Soient M et N deux A-modules à gauche. Considérons les homologismes pM:L(M)→M,eM:M→I(M) et eM∘pM:L(M)→I(M); d’après la prop. 4 de X, p. 86, on en déduit un homomorphisme bijectif
Rappelons d’ailleurs (X, p. 82) que Hn(HomgrA(I(M),I(N))) est l’ensemble des classes d’homotopie des morphismes de degré ascendant n du complexe I(M) dans le complexe I(N). Par exemple, si f∈HomA(M,N), la classe d’homotopie de I(f) est envoyée par aM,N sur f.
Si P est un troisième A-module à gauche, on a d’après X, p. 99, un k-homomorphisme canonique
dont on déduit par transport par les isomorphismes aN,P,aM,N,aM,P un k-homomorphisme (homomorphisme de composition) :
cM,N,P:ExtA(N,P)⊗kExtA(M,N)→ExtA(M,P)
Celui-ci correspond à une application k-bilinéaire
(1)
ExtA(N,P)×ExtA(M,N)→ExtA(M,P)
qui se décompose en composantes homogènes
(2)
ExtAi(N,P)×ExtAj(M,N)→ExtAi+j(M,P)
Si u∈ExtA(N,P), v∈ExtA(M,N), l’image de (u,v) par (1) s’appelle le produit de composition de u et v et se noteu∘v. Si g (resp. f) est un morphisme de complexes de degré ascendant j (resp. i) de I(M) dans I(N) (resp. de I(N) dans I(P)), de classe d’homotopie gˉ (resp. fˉ), alors le produit de composition aN,P(fˉ)∘aM,N(gˉ) est l’image par aM,P de la classe d’homotopie du morphisme f∘g de I(M) dans I(P).
Exemple 1
Si u∈HomA(N,P), v∈HomA(M,N), u∘v est le composé de u et de v.
Exemple 2
Si u∈HomA(N,P), v∈ExtA(M,N), alors
u∘v=ExtA(lM,u)(v)∈ExtA(M,P):
de même, si u∈ExtA(N,P), v∈HomA(M,N), alors
u∘v=ExtA(v,lP)(u)∈ExtA(M,P).
Cela résulte des définitions et des remarques de X. p. 88.
Si Q, M, N, P sont quatre A-modules à gauche, et si
u∈ExtA(N,P),v∈ExtA(M,N),w∈ExtA(Q,M),
alors (u∘v)∘w=u∘(v∘w) : le produit de composition est associatif ; on notera donc les composés de plusieurs éléments sans parenthèses. En particulier, d’après l’exemple 2 :
Exemple 3
Soient M, N, M', N' quatre A-modules à gauche. Si u∈ExtA(M,N), f∈HomA(M′,M), g∈HomA(N,N′), alors
(3)
ExtA(f,g)(u)=g∘u∘f∈ExtA(M′,N′).
Cela donne une nouvelle démonstration de la k-bilinéarité de l’application (f,g)→ExtA(f,g) (X, p. 88, prop. 6).
2. Les sept calculs du produit de composition
Soient M, M′ et M′′ trois A-modules à gauche, a:R→M, a′:R′→M′ et a′′:R′′→M′′ des résolutions projectives, c:M→E, c′:M′→E′ et c′′:M′′→E′′ des résolutions injectives. Il résulte de X, p. 100, th. 1 et p. 103, prop. 2, que le diagramme :
où les flèches non désignées sont déduites canoniquement de c,a,c′,a′, est commutatif, et que toutes les flèches sont des isomorphismes, ce qui donne cinq descriptions de ExtA(M,M′). On obtient de même cinq descriptions de ExtA(M′,M′′), et autant de ExtA(M,M′′).
