§ 5. Variétés
5.1. Cartes et atlas. Variétés
5.1.1. Soit X un ensemble. On appelle carte de X un triplet c = (U, φ, E), où U est une partie de X, E un espace de Banach et φ une bijection de U sur un ouvert de E. On dit que U est le domaine de la carte c. Si E est de dimension finie n, on dit que c est de dimension n. Sinon, on pose dim c = +∞.
5.1.2. On dit que deux cartes c = (U, φ, E) et c' = (U', φ', E') de X sont C^r-compatibles (ou simplement compatibles lorsqu’il ne peut y avoir d’ambiguïté sur r) lorsque les conditions suivantes sont réalisées: (a) φ(U ∩ U') (resp. φ'(U ∩ U')) est ouvert dans E (resp. E'); (b) l’application φ ∘ φ'^{-1} (resp. φ' ∘ φ^{-1}) de φ'(U ∩ U') sur φ(U ∩ U') (resp. de φ(U ∩ U') sur φ'(U ∩ U')) est de classe C^r (cf. 2.3.1, 3.2.1 et 4.2.1).
5.1.3. On appelle C^r-atlas (ou simplement atlas) d’un ensemble X un ensemble de cartes de X deux à deux C^r-compatibles et dont les domaines ont pour réunion X tout entier. Deux atlas A et B de X sont dits C^r-équivalents si A ∪ B est un atlas. La relation de C^r-équivalence entre atlas est une relation d’équivalence.
5.1.4. Soit S un ensemble d’espaces de Banach. On dit qu’un atlas A est de type S si l’on a E ∈ S pour toute carte c = (U, φ, E) de A. D’une manière analogue, on dit qu’un atlas A est de type hilbertien (resp. de type hilbertien de dimension dénombrable) si E est un espace hilbertien (resp. hilbertien de type dénombrable) pour toute carte (U, φ, E) de A.
5.1.5. On appelle K-variété de classe C^r (ou variété de classe C^r sur K, ou simplement variété lorsque il ne peut y avoir d’ambiguïté sur K et r) un ensemble X muni d’une classe d’atlas équivalents (Ens., chap. II, § 6, n° 9) pour la relation de C^r-équivalence. Un atlas de cette classe est appelé un atlas de la variété X. Une carte appartenant à un atlas de X est appelée une carte de la variété X. Une carte de X dont le domaine contient un point a ∈ X est appelée une carte de X en a. Une carte centrée en a est une carte (U, φ, E) de X en a telle que φ(a) = 0.
Si X est un ensemble et A un atlas de X, l’ensemble X muni de la classe d’équivalence de A est appelé la variété définie par A.
Lorsque r ≠ ω (donc K = R), une variété de classe C^r est parfois appelée une variété différentielle. Une variété de classe C^ω est encore appelée une variété analytique sur K (ou encore variété K-analytique).
Lorsque de plus (resp. , ), on dit encore variété analytique réelle (resp. analytique complexe, analytique -adique).
5.1.6. Soit une variété. Les parties de qui sont réunions de domaines de cartes de forment l’ensemble des ouverts pour une topologie sur , dite sous-jacente à la structure de variété de . Pour toute carte de , l’application est un homéomorphisme de l’ouvert muni de la topologie induite par celle de sur l’ouvert de .
L’espace topologique sous-jacent à est un espace de Baire. Lorsque est égal à ou , il est localement connexe.
Soit une variété et soit un atlas de . Pour que l’espace topologique soit séparé, il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite : quelles que soient les cartes et appartenant à l’atlas , le graphe de l’application de dans est fermé dans .
Soit une variété ; supposons que l’espace topologique soit régulier. Alors pour tout point , il existe une carte de en possédant la propriété suivante : pour qu’une partie de soit fermée dans , il faut et il suffit que son image soit fermée dans . Si l’espace est paracompact, il existe sur une distance compatible avec la topologie de et faisant de un espace métrique complet.
5.1.7. Soit un ensemble d’espaces de Banach. On dit qu’une variété est de type (resp. de type hilbertien, resp. de type hilbertien de dimension dénombrable) si elle possède un atlas de type (resp. de type hilbertien, resp. de type hilbertien de dimension dénombrable). Si est réduit à un seul élément , une variété de type est encore appelée une variété pure de type .
On appelle variété pure de dimension une variété pure de type . On dit qu’une variété est localement de dimension finie si elle est de type avec .
5.1.8. Soit une variété et soit . La dimension (finie ou ) d’une carte de en ne dépend que de . On l’appelle dimension de en et on la note . On appelle dimension de et on note la borne supérieure des pour .
La fonction est localement constante. La variété est localement de dimension finie (resp. pure de dimension ) si et seulement si on a (resp. ) pour tout .
5.1.9. Supposons localement compact. Soit une variété séparée. Alors, pour que soit localement de dimension finie, il faut et il suffit que soit localement compacte.
n° 5.2
5.1.10. Soit X une variété et soient des applications d'une partie U de X dans K. On dit que est un système de coordonnées de X dans U si le triplet est une carte de X ; cette carte se note aussi ou . Si , on dit aussi que est un système de coordonnées de X en ; si de plus pour , on dit que le système de coordonnées est centré en .
5.2. Exemples de variétés
5.2.1. Soit X un ensemble ; il existe sur X une structure de variété et une seule pour laquelle l'espace topologique sous-jacent soit discret ; cette structure est une structure de variété pure de dimension 0.
5.2.2. Soit E un espace de Banach. Le triplet est une carte de E et est un atlas de E, donc définit une structure de variété pure de type E sur E ; la topologie sous-jacente est la topologie donnée sur E. Lorsque l'on parlera par la suite de la structure de variété sur E, ce sera toujours à la structure précédente que l'on se référera.
En particulier, ceci s'applique à tout espace vectoriel de dimension finie sur K, muni de l'unique topologie séparée compatible avec sa structure vectorielle (Esp. Vect. Top., chap. I, § 2, n° 3).
5.2.3. Soient X une variété et U une partie ouverte de X. Il existe sur U une structure de variété dont les cartes sont les cartes de la variété X de domaine contenu dans U. Cette structure est dite induite par celle de X (cf. n° 5.3.4); muni de cette structure, U s'appelle une sous-variété ouverte de X.
