§ 1. Profondeur
Proposition 1
Soient un anneau, un idéal de et une suite exacte de -modules. Posons
On est alors dans l’un des trois cas suivants, qui s’excluent mutuellement :
Considérons la suite exacte des modules d’extensions associée à et à la suite exacte ci-dessus (A, X, p. 92, th. 2). Excluons le cas ; il existe alors dans cette suite un premier module non nul, et le module suivant est également non nul. Cela donne les trois possibilités suivantes :
a) Le premier module non nul est . On a alors .
b) Le premier module non nul est . On a alors .
c) Le premier module non nul est . On a alors .
Remarque 5
Supposons que l’on ait et que l’injection qui intervient dans la suite exacte de la prop. 1 appartienne à . On a alors . En effet, l’hypothèse entraîne que l’application est nulle pour tout entier ; cela exclut le cas a) considéré ci-dessus.
Proposition 2
Soient un anneau, un idéal de , un -module et un -module annulé par une puissance de . On a pour tout entier .
Supposons d’abord et raisonnons par récurrence sur l’entier . L’assertion est évidente pour . Considérons comme un -module et choisissons une suite exacte de -modules
On en déduit une suite exacte de modules d’extensions
Le -module est nul d’après l’hypothèse de récurrence, et le -module est isomorphe à (A, X, p. 89, prop. 7), qui est nul par définition de la profondeur. Par suite on a .
Passons au cas général, et raisonnons par récurrence sur le plus petit entier tel que . Nous venons de traiter le cas . Supposons et soit un entier. Considérons la suite exacte
déduite de la suite exacte . Les deux modules extrêmes sont nuls d’après l’hypothèse de récurrence, puisque et sont annulés par . On a donc , ce qu’on voulait démontrer.
Corollaire 1
Soit m un entier > 0 et soit J' un idéal de A qui contient J^m. On a prof_A(J ; M) \leq prof_A(J' ; M).
En effet J^m annule le A-module A/J', donc Ext^i_A(A/J', M) est nul pour tout entier i < prof_A(J ; M) (prop. 2).
Corollaire 2
Supposons l’idéal J de type fini, et soit J' un idéal de A tel que V(J) \supset V(J').
a) On a prof_A(J ; M) \leq prof_A(J' ; M).
b) Si l’idéal J' est de type fini et si V(J) = V(J'), on a prof_A(J ; M) = prof_A(J' ; M).
D’après II, § 4, n° 3, cor. 2 de la prop. 11 et § 2, n° 6, prop. 15, il existe un entier m > 0 tel que J^m \subset J'. L’assertion a) résulte donc du cor. 1 et l’assertion b) s’en déduit.
Le cor. 2 peut être en défaut lorsque l’idéal J n’est pas de type fini (exercice 2).
2. Profondeur et acyclicité
Proposition 3
Soient A un anneau, C un complexe borné à gauche de A-modules et p un entier. On suppose que pour tout couple d’entiers (m, n) avec m \geq n \geq p, la profondeur du A-module C_m relativement à l’annulateur de H_n(C) est > m - n. On a alors H_n(C) = 0 pour n \geq p.
Puisque C est borné à gauche, H_n(C) est nul pour n assez grand. Si la conclusion était fausse, il existerait un entier q \geq p tel que H_n(C) = 0 pour n > q et H_q(C) \neq 0. Désignons par J l’annulateur de H_q(C) ; on a alors prof_A(J ; H_q(C)) = 0. Par ailleurs, puisque Z_q(C) est un sous-module de C_q, et qu’on a par hypothèse prof_A(J ; C_q) > q - q = 0, on a prof_A(J ; Z_q(C)) > 0. On déduit alors de la suite exacte
l’égalité prof_A(J ; B_q(C)) = 1 (n° 1, prop. 1). D’après la définition de q, B_n(C) est égal à Z_n(C) pour tout entier n > q. Des suites exactes canoniques
et de l’hypothèse prof_A(J ; C_n) > n - q, on tire par récurrence l’égalité prof_A(J ; B_n(C)) = n - q + 1 pour tout n \geq q (loc. cit.). Mais cela est absurde puisque B_n(C) est nul pour n assez grand.
Corollaire 1
Soient A un anneau, J un idéal de A, C un complexe borné à gauche de A-modules et p un entier. On suppose qu’on a JH_m(C) = 0 et prof_A(J ; C_m) > m - p pour m \geq p. On a alors H_n(C) = 0 pour n \geq p.
En effet pour n \geq p l’annulateur J_n de H_n(C) contient J, donc on a prof_A(J_n ; C_m) \geq prof_A(J ; C_m) (n° 1, cor. 1 de la prop. 2), de sorte que l’hypothèse de la proposition est satisfaite.
Corollaire 2
Soient un anneau local, un complexe borné à gauche de -modules, un entier. On suppose que pour , est de longueur finie et de profondeur . On a alors pour .
Le -module est de longueur finie. Notons son annulateur ; d’après A, VIII, § 1, n° 3, corollaire, l’anneau est artinien, donc contient une puissance de l’idéal maximal de (A, VIII, § 10, n° 1, th. 1). On a par suite pour (n° 1, cor. 1 de la prop. 2), de sorte qu’on peut appliquer le cor. 1.