Considérons maintenant les sept homomorphismes de composition
Identifiant H(HomgrA(C,C′)) à Ext(M,M′) par l’isomorphisme ci-dessus, et de même pour H(HomgrA(C′,C′′)) et H(HomgrA(C,C′′)), on obtient sept homomorphismes
ExtA(M′,M′′)⊗kExtA(M,M′)→ExtA(M,M′′)
Ces sept homomorphismes coïncident, et sont indépendants du choix des résolutions. En particulier, ils coïncident avec l’homomorphisme qui a été défini au n° 2, via le triplet (I(M),I(M′),I(M′′)). Cela résulte en effet de l’interprétation des modules H(Homgr (C,C′)) comme module des classes d’homotopie de morphismes de complexes de C dans C’, et du fait que si dans un diagramme de complexes
C↓αC1ff1C′↓α′C1′gg1C′′↓α′′C1′′
α′′∘g est homotope à g1∘α′ et α′∘f homotope à f1∘α, alors α′′∘g∘f est homotope à g1∘f1∘α (X, p. 33, prop. 4 et cor.).
Dans ce qui suit, nous utiliserons suivant le cas l’une ou l’autre des sept constructions précédentes des homomorphismes de composition.
3. La classe associée à une suite exacte
Proposition 1
Soient (C,d) et (C′,d′) deux complexes de A-modules à gauche et n,p,q trois entiers tels que p≥q. Pour p≥i≥q−1, soit fi:Ci⟶Ci+n+1′ un homomorphisme de A-modules tel que fp∘d=0, fi∘d=d′∘fi+1 pour p>i≥q−1, et d′∘fq−1=0 (voir fig. 2).
Posons α=fp−1∘d=d′∘fp, β=fq−1∘d=d′∘fq, et soit a (resp. b) le A-homomorphisme gradué de degré n de C dans C′ dont la seule composante bi-homogène non nulle est α (resp. β). Alors on a a∈Zn(HomgrA(C,C′)), b∈Zn(HomgrA(C,C′)) et
a−(−1)(n+1)(p−q)b∈Bn(HomgrA(C,C′)).
On a d′∘α=d′∘fp−1∘d=0, α∘d=fp−1∘d∘d=0, donc
a∈Zn(HomgrA(C,C′));
de même b∈Zn(HomgrA(C,C′)). Posons ε=(−1)n+1. On a, dans le complexe HomgrA(C,C′) les relations
Dfp−1=d′∘fp−1−εfp−1∘d=fp−2∘d−εα
Dfi=d′∘fi−εfi∘d=fi−1∘d−εfi+1∘d(p−1>i>q)
Dfq=d′∘fq−εfq∘d=β−εfq∘d.
donc
i=1∑p−qεiDfp−i=εp−qβ−α,
ce qui démontre le lemme.
Considérons deux A-modules à gauche M et N et une suite exacte de A-modules
(4)
0→N→Rn→Rn−1→…→R1→M→0.
D’après les prop. 3 et 3 bis de X, p. 49, il existe un diagramme commutatif :
Considérons les deux éléments b et a de HomgrA(L(M),I(N)) dont les seules composantes bihomogènes non nulles sont
bn=eN∘un:Ln(M)→I0(N)etan=vn∘pM:L0(M)→In(N)
respectivement.
Proposition 2
On a* a,b∈Zn(HomgrA(L(M),I(N))). De plus, les classes a et b de a et b dans Hn(HomgrA(L(M),I(N)))=ExtAn(M,N) ne dépendent que de la suite exacte (4) et sont égales.
D’après la prop. 1, appliquée aux deux lignes extrêmes de (5) et aux flèches verticales composées, avec p=n,q=0, on a a,b∈Zn(HomgrA(I(M),L(N))) et
a−b=a−(−1)(n+1)nb∈Bn(HomgrA(L(M),I(N))).
Puisque a (resp. b) est indépendant du choix de u (resp. v), l’élément a=b de ExtAn(M,N) est indépendant du choix des morphismes u et v, d’où la proposition.
Définition 1
On appelle classe associée à la suite exacte* (4) l’élémentθdeExtAn(M,N)défini parθ=(−1)n(n+1)/2a=(−1)n(n+1)/2b.
Remarque 1
Soit (P, p) une résolution projective de M. D’après X, p. 49. prop. 3, il existe un diagramme commutatif
Avec les notations du § 6, θ est l’image par φ(P, N) de la classe d’homotopie du morphisme P → N défini par (−1)^{n(n+1)/2} \tilde{u}_n. De même si (e, E) est une résolution injective de N, il existe un diagramme commutatif
et θ est l’image par φ(M, E) de la classe d’homotopie du morphisme M → E défini par (−1)^{n(n+1)/2} v^n. Ceci résulte de la construction de θ et des définitions de φ(P, N) et φ(M, E).
