On conserve les notations générales du paragraphe 4. On convient de plus que, sauf mention expresse du contraire, tous les modules considérés sont des modules à gauche, tous les complexes considérés des complexes de modules à gauche.
1. Complexes d’homomorphismes
Soient (C,d) et (C′,d′) deux A-complexes. Considérons le k-module gradué HomgrA(C,C′) (II, p. 174, 175) : pour n∈Z, HomgrA(C,C′)n est le k-mod. le des applications A-linéaires graduées de degré n de C dans C′ ; autrement dit HomgrA(C,C′) s’identifie canoniquement au A-module
Alors (HomgrA(C,C′),D) est un complexe de k-modules appelé complexe des homomorphismes de C dans C′.
Par exemple, Homgr_A (A, C') s’identifie canoniquement à C'. Notons aussi que, pour tout n∈Z, on a HomgrA(C,C′)(n)=HomgrA(C,C′(n)).
Les éléments de Zn(HomgrA(C,C′)) sont les homomorphismes gradués f de degré (descendant) n de C dans C′ tels que d′∘f=(−1)nf∘d, c’est-à-dire les morphismes de complexes de C dans C′(n), ou encore de C(p) dans C′(p+n) pour p quelconque fixé. On dit que ce sont les morphismes de complexes de degré (descendant) nde C dans C' ; si f,g∈Zn(HomgrA(C,C′)) et s∈HomgrA(C,C′)n+1, alors la condition g−f=Ds signifie que s est une homotopie reliant les morphismes f et g de C dans C′(n), de sorte que Hn(HomgrA(C,C′))est le k-module des classes d’homotopie de morphismes de degré (descendant) n de C dans C'.
Soient α∈Hn(HomgrA(C,C′)) et p∈Z. Représentons α par f∈Zn(HomgrA(C,C′)); alors f est un morphisme de complexes de C dans C′(n), donc Hp(f) est un homomorphisme de Hp(C) dans Hp(C′(n))=Hp+n(C′); comme Hp(f) ne dépend que de la classe d’homotopie α de f (X, p. 33, prop. 3), on en déduit un homomorphisme canonique de k-modules
Hn(HomgrA(C,C′))→HomA(Hp(C),Hp+n(C′)),
d’où une application k-linéaire graduée de degré 0, dite canonique
λ(C,C′):H(HomgrA(C,C′))→Homgr˙A(H(C),H(C′)).
Les composantes homogènes de λ(C,C′) seront souvent notées :
Si C est nul à droite et C' nul à gauche, alors Homgr_A (C, C') est nul à gauche, et l’application k-linéaire canonique
λ0(C,C′):H0(HomgrA(C,C′))→HomA(H0(C),H0(C′))
est bijective.
On a des suites exactes
0⟶H0(C′)iC′0d′0C′1C1d1C0pH0(C)⟶0.
D’autre part HomgrA0(C,C′) s’identifie à HomA(C0,C′0), Z0(HomgrA(C,C′)) s’identifiant alors à l’ensemble des f:C0→C′0 tels que d′0∘f=0,f∘d1=0; B0(HomgrA(C,C′)) est nul ; enfin l’application λ0 associe à la classe de f modulo {0} l’homomorphisme φ:H0(C)→H0(C′) tel que f=i∘φ∘p, d’où la proposition.
Soient u:C~→C et u′:C′→C~′ des morphismes de complexes ; alors l’homomorphisme canonique HomgrA(u,u′):HomgrA(C,C′)→HomgrA(C~,C~′), défini par f↦u′∘f∘u, est un morphisme de complexes, comme il résulte aussitôt de la formule (1). De plus, le diagramme suivant est commutatif
sont des suites exactes de complexes de k-modules.
b) Soit 0→C′uCvC′′→0 une suite de A-complexes qui est scindée en tant que suite exacte de A-modules gradués (c’est le cas par exemple si C′ est injectif, ou si C′′ est projectif). Alors pour tout complexe E, les suites
sont des suites exactes de complexes de k-modules.
Dans le cas a), on remarque que les suites
HomA(Pp,Cq′)→HomA(Pp,Cq)→HomA(Pp,Cq′′)
et
HomA(Cq′′,Ep)→HomA(Cq,Ep)→HomA(Cq′,Ep)
sont exactes pour tous p,q∈Z, et on applique II, p. 10, prop. 5 et II, p. 13, prop. 7. La démonstration de b) est analogue.