3. Profondeur et complexe de Koszul
Soient un anneau, un -module, une famille d’éléments de . Notons la forme linéaire telle que pour tout , et le complexe associé à (A, X, p. 147). On a pour ; pour le -module s’identifie canoniquement au -module formé des applications alternées de dans (A, X, p. 153), la différentielle étant donnée par la formule
pour et (A, X, p. 154, formule (12)). Il en résulte en particulier que le complexe ne dépend que de la structure de -module de et des endomorphismes .
On note l’homologie du complexe . Le -module s’identifie à , où est l’idéal de engendré par les (A, X, p. 147, lemme 1).
Soient une famille de -modules, et son produit ; le complexe est canoniquement isomorphe au complexe produit des , de sorte que pour chaque entier le -module s’identifie au produit des (A, X, p. 28, prop. 1).
Théorème 1
Soient un anneau, un idéal de , une famille génératrice de , un -module. La profondeur de relativement à est la borne inférieure (dans ) des entiers tels que .
Posons . Considérons le complexe . Son homologie est annulée par (A, X, p. 148, cor. 2), et la profondeur relativement à de chacun des modules est égale à ou à (n° 1, remarque 4). Il résulte alors du cor. 1 du n° 2 que l’on a pour . Il reste à prouver que n’est pas nul lorsque .
Le cas étant évident, supposons et . Soit une résolution libre du -module ; notons le complexe . Le -module est isomorphe à (A, X, p. 100, th. 1); il est donc nul pour . On a alors pour des suites exactes canoniques
Le A-module est produit de A-modules isomorphes à M ; on a donc pour . On déduit des suites exactes précédentes et de A, X, p. 150 que l’homomorphisme de liaison est injectif pour et ; comme , il en résulte que est nul pour . On a en particulier , de sorte que la suite exacte
fournit une surjection . Comme est isomorphe à , qui est non nul et annulé par J, on a , d’où et par suite . Mais cela implique , contrairement à l’hypothèse. On a donc , ce qui achève la démonstration.
Corollaire 1
Supposons l’idéal J de type fini et JM M. Alors* est finie et Card(I) ; pour qu’elle soit égale à Card(I), il faut et il suffit que la famille x soit complètement sécante pour M (A, X, p. 157, déf. 2).
Supposons d’abord I fini, et notons r son cardinal. Le A-module est canoniquement isomorphe à , lui-même isomorphe à (A, X, p. 155) ; l’inégalité résulte donc du th. 1. Pour qu’on ait égalité, il faut et il suffit que le A-module soit nul pour , ce qui signifie que la famille x est complètement sécante pour M (A, X, p. 157).
D’après ce qui précède, est finie ; il reste à démontrer que si la famille x est complètement sécante pour M, l’ensemble I est fini. Or la condition (A, X, p. 157, déf. 2) implique qu’on a une suite exacte
où l’image de est contenue dans . Par produit tensoriel avec , on en déduit un isomorphisme A-linéaire de sur . Or ce dernier module est de type fini, puisque J et M le sont ; comme n’est pas nul, il en résulte que l’ensemble I est fini.
Corollaire 2
Soient A un anneau local, J un idéal de type fini de A distinct de A, M un A-module non nul de type fini. Posons* . On a ; il y a égalité si et seulement si J est engendré par une famille complètement sécante pour M. Dans ce cas, pour qu’une famille génératrice de J soit complètement sécante, il faut et il suffit qu’elle ait r éléments.
D’après le lemme de Nakayama, on a , et r est le nombre minimal de générateurs de J ; le cor. 2 résulte donc du cor. 1.
Proposition 4
Soient un homomorphisme d’anneaux, un idéal de et un -module. On a l’égalité .
Soit une famille génératrice de ; la famille engendre . Par construction le complexe est égal à . La proposition résulte donc du th. 1.
Corollaire
Soient un anneau local, un idéal de distinct de et un -module annulé par . On a .
Soient un homomorphisme d’anneaux, une famille finie d’éléments de et un -module. Pour tout entier , notons l’homomorphisme -linéaire qui associe à l’application alternée . La famille définit un isomorphisme de complexes
Considérons l’homomorphisme canonique
(A, X, p. 62); par composition avec , on en déduit un homomorphisme
Lemme 1
Si le -module est plat, l’homomorphisme est bijectif pour tout entier .
Cela résulte de A, X, p. 66, cor. 2.
Proposition 5
Soient un anneau, un idéal de type fini de et un -module. Notons l’ensemble des idéaux maximaux de appartenant à et contenant . On a
Soit une famille génératrice finie de . Soit un idéal premier de ; l’idéal est engendré par l’image de la famille dans . Pour tout , le -module est isomorphe à (lemme 1); d’après le th. 1, on a donc .
Soit un entier strictement inférieur à pour tout . On a alors pour tout idéal maximal de : cela résulte du th. 1 si , du fait que si , et du fait que l’idéal , qui annule (A, X, p. 148, cor. 2), est égal à si . On a donc pour tout idéal maximal de , ce qui entraîne (II, § 3, n° 3, cor. 2 du th. 1). La proposition résulte alors du th. 1.
Proposition 6
Soient un anneau, un idéal de type fini de et un -module. Soient un anneau et un homomorphisme d’anneaux faisant de un -module plat.
a) On a .
b) Supposons de plus que tout idéal maximal de contenant appartienne à l’image de l’application canonique . On a alors . C’est le cas par exemple si le -module est fidèlement plat.
