Soient M,N des A-modules à gauche, P un A-module à droite. Soient d’autre part a:R→M une résolution gauche de M, b:S→P une résolution gauche de P et c:N→E une résolution droite de N.
D’après X, p. 49, prop. 3 et 3 bis, il existe des morphismes de complexes α:L(M)→R, β:L(P)→S, γ:E→I(N) tels que a∘α=pM, b∘β=pP, γ∘C=eN, et les classes d’homotopie de α,β,γ ne dépendent que des résolutions données. D’après X, p. 64, prop. 3 et X, p. 84, prop. 3, les classes d’homotopie des morphismes
β⊗α:L(P)⊗AL(M)→S⊗AR,
HomgrA(α,γ):HomgrA(R,E)→HomgrA(L(M),I(N))
ne dépendent que des résolutions données, d’où par passage à l’homologie des k-homomorphismes gradués de degré 0
ψ(S,R):TorA(P,M)→H(S⊗AR),
φ(R,E):H(HomgrA(R,E))→ExtA(M,N),
indépendants des choix de α,β,γ.
Par exemple, prenant pour a,b,c les applications identiques de M,P,N respectivement, on trouve les homomorphismes ψ(P,M):TorA(P,M)→P⊗AM et φ(M,N):HomA(M,N)→ExtA(M,N) introduits en X, p. 68, remarque 2) et X, p. 87, remarque 2).
Théorème 1
a) Si l’une des résolutions R ou S est plate, alors ψ(S,R) est un isomorphisme de k-modules gradués.
b) Si R est projective ou si E est injective, φ(R,E) est un isomorphisme de k-modules gradués.
a) Supposons par exemple R plat, et choisissons α et β comme ci-dessus. L’homomorphisme β⊗α est le composé des morphismes
L(P)⊗AL(M)1L(P)⊗αL(P)⊗ARβ⊗1RS⊗AR.
Comme L(P) (resp. R) est plat et α (resp. β) est un homomorphisme, 1L(P)⊗α (resp. β⊗1R) en est un, d’après la prop. 4 de X, p. 67. Donc β⊗α est un homomorphisme et ψ(S,R)=H(β⊗α) est bijectif.
b) On raisonne de même, en utilisant la prop. 4 de X, p. 86.
Corollaire
Si R est une résolution plate de M, l’homomorphisme
ψ(P,R):TorA(P,M)⟶H(P⊗AR)
est bijectif. Si R est une résolution projective de M, l’homomorphisme
φ(R,N):H(HomgrA(R,N))⟶ExtA(M,N)
est bijectif. Si E est une résolution injective de N, l’homomorphisme
où σP,M et σ(S,R) sont les isomorphismes de commutation (X, p. 71 et 63), est commutatif : il se déduit en effet, par passage à l’homologie, du diagramme commutatif de complexes
(« les morphismes ψ sont compatibles avec les isomorphismes de commutation »).
De même, soient a1:R1→M, b1:S1→P, c1:N→E1 des morphismes de complexes, où R1 et S1 sont projectifs et nuls à droite et E1 injectif et nul à gauche. D’après X, p. 49, prop. 3 et 3 bis, il existe des morphismes de complexes
α1:R1→L(M),β1:S1→L(P),γ1:I(N)→E1
tels que pM∘α1=a1,pP∘β1=b1,γ1∘eN=c1, d'où des morphismes de complexes
et par passage à l'homologie des applications k-linéaires graduées de degré 0 :
ψ′(S1,R1):H(S1⊗AR1)→TorA(P,M)
φ′(R1,E1):ExtA(M,N)→H(HomgrA(R1,E1))
dont on vérifie comme ci-dessus qu'ils sont indépendants du choix de α1,β1,γ1.
Proposition 1
Si* a1,b1,c1sont des homologismes,ψ′(S1,R1)etφ′(R1,E1)sont les bijections réciproques des bijectionsψ(S1,R1)etφ(R1,E1) *respectivement.
En effet, f=(β⊗α)∘(β1⊗α1) est un morphisme du complexe S1⊗AR1 dans lui-même, et on a (h1∘α1)∘f=f. D'après X, p. 49, prop. 3 et 3 bis, f est un homotopisme, donc H(f)=1 et
ψ(S1,R1)∘ψ′(B1,R1)=H(β⊗α)∘H(β1⊗α1)=H(f)=1;
de même ψ′(S1,R1)∘ψ(S1,R1)=1. On raisonne de manière analogue pour les applications φ et φ′.
