Bourbaki

§ 7. Formes hermitiennes et corps ordonnés

Dans tout ce paragraphe on désigne par K un corps ordonné maximal (donc commutatif et de caractéristique nulle ; cf. chap. VI, § 2), et on suppose que l’on est dans l’un des trois cas suivants :

1°) A = K, J est l’identité ; 2°) A est le corps K(i), obtenu par adjonction à K d’une racine carrée i de −1, et, pour tout λ ∈ A, λ‾\overline{\lambda} est le conjugué de λ (chap. II, § 7, n° 7). 3°) A est le corps des quaternions sur K correspondant au couple (−1, −1) (ou, comme nous dirons pour abréger, le corps des quaternions sur K), et, pour tout λ ∈ A, λ‾\overline{\lambda} est le conjugué de λ (cf. chap. II, § 7, n° 8 et chap. VIII, § 11, n° 2).

Si Φ est une forme hermitienne sur E, on a donc, dans tous les cas, Φ(x,x)∈K\Phi(x, x) \in K pour tout x∈Ex \in E, puisque Φ(x,x)=Φ(x,x)‾\Phi(x, x) = \overline{\Phi(x, x)}.

1. Formes hermitiennes positives.

Définition 1

Une forme hermitienne Φ\Phi sur EE est dite positive (resp. négative) si Φ(x,x)⩾0\Phi(x, x) \geqslant 0 (resp. Φ(x,x)⩽0\Phi(x, x) \leqslant 0) pour tout x∈Ex \in E.

Lorsque A=KA = K, on dit encore que la forme quadratique

Q(x)=12Φ(x,x) Q(x) = \frac{1}{2} \Phi(x, x)
à laquelle est associée Φ\Phi est positive (resp. négative).

Supposons EE de dimension finie sur AA, et soit (ei)(e_i) (i=1,…,ni = 1, \ldots, n) une base orthogonale de EE (§6§ 6, no 1, th. 1). Pour qu’une forme hermitienne Φ\Phi sur EE soit positive, il faut et il suffit que Φ(ei,ei)⩾0\Phi(e_i, e_i) \geqslant 0 pour i=1,…,ni = 1, \ldots, n. Soit Φ\Phi une forme hermitienne positive non dégénérée sur EE; puisque tout élément positif de KK est un carré, donc de la forme ρρ‾\rho \overline{\rho} (ρ∈A\rho \in A), il existe dans EE des bases orthonormales pour Φ\Phi (§6§ 6, no 1, cor. 1 du th. 1).

Proposition 1

Supposons EE de dimension finie, et A=KA = K ou A=K(i)A = K(i). Si Φ\Phi est une forme hermitienne positive non dégénérée sur EE, alors les extensions de Φ\Phi à ⨂pE\bigotimes^p E et ∧pE\wedge^p E (p>0p > 0), ainsi que la forme inverse de Φ\Phi, sont des formes hermitiennes positives non dégénérées.

Ceci résulte aussitôt de l’existence d’une base orthonormale de EE, et de la prop. 2, §6§ 6, no 1.

La prop. 1 reste vraie si on y remplace partout « positive non dégénérée » par « positive ».

Proposition 2

Soit Φ\Phi une forme hermitienne positive sur EE. Pour x,yx, y dans EE, on a

Φ(x,y)Φ(x,y)‾⩽Φ(x,x)Φ(y,y). \Phi(x, y) \overline{\Phi(x, y)} \leqslant \Phi(x, x) \Phi(y, y).

L’inégalité est en effet immédiate lorsque les vecteurs xx et yy sont proportionnels. Supposons donc xx et yy linéairement indépendants. Soient A′A' le sous-corps (commutatif) K(Φ(x,y))K(\Phi(x, y)) de AA, FF le plan vectoriel sur A′A' engendré par xx et yy, et ΦF\Phi_F la restriction de Φ\Phi à FF; celle-ci prend ses valeurs dans A′A'. D’après la prop. 1, le discriminant de ΦF\Phi_F par rapport à la base (x,y)(x, y) est ⩾0\geqslant 0. Or ce discriminant est Φ(x,x)Φ(y,y)−Φ(x,y)Φ(x,y)‾\Phi(x, x)\Phi(y, y) - \Phi(x, y)\overline{\Phi(x, y)}. CQFD.

Corollaire

L’ensemble des vecteurs isotropes de E est le sous-espace E0E^0 orthogonal de E pour Φ\Phi. Pour que Φ\Phi soit non dégénérée, il faut et il suffit que l’on ait Φ(x,x)>0\Phi(x, x) > 0 pour tout x≠0x \neq 0.

Proposition 3

Supposons E de dimension finie et A commutatif (A=K\mathbf{A} = \mathbf{K} ou A=K(i)\mathbf{A} = \mathbf{K}(i)). Soient Φ\Phi une forme hermitienne sur E, X sa matrice par rapport à une base (xj)(x_j) (j=1,…,nj = 1, \ldots, n) de E ; pour toute partie H de {1,n}\{1, n\}, notons XH,HX_{H, H} le mineur de X obtenu en supprimant les lignes et les colonnes d’indices j∉Hj \notin H (chap. III, § 6, no 3).

a) *Si Φ\Phi est positive non dégénérée, on a XH,H>0X_{H, H} > 0 pour toute partie H de {1,n}\{1, n\}.

b) *Réciproquement, si, en posant Hj={1,j}H_j = \{1, j\}, on a XHj,Hj>0X_{H_j, H_j} > 0 pour j=1,…,nj = 1, \ldots, n, Φ\Phi est positive non dégénérée.

Supposons d’abord Φ\Phi positive non dégénérée. Les éléments (xj)(x_j) (j∈Hj \in H) forment une base d’un sous-espace F de E, et le mineur XH,HX_{H, H} est le discriminant de la restriction ΦF\Phi_F de Φ\Phi à F par rapport à cette base ; or, comme ΦF(x,x)>0\Phi_F(x, x) > 0 pour tout x≠0x \neq 0 dans F, ΦF\Phi_F est positive non dégénérée (cor. de la prop. 2) ; on a donc XH,H>0X_{H, H} > 0 (prop. 1). Pour démontrer b), remarquons que, avec les notations de la prop. 1, § 6, no 1, le mineur XHj,HjX_{H_j, H_j} est égal à Dj+1,j+1D_{j+1, j+1} ; il existe donc (prop. 1, § 6, no 1) une base orthogonale (ej)(e_j) (j=1,…,nj = 1, \ldots, n) de E telle que Φ(ej,ej)>0\Phi(e_j, e_j) > 0 pour j=1,…,nj = 1, \ldots, n ; par conséquent Φ\Phi est positive non dégénérée.

Remarque

Il résulte de l’existence de bases orthonormales que deux formes hermitiennes positives non dégénérées sur deux espaces vectoriels de même dimension finie sont équivalentes (§ 1, no 6). Soient alors L un espace hermitien de dimension finie sur A, dont la forme métrique est positive non dégénérée, et V1V_1 et V2V_2 deux variétés linéaires de même dimension dans L (§ 6, no 6) ; comme les restrictions de la forme métrique aux directions T1T_1 et T2T_2 de V1V_1 et V2V_2 d’une part, aux sous-espaces orthogonaux T10T_1^0 et T20T_2^0 d’autre part, sont équivalentes, il existe un automorphisme unitaire uu de l’espace TT des translations de LL tel que u(T1)=T2u(T_1) = T_2 et u(T10)=T20u(T_1^0) = T_2^0; il existe donc un déplacement vv de LL tel que v(V1)=V2v(V_1) = V_2. Soient (a,b),(a′,b′)(a, b), (a', b') deux couples de points de LL; pour qu’il existe un déplacement vv de LL tel que v(a)=a′v(a) = a' et v(b)=b′v(b) = b', il faut et il suffit donc (avec la notation du § 6, no 6) que l’on ait e(a,b)=e(a′,b′)e(a, b) = e(a', b'); l’élément e(a,b)\sqrt{e(a, b)} de AA (chap. VI, § 2, no 4) est appelé la distance de aa et bb dans l’espace hermitien LL.