L’assertion a) résulte du th. 1 et du lemme 1.
Soit un entier strictement inférieur à , et soit un idéal maximal de appartenant à . Soit une famille génératrice finie de l’idéal . Sous l’hypothèse de b), il existe un idéal premier de au-dessus de , et l’on a un isomorphisme canonique
Or est isomorphe à (lemme 1), donc est nul ; de plus est fidèlement plat sur (I, § 3, n° 5, prop. 9 et II, § 3, n° 4, prop. 14 et remarque). On a donc et par suite (lemme 1 et th. 1). La première assertion de b) résulte alors de la prop. 5 ; la seconde résulte de I, § 3, n° 5, prop. 9).
Corollaire
Soient un anneau noethérien, un idéal de , un -module de type fini, et les séparés complétés de et pour la topologie -adique. On a alors .
En effet, le -module est plat et le -module est isomorphe à (III, § 3, n° 4, th. 3) ; par ailleurs, tout idéal maximal de contenant appartient à l’image de l’application (loc. cit., prop. 8).
4. Profondeur et suites régulières
Soient un anneau, un -module. Rappelons (A, X, p. 158) qu’une suite finie d’éléments de est dite régulière pour ou -régulière si, pour , l’homothétie de rapport dans le -module est injective. Soit une suite -régulière ; pour tout -module plat , la suite est régulière. Si est un homomorphisme d’anneaux faisant de un -module plat, la suite est régulière pour le -module . En particulier, pour tout idéal premier de , l’image dans de la suite est -régulière.
Dans la suite nous considérerons surtout la notion de suite -régulière dans le cas où l’anneau est local noethérien, le module est de type fini et les éléments de la suite appartiennent à ; la notion de suite -régulière coïncide alors avec celle de suite complètement sécante pour (A, X, p. 160, cor. 1).
Proposition 7
Soient un anneau, un idéal de , un -module, et une suite -régulière d’éléments de . On a
Le cas résulte de la remarque 5 du n° 1, appliquée à la suite exacte
Théorème 2
Soient un anneau noethérien, un idéal de et un -module de type fini.
a) Supposons que soit finie. Alors toute suite -régulière d’éléments de peut être complétée en une suite -régulière de longueur d’éléments de .
b) La profondeur de relativement à est la borne supérieure des longueurs des suites -régulières formées d’éléments de .
c) Pour que soit finie, il faut et il suffit que le support de rencontre , ou encore que l’on ait .
Soit une suite -régulière d’éléments de . On a (prop. 7) ; supposons que l’inégalité soit stricte. Notons le -module . On a (loc. cit.), de sorte qu’il existe un élément de tel que l’homothétie soit injective (n° 1, remarque 2), c’est-à-dire que la suite soit -régulière. Il en résulte par récurrence que pour tout entier tel que la suite peut être complétée en une suite -régulière de longueur , ce qui entraîne les assertions a) et b). L’assertion c) résulte de la remarque 1 du n° 1 et du cor. 1 du th. 1 du n° 3.
Corollaire 1
Pour toute suite -régulière d’éléments de , les propriétés suivantes sont équivalentes :
(i) on a ; (ii) la suite est maximale parmi les suites -régulières formées d’éléments de ; (iii) le -module possède un élément non nul annulé par ; (iv) on a .
L’équivalence de (i) et (ii) résulte du th. 2 ; l’équivalence de (ii), (iii) et (iv) résulte de la remarque 2 du n° 1 appliquée au -module .
Corollaire 2
Soient un anneau local noethérien, un -module non nul de type fini. On a
En effet toute suite M-régulière d’éléments de est complètement sécante pour M (A, X, p. 157, prop. 5), donc sécante pour M (VIII, , n° 2, cor. de la prop. 3) ; par suite sa longueur est majorée par l’entier (loc. cit., th. 1)
5. Profondeur le long d’une partie fermée
Soient A un anneau noethérien, F une partie fermée de et M un A-module. D’après le cor. 2 de la prop. 2 du n° 1, l’élément de ne dépend pas de l’idéal J de A tel que ; on l’appelle profondeur de M le long de F et on le note .
Remarque 1
Soit r un entier. D’après la prop. 2 du n° 1 et II, § 4, n° 4, cor. 2 de la prop. 17, l’inégalité équivaut à la propriété suivante : pour tout A-module N de type fini et de support contenu dans F, on a pour .
Remarque 2
Supposons que le A-module M soit de type fini. D’après la remarque 2 du n° 1 et le th. 2 du n° 4, on a les équivalences suivantes
Proposition 8
Soient A un anneau noethérien, F une partie fermée de , et M un A-module de type fini. On a
Cela est clair si (remarque 2). Si , il existe un idéal premier (remarque 2) ; on a (IV, § 1, n° 2, prop. 5), donc (remarque 2 du n° 1), d’où la proposition en ce cas.
Supposons ; soit J un idéal de A tel que , et soit x un élément de J tel que l’homothétie soit injective (loc. cit.). Pour chaque idéal premier p, l’homothétique est injective. D’après la prop. 7 du n° 4, on a donc
On conclut alors par récurrence sur l’entier .
