§ 7. Formes hermitiennes et corps ordonnés
Dans tout ce paragraphe on désigne par K un corps ordonné maximal (donc commutatif et de caractéristique nulle ; cf. chap. VI, § 2), et on suppose que l’on est dans l’un des trois cas suivants :
1°) A = K, J est l’identité ; 2°) A est le corps K(i), obtenu par adjonction à K d’une racine carrée i de −1, et, pour tout λ ∈ A, est le conjugué de λ (chap. II, § 7, n° 7). 3°) A est le corps des quaternions sur K correspondant au couple (−1, −1) (ou, comme nous dirons pour abréger, le corps des quaternions sur K), et, pour tout λ ∈ A, est le conjugué de λ (cf. chap. II, § 7, n° 8 et chap. VIII, § 11, n° 2).
Si Φ est une forme hermitienne sur E, on a donc, dans tous les cas, pour tout , puisque .
1. Formes hermitiennes positives.
Définition 1
Une forme hermitienne sur est dite positive (resp. négative) si (resp. ) pour tout .
Lorsque , on dit encore que la forme quadratique
Supposons de dimension finie sur , et soit () une base orthogonale de (, no 1, th. 1). Pour qu’une forme hermitienne sur soit positive, il faut et il suffit que pour . Soit une forme hermitienne positive non dégénérée sur ; puisque tout élément positif de est un carré, donc de la forme (), il existe dans des bases orthonormales pour (, no 1, cor. 1 du th. 1).
Proposition 1
Supposons de dimension finie, et ou . Si est une forme hermitienne positive non dégénérée sur , alors les extensions de à et (), ainsi que la forme inverse de , sont des formes hermitiennes positives non dégénérées.
Ceci résulte aussitôt de l’existence d’une base orthonormale de , et de la prop. 2, , no 1.
La prop. 1 reste vraie si on y remplace partout « positive non dégénérée » par « positive ».
Proposition 2
Soit une forme hermitienne positive sur . Pour dans , on a
L’inégalité est en effet immédiate lorsque les vecteurs et sont proportionnels. Supposons donc et linéairement indépendants. Soient le sous-corps (commutatif) de , le plan vectoriel sur engendré par et , et la restriction de à ; celle-ci prend ses valeurs dans . D’après la prop. 1, le discriminant de par rapport à la base est . Or ce discriminant est . CQFD.
Corollaire
L’ensemble des vecteurs isotropes de E est le sous-espace orthogonal de E pour . Pour que soit non dégénérée, il faut et il suffit que l’on ait pour tout .
Proposition 3
Supposons E de dimension finie et A commutatif ( ou ). Soient une forme hermitienne sur E, X sa matrice par rapport à une base () de E ; pour toute partie H de , notons le mineur de X obtenu en supprimant les lignes et les colonnes d’indices (chap. III, § 6, no 3).
a) *Si est positive non dégénérée, on a pour toute partie H de .
b) *Réciproquement, si, en posant , on a pour , est positive non dégénérée.
Supposons d’abord positive non dégénérée. Les éléments () forment une base d’un sous-espace F de E, et le mineur est le discriminant de la restriction de à F par rapport à cette base ; or, comme pour tout dans F, est positive non dégénérée (cor. de la prop. 2) ; on a donc (prop. 1). Pour démontrer b), remarquons que, avec les notations de la prop. 1, § 6, no 1, le mineur est égal à ; il existe donc (prop. 1, § 6, no 1) une base orthogonale () de E telle que pour ; par conséquent est positive non dégénérée.
Remarque
Il résulte de l’existence de bases orthonormales que deux formes hermitiennes positives non dégénérées sur deux espaces vectoriels de même dimension finie sont équivalentes (§ 1, no 6). Soient alors L un espace hermitien de dimension finie sur A, dont la forme métrique est positive non dégénérée, et et deux variétés linéaires de même dimension dans L (§ 6, no 6) ; comme les restrictions de la forme métrique aux directions et de et d’une part, aux sous-espaces orthogonaux et d’autre part, sont équivalentes, il existe un automorphisme unitaire de l’espace des translations de tel que et ; il existe donc un déplacement de tel que . Soient deux couples de points de ; pour qu’il existe un déplacement de tel que et , il faut et il suffit donc (avec la notation du § 6, no 6) que l’on ait ; l’élément de (chap. VI, § 2, no 4) est appelé la distance de et dans l’espace hermitien .