Exemple 1
Soit a un élément de A tel que l'application φ:x↦xa de A dans lui-même soit injective («a n'est pas diviseur de zéro à droite »). En utilisant la résolution
0→AsφAs→A/Aa→0
on voit que pour tout A-module à droite M, on a
ToriA(M,A/Aa)=0pour i>1
et que le k-module Tor1A(M,A/Aa) est isomorphe à Ker(aM).
De même, pour tout A-module à gauche M, on a
ExtAi(A/Aa,M)=0pour i>1
et le k-module ExtA1(A/Aa,M) est isomorphe à M/aM.
Exemple 2
Supposons A intègre ; soient K le corps des fractions de A et M un A-module. En utilisant la résolution plate
0→A→K→K/A→0
(X, p. 9, exemple 5), on voit que ToriA(K/A,M)=0 pour i>1; de plus, compte tenu de II, p. 116, prop. 26, (ii), le A-module Tor1A(K,A,M) est isomorphe au sous-module de torsion de M.
Exemple 3
Supposons que A soit un anneau local noethérien, notons m son idéal maximal, et posons κ=A/m. Soient M un A-module de type fini et P une résolution projective minimale de M (X, p. 54). Pour tout n⩾0, les κ-espaces vectoriels TornA(κ,M) et ExtAn(M,κ) sont de dimension finie, égale au rang du A-module libre Pn; en effet, les complexes κ⊗AP et HomgrA(P,κ) sont à différentielle nulle.
2. Calcul des applications TorA(g,f) et ExtA(f,h)
Soient f:M→M′,h:N′→N des homomorphismes de A-modules à gauche, g:P→P′ un homomorphisme de A-modules à droite, a:R→M,a′:R′→M′, b:S→P,b′:S′→P′, des résolutions gauches de M,M′,P,P′, respectivement, c:N→E,c′:N′→E′ des résolutions droites de N et N′, f~:R→R′,g~:S→S′,h~:E′→E des morphismes de complexes tels que
Soient α:L(M)→R,α′:L(M′)→R′,γ:L(P)→S,γ′:L(P′)→S′ des morphismes de complexes tels que
a∘α=pM,a′∘α′=pM′,b∘γ=pP,b′∘γ′=pP′.
Par définition, H(g~⊗f~)∘ψ(S,R) est égal à
H(g~⊗f~)∘H(γ⊗α)=H((g~∘γ)⊗(f~∘α)),
tandis que ψ(S′,R′)∘TorA(g,f) est égal à
H(γ′⊗α′)∘H(L(g)⊗L(f))=H((γ′∘L(g))⊗(α′∘L(f))).
D'autre part, α′∘L(f) et f~∘α sont deux morphismes de L(M) dans R′ tels que a′∘(α′∘L(f))=pM′∘L(f)=f∘pM=f∘a∘α=a′∘(f~∘α). D'après X, p. 49, prop. 3, α′∘L(f) et f~∘α sont homotopes ; de même γ′∘L(g) et g~∘γ sont homotopes, ainsi par conséquent que (γ′∘L(g))⊗(α′∘L(f)) et (g~∘γ)⊗(f~∘α) d’après la prop. 3 de X, p. 64. On a donc
comme on le démontre de manière analogue à la prop. 2.
3. Calcul des homomorphismes de liaison
Considérons un diagramme commutatif
(1)
00⟶⟶R′a′↓M′u~uRa↓Mv~vR′′a′′↓M′′⟶⟶00
(2)
où la première ligne (1) est une suite exacte de complexes de A-modules à gauche, la seconde ligne (2) est une suite exacte de A-modules à gauche et où les flèches verticales sont des résolutions gauches.
Proposition 3
a) Soient P un A-module, b:S→P une résolution gauche de P; supposons que la suite de complexes de k-modules
(3)
0→S⊗AR′1S⊗u~S⊗AR1S⊗v~S⊗AR′′→0
soit exacte. Alors le diagramme suivant est commutatif :
Il est commutatif à lignes exactes (d’après l’hypothèse pour la première ligne, et le fait que L(P) est plat pour les deux autres). On a donc un diagramme commutatif (X, p. 31, prop. 2, et X, p. 72, déf. 2)
D’après X, p. 67, prop. 4, H(1 ⊗ a'') et H(1 ⊗ a') sont bijectifs ; d’autre part, par définition des homomorphismes ψ, on a H(β ⊗ 1) ◦ ψ(L(P), R'') = ψ(S, R'') et H(1 ⊗ a'') ◦ ψ(L(P), R'') = ψ(L(P), M'') = ψ_p(M''), donc
ψ(S,R′′)=H(β⊗1)◦H(1⊗a′′)−1◦ψp(M′′);
de même, ψ(S,R′)=H(β⊗1)◦H(1⊗a′)−1◦ψp(M′), et l’assertion cherchée ∂((3))◦ψ(S,R′′)=ψ(S,R′)◦∂(P,(2)) résulte de la commutativité du diagramme précédent.