2. La loi d’inertie.

Théorème 1 (« loi d’inertie »)

Supposons que AA satisfasse aux hypothèses du début de ce paragraphe, et que EE soit de dimension finie nn. Soit Φ\Phi une forme hermitienne sur EE. Alors :

a) Il existe une décomposition de EE en somme directe du sous-espace E0E^0 orthogonal à EE, et de deux sous-espaces E+E^+ et E−E^- tels que la restriction de Φ\Phi à E+E^+ (resp. E−E^-) soit positive (resp. négative) et non dégénérée.

b) Il existe une base orthogonale (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} de EE telle que

Φ(∑i=1nξiei,∑i=1nηiei)=∑i=1sξiηi‾−∑i=s+1s+tξiηi‾. \Phi\left( \sum_{i=1}^n \xi_i e_i, \sum_{i=1}^n \eta_i e_i \right) = \sum_{i=1}^s \xi_i \overline{\eta_i} - \sum_{i=s+1}^{s+t} \xi_i \overline{\eta_i}.

c) Les dimensions ss de E+E^+ et tt de E−E^- sont les mêmes pour toutes les décompositions en somme directe satisfaisant aux conditions énoncées dans a) ; l’entier ss (resp. tt) est le maximum des dimensions des sous-espaces FF de EE tels que la restriction de Φ\Phi à FF soit positive (resp. négative) et non dégénérée.

d) Le rang de Φ\Phi est s+ts + t.

e) Si Φ\Phi est non dégénérée, son indice est égal à inf⁡(s,t)\inf(s, t) (§ 4, no 2, déf. 2).

Soit, en effet, (xi)(x_i) (i=1,…,ni = 1, \ldots, n) une base orthogonale de EE (§ 6, no 1, th. 1); rappelons que l’on a Φ(x,x)∈K\Phi(x, x) \in K pour tout x∈Ex \in E. On peut supposer que l’on a Φ(xi,xi)>0\Phi(x_i, x_i) > 0 pour i=1,…,si = 1, \ldots, s, Φ(xi,xi)<0\Phi(x_i, x_i) < 0 pour i=s+1,…,s+ti = s + 1, \ldots, s + t et Φ(xi,xi)=0\Phi(x_i, x_i) = 0 pour i=s+t+1,…,ni = s + t + 1, \ldots, n. Ceci démontre a), car on prend pour E+E^+ (resp. E−E^-) le sous-espace engendré par x1,…,xsx_1, \ldots, x_s (resp. par xs+1,…,xs+tx_{s+1}, \ldots, x_{s+t}), et E0E^0 est alors engendré par xs+t+1,…,xnx_{s+t+1}, \ldots, x_n. On en déduit b) en remarquant que Φ(xi,xi)\Phi(x_i, x_i) est de la forme ρρ‾\rho \overline{\rho} (resp.

- ρρˉ) (ρ∈A∗)\rho \bar{\rho} )\ (\rho \in A^*) pour i=1,…,si = 1, \ldots, s (resp. i=s+1,…,s+ti = s + 1, \ldots, s + t). Pour démontrer c), considérons un sous-espace P de E tel que la restriction de Φ\Phi à P soit positive et non dégénérée; on a alors P∩(E−+E0)={0}P \cap (E^- + E^0) = \{0\}, et la somme P+E−+E0P + E^- + E^0 est donc directe; on en conclut que dim⁡P≤dim⁡E+=s\dim P \leq \dim E^+ = s, et ceci démontre c). L’assertion d) résulte aussitôt de a).

Supposons enfin que Φ\Phi soit non dégénérée, posons q=inf⁡(s,t)q = \inf (s, t), et montrons que q est l’indice de Φ\Phi. Avec les notations de b), les vecteurs ei+es+ie_i + e_{s+i} (resp. ei−es+ie_i - e_{s+i}) (i=1,…,qi = 1, \ldots, q) engendrent un sous-espace totalement isotrope F (resp. F′F'). Comme K est de caractéristique 0, F+F′F + F' est engendré par e1,…,eq,es+1,…,es+qe_1, \ldots, e_q, e_{s+1}, \ldots, e_{s+q} et est donc non isotrope. La restriction de Φ\Phi au sous-espace H=(F+F′)0H = (F + F')^0 est alors positive (ou négative) et non dégénérée, et H ne contient donc aucun vecteur isotrope ≠0\neq 0. Comme F0F^0 contient F et H, et que dim⁡(F+H)=codim⁡F′=codim⁡F\dim(F + H) = \operatorname{codim} F' = \operatorname{codim} F, on a F0=F+HF^0 = F + H. Ainsi un vecteur isotrope z orthogonal à F est nécessairement dans F, car, dans la somme directe F+HF + H, la composante de z dans H est isotrope. Par conséquent F est un sous-espace totalement isotrope maximal, et ceci démontre e).

Définition 2

Avec les notations du th. 1, le couple (s,t)(s, t) s’appelle la signature de Φ\Phi.

3. Réduction d’une forme par rapport à une forme hermitienne positive.

Dans ce no nous supposerons que E est de dimension finie nn sur AA, et nous noterons Φ\Phi une forme hermitienne positive non dégénérée sur E.

Comme les applications linéaires de E dans E∗E^* associées à Φ\Phi sont bijectives, quels que soient les éléments x,y,zx, y, z de E avec y≠0y \neq 0, il existe un élément tt de E et un seul tel que Φ(x,z)=Φ(t,y)‾\Phi(x, z) = \overline{\Phi(t, y)}. En particulier, si A=KA = K ou A=K(i)A = K(i) et si uu est une application semi-linéaire pour J de E dans lui-même (chap. II, App. I, no 1), il existe, pour tout x∈Ex \in E, un élément u∗(x)u^*(x) et un seul tel que pour tout y∈Ey \in E, Φ(x,u(y))=Φ(u∗(x),y)‾\Phi(x, u(y)) = \overline{\Phi(u^*(x), y)}. On voit aussitôt que u∗u^* est une application semi-linéaire pour J de E dans lui-même ; on l’appelle l’adjoint de uu.

Remarque 1

Lorsque J est l’identité, on retrouve la notion d’adjoint d’un homomorphisme définie au § 1, no 8.

Remarque 2

Supposons toujours A=KA = K ou A=K(i)A = K(i). Soit EJE^J le A-module à droite défini au § 1, no 2, déf. 5. La forme Φ\Phi est une forme bilinéaire sur E×EJE \times E^J, ΦJ\Phi^J est une forme bilinéaire sur EJ×EE^J \times E, et uu est une application A-linéaire de E dans EJE^J. L’adjoint de cet homomorphisme, au sens du § 1, no 8, est une application A-linéaire de E dans EJE^J; on voit aussitôt que celle-ci coïncide avec l’application u∗u^* ci-dessus définie.

On dit qu’un endomorphisme uu de E est normal (pour Φ\Phi) si l’on a uu∗=u∗uuu^* = u^*u.

Exemples d’endomorphismes normaux : 1) les automorphismes unitaires pour Φ\Phi (§\S 6, no 2), qui sont caractérisés par la relation u−1=u∗u^{-1} = u^* (§\S 1, no 8, cor. de la prop. 8); 2) les endomorphismes uu tels que u∗=uu^* = u; ceux-ci sont appelés endomorphismes hermitiens.

Pour tout endomorphisme hermitien uu de E, posons Φu(x,y)=Φ(u(x),y)\Phi_u(x, y) = \Phi(u(x), y); on a

Φu(y,x)=Φ(u(y),x)=Φ(y,u(x))=Φ(u(x),y)‾=Φu(x,y)‾. \Phi_u(y, x) = \Phi(u(y), x) = \Phi(y, u(x)) = \overline{\Phi(u(x), y)} = \overline{\Phi_u(x, y)}.
ce qui montre que Φu\Phi_u est une forme hermitienne sur E. Réciproquement soit Ψ\Psi une forme hermitienne sur E ; comme l’application sΦs_\Phi de E dans E∗E^* associée à Φ\Phi est bijective, il existe, pour tout x∈Ex \in E, un élément u(x)u(x) de E et un seul tel que Ψ(x,y)=Φ(u(x),y)\Psi(x, y) = \Phi(u(x), y); on vérifie aisément que uu est un endomorphisme hermitien de E. Ainsi u→Φuu \to \Phi_u est une bijection, dite canonique, de l’ensemble des endomorphismes hermitiens de E sur l’ensemble des formes hermitiennes sur E.

Supposons que A=KA = K ou A=K(i)A = K(i); étant donnée une forme bilinéaire Ψ\Psi sur E, il existe, pour tout x∈Ex \in E, un élément u(x)u(x) de E et un seul tel que Ψ(x,y)=Φ(u(x),y)‾\Psi(x, y) = \overline{\Phi(u(x), y)}; on voit aussitôt que uu est une application semi-linéaire (pour J) de E dans lui-même. Comme Φ(u(x),y)=Φ(y,u(x))=Φ(u∗(y),x)‾\Phi(u(x), y) = \Phi(y, u(x)) = \overline{\Phi(u^*(y), x)}, on voit que, pour que Ψ\Psi soit symétrique (resp. alternée), il faut et il suffit que l’on ait u∗=uu^* = u (resp. u∗=−uu^* = -u).

Théorème 2

Soit S un ensemble d’endomorphismes de E (resp. d’applications semi-linéaires de E dans E lorsque A = K ou A = K(i)) stable pour l’application u → u*. Alors, si V est un sous-espace de E stable pour S, son orthogonal V⁰ est stable pour S. D’autre part E est somme directe de sous-espaces stables pour S, minimaux dans l’ensemble des sous-espaces ≠ {0} et stables pour S, et deux à deux orthogonaux.

