Dans ce paragraphe, on reprend les conventions du § 5.
1. Dimension projective d’un module
Définition 1
Soit M un A-module. On appelle dimension projective de M, et on note dpA(M) la borne inférieure dans Z des longueurs des résolutions projectives de M* (X, p. 48).
On a donc dpA(0)=−∞, dpA(M)≥0 si M=0. Pour que M soit projectif, il faut et il suffit que dpA(M)≤0.
Lemme 1
Si dpA(M)<n<+∞, on a ExtAn(M,N)=0 pour tout A-module N et TornA(P,M)=0 pour tout A-module à droite P. Cela résulte aussitôt du fait que M possède une résolution projective de longueur <n et de X, p. 100, th. 1.
Proposition 1
Soient M un A-module et n un entier ≥0. Les conditions suivantes sont équivalentes* : (i) dpA(M)≤n (i.e. (déf. 1), M possède une résolution projective de longueur ≤n); (ii) ExtAr(M,N)=0 pour tout A-module N et tout entier r>n; (iii) ExtAn+1(M,N)=0 pour tout A-module N; (iv) pour toute suite exacte
0→K→Pn−1→…→P0→M→0
où les Pi sont projectifs, K est projectif.
(i) ⇒ (ii) : cela résulte du lemme 1. (ii) ⇒ (iii) : c'est trivial. (iii) ⇒ (iv) : dans la situation de (iv), on a pour tout A-module N un isomorphisme de ExtA1(K,N) sur ExtAn+1(M,N) (X, p. 128, cor. 4) ; si (iii) est satisfait, on a
ExtA1(K,N)=0
pour tout N et K est projectif (X, p. 93, prop. 10). (iv) ⇒ (i) : considérons la suite exacte (X, p. 50)
0→Zn−1(M)→Ln−1(M)→…→L0(M)→M→0.
Si (iv) est satisfait, Zn−1(M) est projectif et M possède une résolution projective de longueur ≤n.
Corollaire 1
Soit (Mi)i∈E une famille de A-modules. On a
dpA(i∈E⨁Mi)=i∈EsupdpA(Mi).
Cela résulte de l'équivalence des conditions (i) et (iii) de la prop. 1. et de la prop. 7 de X, p. 89.
Dans l'énoncé suivant, on convient que ±∞+1=±∞−1=±∞.
Corollaire 2
Soit
0→M′→M→M′′→0
une suite exacte de A-modules.
a) On a
dpA(M)≤sup(dpA(M′),dpA(M′′)).
L'égalité a lieu dès que dpA(M′′)=dpA(M′)+1.
b) On a
dpA(M′′)≤sup(dpA(M),dpA(M′)+1).
L'égalité a lieu dès que dpA(M)=dpA(M′).
c) On a
dpA(M′)≤sup(dpA(M),dpA(M′′)−1).
L'égalité a lieu dès que dpA(M)=dpA(M′′).
Démontrons par exemple a), les démonstrations de b) et c) étant analogues. Si N est un A-module quelconque et n un entier ≥0, on a une suite exacte
Si dpA(M′),dpA(M′′)≤n, alors ExtAn+1(M′,N)=0 et ExtAn+1(M′′,N)=0 (prop. 1) donc ExtAn+1(M,N)=0 et dpA(M)≤n (prop. 1), de sorte que
dpA(M)≤sup(dpA(M′),dpA(M′′)).
Si dpA(M)<sup(dpA(M′),dpA(M′′)), alors nécessairement dpA(M)<+∞. Pour tout n>dpA(M), et tout A-module N, on a
ExtAn+1(M′,N)=0⟺ExtAn+2(M′′,N)=0,
d’après la suite exacte précédente ; d’après la prop. 1, cela implique aussitôt dpA(M′′)=dpA(M′)+1, puisque l’une des quantités dpA(M′), dpA(M′′) est >dpA(M).
Example. — Soit a un élément de A qui n’est ni inversible, ni diviseur de zéro à droite. Alors dpA(A/Aa)=1.