2. Complexes d’homomorphismes et homotopies
Proposition 3
Soient C,C~,C′,C~′ quatre A-complexes, u:C~→C,v:C~→C,u′:C′→C~′ et v′:C′→C~′ quatre morphismes de complexes.
a) Si u et u′ sont homotopes à v et v′ respectivement, alors les deux morphismes HomgrA(u,u′) et HomgrA(v,v′) de HomgrA(C,C′) dans HomgrA(C~,C~′) sont homotopes.
b) Si u et u′ sont des homotopismes, HomgrA(u,u′) est un homotopisme.
c) Si C ou C′ est homotope à zéro, HomgrA(C,C′) est homotope à zéro.
Notons par la même lettre d les différentielles des complexes C, C1, C′, C1′, et par D les différentielles de HomgrA(C,C′) et HomgrA(C1,C1′). Si u (resp. u′) est homotope à v (resp. v′), il existe un homomorphisme gradué de degré 1,
w:C1→C(resp. w′:C′→C1′)
tel que
u−v=dw+wd(resp. u′−v′=dw′+w′d)(2)
Soit W:HomgrA(C,C′)→HomgrA(C1,C1′) l’homomorphisme gradué de degré 1 tel que, pour f∈HomgrA(C,C′)n, n∈Z, on ait
Démontrons b). Si u et u′ sont des homotopismes, soient α:C→C et α′:C′→C′ des morphismes de complexes tels que u∘α, α∘u, u′∘α′, α′∘u′ soient homotopes respectivement à IdC, IdC, IdC′, IdC′. Alors Homgr(u,u′)∘Homgr(α,α′), qui est égal à Homgr(α∘u,u′∘α′), est homotope d’après a) à
HomgrA(IdC,IdC′)=IdHomgrA(C,C′);
de même Homgr(α,α′)∘Homgr(u,u′) est homotope à IdHomgr(C,C′), d’où b).
Enfin c) résulte de b) (appliqué au cas où C ou C′ est nul).
Corollaire 1
Si C est scindé et H(C) projectif (resp. si C′ est scindé et Hn(C′) injectif pour chaque n), alors l’homomorphisme canonique
λ(C,C′):H(HomgrA(C,C′))→HomgrA(H(C),H(C′))
est bijectif.
Supposons par exemple C′ scindé et H(C′) injectif pour chaque n, le cas où C est scindé et H(C) projectif se démontrant de manière analogue. D’après X, p. 35, déf. 6, il existe un homotopisme u′:C′→H(C′) ; d’après la prop. 3, HomgrA(1,u′) est un homotopisme de HomgrA(C,C′) sur HomgrA(C,H(C′)) ; comme
et que HomgrA(1,H(u′)) et H(HomgrA(1,u′)) sont bijectifs, il nous suffit de prouver que λ(C,H(C′)) est bijectif, ce qui nous ramène au cas où C′ est injectif et à différentielle nulle.
Alors les suites exactes canoniques (X, p. 28)
(III)
0→B(C)iCδC/B(C)→0
(IV)
0→H(C)jC/B(C)δB(C)→0
donnent des suites exactes (X, p. 83, prop. 2, a))
Comme dC=i∘δ∘p, la différentielle D de Homgr (C, C') est donnée par Dn=(−1)n+1Pn∘Δn∘ln; on a alors
Z(HomgrA(C,C′))=Ker(P∘Δ∘I)=KerI=ImP,
B(HomgrA(C,C′))=Im(P∘Δ∘I)=P(ImΔ)=P(KerJ);
d’où un isomorphisme φ:H(HomgrA(C,C′))→HomgrA(H(C),C′) tel que, si a∈HomgrA(C/B(C),C′), alors l’image par φ de la classe de P(a) est J(a); on vérifie aussitôt que φ s’identifie à l’homomorphisme canonique λ.
Corollaire 2
Supposons B(C) et H(C) projectifs (resp. Bn(C′) et Hn(C′) injectifs pour chaque n). Alors λ(C,C′) est bijectif.
En effet C (resp. C′) est alors scindé d’après X, p. 35, exemple 4, et on applique le cor. 1.