Remarque 3
Si q est un point de , on a donc . On a en particulier l’inégalité ; il y a égalité lorsque q est maximal. Dans le cas général, on peut avoir ; on peut également avoir où m parcourt l’ensemble des idéaux maximaux de A contenant q. Soit par exemple p un idéal premier non maximal de A, contenant q et distinct de q ; posons . On a , et pour tout idéal maximal m de A.
Proposition 9
Soient un anneau noethérien, et deux -modules de type fini et le support de . Alors est la borne inférieure (dans ) de l’ensemble des entiers tels que .
D’après la remarque 1, on a pour tout . Il reste à prouver que si , on a . Soit l’annulateur de ; on a , donc . D’après le cor. 1 du th. 2 (n° 4), il existe une suite -régulière de longueur formée d’éléments de , et la profondeur relativement à du -module est nulle. D’après A, X, p. 166, prop. 9, il suffit de prouver que est non nul. Or, d’après la prop. 8, il existe tel que , c’est-à-dire . Puisque est non nul, le -espace vectoriel est non nul (lemme de Nakayama), ainsi que son dual ; il existe donc une application -linéaire surjective de dans . Il en résulte qu’on a , donc (II, § 2, n° 7, prop. 19), ce qu’on voulait démontrer.
Remarque 4
Soient un anneau noethérien, un -module de type fini. On appelle parfois grade de , et on note grade, la borne inférieure dans de l’ensemble des entiers tels que soit non nul. D’après la prop. 9, c’est aussi la profondeur de le long du support de , ou encore (n° 4, th. 2) la borne supérieure de l’ensemble des longueurs de suites -régulières d’éléments de l’annulateur de . Comme pour tout idéal premier de l’annulateur de est égal à (II, § 2, n° 4, formule (9)), on déduit de la prop. 5 du n° 3 l’égalité
où désigne l’ensemble des idéaux maximaux de .
6. Profondeur des algèbres
Lemme 2
Soient un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens, un -module de type fini et un élément de . Les deux conditions suivantes sont équivalentes :
(i) le -module est plat et l’homothétie est injective ; (ii) le -module est plat et l’homothétie est injective.
Lorsqu’elles sont satisfaites, l’homothétie est injective pour tout -module .
Supposons les hypothèses de (i) satisfaites, et prouvons (ii) ainsi que la dernière assertion. Soit un -module. Puisque le -module est plat, on déduit de la suite exacte des suites exactes
où et ; il en résulte que l’homothétie de rapport est injective dans , et bijective dans . Supposons de plus le A-module de type fini ; alors le B-module est de type fini (A, X, p. 107, prop. 6), donc est nul puisque appartient à (lemme de Nakayama), ce qui entraîne que le A-module est plat (A, X, p. 74, th. 2).
(ii) (i) : supposons les hypothèses de (ii) satisfaites. Considérons les deux suites exactes de B-modules
(1)
(2)
où et sont les homomorphismes canoniques. On en déduit que l’homomorphisme est surjectif, et (puisque est plat) que le noyau de l’homomorphisme est isomorphe à . Mais l’application , égale à , est injective par hypothèse ; on en déduit que est bijective et injective, et par suite qu’on a . Il en résulte que le A-module est plat (III, § 5, n° 2, th. 1 et n° 4, prop. 2).
Puisque et sont plats sur , il en est de même de (suite exacte (2)). On déduit alors de la suite exacte (1) que est isomorphe au noyau de , donc est nul ; ainsi l’homothétie est injective par le lemme de Nakayama.
Proposition 10
Soient un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens, un B-module de type fini et une suite d’éléments de . Notons l’idéal de engendré par cette suite. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) le A-module est plat et la suite est N-régulière ; (ii) le A-module est plat et la suite est -régulière.
Lorsqu’elles sont satisfaites, pour tout A-module , la suite est -régulière.
Prouvons l’équivalence de (i) et (ii) par récurrence sur . Le cas étant évident, supposons ; notons la suite et l’idéal de qu’elle engendre. D’après le lemme 2 appliqué au B-module et à l’élément de , la condition (i) équivaut à
(i') le A-module est plat, la suite est N-régulière et l’homothétie de rapport dans est injective.
Cette condition équivaut à (ii) d’après l’hypothèse de récurrence.
La dernière assertion résulte de même par récurrence sur de la dernière assertion du lemme 2.
Proposition 11
Soient un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens, un A-module de type fini et un B-module de type fini ; on suppose que le A-module est plat.
a) Soient une suite d’éléments de régulière pour le A-module , et une suite d’éléments de régulière pour le B-module ; alors la suite d’éléments de est régulière pour le B-module .
b) On a l’égalité
Notons l’idéal de A engendré par la suite et l’idéal de B engendré par . D’après la prop. 10, la suite est -régulière et est plat sur A, de sorte que la suite est régulière pour . Cela prouve a).
Pour démontrer b), on peut supposer M et N non nuls. D’après le lemme de Nakayama, est également non nul, de sorte que et sont finis (n° 4, cor. 2 du th. 2). Prenons les suites régulières et maximales ; on a alors , , et il existe une application A-linéaire injective et une application B-linéaire injective (n° 4, cor. 1 du th. 2). Puisque est plat sur A, l’application B-linéaire de dans est injective. Cela implique l’égalité (loc. cit.).