En effet, d’après la suite exacte 0⟶AsφAs⟶A/Aa⟶0, où φ(x)=xa, on a dpA(A/Aa)≤1. Si dpA(A/Aa)<1, alors A/Aa est projectif, et il existe une application A-linéaire ψ:As⟶As telle que ψ∘φ=Id ; cela implique
1=ψ(φ(1))=ψ(a)=a.ψ(1)
et a est inversible.
Proposition 2
Supposons A noethérien à gauche. Soient M un A-module de type fini et n un entier ≥0. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) dpA(M)≤n.
(i bis) M possède une résolution projective P de longueur ≤n telle que Pi soit un A-module de type fini pour chaque i.
(ii) ExtAr(M,N)=0 pour tout A-module de type fini N et tout entier r>n.
(iii) ExtAn+1(M,N)=0 pour tout A-module de type fini N.
(iv) TorrA(P,M)=0 pour tout A-module à droite P et tout r>n.
(v) Torn+1A(A/a,M)=0 pour tout idéal à droite de type fini a de A.
(i bis) ⇒ (i) : c’est trivial.
(i) ⇒ (ii) : cela résulte du lemme 1.
(ii) ⇒ (iii) : c’est trivial.
(iii) ⇒ (i) : d’après (iii) et X, p. 107, prop. 5, on a ExtAn+1(M,N)=0 pour tout A-module N, d’où (i) d’après la prop. 1.
(i) ⇒ (iv) : cela résulte du lemme 1.
(iv) ⇒ (v) : c’est trivial.
(v) ⇒ (i bis) : soit (L,d) une résolution libre de M telle que Lr soit de type fini pour tout r (X, p. 53, prop. 6). Posons K=Zn−1(L) ; alors K est de type fini comme sous-module de Ln−1 et on a une suite exacte
0⟶K⟶Ln−1⟶Ln−2⟶⋯⟶L1⟶L0⟶M⟶0.(1)
D’après (v) et X, p. 131, cor. 3, on a Tor1A(A/a,K)=0 pour tout idéal à droite de type fini a de A. D’après le th. 2 de X, p. 74, le A-module K est plat ; comme il est de type fini, donc de présentation finie (X, p. 10, prop. 5), il est projectif (X, p. 13, cor.), donc (1) est une résolution projective de M.
Corollaire
Supposons A noethérien à gauche et soit C0 (resp. C) l’ensemble des classes des A-modules projectifs de type fini (resp. des A-modules de dimension projective finie et de type fini). Alors l’homomorphisme des groupes de Grothendieck K(C0)→K(C) est bijectif.
Cela résulte de X, p. 58, th. 1 (notons que C0 et C sont exacts à gauche d’après le cor. 2).
Soient M un A-module à gauche, P un A-module à droite, n un entier ⩾0. L’application k-bilinéaire (X, p. 129)
cP;M,As:ExtAn(M,A)×TornA(P,M)→P⊗AA
correspond à une application k-linéaire
(2)
TornA(P,M)→Homk(ExtAn(M,A),P);
de plus, si l’on munit ExtAn(M,A) de la structure de A-module à droite provenant de la structure de bimodule de A, l’image de (2) est formée d’applications A-linéaires, comme on le vérifie aussitôt ; on en déduit un k-homomorphisme, dit canonique
(3)
TornA(P,M)→HomA(ExtAn(M,A),P).
Proposition 3
a) Si dpA(M)⩽n, l’homomorphisme canonique (3) est injectif. b) Si dpA(M)⩽n, si A est noethérien à gauche et si M est de type fini, l’homomorphisme canonique (3) est bijectif.
Raisonnons par récurrence sur n. Si n=0, M est projectif, l’homomorphisme (3) se réduit à l’homomorphisme canonique P⊗AM→HomA(M∗,P) de II, p. 77, et la proposition résulte de loc. cit., corollaire. Si n>0, soit
(4)
0→N→L→M→0
une suite exacte de A-modules où L est libre (et de type fini dans le cas b) ; alors dpA(N)⩽n−1 (X, p. 135, cor. 2, c)) et N est de type fini dans le cas b.