Soit en effet V un sous-espace de E stable pour S ; quels que soient x ∈ V⁰, y ∈ V et u ∈ S, on a u*(y) ∈ V, d’où Φ(y, u(x)) = Φ(u*(y), x) = 0 (resp. Φ(y, u(x)) = \overline{\Phi(u^*(y), x)} = 0), et par conséquent u(x) ∈ V⁰ ; ainsi V⁰ est stable pour S, ce qui démontre notre première assertion. Pour la seconde nous procéderons par récurrence sur la dimension n de E, le cas n = 0 étant trivial. Pour n ≠ 0 il existe un sous-espace V ≠ {0} de E stable pour S et minimal, par exemple un sous-espace stable ≠ {0} de dimension minimale. Il suffit alors d’appliquer à V⁰ l’hypothèse de récurrence, puisque l’adjoint de la restriction de u à V⁰ (par rapport à la restriction de Φ) est identique à la restriction à V⁰ de l’adjoint de u.

Corollaire 1

On suppose que A = K ou que A = K(i). Soit B une sous-algèbre de LA(E)\mathscr{L}_A(E), stable pour l’application u → u*. Alors E est un B-module semi-simple, et est somme directe de sous-modules simples deux à deux orthogonaux. L’algèbre B est semi-simple.

En effet, comme tout sous-B-module V de E admet un supplémentaire, par exemple V⁰, le B-module V est semi-simple (chap. VIII, § 3, no 3, prop. 7). Comme tout sous-B-module ≠ {0} et minimal de E est simple, E est somme directe de sous-modules simples deux à deux orthogonaux. Enfin B est une algèbre semi-simple, puisqu’elle admet un module semi-simple et fidèle E dont le contremodule est de type fini (chap. VIII, § 5, no 1, prop. 3).

Corollaire 2

Les hypothèses et notations étant celles du cor. 1, on suppose de plus que l’algèbre B est commutative. Alors tous ses éléments sont des endomorphismes (normaux) semi-simples de E. Lorsque A = K (resp. A = K(i)), E est somme directe de sous-B-modules simples deux à deux orthogonaux, qui sont des espaces vectoriels de dimension 1 ou 2 (resp. 1) sur A.

La première assertion résulte du chap. VIII, § 9, no 1, prop. 2, puisque B est semi-simple. D’autre part tout B-module simple est isomorphe à un B-module de la forme B/m, où m est un idéal maximal de B, donc à un corps commutatif L de degré fini sur A ; lorsque A = K (resp. A = K(i)), le corps L est nécessairement isomorphe à K ou K(i) (resp. K(i)), puisque K(i) est algébriquement clos (chap. VI, § 2, no 6, th. 3).

Proposition 4

Soit u un endomorphisme normal de E. Lorsque A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K, il existe une base orthonormale (pour Φ) de E formée de vecteurs propres de u. Lorsque A = K, u est semi-simple et E est somme directe de sous-espaces stables pour u, deux à deux orthogonaux, et de dimension 1 ou 2.

Examinons d’abord le cas où A est commutatif (A = K ou A = K(i)). Alors la sous-algèbre B = A[u, u*] de LA(E)\mathscr{L}_A(E) est commutative puisque u est normal ; elle est stable par l’application φ→φ∗\varphi \to \varphi^* en vertu des formules (32) et (33) du § 1, no 8. L’assertion relative au cas A = K résulte alors aussitôt du cor. 2 du th. 2. Lorsque A = K(i), ce corollaire montre aussi que E est somme directe de sous-espaces vectoriels AxiAx_i (i=1,…,ni = 1, \ldots, n) de dimension 1, deux à deux orthogonaux et stables pour u ; si l’on pose ei=(Φ(xi,xi))−1/2xie_i = (\Phi(x_i, x_i))^{-1/2} x_i, (ei)(e_i) est la base orthonormale cherchée.

Lorsque A est le corps des quaternions sur K, il nous suffira de même de démontrer, en vertu du th. 2, que tout élément minimal de l’ensemble des sous-espaces ≠{0}\neq \{0\} de E stables par u et u∗u^* est de dimension 1. Or un tel sous-espace V contient nécessairement un vecteur propre x≠0x \neq 0 de u (*), comme on le voit en remarquant que le corps de quaternions A contient K(i) comme sous-corps algébriquement clos, et en restreignant à K(i) le corps des

(*) Si E est un espace vectoriel à gauche sur un corps non commutatif A, et u un endomorphisme de E, on dit encore qu’un vecteur x≠0x \neq 0 de E est un vecteur propre pour u s’il existe a∈Aa \in A tel que u(x)=axu(x) = ax; le scalaire a est alors appelé valeur propre de u. On notera que, pour tout b≠0b \neq 0 dans A, le vecteur bxbx est un vecteur propre pour u, et que la valeur propre correspondante est bab−1bab^{-1}.

scalaires de V. Il ne reste donc plus qu’à montrer que le vecteur propre x de u est aussi un vecteur propre de u*. Posons u(x)=axu(x) = ax (a∈Aa \in A); on a alors Φ(u(x),x)=aΦ(x,x)=Φ(x,x)a=Φ(x,a‾x)\Phi(u(x), x) = a\Phi(x, x) = \Phi(x, x)a = \Phi(x, \overline{a}x) puisque Φ(x,x)\Phi(x, x) appartient au centre de A, et d’autre part Φ(u(x),x)=Φ(x,u∗(x))\Phi(u(x), x) = \Phi(x, u^*(x)); il en résulte que l’on a Φ(x,u∗(x)−a‾x)=0\Phi(x, u^*(x) - \overline{a}x) = 0, et on peut donc écrire u∗(x)=a‾x+zu^*(x) = \overline{a}x + z, où z est un vecteur orthogonal à x. On a donc

Φ(u∗(x),u∗(x))=a‾aΦ(x,x)+Φ(z,z)=Φ(u(x),u(x))+Φ(z,z). \Phi(u^*(x), u^*(x)) = \overline{a}a\Phi(x, x) + \Phi(z, z) = \Phi(u(x), u(x)) + \Phi(z, z).

Or, comme u est normal, on a

Φ(u(x),u(x))=Φ(x,u∗u(x))=Φ(x,uu∗(x))=Φ(uu∗(x),x)=Φ(u∗(x),u∗(x)). \begin{align*} \Phi(u(x), u(x)) &= \Phi(x, u^*u(x)) = \Phi(x, uu^*(x)) \\ &= \Phi(uu^*(x), x) = \Phi(u^*(x), u^*(x)). \end{align*}

Par conséquent on a Φ(z,z)=0\Phi(z, z) = 0, ce qui, par hypothèse, entraîne z=0z = 0 et u∗(x)=a‾xu^*(x) = \overline{a}x. CQFD.

Remarque

Il résulte du th. 2 que les sous-espaces propres relatifs à deux valeurs propres distinctes de u sont orthogonaux.

Proposition 5

Soit u un endomorphisme hermitien de E. Les valeurs propres de u appartiennent à K, et il existe une base orthonormale de E formée de vecteurs propres de u.

Lorsque A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K, il suffit, en vertu de la prop. 4, de démontrer la première assertion ; or, si x est un vecteur propre ≠0\neq 0 de u et a la valeur propre correspondante, on a, en vertu de l’hypothèse u=u∗u = u^*,

aΦ(x,x)=Φ(u(x),x)=Φ(x,u(x))=Φ(x,x)a‾; a\Phi(x, x) = \Phi(u(x), x) = \Phi(x, u(x)) = \Phi(x, x)\overline{a} ;

comme Φ(x,x)\Phi(x, x) est un élément non nul du centre de A, il en résulte que a=a‾a = \overline{a}, donc a∈Ka \in K. Par conséquent une matrice hermitienne a toutes ses valeurs propres dans K. Supposons maintenant que A soit égal à K. La matrice M de u par rapport à une base orthonormale de E est alors symétrique ; c’est donc une matrice hermitienne si on la considère comme une matrice sur K(i). La première partie de la démonstration montre alors que cette matrice a toutes ses valeurs propres dans K, et admet donc, si E≠{0}E \neq \{0\}, des vecteurs propres ≠0\neq 0 dans E. Il en résulte que tout sous-espace stable pour u et minimal est nécessairement de dimension 1, et la conclusion s’ensuit aussitôt, comme dans la prop. 4.