2. La loi d’inertie.
Théorème 1 (« loi d’inertie »)
Supposons que satisfasse aux hypothèses du début de ce paragraphe, et que soit de dimension finie . Soit une forme hermitienne sur . Alors :
a) Il existe une décomposition de en somme directe du sous-espace orthogonal à , et de deux sous-espaces et tels que la restriction de à (resp. ) soit positive (resp. négative) et non dégénérée.
b) Il existe une base orthogonale de telle que
c) Les dimensions de et de sont les mêmes pour toutes les décompositions en somme directe satisfaisant aux conditions énoncées dans a) ; l’entier (resp. ) est le maximum des dimensions des sous-espaces de tels que la restriction de à soit positive (resp. négative) et non dégénérée.
d) Le rang de est .
e) Si est non dégénérée, son indice est égal à (§ 4, no 2, déf. 2).
Soit, en effet, () une base orthogonale de (§ 6, no 1, th. 1); rappelons que l’on a pour tout . On peut supposer que l’on a pour , pour et pour . Ceci démontre a), car on prend pour (resp. ) le sous-espace engendré par (resp. par ), et est alors engendré par . On en déduit b) en remarquant que est de la forme (resp.
- pour (resp. ). Pour démontrer c), considérons un sous-espace P de E tel que la restriction de à P soit positive et non dégénérée; on a alors , et la somme est donc directe; on en conclut que , et ceci démontre c). L’assertion d) résulte aussitôt de a).
Supposons enfin que soit non dégénérée, posons , et montrons que q est l’indice de . Avec les notations de b), les vecteurs (resp. ) () engendrent un sous-espace totalement isotrope F (resp. ). Comme K est de caractéristique 0, est engendré par et est donc non isotrope. La restriction de au sous-espace est alors positive (ou négative) et non dégénérée, et H ne contient donc aucun vecteur isotrope . Comme contient F et H, et que , on a . Ainsi un vecteur isotrope z orthogonal à F est nécessairement dans F, car, dans la somme directe , la composante de z dans H est isotrope. Par conséquent F est un sous-espace totalement isotrope maximal, et ceci démontre e).
Définition 2
Avec les notations du th. 1, le couple s’appelle la signature de .
3. Réduction d’une forme par rapport à une forme hermitienne positive.
Dans ce no nous supposerons que E est de dimension finie sur , et nous noterons une forme hermitienne positive non dégénérée sur E.
Comme les applications linéaires de E dans associées à sont bijectives, quels que soient les éléments de E avec , il existe un élément de E et un seul tel que . En particulier, si ou et si est une application semi-linéaire pour J de E dans lui-même (chap. II, App. I, no 1), il existe, pour tout , un élément et un seul tel que pour tout , . On voit aussitôt que est une application semi-linéaire pour J de E dans lui-même ; on l’appelle l’adjoint de .
Remarque 1
Lorsque J est l’identité, on retrouve la notion d’adjoint d’un homomorphisme définie au § 1, no 8.
Remarque 2
Supposons toujours ou . Soit le A-module à droite défini au § 1, no 2, déf. 5. La forme est une forme bilinéaire sur , est une forme bilinéaire sur , et est une application A-linéaire de E dans . L’adjoint de cet homomorphisme, au sens du § 1, no 8, est une application A-linéaire de E dans ; on voit aussitôt que celle-ci coïncide avec l’application ci-dessus définie.
On dit qu’un endomorphisme de E est normal (pour ) si l’on a .
Exemples d’endomorphismes normaux : 1) les automorphismes unitaires pour ( 6, no 2), qui sont caractérisés par la relation ( 1, no 8, cor. de la prop. 8); 2) les endomorphismes tels que ; ceux-ci sont appelés endomorphismes hermitiens.
Pour tout endomorphisme hermitien de E, posons ; on a
Supposons que ou ; étant donnée une forme bilinéaire sur E, il existe, pour tout , un élément de E et un seul tel que ; on voit aussitôt que est une application semi-linéaire (pour J) de E dans lui-même. Comme , on voit que, pour que soit symétrique (resp. alternée), il faut et il suffit que l’on ait (resp. ).
Théorème 2
Soit S un ensemble d’endomorphismes de E (resp. d’applications semi-linéaires de E dans E lorsque A = K ou A = K(i)) stable pour l’application u → u*. Alors, si V est un sous-espace de E stable pour S, son orthogonal V⁰ est stable pour S. D’autre part E est somme directe de sous-espaces stables pour S, minimaux dans l’ensemble des sous-espaces ≠ {0} et stables pour S, et deux à deux orthogonaux.