Remarque
Rappelons qu’on a, sous les hypothèses précédentes,
Corollaire
Soit un homomorphisme local d’anneaux locaux noethériens faisant de B un A-module plat. On a
En effet la profondeur (resp. la dimension) du B-module est égale à la profondeur (resp. la dimension) de l’anneau d’après le cor. de la prop. 4 (resp. d’après VIII, § 1, n° 4).
7. Majorations de la profondeur
Proposition 12
Soient A un anneau local noethérien, M un A-module non nul de type fini et J un idéal de A distinct de A. On a la suite d’inégalités
Pour tout élément de , est inférieur à (n° 5, prop. 8 et n° 4, cor. 2 du th. 2), c’est-à-dire (VIII, § 1, n° 4, prop. 9) à codim(V(p), Supp(M)). Lorsque p parcourt Supp(M) ∩ V(J), V(p) décrit les parties fermées irréductibles de Supp(M) ∩ V(J), d’où la première inégalité. La seconde résulte de la prop. 3 de VIII, , n° 2. Par ailleurs, on peut trouver un ensemble générateur de J de cardinal [J/m_AJ : κ_A] (II, § 3, n° 2, cor. 2 de la prop. 4) ; la troisième inégalité résulte alors de VIII, § 3, n° 2, formule (8)
Remarque 1
Considérons la chaîne d’inégalités de la prop. 12.
a) Pour qu’on ait prof_A(J ; M) = [J/m_AJ : κ_A], il faut et il suffit que J puisse être engendré par une suite M-régulière (n° 3, cor. 2 du th. 1 et A, X, p. 160, cor. 1).
b) L’égalité dim(M) − dim(M/JM) = [J/m_AJ : κ_A] signifie que J peut être engendré par une suite sécante pour M (VIII, § 3, n° 2).
c) Si M est macaulayen, on a profA(J ; M) = dim(M) − dim(M/JM) (§ 2, n° 2, cor. de la prop. 2).
Lemme 3
Soient A un anneau noethérien, p ⊂ p_1 ⊂ ... ⊂ p_{r−1} ⊂ q une chaîne saturée de longueur r d’idéaux premiers de A, M un Λ-module de type fini et n un entier. Si le A-module Ext^n_{A_p}(κ(p), M_p) est non nul, il en est de même de Ext^{n+r}_{A_q}(κ(q), M_q).
Il suffit évidemment de traiter le cas r = 1 ; remplaçant alors A, M, p et q par A_q, M_q, pA_q et qA_q respectivement, on est ramené à traiter le cas où A est local et où q = m_A. Soit x un élément de m_A − p. Le A_p-module Ext^n_A(A/p, M) ⊗_A A_p est isomorphe à Ext^n_{A_p}(κ(p), M_p) (A, X, p. 111, prop. 10 b)), donc n’est pas nul par hypothèse ; a fortiori Ext^n_A(A/p, M) n’est pas nul. La suite exacte
fournit une suite exacte de modules d’extensions
où u est l’homothétie de rapport x. D’après le lemme de Nakayama, celle-ci n’est pas surjective, donc le A-module Ext^{n+1}_A(A/(p + xA), M) n’est pas nul. Mais le seul idéal premier de A contenant p + xA est m_A, donc le A-module A/(p + xA) est de longueur finie (VIII, § 3, n° 2, lemme 2). Si Ext^{n+1}_A(κ_A, M) était nul, on en déduirait, par récurrence sur la longueur de N, la nullité de Ext^{n+1}_A(N, M) pour tout A-module N de longueur finie. Cette contradiction achève la démonstration.
Proposition 13
Soient A un anneau noethérien, M un A-module de type fini, p et q deux idéaux premiers de Supp(M) avec p ⊂ q. On a
Plus précisément, pour toute chaîne saturée d’idéaux premiers p ⊂ p_1 ⊂ ... ⊂ p_{r−1} ⊂ q, on a \text{prof}_{A_q}(M_q) \leq \text{prof}_{A_p}(M_p) + r.
Posons p = \text{prof}_{A_p}(M_p), et prouvons la seconde inégalité. Elle est évidente si p = +∞ ; dans le cas contraire on a \text{Ext}^p_{A_p}(κ(p), M_p) ≠ 0, d’où
d'après le lemme 3, ce qui entraîne . Comme est la borne supérieure des longueurs des chaînes saturées d'idéaux premiers d'extrémités et , la première assertion est une conséquence de la seconde.
Corollaire 1
On a l'inégalité
Cela résulte de la prop. 13 et de l'inégalité (VIII, § 1, n° 4, prop. 9, a) et n° 3, prop. 7, b)).
Corollaire 2
Soient A un anneau local noethérien et M un A-module de type fini. On a l'inégalité
Soit un idéal premier associé à ; on a (n° 1, remarque 2). La prop. 13 appliquée aux idéaux fournit l'inégalité , d'où le corollaire.
Remarque 2
On a (VIII, § 1, n° 4, remarque 2) et on retrouve l'inégalité pour (n° 4, cor. 2 du th. 2).