Proposition 6

a) Soit Ψ\Psi une forme hermitienne (resp. bilinéaire symétrique si A=K\mathbf{A} = \mathbf{K} ou A=K(i)\mathbf{A} = \mathbf{K}(i)) sur EE. Il existe une base de EE qui est orthonormale pour Φ\Phi et orthogonale pour Ψ\Psi.

b) Supposons A=K\mathbf{A} = \mathbf{K} ou A=K(i)\mathbf{A} = \mathbf{K}(i), et soit Ψ\Psi une forme bilinéaire alternée sur EE. Il existe une base de EE qui est orthonormale pour Φ\Phi et par rapport à laquelle la matrice de Ψ\Psi est de la forme

(0a100…0−a1000…0000a2…000−a20…0⋯⋯⋯⋯). \begin{pmatrix} 0 & a_1 & 0 & 0 \ldots 0 \\ -a_1 & 0 & 0 & 0 \ldots 0 \\ 0 & 0 & 0 & a_2 \ldots 0 \\ 0 & 0 & -a_2 & 0 \ldots 0 \\ \cdots & \cdots & \cdots & \cdots \end{pmatrix}.

où les aia_i sont ⩾0\geqslant 0 dans KK.

Lorsque Ψ\Psi est hermitienne, notre assertion résulte aussitôt de la prop. 5 et de la correspondance canonique entre formes hermitiennes sur EE et endomorphismes hermitiens pour Φ\Phi. Dans les deux autres cas, soit uu l’application semi-linéaire de EE dans lui-même définie au début de ce n° par la formule Ψ(x,y)=Φ(u(x),y)‾\Psi(x, y) = \overline{\Phi(u(x), y)}. Alors u2u^2 est une application A\mathbf{A}-linéaire ; lorsque Ψ\Psi est symétrique (resp. alternée), on a u=u∗u = u^* (resp. u=−u∗u = -u^*), donc u2u^2 est hermitien ; d’où aussi

Φ(u2(x),x)=Φ(x,u2(x))‾=Φ(u∗(x),u(x))=Φ(u(x),u(x)) \Phi(u^2(x), x) = \overline{\Phi(x, u^2(x))} = \Phi(u^*(x), u(x)) = \Phi(u(x), u(x))
(resp. −Φ(u(x),u(x))-\Phi(u(x), u(x)));

ceci montre que la forme hermitienne (x,y)→Φ(u2(x),y)(x, y) \to \Phi(u^2(x), y) est positive (resp. négative). Appliquons alors le th. 2, et soit VV un élément minimal de la famille des sous-espaces ≠{0}\neq \{0\} de EE stables pour uu et pour u∗u^*. Comme u2u^2 est un endomorphisme hermitien, VV contient un vecteur propre x≠0x \neq 0 de u2u^2; posons u2(x)=axu^2(x) = ax, où a∈Ka \in \mathbf{K} (prop. 5).

Lorsque Ψ\Psi est symétrique, l’inégalité Φ(u2(x),x)⩾0\Phi(u^2(x), x) \geqslant 0 montre que l’on a a⩾0a \geqslant 0. Posons y=a1/2x+u(x)y = a^{1/2}x + u(x); on a u(y)=a1/2u(x)+ax=a1/2yu(y) = a^{1/2}u(x) + ax = a^{1/2}y, et AyAy est stable pour uu et u∗=uu^* = u. Si y=0y = 0, AxAx est stable pour uu et u∗u^*; en tous cas, VV est un sous-espace de dimension 1, et notre conclusion résulte aussitôt du th. 2.

Lorsque Ψ\Psi est alternée, on a a⩽0a \leqslant 0; posons

y=(−a)1/2x+u(x),z=(−a)1/2x−u(x). y = (-a)^{1/2}x + u(x), \quad z = (-a)^{1/2}x - u(x).

On a u(y)=−(−a)1/2z, u(z)=(−a)1/2yu(y) = -(-a)^{1/2}z, \ u(z) = (-a)^{1/2}y et

Φ(y,z)=−aΦ(x,x)−Φ(u(x),u(x))=−Φ(ax,x)+Φ(u2(x),x)=0. \Phi(y, z) = -a\Phi(x, x) - \Phi(u(x), u(x)) = -\Phi(ax, x) + \Phi(u^2(x), x) = 0.

Si y=z=0y = z = 0, on a a=0a = 0 et u(x)=0u(x) = 0, donc AxAx est stable pour uu et u∗u^*, VV est de dimension 1, et la matrice de la restriction de Ψ\Psi à VV est nulle puisque Ψ\Psi est alternée. Sinon, yy et zz sont tous deux ≠0\neq 0, ils engendrent VV, et comme ils sont orthogonaux, VV est de dimension 2 et la matrice de la restriction de Ψ\Psi à VV est de la forme (0b−b0)\begin{pmatrix} 0 & b \\ -b & 0 \end{pmatrix}. Enfin, en vertu de la formule Ψ′(x′,y′)=Φ(u(x′),y′)‾\Psi'(x', y') = \overline{\Phi(u(x'), y')}, on a Ψ′(x′,y′)=0\Psi'(x', y') = 0 lorsque x′x' et y′y' appartiennent à deux sous-espaces stables par uu et orthogonaux pour Φ\Phi. Ceci démontre l’existence d’une base orthonormale de EE (pour Φ\Phi) par rapport à laquelle la matrice de Ψ\Psi a la forme indiquée. CQFD.

Exercices. — 1) On suppose vérifiées les hypothèses du début du § 7 ; soit Φ\Phi une forme hermitienne positive sur EE.

a) Pour que l’on ait Φ(x,x)Φ(y,y)=Φ(x,y)Φ(x,y)‾\Phi(x, x)\Phi(y, y) = \Phi(x, y)\overline{\Phi(x, y)}, il faut et il suffit que xx et yy soient linéairement dépendants ou que le plan engendré par xx et yy soit isotrope.

b) On suppose que, pour tout x∈Ex \in E, Φ(x,x)\Phi(x, x) soit un carré dans KK. Montrer que pour deux vecteurs quelconques x,yx, y de EE, on a

Φ(x+y,x+y)≤Φ(x,x)+Φ(y,y). \sqrt{\Phi(x + y, x + y)} \leq \sqrt{\Phi(x, x)} + \sqrt{\Phi(y, y)}.

Si Φ\Phi est non dégénérée, les deux membres de cette inégalité ne peuvent être égaux que si αx+βy=0\alpha x + \beta y = 0, où α\alpha et β\beta sont deux éléments de KK, non tous deux nuls et tels que αβ≤0\alpha \beta \leq 0.

2) On suppose A=KA = K ou A=K(i)A = K(i). Soit XX une matrice carrée hermitienne d’ordre nn sur AA, telle que pour toute partie non vide HH de {1,n}\{1, n\}, on ait XH,H≥0X_{H, H} \geq 0 (notations de la prop. 3 du no 1).

a) Soit λ\lambda un élément >0> 0 de KK; montrer que la matrice X+λIX + \lambda I est positive non dégénérée (utiliser la prop. 3 du no 1, en raisonnant par récurrence sur nn).

b) En déduire que la matrice hermitienne XX est positive.

Remarque 3

On suppose que A=KA = K ou A=K(i)A = K(i) et que EE est de dimension finie. Soient Φ1,Φ2\Phi_1, \Phi_2 deux formes hermitiennes positives sur EE, et soient V=(αij),W=(βij)V = (\alpha_{ij}), W = (\beta_{ij}) les matrices de ces formes par rapport à une même base (ei)(e_i) de EE. Montrer que la forme hermitienne Φ\Phi dont la matrice (γij)(\gamma_{ij}) par rapport à (ei)(e_i) est telle que γij=αijβij\gamma_{ij} = \alpha_{ij}\beta_{ij} pour tout couple d’indices, est positive ; en outre, si Φ1\Phi_1 et Φ2\Phi_2 sont non dégénérées, il en est de même de Φ\Phi. (Dans le calcul de Φ(x,x)\Phi(x, x), exprimer les αij\alpha_{ij} à l’aide des valeurs Φ1(ci,ci)\Phi_1(c_i, c_i) pour une base orthogonale (ci)(c_i) de EE relative à Φ1\Phi_1.)

Remarque 4

On suppose que A=KA = K ou A=K(i)A = K(i). Soit RR une matrice hermitienne d’ordre nn sur AA; on dit que RR a pour signature (s,t)(s, t) si la forme hermitienne sur AnA^n ayant RR pour matrice par rapport à la base canonique, a pour signature (s,t)(s, t). On désigne par Δk\Delta_k le mineur principal de RR obtenu en supprimant dans RR les lignes et les colonnes d’indice >k> k; on suppose que Δs+t≠0\Delta_{s+t} \neq 0 et que, pour aucun indice k<s+tk < s + t, Δk\Delta_k et Δk+1\Delta_{k+1} ne soient simultanément nuls (cf. § 6, exerc. 1 b)). Montrer que si Δk=0\Delta_k = 0 pour un k<s+tk < s + t, Δk−1\Delta_{k-1} et Δk+1\Delta_{k+1} ont des signes opposés (méthode de l’exerc. 1 a) du § 6) et que le nombre s−ts - t est égal à

sgn⁡Δ1+sgn⁡(Δ1Δ2)+⋯+sgn⁡(Δs+t−1Δs+t) \operatorname{sgn} \Delta_1 + \operatorname{sgn} (\Delta_1 \Delta_2) + \cdots + \operatorname{sgn} (\Delta_{s+t-1} \Delta_{s+t})

(utiliser l’exerc. 2 du § 6).