Remarque 2
Lorsque n=0, la suite exacte (4) s’écrit 0→NfM→0, et la classe associée est f−1∈HomA(M,N)=ExtA0(M,N).
4. Propriétés de la classe associée à une suite exacte
Proposition 3
Soient
(6)
0→P→Sm→Sm−1→…→S1λN→0
(7)
0→N↠Rn→Rn−1→…→R1→M→0
deux suites exactes de A-modules à gauche de classes respectives θ ∈ Ext^m_A(N, P) et θ' ∈ Ext^n_A(M, N). La classe dans Ext^{m+n}_A(M, P) associée à la suite exacte (8)
Puisque I^m(P) est injectif, il existe un homomorphisme h^0 : I^0(N) → I^m(P) tel que w^m = h^0 ∘ e_N ; d’après X, p. 49, prop. 3 bis, h^0 se prolonge en un morphisme de complexes h : I(N) → I(P) (− m). Alors w^m = h^0 ∘ e_N = h^0 ∘ v^0 ∘ μ, donc
où t0=h0∘v0, t1=(−1)mh1∘v1, …, ti=(−1)mihi∘vi, …, tn=(−1)mnhn∘vn.
La classe θ associée à (6) est celle de (−1)m(m+1)/2wm∈HomgrAm(N,I(P)), donc correspond par l’isomorphisme αN,P à la classe de (−1)m(m+1)/2h∈HomgrAm(I(N),I(P)); la classe θ′ associée à (7) est celle de (−1)n(n+1)/2vn∈Homgrn(M,I(N)), la classe associée à (8) est celle de (−1)(m+n)(m+n+1)/2tn∈Homgrm+n(M,I(P)), d’où la conclusion, d’après la définition du produit de composition (X, p. 114) et la formule
m(m+1)/2+n(n+1)/2=(m+n)(m+n+1)/2−mn.
4. — Considérons un diagramme commutatif de A-modules à lignes exactes
Par définition θ′∘f est la classe de (−1)n(n+1)/2vn∘f∘pM∈Homgrn(L(M),I(N′)), tandis que g∘θ est la classe de (−1)n(n+1)/2ϵN′∘g∘un. D’après le lemme 1, appliqué aux deux lignes extrêmes du diagramme, ces deux classes sont égales.
Corollaire 1
Considérons un diagramme commutatif à lignes exactes
Soient 0→Nfn−1Rnfn⋯→R1f1M→0 une suite exacte, θ sa classe dans ExtAn(M,N), u:M′→M et v:N→N′ deux homomorphismes de A-modules.
a) L’élément v∘θ de ExtAn(M,N′) est égal à la classe de la suite exacte
0→N′fn′+1Rn′fn′Rn−1fn−1⋯→R1→M→0,
où Rn′ est le A-module quotient de Rn⊕N′ par le sous-module formé des couples (fn+1(x),−v(x)) pour x∈N, et où fn′+1′ (resp. fn′′) est déduit de l’injection canonique (resp. de (fn,0)) par passage aux quotients.
b) L’élément θ∘u de ExtAn(M′,N) est la classe de la suite exacte
0→N→Rn→⋯→R2f2′′R1′f1′′M′→0,
où R1′ est le produit fibré R1×MM′, c’est-à-dire (I, p. 44) le sous-module de R1×M′ formé des couples (x,y) tels que f1(x)=u(y), et où f2′′ (resp. f1′′) est déduit de (f2,0) (resp. de la seconde projection).
Démontrons par exemple a. Soit z un élément de Rn′ tel que fn′(z)=0; si z est la classe d’un couple (x,y), avec x∈Rn, y∈N′, on a fn(x)=0, de sorte qu’il existe un élément t∈N tel que x=fn+1(t). On a alors z=fn+1′(y+v(t)), ce qui prouve que Kerfn′=Imfn+1′. L’injectivité de fn+1′ résulte de celle de fn+1.
