Bourbaki

§ 8. Dimension homologique

Dans ce paragraphe, on reprend les conventions du § 5.

1. Dimension projective d’un module

Définition 1

Soit MM un AA-module. On appelle dimension projective de MM, et on note dpA(M)\mathrm{dp}_A(M) la borne inférieure dans Z‾\overline{\mathbf{Z}} des longueurs des résolutions projectives de MM* (X, p. 48).

On a donc dpA(0)=−∞\mathrm{dp}_A(0) = -\infty, dpA(M)≥0\mathrm{dp}_A(M) \geq 0 si M≠0M \neq 0. Pour que MM soit projectif, il faut et il suffit que dpA(M)≤0\mathrm{dp}_A(M) \leq 0.

Lemme 1

Si dpA(M)<n<+∞\mathrm{dp}_A(M) < n < +\infty, on a ExtAn(M,N)=0\mathrm{Ext}_A^n(M, N) = 0 pour tout AA-module NN et TornA(P,M)=0\mathrm{Tor}_n^A(P, M) = 0 pour tout AA-module à droite PP. Cela résulte aussitôt du fait que MM possède une résolution projective de longueur <n< n et de X, p. 100, th. 1.

Proposition 1

Soient MM un AA-module et nn un entier ≥0\geq 0. Les conditions suivantes sont équivalentes* : (i) dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n (i.e. (déf. 1), MM possède une résolution projective de longueur ≤n\leq n); (ii) ExtAr(M,N)=0\mathrm{Ext}_A^r(M, N) = 0 pour tout AA-module NN et tout entier r>nr > n; (iii) ExtAn+1(M,N)=0\mathrm{Ext}_A^{n+1}(M, N) = 0 pour tout AA-module NN; (iv) pour toute suite exacte

0→K→Pn−1→…→P0→M→0 0 \to K \to P_{n-1} \to \ldots \to P_0 \to M \to 0
où les PiP_i sont projectifs, KK est projectif.

(i) ⇒ (ii) : cela résulte du lemme 1. (ii) ⇒ (iii) : c'est trivial. (iii) ⇒ (iv) : dans la situation de (iv), on a pour tout A-module N un isomorphisme de ExtA1(K,N)\mathrm{Ext}_A^1(K, N) sur ExtAn+1(M,N)\mathrm{Ext}_A^{n+1}(M, N) (X, p. 128, cor. 4) ; si (iii) est satisfait, on a

ExtA1(K,N)=0 \mathrm{Ext}_A^1(K, N) = 0
pour tout N et K est projectif (X, p. 93, prop. 10). (iv) ⇒ (i) : considérons la suite exacte (X, p. 50)
0→Zn−1(M)→Ln−1(M)→…→L0(M)→M→0. 0 \to Z_{n-1}(M) \to L_{n-1}(M) \to \ldots \to L_0(M) \to M \to 0 .
Si (iv) est satisfait, Zn−1(M)Z_{n-1}(M) est projectif et M possède une résolution projective de longueur ≤n\leq n.

Corollaire 1

Soit (Mi)i∈E(M_i)_{i \in E} une famille de A-modules. On a

dpA(⨁i∈EMi)=sup⁡i∈EdpA(Mi). \mathrm{dp}_A \left( \bigoplus_{i \in E} M_i \right) = \sup_{i \in E} \mathrm{dp}_A(M_i) .
Cela résulte de l'équivalence des conditions (i) et (iii) de la prop. 1. et de la prop. 7 de X, p. 89.

Dans l'énoncé suivant, on convient que ±∞+1=±∞−1=±∞\pm \infty + 1 = \pm \infty - 1 = \pm \infty.

Corollaire 2

Soit

0→M′→M→M′′→0 0 \to M' \to M \to M'' \to 0
une suite exacte de A-modules.

a) On a

dpA(M)≤sup⁡(dpA(M′),dpA(M′′)). \mathrm{dp}_A(M) \leq \sup (\mathrm{dp}_A(M'), \mathrm{dp}_A(M'')) .
L'égalité a lieu dès que dpA(M′′)≠dpA(M′)+1\mathrm{dp}_A(M'') \neq \mathrm{dp}_A(M') + 1.

b) On a

dpA(M′′)≤sup⁡(dpA(M),dpA(M′)+1). \mathrm{dp}_A(M'') \leq \sup (\mathrm{dp}_A(M), \mathrm{dp}_A(M') + 1) .
L'égalité a lieu dès que dpA(M)≠dpA(M′)\mathrm{dp}_A(M) \neq \mathrm{dp}_A(M').

c) On a

dpA(M′)≤sup⁡(dpA(M),dpA(M′′)−1). \mathrm{dp}_A(M') \leq \sup (\mathrm{dp}_A(M), \mathrm{dp}_A(M'') - 1) .
L'égalité a lieu dès que dpA(M)≠dpA(M′′)\mathrm{dp}_A(M) \neq \mathrm{dp}_A(M'').

Démontrons par exemple a), les démonstrations de b) et c) étant analogues. Si N est un A-module quelconque et n un entier ≥0\geq 0, on a une suite exacte

ExtAn+1(M′′,N)→ExtAn+1(M,N)→ExtAn+1(M′,N)→ExtAn+2(M′′,N) \mathrm{Ext}_A^{n+1}(M'', N) \to \mathrm{Ext}_A^{n+1}(M, N) \to \mathrm{Ext}_A^{n+1}(M', N) \to \mathrm{Ext}_A^{n+2}(M'', N)
→ExtAn+2(M,N). \to \mathrm{Ext}_A^{n+2}(M, N) .
Si dpA(M′),dpA(M′′)≤n\mathrm{dp}_A(M'), \mathrm{dp}_A(M'') \leq n, alors ExtAn+1(M′,N)=0\mathrm{Ext}_A^{n+1}(M', N) = 0 et ExtAn+1(M′′,N)=0\mathrm{Ext}_A^{n+1}(M'', N) = 0 (prop. 1) donc ExtAn+1(M,N)=0\mathrm{Ext}_A^{n+1}(M, N) = 0 et dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n (prop. 1), de sorte que
dpA(M)≤sup⁡(dpA(M′),dpA(M′′)). \mathrm{dp}_A(M) \leq \sup (\mathrm{dp}_A(M'), \mathrm{dp}_A(M'')) .