Soit en effet V un sous-espace de E stable pour S ; quels que soient x ∈ V⁰, y ∈ V et u ∈ S, on a u*(y) ∈ V, d’où Φ(y, u(x)) = Φ(u*(y), x) = 0 (resp. Φ(y, u(x)) = \overline{\Phi(u^*(y), x)} = 0), et par conséquent u(x) ∈ V⁰ ; ainsi V⁰ est stable pour S, ce qui démontre notre première assertion. Pour la seconde nous procéderons par récurrence sur la dimension n de E, le cas n = 0 étant trivial. Pour n ≠ 0 il existe un sous-espace V ≠ {0} de E stable pour S et minimal, par exemple un sous-espace stable ≠ {0} de dimension minimale. Il suffit alors d’appliquer à V⁰ l’hypothèse de récurrence, puisque l’adjoint de la restriction de u à V⁰ (par rapport à la restriction de Φ) est identique à la restriction à V⁰ de l’adjoint de u.
Corollaire 1
On suppose que A = K ou que A = K(i). Soit B une sous-algèbre de , stable pour l’application u → u*. Alors E est un B-module semi-simple, et est somme directe de sous-modules simples deux à deux orthogonaux. L’algèbre B est semi-simple.
En effet, comme tout sous-B-module V de E admet un supplémentaire, par exemple V⁰, le B-module V est semi-simple (chap. VIII, § 3, no 3, prop. 7). Comme tout sous-B-module ≠ {0} et minimal de E est simple, E est somme directe de sous-modules simples deux à deux orthogonaux. Enfin B est une algèbre semi-simple, puisqu’elle admet un module semi-simple et fidèle E dont le contremodule est de type fini (chap. VIII, § 5, no 1, prop. 3).
Corollaire 2
Les hypothèses et notations étant celles du cor. 1, on suppose de plus que l’algèbre B est commutative. Alors tous ses éléments sont des endomorphismes (normaux) semi-simples de E. Lorsque A = K (resp. A = K(i)), E est somme directe de sous-B-modules simples deux à deux orthogonaux, qui sont des espaces vectoriels de dimension 1 ou 2 (resp. 1) sur A.
La première assertion résulte du chap. VIII, § 9, no 1, prop. 2, puisque B est semi-simple. D’autre part tout B-module simple est isomorphe à un B-module de la forme B/m, où m est un idéal maximal de B, donc à un corps commutatif L de degré fini sur A ; lorsque A = K (resp. A = K(i)), le corps L est nécessairement isomorphe à K ou K(i) (resp. K(i)), puisque K(i) est algébriquement clos (chap. VI, § 2, no 6, th. 3).
Proposition 4
Soit u un endomorphisme normal de E. Lorsque A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K, il existe une base orthonormale (pour Φ) de E formée de vecteurs propres de u. Lorsque A = K, u est semi-simple et E est somme directe de sous-espaces stables pour u, deux à deux orthogonaux, et de dimension 1 ou 2.
Examinons d’abord le cas où A est commutatif (A = K ou A = K(i)). Alors la sous-algèbre B = A[u, u*] de est commutative puisque u est normal ; elle est stable par l’application en vertu des formules (32) et (33) du § 1, no 8. L’assertion relative au cas A = K résulte alors aussitôt du cor. 2 du th. 2. Lorsque A = K(i), ce corollaire montre aussi que E est somme directe de sous-espaces vectoriels () de dimension 1, deux à deux orthogonaux et stables pour u ; si l’on pose , est la base orthonormale cherchée.
Lorsque A est le corps des quaternions sur K, il nous suffira de même de démontrer, en vertu du th. 2, que tout élément minimal de l’ensemble des sous-espaces de E stables par u et est de dimension 1. Or un tel sous-espace V contient nécessairement un vecteur propre de u (*), comme on le voit en remarquant que le corps de quaternions A contient K(i) comme sous-corps algébriquement clos, et en restreignant à K(i) le corps des
(*) Si E est un espace vectoriel à gauche sur un corps non commutatif A, et u un endomorphisme de E, on dit encore qu’un vecteur de E est un vecteur propre pour u s’il existe tel que ; le scalaire a est alors appelé valeur propre de u. On notera que, pour tout dans A, le vecteur est un vecteur propre pour u, et que la valeur propre correspondante est .
scalaires de V. Il ne reste donc plus qu’à montrer que le vecteur propre x de u est aussi un vecteur propre de u*. Posons (); on a alors puisque appartient au centre de A, et d’autre part ; il en résulte que l’on a , et on peut donc écrire , où z est un vecteur orthogonal à x. On a donc
Or, comme u est normal, on a
Par conséquent on a , ce qui, par hypothèse, entraîne et . CQFD.
Remarque
Il résulte du th. 2 que les sous-espaces propres relatifs à deux valeurs propres distinctes de u sont orthogonaux.