8. Anneaux noethériens localement intègres ; anneaux noethériens normaux
Soit un anneau noethérien. On note la famille finie (II, § 4, n° 2, prop. 10 et n° 3, cor. 7 de la prop. 11) des composantes connexes de . D'après II, § 4, n° 3, prop. 15, il existe pour chaque un unique élément idempotent de tel que , et l'application canonique de dans le produit des anneaux est bijective. On dit que les anneaux quotients de sont les composants canoniques de . Posons . On a et est une famille orthogonale d'idempotents non nuls de (loc. cit.). Il en résulte que l'image de dans est égale à 1 si et à 0 si ; on déduit donc de l'homomorphisme d'anneaux un isomorphisme canonique .
D'après loc. cit., cor. 2 de la prop. 14, les conditions suivantes sont équivalentes : (i) les composantes connexes de sont irréductibles ; (ii) tout idéal premier (resp. maximal) de n'appartient qu'à une seule composante irréductible de ; (iii) tout idéal premier (resp. maximal) de ne contient qu'un seul idéal premier minimal ; (iv) pour tout idéal premier (resp. maximal) de , l'espace topologique est irréductible ; (v) pour tout composant canonique de , l'espace topologique est irréductible.
Notons maintenant que si est réduit, tous les anneaux sont réduits (II, , n° 6, prop. 17) et qu’inversement, si l’anneau est réduit pour tout idéal maximal de , alors est réduit (II, § 3, n° 3, cor. 2 du th. 1). Appliquant alors II, § 4, n° 3, cor. 1 de la prop. 14, on déduit de ce qui précède l’équivalence des conditions suivantes
(i) est réduit et les composantes connexes de sont irréductibles ; (ii) pour tout idéal premier (resp. maximal) de , l’anneau est intègre ; (iii) les composants canoniques de sont intègres.
On dit qu’un anneau noethérien est localement intègre s’il satisfait aux conditions équivalentes (i) à (iii) ci-dessus.
Supposons l’anneau localement intègre ; soit un isomorphisme de sur un produit (fini) d’anneaux intègres. Il existe une bijection telle que l’application de dans associée à définisse un homéomorphisme de sur la composante connexe de ; on déduit alors de un isomorphisme du composant canonique sur .
Proposition 14
Soit un anneau noethérien. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) est réduit et intégralement fermé dans son anneau total des fractions ; (ii) est isomorphe au produit d’une famille finie d’anneaux intégralement clos ; (iii) les composants canoniques de sont intégralement clos ; (iv) pour tout idéal premier (resp. maximal) de , l’anneau est intégralement clos.
L’équivalence de (i) et (ii) résulte de V, § 1, n° 2, cor. 2 de la prop. 9, et celle de (ii) et (iii) des remarques précédant la proposition. Soit un idéal premier de ; il existe un unique composant canonique de tel que appartienne à la partie fermée de et on a un isomorphisme canonique . L’équivalence de (iii) et (iv) résulte donc de loc. cit., n° 5, cor. 1 et cor. 3 de la prop. 16.
Un anneau est dit normal s’il est noethérien et qu’il satisfait aux conditions équivalentes (i) à (iv) de la proposition 14. Un anneau noethérien est intégralement clos si et seulement s’il est intègre et normal. Un anneau local normal est intégralement clos.
9. Profondeur et connexité
Lemme 4
Soient un anneau noethérien, une partie fermée de , l’ouvert complémentaire, et un homomorphisme de -modules de type fini.
a) Supposons que soit injectif pour tout et qu’on ait . Alors est injectif.
b) Supposons que soit bijectif pour tout et qu’on ait et . Alors est bijectif.
a) Les hypothèses impliquent , puis (n° 5, remarque 1) ; on a donc .
b) On sait déjà que est injectif, et on a . D’après loc. cit., on a et . De la suite exacte des modules d’extensions
on tire , ce qui implique .
Remarque 1
Soient un anneau noethérien, une partie fermée de , l’ouvert complémentaire. Pour qu’on ait , il faut et il suffit qu’on ait (remarque 2, n° 5). Lorsque cette condition est satisfaite, chaque composante irréductible de rencontre , de sorte que est dense dans .
Théorème 3 (Hartshorne)
Soient un anneau noethérien, une partie fermée de et l’ouvert complémentaire. On suppose qu’on a . Alors, pour toute composante connexe de , l’ensemble est connexe et dense dans .
Supposons d’abord que soit connexe. D’après la remarque 1, est dense dans et il s’agit de prouver qu’il est connexe. Raisonnons par l’absurde et supposons donnés deux ouverts disjoints et de , non vides et de réunion . Comme l’ensemble est contenu dans d’après la remarque 1, il est réunion disjointe de et . D’après IV, § 1, n° 1, prop. 4, il existe des idéaux et de tels que , . Le complémentaire de dans contient et ; comme il est fermé, il contient et . Pour , on a ainsi et ; cela implique notamment que et sont distincts de . Soit le -module et soit l’homomorphisme canonique. D’après ce qui précède, l’homomorphisme est bijectif pour tout ; par ailleurs, on a , donc d’après la remarque 1. Le lemme 4 implique alors que est bijectif, ce qui contredit la connexité de .
Traitons le cas général. Soit un idéal de tel que et soit une composante connexe de . D’après II, § 4, n° 3, prop. 15, il existe un élément idempotent de tel que s’identifie à la partie de . Alors s’identifie à ; on a d’après la prop. 6, a) du n° 3. Il résulte de la première partie de la démonstration que est connexe et dense dans .