Si dpA(M)<sup⁡(dpA(M′),dpA(M′′))\mathrm{dp}_A(M)<\sup\bigl(\mathrm{dp}_A(M'),\mathrm{dp}_A(M'')\bigr), alors nécessairement dpA(M)<+∞\mathrm{dp}_A(M)<+\infty. Pour tout n>dpA(M)n>\mathrm{dp}_A(M), et tout A-module N, on a

Ext⁡An+1(M′,N)≠0⟺Ext⁡An+2(M′′,N)≠0, \operatorname{Ext}_A^{n+1}(M',N)\ne0\Longleftrightarrow\operatorname{Ext}_A^{n+2}(M'',N)\ne0,

d’après la suite exacte précédente ; d’après la prop. 1, cela implique aussitôt dpA(M′′)=dpA(M′)+1\mathrm{dp}_A(M'')=\mathrm{dp}_A(M')+1, puisque l’une des quantités dpA(M′)\mathrm{dp}_A(M'), dpA(M′′)\mathrm{dp}_A(M'') est >dpA(M)>\mathrm{dp}_A(M).

Example. — Soit aa un élément de A qui n’est ni inversible, ni diviseur de zéro à droite. Alors dpA(A/Aa)=1\mathrm{dp}_A(A/Aa)=1.

En effet, d’après la suite exacte 0⟶As→φAs⟶A/Aa⟶00\longrightarrow A_s\xrightarrow{\varphi} A_s\longrightarrow A/Aa\longrightarrow0, où φ(x)=xa\varphi(x)=xa, on a dpA(A/Aa)≤1\mathrm{dp}_A(A/Aa)\leq1. Si dpA(A/Aa)<1\mathrm{dp}_A(A/Aa)<1, alors A/AaA/Aa est projectif, et il existe une application A-linéaire ψ:As⟶As\psi:A_s\longrightarrow A_s telle que ψ∘φ=Id\psi\circ\varphi=\mathrm{Id} ; cela implique

1=ψ(φ(1))=ψ(a)=a.ψ(1) 1=\psi(\varphi(1))=\psi(a)=a.\psi(1)

et aa est inversible.

Proposition 2

Supposons A noethérien à gauche. Soient M un A-module de type fini et nn un entier ≥0\geq0. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M)\leq n.

(i bis) M possède une résolution projective P de longueur ≤n\leq n telle que PiP_i soit un A-module de type fini pour chaque ii.

(ii) Ext⁡Ar(M,N)=0\operatorname{Ext}_A^r(M,N)=0 pour tout A-module de type fini N et tout entier r>nr>n.

(iii) Ext⁡An+1(M,N)=0\operatorname{Ext}_A^{n+1}(M,N)=0 pour tout A-module de type fini N.

(iv) Tor⁡rA(P,M)=0\operatorname{Tor}^A_r(P,M)=0 pour tout A-module à droite P et tout r>nr>n.

(v) Tor⁡n+1A(A/a,M)=0\operatorname{Tor}^A_{n+1}(A/a,M)=0 pour tout idéal à droite de type fini aa de A.

(i bis) ⇒\Rightarrow (i) : c’est trivial.

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : cela résulte du lemme 1.

(ii) ⇒\Rightarrow (iii) : c’est trivial.

(iii) ⇒\Rightarrow (i) : d’après (iii) et X, p. 107, prop. 5, on a Ext⁡An+1(M,N)=0\operatorname{Ext}_A^{n+1}(M,N)=0 pour tout A-module N, d’où (i) d’après la prop. 1.

(i) ⇒\Rightarrow (iv) : cela résulte du lemme 1.

(iv) ⇒\Rightarrow (v) : c’est trivial.

(v) ⇒\Rightarrow (i bis) : soit (L,d)(L,d) une résolution libre de M telle que LrL_r soit de type fini pour tout rr (X, p. 53, prop. 6). Posons K=Zn−1(L)K=\mathrm{Z}_{n-1}(L) ; alors K est de type fini comme sous-module de Ln−1L_{n-1} et on a une suite exacte

0⟶K⟶Ln−1⟶Ln−2⟶⋯⟶L1⟶L0⟶M⟶0.(1) 0\longrightarrow K\longrightarrow L_{n-1}\longrightarrow L_{n-2}\longrightarrow\cdots\longrightarrow L_1\longrightarrow L_0\longrightarrow M\longrightarrow0. \tag{1}

D’après (v) et X, p. 131, cor. 3, on a Tor⁡1A(A/a,K)=0\operatorname{Tor}^A_1(A/a,K)=0 pour tout idéal à droite de type fini aa de A. D’après le th. 2 de X, p. 74, le A-module K est plat ; comme il est de type fini, donc de présentation finie (X, p. 10, prop. 5), il est projectif (X, p. 13, cor.), donc (1) est une résolution projective de M.

Corollaire

Supposons AA noethérien à gauche et soit C0\mathscr{C}_0 (resp. C\mathscr{C}) l’ensemble des classes des AA-modules projectifs de type fini (resp. des AA-modules de dimension projective finie et de type fini). Alors l’homomorphisme des groupes de Grothendieck K(C0)→K(C)K(\mathscr{C}_0) \to K(\mathscr{C}) est bijectif.

Cela résulte de X, p. 58, th. 1 (notons que C0\mathscr{C}_0 et C\mathscr{C} sont exacts à gauche d’après le cor. 2).

2. L’homomorphisme Tor⁡nA(P,M)→Hom⁡A(Ext⁡An(M,A),P)\operatorname{Tor}_n^A(P, M) \to \operatorname{Hom}_A(\operatorname{Ext}_A^n(M, A), P)

Soient MM un AA-module à gauche, PP un AA-module à droite, nn un entier ⩾0\geqslant 0. L’application kk-bilinéaire (X, p. 129)

cP;M,As:Ext⁡An(M,A)×Tor⁡nA(P,M)→P⊗AA c_{P;M,A_s} : \operatorname{Ext}_A^n(M, A) \times \operatorname{Tor}_n^A(P, M) \to P \otimes_A A

correspond à une application kk-linéaire

(2)

Tor⁡nA(P,M)→Hom⁡k(Ext⁡An(M,A),P); \operatorname{Tor}_n^A(P, M) \to \operatorname{Hom}_k(\operatorname{Ext}_A^n(M, A), P);

de plus, si l’on munit Ext⁡An(M,A)\operatorname{Ext}_A^n(M, A) de la structure de AA-module à droite provenant de la structure de bimodule de AA, l’image de (2) est formée d’applications AA-linéaires, comme on le vérifie aussitôt ; on en déduit un kk-homomorphisme, dit canonique

(3)

Tor⁡nA(P,M)→Hom⁡A(Ext⁡An(M,A),P). \operatorname{Tor}_n^A(P, M) \to \operatorname{Hom}_A(\operatorname{Ext}_A^n(M, A), P).