Proposition 5
Soit u un endomorphisme hermitien de E. Les valeurs propres de u appartiennent à K, et il existe une base orthonormale de E formée de vecteurs propres de u.
Lorsque A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K, il suffit, en vertu de la prop. 4, de démontrer la première assertion ; or, si x est un vecteur propre de u et a la valeur propre correspondante, on a, en vertu de l’hypothèse ,
comme est un élément non nul du centre de A, il en résulte que , donc . Par conséquent une matrice hermitienne a toutes ses valeurs propres dans K. Supposons maintenant que A soit égal à K. La matrice M de u par rapport à une base orthonormale de E est alors symétrique ; c’est donc une matrice hermitienne si on la considère comme une matrice sur K(i). La première partie de la démonstration montre alors que cette matrice a toutes ses valeurs propres dans K, et admet donc, si , des vecteurs propres dans E. Il en résulte que tout sous-espace stable pour u et minimal est nécessairement de dimension 1, et la conclusion s’ensuit aussitôt, comme dans la prop. 4.
Proposition 6
a) Soit une forme hermitienne (resp. bilinéaire symétrique si ou ) sur . Il existe une base de qui est orthonormale pour et orthogonale pour .
b) Supposons ou , et soit une forme bilinéaire alternée sur . Il existe une base de qui est orthonormale pour et par rapport à laquelle la matrice de est de la forme
où les sont dans .
Lorsque est hermitienne, notre assertion résulte aussitôt de la prop. 5 et de la correspondance canonique entre formes hermitiennes sur et endomorphismes hermitiens pour . Dans les deux autres cas, soit l’application semi-linéaire de dans lui-même définie au début de ce n° par la formule . Alors est une application -linéaire ; lorsque est symétrique (resp. alternée), on a (resp. ), donc est hermitien ; d’où aussi
ceci montre que la forme hermitienne est positive (resp. négative). Appliquons alors le th. 2, et soit un élément minimal de la famille des sous-espaces de stables pour et pour . Comme est un endomorphisme hermitien, contient un vecteur propre de ; posons , où (prop. 5).
Lorsque est symétrique, l’inégalité montre que l’on a . Posons ; on a , et est stable pour et . Si , est stable pour et ; en tous cas, est un sous-espace de dimension 1, et notre conclusion résulte aussitôt du th. 2.
Lorsque est alternée, on a ; posons
On a et
Si , on a et , donc est stable pour et , est de dimension 1, et la matrice de la restriction de à est nulle puisque est alternée. Sinon, et sont tous deux , ils engendrent , et comme ils sont orthogonaux, est de dimension 2 et la matrice de la restriction de à est de la forme . Enfin, en vertu de la formule , on a lorsque et appartiennent à deux sous-espaces stables par et orthogonaux pour . Ceci démontre l’existence d’une base orthonormale de (pour ) par rapport à laquelle la matrice de a la forme indiquée. CQFD.
Exercices. — 1) On suppose vérifiées les hypothèses du début du § 7 ; soit une forme hermitienne positive sur .
a) Pour que l’on ait , il faut et il suffit que et soient linéairement dépendants ou que le plan engendré par et soit isotrope.
b) On suppose que, pour tout , soit un carré dans . Montrer que pour deux vecteurs quelconques de , on a
Si est non dégénérée, les deux membres de cette inégalité ne peuvent être égaux que si , où et sont deux éléments de , non tous deux nuls et tels que .
2) On suppose ou . Soit une matrice carrée hermitienne d’ordre sur , telle que pour toute partie non vide de , on ait (notations de la prop. 3 du no 1).
a) Soit un élément de ; montrer que la matrice est positive non dégénérée (utiliser la prop. 3 du no 1, en raisonnant par récurrence sur ).
b) En déduire que la matrice hermitienne est positive.
Remarque 3
On suppose que ou et que est de dimension finie. Soient deux formes hermitiennes positives sur , et soient les matrices de ces formes par rapport à une même base de . Montrer que la forme hermitienne dont la matrice par rapport à est telle que pour tout couple d’indices, est positive ; en outre, si et sont non dégénérées, il en est de même de . (Dans le calcul de , exprimer les à l’aide des valeurs pour une base orthogonale de relative à .)
Remarque 4
On suppose que ou . Soit une matrice hermitienne d’ordre sur ; on dit que a pour signature si la forme hermitienne sur ayant pour matrice par rapport à la base canonique, a pour signature . On désigne par le mineur principal de obtenu en supprimant dans les lignes et les colonnes d’indice ; on suppose que et que, pour aucun indice , et ne soient simultanément nuls (cf. § 6, exerc. 1 b)). Montrer que si pour un , et ont des signes opposés (méthode de l’exerc. 1 a) du § 6) et que le nombre est égal à
(utiliser l’exerc. 2 du § 6).