Soit j:Rn→Rn′ l’homomorphisme déduit de l’injection canonique; on a un diagramme commutatif de suites exactes :
Démontrons a. Soit α∈ExtAn(M,N), et soit P une résolution projective de M. Soit a:P(n)→N un morphisme de complexes représentant α; son unique composante non nulle est un A-homomorphisme u:Pn→N qui vérifie u∘dn+1=0, donc se factorise en u=u∘δn, où δn:Pn→Zn−1 est l’application induite par dn (on pose Zn−1=Imdn) et u est un A-homomorphisme de Zn−1 dans N. D’après la remarque 1, p. 117, la classe θ∈ExtAn(M,Zn−1) de la suite exacte
0→Zn−1→Pn−1→…→P0→M→0
est égale à la classe d’homotopie du morphisme (−1)n(n+1)/2δn. On a donc
α=(−1)n(n+1)/2u∘θ,
ce qui permet d’après le cor. 3, p. 120 de représenter α comme la classe d’une suite exacte.
Démontrons b. Il résulte du cor. 1 de X, p. 120 que (ii) ⇒ (i) et que (iii) ⇒ (i). Supposons (i) satisfaite, et soit P une résolution projective de M. Il existe un diagramme commutatif
Les morphismes de P(n) dans N définis par un et un′ sont homotopes, car ils appartiennent tous deux à la classe (−1)n(n+1)/2θ, donc un′−un est de la forme w∘dn, où w:Pn−1→N est un A-homomorphisme. En remplaçant un−1′ par un−1′−fn+1′∘w et un′ par un, on se ramène au cas où un=un′. Ceci permet de construire un nouveau diagramme commutatif à lignes exactes :
où N′ est le quotient de Pn−1⊕N par le sous-module formé des couples (dn(x),−un(x)) pour x∈Pn, et où v (resp. v′) est défini par passage au quotient à partir de l’application un−1⊕fn+1 (resp. un−1′⊕fn+1′). La condition (ii) est donc satisfaite.
Supposons de nouveau la condition (i) satisfaite, et soit E une résolution injective de N. Il existe un diagramme commutatif
avec M′=M×R1En−1 (cf. X, p. 120, cor. 3, b)). La condition (iii) est donc satisfaite, ce qui achève la démonstration du théorème.
Remarque 1
Si l’anneau A est nœthérien, et si les A-modules M et N sont de type fini, il résulte de la démonstration de a) que tout élément de ExtAn(M,N) est la classe associée à une suite exacte 0→N→Rn→…→R1→M→0 où les Ri sont de type fini.
Corollaire
Soit* 0→NfRgM→0et0→Nf′R′g′M→0deux suites exactes, θetθ′les classes associées dansExt1(M,N). Pour queθ=θ′, il faut et il suffit qu’il existe un A-homomorphisme h:R→R′ *rendant le diagramme
Nf↓hf′RR↓gMR′g′
commutatif. Un tel homomorphisme est nécessairement un isomorphisme.
La condition est suffisante d’après le cor. 1 de la prop. 4. Si θ=θ′, on a un diagramme commutatif à lignes exactes :
Les morphismes h′ et h′′ sont des isomorphismes d’après X, p. 7, cor. 3, et h=h′′∘h′−1 répond à la question. La dernière assertion résulte de loc. cit.