Corollaire 3
Soit M un A-module projectif (resp. injectif). Pour tout complexe C de A-modules et tout entier n, l’homomorphisme canonique
Hn(HomgrA(M,C))→HomA(M,Hn(C))
(resp. Hn(HomgrA(C,M))→HomA(Hn(C),M)) est bijectif.
Lemme 1
a) Si C ou C′ est borné à droite, si C est projectif et si H(C′)=0, alors H(HomgrA(C,C′))=0. b) Si C ou C′ est borné à gauche, si C′ est injectif et si H(C)=0, alors H(HomgrA(C,C′))=0.
Soit f∈Zn(HomgrA(C,C′)); f est donc un morphisme de complexes de C dans C′(n); dans le cas a) (resp. b)), fm est nul pour m assez petit (resp. assez grand). D’après X, p. 47, prop. 1, f est alors homotope à zéro, donc appartient à Bn(HomgrA(C,C′)), d’où la conclusion.
Proposition 4
Soient u:C′→C un homologisme de complexes, P un complexe projectif, E un complexe injectif.
a) Si P est borné à droite, ou si C et C′ sont bornés à droite, alors
HomgrA(1,u):HomgrA(P,C′)→HomgrA(P,C)
est un homologisme.
b) Si E est borné à gauche, ou bien si C et C′ sont bornés à gauche, alors
HomgrA(u,1):HomgrA(C,E)→HomgrA(C′,E)
est un homologisme.
Supposons d’abord u injectif et posons C′′=Cokeru. Comme u est un homologisme, C′′ est d’homologie nulle. On a d’autre part des suites exactes (prop. 2)
d’après le lemme 1, HomgrA(P,C′′) est d’homologie nulle dans le cas a, HomgrA(C′′,E) est d’homologie nulle dans le cas b, d’où la conclusion.
Dans le cas général, il existe (X, p. 38, cor. à la prop. 7) un complexe C~′, qui est borné à droite (resp. à gauche) lorsque C et C′ le sont, un morphisme injectif u~:C′→C~′ et un homotopisme β:C~′→C tel que u=β∘u~. Alors u~ est un homologisme (X, p. 34, cor. à la prop. 5) ; d’après ce qui précède, HomgrA(lP,u~) (resp. HomgrA(u~,lE)) est un homologisme dans le cas a (resp. b). D’autre part HomgrA(lP,β) (resp. HomgrA(β,lE)) est un homotopisme (prop. 3) ; alors HomgrA(lP,u) (resp. HomgrA(u,lE)) est composé de deux homologismes, donc est un homologisme.
3. Définition et premières propriétés des modules d’extensions
Pour tout A-module E, on note pE:L(E)→E (resp. eE:E→I(E)) la résolution libre (resp. injective) canonique, cf. X, p. 50 (resp. p. 52).
Définition 1
Soient M et N deux A-modules. On appelle module d’extensions de N par M, le k-module gradué
(4)ExtA(M,N)=H(HomgrA(L(M),I(N))).
Les composantes homogènes de ExtA(M,N) sont notées
(5)ExtAn(M,N)=Hn(HomgrA(L(M),I(N))).
Comme L(M) (resp. I(N)) est nul à droite (resp. gauche), on a
(6)
ExtAn(M,N)=0pour n<0.
Remarque 1
Nous verrons ci-dessous (X, p. 107, prop. 6) des propriétés de finitude des modules ExtAn(M,N). Par exemple si A est commutatif noethérien, et si M et N sont des A-modules de type fini, chaque A-module ExtAn(M,N) est de type fini.
Soient f:M′→M et g:N→N′ des homomorphismes de A-modules, on pose
ExtA(f,g)=H(HomgrA(L(f),I(g)));
c’est un homomorphisme de degré 0 de k-modules gradués
ExtA(f,g):ExtA(M,N)→ExtA(M′,N′),
dont les composantes homogènes sont notées
ExtAn(f,g):ExtAn(M,N)→ExtAn(M′,N′).