Remarque 5
On suppose que ou ; soient deux matrices hermitiennes sur , de signatures et respectivement (exerc. 4); montrer que la matrice est une matrice hermitienne de signature .
Remarque 6
Soient un corps ordonné maximal, une algèbre simple de rang fini sur . Si est la signature de la forme bilinéaire symétrique sur , montrer que l’on a : si est isomorphe à une algèbre de matrices d’ordre sur ; si est isomorphe à une algèbre de matrices sur le corps ; si est isomorphe à une algèbre de matrices d’ordre sur le corps des quaternions sur .
Remarque 7
On suppose que satisfait aux conditions du début du § 7 et que est de dimension finie . Soit une forme hermitienne positive non dégénérée sur . a) Montrer que toute similitude pour s’écrit d’une seule manière comme produit d’une homothétie de rapport dans , et d’une transformation unitaire. b) Pour toute base de , montrer qu’il existe une base orthonormale et une seule de satisfaisant aux conditions suivantes : 1° pour tout tel que , le sous-espace engendré par est identique au sous-espace engendré par ; 2° on a dans , pour tout indice (cf. § 6, no 1, prop. 1). c) Déduire de b) que pour toute matrice carrée inversible d’ordre sur , il existe un couple de matrices d’ordre et un seul, tel que soit une matrice unitaire, que n’ait que des zéros au-dessous de sa diagonale et des termes diagonaux appartenant à et , et enfin que .
Remarque 8
On suppose ; soit un espace hermitien de dimension finie sur , dont la forme métrique est positive non dégénérée. Soient deux parties de , une bijection de sur telle que l’on ait quels que soient les points de . Montrer qu’il existe un déplacement dont la restriction à soit égale à (raisonner par récurrence sur la dimension de la variété linéaire affine engendrée par , comme dans le procédé d’orthogonalisation de Gram-Schmidt). La proposition s’étend-elle au cas où A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K ?
Remarque 9
On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A est le corps des quaternions sur K. Soit u un endomorphisme normal de E. Montrer que E est somme directe de sous-espaces F_k (1 \leq k \leq r), deux à deux orthogonaux, tels que dans chacun des F_k il existe une base orthonormale (e_{ik}) (1 \leq i \leq n_k) et que l’on ait u(e_{ik}) = \lambda_k e_{ik} pour 1 \leq i \leq n_k, deux \lambda_k d’indices distincts n’étant pas transformés l’un de l’autre par un automorphisme intérieur de A. En outre, si (F'_k) est une seconde décomposition de E ayant les mêmes propriétés, avec un système (\lambda'_k) de valeurs propres, on a F'_k = F_k (à une permutation près des indices) et \lambda'_k = \alpha_k \lambda_k \alpha_k^{-1}; l’ensemble des vecteurs propres de u pour la valeur propre \lambda_k est le sous-espace sur le commutant A_k de \lambda_k dans A, engendré par les e_{ik} (1 \leq i \leq n_k).
Remarque 10
On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K. Soit u un endomorphisme normal de E.
a) Montrer que pour qu’un sous-espace vectoriel F de E soit tel que u(F) \subset F, il faut et il suffit que F soit engendré par des vecteurs propres de u ; on a alors u(F^0) \subset F^0 et u^*(F) \subset F.
b) Pour que u soit unitaire (resp. pour que u^* = u, u^* = -u), il faut et il suffit que pour toute valeur propre \lambda de u, on ait \lambda \overline{\lambda} = 1 (resp. \overline{\lambda} = \lambda, \overline{\lambda} = -\lambda).
c) On dit qu’un endomorphisme hermitien u de E est positif (resp. positif et non dégénéré) si la forme hermitienne (x, y) \to \Phi(u(x), y) qui lui correspond canoniquement est positive (resp. positive et non dégénérée) ; il faut et il suffit pour cela que toutes les valeurs propres de u soient \geq 0 (resp. > 0).
d) Montrer que pour tout entier m > 0, il existe un endomorphisme normal v de E tel que v^m = u. Si u est hermitien positif, il existe un seul endomorphisme hermitien positif v tel que v^m = u, et il existe un polynôme f \in K[X] tel que v = f(u) ; ce dernier résultat est aussi valable lorsque A = K.