En particulier, tout ouvert d'un espace de Banach E est muni d'une structure canonique de variété pure de type E. Soit X une variété ; pour qu'un triplet soit une carte de X, il faut et suffit que U soit ouvert dans X et que soit un isomorphisme de la sous-variété ouverte U de X sur une sous-variété ouverte de E.
5.2.4. Soient X un ensemble, et un recouvrement de X. On suppose donnée sur chaque une structure de variété telle que la condition suivante soit remplie :
Quels que soient et dans I, l'ensemble est ouvert dans et et les structures de variétés induites sur par celles de et coïncident.
Il existe alors sur X une structure de variété et une seule telle que soit une sous-variété ouverte de X pour tout dans I. On dit que la variété X s'obtient par recollement des variétés .
5.2.5. Soit X une variété. L'ensemble des points de X tels que dim_x X = n (n entier ) est une sous-variété ouverte de X, qui est pure de dimension n.
5.2.6. Soit E un espace de Banach. On peut munir l’ensemble G(E) des sous-espaces vectoriels de E admettant un supplémentaire topologique d’une structure de variété analytique de la façon suivante : pour tout couple (F_0, G_0) tel que E = F_0 G_0, on note U_{G_0} l’ensemble des F admettant G_0 comme supplémentaire, et on définit une bijection de U_{G_0} sur l’espace de Banach en associant à tout F l’application de F_0 dans G_0 ayant pour graphe le sous-espace F de E = F_0 G_0. Les cartes (U_{G_0}, , ) forment un atlas de G(E). Muni de la structure de variété définie par cet atlas, G(E) s’appelle la variété grassmannienne de E.
L’espace topologique G(E) est métrisable. Si K est localement compact et E de dimension finie, G(E) est compacte.
Pour tout entier , l’ensemble G_n(E) (resp. G^n(E)) des F de dimension (resp. codimension) n est ouvert et fermé dans G(E) et est une sous-variété ouverte pure de G(E). Si K = R ou C, G_n(E) est connexe pour tout n.
L’application qui à F , associe son orthogonal dans le dual E’ de E, est un morphisme de G(E) dans G(E’) qui induit un isomorphisme de G^n(E) sur G_n(E’) pour tout entier n.
Si K = R ou C, ou si E est de dimension finie, G_1(E) n’est autre que l’espace projectif déduit de E, qui se trouve ainsi muni d’une structure de variété analytique.
5.3. Fonctions de classe et morphismes de variétés
5.3.1. Soient X une variété de classe C', F un espace polynormé séparé et f une application de X dans F. On dit que f est de classe C' si pour toute carte (V, , E) de X, l’application de dans F est de classe C'. Pour cela, il suffit que cette condition soit satisfaite pour les cartes d’un atlas de X. L’ensemble des applications de classe C' de X dans F forme un sous-espace vectoriel de l’espace de toutes les applications de X dans F. On le note .
Lorsque F = K, on pose ; c’est une sous-K-algèbre de l’algèbre des applications de X dans K. Les éléments de sont encore appelés fonctions morphiques.
Lorsque X est un ouvert d’un espace de Banach, cette terminologie est en accord avec celle des n°s 2.3.1, 3.2.1 et 4.2.1.
5.3.2. Soient X et Y deux variétés de classe C' et soit f une application de X dans Y. On dit que f est de classe C' ou est un morphisme de variétés (de classe C') si elle est continue et si, pour toute carte (V, , F) de Y, l’application de la sous-variété ouverte dans l’espace de Banach F est de classe . Pour cela, il suffit qu’il existe un atlas de Y tel que, pour toute carte , l’ensemble soit ouvert dans X et que l’application de la sous-variété ouverte de X dans F soit de classe . L’ensemble des morphismes de X dans Y est noté . Lorsque Y est un espace de Banach muni de sa structure canonique de variété, les définitions de 5.3.1. et 5.3.2 sont cohérentes. Une application de classe est aussi appelée application K-analytique (ou simplement analytique). Lorsque , on dit aussi application holomorphe.
Soient une carte de X et une carte de Y telles que . L’application de l’ouvert de E dans l’ouvert de F est appelée l’expression de f dans les cartes données.
5.3.3. Supposons X et Y de dimension finie; soient et une application de X dans Y avec . Supposons d’abord que soit de classe et considérons des systèmes de coordonnées de X en et de Y en respectivement, avec . Soit l’application de U dans . Il existe alors des fonctions de classe sur l’ouvert de , à valeurs dans K, telles que les coordonnées d’un point de Y, (pour x dans U), soient données par les formules:
(1)
(2)
Réciproquement, si, pour tout point de X, on peut trouver un système de coordonnées de X en et un système de coordonnées de Y en satisfaisant aux conditions précédentes, alors est de classe .
5.3.4. Les morphismes de variétés satisfont aux axiomes d’*Ens.*, chap. IV, § 2: a) Le composé de deux morphismes est un morphisme. b) Pour qu’une bijection soit un isomorphisme, il faut et il suffit que et soient des morphismes.
5.3.5. Supposons que . Soient X une variété et deux applications analytiques de X dans un espace polynormé séparé ou dans une variété analytique séparée. L’ensemble des points au voisinage desquels et sont égales, est ouvert et fermé dans X.
5.3.6. Supposons que et . On dit qu'une variété admet des partitions de l'unité de classe si, pour tout recouvrement ouvert localement fini de , il existe une partition continue de l'unité (Top. Gén., ch. IX, § 4, n° 3) subordonnée à ce recouvrement et formée de fonctions de classe .
Soit un espace de Banach ; considérons la propriété suivante :
(PU) Quels que soient les sous-ensembles fermés disjoints et de , il existe une fonction de classe sur , à valeurs dans , telle que pour , pour et pour tout .
Si est un ensemble d’espaces de Banach possédant la propriété (PU), toute variété paracompacte de type admet des partitions de l’unité de classe .
Tout espace de dimension finie, tout espace hilbertien de type dénombrable possède la propriété (PU).
5.3.7. Supposons ultramétrique. Soit une variété paracompacte. Pour tout recouvrement ouvert de , il existe une partition de en sous-ensembles ouverts et fermés subordonnée au recouvrement .