D’après la prop. 1 de X, p. 82, l’homomorphisme canonique
Soit f∈HomA(M′,M), g1,g2∈HomA(N,N′), λ1,λ2∈k ; alors les morphismes HomgrA(L(f),λ1g1+λ2g2) et λ1HomgrA(L(f),g1)+λ2HomgrA(L(f),g2) de HomgrA(L(M),N) dans HomgrA(L(M),N′) coïncident ; donc, d’après la prop. 5 et la remarque 3,
On raisonne de même pour l’application f↦ExtA(f,g).
Corollaire
Soit λ∈k. Si λ annule M ou N, il annule ExtA(M,N). En effet λ1Ext(M,N)=Ext(λ1M,1N)=Ext(1M,λ1N).
Proposition 7
Soient I et J deux ensembles, (Mα)α∈I et (Nβ)β∈J deux familles de A-modules ; l’homomorphisme
ExtAα∈I⨁Mα,β∈J∏Nβ⟶β∈J,α∈I∏ExtA(Mα,Nβ)
déduit des homomorphismes canoniques Mα→⨁α∈IMα et ∏β∈JNβ→Nβ est bijectif.
Il suffit de prouver que pour tout A-module M (resp. N), les homomorphismes
Ext(M,β∏Nβ)→β∏Ext(M,Nβ)
(resp. Ext(⨁Mα,N)→∏αExt(Mα,N))
sont bijectifs. Or cela résulte de ce qui précède, de la prop. 1 de X, p. 28, et des isomorphismes canoniques HomgrA(L(M),∏Nβ)→∏HomgrA(L(M),Nβ) et HomgrA(⨁Mα,I(N))→∏HomgrA(Mα,I(N)).
Remarque 5
Soient P∘ et Q∘ deux A-modules à droite. On définit ExtA(P,Q) par
Toutes les définitions et propositions de ce paragraphe s’appliquent donc aux A-modules à droite en les considérant comme modules à gauche sur l’anneau A∘.
4. Les homomorphismes de liaison et les suites exactes
Soit M un A-module. Rappelons que pour tout A-module N, on a défini au numéro précédent un isomorphisme de k-modules
φM(N):H(HomgrA(L(M),N))⟶ExtA(M,N).
Soit
(E)0⟶N′uNvN′′⟶0
Bourbaki. — Algèbre X 4 une suite exacte de A-modules ; la suite de k-complexes
Considérons en effet le diagramme de la page X.91. Il est commutatif d’après la remarque 3 de X, p. 88 et la déf. 2 ; d’autre part la ligne inférieure est exacte (X, p. 30, th. 1), et les flèches verticales sont bijectives (X, p. 88, prop. 5).
C’est un k-homomorphisme gradué de degré ascendant 1, dont les composantes homogènes sont notées δn(F,N):ExtAn(M′,N)→ExtAn+1(M′′,N). On démontre alors comme ci-dessus les énoncés suivants :
Théorème 2
La suite illimitée à droite d’homomorphismes de k-modules
5. Modules projectifs, modules injectifs et modules d’extensions
Proposition 10
Soit M un A-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) M est projectif. (ii) ExtAi(M,N)=0 pour tout A-module N et pour tout entier i>0. (iii) ExtA1(M,N)=0 pour tout A-module N. (iv) Il existe une suite exacte
0→KνPιM→0,
où P est projectif, et où ExtA1(M,K)=0.
(i) ⇒ (ii) : c’est le corollaire de la prop. 5 de X, p. 88. (ii) ⇒ (iii) : c’est trivial. (iii) ⇒ (iv) : c’est clair puisque M est quotient d’un module libre P. (iv) ⇒ (i) : puisque ExtA1(M,K)=0, l’application canonique
HomA(M,P)→HomA(M,M)
est surjective (X, p. 90, corollaire); il existe donc une section A-linéaire de ν et M est isomorphe à un facteur direct de P, donc est projectif.
Proposition 11
Soit N un A-module. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) N est injectif. (ii) ExtAi(M,N)=0 pour tout A-module M et tout entier i>0.
(iii) ExtA1(M,N)=0 pour tout A-module M.
(iv) Il existe une suite exacte
0→NuIvC→0,
où I est injectif et où ExtA1(C,N)=0;
(v) ExtA1(M,N)=0 pour tout A-module monogène M.
(i) ⇒ (ii) : c'est le corollaire de la prop. 5 de X, p. 88.
(ii) ⇒ (iii) ⇒ (v) : c'est trivial.