Remarque 11
On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A = K. Soit u un endomorphisme normal de E.
a) Soit V un élément minimal de l’ensemble des sous-espaces de E non réduits à 0, stables pour u et u* ; montrer que si V est de dimension 2, la restriction de u à V est une similitude directe de multiplicateur > 0.
b) Montrer que tout sous-espace de E stable pour u est aussi stable pour u*. (Soit E_0 l’espace vectoriel obtenu à partir de E par extension à K(i) du corps des scalaires ; \Phi est la restriction à E d’une forme hermitienne positive non dégénérée sur E_0 et u la restriction à E d’un endomorphisme normal u_0 de E_0 (pour cette forme) ; en outre E est l’ensemble des x \in E_0 invariants par une bijection semi-linéaire involutive j de E_0, et on a u_0j = ju_0. Appliquer alors l’exerc. 10 a.).
Remarque 12
On suppose remplies les conditions du n° 3, et en outre que A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K. Montrer que pour tout endomorphisme de , il existe une base orthonormale de par rapport à laquelle la matrice de n’ait que des zéros au-dessous de la diagonale. (Procéder par récurrence sur la dimension de , en considérant un vecteur propre de .)
Remarque 13
Soient un corps vérifiant les conditions du début du § 7, deux espaces vectoriels de dimension finie sur , (resp. ) une forme hermitienne positive non dégénérée sur (resp. ). Montrer que, pour toute application linéaire de dans , l’adjoint de (pour et ; cf. § 1, no 8) est tel que et soient des endomorphismes hermitiens positifs (exerc. 10 c)) de et respectivement.
Remarque 14
On suppose remplies les conditions du no 3. Soient un endomorphisme de , les deux endomorphismes hermitiens positifs de , tels que l’on ait (exerc. 13 et 10 d)).
a) Montrer qu’il existe un endomorphisme unitaire tel que et en particulier que et sont semblables (remarquer que et que si est le sous-espace orthogonal à , on a pour tout . Pour que soit déterminé de façon unique, il faut et il suffit que soit bijective. Pour qu’on puisse prendre permutable avec , il faut et il suffit que soit normal.
b) Déduire de a) que toute matrice carrée d’ordre sur peut s’écrire , où et sont des matrices unitaires et une matrice diagonale dont les éléments sont , et ont pour carrés les valeurs propres de .
Remarque 15
On suppose remplies les conditions du no 3. Montrer que toute matrice hermitienne positive sur peut s’écrire sous la forme , où n’a que des zéros au-dessous de sa diagonale et des termes diagonaux appartenant à et ; en outre est déterminée de manière unique par ces conditions lorsque est inversible (cf. exerc. 10 d) et 7 c)).
Remarque 16
On suppose remplies les conditions du no 3 et en outre que . Soit un endomorphisme de .
a) L’ensemble des valeurs propres de est contenu dans l’ensemble des valeurs de lorsque parcourt l’ensemble des éléments de tels que .
b) On dit qu’une partie de est convexe si, pour tout couple d’éléments et tout tel que on a . Montrer que l’ensemble est convexe. (Se ramener au cas où ; en écrivant sous la forme , où et sont hermitiens, et en remplaçant au besoin par , où et , montrer que tout revient à prouver la propriété suivante. Soient , (), (); soient tels que , , , ; il existe alors tel que , et . On commencera par remarquer que pour tout couple , il existe tel que et , ce qui permettra de se ramener au cas où ; utiliser la prop. 5 du chap. VI, § 2, no 5.)
c) Montrer que si est normal, U est le plus petit ensemble convexe contenant toutes les valeurs propres de . Donner un exemple où n’est pas normal mais où U possède encore la propriété précédente. (Prendre pour valeurs propres de les éléments comme valeurs propres simples, et 0 comme valeur propre double.)
Remarque 17
On suppose remplies les conditions du n° 3 ; pour tout , on désigne par l’élément de K tel que (valeur absolue de ). Pour toute matrice carrée sur A, on pose , , et on désigne par la plus grande valeur absolue des valeurs propres de (on montrera que cette définition a un sens lorsque A est le corps des quaternions sur K).
a) Soient trois matrices carrées d’ordre sur A. Montrer que si est diagonale, on a
Montrer que l’inégalité (3) ne subsiste plus nécessairement lorsque l’on y remplace par (observer que l’on peut avoir ), ou lorsqu’on remplace par pour (prendre tous les égaux à la matrice carrée dont tous les éléments sont 1).
b) Soit un endomorphisme normal de E ; si est valeur propre de (élément de lorsque ), est une valeur propre de . Pour toute matrice normale (matrice d’un endomorphisme normal de E par rapport à une base orthonormale), on a donc . En déduire que l’on a aussi , et plus généralement, si sont normales,
c) Montrer que si est une matrice hermitienne positive sur A, on a (utiliser (3) et b), en écrivant .