5.3.8. Supposons localement compact. Soient et deux variétés pures de dimension finie, et soit un morphisme de dans . Si et si la topologie de admet une base dénombrable d’ouverts, est maigre dans .
5.4. Caractérisation des variétés par leurs faisceaux de fonctions
5.4.1. Soit un espace topologique, et soit un ensemble. Supposons donné, pour tout ouvert de , un ensemble d’applications de dans . Nous dirons que la famille est un faisceau de fonctions à valeurs dans si elle vérifie la condition suivante :
Soit une famille d’ouverts de , de réunion , et soit une application de dans ; pour que appartienne à , il faut et il suffit que appartienne à pour tout dans .
5.4.2. Soient et deux variétés ; pour tout ouvert , soit l’ensemble des morphismes de dans ; alors est un faisceau de fonctions à valeurs dans .
Lorsque , on note le faisceau ainsi défini.
5.4.3. Soit un espace topologique et soit un ensemble d’espaces de Banach. Pour tout , soit un faisceau de fonctions sur à valeurs dans . Supposons que la famille des , pour , vérifie la condition suivante :
Pour tout , il existe un voisinage ouvert de , un espace
, et un homéomorphisme de U sur un ouvert de E_0, tels que, pour tout ouvert et tout , l’ensemble se compose des fonctions , où parcourt l’espace .
Il existe alors sur X une structure de variété de classe et de type et une seule, compatible avec la topologie donnée sur X et pour laquelle est le faisceau des fonctions de classe sur X à valeurs dans E.
5.4.4. Soit X un espace topologique et soit un faisceau de fonctions à valeurs dans K, vérifiant la condition suivante : pour tout point x de X, il existe un entier n, un voisinage ouvert U de x et un homéomorphisme de U sur un ouvert de , tels que, pour tout ouvert V de U, l’ensemble se compose des fonctions où parcourt l’ensemble des fonctions de classe à valeurs dans K sur l’ouvert de .
Il existe alors sur X une structure de variété localement de dimension finie et de classe et une seule telle que .
5.4.5. Soient X et X' deux variétés de classe , localement de dimension finie, et soit une application continue de X dans X'. Pour que soit un morphisme, il faut et il suffit que pour tout ouvert U' de X' et toute fonction , la fonction appartienne à , avec .
5.5. Espaces tangents, applications linéaires tangentes
5.5.1. Soit X une variété et soit . Considérons les couples où est une carte de la variété X en et où est un élément de E. Deux tels couples et sont dits équivalents si la dérivée en de l’application (qui est définie sur un voisinage de ) transforme en . On obtient ainsi une relation d’équivalence entre couples et on appelle vecteur tangent en à X une classe de couples équivalents (Ens., chap. II, § 6, n° 9).
Les vecteurs tangents en à X forment un ensemble noté . Si est une carte de la variété X en , l’application de E dans qui associe à un élément de E le vecteur tangent représenté par le couple est une bijection. Si l’on transporte à , au moyen de , la structure de K-espace vectoriel topologique de E, la structure ainsi obtenue ne dépend pas du choix de et fait de un espace de Banach, appelé espace tangent à X en . La dimension (finie ou ) de est égale à la dimension de X en .
5.5.2. Soient X, Y deux variétés, un morphisme de X dans Y et un point de X. Considérons une carte de X en et une carte de Y en avec ; l’application de dans F est de classe , et sa dérivée au point est une application linéaire continue de E dans F. L’application linéaire continue de dans ne dépend pas des cartes et choisies; on la note et on l’appelle l’application linéaire tangente à en . Si est un morphisme de dans une variété , on a:
5.5.3. Soit un morphisme de variétés. Si est localement constant, on a pour tout dans . Réciproquement, si pour tout et si le corps est de caractéristique 0, alors est localement constant.
5.5.4. Soient un ouvert d’une variété et l’injection canonique de dans ; pour tout point de , l’application de dans est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques, par lequel on identifiera désormais ces deux espaces.
5.5.5. Soit un ouvert d’un espace de Banach ; si est l’injection canonique de dans , le triplet est une carte de , et l’atlas définit la structure de variété de . Etant donné un point de , l’application est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de sur ; l’isomorphisme réciproque sera noté .
Soit une application de classe de dans un ouvert d’un espace de Banach ; pour tout point de , on a:
où est la dérivée de en (1.2.1). Autrement dit, le diagramme :
est commutatif.
5.5.6. On appelle vecteur cotangent à en , ou encore covecteur tangent ou simplement covecteur en , toute forme linéaire continue sur l’espace vectoriel topologique ; ces covecteurs sont donc les éléments du dual topologique de l’espace tangent à en . On munira cet espace de la topologie de la convergence uniforme sur les parties bornées de : muni de cette topologie, est un espace de Banach qu’on appelle espace cotangent à en . On le note aussi .
Soit un morphisme de dans un espace de Banach . On appelle différentielle de en et on note ou l’application linéaire continue de dans . Pour , on note parfois t(f) ou t . f la valeur de l’application linéaire au point . L’application est linéaire.
Si , la différentielle de en est un covecteur de en .
Soient trois espaces de Banach et soit une application bilinéaire continue de dans . Soit (resp. ) un morphisme de dans (resp. ). Alors l’application est un morphisme de dans et on a, pour tout :
Prenons en particulier et , l’application bilinéaire considérée étant la multiplication. On a alors:
5.5.7. Soit une variété localement de dimension finie et soient des fonctions morphiques définie dans un voisinage ouvert d’un point de . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) il existe un voisinage ouvert de contenu dans , tel que les fonctions (pour ) forment un système de coordonnées de dans ;
(ii) les différentielles pour forment une base de ;
(iii) l’application de dans est étale en (voir n° 5.7.6).
Pour que les différentielles soient linéairement indépendantes, il faut et il suffit qu’il existe un voisinage de , contenu dans , tel que les fonctions fassent partie d’un système de coordonnées de dans .
5.5.8. Soit une variété localement de dimension finie et soit un système de coordonnées de dans un ouvert . Soit : on note la base de l’espace tangent duale de la base de . On a donc:
Le vecteur tangent se note aussi .
