Bourbaki

Exercice 22, § 2

Algèbre commutative, II

Bourbaki marks this one as harder than the rest.

Soit AA un anneau (non nécessairement commutatif), et soit SS une partie multiplicative de AA.

a) Soit F\mathscr{F} l’ensemble des idéaux à gauche II de AA tels que, pour tout a∈Aa \in A, il existe s∈Ss \in S tel que sa∈Isa \in I; cela entraîne en particulier I∩S≠∅I \cap S \neq \emptyset. Montrer que F\mathscr{F} est topologisant et idempotent.

b) Soient BB un anneau, φ:A→B\varphi : A \to B un homomorphisme d’anneaux. On dit que le couple (B,φ)(B, \varphi) est un anneau de fractions à gauche de AA à dénominateurs dans SS s’il vérifie les conditions suivantes :

I) Si φ(a)=0\varphi(a) = 0, il existe s∈Ss \in S tel que sa=0sa = 0.

II) Si s∈Ss \in S, φ(s)\varphi(s) est inversible dans BB.

III) Tout élément de BB est de la forme (φ(s))−1φ(a)(\varphi(s))^{-1}\varphi(a), où a∈Aa \in A.

Montrer que les propriétés suivantes sont équivalentes :

α\alpha L’anneau AA possède un anneau de fractions à gauche à dénominateurs dans SS.

β\beta Les deux conditions suivantes sont vérifiées :

β1\beta_1 Quels que soient s∈Ss \in S, a∈Aa \in A, il existe t∈St \in S et b∈Ab \in A tels que ta=bsta = bs.

β2\beta_2 Si a∈Aa \in A et s∈Ss \in S sont tels que as=0as = 0, il existe t∈St \in S tel que ta=0ta = 0.

γ\gamma Les images canoniques des éléments de SS dans AFA_{\mathscr{F}} sont inversibles.

En outre ces propriétés entraînent les suivantes :

δ\delta Les idéaux principaux AsAs, où s∈Ss \in S, appartiennent à F\mathscr{F} et tout idéal m∈Fm \in \mathscr{F} contient un de ces idéaux principaux.

ε\varepsilon L’annulateur à gauche de tout s∈Ss \in S est contenu dans FAs\mathscr{F}A_s.

ζ\zeta Pour toute suite exacte 0→M→hN→pP→00 \to M \xrightarrow{h} N \xrightarrow{p} P \to 0 de AA-modules, la suite 0→MF→hFNF→pFPF→00 \to M_{\mathscr{F}} \xrightarrow{h_{\mathscr{F}}} N_{\mathscr{F}} \xrightarrow{p_{\mathscr{F}}} P_{\mathscr{F}} \to 0 est exacte.

(On montrera que α\alpha ) ⇒β)⇒γ)⇒α\Rightarrow \beta ) \Rightarrow \gamma ) \Rightarrow \alpha). Pour voir que γ\gamma entraîne α\alpha, remarquer que, pour tout AA-module MM et tout x∈FMx \in \mathscr{F}M, il existe s∈Ss \in S tel que sx=0sx = 0. Pour voir que β\beta entraîne γ\gamma, prouver d’abord que β\beta entraîne δ\delta, ε\varepsilon et ζ\zeta. Pour montrer que β\beta entraîne ζ\zeta, on établira, à l’aide de δ\delta), que, si m∈Fm \in \mathscr{F} et si u∈HomA(m,P/FP)u \in \mathrm{Hom}_A(m, P/\mathscr{F}P), alors il existe s∈Ss \in S tel que As⊂mAs \subset m et v∈HomA(As,N/FN)v \in \mathrm{Hom}_A(As, N/\mathscr{F}N), tels que le diagramme

As→vN/FNi↓↓p′m→uP/FP \begin{array}{ccc} As & \xrightarrow{v} & N/\mathscr{F}N \\ i \downarrow & & \downarrow p' \\ m & \xrightarrow{u} & P/\mathscr{F}P \end{array}

soit commutatif, ii étant l’injection canonique et p′p' l’application déduite de pp par passage aux quotients. On considérera enfin, pour tout s∈Ss \in S, la suite exacte

0⟶N⟶A→μsA⟶A/As⟶0 0 \longrightarrow N \longrightarrow A \xrightarrow{\mu_s} A \longrightarrow A/As \longrightarrow 0

où μs\mu_s est l’homothétie λ↦λs\lambda \mapsto \lambda s; on utilisera ε\varepsilon, ζ\zeta) et l’exerc. 4 de Alg., chap. I, § 8).

c) Déduire de b) que, si AA possède un anneau de fractions à gauche (B,φ)(B, \varphi) à dénominateurs dans SS, cet anneau possède la propriété universelle suivante : pour tout homomorphisme d’anneaux f:A→Cf : A \to C tel que f(s)f(s) soit inversible dans CC pour tout s∈Ss \in S, il existe un homomorphisme et un seul g:B→Cg : B \to C tel que f=g∘φf = g \circ \varphi. En particulier BB est canoniquement isomorphe à AFA_{\mathscr{F}}.

d) On définit de même la notion d’anneau de fractions à droite de AA à dénominateurs dans SS. Déduire de c) que, s’il existe à la fois un anneau de fractions à gauche et un anneau de fractions à droite de AA, à dénominateurs dans SS, ces deux anneaux sont isomorphes.

e) Soient EE un espace vectoriel sur un corps KK, (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base de EE, TT l’algèbre tensorielle de EE. Soient JJ une partie de II non vide et distincte de II, SS la partie multiplicative de TT engendrée par les eie_i tels que i∈Ji \in J. Montrer que TT n’admet pas d’anneau de fractions à gauche ou à droite à dénominateurs dans SS.

f) Avec les notations de e), on suppose I=NI = \mathbf{N}, et on considère l’anneau AA quotient de TT par l’idéal bilatère engendré par les éléments e02e_0^2 et e0ei−ei+1e0e_0 e_i - e_{i+1} e_0 pour tout i>0i > 0, et eiej−ejeie_i e_j - e_j e_i pour i>0,j>0i > 0, j > 0. Soit S′S' l’ensemble multiplicatif engendré par les images canoniques des eie_i dans AA, pour i>0i > 0; montrer que AA admet un anneau de fractions à gauche, mais non un anneau de fractions à droite, à dénominateurs dans S′S'.

g) On suppose que AA admet un anneau de fractions à gauche à dénominateurs dans SS. Dans l’ensemble S×AS \times A, soit RR la relation entre (s,x)(s, x) et (t,y)(t, y) : « il existe r∈Sr \in S, u∈Au \in A, v∈Av \in A tels que r=us=vtr = us = vt et que ux=vyux = vy ». Montrer que RR est une relation d’équivalence, et définir sur l’ensemble B=(S×A)/RB = (S \times A)/R une structure d’anneau telle que le couple formé de SS et de l’application φ:A→B\varphi : A \to B transformant x∈Ax \in A en la classe de (1,x)(1, x) soit un anneau de fractions à gauche de AA à dénominateurs dans SS (utiliser le fait que, pour s∈Ss \in S et t∈St \in S, il existe u∈Au \in A et v∈Av \in A tels que r=us=vtr = us = vt appartienne à SS). Cas où S=A−{0}S = A - \{0\} (cf. Alg., chap. I, § 9, exerc. 8).

Solution

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