Proposition 3

a) Si dpA(M)⩽n\mathrm{dp}_A(M) \leqslant n, l’homomorphisme canonique (3) est injectif. b) Si dpA(M)⩽n\mathrm{dp}_A(M) \leqslant n, si AA est noethérien à gauche et si MM est de type fini, l’homomorphisme canonique (3) est bijectif.

Raisonnons par récurrence sur nn. Si n=0n = 0, MM est projectif, l’homomorphisme (3) se réduit à l’homomorphisme canonique P⊗AM→Hom⁡A(M∗,P)P \otimes_A M \to \operatorname{Hom}_A(M^*, P) de II, p. 77, et la proposition résulte de loc. cit., corollaire. Si n>0n > 0, soit

(4)

0→N→L→M→0 0 \to N \to L \to M \to 0

une suite exacte de AA-modules où LL est libre (et de type fini dans le cas bb) ; alors dpA(N)⩽n−1\mathrm{dp}_A(N) \leqslant n - 1 (X, p. 135, cor. 2, c)) et NN est de type fini dans le cas bb.

Soit θ∈Ext⁡A1(M,N)\theta \in \operatorname{Ext}_A^1(M, N) la classe associée à la suite exacte (4) (X, p. 117, déf. 1). Notons

un:Ext⁡An−1(N,A)→Ext⁡An(M,A)vn:Tor⁡nA(P,M)→Tor⁡n−1A(P,N) u_n : \operatorname{Ext}_A^{n-1}(N, A) \to \operatorname{Ext}_A^n(M, A) \qquad v_n : \operatorname{Tor}_n^A(P, M) \to \operatorname{Tor}_{n-1}^A(P, N)
les applications définies par un(α)=α∘θu_n(\alpha) = \alpha \circ \theta et vn(β)=θ∘βv_n(\beta) = \theta \circ \beta. On a
(α∘θ)∘β=α∘(θ∘β) (\alpha \circ \theta) \circ \beta = \alpha \circ (\theta \circ \beta)

pour tous α∈Ext⁡An−1(N,A)\alpha\in\operatorname{Ext}_A^{n-1}(N,A), β∈Tor⁡nA(P,M)\beta\in\operatorname{Tor}_n^A(P,M) (X, p. 129, prop. 6), de sorte que le diagramme

Tor⁡nA(P,M)⟶Hom⁡A(Ext⁡An(M,A),P)↓vn↓Hom⁡(un,1)Tor⁡n−1A(P,N)⟶Hom⁡A(Ext⁡An−1(N,A),P),(5) \begin{array}{ccc} \operatorname{Tor}_n^A(P,M)&\longrightarrow&\operatorname{Hom}_A(\operatorname{Ext}_A^n(M,A),P)\\ \downarrow v_n&&\downarrow\operatorname{Hom}(u_n,1)\\ \operatorname{Tor}_{n-1}^A(P,N)&\longrightarrow&\operatorname{Hom}_A(\operatorname{Ext}_A^{n-1}(N,A),P), \end{array} \tag{5}

où les flèches horizontales sont les homomorphismes canoniques, est commutatif.

Si n=1n=1, on a ainsi un diagramme commutatif :

00↓↓Tor⁡1A(P,M)⟶Hom⁡A(Ext⁡A1(M,A),P)↓v1↓Hom⁡(u1,1)P⊗AN⟶Hom⁡A(N∗,P)↓↓P⊗AL⟶Hom⁡A(L∗,P) \begin{array}{ccccc} 0&&&&0\\ \downarrow&&&&\downarrow\\ \operatorname{Tor}_1^A(P,M)&\longrightarrow&\operatorname{Hom}_A(\operatorname{Ext}_A^1(M,A),P)\\ \downarrow v_1&&&&\downarrow\operatorname{Hom}(u_1,1)\\ P\otimes_A N&\longrightarrow&\operatorname{Hom}_A(N^*,P)\\ \downarrow&&&&\downarrow\\ P\otimes_A L&\longrightarrow&\operatorname{Hom}_A(L^*,P) \end{array}

où les colonnes sont exactes ; on en déduit le résultat dans ce cas. Si n≥2n\geq 2, les appli- cations unu_n et vnv_n sont bijectives (X, p. 128, cor. 4 et p. 131, cor. 3). D’après l’hypothèse de récurrence, l’homomorphisme canonique

Tor⁡n−1A(P,N)⟶Hom⁡A(Ext⁡An−1(N,A),P) \operatorname{Tor}_{n-1}^A(P,N)\longrightarrow\operatorname{Hom}_A(\operatorname{Ext}_A^{n-1}(N,A),P)

est injectif (resp. bijectif) ; le diagramme (5) montre qu’il en est de même de l’homo- morphisme canonique Tor⁡nA(P,M)⟶Hom⁡A(Ext⁡An(M,A),P)\operatorname{Tor}_n^A(P,M)\longrightarrow\operatorname{Hom}_A(\operatorname{Ext}_A^n(M,A),P), ce qui achève la démonstration.

3. Dimension homologique d’un anneau

Définition 2

On appelle dimension homologique de AA et on note dh⁡(A)\operatorname{dh}(A) la borne supérieure dans Z\mathbf{Z} de l’ensemble des entiers nn pour lesquels il existe deux AA-modules M et N tels que Ext⁡An(M,N)≠0\operatorname{Ext}_A^n(M,N)\neq 0.

On a dh⁡(0)=−∞\operatorname{dh}(0)=-\infty, dh⁡(A)≥0\operatorname{dh}(A)\geq 0 si A≠0A\neq 0. On verra ci-dessous que dh⁡(A)=1\operatorname{dh}(A)=1 si AA est principal et n’est pas un corps, et que, si K est un corps commutatif

dh⁡(K[X1,…,Xn])=n. \operatorname{dh}(K[X_1,\ldots,X_n])=n.

Proposition 4

Soit nn un entier ≥0\geq 0. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) dh⁡(A)≤n\operatorname{dh}(A)\leq n,

(ii) pour tout AA-module M, on a dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M)\leq n,

(ii′) pour tout AA-module M de type fini, on a dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M)\leq n,

(iii) pour toute suite exacte

0→K→Pn−1→Pn−2→…→P0 0 \to K \to P_{n-1} \to P_{n-2} \to \ldots \to P_0

où les PiP_i sont projectifs, KK est projectif,

(iv) pour toute suite exacte

I0→I1→…→In−1→N→0 I^0 \to I^1 \to \ldots \to I^{n-1} \to N \to 0

où les IiI^i sont injectifs, NN est injectif,

(v) tout AA-module possède une résolution injective de longueur ≤n\leq n.

L’équivalence des conditions (i), (ii) et (iii) résulte de la prop. 1. On a évidemment (ii) ⇒\Rightarrow (ii’). Il nous suffit donc de prouver (ii’) ⇒\Rightarrow (iv) ⇒\Rightarrow (v) ⇒\Rightarrow (i).