Remarque 1
Utilisant les isomorphismes de commutation, on déduit de a) l’énoncé analogue obtenu en échangeant les rôles des deux arguments du produit tensoriel.
Remarque 2
Avec les notations de a), supposons soit S plat, soit R, R', R'' plats ; alors d’une part la suite (3) est exacte (X, p. 72, cor. 2) et on peut appliquer la prop. 3 ; d’autre part ψ(S,R′) est bijectif (th. 1), donc
∂(P,(2))=ψ(S,R′)−1◦∂((3))◦ψ(S,R′′).
Remarque 3
Avec les notations de b), supposons soit E injectif, soit R, R', R'' projectifs ; alors d’une part la suite (4) est exacte (X, p. 83, prop. 2) et on peut appliquer la prop. 3 ; d’autre part, φ(R′,E) est bijectif (th. 1) ; donc
δ((2),N)=φ(R′′,E)◦∂((4))◦φ(R′,E)−1.
Considérons maintenant un diagramme commutatif
(5)
0→N′c′rNsN′′c′′→0
(6)
0→E′r~Es~E′′→0
dont la première ligne (5) est une suite exacte de A-modules à gauche, la seconde ligne (6) une suite exacte de complexes de A-modules à gauche et où les flèches verticales sont des résolutions droites. En raisonnant comme dans la prop. 3, on démontre la proposition suivante :
Proposition 4
Soient M un A-module à gauche, a : R → M une résolution gauche de M telle que la suite
Si R est projectif ou si E, E', E'' sont injectifs, la suite (7) est exacte (λ, p. 83, prop. 2); de plus, φ(R,E′′) est bijectif (th. 1); donc
δ(M,(5))=φ(R,E′)∘∂((7))∘φ(R,E′′)−1.
Remarque 5
Nous laissons au lecteur le soin d’énoncer et de démontrer les propositions analogues aux prop. 3 et 4 et relatives aux homomorphismes ψ1 et φ1.
4. Finitude des modules d’extensions et de torsion
Soient M un A-module à gauche, I un ensemble préordonné filtrant, (Ni,uji) un système inductif de A-modules à gauche relatifs à I, N=limNi sa limite inductive, ui:Ni→N,i∈I, l’application canonique. Alors (ExtA(M,Ni),ExtA(lM,uji)) est un système inductif de k-modules et (ExtA(lM,ui)) un système inductif d’applications, dont la limite inductive est un homomorphisme de k-modules gradués, dit canonique
i∈IlimExtA(M,Ni)→ExtA(M,i∈IlimNi).
Proposition 5
Si A est nœthérien à gauche et si M est un A-module de type fini, l’homomorphisme canonique (8) est bijectif.
Soit en effet (X, p. 53, prop. 6) p:L→M une résolution libre de M telle que Ln soit de type fini pour chaque n. Le morphisme canonique de k-complexes
u:limHomgrA(L,Ni)→HomgrA(L,limNi)
est bijectif, donc aussi l’homomorphisme
limH(HomgrA(L,Ni))→H(HomgrA(L,limNi))
déduit des homomorphismes H(Homgr(l,ui)) (X, p. 28, prop. 1). On conclut alors par la prop. 2 (X, p. 103) et le th. 1 (X, p. 100).
Proposition 6
Soient B un anneau et N un (A, B)-bimodule, qui est un B-module nœthérien (resp. de longueur finie).
a) Supposons A nœthérien à droite et soit M un A-module à droite de type fini. Alors les B-modules (X, p. 81) TornA(M,N) sont nœthériens (resp. de longueur finie).
b) Supposons A nœthérien à gauche et soit M un A-module à gauche de type fini. Alors les B-modules (X, p. 98) ExtAn(M,N) sont nœthériens (resp. de longueur finie).