Remarque 18
On suppose remplies les conditions du n° 3.**
a) Pour tout endomorphisme de , soit une base orthonormale de formée de vecteurs propres de , et soit la valeur propre de correspondant au vecteur ; on pose (racine carrée de lorsque est commutatif); on a . Si sont deux endomorphismes de , leurs matrices par rapport à une même base orthonormale de , montrer que pour la matrice , à éléments dans , on a (remarquer que est hermitien positif pour tout ); en déduire que . Si en outre est commutatif, on a
(écrire comme un produit en utilisant l’exerc. 14 b)).
b) On suppose en outre commutatif (donc égal à ou ). Si sont deux matrices carrées hermitiennes positives, montrer que l’on a (se ramener au cas où est une matrice diagonale). En déduire que l’on a (notations de l’exerc. 17)
Conclure de ces inégalités que pour deux endomorphismes quelconques de , on a alors .
c) Supposant toujours commutatif, soit la décomposition en facteurs linéaires du polynôme caractéristique d’un endomorphisme quelconque de ; montrer que l’on a et que, pour que les deux membres de cette inégalité soient égaux, il faut et il suffit que soit normal (utiliser l’exerc. 12).
Remarque 19
On suppose remplies les conditions du n° 3. Soit une matrice carrée d’ordre sur ; montrer que pour toute sous-matrice carrée de (obtenue en supprimant dans un certain nombre de lignes et les colonnes de mêmes indices que ces lignes), on a (notations de l’exerc. 17) (appliquer convenablement la formule (4) de l’exerc. 17). Si en particulier est une matrice normale, (cf. exerc. 17 b)).
Remarque 20
On suppose remplies les conditions du n° 3 et en outre que est égal à ou à . Appliquer les résultats des exerc. 17 à 19 à l’extension de aux -èmes puissances extérieures (§ 1, n° 9) et aux puissances extérieures -èmes des endomorphismes ou matrices considérés. En particulier, montrer que, si et sont les décompositions en facteurs linéaires des polynômes caractéristiques d’un endomorphisme de et de l’endomorphisme , et si on suppose et pour , on a
Remarque 21
On suppose remplies les conditions du no 3. Soit un endomorphisme hermitien de et soit la décomposition en facteurs linéaires de son polynôme caractéristique ; on suppose pour .
a) Montrer que la plus grande (resp. la plus petite) des valeurs propres dans est égale à la plus grande (resp. la plus petite) des valeurs de lorsque parcourt l’ensemble des tels que . (Raisonner directement, ou appliquer l’exerc. 16 c) en se ramenant au cas où (, exerc. 4).)
b) Soit la restriction à un sous-espace vectoriel de de la forme hermitienne associée à , et soit l’endomorphisme hermitien de associé à . Montrer que est la plus petite des plus grandes valeurs propres des , lorsque parcourt l’ensemble des sous-espaces vectoriels de , de dimension (utiliser la prop. 5).
Remarque 22
On suppose remplies les conditions du no 3, et en outre que est égal à ou au corps des quaternions sur . Soient deux endomorphismes normaux de ; soit (resp. ) la décomposition de en somme directe de sous-espaces deux à deux orthogonaux, tels que dans (resp. ) il y ait une base orthonormale formée de vecteurs propres de (resp. ) pour une même valeur propre (resp. ), et que et (resp. et ) ne soient pas transformés l’un de l’autre par un automorphisme intérieur de si (resp. ) (cf. prop. 4 et exerc. 9). Pour qu’un endomorphisme de soit tel que , il faut et il suffit que pour tout (), soit contenu dans un des et que l’image par de tout vecteur propre de relatif à la valeur propre soit un vecteur propre de relatif à la valeur propre (ce qui implique en particulier que et sont transformés l’un de l’autre par un automorphisme intérieur de ). En déduire que s’il en est ainsi, on a alors .
Remarque 23
On suppose remplies les conditions du no 3. Soient et deux endomorphismes de .
a) On suppose et normaux. Pour que soit normal, il faut et il suffit que et soient permutables. (Pour voir que la condition est nécessaire, utiliser la relation et l’exerc. 22 ; pour voir qu’elle est suffisante, utiliser les exerc. 14 a) et 10 d).)
b) On suppose et normaux ; soit la plus grande valeur propre de , et soit le sous-espace de formé des vecteurs propres de relatifs à la valeur propre . Montrer que . (Remarquer que pour tout endomorphisme normal et tout , on a
Se ramener au cas où A est égal à K(i) ou au corps des quaternions sur K ; F admet alors une base formée de vecteurs propres pour u (et u*) ; remarquer que pour un tel vecteur z, on a . En déduire que est normal (raisonner par récurrence sur le nombre des valeurs propres distinctes de ). Si h (resp. ) est l’endomorphisme hermitien positif tel que (resp. ) et si on pose , où et sont unitaires, h permutable à et à (exerc. 14 a)), montrer que les couples et sont permutables ; réciproque. En déduire que et sont alors normaux ( et entiers arbitraires).