(ii’) ⇒\Rightarrow (iv) : avec les notations de (iv), soit KK le noyau de I0→I1I^0 \to I^1. D’après X, p. 128, cor. 4, on a pour tout AA-module MM un isomorphisme ExtA1(M,N)→ExtAn+1(M,K)\mathrm{Ext}_A^1(M, N) \to \mathrm{Ext}_A^{n+1}(M, K); il résulte alors de (ii’) que ExtA1(M,N)\mathrm{Ext}_A^1(M, N) est nul pour tout AA-module de type fini MM. D’après X, p. 93, prop. 11, cela implique que NN est injectif, d’où (iv).

(iv) ⇒\Rightarrow (v) : soit MM un AA-module. Appliquant (iv) à la suite exacte

0→M→I0(M)→I1(M)→…→In−1(M)→Kn−1(M)→0 0 \to M \to I^0(M) \to I^1(M) \to \ldots \to I^{n-1}(M) \to K^{n-1}(M) \to 0

de X, p. 52, on conclut que Kn−1(M)K^{n-1}(M) est injectif, d’où (v).

(v) ⇒\Rightarrow (i) : cela résulte de X, p. 100, th. 1.

Remarque 1

Si dh(A)≤n<+∞\mathrm{dh}(A) \leq n < +\infty, on a Torn+1A(P,M)=0\mathrm{Tor}_{n+1}^A(P, M) = 0 pour tout AA-module MM et tout AA-module à droite PP, puisque dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n (cf. lemme 1).

Remarque 2

Pour que dh(A)\mathrm{dh}(A) soit finie, il faut et il suffit que dpA(M)\mathrm{dp}_A(M) soit finie pour tout AA-module MM non nul. Cela résulte en effet de ce qui précède et de X, p. 135, cor. 1.

Corollaire

Supposons AA noethérien à gauche et soit nn un entier >0> 0. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) dh(A)≤n\mathrm{dh}(A) \leq n,

(ii) pour tout couple de AA-modules MM et NN de type fini, on a ExtAn+1(M,N)=0\mathrm{Ext}_A^{n+1}(M, N) = 0,

(iii) pour tout AA-module à gauche MM de type fini et tout AA-module à droite PP de type fini, on a Torn+1A(P,M)=0\mathrm{Tor}_{n+1}^A(P, M) = 0.

Cela résulte des prop. 2 et 4.

Remarque

D’après l’équivalence de (i) et (iii), on a dh(A)=dh(A∘)\mathrm{dh}(A) = \mathrm{dh}(A^\circ) si AA est noethérien à droite et à gauche. Cette égalité n’est pas satisfaite en général (X, p. 204, exercice 20).

Proposition 5

Supposons AA noethérien à gauche et de dimension homologique finie et soit C0\mathscr{C}_0 (resp. C\mathscr{C}) l’ensemble des classes de AA-modules projectifs de type fini (resp. des AA-modules de type fini). Alors l’homomorphisme canonique des groupes de Grothendieck K(C0)→K(C)K(\mathscr{C}_0) \to K(\mathscr{C}) est bijectif.

Cela résulte de X, p. 137, cor.

4. Anneaux de dimension homologique 0

Proposition 6

Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) tout A-module est projectif, (ii) tout A-module est injectif, (iii) tout idéal de A est un module injectif, (iv) dh(A) ≤ 0, (v) A est semi-simple, (vi) A est nœthérien et tout A-module est plat; (vii) tout complexe de A-modules est scindé, (viii) toute suite exacte de A-modules est scindée.

D’après la prop. 4, on a (i) ⇔ (ii) ⇔ (iv); d’après le cor. 1 à la prop. 4, on a (vi) ⇒ (iv). D’après X, p. 35, exemple 4, on a (i) ⇒ (vii); comme (ii) ⇒ (iii) et (vii) ⇒ (viii) sont triviales et que (viii) ⇒ (i) résulte de II, p. 39, prop. 4, il reste à prouver (iii) ⇒ (v) et (v) ⇒ (vi); la dernière assertion résulte de VIII, § 5, no 1, prop. 1 et 2; enfin si tout idéal de A est injectif, il est facteur direct dans A, d’où (iii) ⇒ (v).

5. Anneaux de dimension homologique 1

Proposition 7

Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) dh(A) ≤ 1, (ii) tout sous-module d’un module projectif est projectif, (ii’) tout idéal de A est projectif, (iii) tout quotient d’un A-module injectif est injectif, (iv) pour tout complexe projectif C, il existe un homologisme φ : C → H(C) tel que H(φ) = 1_{H(C)}, (v) pour tout complexe injectif C, il existe un homologisme ψ : H(C) → C tel que H(ψ) = 1_{H(C)}.

(i) ⇔ (ii) ⇔ (iii) : cela résulte de la prop. 4 de X, p. 138. (ii) ⇒ (iv) : soit C un complexe projectif. Si (ii) est vérifié, le sous-module B(C) de C est projectif, d’où (iv) d’après X, p. 35, remarque b). (iii) ⇒ (v) : soit C un complexe injectif. Si (iii) est vérifié, le quotient B_n(C) de C_{n+1} est injectif pour tout n, d’où (v) d’après X, p. 35, remarque a). (iv) ⇒ (ii) : soient P un A-module projectif, M un sous-module de P, i : M → P l’injection canonique. Soit p : L → M un homomorphisme surjectif d’un module libre L sur M. Considérons le complexe projectif C tel que C_1 = L, C_0 = P, C_i = 0 pour i ≠ 0, 1, d_1 = i ◦ p. Si (iv) est satisfait, soit φ : C → H(C) un homologisme tel que H(φ) = 1_{H(C)}. Comme H_1(C) = Ker p, φ_1 est un projecteur de L sur Ker p, donc la suite exacte

0→Ker p→L→pM→0 0 \to \mathrm{Ker}\ p \to L \xrightarrow{p} M \to 0

est scindée et M est isomorphe à un facteur direct de L, donc est projectif.

(v)⇒(iii)(v)\Rightarrow(iii) : soient I un module injectif, M un quotient de I, π:I→M\pi : I\to M la projection canonique. Soit i:M→Ji : M\to J un homomorphisme injectif de M dans un module injectif J. Considérons le complexe injectif C tel que C0=IC^0=I, C1=JC^1=J, Ci=0C^i=0 pour i≠0,1i\ne0,1, d0=i∘πd^0=i\circ\pi. Si (v) est satisfait, soit ψ:H(C)→C\psi : H(C)\to C un homomorphisme tel que H(ψ)=1H(C)H(\psi)=1_{H(C)}. Comme

H1(C)=Coker⁡i,H^1(C)=\operatorname{Coker}i,

ψ1\psi^1 est une section de la projection canonique J→Coker⁡iJ\to\operatorname{Coker}i, et M est facteur direct dans J, donc injectif.