Choisissons une résolution libre p:L→M telle que chacun des A-modules Ln soit de type fini (X, p. 53, prop. 6), et soit C le complexe de B-modules L⊗AN dans le cas a, HomgrA(L,N) dans le cas b. Chacun des B-modules Cn est isomorphe à un produit d’un nombre fini d’exemplaires de N, donc est nœthérien (resp. de longueur finie); il en est donc de même des modules Hn(C). Or, d’après X, p. 100, th. 1, ceux-ci sont isomorphes aux TornA(M,N) dans le cas a, aux ExtA−n(M,N) dans le cas b.
Corollaire
Soient ρ:A→B un homomorphisme d’anneaux commutatifs noethériens, M un A-module de type fini, N un B-module. Si N est un B-module de type fini (resp. de longueur finie), il en est de même des B-modules TornA(M,N) et ExtAn(M,N).
5. Les homomorphismes TorB(P,N)⊗AQ→TorB(P,N⊗AQ) et ExtB(M,N)⊗AQ→ExtB(M,N⊗AQ)
Soient B un anneau, N un (B,A)-bimodule, M un B-module à gauche, P un B-module à droite, Q un A-module à gauche. D’après X, p. 62, on dispose d’un homomorphisme
γ1:H(L(P)⊗BN)⊗AQ→H(L(P)⊗BN⊗AQ);
par ailleurs (X, p. 69, prop. 5), on a des isomorphismes
ψ1(N):TorB(P,N)⊗AQ→H(L(P)⊗BN)⊗AQ,
ψ1(N⊗AQ):TorB(P,N⊗AQ)→H(L(P)⊗BN⊗AQ).
L’homomorphisme gradué de degré 0, dit canonique
(9)
TorB(P,N)⊗AQ→TorB(P,N⊗AQ)
est défini comme le composé ψP(N⊗AQ)−1∘γ1∘(ψP(N)⊗1Q).
De même, on déduit du morphisme canonique de complexes
α:HomgrB(L(M),N)⊗AQ→HomgrB(L(M),N⊗AQ)
un homomorphisme H(α); on dispose de l’homomorphisme canonique (X, p. 62)
a) Si le A-module Q est plat, l’homomorphisme (9) est bijectif. b) Si le A-module Q est projectif de type fini, l’homomorphisme (10) est bijectif.
c) Si le A-module Q est plat, l’anneau B noethérien et le B-module M de type fini, l’homomorphisme (10) est bijectif.
a) Si Q est plat, γ1 est bijectif (X, p. 66, cor. 2).
b) Si Q est projectif de type fini, il est plat, donc γ2 est bijectif, et de plus α est bijectif (II, p. 75, prop. 2, a)).
c) Sous les hypothèses de c), γ2 est bijectif puisque Q est plat. Par ailleurs (X, p. 53, prop. 6), il existe une résolution L de M telle que chaque Ln soit libre de type fini ; soit u:L(M)→L un homotopisme (X, p. 49, cor. à la prop. 3) ; dans le diagramme commutatif,
les flèches verticales déduites de u sont des homotopismes (X, p. 64, prop. 3 et p. 83, prop. 3) et αˉ est bijectif (II, p. 75, prop. 2 (ii)) ; donc H(α) est bijectif, et l’homomorphisme (10) est bijectif.
6. Les homomorphismes TorB(P,N⊗AQ)→TorA(P⊗BN,Q) et ExtA(Q,HomB(N,M))→ExtB(N⊗AQ,M)
Gardons les notations précédentes, et supposons N plat sur A. Alors le morphisme N⊗AL(Q)1⊗pQN⊗AQ est un homologisme (X, p. 67, prop. 4), d’où des homomorphismes
on en déduit des homomorphismes gradués de degré 0 dits canoniques :
(11)
TorB(P,N⊗AQ)→TorA(P⊗BN,Q)
(12)
ExtA(Q,HomB(N,M))→ExtB(N⊗AQ,M).
Proposition 8
a)* Si N est plat sur A et sur B, l’homomorphisme (11) est bijectif.
b) Si N est plat sur A et projectif sur B, l’homomorphisme (12) est bijectif.
En effet N⊗AL(Q) est isomorphe à une somme directe d'exemplaires de N, donc est un B-module plat (resp. projectif) lorsque le B-module N est plat (resp. projectif); on applique alors le th. 1 (X, p. 100).