Remarque 5

On suppose que A=KA = K ou A=K(i)A = K(i); soient R,SR, S deux matrices hermitiennes sur AA, de signatures (s,t)(s, t) et (s′,t′)(s', t') respectivement (exerc. 4); montrer que la matrice R⊗SR \otimes S est une matrice hermitienne de signature (ss′+tt′,st′+s′t)(ss' + tt', st' + s't).

Remarque 6

Soient KK un corps ordonné maximal, LL une algèbre simple de rang fini sur KK. Si (s,t)(s, t) est la signature de la forme bilinéaire symétrique (x,y)→Tr⁡L/K(xy)(x, y) \to \operatorname{Tr}_{L/K}(xy) sur LL, montrer que l’on a : s−t=ms - t = m si LL est isomorphe à une algèbre de matrices d’ordre mm sur KK; s−t=0s - t = 0 si LL est isomorphe à une algèbre de matrices sur le corps K(i)K(i); s−t=−2ms - t = -2m si LL est isomorphe à une algèbre de matrices d’ordre mm sur le corps des quaternions sur KK.

Remarque 7

On suppose que AA satisfait aux conditions du début du § 7 et que EE est de dimension finie nn. Soit Φ\Phi une forme hermitienne positive non dégénérée sur EE. a) Montrer que toute similitude pour Φ\Phi s’écrit d’une seule manière comme produit d’une homothétie de rapport ⩾0\geqslant 0 dans KK, et d’une transformation unitaire. b) Pour toute base (ai)1≤i≤n(a_i)_{1 \leq i \leq n} de EE, montrer qu’il existe une base orthonormale et une seule (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} de EE satisfaisant aux conditions suivantes : 1° pour tout mm tel que 1≤m≤n1 \leq m \leq n, le sous-espace engendré par a1,…,ama_1, \ldots, a_m est identique au sous-espace engendré par e1,…,eme_1, \ldots, e_m; 2° on a Φ(ai,ei)≥0\Phi(a_i, e_i) \geq 0 dans KK, pour tout indice ii (cf. § 6, no 1, prop. 1). c) Déduire de b) que pour toute matrice carrée inversible MM d’ordre nn sur AA, il existe un couple de matrices (L,U)(L, U) d’ordre nn et un seul, tel que UU soit une matrice unitaire, que L=(λij)L = (\lambda_{ij}) n’ait que des zéros au-dessous de sa diagonale et des termes diagonaux λii\lambda_{ii} appartenant à KK et >0> 0, et enfin que M=LUM = LU.

Remarque 8

On suppose A=KA = K; soit LL un espace hermitien de dimension finie sur AA, dont la forme métrique est positive non dégénérée. Soient M,NM, N deux parties de LL, uu une bijection de MM sur NN telle que l’on ait e(u(a),u(b))=e(a,b)e(u(a), u(b)) = e(a, b) quels que soient les points a,ba, b de MM. Montrer qu’il existe un déplacement dont la restriction à MM soit égale à uu (raisonner par récurrence sur la dimension de la variété linéaire affine engendrée par MM, comme dans le procédé d’orthogonalisation de Gram-Schmidt). La proposition s’étend-elle au cas où A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K ?

Remarque 9

On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A est le corps des quaternions sur K. Soit u un endomorphisme normal de E. Montrer que E est somme directe de sous-espaces F_k (1 \leq k \leq r), deux à deux orthogonaux, tels que dans chacun des F_k il existe une base orthonormale (e_{ik}) (1 \leq i \leq n_k) et que l’on ait u(e_{ik}) = \lambda_k e_{ik} pour 1 \leq i \leq n_k, deux \lambda_k d’indices distincts n’étant pas transformés l’un de l’autre par un automorphisme intérieur de A. En outre, si (F'_k) est une seconde décomposition de E ayant les mêmes propriétés, avec un système (\lambda'_k) de valeurs propres, on a F'_k = F_k (à une permutation près des indices) et \lambda'_k = \alpha_k \lambda_k \alpha_k^{-1}; l’ensemble des vecteurs propres de u pour la valeur propre \lambda_k est le sous-espace sur le commutant A_k de \lambda_k dans A, engendré par les e_{ik} (1 \leq i \leq n_k).

Remarque 10

On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K. Soit u un endomorphisme normal de E.

a) Montrer que pour qu’un sous-espace vectoriel F de E soit tel que u(F) \subset F, il faut et il suffit que F soit engendré par des vecteurs propres de u ; on a alors u(F^0) \subset F^0 et u^*(F) \subset F.

b) Pour que u soit unitaire (resp. pour que u^* = u, u^* = -u), il faut et il suffit que pour toute valeur propre \lambda de u, on ait \lambda \overline{\lambda} = 1 (resp. \overline{\lambda} = \lambda, \overline{\lambda} = -\lambda).

c) On dit qu’un endomorphisme hermitien u de E est positif (resp. positif et non dégénéré) si la forme hermitienne (x, y) \to \Phi(u(x), y) qui lui correspond canoniquement est positive (resp. positive et non dégénérée) ; il faut et il suffit pour cela que toutes les valeurs propres de u soient \geq 0 (resp. > 0).

d) Montrer que pour tout entier m > 0, il existe un endomorphisme normal v de E tel que v^m = u. Si u est hermitien positif, il existe un seul endomorphisme hermitien positif v tel que v^m = u, et il existe un polynôme f \in K[X] tel que v = f(u) ; ce dernier résultat est aussi valable lorsque A = K.

Remarque 11

On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A = K. Soit u un endomorphisme normal de E.

a) Soit V un élément minimal de l’ensemble des sous-espaces de E non réduits à 0, stables pour u et u* ; montrer que si V est de dimension 2, la restriction de u à V est une similitude directe de multiplicateur > 0.

b) Montrer que tout sous-espace de E stable pour u est aussi stable pour u*. (Soit E_0 l’espace vectoriel obtenu à partir de E par extension à K(i) du corps des scalaires ; \Phi est la restriction à E d’une forme hermitienne positive non dégénérée sur E_0 et u la restriction à E d’un endomorphisme normal u_0 de E_0 (pour cette forme) ; en outre E est l’ensemble des x \in E_0 invariants par une bijection semi-linéaire involutive j de E_0, et on a u_0j = ju_0. Appliquer alors l’exerc. 10 a.).

Remarque 12

On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K. Montrer que pour tout endomorphisme uu de EE, il existe une base orthonormale de EE par rapport à laquelle la matrice de uu n’ait que des zéros au-dessous de la diagonale. (Procéder par récurrence sur la dimension de EE, en considérant un vecteur propre de uu.)

Remarque 13

Soient AA un corps vérifiant les conditions du début du § 7, E,FE, F deux espaces vectoriels de dimension finie sur AA, Φ\Phi (resp. Ψ\Psi) une forme hermitienne positive non dégénérée sur EE (resp. FF). Montrer que, pour toute application linéaire uu de EE dans FF, l’adjoint u∗u^* de uu (pour Φ\Phi et Ψ\Psi; cf. § 1, no 8) est tel que u∗uu^*u et uu∗uu^* soient des endomorphismes hermitiens positifs (exerc. 10 c)) de EE et FF respectivement.

Remarque 14

On suppose remplies les conditions du no 3. Soient uu un endomorphisme de EE, h1,h2h_1, h_2 les deux endomorphismes hermitiens positifs de EE, tels que l’on ait h12=u∗u,h22=uu∗h_1^2 = u^*u, h_2^2 = uu^* (exerc. 13 et 10 d)).

a) Montrer qu’il existe un endomorphisme unitaire ν\nu tel que u=νh1=h2νu = \nu h_1 = h_2 \nu et en particulier que h1h_1 et h2h_2 sont semblables (remarquer que u(0)=h1‾(0)u(0) = \overline{h_1}(0) et que si VV est le sous-espace orthogonal à u‾(0)\overline{u}(0), on a Φ(u(x),u(x))=Φ(h1(x),h1(x))\Phi(u(x), u(x)) = \Phi(h_1(x), h_1(x)) pour tout x∈Vx \in V. Pour que ν\nu soit déterminé de façon unique, il faut et il suffit que uu soit bijective. Pour qu’on puisse prendre ν\nu permutable avec h1h_1, il faut et il suffit que uu soit normal.

b) Déduire de a) que toute matrice carrée MM d’ordre nn sur AA peut s’écrire UDVUDV, où UU et VV sont des matrices unitaires et DD une matrice diagonale dont les éléments sont ⩾0\geqslant 0, et ont pour carrés les valeurs propres de MM∗MM^*.