(ii)⇒(ii′)(ii)\Rightarrow(ii') : c’est trivial.

(ii′)⇒(ii)(ii')\Rightarrow(ii) : cela résulte de VII, § 3, cor. 1 au th. 1.

Exemple

Si A est principal, alors dh⁡(A)≤1\operatorname{dh}(A)\leq1.

Remarque

Si A est (commutatif) intègre, les conditions précédentes équivalent aussi aux suivantes :

(iii′)(iii') : tout A-module divisible est injectif,

(vi)(vi) : tout A-module sans torsion est plat et A est noethérien.

Les anneaux intègres vérifiant ces conditions sont appelés anneaux de Dedekind (cf. X, p. 204, exercice 12 et AC, VII, § 2, no 2, th. 1).

Corollaire

Soient A un anneau de dimension homologique ≤1\leq 1, C un complexe de A-modules projectifs, C~\widetilde C un complexe de A-modules à droite projectifs, C′ un complexe de A-modules injectifs, P un A-module à droite, M un A-module à gauche, n un entier. On a alors des suites exactes scindées

0→⨁p+q=nHp(C~)⊗AHq(C)→γHn(C~⊗AC)→α⨁p+q=n−1Tor⁡1A(Hp(C~),Hq(C))→0,0\to\bigoplus_{p+q=n}H_p(\widetilde C)\otimes_A H_q(C)\xrightarrow{\gamma}H_n(\widetilde C\otimes_A C)\xrightarrow{\alpha}\bigoplus_{p+q=n-1}\operatorname{Tor}_1^A(H_p(\widetilde C),H_q(C))\to0,
0→∏pExt⁡A1(Hp(C),Hn−p−1(C′))→βHn(Homgr⁡A(C,C′))→λ∏pHomgr⁡A(Hp(C),Hn−p(C′))→0,0\to\prod_p\operatorname{Ext}_A^1(H_p(C),H^{n-p-1}(C'))\xrightarrow{\beta}H^n(\operatorname{Homgr}_A(C,C'))\xrightarrow{\lambda}\prod_p\operatorname{Homgr}_A(H_p(C),H^{n-p}(C'))\to0,
0→P⊗AHn(C)→γHn(P⊗AC)→αTor⁡1A(P,Hn−1(C))→0,0\to P\otimes_A H_n(C)\xrightarrow{\gamma}H_n(P\otimes_A C)\xrightarrow{\alpha}\operatorname{Tor}_1^A(P,H_{n-1}(C))\to0,
0→Ext⁡A1(Hn−1(C),M)→βHn(Homgr⁡A(C,M))→λHom⁡A(Hn(C),M)→0.0\to\operatorname{Ext}_A^1(H_{n-1}(C),M)\xrightarrow{\beta}H^n(\operatorname{Homgr}_A(C,M))\xrightarrow{\lambda}\operatorname{Hom}_A(H_n(C),M)\to0.

Puisque Z(C)Z(C), B(C)B(C), Z(C~)Z(\widetilde C) et B(C~)B(\widetilde C) sont projectifs et B(C′)B(C') injectif, cela résulte de X, p. 78, cor. 2, p. 96, cor. 1 et p. 98, cor. 2.

6. Dimension homologique des anneaux de polynômes

Lemme 2

Soient ρ:A→A′\rho : A\to A' un homomorphisme d’anneaux, M un A-module, M′ un A′-module. Si le A-module Ad′A'_d est plat, on a dpA(A′⊗AM)≤dpA(M)\mathrm{dp}_A(A'\otimes_A M)\leq\mathrm{dp}_A(M). Si le A-module As′A'_s est projectif, on a dpA(M′)≤dpA′(M′)\mathrm{dp}_A(M')\leq\mathrm{dp}_{A'}(M').

La première assertion est claire si dpA(M)=±∞\mathrm{dp}_A(M) = \pm \infty; si dpA(M)=n∈N\mathrm{dp}_A(M) = n \in \mathbf{N}, il existe une suite exacte de AA-modules

0→Pn→Pn−1→…→P0→M→0 0 \to P_n \to P_{n-1} \to \ldots \to P_0 \to M \to 0

où les PiP_i sont projectifs ; la suite de A′A'-modules

0→A′⊗APn→A′⊗APn−1→…→A′⊗AP0→A′⊗AM→0 0 \to A' \otimes_A P_n \to A' \otimes_A P_{n-1} \to \ldots \to A' \otimes_A P_0 \to A' \otimes_A M \to 0

est exacte, puisque Ad′A'_d est plat, et les A′A'-modules A′⊗APiA' \otimes_A P_i sont projectifs (II, p. 89, cor.) ; donc dpA′(A′⊗AM)≤n=dpA(M)\mathrm{dp}_{A'}(A' \otimes_A M) \leq n = \mathrm{dp}_A(M). La seconde assertion est claire si dpA′(M′)=±∞\mathrm{dp}_{A'}(M') = \pm \infty; si dpA′(M′)=m∈N\mathrm{dp}_{A'}(M') = m \in \mathbf{N}, il existe une suite exacte de A′A'-modules

0→Pm′→Pm−1′→…→P0′→M′→0, 0 \to P'_m \to P'_{m-1} \to \ldots \to P'_0 \to M' \to 0 ,

où les Pi′P'_i sont projectifs ; la suite des AA-modules sous-jacents est exacte. D’autre part chaque Pi′P'_i est un sous-A′A'-module facteur direct d’un module As′(1){A'_s}^{(1)}, donc est un AA-module projectif ; on a donc dpA(M′)≤m=dpA′(M′)\mathrm{dp}_A(M') \leq m = \mathrm{dp}_{A'}(M').