Remarque 2
Le théorème 1 donne une description de ExtAn(M,N) comme ensemble de classes d’équivalence de suites exactes ; il est facile de décrire la loi de groupe qu’on obtient sur cet ensemble par transport de structure. Soit en effet θ (resp. θ′) la classe d’une suite exacte 0→Nfn+1Rnfn…→R1→M→0 (resp. 0→Nfn+1′Rn′fn′…→R1′→M→0). Soient Δ:M→M⊕M et ∇:N⊕N→N les applications A-linéaires définies par Δ(x)=(x,x) pour x∈M et ∇(y,z)=y+z pour y,z∈N. Considérons l’application
m:ExtA(M,N)⊕ExtA(M,N)→ExtA(M⊕M,N⊕N)
définie dans la remarque, p. 121. Avec les notations de loc. cit., on a ∇∘iN=1N et qM∘Δ=1M, et par suite θ+θ′=∇∘m(θ,θ′)∘Δ. Compte tenu de loc. cit. et du cor. 3, p. 120, ceci fournit une suite exacte de classe θ+θ′ : si par exemple n≥2, on peut prendre la suite
Par définition, θ est la classe de −v1∈HomgrA1(M′′,I(M′)). Soit d’autre part α∈ExtAn(N,M′′), représenté par un élément a de HomgrAn(L(N),M′′). Par construction, δn(α) s’obtient comme suit : on relève an∈HomA(Ln(N),M′′) en
b∈HomA(Ln(N),M),
et δn(α) est la classe de eM′∘c où c∈HomA(Ln+1(N),M′) est tel que
Par définition, θ est la classe de −u1∈HomgrA1(L(M′′),M′). Soit d'autre part α∈Extn(M′,N) représenté par un élément a de HomgrAn(M′,l(N)). Par construction, δn(α) s'obtient comme suit : on prolonge an∈HomA(M′,In(N)) en
b∈HomA(M,In(N))
et δn(α) est la classe de c∘pM′′, où c∈HomA(M′′,In+1(N)) est tel que
Les classes de c∘p et de (−1)n+1an∘(−u1) dans ExtAn+1(M′′,N) sont donc égales, d'où b.
Corollaire 1
a) L’homomorphisme de liaisonHomA(M′′,M′′)→ExtA1(M′′,M′)envoie1M′′surθ. b) L’homomorphisme de liaisonHomA(M′,M′)→ExtA1(M′′,M′)envoie1M′sur−θ.
Corollaire 2
Considérons deux suites exactes de A-modules à gauche
00→M′→M→M′′→0→N′→N→N′′→0.
Alors les homomorphismes composés d’homomorphismes de liaison
ExtAn(M′,N′′)→ExtAn+1(M′′,N′′)→ExtAn+2(M′′,N′)
et
ExtAn(M′,N′′)→ExtAn+1(M′,N′)→ExtAn+2(M′′,N′)
sont opposés.
En effet si θ1, θ2 sont les classes associées aux suites exactes données, et si α∈ExtAn(M′,M′′), les images de α sont respectivement
θ2∘((−1)n+1α∘θ1)et(θ2∘α)∘((−1)n+2θ1).
Considérons une suite exacte de A-modules à gauche
(S)0→N→RnfnRn−1fn−1⋯→R1f1M→0
et posons K0=M, Ki=Kerfi, i=1,…,n−1, Kn=N. On a donc des suites exactes
(9)0→Ki→Ri→Ki−1→0,1≤i≤n,
auxquelles sont associées pour tout A-module à gauche P, des homomorphismes de liaison
ExtAm(P,Ki−1)→ExtAm+1(P,Ki),
ExtAm(Ki,P)→ExtAm+1(Ki−1,P),
d’où par composition des homomorphismes de liaison itérés, associés à (S)
δm(P,S):ExtAm(P,M)→ExtAm+n(P,N)
δm(S,P):ExtAm(N,P)→ExtAm+n(M,P).
Corollaire 3
Si θ∈ExtAn(M,N) est la classe de la suite exacte (S), on a
δm(P,S)(α)=θ∘α,δm(S,P)(β)=(−1)mn+n(n+1)/2β∘θ.
Si θi∈ExtA1(Ki−1,Ki) est la classe associée à la suite exacte (9), on a d’après la prop. 5
δm(P,S)(α)=θn∘⋯∘θ2∘θ1∘α
δm(S,P)(β)=(−1)(m+1)+⋯+(m+n)β∘θn∘⋯∘θ1.
Par ailleurs, d’après la prop. 3 (X, p. 118), on a θ=θn∘⋯∘θ1. Le corollaire résulte immédiatement de là, et de la relation (E, III, p. 44)
(m+1)+⋯+(m+n)=mn+n(n+1)/2.
Corollaire 4
Si chaque module Ri,i=1,...,n, est injectif (resp. projectif), l’application α↦θ∘α (resp. α↦α∘θ) de ExtAm(P,M) dans ExtAm+n(P,N) (resp. de ExtAm(N,P) dans ExtAm+n(M,P)) est bijective pour tout A-module P et tout entier m>0.