Remarque 15

On suppose remplies les conditions du no 3. Montrer que toute matrice hermitienne positive HH sur AA peut s’écrire sous la forme LL∗LL^*, où L=(λij)L = (\lambda_{ij}) n’a que des zéros au-dessous de sa diagonale et des termes diagonaux appartenant à KK et ⩾0\geqslant 0; en outre LL est déterminée de manière unique par ces conditions lorsque HH est inversible (cf. exerc. 10 d) et 7 c)).

Remarque 16

On suppose remplies les conditions du no 3 et en outre que A=K(i)A = K(i). Soit uu un endomorphisme de EE.

a) L’ensemble des valeurs propres de uu est contenu dans l’ensemble UU des valeurs de Φ(x,u(x))\Phi(x, u(x)) lorsque xx parcourt l’ensemble des éléments de EE tels que Φ(x,x)=1\Phi(x, x) = 1.

b) On dit qu’une partie CC de A=K(i)A = K(i) est convexe si, pour tout couple d’éléments (ξ,η)∈C2(\xi, \eta) \in C^2 et tout τ∈K\tau \in K tel que 0⩽τ⩽10 \leqslant \tau \leqslant 1 on a τξ+(1−τ)η∈C\tau \xi + (1-\tau)\eta \in C. Montrer que l’ensemble UU est convexe. (Se ramener au cas où n=2n = 2; en écrivant uu sous la forme ν+iω\nu + i\omega, où ν\nu et ω\omega sont hermitiens, et en remplaçant au besoin uu par λu\lambda u, où λ∈A\lambda \in A et λλ‾=1\lambda \overline{\lambda} = 1, montrer que tout revient à prouver la propriété suivante. Soient f(ξ1,ξ2)=ξ1ξ‾1+ξ2ξ‾2f(\xi_1, \xi_2) = \xi_1 \overline{\xi}_1 + \xi_2 \overline{\xi}_2, g(ξ1,ξ2)=aξ1ξ‾1+bξ2ξ‾2g(\xi_1, \xi_2) = a \xi_1 \overline{\xi}_1 + b \xi_2 \overline{\xi}_2 (a∈K,b∈Ka \in K, b \in K), h(ξ1,ξ2)=αξ1ξ‾1+βξ1ξ‾2+βξ2ξ‾1+γξ2ξ‾2h(\xi_1, \xi_2) = \alpha \xi_1 \overline{\xi}_1 + \beta \xi_1 \overline{\xi}_2 + \beta \xi_2 \overline{\xi}_1 + \gamma \xi_2 \overline{\xi}_2 (α∈K,γ∈K,β∈A\alpha \in K, \gamma \in K, \beta \in A); soient (η1,η2)∈A2,(ζ1,ζ2)∈A2(\eta_1, \eta_2) \in A^2, (\zeta_1, \zeta_2) \in A^2 tels que f(η1,η2)=f(ζ1,ζ2)=1f(\eta_1, \eta_2) = f(\zeta_1, \zeta_2) = 1, g(η1,η2)=g(ζ1,ζ2)=1g(\eta_1, \eta_2) = g(\zeta_1, \zeta_2) = 1, h(η1,η2)>0h(\eta_1, \eta_2) > 0, h(ζ1,ζ2)<0h(\zeta_1, \zeta_2) < 0; il existe alors (θ1,θ2)∈A2(\theta_1, \theta_2) \in A^2 tel que f(θ1,θ2)=1f(\theta_1, \theta_2) = 1, g(θ1,θ2)=1g(\theta_1, \theta_2) = 1 et h(θ1,θ2)=0h(\theta_1, \theta_2) = 0. On commencera par remarquer que pour tout couple (ξ1,ξ2)(\xi_1, \xi_2), il existe μ∈A\mu \in A tel que μμ‾=1\mu \overline{\mu} = 1 et βμξ1ξ‾2+βμξ2ξ‾1=0\beta \mu \xi_1 \overline{\xi}_2 + \beta \mu \xi_2 \overline{\xi}_1 = 0, ce qui permettra de se ramener au cas où β=0\beta = 0; utiliser la prop. 5 du chap. VI, § 2, no 5.)

c) Montrer que si uu est normal, U est le plus petit ensemble convexe contenant toutes les valeurs propres de uu. Donner un exemple où uu n’est pas normal mais où U possède encore la propriété précédente. (Prendre pour valeurs propres de uu les éléments ±1±i\pm 1 \pm i comme valeurs propres simples, et 0 comme valeur propre double.)

Remarque 17

On suppose remplies les conditions du n° 3 ; pour tout ξ∈A\xi \in A, on désigne par ∣ξ∣|\xi| l’élément ρ⩾0\rho \geqslant 0 de K tel que ρ2=ξξ‾\rho^2 = \xi \overline{\xi} (valeur absolue de ξ\xi). Pour toute matrice carrée M=(αij)M = (\alpha_{ij}) sur A, on pose f(M)=max⁡i∣αii∣f(M) = \max_i |\alpha_{ii}|, g(M)=max⁡i,j∣αij∣g(M) = \max_{i,j} |\alpha_{ij}|, et on désigne par φ(M)\varphi(M) la plus grande valeur absolue des valeurs propres de MM (on montrera que cette définition a un sens lorsque A est le corps des quaternions sur K).

a) Soient A,B,DA, B, D trois matrices carrées d’ordre nn sur A. Montrer que si DD est diagonale, on a

g2(ADB∗)≤f2(D)f(AA∗)f(BB∗) g^2(ADB^*) \leq f^2(D)f(AA^*)f(BB^*)
(utiliser l’inégalité (1) du n° 1). En déduire que
g(ABB∗A∗)≤f(AA∗)φ(BB∗) g(ABB^*A^*) \leq f(AA^*)\varphi(BB^*)
(appliquer la prop. 5 à la matrice hermitienne BB∗BB^*). En déduire que, pour mm matrices carrées arbitraires AiA_i (1≤i≤m1 \leq i \leq m) sur A, on a
g2(A1A2…Am)≤f(A1A1∗)φ(A2A2∗)…φ(Am−1Am−1∗)f(Am∗Am) g^2(A_1A_2\ldots A_m) \leq f(A_1A_1^*)\varphi(A_2A_2^*)\ldots\varphi(A_{m-1}A_{m-1}^*)f(A_m^*A_m)
φ2(A1A2…Am)≤φ(A1A1∗)φ(A2A2∗)…φ(AmAm∗) \varphi^2(A_1A_2\ldots A_m) \leq \varphi(A_1A_1^*)\varphi(A_2A_2^*)\ldots\varphi(A_mA_m^*)
g2(A1A2…Am)≤φ(A1A1∗)…φ(AmAm∗). g^2(A_1A_2\ldots A_m) \leq \varphi(A_1A_1^*)\ldots\varphi(A_mA_m^*).
(Pour (3), raisonner par récurrence à partir de (2). Pour (4), utiliser l’exerc. 12 ; déduire enfin (5) de (3).)

Montrer que l’inégalité (3) ne subsiste plus nécessairement lorsque l’on y remplace Am∗AmA_m^*A_m par AmAm∗A_mA_m^* (observer que l’on peut avoir f(A∗A)≠f(AA∗)f(A^*A) \neq f(AA^*)), ou lorsqu’on remplace φ(AiAi∗)\varphi(A_iA_i^*) par f(AiAi∗)f(A_iA_i^*) pour 2≤i≤m−12 \leq i \leq m-1 (prendre tous les AiA_i égaux à la matrice carrée dont tous les éléments sont 1).

b) Soit uu un endomorphisme normal de E ; si λ\lambda est valeur propre de uu (élément de K(i)K(i) lorsque A=KA = K), λ‾\overline{\lambda} est une valeur propre de u∗uu^*u. Pour toute matrice normale MM (matrice d’un endomorphisme normal de E par rapport à une base orthonormale), on a donc φ2(M)=φ(MM∗)\varphi^2(M) = \varphi(MM^*). En déduire que l’on a aussi g(M)≤φ(M)g(M) \leq \varphi(M), et plus généralement, si M1,…,MmM_1, \ldots, M_m sont normales,

g(M1…Mm)≤φ(M1)…φ(Mm) g(M_1\ldots M_m) \leq \varphi(M_1)\ldots\varphi(M_m)
φ(M1…Mm)≤φ(M1)…φ(Mm) \varphi(M_1\ldots M_m) \leq \varphi(M_1)\ldots\varphi(M_m)
(utiliser (4) et (5)).

c) Montrer que si HH est une matrice hermitienne positive sur A, on a f(H)=g(H)≤φ(H)f(H) = g(H) \leq \varphi(H) (utiliser (3) et b), en écrivant H=AA∗H = AA^*.