Lemme 3

Supposons A commutatif et soit M un A[X]-module.* a) On a dpA(M)≤dpA[X](M)≤dpA(M)+1\mathrm{dp}_A(M) \leq \mathrm{dp}_{A[X]}(M) \leq \mathrm{dp}_A(M) + 1. b) Si l’homothétie XMX_M est injective, on a dpA(M/XM)≤dpA[X](M)\mathrm{dp}_A(M/XM) \leq \mathrm{dp}_{A[X]}(M). c) Si XM=0XM = 0, on a dpA(M)+1=dpA[X](M)\mathrm{dp}_A(M) + 1 = \mathrm{dp}_{A[X]}(M). a) On a une suite exacte de A[X]A[X]-modules (III, p. 106 et VII, § 5, no 1)

0→A[X]⊗AM→A[X]⊗AM→M→0; 0 \to A[X] \otimes_A M \to A[X] \otimes_A M \to M \to 0 ;

l’assertion a) résulte alors de X, p. 135, cor. 2 et du lemme 2.

b) Si dpA[X](M)=±∞\mathrm{dp}_{A[X]}(M) = \pm \infty, l’assertion est triviale. Si MM est projectif et non nul, alors le AA-module M/XMM/XM s’identifie à A⊗A[X]MA \otimes_{A[X]} M, donc est projectif, et on a dpA(M/XM)≤0=dpA[X](M)\mathrm{dp}_A(M/XM) \leq 0 = \mathrm{dp}_{A[X]}(M). Raisonnons par récurrence sur dpA[X](M)=n\mathrm{dp}_{A[X]}(M) = n, supposé >0> 0. Considérons une suite exacte de A[X]A[X]-modules 0→N→L→M→00 \to N \to L \to M \to 0, où LL est un A[X]A[X]-module libre ; appliquant au diagramme

0⟶N⟶L⟶M⟶0↓↓↓0⟶N⟶L⟶M⟶0 \begin{array}{ccc} 0 & \longrightarrow & N \longrightarrow L \longrightarrow M \longrightarrow 0 \\ & & \downarrow \quad \downarrow \quad \downarrow \\ 0 & \longrightarrow & N \longrightarrow L \longrightarrow M \longrightarrow 0 \end{array}

la prop. 2 de X, p. 4, on voit que XNX_N est injectif et qu’on a la suite exacte

0→N/XN→L/XL→M/XM→0. 0 \to N/XN \to L/XL \to M/XM \to 0 .

Comme LL est libre sur A[X]A[X], L/XLL/XL est libre sur AA et l’on a

dpA[X](N)=n−1,dpA(M/XM)≤1+dpA(N/XN); \mathrm{dp}_{A[X]}(N) = n - 1 , \quad \mathrm{dp}_A(M/XM) \leq 1 + \mathrm{dp}_A(N/XN) ;

comme dpA(N/XN)≤n−1\mathrm{dp}_A(N/XN) \leq n - 1 d’après l’hypothèse de récurrence, on en tire dpA(M/XM)≤n\mathrm{dp}_A(M/XM) \leq n, ce qu’il fallait démontrer.

c) L’assertion est triviale si dpA[X](M)=±∞\mathrm{dp}_{A[X]}(M) = \pm \infty, et aussi si dpA[X](M)=0\mathrm{dp}_{A[X]}(M) = 0 (qui est impossible puisque XM=0XM = 0). On peut donc supposer dpA[X](M)=n>0\mathrm{dp}_{A[X]}(M) = n > 0. Considérant comme ci-dessus une suite exacte 0→N→L→M→00 \to N \to L \to M \to 0, où LL est un A[X]A[X]-module libre, on obtient une suite exacte de AA-modules

0→M→N/XN→L/XL→M→0. 0 \to M \to N/XN \to L/XL \to M \to 0 .

D’après b), on a dpA(N/XN)≤dpA[X](N)=dpA[X](M)−1=n−1\mathrm{dp}_A(N/XN) \leq \mathrm{dp}_{A[X]}(N) = \mathrm{dp}_{A[X]}(M) - 1 = n - 1; comme dpA(L/XL)=0\mathrm{dp}_A(L/XL) = 0, on déduit de la suite exacte précédente, en appliquant deux fois XX, p. 135, cor. 2, que dpA(M)≤n−1\mathrm{dp}_A(M) \leq n - 1. Mais, d’après a), on a

dpA(M)≥dpA[X](M)−1=n−1, \mathrm{dp}_A(M) \geq \mathrm{dp}_{A[X]}(M) - 1 = n - 1 ,

d’où c).

Théorème 1

Supposons AA commutatif. Alors

dh(A[X])=dh(A)+1. dh(A[X]) = dh(A) + 1 .

Pour tout A[X]A[X]-module MM, on a (lemme 3)

dpA[X](M)≤dpA(M)+1≤dh(A)+1 \mathrm{dp}_{A[X]}(M) \leq \mathrm{dp}_A(M) + 1 \leq dh(A) + 1

donc dh(A[X])≤dh(A)+1dh(A[X]) \leq dh(A) + 1; inversement, si MM est un AA-module, soit M‾\overline{M} le A[X]A[X]-module obtenu en munissant MM de la structure pour laquelle XM=0XM = 0, alors (lemme 3)

dpA(M)=dpA[X](M‾)−1≤dh(A[X])−1, \mathrm{dp}_A(M) = \mathrm{dp}_{A[X]}(\overline{M}) - 1 \leq dh(A[X]) - 1 ,

donc dh(A)≤dh(A[X])−1dh(A) \leq dh(A[X]) - 1.

Corollaire 1

Supposons AA commutatif. On a

dh(A[X1,...,Xn])=dh(A)+n. dh(A[X_1, ..., X_n]) = dh(A) + n .

Cela résulte du théorème par récurrence sur nn.

Corollaire 2

Soit KK un corps commutatif* (resp. un anneau principal ou de Dedekind qui n’est pas un corps). Alors dh(K[X1,...,Xn])dh(K[X_1, ..., X_n]) est égal à nn (resp. n+1n + 1). Cela résulte de ce que dh(K)=0dh(K) = 0 (resp. dh(K)=1dh(K) = 1).

7. Dimension homologique des modules gradués

Dans ce numéro, on suppose que AA est un anneau gradué à degrés ≥0\geq 0. On note (An)n∈Z(A_n)_{n \in \mathbf{Z}} sa graduation ; on a donc An=0A_n = 0 pour n<0n < 0, A0A_0 est un sous-anneau de AA, J0=⨁n>0AnJ_0 = \bigoplus_{n > 0} A_n est un idéal bilatère de AA et l’anneau gradué quotient A/J0A/J_0 s’identifie à A0A_0.

Lemme 4

Soit MM un AA-module gradué borné inférieurement (X, p. 56). Si A0⊗AM=0A_0 \otimes_A M = 0, alors M=0M = 0.

Comme A0⊗AMA_0 \otimes_A M est isomorphe à M/J0MM/J_0 M, ce n’est autre que ll, p. 171, prop. 6.

Lemme 5

Soit MM un AA-module gradué borné inférieurement, et soit

s:A⊗A0M/J0M→M s : A \otimes_{A_0} M/J_0 M \to M
un AA-homomorphisme gradué tel que 1⊗As:A0⊗A(A⊗A0M/J0M)→A0⊗AM1 \otimes_A s : A_0 \otimes_A (A \otimes_{A_0} M/J_0 M) \to A_0 \otimes_A M soit l’isomorphisme canonique. Alors ss est surjectif. Si Tor1A(A0,M)=0\mathrm{Tor}_1^A(A_0, M) = 0, ss est bijectif.