7. Les homomorphismes B⊗ATorA(E,F)→TorB(E⊗AB,B⊗AF) et B⊗AExtA(E,F)→ExtB(B⊗AE,B⊗AF)
Dans ce numéro, on suppose que A est commutatif; on se donne un homomorphisme d'anneaux ρ:A→B tel que ρ(A) soit contenu dans le centre de B et deux A-modules E et F. On a un isomorphisme canonique de complexes de A-modules
u:B⊗A(L(E)⊗AL(F))→(L(E)⊗AB)⊗B(B⊗AL(F));
d'autre part, puisque L(E)⊗AB et B⊗AL(F) sont des B-complexes libres, on a un homomorphisme canonique de A-modules gradués (X, p. 102)
ψ′(L(E)⊗AB,B⊗AL(F)):H((L(E)⊗AB)⊗B(B⊗AL(F)))
→TorB(E⊗AB,B⊗AF)
enfin, on dispose d'un homomorphisme (X, p. 62)
γ:B⊗ATorA(E,F)→H(B⊗AL(E)⊗AL(F)).
L'homomorphisme canonique de B-modules gradués
(13)
B⊗ATorA(E,F)→TorB(E⊗AB,B⊗AF)
est défini comme le composé ψ′(L(E)⊗AB,B⊗AL(F))∘H(u)∘γ.
Proposition 9
Si B est plat sur A, l'homomorphisme (13) est bijectif.* En effet ψ′(L(E)⊗AB,B⊗AL(F)) est bijectif (X, p. 102, prop. 1) et γ est bijectif (X, p. 66, cor. 2).
Supposons Bplat sur A. Substituant dans l'homomorphisme (12) E à Q, B à N et B⊗AF à M, on obtient un homomorphisme
ExtA(E,B⊗AF)→ExtB(B⊗AE,B⊗AF)
qui est bijectif d'après la prop. 8. Substituant dans l'homomorphisme (10) E à M, F à N, A à B, B à Q, et échangeant les facteurs des produits tensoriels, on obtient un homomorphisme de B-modules
B⊗AExtA(E,F)→ExtA(E,B⊗AF),
d'où par composition un homomorphisme dit *canonique
(14)
B⊗AExtA(E,F)→ExtB(B⊗AE,B⊗AF).
Proposition 10
L’homomorphisme (14) est bijectif dans les cas suivants : a) B est un A-module projectif de type fini ; b) B est un A-module plat, A est noethérien, et E est un A-module de type fini. Cela résulte de la prop. 7 (X, p. 108).
8. Application : homologie et cohomologie des groupes
Soient G un groupe, Z(G) son algèbre sur Z (III, p. 19). Rappelons (cf. III, p. 20, exemple) que si M est un groupe commutatif, il revient au même de se donner une action de G sur M (c’est-à-dire un homomorphisme τ:G→Aut(M)), ou une structure de Z(G)-module à gauche sur le groupe additif M. En particulier, on considérera le groupe Z comme un Z(G)-module à gauche en le munissant de l’action triviale.
Définition 1
Soient M un Z(G)-module à gauche (resp. à droite), n un entier ⩾0. Le groupe ExtZ(G)n(Z,M) (resp. TornZ(G)(M,Z)) est noté Hn(G,M) (resp. Hn(G,M)) et appelé n-ième groupe de cohomologie (resp. d’homologie) de G à coefficients dans M.
La résolution standard (X, p. 58) B(Z(G),Z) est une résolution libre du Z(G)-module Z; il en résulte que les groupes Hn(G,M) (resp. Hn(G,M)) s’identifient aux groupes d’homologie du complexe :
HomZ(G)(B(Z(G),Z),M)(resp. M⊗Z(G)B(Z(G),Z)).
En utilisant l’isomorphisme canonique de (Z(G))⊗n sur Z(Gn) (III, p. 36) et les propriétés de l’extension des scalaires (II, p. 82) on conclut que Hn(G,M) est canoniquement isomorphe au groupe d’homologie de degré ascendant n du complexe C(G,M) défini de la façon suivante : Cn(G,M)=0 pour n<0; pour n⩾0, Cn(G,M) est le Z-module des applications de Gn dans M; pour n⩾0, la différentielle dn:Cn(G,M)→Cn+1(G,M) est donnée par
quels que soient f dans Cn(G,M) et g0,...,gn dans G.
De même, Hn(G,M) s’identifie au groupe d’homologie de degré n du complexe C′(G,M), où Cn′(G,M)=M⊗ZZ(Gn) pour n⩾0, Cn′(G,M)=0 pour n<0, la différentielle dn:Cn′(G,M)→Cn−1′(G,M) étant définie par :
quels que soient n⩾1, m dans M et g1,...,gn dans G.