Remarque 18

On suppose remplies les conditions du n° 3.**

a) Pour tout endomorphisme uu de EE, soit (ei)(e_i) une base orthonormale de EE formée de vecteurs propres de u∗uu^*u, et soit ρi\rho_i la valeur propre de u∗uu^*u correspondant au vecteur eie_i; on pose s(u)=(∑i=1nρi)1/2s(u) = (\sum_{i=1}^n \rho_i)^{1/2} (racine carrée de Tr⁡(u∗u)\operatorname{Tr}(u^*u) lorsque AA est commutatif); on a s(u∗)=s(u)s(u^*) = s(u). Si u,vu, v sont deux endomorphismes de EE, U,VU, V leurs matrices par rapport à une même base orthonormale de EE, montrer que pour la matrice UV∗+VU∗UV^* + VU^*, à éléments dans KK, on a (Tr⁡(UV∗+VU∗))2≤4s(u)s(v)(\operatorname{Tr}(UV^* + VU^*))^2 \leq 4s(u)s(v) (remarquer que (u∗+λv∗)(u+λv)(u^* + \lambda v^*)(u + \lambda v) est hermitien positif pour tout λ∈K\lambda \in K); en déduire que s(u+v)≤s(u)+s(v)s(u + v) \leq s(u) + s(v). Si en outre AA est commutatif, on a

∣Tr⁡(uv)∣2≤s(u)s(v)et∣Tr⁡(u)∣≤ns(u) |\operatorname{Tr}(uv)|^2 \leq s(u)s(v) \quad \text{et} \quad |\operatorname{Tr}(u)| \leq \sqrt{n}s(u)

(écrire uu comme un produit en utilisant l’exerc. 14 b)).

b) On suppose en outre AA commutatif (donc égal à KK ou K(i)K(i)). Si H1,H2H_1, H_2 sont deux matrices carrées hermitiennes positives, montrer que l’on a Tr⁡(H1H2)≥0\operatorname{Tr}(H_1H_2) \geq 0 (se ramener au cas où H2H_2 est une matrice diagonale). En déduire que l’on a (notations de l’exerc. 17)

∣Tr⁡(H1H2)∣≤φ(H1)Tr⁡(H2)≤Tr⁡(H1)Tr⁡(H2). |\operatorname{Tr}(H_1H_2)| \leq \varphi(H_1)\operatorname{Tr}(H_2) \leq \operatorname{Tr}(H_1)\operatorname{Tr}(H_2).

Conclure de ces inégalités que pour deux endomorphismes quelconques u,vu, v de EE, on a alors s(uv)≤s(u)s(v)s(uv) \leq s(u)s(v).

c) Supposant toujours AA commutatif, soit ∏i=1n(x−λi)\prod_{i=1}^n (x - \lambda_i) la décomposition en facteurs linéaires du polynôme caractéristique d’un endomorphisme quelconque uu de EE; montrer que l’on a ∑i=1n∣λi∣2≤(s(u))2\sum_{i=1}^n |\lambda_i|^2 \leq (s(u))^2 et que, pour que les deux membres de cette inégalité soient égaux, il faut et il suffit que uu soit normal (utiliser l’exerc. 12).

Remarque 19

On suppose remplies les conditions du n° 3. Soit MM une matrice carrée d’ordre nn sur AA; montrer que pour toute sous-matrice carrée NN de MM (obtenue en supprimant dans MM un certain nombre de lignes et les colonnes de mêmes indices que ces lignes), on a (notations de l’exerc. 17) φ2(N)≤φ(MM∗)\varphi^2(N) \leq \varphi(MM^*) (appliquer convenablement la formule (4) de l’exerc. 17). Si en particulier MM est une matrice normale, φ(N)≤φ(M)\varphi(N) \leq \varphi(M) (cf. exerc. 17 b)).

Remarque 20

On suppose remplies les conditions du n° 3 et en outre que AA est égal à KK ou à K(i)K(i). Appliquer les résultats des exerc. 17 à 19 à l’extension de Φ\Phi aux pp-èmes puissances extérieures (§ 1, n° 9) et aux puissances extérieures pp-èmes des endomorphismes ou matrices considérés. En particulier, montrer que, si ∏i=1n(X−λi)\prod_{i=1}^n (X - \lambda_i) et ∏i=1n(X−ρi2)\prod_{i=1}^n (X - \rho_i^2) sont les décompositions en facteurs linéaires des polynômes caractéristiques d’un endomorphisme uu de EE et de l’endomorphisme u∗uu^*u, et si on suppose ∣λi∣⩾∣λi+1∣|\lambda_i| \geqslant |\lambda_{i+1}| et ρi⩾ρi+1⩾0\rho_i \geqslant \rho_{i+1} \geqslant 0 pour 1⩽i⩽n−11 \leqslant i \leqslant n-1, on a

∣λ1λ2…λh∣⩽ρ1ρ2…ρh |\lambda_1 \lambda_2 \ldots \lambda_h| \leqslant \rho_1 \rho_2 \ldots \rho_h
pour 1⩽h⩽n−11 \leqslant h \leqslant n-1 et ∣λ1λ2…λn∣=ρ1ρ2…ρn|\lambda_1 \lambda_2 \ldots \lambda_n| = \rho_1 \rho_2 \ldots \rho_n.

Remarque 21

On suppose remplies les conditions du no 3. Soit uu un endomorphisme hermitien de EE et soit ∏i=1n(X−λi)\prod_{i=1}^n (X-\lambda_i) la décomposition en facteurs linéaires de son polynôme caractéristique ; on suppose λi⩾λi+1\lambda_i \geqslant \lambda_{i+1} pour 1⩽i⩽n−11 \leqslant i \leqslant n-1.

a) Montrer que la plus grande (resp. la plus petite) des valeurs propres λi\lambda_i dans KK est égale à la plus grande (resp. la plus petite) des valeurs de Φ(u(x),x)\Phi(u(x), x) lorsque xx parcourt l’ensemble des x∈Ex \in E tels que Φ(x,x)=1\Phi(x, x) = 1. (Raisonner directement, ou appliquer l’exerc. 16 c) en se ramenant au cas où A=K(i)A = K(i) (§3§ 3, exerc. 4).)

b) Soit Ψv\Psi_v la restriction à un sous-espace vectoriel VV de EE de la forme hermitienne Ψ′\Psi' associée à uu, et soit uvu_v l’endomorphisme hermitien de VV associé à Ψv\Psi_v. Montrer que λk\lambda_k est la plus petite des plus grandes valeurs propres des uvu_v, lorsque VV parcourt l’ensemble des sous-espaces vectoriels de EE, de dimension n−k+1n-k+1 (utiliser la prop. 5).

Remarque 22

On suppose remplies les conditions du no 3, et en outre que AA est égal à K(i)K(i) ou au corps des quaternions sur KK. Soient u,vu, v deux endomorphismes normaux de EE; soit (Ei)1⩽i⩽r(E_i)_{1 \leqslant i \leqslant r} (resp. (Fj)1⩽j⩽s(F_j)_{1 \leqslant j \leqslant s}) la décomposition de EE en somme directe de sous-espaces deux à deux orthogonaux, tels que dans EiE_i (resp. FjF_j) il y ait une base orthonormale formée de vecteurs propres de uu (resp. vv) pour une même valeur propre λi\lambda_i (resp. μj\mu_j), et que λh\lambda_h et λi\lambda_i (resp. μj\mu_j et μk\mu_k) ne soient pas transformés l’un de l’autre par un automorphisme intérieur de AA si h≠ih \neq i (resp. j≠kj \neq k) (cf. prop. 4 et exerc. 9). Pour qu’un endomorphisme ww de EE soit tel que uw=vwuw = vw, il faut et il suffit que pour tout jj (1⩽j⩽s1 \leqslant j \leqslant s), w(Fj)w(F_j) soit contenu dans un des EiE_i et que l’image par ww de tout vecteur propre de vv relatif à la valeur propre μj\mu_j soit un vecteur propre de uu relatif à la valeur propre μj\mu_j (ce qui implique en particulier que μj\mu_j et λi\lambda_i sont transformés l’un de l’autre par un automorphisme intérieur de AA). En déduire que s’il en est ainsi, on a alors u∗w=wv∗u^*w = wv^*.