On a une suite exacte

0→Ker s→A⊗A0MJ0M→M→Coker s→0 0 \to \mathrm{Ker}\ s \to A \otimes_{A_0} M J_0 M \to M \to \mathrm{Coker}\ s \to 0
et les AA-modules gradués Ker s\mathrm{Ker}\ s et Coker s\mathrm{Coker}\ s sont bornés inférieurement. De la suite exacte A0⊗A(A⊗A0M/J0M)→1⊗sA0⊗AM→A0⊗ACoker s→0A_0 \otimes_A (A \otimes_{A_0} M/J_0 M) \xrightarrow{1 \otimes s} A_0 \otimes_A M \to A_0 \otimes_A \mathrm{Coker}\ s \to 0, on déduit que A0⊗ACoker s=0A_0 \otimes_A \mathrm{Coker}\ s = 0, donc ss est surjectif (lemme 4). On a alors une suite exacte
Tor1A(A0,M)→A0⊗AKer s→A0⊗A(A⊗A0M/J0M)→1⊗sA0⊗AM. \mathrm{Tor}_1^A(A_0, M) \to A_0 \otimes_A \mathrm{Ker}\ s \to A_0 \otimes_A (A \otimes_{A_0} M/J_0 M) \xrightarrow{1 \otimes s} A_0 \otimes_A M .
Si Tor1A(A0,M)=0\mathrm{Tor}_1^A(A_0, M) = 0, alors A0⊗AKer s=0A_0 \otimes_A \mathrm{Ker}\ s = 0 et ss est injectif (lemme 4).

Proposition 8

Soit MM un AA-module gradué borné inférieurement.

a) Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) MM est isomorphe à un AA-module gradué de la forme A⊗A0NA \otimes_{A_0} N, où NN est un A0A_0-module gradué projectif (resp. gradué libre) ; (ii) MM est un AA-module projectif (resp. gradué libre) ; (iii) M/J0MM/J_0 M est un A0A_0-module projectif (resp. gradué libre) et Tor1A(A0,M)=0\mathrm{Tor}_1^A(A_0, M) = 0.

b) Supposons de plus que MM ait un système générateur formé d’éléments homogènes de degrés bornés. Alors les conditions suivantes sont équivalentes : (i) Le AA-module gradué MM possède une suite de composition finie dont les quotients sont isomorphes à des AA-modules gradués de la forme A⊗A0NA \otimes_{A_0} N, où NN est un A0A_0-module gradué plat ; (ii) MM est un AA-module plat ; (iii) M/J0MM/J_0 M est un A0A_0-module plat et Tor1A(A0,M)=0\mathrm{Tor}_1^A(A_0, M) = 0.

Dans chacun des deux cas, on a évidemment (i) ⇒\Rightarrow (ii) ⇒\Rightarrow (iii). Il s’agit donc de démontrer (iii) ⇒\Rightarrow (i).

a) Le AA-module gradué A⊗A0M/J0MA \otimes_{A_0} M/J_0 M est un AA-module projectif puisque M/J0MM/J_0 M est un A0A_0-module projectif. L’homomorphisme canonique de AA-modules

p:M→M/J0M p : M \to M/J_0 M
est surjectif ; il existe donc un AA-homomorphisme gradué de degré zéro
s:A⊗A0M/J0M→M s : A \otimes_{A_0} M/J_0 M \to M
tel que p∘s(a⊗x)=axp \circ s(a \otimes x) = ax pour a∈Aa \in A et x∈M/J0Mx \in M/J_0 M.

D’après le lemme 5, ss est un isomorphisme de AA-modules de A⊗A0M/J0MA\otimes_{A_0}M/J_0M sur MM, d’où (i).

b) D’après l’hypothèse sur MM, il existe des entiers a,ba,b avec a≤ba\leq b tels que MM soit engendré par ⨁a≤i≤bMi\displaystyle\bigoplus_{a\leq i\leq b}M_i. Raisonnons par récurrence sur l’entier positif b−ab-a.

Si b−a=0b-a=0, alors MM est engendré par MaM_a et le A0A_0-homomorphisme canonique

Ma⟶M/J0M M_a\longrightarrow M/J_0M
est bijectif; on déduit alors du AA-homomorphisme A⊗A0Ma⟶MA\otimes_{A_0}M_a\longrightarrow M défini par la structure de AA-module de MM un AA-homomorphisme gradué
s:A⊗A0M/J0M⟶M s:A\otimes_{A_0}M/J_0M\longrightarrow M
satisfaisant à la condition du lemme 5. Alors, d’après le lemme 5, ss est bijectif, d’où (i).

Dans le cas général, soient M(a)M^{(a)} le sous-AA-module (gradué) de MM engendré par MaM_a et M′M' le quotient M/M(a)M/M^{(a)}. On a une suite exacte

0⟶M(a)→fM→gM′⟶0, 0\longrightarrow M^{(a)}\xrightarrow{f}M\xrightarrow{g}M'\longrightarrow0,
d’où, puisque Tor⁡1A(A0,M)=0\operatorname{Tor}_1^A(A_0,M)=0 par hypothèse, des suites exactes
Tor⁡2A(A0,M′)⟶Tor⁡1A(A0,M(a))⟶0(6) \tag{6} \operatorname{Tor}_2^A(A_0,M')\longrightarrow\operatorname{Tor}_1^A(A_0,M^{(a)})\longrightarrow0
0⟶Tor⁡1A(A0,M′)⟶M(a)/J0M(a)→1⊗fM/J0M→1⊗gM′/J0M′⟶0.(7) \tag{7} 0\longrightarrow\operatorname{Tor}_1^A(A_0,M')\longrightarrow M^{(a)}/J_0M^{(a)} \xrightarrow{1\otimes f}M/J_0M\xrightarrow{1\otimes g}M'/J_0M'\longrightarrow0.