Soit une fonction de classe sur , à valeurs dans un espace de Banach . On note ou la fonction : c’est une fonction de classe sur à valeurs dans (une fonction continue si ). Sa valeur en un point de est parfois notée . Pour tout , on a:
ce qui peut encore s'écrire:
Ces notations sont cohérentes avec celles de 1.6.3.
5.5.9. Soient et deux variétés et un morphisme de dans . On appelle rang de en un point de , et on note , le rang (fini ou égal à ) de l’application linéaire . L’application est semi-continue inférieurement.
5.6. Produits de variétés
5.6.1. Soient et deux ensembles et soit (resp. ) une carte de (resp. ). Le triplet
est une carte de l’ensemble produit , notée .
5.6.2. Soient et deux variétés de classe . Il existe sur l’ensemble produit une structure de variété de classe et une seule telle que soit une carte de pour toute carte de et toute carte de . Muni de cette structure, s’appelle la variété produit des variétés et . On définit de même le produit d’un nombre fini quelconque de variétés. La topologie de la variété est la topologie produit des topologies de et de . Pour et , on a:
5.6.3. Soient et deux variétés, et soit leur produit. Soit et soit . Les projections canoniques
sont des morphismes. Soient leurs applications linéaires tangentes au point . L’application
est un isomorphisme, ce qui permet d’identifier l’espace tangent à en au produit .
L’injection de dans résultant de cette identification est l’application linéaire tangente en au morphisme de dans ; on a un résultat analogue pour l’injection de dans .
5.6.4. Soient et trois variétés, et soient deux applications. Pour que l’application
soit un morphisme, il faut et il suffit que et soient des morphismes (cela justifie l’emploi du terme « produit », cf. Ens., chap. IV, § 2, n° 4). Dans ce cas, si est un point de , on a:
compte tenu de l’identification faite ci-dessus.
5.6.5. Soient et des morphismes de variétés. Alors est un morphisme. Si et , on a:
5.6.6. Soient et trois variétés et un morphisme de dans . Soit et . L’application linéaire tangente à l’application partielle (resp. ) de (resp. ) dans se note (resp. ). Si l’on identifie à , on a:
pour tout et tout .
5.6.7. (« Théorème des fonctions implicites »). Les hypothèses et notations étant celles du numéro précédent, supposons de plus que soit bijectif. Il existe alors un voisinage ouvert de dans et un voisinage ouvert de dans possédant la propriété suivante: pour tout , il existe un point de et un seul tel que , et l’application est un morphisme de dans . Pour tout , on a:
5.7. Immersions, morphismes étales
5.7.1. Soient et deux variétés, un morphisme de dans et un point de . Posons . Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) L’application linéaire est injective et son image est un sousespace vectoriel fermé de admettant un supplémentaire topologique ;
(ii) Il existe un espace de Banach , un sous-espace vectoriel fermé de admettant un supplémentaire topologique, et des cartes de en et de en telles que et .
(iii) Il existe un voisinage ouvert de , un voisinage ouvert de contenant , une variété , un point de , et un isomorphisme de variétés de sur tels que pour tout .
(iv) Il existe un voisinage ouvert de , un voisinage ouvert de et un morphisme de dans avec , et pour tout .
Lorsque et sont de dimension finie, les conditions précédentes sont encore équivalentes à la suivante:
(v) Il existe un voisinage ouvert de , un système de coordonnées de dans un voisinage ouvert de contenant et un entier tels que pour et que les fonctions forment un système de coordonnées de dans .
Si les propriétés (i) à (iv) sont satisfaites, on dit que est une immersion en .
L’ensemble des points où est une immersion est ouvert dans ; si cet ouvert est tout entier, on dit que est une immersion.
Pour que soit une immersion, il faut et il suffit que l’on puisse recouvrir par des ouverts tels que, pour tout soit un isomorphisme de sur une sous-variété de (cf. n° 5.8.3).
5.7.2. Exemples: (a) Si est un ouvert d’une variété , l’injection canonique de dans est une immersion. (b) Soient et deux espaces de Banach et une application linéaire continue de dans . Alors est une immersion si et seulement si est un isomorphisme de sur un sous-espace vectoriel fermé de admettant un supplémentaire topologique.
5.7.3. Soient et deux morphismes. Si et sont des immersions, est une immersion. Réciproquement, si est une immersion, alors est une immersion. Si et sont des immersions, est une immersion.
5.7.4 Supposons que et soient des variétés de dimension finie sur un corps de caractéristique 0. Si est un morphisme injectif, l’ensemble des points de où est une immersion est un ouvert dense
Tout sous-espace vectoriel fermé de codimension finie d’un espace de Banach admet un supplémentaire topologique; si ou , il en est de même de tout sous-espace vectoriel (nécessairement fermé) de dimension finie.
dans X. Si K = R ou C, ce résultat reste vrai si l’ou suppose seulement que X est de dimension finie.
5.7.5. Soit une immersion et soit une application continue d’une variété Z dans X. Pour que soit un morphisme, il faut et il suffit que soit un morphisme.
5.7.6. Soit un morphisme, et soit dans X. Les deux propriétés suivantes sont équivalentes: (i) est bijectif. (ii) Il existe un voisinage ouvert U de et un voisinage ouvert V de tels que induise un isomorphisme de U sur V. Lorsque ces propriétés sont vérifiées, on dit que est un isomorphisme local en , ou que est étale en . Si cela a lieu pour tout , on dit que est étale, ou est un étalement, ou que X est étalé dans Y (au moyen de ). Pour qu’un morphisme soit étale, il faut et il suffit que ce soit à la fois une immersion (n° 5.7.1) et une submersion (n° 5.9.1.).
5.7.7. Soit une immersion ; supposons la variété X pure de dimension finie. Alors est étale dans chacun des deux cas suivants: (i) ; (ii) est surjective et la topologie de X admet une base dénombrable d’ouverts.
5.7.8. Pour qu’un morphisme soit un isomorphisme sur une sous-variété ouverte (resp. un isomorphisme), il faut et il suffit que soit étale et injectif (resp. étale et bijectif).