Remarque 23

On suppose remplies les conditions du no 3. Soient uu et vv deux endomorphismes de EE.

a) On suppose uu et uvuv normaux. Pour que vuvu soit normal, il faut et il suffit que vv et u∗uu^*u soient permutables. (Pour voir que la condition est nécessaire, utiliser la relation u(vu)=(uv)uu(vu) = (uv)u et l’exerc. 22 ; pour voir qu’elle est suffisante, utiliser les exerc. 14 a) et 10 d).)

b) On suppose u,vu, v et uvuv normaux ; soit β\beta la plus grande valeur propre de uu∗uu^*, et soit FF le sous-espace de EE formé des vecteurs propres de uu∗uu^* relatifs à la valeur propre β\beta. Montrer que v(F)⊂Fv(F) \subset F. (Remarquer que pour tout endomorphisme normal uu et tout x∈Ex \in E, on a

Φ(u(x),u(x))=Φ(u∗(x),u∗(x)). \Phi(u(x), u(x)) = \Phi(u^*(x), u^*(x)).
)

Se ramener au cas où A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K ; F admet alors une base formée de vecteurs propres pour u (et u*) ; remarquer que pour un tel vecteur z, on a Φ(u∗uv(z),v(z))=βΦ(v(z),v(z))\Phi(u^*u v(z), v(z)) = \beta \Phi(v(z), v(z)). En déduire que νu\nu u est normal (raisonner par récurrence sur le nombre des valeurs propres distinctes de u∗uu^*u). Si h (resp. h′h') est l’endomorphisme hermitien positif tel que h2=uu∗h^2 = uu^* (resp. h′2=νν∗{h'}^2 = \nu \nu^*) et si on pose u=hu1,ν=h′ν1u = hu_1, \nu = h'\nu_1, où u1u_1 et ν1\nu_1 sont unitaires, h permutable à u1u_1 et h′h' à ν1\nu_1 (exerc. 14 a)), montrer que les couples (h,h′),(h,ν1)(h, h'), (h, \nu_1) et (h′,u1)(h', u_1) sont permutables ; réciproque. En déduire que umνn,νnum,uν∗u^m \nu^n, \nu^n u^m, u \nu^* et ν∗u\nu^* u sont alors normaux (mm et nn entiers >0> 0 arbitraires).

Remarque 24

On suppose remplies les conditions du n° 3. Soit Γ\Gamma un groupe d’automorphismes de E tel que tout u∈Γu \in \Gamma soit normal. Montrer qu’il existe une décomposition de E en somme directe de sous-espaces EkE_k (1≤k≤r1 \leq k \leq r) deux à deux orthogonaux, tels que la restriction à EkE_k de tout u∈Γu \in \Gamma soit de la forme λkνk\lambda_k \nu_k, où λk\lambda_k est un élément >0> 0 de K et où νk\nu_k est un endomorphisme unitaire de EkE_k (décomposer chaque u∈Γu \in \Gamma sous la forme hνh \nu, où ν\nu est unitaire, hh hermitien positif et h2=uu∗h^2 = uu^* (exerc. 14 a)) ; utiliser l’exerc. 23 b) et appliquer le cor. 2 du th. 2 à l’algèbre engendrée par les endomorphismes hermitiens hh correspondant aux u∈Γu \in \Gamma. En déduire que si Γ\Gamma est fini, les éléments u∈Γu \in \Gamma sont unitaires.

Remarque 25

On suppose que A=KA = K (corps ordonné maximal). Soit L un espace euclidien de dimension nn sur A, dont la forme métrique est positive non dégénérée.

Soit S une quadrique affine non dégénérée dans L (§ 6, exerc. 25). Si S admet un centre aa et si on prend aa pour origine dans L, montrer qu’il existe une base orthonormale (ei)(e_i) pour L telle que, par rapport à cette base, S ait pour équation λ1ξ12+⋯+λnξn2=1\lambda_1 \xi_1^2 + \cdots + \lambda_n \xi_n^2 = 1. En outre, si deux bases orthonormales ont cette propriété, les éléments λi∈K\lambda_i \in K qui leur correspondent sont les mêmes à l’ordre près.

Si S n’admet pas de centre, montrer qu’il existe un point bb de S et (bb étant pris pour origine) une base orthonormale pour L telle que, par rapport à cette base, S ait pour équation λ1ξ12+⋯+λn−1ξn−12+ξn=0\lambda_1 \xi_1^2 + \cdots + \lambda_{n-1} \xi_{n-1}^2 + \xi_n = 0. (Si S‾\overline{S} est la quadrique projective telle que S=L∩S‾S = L \cap \overline{S}, c le pôle (à l’infini) par rapport à S‾\overline{S} de l’hyperplan à l’infini H0H_0, déterminer bb par la condition que la droite passant par bb et cc soit perpendiculaire à l’hyperplan tangent à S au point bb).

Remarque 26

a) Soient K un corps commutatif, S une partie de K telle que K soit un corps S-ordonnable maximal (chap. VI, § 2, exerc. 8). Soient ff un polynôme de K[X]K[X], L son corps des racines. Montrer que si, pour toute structure d’ordre (total) sur K compatible avec sa structure d’anneau, L admet une structure d’extension ordonnée de K, on a nécessairement L=KL = K. (Raisonner par l’absurde : en procédant comme dans l’exerc. 8 e) du chap. VI, § 2, se ramener au cas où on aurait [L:K]=2[L : K] = 2. Conclure en remarquant que si b∈Kb \in K n’est pas un carré, il existe une structure d’ordre total sur K, compatible avec sa structure d’anneau, et pour laquelle b<0b < 0 (cf. chap. VI, § 2, n° 3, lemme du th. 1)).

b) Etendre les résultats du n° 3 (la prop. 6 exceptée) au cas où K est un corps S-ordonnable maximal (). (Commencer par démontrer l’analogue de la prop. 5, en utilisant a). Etablir ensuite l’analogue du cor. 2 du th. 2 pour le cas où l’algèbre commutative B est formée d’endomorphismes hermitiens, en utilisant la prop. 10 du chap. VIII, § 9, n° 4. Passer au cas d’un endomorphisme normal u pour A = K(i) en remarquant qu’on peut alors écrire u=v+iwu = v + i w, où v et w sont hermitiens et permutables. Enfin, si A est le corps des quaternions sur K, E0 l’espace E considéré comme espace vectoriel de dimension 2n sur K(i), et si on pose Φ(x,y)=Φ1(x,y)+Φ2(x,y)i\Phi(x, y) = \Phi_1(x, y) + \Phi_2(x, y)i, où Φ1\Phi_1 et Φ2\Phi_2 prennent leurs valeurs dans K(i), remarquer que si u est normal pour Φ\Phi, il est aussi normal pour Φ1\Phi_1.)

Remarque 27

Soient K un corps ordonné maximal, E un espace vectoriel de dimension n sur K, Φ\Phi une forme bilinéaire symétrique non dégénérée sur E, de signature (s, t) distincte de (n, 0) et de (0, n). Soit (ei)(e_i) une base orthogonale pour Φ\Phi, telle que Φ(ei,ei)=1\Phi(e_i, e_i) = 1 pour 1≤i≤s1 \leq i \leq s, Φ(ei,ei)=−1\Phi(e_i, e_i) = -1 pour s+1≤i≤ns+1 \leq i \leq n. Pour toute transformation orthogonale u∈U(Φ)u \in \mathbf{U}(\Phi), soit

U=(MNPQ) U = \begin{pmatrix} M & N \\ P & Q \end{pmatrix}

la matrice de u par rapport à (ei)(e_i), écrite sous forme d’un tableau carré de matrices correspondant à la partition de (1,n)(1, n) en (1,s)(1, s) et (s+1,n)(s+1, n).

a) Démontrer les relations

tM⋅M−tP⋅P=IstQ⋅Q−tN⋅N=IttM⋅N−tP⋅Q=0. \begin{align*} {}^tM \cdot M - {}^tP \cdot P &= I_s \\ {}^tQ \cdot Q - {}^tN \cdot N &= I_t \\ {}^tM \cdot N - {}^tP \cdot Q &= 0. \end{align*}

b) Soit R une matrice sur K à t lignes et s colonnes, telle que Is−tR⋅RI_s - {}^tR \cdot R soit la matrice d’une forme hermitienne (sur KsK^s) positive et non dégénérée. Montrer que det⁡(M+λNR)\det(M + \lambda NR) ne change pas de signe pour −1≤λ≤1-1 \leq \lambda \leq 1 dans K (montrer, en utilisant a), que t(M+λNR)(M+λNR){}^t(M + \lambda NR)(M + \lambda NR) est la matrice d’une forme symétrique positive non dégénérée).

c) On pose σ(u)=σ(U)=sgn⁡(det⁡M)\sigma(u) = \sigma(U) = \operatorname{sgn}(\det M); montrer que, pour deux éléments quelconques u,vu, v du groupe orthogonal U(Φ)\mathbf{U}(\Phi), on a σ(uv)=σ(u)σ(v)\sigma(uv) = \sigma(u)\sigma(v) (utiliser a) et b)). En déduire que le groupe des commutateurs du groupe spécial orthogonal SU(Φ)\mathbf{SU}(\Phi) est distinct de SU(Φ)\mathbf{SU}(\Phi) (cf. § 10, exerc. 9).

Transcribed from the printed volume. Not translated.