Corollaire 1
L’application qui associe à chaque composante connexe de son adhérence dans est une bijection de l’ensemble des composantes connexes de sur l’ensemble des composantes connexes de .
Corollaire 2
Pour tout anneau local noethérien B de profondeur , l’espace topologique est connexe.
Corollaire 3
Sous les hypothèses du théorème 3, supposons que soit irréductible (resp. que soit intègre) pour tout ; alors est irréductible (resp. est intègre) pour tout .
Soit la famille (finie) des composantes irréductibles de . Soit ; comme est irréductible, contient un seul idéal premier minimal de , donc n’appartient qu’à une seule des (II, § 4, n° 3, cor. 2 de la prop. 14). Les sous-ensembles sont des parties fermées de , disjointes, non vides puisque est dense dans , et irréductibles d’après II, § 4, n° 1, prop. 7; ce sont donc les composantes connexes de . Leurs adhérences sont les composantes connexes de (cor. 1). Cela prouve que les composantes connexes de sont irréductibles, donc que est irréductible pour tout (n° 8).
Supposons que soit intègre pour tout . Soit . Puisque est irréductible, le nilradical de est l’unique idéal premier minimal de ; il appartient donc à (IV, § 1, n° 3, cor. 1 de la prop. 7), et par suite est égal à , où est un idéal premier associé à (IV, § 1, n° 2, cor. de la prop. 5). On a (remarque 1) et (loc. cit.); puisque est intègre, est nul, donc est intègre.
Corollaire 4
Soit un anneau noethérien dont le spectre est connexe. Supposons qu’il existe un entier tel qu’on ait pour tout idéal premier de de hauteur .
a) Pour toute partie fermée de de codimension , l’espace est connexe.
b) Soient et des composantes irréductibles de . Il existe une suite de composantes irréductibles de telle que l’on ait , et, pour
Soit une partie fermée de codimension . Pour tout , on a , donc , ce qui implique que est (n° 5, prop. 8) et donc que est connexe (th. 3).
Prouvons b). Désignons par la réunion des ensembles où parcourt l’ensemble (fini) des couples de composantes irréductibles de tels que . D’après a), l’ensemble est connexe. Toutes les composantes irréductibles de rencontrent ; leurs traces sur sont les composantes irréductibles de (II, § 4, n° 1, prop. 7). Puisque est connexe, il existe une suite de composantes irréductibles de telles que l’on ait , et pour ; autrement dit on a , et .
Remarque 2
Lorsque A est un anneau de Macaulay, on peut appliquer le corollaire avec (§ 2, n° 5).
Exemple (Intersection complète formée par quatre plans de coordonnées d’un espace affine de dimension 4)
Soit un corps. Notons S l’anneau de polynômes . Rappelons (VIII, § 2, n° 4, th. 3) que toute chaîne maximale d’idéaux premiers de S est de longueur 4. Notons m l’idéal de S engendré par les , a l’idéal engendré par et , et , pour , l’idéal engendré par et . Les idéaux sont premiers de hauteur 2, leur somme est l’idéal maximal m et l’on a .
a) L’anneau est réduit ; les composantes irréductibles de Spec(A) sont les ensembles pour , qui sont de dimension 2 et contiennent tous le point . En particulier, Spec(A) est connexe et de dimension 2. L’intersection de deux composantes distinctes et est réduite à si , de dimension 1 sinon. Il en résulte que la conclusion du cor. 4 est satisfaite avec (nous verrons plus loin que A est un anneau de Macaulay, de sorte que l’hypothèse du corollaire 4 est elle-même satisfaite pour ).
b) Notons b l’idéal de S engendré par , , , , et B l’anneau . On a . L’anneau B est réduit. Son spectre s’identifie à la partie fermée de Spec(A) ; il a deux composantes irréductibles (de dimension 2) dont l’intersection est réduite à un point. La profondeur de B le long de ce point est strictement positive car B est réduit, et inférieure à 1 d’après le th. 3, donc égale à 1.* Ainsi B n’est pas un anneau de Macaulay. \
10. Profondeur et normalité
Soient A un anneau noethérien et un idéal premier de A. On a (n° 4, cor. 2 du th. 2). Si de plus A est réduit, l’anneau local est réduit (II, § 2, n° 6, prop. 17), ce qui entraîne :
a) si , est un corps ; b) si , on a (n° 1, remarque 3).
Inversement :
Proposition 15
Soit A un anneau noethérien satisfaisant aux deux conditions suivantes : (i) pour tout idéal premier minimal de , l’anneau est réduit ; (ii) pour tout idéal premier de A de hauteur , on a . Alors A est réduit.
Notons le nilradical de A. Pour tout idéal premier minimal de A, on a d’après (i) , c’est-à-dire et . Pour tout de hauteur , on a d’après (ii) et , d’où (IV, § 1, n° 2, prop. 5). Ainsi l’ensemble est vide, ce qui implique que est nul.
Proposition 16
Soient un anneau noethérien intégralement clos, un idéal de de hauteur , et un -module réflexif de type fini. On a .