5.8. Images inverses de structures de variété, sous-variétés
5.8.1. Soient X un espace topologique, Y une variété et une application de X dans Y. Considérons les conditions suivantes: (QR) (resp. (R)) Pour tout , il existe un voisinage ouvert U de a dans X et une carte de la variété Y en tels que et que induise un homéomorphisme de U sur l’intersection de avec un sous-espace vectoriel fermé (resp. fermé et admettant un supplémentaire topologique) F de E. Si la condition (QR) est réalisée, il existe sur X une structure de variété et une seule pour laquelle les triplets (avec les notations de (QR)) sont des cartes de X. On l’appelle la structure image inverse de la structure de variété de Y par . Sa topologie est celle de X. Pour qu’il existe sur X une structure de variété compatible avec la topologie donnée et pour laquelle soit une immersion, il faut et il suffit que la condition (R) soit satisfaite. Cette structure est alors unique : c’est l’image inverse par de la structure de variété de .
5.8.2. La condition (R) ci-dessus est notamment satisfaite lorsque pour tout il existe un voisinage ouvert de tel que soit un homéomorphisme de sur un ouvert de . Dans ce cas, la variété obtenue est étalée sur (5.7.6).
5.8.3. Supposons maintenant que soit un sous-espace topologique de , étant l’injection canonique. Si satisfait à la condition (R) (resp. (QR)) du n° 5.8.1, on dit que , muni de la structure image inverse de la structure de variété de par , est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de . Une sous-variété est une quasi-sous-variété.
Toute quasi-sous-variété est localement fermée ; tout ouvert est une sous-variété et sa structure est celle définie au n° 5.2.3.
Lorsque est localement de dimension finie, un sous-espace topologique de est une sous-variété de si et seulement si, pour tout , il existe un voisinage ouvert de dans , un système de coordonnées de dans , et un entier tels que soit l’ensemble des points de où s’annulent simultanément les fonctions pour .
Soit un morphisme de variétés. Supposons que soit une immersion, et que induise un homéomorphisme de sur . Alors est une sous-variété de , et induit un isomorphisme de sur ; on dit alors que est un plongement de dans .
5.8.4. Soient et deux variétés, soit une sous-variété de et soit une application de dans . Pour que soit un morphisme, il faut et il suffit que, pour tout , il existe un voisinage de dans et un morphisme tels que coïncide avec sur .
5.8.5. Soit une quasi-sous-variété d’une variété , et soit une application d’une variété dans . Supposons que soit de caractéristique 0, ou que soit une sous-variété de . Pour que soit un morphisme de dans , il faut et il suffit que ce soit un morphisme de dans : autrement dit, la structure de variété de est induite par celle de (Ens., ch. IV, § 2, n° 4).
5.8.6. Si est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de et si est une sous-variété d’une variété , alors est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de .
5.8.7. Soit (pour ) une variété et soit une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de (pour ). Alors est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de .
5.8.8. Soit X une quasi-sous-variété d'une variété Y ; soit x un point de X et notons f l'injection canonique de X dans Y. L'application T_x(f) : T_x(X) → T_x(Y) est injective et elle permet d'identifier l'espace T_x(X) à un sous-espace vectoriel fermé de T_x(Y). L'espace vectoriel topologique quotient T_x(Y)/T_x(X) est un espace de Banach, qu'on appelle espace transversal en x à X (dans Y). Sa dimension (finie ou +∞) s'appelle la codimension de X dans Y au point x.
Si de plus X est une sous-variété de Y, alors l'espace T_x(X) admet un supplémentaire topologique dans T_x(Y).
5.8.9. Soit f une application d'une variété X dans une variété Y, et soit Γ son graphe. Pour que f soit un morphisme, il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient satisfaites : (i) Γ est une sous-variété de X × Y. (ii) Pour tout (x, y) ∈ Γ, on a
En particulier, la diagonale de X × X est une sous-variété de X × X.
5.8.10. Soit Y une variété, et soit (f_i)_{i∈I} une famille finie de fonctions morphiques sur Y. Soit X l'ensemble des x ∈ Y tels que f_i(x) = 0 pour tout i. Faisons l'hypothèse suivante : (J) Pour tout x ∈ X, les différentielles d_x f_i sont linéairement indépendantes dans T'_x(Y).
Alors X est une sous-variété fermée de Y, l'espace tangent T'_x(X) est le sous-espace de T_x(Y) formé des α tels que α . f_i = 0 pour tout i dans I. De plus, la codimension de X dans Y est égale à Card (I) en chacun de ses points.
5.8.11. (Points simples d'un idéal). Soit a un idéal de l'algèbre de polynômes K[X_1, ..., X_n]. Un point x = (x_1, ..., x_n) de K^n est appelé un zéro de a si f(x) = 0 pour tout f ∈ a. Si x ∈ K^n, notons S_x la sous-algèbre de K(X_1, ..., X_n) formée des fractions f/g, avec f, g ∈ K[X_1, ..., X_n], et g(x) ≠ 0; notons a_x l'idéal de S_x engendré par a dans S_x. Un point x est appelé un zéro simple de a si c'est un zéro de a et si la condition suivante est satisfaite : (S) Il existe une suite finie (f_1, ..., f_m) d'éléments de a qui engendrent l'idéal a_x et dont les différentielles en x sont linéairement indépendantes. (Cette condition équivaut à dire que l'anneau local S_x/a_x est régulier (Alg. Comm., à paraître).) Soit Z (resp. Z_s) l'ensemble des zéros (resp. des zéros simples) de a. L'ensemble Z est fermé dans K^n, Z_s est ouvert dans Z, et Z_s est une sous-variété de . Si , l’idéal se compose des polynômes nuls sur un voisinage de dans .
Soit l’idéal des polynômes nuls sur . Si est algébriquement clos, l’ensemble des zéros simples de est dense dans .
5.8.12. Soient une variété et l’ensemble des couples où est un point de et une sous-variété de contenant . Etant donnés deux couples et , nous noterons la relation :
« On a et il existe un voisinage de tel que ». Alors est une relation d’équivalence dans ; on note la classe d’équivalence du couple . Sur l’ensemble , il existe une structure de variété et une seule qui vérifie la condition suivante : Pour toute sous-variété de , l’application de dans est un isomorphisme de sur une sous-variété ouverte de . On dit que est la variété des germes de sous-variétés de (cf. Top. Gén., chap. I, 4e éd., § 6, n° 10). L’application définie par est une immersion ; on l’appelle l’immersion canonique de dans . Si est une variété analytique séparée de dimension finie, il en est de même de .