Mais l’homomorphisme canonique Ma⟶M(a)/J0M(a)M_a\longrightarrow M^{(a)}/J_0M^{(a)} est bijectif. Il s’ensuit que l’homomorphisme 1⊗f:M(a)/J0M(a)⟶M/J0M1\otimes f:M^{(a)}/J_0M^{(a)}\longrightarrow M/J_0M est injectif et que son image est un sous-A0A_0-module facteur direct de M/J0MM/J_0M. Il résulte alors de la suite exacte (7) que Tor⁡1A(A0,M′)=0\operatorname{Tor}_1^A(A_0,M')=0 et que le A0A_0-module M′/J0M′M'/J_0M' est plat puisque isomorphe à un facteur direct de M/J0MM/J_0M. D’après l’hypothèse de récurrence (qui s’applique à M′M' puisque celui-ci est engendré par les Mi′M'_i pour a<i≤ba<i\leq b), M′M' satisfait à la condition (i), donc est plat. On déduit alors de la suite exacte (6) que Tor⁡1A(A0,M(a))=0\operatorname{Tor}_1^A(A_0,M^{(a)})=0, mais M(a)/J0M(a)M^{(a)}/J_0M^{(a)} s’identifie à MaM_a qui est un A0A_0-module plat (comme sous-module facteur direct de M/J0MM/J_0M) ; d’après ce qu’on a déjà démontré, le AA-module gradué M(a)M^{(a)} est isomorphe à A⊗A0MaA\otimes_{A_0}M_a, donc satisfait aussi à (i), ce qui achève la démonstration.

Corollaire 1

Soit MM un AA-module gradué de type fini. Si le A0A_0-module M/J0MM/J_0M est projectif (resp. gradué libre, resp. plat) et si Tor⁡1A(A0,M)=0\operatorname{Tor}_1^A(A_0,M)=0, alors le AA-module MM est projectif (resp. gradué libre, resp. plat).

Corollaire 2

Supposons que tout A0A_0-module projectif soit libre (resp. que AA soit noethérien et que tout A0A_0-module projectif de type fini soit libre). Soit MM un AA-module gradué borné inférieurement (resp. un AA-module gradué de type fini) et soit nn un entier ≥0\geq 0 tel que pd⁡A(M)≤n\operatorname{pd}_A(M)\leq n. Il existe une suite exacte de AA-modules gradués et d’homomorphismes gradués de degré 00

0⟶Ln⟶Ln−1⟶⋯⟶L0⟶M⟶0 0\longrightarrow L_n\longrightarrow L_{n-1}\longrightarrow\cdots\longrightarrow L_0\longrightarrow M\longrightarrow0

où les LiL_i sont gradués libres et bornés inférieurement (resp. gradués libres et de type fini).

En effet, il existe (X, p. 56, prop. 11) une suite exacte de A-modules gradués et d’homomorphismes de degré 0

0→Ln→Ln−1→…→L0→M→0 0 \to L_n \to L_{n-1} \to \ldots \to L_0 \to M \to 0
où les LiL_i sont bornés inférieurement (resp. de type fini) pour 0≤i≤n0 \leq i \leq n et gradués libres pour 0≤i≤n−10 \leq i \leq n - 1.

Comme dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n, le A-module LnL_n est projectif ; donc A0⊗ALnA_0 \otimes_A L_n est un A0A_0-module projectif, donc gradué libre ; comme LnL_n est borné inférieurement et A0⊗ALnA_0 \otimes_A L_n gradué libre, LnL_n est gradué libre (prop. 7).

Corollaire 3 (Théorème des syzygies de Hilbert)

Supposons que A0A_0 soit un corps commutatif et que AA soit engendré comme A0A_0-algèbre par nn éléments homogènes de degrés >0> 0 algébriquement indépendants. Pour tout AA-module gradué MM borné inférieurement (resp. de type fini), il existe une suite exacte de AA-modules gradués et d’homomorphismes gradués de degrés 0*

0→Ln→Ln−1→…→L0→M→0, 0 \to L_n \to L_{n-1} \to \ldots \to L_0 \to M \to 0,
où les LiL_i sont gradués libres et bornés inférieurement (resp. et de type fini).

En effet, dh(A)=ndh(A) = n d’après le théorème 1 de X, p. 143, et on applique le cor. 2.

Remarque

Le cor. 2 s’applique également aux cas suivants : a) A0A_0 est principal et A=A0[X1,...,Xn−1]A = A_0[X_1, ..., X_{n-1}]; b) *A0A_0 est noethérien local régulier de dimension rr et A=A0[X1,...,Xn,r]A = A_0[X_1, ..., X_n, r].

Corollaire 4

Supposons A0A_0 semi-simple. Soient MM un AA-module gradué borné inférieurement et nn un entier ≥0\geq 0. Pour que dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n, il faut et il suffit que*

Tor⁡n+1A(A0,M)=0. \operatorname{Tor}_{n+1}^A(A_0, M) = 0.
Si dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n, alors Tor⁡n+1A(A0,M)=0\operatorname{Tor}_{n+1}^A(A_0, M) = 0 (X, p. 135, lemme 1). Inversement, soit 0→K→Ln−1→...→L1→L0→M→00 \to K \to L_{n-1} \to ... \to L_1 \to L_0 \to M \to 0 une suite exacte de AA-modules gradués bornés inférieurement telle que L0,...,Ln−1L_0, ..., L_{n-1} soient gradués libres (X, p. 56, prop. 11); d’après le cor. 3 de X, p. 131, l’égalité Tor⁡n+1A(A0,M)=0\operatorname{Tor}_{n+1}^A(A_0, M) = 0 implique Tor⁡1A(A0,K)=0\operatorname{Tor}_1^A(A_0, K) = 0; comme K/J0KK/J_0 K est un A0A_0-module projectif puisque A0A_0 est semi-simple (X, p. 140, prop. 6), KK est projectif d’après la prop. 8 (X, p. 144), et dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n.

Corollaire 5

Supposons l’anneau A0A_0 semi-simple. Si Tor⁡n+1A(A0,A0)=0\operatorname{Tor}_{n+1}^A(A_0, A_0) = 0, on a dpA(M)≤n\mathrm{dp}_A(M) \leq n pour tout AA-module gradué borné inférieurement.

Notons A∘A^\circ l’anneau gradué opposé à AA : on a (A∘)0=(A0)∘(A^\circ)_0 = (A_0)^\circ, donc (A∘)0(A^\circ)_0 est semi-simple (VIII, § 5, n° 1, remarque 3). Comme Tor⁡n+1A∘(A0∘,A0∘)=0\operatorname{Tor}_{n+1}^{A^\circ}(A_0^\circ, A_0^\circ) = 0, on a dpA(A0s∘)≤n\mathrm{dp}_A(A_{0s}^\circ) \leq n d’après le cor. 4 : cela implique Tor⁡n+1A∘(M0,A0∘)=0\operatorname{Tor}_{n+1}^{A^\circ}(M_0, A_0^\circ) = 0 pour tout AA-module MM, donc Tor⁡n+1A(A0,M)=0\operatorname{Tor}_{n+1}^A(A_0, M) = 0 et on applique le cor. 4.

Exercices

See the exercises for § 8.

Transcrit du volume imprimé. Non traduit.