(iii) ⇒ (iv) : c'est clair puisque N est un sous-module d'un module injectif (X, p. 19, cor. 3).
est surjectif (X, p. 93, corollaire) ; il existe donc une rétraction A-linéaire de u et N est isomorphe à un facteur direct de I, donc est injectif (X, p. 16, prop. 9).
(v) ⇒ (i) : si α est un idéal de A, on a ExtA1(A/α,N)=0; l'application canonique HomA(A,N)→HomA(α,N) est donc surjective et N est injectif (X, p. 16, prop. 10).
6. Formule des coefficients universels
Dans ce numéro, on considère deux complexes de A-modules (C,d) et (C′,d′). Considérons les suites exactes canoniques :
On peut démontrer un énoncé analogue, en supposant B_n(C') et C'/B_n(C') injectifs pour chaque n.
Posons pour simplifier B = B(C), Z = Z(C), H = H(C) et H' = H(C'). Comme B est projectif, on déduit de (1) une suite exacte
(12) 0→HomgrA(B,C′)(1)Homgr(δ,1)HomgrA(C,C′)
Homgr(i,1)HomgrA(Z,C′)→0.
Lemme 2
L’homomorphisme de liaison
Hn(HomgrA(Z,C′))→Hn(HomgrA(B,C′))
associé à (12) est égal à (−1)n+1H(Homgr(i,1)).
En effet, soit a∈Zn(HomgrA(Z,C′)); c’est un morphisme de complexes de degré ascendant n de Z dans C', dont les valeurs sont donc dans Z(C'). Puisque la suite exacte (1) est scindée (B étant projectif), a se prolonge en un élément b de HomgrAn(C,Z(C′)). Par définition, l’image de la classe de a par l’homomorphisme de liaison cherché est la classe dans Hn(HomgrA(B,C′)) de l’homomorphisme u de B(C) dans C' tel que pour x∈C, on ait
La suite exacte d’homologie associée à (12) donne donc la suite exacte → H^n(\mathrm{Homgr}_A(Z, C')) \xrightarrow{\mathrm{H}(\mathrm{Homgr}(i,1))} H^n(\mathrm{Homgr}_A(B, C')) \xrightarrow{\mathrm{H}(\mathrm{Homgr}(\delta,1))} H^{n+1}(\mathrm{Homgr}_A(C, C')) \xrightarrow{\mathrm{H}(\mathrm{Homgr}(j,1))} H^{n+1}(\mathrm{Homgr}_A(Z, C')) \to \ldots .
Par ailleurs, puisque Z est projectif, on tire de (11_p) des suites exactes 0 \to \mathrm{Hom}_A(H_p, H'^q) \to \mathrm{Hom}_A(Z_p, H'^q) \to \mathrm{Hom}_A(B_p, H'^q) \to \mathrm{Ext}_A^1(H_p, H'^q) \to 0 , d’où, par passage aux produits, des suites exactes 0 \to \mathrm{Homgr}_A^n(H, H') \to \mathrm{Homgr}_A^n(Z, H') \to \mathrm{Homgr}_A^n(B, H') \to \prod_{p+q=n} \mathrm{Ext}_A^1(H_p, H'^q) \to 0 . Enfin, on dispose des homomorphismes canoniques du n° 1 :
d’où le diagramme à lignes exactes de la page X.97.
Ce diagramme est commutatif par construction des homomorphismes λ. Par ailleurs, comme les complexes B et Z sont scindés et projectifs, λB et λZ sont bijectifs (λ, p. 84, cor. 1). On en déduit, d’une part que λCn est surjectif, de noyau égal à ImHn(Homgr(δ,1)), d’autre part que φn−1∘λBn−1 est surjectif, de noyau égal à KerHn(Homgr(δ,1)). Le théorème résulte immédiatement de là.
Corollaire 1
Supposons B(C) et Z(C) projectifs et B^n(C') injectif pour chaque n. Alors les suites exactes (11) sont scindées. Cela résulte du théorème et du lemme suivant :
Lemme 3
Si B(C) est projectif et B_n(C') injectif pour chaque n, l’homomorphisme canonique λ(C,C′):H(HomgrA(C,C′))→HomgrA(H(C),H(C′)) possède une section k linéaire.