5.9. Submersions et variétés quotients
5.9.1. Soient un morphisme de variétés, un point de et posons . Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) L’application linéaire est surjective, et son noyau admet un supplémentaire topologique dans . (ii) Il existe une carte de en , une carte de en et une application linéaire continue surjective de dans telles que
5.9.2. Soient et deux morphismes. Si et sont des submersions, il en est de même de ; réciproquement, si est une submersion et si est surjective, alors est une submersion.
5.9.3. Si et sont des submersions, est une submersion.
5.9.4. Une submersion est une application ouverte (cf. Top. gén., chap. I, 4e éd., § 5, n° 1); en particulier, la relation d'équivalence R définie par est ouverte, définit par passage au quotient un homéomorphisme de sur , et est ouvert dans .
5.9.5. Soit une relation d'équivalence sur une variété . On dit que est régulière s'il existe sur l'espace quotient une structure de variété telle que la projection canonique soit une submersion; cette structure de variété est alors unique; elle est quotient de celle de (Ens., ch. IV, § 2, n° 6): autrement dit, pour qu'une application de dans une variété soit un morphisme, il faut et il suffit que soit un morphisme de dans .
Soit le graphe de . Pour que soit régulière, il faut et il suffit que les deux conditions suivantes soient satisfaites: (i) est une sous-variété de . (ii) L'application de dans est une submersion.
La condition (ii) signifie aussi que si et sont congrus modulo , il existe un voisinage ouvert de et un morphisme de dans tel que et que soit congru à modulo pour tout .
Supposons régulière. Pour que la variété quotient soit séparée, il faut et il suffit que le graphe de soit fermé dans .
5.9.6. Soient et deux variétés, et des relations d'équivalence régulières sur et , et soit un morphisme compatible avec les relations et . L'application déduite de par passage aux quotients est alors un morphisme.
5.9.7. (« Transitivité des quotients ») Soient et deux relations d'équivalence sur une variété telles que entraîne , et soit la relation d'équivalence quotient sur . Supposons que soit régulière. Alors, pour que soit régulière, il faut et il suffit que le soit; s'il en est ainsi, la bijection canonique
est un isomorphisme de variétés.
5.9.8. (« Produits de quotients ») Soit une famille finie de variétés, munies chacune d'une relation d'équivalence régulière . Soit , et soit la relation d'équivalence sur produit des (cf. Top. Gén., chap. I, 4e éd., § 5, n° 3, cor. de la prop. 8). Alors est régulière, et la bijection canonique de sur est un isomorphisme de variétés.
5.10. Subimmersions
5.10.1. Soit un morphisme de variétés et soit le graphe de . L'application est une immersion de dans , dont l'image est la sous-variété , et est composé de l'immersion suivie de la submersion .
Soit . On dit que est une submersion en s'il existe un voisinage ouvert de , une variété , une submersion de dans et une immersion de dans tels que . L'ensemble des points de où est une submersion est un ouvert de ; si cet ouvert est tout entier, on dit que est une submersion.
5.10.2. Les immersions et les submersions sont des submersions. Si est une submersion, une immersion et une submersion, alors est une submersion.
Si et sont des submersions, est une submersion.
5.10.3. Pour que soit une submersion en un point de , il faut et il suffit qu'il existe une carte de en , une carte de au point et une application linéaire continue de dans tels que: (i) et ; (ii) le noyau (resp. l'image) de est un sous-espace fermé de (resp. ) admettant un supplémentaire topologique.
5.10.4. Soient et deux variétés de dimension finie. Pour qu'un morphisme de dans soit une submersion en un point de , il faut et il suffit qu'il existe un système de coordonnées de en , un système de coordonnées de en et un entier tels que
5.10.5. Soit une submersion. Pour tout , est une sous-variété de ; le sous-espace de tangent à la sous-variété au point est le noyau de .
5.10.6. (« Théorème du rang constant ») Soit un morphisme de variétés et soit . Si est une subimmersion en , on a pour voisin de .
Réciproquement, supposons le corps de caractéristique zéro. Soient une carte de en et soit une carte de en , avec . Posons . S’il existe un sous-espace vectoriel fermé de et un sous-espace vectoriel fermé de tels que pour tout , le sous-espace (resp. ) soit un supplémentaire topologique du noyau (resp. de l’image) de la dérivée de au point , alors est une subimmersion en .
Si est de caractéristique zéro (resp. ou ) et si est de dimension finie (resp. ), alors est une subimmersion en si et seulement si pour tout assez voisin de .
Si est de caractéristique zéro (resp. ou ) et (resp. ) de dimension finie, l’ensemble des points où est une subimmersion est un ouvert dense dans .
5.10.7. (« Factorisation canonique d’une subimmersion ») Toute subimmersion est composée d’une submersion et d’une immersion. De façon précise, soit une subimmersion, et soit la variété des germes de sous-variétés de (5.8.12). Soient dans et ; il existe des voisinages ouverts de tels que soit une submersion de sur une sous-variété de ; l’élément de ne dépend que de mais non du voisinage choisi, et, si on le note , l’application est une submersion de dans ; si l’on note l’immersion canonique de dans , on a . Si est une immersion, le morphisme de dans est étale.
Si est une submersion surjective de dans une variété et un morphisme de dans tels que , il existe une submersion et une seule de dans telle que .
5.11. Produits fibrés et images réciproques
5.11.1. Soient un espace de Banach, une famille finie d’espaces de Banach et une famille d’applications linéaires continues de dans . Soient le produit des et l’application linéaire continue de dans produit des . Soit enfin le sous-espace fermé de formé des tels que soit indépendant de (« diagonale » de ). On dit que la famille est transversale si l’application linéaire continue composée de et de la projection canonique de sur le quotient est surjective et si son noyau admet un supplémentaire topologique.
Si les espaces et sont tous de dimension finie, la famille est transversale si et seulement si l’on a:
Si , le couple est transversal si et seulement si l’application
est surjective et si son noyau admet un supplémentaire topologique (si et sont de dimension finie, il revient au même de dire que
5.11.2. Soient une variété, une famille finie de variétés et une famille de morphismes de dans . Soit le sous-ensemble du produit des formé des points tels que soit indépendant de . Soit et soit . On dit que la famille est transversale au point de si les applications forment une famille transversale d’applications linéaires continues à valeurs dans l’espace de Banach . On dit que est transversale si elle est transversale en tout point de .
