Bourbaki

Exercice 23, § 2

Algèbre commutative, IV

Bourbaki marks this one as harder than the rest.

Soit A un anneau. On dit qu’un A-module E est laskérien s’il est de type fini et si tout sous-module de E possède une décomposition primaire dans E.**

a) Pour qu’un A-module de type fini E soit laskérien, il faut et il suffit qu’il vérifie les deux axiomes suivants :

(LA_I) Pour tout sous-module F de E et tout idéal premier p de A, le saturé de F pour p dans E est de la forme F : (a) pour un a∉pa \notin p.

(LA_{II}) Pour tout sous-module F de E, toute suite décroissante (satsn(F)\mathrm{sat}_{s_n}(F)) (où (Sn)(S_n) est une suite décroissante quelconque de parties multiplicatives de A) est stationnaire.

(Pour montrer que les conditions sont suffisantes, prouver d’abord, en utilisant (LA_I) et les exerc. 18 a) et 22 a), que, pour tout sous-module F de E, il existe un sous-module Q de E, primaire pour un idéal p⊃F:Ep \supset F : E, et un sous-module G=F+aEG = F + aE, où a∉pa \notin p, tels que F=Q∩GF = Q \cap G. Raisonner ensuite par l’absurde : montrer qu’il existerait une suite infinie (Qn)(Q_n) de sous-modules pnp_n-primaires de E, et une suite strictement croissante (Gn)(G_n) de sous-modules de E tels que, si on pose Hn=Q1∩Q2∩…∩QnH_n = Q_1 \cap Q_2 \cap \ldots \cap Q_n : 1∘1^\circ on ait F=Hn∩GnF = H_n \cap G_n ; 2∘2^\circ GnG_n soit maximal parmi les sous-modules G contenant Gn−1G_{n-1} et tels que F=Hn∩GF = H_n \cap G ; 3∘3^\circ il existe an∉pna_n \notin p_n tel que anE⊂Gna_n E \subset G_n. Montrer alors que si Sn=⋂1≤i≤n(A−pi)S_n = \bigcap_{1 \leq i \leq n} (A - p_i), SnS_n rencontre Gn:EG_n : E, et en déduire que satsn(F)=Hn\mathrm{sat}_{s_n}(F) = H_n. Conclure à l’aide de (LA_{II}.))

b) Donner un exemple d’anneau A tel que le A-module A ne vérifie pas (LAI), mais où tout idéal a⊂Aa \subset A est irréductible et l’ensemble des saturés satS(a)\mathrm{sat}_S(a) pour toutes les parties multiplicatives S de A est fini (cf. exerc. 19).*

c) Soient K un corps, B=K[[X]]B = K[[X]] l’algèbre des séries formelles sur K, m l’idéal maximal de B, formé des séries formelles sans terme constant. Dans l’algèbre produit BNB^{\mathbf{N}}, on considère la sous-algèbre A engendrée par 1 et l’idéal n=m(N)n = m^{(\mathbf{N})}. Montrer que dans A les seuls idéaux premiers distincts de nn sont les idéaux sommes directes dans nn de tous les idéaux composants sauf un ; toute suite strictement croissante d’idéaux premiers de A a donc au plus deux éléments. Soit a≠Aa \neq A un idéal de A, et soit S une partie multiplicative de A ne rencontrant pas aa ; si ana_n (resp. SnS_n) est la projection de aa (resp. S) sur le n-ème facteur BnB_n de BNB^{\mathbf{N}}, montrer que satS(a)\mathrm{sat}_S(a) est somme directe des idéaux satsn(an)\mathrm{sat}_{s_n}(a_n) (observer que si s∈Ss \in S, si sn∈Sns_n \in S_n est la n-ème projection de s, et si xn∈satsn(an)x_n \in \mathrm{sat}_{s_n}(a_n) est tel que snxn∈ans_n x_n \in a_n, alors s2xn∈as^2 x_n \in a). En déduire que A vérifie l’axiome (LA_I) mais non (LA_{II}) (utiliser l’exerc. 20 b)).

d) Montrer que si un A-module E vérifie l’axiome (LA_I), tout sous-module de E est intersection d’une famille (finie ou non) de sous-modules primaires dans E (raisonner comme dans a), par récurrence transfinie).

e) Soient E un A-module de type fini, E′⊂EE' \subset E un sous-module de type fini. Pour que E soit laskérien, il faut et il suffit que E′E' et E/E′E/E' le soient. En particulier, si A est un anneau laskérien, tout A-module de type fini est laskérien. Si E est un A-module laskérien, S−1ES^{-1}E est un S−1AS^{-1}A-module laskérien pour toute partie multiplicative S de A.

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