En effet, d’après X, p. 35, remarques a) et b), il existe des homologismes
φ:C→H(C)etφ′:H(C′)→C′
tels que H(φ)=1H(C) et H(φ′)=1H(C′). Dans le diagramme commutatif
Corollaire 3 (« formule des coefficients universels »)
Supposons A principal et C libre. On a pour tout A-module N et tout entier n une suite exacte scindée (13). En effet B(C) et Z(C) sont libres comme sous-modules du module libre C (VII. § 3, cor. 2 au th. 1).
Corollaire 4
Si C est borné à droite et si C et H(C) sont projectifs, alors
λ(C,C′):H(HomgrA(C,C′))→HomgrA(H(C),H(C′))
est bijectif. D’après le théorème, il suffit de prouver que B(C) et Z(C) sont projectifs. Or on a des suites exactes
donc (Bn−1(C) est projectif)⇒(Zn(C) est projectif)⇒(Bn(C) est projectif). On conclut en remarquant que Bn(C)=0 pour n assez petit.
7. Généralisation aux complexes de multimodules ; les isomorphismes canoniques
Soient B,B′ deux anneaux, C un complexe de (A,B)-bimodules, C′ un complexe de (A,B′)-bimodules ; alors (HomgrA(C,C′),D) est un complexe de (B,B′)-bimodules et l’homomorphisme canonique λ:H(HomgrA(C,C′))→HomgrA(H(C),H(C′)) est un homomorphisme de (B,B′)-bimodules. Si M est un (A,B)-bimodule et N un (A,B′)-bimodule, alors HomgrA(L(M),I(N)) est un complexe de (B,B′)-bimodules, de sorte que ExtA(M,N) est muni d’une structure naturelle de (B,B′)-bimodule gradué ; sur le terme de degré 0, cette structure coïncide avec celle de HomA(M,N) (II, p. 35). Si λ∈B,λ′∈B′ et si on note λM,λN′,λE,λE′ les homothéties x↦xλ,y↦yλ′,z↦λz,z↦zλ′ de M,N,ExtA(M,N),ExtA(M,N) respectivement, on a alors
λE=ExtA(λM,1),λE′=Ext(1,λN′),
ce qui fournit une autre description de la structure de bimodule de ExtA(M,N). Nous laissons au lecteur le soin de généraliser les n°s 4 et 6 au cas des complexes de multimodules. Soient C,C′,C′′ des complexes de A-modules. La composition des applications définit un homomorphisme gradué de degré zéro :
(14)
HomgrA(C′,C′′)⊗kHomgrA(C,C′)→HomgrA(C,C′′).
Soient B, B', E des anneaux, C, C', C'' des complexes de (B', A)-bimodules, (A, E)-bimodules, (B, E)-bimodules respectivement. Par restriction de l'isomorphisme canonique de II, p. 73, on obtient un homomorphisme bijectif de (B, B')-bimodules :
Soient enfin B un anneau, C un complexe de B-modules à droite, C' un complexe de A-modules à droite, C'' un complexe de (B, A)-bimodules. On déduit des homomorphismes canoniques (II. p. 75)
Cp⊗BHomA(Cq′,Cr′′)→HomA(Cq′,Cp⊗BCr′′)
un homomorphisme gradué de degré zéro :
(16) C⊗BHomgrA(C′,C′′)→HomgrA(C′,C⊗BC′′).
Cet homomorphisme est bijectif lorsque C est un module projectif de type fini (II, p. 75, prop. 2).
Proposition 12
Les homomorphismes (14), (15), (16) sont des morphismes de complexes.
Démontrons-le par exemple pour l'homomorphisme (14). Notons
κ:HomgrA(C′,C′′)⊗kHomgrA(C,C′)→HomgrA(C,C′′)
cet homomorphisme. Soient f∈HomgrA(C′,C′′)p et g∈HomgrA(C,C′)q; on a alors par définition κ(f⊗g)=f∘g. De plus :
(18) HomgrA(C′,C′′)⊗kC′→C′′ qui applique f⊗x sur f(x) est un morphisme de complexes de A-modules à gauche ; il lui est associé un homomorphisme canonique (X, p. 80) de A-modules gradués γ:H(HomgrA(C′,C′′))⊗kH(C′)→H(C′′), qui correspond à l’homomorphisme canonique de k-modules