Cela résulte en effet du cor. 3 et des suites exactes
(resp. ExtAm+i−1(Ri,P)→ExtAm+i−1(Ki,P)→ExtAm+i(Ki−1,P)→ExtAm+i(Ri,P)), dont les termes extrêmes sont nuls par hypothèse.
Remarque
Les définitions et propositions des n°s 3 à 6 s’appliquent aux A-modules à droite, considérés comme modules à gauche sur l’anneau A∘ opposé à A.
7. L’homomorphisme ExtA(P,Q)⊗TorA(P,M)→TorA(Q,M)
Soient M un A-module à gauche, P et Q deux A-modules à droite. Considérons l’homomorphisme HomgrA(L(P),L(Q))⊗k(L(P)⊗AL(M))→L(Q)⊗AL(M) qui à f⊗(x⊗y) associe f(x)⊗y. D’après X, p. 99, c’est un morphisme de complexes. On en déduit une application k-linéaire graduée de degré 0
H(HomgrA(L(P),L(Q)))⊗kTorA(P,M)→TorA(Q,M)
donc par l’isomorphisme φ(L(P),L(Q)) du § 6 (X, p. 100, th. 1), une application k-linéaire graduée de degré 0
(10)
ExtA(P,Q)⊗kTorA(P,M)→TorA(Q,M),
correspondant à des applications k-bilinéaires
(11)
cP,Q;M:ExtAn(P,Q)×TormA(P,M)→Torm−nA(Q,M);
l’image du couple (α,γ) par cP,Q;M s’appelle produit de composition de α et γ et se note α∘γ.
Par construction, α∘γ s’obtient comme suit : on représente α par un morphisme de complexes f:L(P)→L(Q)(−n), γ par un élément z∈Zm(L(P)⊗AL(M)), et α⊗γ est la classe de l’élément
(f⊗1)(z)∈Zm(L(Q)(−n)⊗AL(M))=Zm−n(L(Q)⊗AL(M)).
Par exemple, si α∈HomA(P,Q), alors α∘γ=Tor(α,1)(γ).
Remarque 1
Si on utilise les isomorphismes ψ de X, p. 69, on peut aussi définir le produit de composition par le diagramme commutatif
où σ désigne les isomorphismes de commutation (X, p. 71).
Si μ∈ExtAr(M,N) est la classe du morphisme g:L(M)→L(N)(−r), et si γ∈TormA(P,M) est la classe du cycle z=∑zij, où zij∈Li(P)⊗ALj(M), μ∘γ est donc la classe du cycle ∑(−1)ir(1⊗g)(zij).
On peut aussi représenter γ par un cycle y∈P⊗Lm(M), et μ∘γ est la classe du cycle (1⊗g)(y)∈P⊗Lm−r(M).
Proposition 6
Soient K,M,N des A-modules à gauche, P,Q,R des A-modules à droite, α∈ExtAn(P,Q), β∈ExtAp(Q,R), λ∈ExtAr(K,M), μ∈ExtAs(M,N), γ∈TormA(P,K). Alors (13)
(β∘α)∘γ=β∘(α∘γ)dansTorm−p−nA(R,K),
(14)
(μ∘λ)∘γ=μ∘(λ∘γ)dansTorn−r−sA(P,N),
(15)
α∘(λ∘γ)=(−1)nrλ∘(α∘γ)dansTorm−p−rA(Q,M).
Les formules (13) et (14) résultent aussitôt des définitions. Démontrons (15). Soient z=∑zij, zij∈Li(P)⊗Lj(K) un cycle représentant γ, f:L(P)→L(Q)(−n) et g:L(K)→L(M)(−r) des morphismes représentant α et λ. Alors λ∘(α∘γ) est la classe de ∑(−1)(i−n)r(f⊗g)(zij) et α∘(λ∘γ) est la classe de
∑(−1)ir(f⊗g)(zij),d’ouˋ (15).
8. Produits de composition et homomorphismes de liaison des produits de torsion
Proposition 7
a) Soient
(ε)
0→P′fPgP′′→0
une suite exacte de A-modules à droite, θ∈ExtA1(P′′,P′) la classe associée, M un A-module à gauche. L’homomorphisme de liaison
δn(E,M):TornA(P′′,M)→Torn−1A(P′,M) est l’application γ↦θ∘γ.
b) Soient
(ε₁)
0→M′→M→M′′→0
une suite exacte de A-modules à gauche, θ1∈ExtA1(M′′,M′) la classe associée, P un A-module à droite. L’homomorphisme de liaison
δn(P,E1):TornA(P,M′′)→Torn−1A(P,M′) est l’application γ↦θ1∘γ.
