des scalaires de la structure canonique de variété analytique sur L de V.

5.14.5. Soit X une variété analytique sur L, et soit a∈Xa \in X. Soit c une carte de X en a ; alors cσc_\sigma est une carte de XσX_\sigma en a et l’on en déduit des isomorphismes

θc:E→Ta(X),θcσ:σ∗(E)→Ta(Xσ) \theta_c : E \to T_a(X), \quad \theta_{c_\sigma} : \sigma_*(E) \to T_a(X_\sigma)
d’où un isomorphisme θcσ∘σ∗(θc)−1\theta_{c_\sigma} \circ \sigma_*(\theta_c)^{-1} de σ∗(Ta(X))\sigma_*(T_a(X)) sur Ta(Xσ)T_a(X_\sigma); cet isomorphisme ne dépend pas du choix de c ; il permet d’identifier Ta(Xσ)T_a(X_\sigma) à σ∗(Ta(X))\sigma_*(T_a(X)) et même à Ta(X)T_a(X) par abus d’écriture. Si ff est une application analytique sur L de X dans une variété Y, l’application linéaire tangente à ff en a (ff étant considérée comme un morphisme de XσX_\sigma dans YσY_\sigma) est égale à σ∗(Ta(f))\sigma_*(T_a(f)).

5.14.6. Soient X et Y deux variétés analytiques sur L, et soit f:Xσ→Yf : X_\sigma \to Y une application σ\sigma-analytique. Supposons que la caractéristique de K soit 0. Alors, pour que ff soit analytique sur L, il faut et il suffit que, pour tout a∈Xa \in X, l’application Ta(f)T_a(f) soit L-linéaire.

Lorsque K=R, L=CK = \mathbf{R},\ L = \mathbf{C} (cas (a) du n° 5.14.2), on a un résultat plus précis : si XX et YY sont de dimension finie et si f:X→Yf : X \to Y est une application de classe C1C^1 dont l’application tangente en tout point de xx est C\mathbf{C}-linéaire, alors ff est analytique complexe.

5.14.7. Soient XX une variété analytique complexe et gg une application de XX dans elle-même satisfaisant aux conditions : (i) On a g∘g=IdXg \circ g = \mathrm{Id}_X. (ii) L’application gg est un isomorphisme de la variété analytique XX sur la variété conjuguée X‾\overline{X} (5.14.2).

L’ensemble X0X_0 des points xx de XX tels que g(x)=xg(x) = x est une sous-variété analytique fermée de la variété analytique réelle sous-jacente à XX. Pour x∈X0x \in X_0, on a Tx(X)=Tx(X0)⊕iTx(X0)T_x(X) = T_x(X_0) \oplus i T_x(X_0).

Soit UU un ouvert connexe de XX et soient ff et gg deux applications analytiques complexes de UU dans un espace localement convexe séparé complexe ou dans une variété analytique complexe séparée. Si ff et gg coïncident sur une partie non vide de U∩X0U \cap X_0, ouverte dans X0X_0, alors f=gf = g.

Supposons X0X_0 paracompacte. Si ff est une application analytique réelle de X0X_0 dans un espace localement convexe séparé ou dans une variété analytique complexe séparée, il existe un voisinage ouvert UU de X0X_0 dans XX et une application analytique complexe de UU dans l’espace des valeurs de ff, prolongeant ff. Deux tels prolongements coïncident sur un voisinage de X0X_0 dans XX.

Supposons XX de dimension finie. Pour tout point a∈X0a \in X_0, il existe un système de coordonnées (complexes) ζ1,…,ζn\zeta^1, \ldots, \zeta^n dans un voisinage ouvert UU de aa, telles que ζi∘g=ζˉi\zeta^i \circ g = \bar{\zeta}^i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n; la restriction ζi\zeta^i de ζi\zeta^i à U∩X0U \cap X_0 est alors à valeurs réelles et (ξ1,…,ξn)(\xi^1, \ldots, \xi^n) est un système de coordonnées en aa de la variété analytique réelle X0X_0.

5.14.8. Pour toute variété analytique réelle YY, paracompacte, il existe un couple (X,g)(X, g) formé d’une variété analytique complexe XX et d’une application gg de XX dans elle-même satisfaisant aux conditions (i) et (ii) de 5.14.7, et un isomorphisme ff de YY sur X0X_0. On dit que XX (munie de ff et gg) est une complexification de YY.

Transcribed from the printed volume. Not translated.