Exemple 1
Il résulte directement de la définition que H0(G,M) est isomorphe au sous-module des éléments de M invariants sous l’action de G, et H0(G,M) au module quotient de M par le sous-module engendré par les éléments m.g−m pour m∈M, g∈G.
Exemple 2
Il résulte de ce qui précède que H1(G,M) est isomorphe au Z-module Z1(G,M)/B1(G,M), où Z1(G,M) est le Z-module des applications f de G dans M vérifiant :
f(g1,g2)=g1.f(g2)+f(g1)pour tous g1,g2 dans G,
et B1(G,M) est le sous Z-module de Z1(G,M) formé des f pour lesquelles il existe un élément m de M tel que :
f(g)=g.m−mpour tout g∈G.
On dit parfois que Z1(G,M) est le Z-module des homomorphismes croisés de G dans M, et B1(G,M) le sous-module des homomorphismes croisés principaux.
Notons ι:G→Aut(M) l’homomorphisme déduit de l’action de G ; considérons le produit semi-direct externe M×ιG et l’extension ξι:M×ιG→G (I, p. 64). Soit e:G→M×ιG une application telle que ρ∘e=1G ; on a e=(f,1G), où f∈C1(G,M). Pour que e soit un homomorphisme (c’est-à-dire une section de l’extension ξι) il faut et il suffit que f∈Z1(G,M). Pour que deux sections de ξι soient conjuguées par un élément de i(M), il faut et il suffit que les homomorphismes croisés correspondants aient même classe dans H1(G,M).
Lorsque G opère trivialement sur M, on a B1(G,M)=0 et H1(G,M) est isomorphe au Z-module des homomorphismes de groupes de G dans M.
Exemple 3
De même H2(G,M) est isomorphe au Z-module Z2(G,M)/B2(G,M), où Z2(G,M) est le Z-module des applications f de G×G dans M, vérifiant :
quels que soient g1,g2,g3 dans G, et B2(G,M) est le sous-Z-module de Z2(G,M) formé des f pour lesquelles il existe une application h de G dans M telle que :
f(g1,g2)=g1.h(g2)−h(g1g2)+h(g1)
quels que soient g1,g2 dans G.
On retrouve ainsi la définition du groupe H2(G,M) donnée en VIII, App. II en particulier qu’il existe un isomorphisme canonique de H2(G,M) sur le groupe des classes d’extension de G par M (loc. cit.).
Exemple 4
Soit M un Z-module, que l’on considère comme un Z(G)-module à droite en faisant opérer G trivialement. Le groupe H1(G,M) est isomorphe au quotient de M⊗ZZ(G) par le sous-Z-module engendré par les éléments m⊗(eg1g2−eg1−eg2) pour m dans M, g1,g2 dans G ; il en résulte facilement que H1(G,M) est isomorphe à M⊗Z(G/(G,G)).
Notons σ l’anti-automorphisme de Z(G) défini par σ(eg)=eg−1 pour g∈G. Tout Z(G)-module à gauche peut être considéré comme un Z(G)-module à droite à l’aide de σ, et réciproquement. Ceci permet par exemple de définir les groupes Hq(G,M) pour un Z(G)-module à gauche M, en posant Hq(G,M)=Hq(G,σ∗(M))=TorqZ(G)(Z,M).
Lemme 1
Soit M un Z-module ; notons MG le groupe HomZ(Z(G),M) muni de sa structure naturelle de Z(G)-module à gauche. Alors :
Hi(G,MG)=0pouri⩾1.
Il résulte en effet de la prop. 8, b) (X, p. 109), appliquée avec A=N=Z(G) et B=Q=Z, que l’on a un isomorphisme canonique :
ExtZ(G)(Z,MG)→ExtZ(Z,M)
d’où le lemme.
Proposition 11
Soit L une extension galoisienne de degré fini d’un corps commutatif K, de groupe de Galois G. a) On aHi(G,L)=0pouri⩾1. b) On aH1(G,L∗)=0. c) Le groupeH2(G,L∗)est canoniquement isomorphe au groupeBr(K,L)(VIII, § 13).
Le théorème de la base normale (V, §10, n° 9, th. 6) montre que L est isomorphe comme Z(G)-module à KG=HomZ(Z(G),K); l’assertion a) résulte alors du lemme 1. Compte tenu de l’exemple 2, l’assertion b) résulte de V, §10, n° 5, cor. 1 à la prop. 9 : enfin l’assertion c) a été démontrée en VIII, §13.