Si est transversale, alors est une sous-variété de , que l’on appelle produit fibré de la famille des au dessus de (relativement à la famille ) et que l’on note (ou plus simplement lorsque par exemple). Pour tout point de , l’espace tangent est le sous-espace de formé des vecteurs tangents tels que soit indépendant de l’indice .
Si est une submersion et un morphisme, le couple est transversal.
5.11.3. (Propriété universelle des produits fibrés) Soit une famille transversale de morphismes et soit le produit fibré des au-dessus de ; pour tout , on note le morphisme de dans obtenu par restriction à de la projection de sur ; alors est un morphisme de dans indépendant de . Soient une variété, et des morphismes de variétés tels que soit un morphisme de dans indépendant de ; il existe alors un morphisme de dans et un seul tel que pour tout .
5.11.4. (Associativité du produit fibré) Soit une famille finie de morphismes de variétés , et soit une partition de . On suppose que, pour tout dans , la famille est transversale, et l’on note le produit fibré de cette famille; pour tout point de , l’élément de est indépendant de et sera noté ;
alors est un morphisme de dans . Pour que la famille soit transversale, il faut et il suffit que la famille le soit. La bijection canonique de sur donne alors par restriction un isomorphisme du produit fibré sur le produit fibré .
5.11.5. Soit une variété. On appelle variété au dessus de une variété munie d’un morphisme . Soient une variété au dessus de et un morphisme de variétés tel que le couple soit transversal. On notera alors la variété , munie du morphisme défini par . On dit que se déduit de par changement de base de à suivant . Si est une submersion (resp. une immersion, une subimmersion, un morphisme étale), il en est de même de .
5.11.6. Soit un morphisme de variétés et soit une sous-variété de ; soit l’injection canonique de dans . On dit que est transversal à en un point si le couple est transversal au point de . Pour cela, il faut et il suffit que les conditions suivantes soient satisfaites : (i) l’espace tangent est somme de et de l’image de ; (ii) l’image réciproque de l’espace tangent à en admet un supplémentaire topologique. On dit que est tranversal à s’il est transversal à en tout point de . Pour qu’un morphisme de dans soit une submersion, il suffit qu’il soit transversal à tout point de et il faut qu’il soit transversal à toute sous-variété de . Pour qu’une famille finie de morphismes soit transversale, il faut et suffit que le morphisme de dans défini par soit transversal à la diagonale de .
5.11.7. Supposons que le morphisme soit transversal à la sous-variété de . Alors est une sous-variété de , et pour dans le sous-espace de tangent à est l’image réciproque par du sous-espace . Par passage au quotient, l’application linéaire définit un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de l’espace transversal à en sur l’espace transversal à en . Si est de codimension en dans , la sous-variété de est de codimension en tout point de . Enfin, l’application est un isomorphisme de variétés de sur le produit fibré .
5.11.8. Soient et deux sous-variétés d'une variété , et soit l'injection de dans . On dit que et sont transversales si le couple est transversal ; il revient au même de supposer que, pour tout point de , les sous-espaces et de ont pour somme, et que leur intersection admet un supplémentaire topologique dans . Sous ces conditions, est une sous-variété de et pour tout dans , on a :
si de plus est de codimension en , alors est de codimension en .
5.11.9. Soient et deux morphismes d'une variété dans une variété . Si le morphisme est transversal à la diagonale de , le sous-ensemble de formé des points tels que est une sous-variété de ; on l'appelle le noyau de la double flèche
5.12. Variétés de groupes
5.12.1. Soit un groupe. Une structure de variété sur est dite compatible avec la structure de groupe de si l'application de dans est un morphisme. L'application est alors un morphisme de dans lui-même. L'ensemble , muni de sa structure de groupe et de sa structure de variété, est appelé une variété de groupe (« de classe » si l'on veut préciser), ou encore un groupe de Lie. Si , on dit aussi groupe analytique. Si (resp. ), on dit encore groupe de Lie réel (resp. complexe, p-adique). Toute variété de groupe est pure. On appelle homomorphisme de variétés de groupe (ou simplement homomorphisme) toute application d'une variété de groupe dans une autre qui est à la fois un homomorphisme de groupes et un morphisme de variétés.
Si est une variété de groupe, la structure topologique sous-jacente à la structure de variété de en fait un groupe topologique métrisable et complet ; il est localement compact si est localement compact et de dimension finie.
5.12.2. Exemples : (i) Si est un espace de Banach, la structure canonique de variété de est compatible avec sa structure de groupe commutatif. (ii) Soit une -algèbre normée complète, possédant un élément unité, et soit le groupe des éléments inversibles de . C'est un sous-espace ouvert de et la structure de variété induite sur cet ouvert par la structure canonique de variété du -espace vectoriel est compatible avec la structure de groupe dans . En particulier, prenons pour l'algèbre
L(E) des endomorphismes continus d’un espace de Banach E ; le groupe se compose des automorphismes de l’espace vectoriel topologique E ; on note la variété de groupe ainsi définie. Lorsque , on obtient une structure de variété de groupe sur .
(iii) Si sont des variétés de groupes, le groupe produit est une variété de groupe, lorsqu’on le munit de la structure de variété produit de celles des .
5.12.3. Soit une variété de groupe, soit un groupe topologique et soit un homomorphisme continu vérifiant la condition (QR) du n° 5.8.1. La structure de variété image inverse de celle de par fait alors de une variété de groupe. Ceci s’applique notamment lorsque est un sous-groupe de qui est une sous-variété (resp. quasi-sous-variété); un tel sous-groupe s’appelle une sous-variété (resp. quasi-sous-variété) de groupe de ; il est nécessairement fermé dans .
Si est une sous variété de groupe de , alors est une sous-variété de groupe de .
5.12.4. Soit une variété de groupe et soit une sous-variété de groupe de . La relation d’équivalence est régulière, ce qui permet de munir l’espace des classes à gauche d’une structure de variété dite quotient de celle de . L’application canonique de dans est un morphisme. On a des résultats analogues pour l’espace homogène des classes à droite . Si est distingué, la structure de variété de est compatible avec sa structure de groupe.