Remarque 24
On suppose remplies les conditions du n° 3. Soit un groupe d’automorphismes de E tel que tout soit normal. Montrer qu’il existe une décomposition de E en somme directe de sous-espaces () deux à deux orthogonaux, tels que la restriction à de tout soit de la forme , où est un élément de K et où est un endomorphisme unitaire de (décomposer chaque sous la forme , où est unitaire, hermitien positif et (exerc. 14 a)) ; utiliser l’exerc. 23 b) et appliquer le cor. 2 du th. 2 à l’algèbre engendrée par les endomorphismes hermitiens correspondant aux . En déduire que si est fini, les éléments sont unitaires.
Remarque 25
On suppose que (corps ordonné maximal). Soit L un espace euclidien de dimension sur A, dont la forme métrique est positive non dégénérée.
Soit S une quadrique affine non dégénérée dans L (§ 6, exerc. 25). Si S admet un centre et si on prend pour origine dans L, montrer qu’il existe une base orthonormale pour L telle que, par rapport à cette base, S ait pour équation . En outre, si deux bases orthonormales ont cette propriété, les éléments qui leur correspondent sont les mêmes à l’ordre près.
Si S n’admet pas de centre, montrer qu’il existe un point de S et ( étant pris pour origine) une base orthonormale pour L telle que, par rapport à cette base, S ait pour équation . (Si est la quadrique projective telle que , c le pôle (à l’infini) par rapport à de l’hyperplan à l’infini , déterminer par la condition que la droite passant par et soit perpendiculaire à l’hyperplan tangent à S au point ).
Remarque 26
a) Soient K un corps commutatif, S une partie de K telle que K soit un corps S-ordonnable maximal (chap. VI, § 2, exerc. 8). Soient un polynôme de , L son corps des racines. Montrer que si, pour toute structure d’ordre (total) sur K compatible avec sa structure d’anneau, L admet une structure d’extension ordonnée de K, on a nécessairement . (Raisonner par l’absurde : en procédant comme dans l’exerc. 8 e) du chap. VI, § 2, se ramener au cas où on aurait . Conclure en remarquant que si n’est pas un carré, il existe une structure d’ordre total sur K, compatible avec sa structure d’anneau, et pour laquelle (cf. chap. VI, § 2, n° 3, lemme du th. 1)).
b) Etendre les résultats du n° 3 (la prop. 6 exceptée) au cas où K est un corps S-ordonnable maximal (). (Commencer par démontrer l’analogue de la prop. 5, en utilisant a). Etablir ensuite l’analogue du cor. 2 du th. 2 pour le cas où l’algèbre commutative B est formée d’endomorphismes hermitiens, en utilisant la prop. 10 du chap. VIII, § 9, n° 4. Passer au cas d’un endomorphisme normal u pour A = K(i) en remarquant qu’on peut alors écrire , où v et w sont hermitiens et permutables. Enfin, si A est le corps des quaternions sur K, E0 l’espace E considéré comme espace vectoriel de dimension 2n sur K(i), et si on pose , où et prennent leurs valeurs dans K(i), remarquer que si u est normal pour , il est aussi normal pour .)
Remarque 27
Soient K un corps ordonné maximal, E un espace vectoriel de dimension n sur K, une forme bilinéaire symétrique non dégénérée sur E, de signature (s, t) distincte de (n, 0) et de (0, n). Soit une base orthogonale pour , telle que pour , pour . Pour toute transformation orthogonale , soit
la matrice de u par rapport à , écrite sous forme d’un tableau carré de matrices correspondant à la partition de en et .
a) Démontrer les relations
b) Soit R une matrice sur K à t lignes et s colonnes, telle que soit la matrice d’une forme hermitienne (sur ) positive et non dégénérée. Montrer que ne change pas de signe pour dans K (montrer, en utilisant a), que est la matrice d’une forme symétrique positive non dégénérée).
c) On pose ; montrer que, pour deux éléments quelconques du groupe orthogonal , on a (utiliser a) et b)). En déduire que le groupe des commutateurs du groupe spécial orthogonal est distinct de (cf. § 10, exerc. 9).