Choisissons un espace vectoriel de dimension finie sur le corps des fractions de et un réseau de isomorphe à (VII, § 4, n° 2, remarque 1). Les idéaux premiers associés à , étant de hauteur 1 (loc. cit., th. 2), ne contiennent pas ; d’après la remarque 2 du n° 1, cela entraîne . D’autre part, le -module est divisible et sans torsion, donc injectif (A, X, p. 17, cor. 2 de la prop. 10), ce qui implique . L’inégalité résulte alors de la prop. 1 du n° 1.
Corollaire
Un anneau local noethérien intégralement clos de dimension est de profondeur *.
Soient un anneau normal (n° 8) et un idéal premier de . Alors : a) si , est un corps ; b) si , est un anneau de valuation discrète (VII, § 1, n° 7, prop. 11) ; c) si , on a (cor. de la prop. 16).
Inversement :
Théorème 4 (Serre)
Soit un anneau noethérien satisfaisant aux conditions suivantes*: (i) pour tout idéal premier minimal de , l’anneau est réduit ; (ii) pour tout idéal premier de de hauteur 1, l’anneau est intégralement clos ; (iii) pour tout idéal premier de de hauteur , on a .
Alors est normal.
Il s’agit de prouver que l’anneau est intégralement clos pour tout , ce que nous allons faire par récurrence sur . Pour cela résulte des hypothèses (i) et (ii). Supposons donc qu’on ait et que soit intégralement clos pour tout idéal premier de de hauteur . D’après l’hypothèse (iii), on a . D’après l’hypothèse de récurrence et le cor. 3 du th. 3 du n° 9, appliqué à l’anneau et à la partie fermée de , l’anneau est intègre. Soit son corps des fractions et soit un sous-anneau de , contenant et fini sur . Il s’agit de prouver que est égal à . Notons l’injection canonique de dans . Comme est contenu dans , c’est un -module sans torsion, donc de profondeur . Par ailleurs, pour tout idéal premier de distinct de , l’homomorphisme est bijectif puisque est intégralement clos. D’après le lemme 4 du n° 9, appliqué à la partie fermée de , l’homomorphisme est bijectif, ce qui achève la démonstration du théorème.
Remarque 1
Une forme commode du th. 4 est la suivante : soit un anneau noethérien, tel que pour tout idéal premier de l’anneau soit intégralement clos ou de profondeur ; alors est normal. Vérifions en effet les hypothèses du th. 4. Soit . Si , alors on a , donc est intégralement clos. Si , l’anneau est soit de profondeur , soit intégralement clos, ce qui implique encore (n° 1, cor. 2 de la prop. 1), d’où la conclusion cherchée. On vérifie de même l’énoncé suivant : soit un anneau noethérien tel que pour tout idéal premier de , l’anneau soit réduit ou de profondeur ; alors est réduit.
Corollaire 1
Soient un anneau noethérien, une partie fermée de , l’ouvert complémentaire. On suppose que est (resp. ) et que, pour tout , l’anneau est intégralement clos (resp. réduit). Alors est normal* (resp. réduit).
Pour tout , on a (n° 5, prop. 8); il suffit donc d’appliquer la remarque précédente.
Corollaire 2
Soit un homomorphisme d’anneaux noethériens faisant de un -module plat.
a) *Si est normal et fidèlement plat sur , est normal.
b) Supposons que soit normal et que l’anneau soit normal lorsque est un idéal premier minimal de , et réduit lorsque est un idéal premier de hauteur 1. Alors l’anneau est normal.
a) Supposons normal et fidèlement plat sur . Alors est injectif (I, § 3, n° 5, prop. 9) et est réduit, donc est réduit. Soit l’ensemble des éléments de non diviseurs de zéro. Puisque est plat sur , est formé d’éléments non diviseurs de zéro dans , de sorte que est intégralement fermé dans . Soit un élément de entier sur ; alors l’élément de l’anneau (qui s’identifie à ) est entier sur , donc appartient à . Puisque est fidèlement plat sur , on a (I, § 3, n° 5, prop. 10, (ii)), et est normal.
b) Sous les hypothèses de b), il suffit d’après la remarque 1 de prouver que pour tout idéal premier de , l’anneau local est normal ou de profondeur . Notons l’idéal premier de ; l’homomorphisme local déduit de fait de un -module fidèlement plat (I, § 3, n° 5, prop. 9). Distinguons quatre cas :
1) . Alors est un corps, égal à ; l’anneau est normal par hypothèse. Il en est de même de , qui en est un anneau de fractions.
Remarque 2
et . Alors est un anneau de valuation discrète; soit une uniformisante de . Puisque est fidèlement plat sur , l’élément de n’est pas diviseur de zéro, de sorte que l’anneau local est de dimension 0 (VIII, § 3, n° 1, cor. 2 de la prop. 1). Il est réduit, puisque c’est un anneau de fractions de l’anneau réduit , et par suite c’est un corps. Par conséquent est un anneau de valuation discrète (VI, § 1, n° 4, prop. 2), donc intégralement clos.
Remarque 3
et . Alors, d’après la relation
Remarque 4
. Puisque est de profondeur (cor. de la prop. 16), il en est de même de d’après loc. cit.
Corollaire 3
Soit un homomorphisme d’anneaux noethériens. On suppose que est un -module plat, que est normal et que est normal pour tout . Alors est normal.
Exercices
See the exercises for § 1.