5.12.5. Soit une variété de groupe et soit une variété. On appelle loi d’opération à gauche du groupe dans la variété tout morphisme de dans tel que
On dit aussi que la variété de groupe opère à gauche sur ; on définit de manière analogue les lois d’opération à droite.
Soit et soit son stabilisateur dans . Supposons que l’application soit une subimmersion (hypothèse automatiquement vérifiée si la caractéristique de est 0 et de dimension finie). Alors est une sous-variété de groupe de et l’application de dans obtenue par passage au quotient à partir de est une immersion. Si en outre l’orbite de est localement fermée et si la topologie de admet une base dénombrable, est une sous-variété de et l’application est un isomorphisme de variétés.
5.13. Affaiblissement de structure
Dans tout ce n°, les lettres désignent, soit des entiers , soit l’un des symboles et . On suppose que .
5.13.1. Soient , et une variété de classe . Il existe sur l’espace topologique une structure de variété de classe et une seule telle que toute carte de pour la structure donnée soit une carte de pour cette nouvelle structure. Soit la variété de classe ainsi définie. On dit qu’elle se déduit de par affaiblissement de la structure de variété de , ou encore que sa structure de variété est sous-jacente à celle de . La notion d’affaiblissement est transitive : si , on a ; elle commute aux produits : si est de classe , on a ; on a un résultat analogue pour sous les hypothèses du n° 5.11.2.
Soit et soit une carte de en ; c’est aussi une carte de en . On en déduit (5.5.1) des isomorphismes
d’où un isomorphisme . Cet isomorphisme est indépendant du choix de ; il permet d’identifier les espaces tangents à et à en .
5.13.2. Soit (resp. ) une variété de classe (resp. ) et soit avec . Une application est dite de classe si c’est un morphisme de dans ; une telle application est de classe pour tout . De plus, l’application linéaire tangente à en un point coïncide avec l’application linéaire tangente à considérée comme morphisme de dans .
On désignera le plus souvent par le même symbole les variétés et ; ainsi, si est de classe , l’expression « une sous-variété de de classe » () signifie « une sous-variété de ».
5.14. Restriction du corps de base
Dans ce numéro, on se donne deux corps commutatifs valués complets non discrets et , ainsi qu’un isomorphisme du corps valué sur un sous-corps de . Si est un espace de Banach sur , on note l’espace vectoriel sur obtenu par restriction des scalaires (cf. Alg., chap. II, 3e éd., § 8); la topologie donnée sur est compatible avec la structure de -espace vectoriel, et est un espace de Banach sur .
5.14.1. Soit une variété analytique sur et soit une carte de . L’application est une bijection de sur un ouvert de et le triplet est une carte de . Il existe sur une structure de variété analytique sur K et une seule pour laquelle est une carte pour toute carte de la variété L-analytique X. On note la variété analytique sur K ainsi obtenue et on dit que est obtenue à partir de X par restriction des scalaires (de L à K au moyen de ). L’espace topologique sous-jacent à est le même que celui sous-jacent à X.
5.14.2. Exemples: (a) On prend étant l’injection canonique de R dans C. Ainsi, toute variété analytique complexe est canoniquement munie d’une structure de variété analytique réelle ; cette structure analytique réelle définit elle-même des structures différentielles de classe pour tout r. (b) On prend étant la conjugaison . On associe ainsi à toute variété analytique complexe X une variété analytique complexe , appelée la conjuguée de X. Si est une fonction à valeurs complexes, définie sur un ouvert U de X, est analytique pour la structure de si et seulement si la fonction conjuguée est analytique pour la structure de X. Les variétés X et définissent par restriction des scalaires la même variété analytique réelle.
5.14.3. Soient X une variété analytique sur K, Y une variété analytique sur L. Une application est dite -analytique si c’est un morphisme de X dans . Si est l’injection de K dans L, et X est une variété analytique sur L, on appelle application K-analytique une application -analytique de dans Y.
5.14.4. Soit V un L-espace de Banach. On a : la structure canonique de variété analytique sur K de se déduit par restriction des scalaires de la structure canonique de variété analytique sur L de V.
5.14.5. Soit X une variété analytique sur L, et soit . Soit c une carte de X en a ; alors est une carte de en a et l’on en déduit des isomorphismes
5.14.6. Soient X et Y deux variétés analytiques sur L, et soit une application -analytique. Supposons que la caractéristique de K soit 0. Alors, pour que soit analytique sur L, il faut et il suffit que, pour tout , l’application soit L-linéaire.
Lorsque (cas (a) du n° 5.14.2), on a un résultat plus précis : si et sont de dimension finie et si est une application de classe dont l’application tangente en tout point de est -linéaire, alors est analytique complexe.
5.14.7. Soient une variété analytique complexe et une application de dans elle-même satisfaisant aux conditions : (i) On a . (ii) L’application est un isomorphisme de la variété analytique sur la variété conjuguée (5.14.2).
L’ensemble des points de tels que est une sous-variété analytique fermée de la variété analytique réelle sous-jacente à . Pour , on a .
Soit un ouvert connexe de et soient et deux applications analytiques complexes de dans un espace localement convexe séparé complexe ou dans une variété analytique complexe séparée. Si et coïncident sur une partie non vide de , ouverte dans , alors .
Supposons paracompacte. Si est une application analytique réelle de dans un espace localement convexe séparé ou dans une variété analytique complexe séparée, il existe un voisinage ouvert de dans et une application analytique complexe de dans l’espace des valeurs de , prolongeant . Deux tels prolongements coïncident sur un voisinage de dans .
Supposons de dimension finie. Pour tout point , il existe un système de coordonnées (complexes) dans un voisinage ouvert de , telles que pour ; la restriction de à est alors à valeurs réelles et est un système de coordonnées en de la variété analytique réelle .
5.14.8. Pour toute variété analytique réelle , paracompacte, il existe un couple formé d’une variété analytique complexe et d’une application de dans elle-même satisfaisant aux conditions (i) et (ii) de 5.14.7, et un isomorphisme de sur . On dit que (munie de et ) est une complexification de .