Soit γ∈TornA(P′′,M) la classe d’un cycle z′′∈Z˙n(L(P′′)⊗AL(M)), et soit
un diagramme commutatif. On notera p′:L(P′)→P′ et p′′:L(P′′)→P′′ les morphismes de complexes canoniques. Par définition, δ(γ)∈Torn−1A(P′,M) s’obtient comme suit : on choisit x∈P⊗Ln(M) tel que (g⊗1)(x)=(p′′⊗1)(z′′) et δ(γ) est la classe des cycles z′∈Zn−1(L(P′)⊗L(M)) tels que
(f⊗1)(p′⊗1)(z′)=(1⊗dn)(x).
Pour 0≤i≤n, notons zi′′ la composante de z′′ dans Li(P′′)⊗Ln−i(M); on a
0=Dz′′=i∑(di⊗1+(−1)i⊗dn−i)(zi′′),
donc (di⊗1)(zi′′)=(−1)i⊗dn−i+1(zi−1′′) et en particulier
il en résulte que δ(γ) est la classe des cycles z′∈Zn−1(L(P′)⊗AL(M)) tels que (p′⊗1)(z′)=−(u1⊗1)(z1′′). Mais, par définition, la classe θ correspond par l’isomorphisme ExtA1(P′′,P′)→H1(HomgrA(L(P′′),P′)) à la classe du morphisme f:L(P′′)(1)→P′ défini par −u1, et le produit θ∘γ est la classe des cycles
ce qui achève la démonstration de a). L’assertion b) se déduit de a) par les isomorphismes de commutation.
Corollaire 1
Soient* 0→P′→P→P′′→0une suite exacte deA-*modules à droite*, 0→M′→M→M′′→0une suite exacte deA-*modules à gauche*. *Alors les homomorphismes composés d’homomorphismes de liaison
TornA(P′′,M′′)→Torn−1A(P′′,M′)→Torn−2A(P′,M′)
et
TornA(P′′,M′′)→Torn−1A(P′,M′′)→Torn−2A(P′,M′)
sont opposés.
En effet, si θ et θ1 sont les classes associées aux suites exactes données, et si γ∈TornA(P′′,M′′), les images de γ sont respectivement θ∘(θ1∘γ) et θ1∘(θ∘γ), donc sont opposées d’après la prop. 6.
Reprenons les notations de X, p. 127 et considérons la suite (S) de A-modules à gauche et les homomorphismes de liaison associés aux suites exactes (9)
TormA(P,Ki−1)→Torm−1A(P,Ki);
on en déduit par composition des homomorphismes de liaison itérés
∂^m(P,S):TormA(P,M)→Torm−nA(P,N).
Alors d’après la prop. 7 et la prop. 3 de X, p. 118 :
Corollaire 2
Si* θ∈ExtAn(M,N)est la classe associée à la suite exacte(S), on a∂^m(P,S)(α)=θ∘αpour toutα∈TormA(P,M).
Corollaire 3
Si tous les modules* Ri,i=1,...,n, sont plats, l’applicationα↦θ∘αdeTorm+nA(P,M)dansTormA(P,N)est bijective pour toutA-*module à droite* Pet tout entierm>0.
un diagramme commutatif ; choisissons un homomorphisme vn:Ln(M′)→L0(M) tel que pM∘vn=(−1)nun; d’après X, p. 47, prop. 1, a), vn se prolonge en un morphisme de complexes v:L(M′)→L(M)(−n), et θ est l’image par l’isomorphisme canonique Hn(HomgrA(L(M′),L(M)))→ExtAn(M′,M) de la classe de v (X, p. 117, remarque 1). On définit un morphisme de complexes β:L(M′)→R′ par βp=up pour p≤n−1, βp=αp−n∘vp pour p≥n, et on a
φ∘β=α(−n)∘v.
D’autre part, par définition des applications φ et ψ, on a