Soit θ∈ExtA1(M,N) la classe associée à la suite exacte (4) (X, p. 117, déf. 1). Notons
où les colonnes sont exactes ; on en déduit le résultat dans ce cas. Si n≥2, les appli- cations un et vn sont bijectives (X, p. 128, cor. 4 et p. 131, cor. 3). D’après l’hypothèse de récurrence, l’homomorphisme canonique
Torn−1A(P,N)⟶HomA(ExtAn−1(N,A),P)
est injectif (resp. bijectif) ; le diagramme (5) montre qu’il en est de même de l’homo- morphisme canonique TornA(P,M)⟶HomA(ExtAn(M,A),P), ce qui achève la démonstration.
3. Dimension homologique d’un anneau
Définition 2
On appelle dimension homologique de A et on note dh(A) la borne supérieure dans Z de l’ensemble des entiers n pour lesquels il existe deux A-modules M et N tels que ExtAn(M,N)=0.
On a dh(0)=−∞, dh(A)≥0 si A=0. On verra ci-dessous que dh(A)=1 si A est principal et n’est pas un corps, et que, si K est un corps commutatif
dh(K[X1,…,Xn])=n.
Proposition 4
Soit n un entier ≥0. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) dh(A)≤n,
(ii) pour tout A-module M, on a dpA(M)≤n,
(ii′) pour tout A-module M de type fini, on a dpA(M)≤n,
(iii) pour toute suite exacte
0→K→Pn−1→Pn−2→…→P0
où les Pi sont projectifs, K est projectif,
(iv) pour toute suite exacte
I0→I1→…→In−1→N→0
où les Ii sont injectifs, N est injectif,
(v) tout A-module possède une résolution injective de longueur ≤n.
L’équivalence des conditions (i), (ii) et (iii) résulte de la prop. 1. On a évidemment (ii) ⇒ (ii’). Il nous suffit donc de prouver (ii’) ⇒ (iv) ⇒ (v) ⇒ (i).
(ii’) ⇒ (iv) : avec les notations de (iv), soit K le noyau de I0→I1. D’après X, p. 128, cor. 4, on a pour tout A-module M un isomorphisme ExtA1(M,N)→ExtAn+1(M,K); il résulte alors de (ii’) que ExtA1(M,N) est nul pour tout A-module de type fini M. D’après X, p. 93, prop. 11, cela implique que N est injectif, d’où (iv).
(iv) ⇒ (v) : soit M un A-module. Appliquant (iv) à la suite exacte
0→M→I0(M)→I1(M)→…→In−1(M)→Kn−1(M)→0
de X, p. 52, on conclut que Kn−1(M) est injectif, d’où (v).
(v) ⇒ (i) : cela résulte de X, p. 100, th. 1.
Remarque 1
Si dh(A)≤n<+∞, on a Torn+1A(P,M)=0 pour tout A-module M et tout A-module à droite P, puisque dpA(M)≤n (cf. lemme 1).
Remarque 2
Pour que dh(A) soit finie, il faut et il suffit que dpA(M) soit finie pour tout A-module M non nul. Cela résulte en effet de ce qui précède et de X, p. 135, cor. 1.
Corollaire
Supposons A noethérien à gauche et soit n un entier >0. Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) dh(A)≤n,
(ii) pour tout couple de A-modules M et N de type fini, on a ExtAn+1(M,N)=0,
(iii) pour tout A-module à gauche M de type fini et tout A-module à droite P de type fini, on a Torn+1A(P,M)=0.
Cela résulte des prop. 2 et 4.
Remarque
D’après l’équivalence de (i) et (iii), on a dh(A)=dh(A∘) si A est noethérien à droite et à gauche. Cette égalité n’est pas satisfaite en général (X, p. 204, exercice 20).
Proposition 5
Supposons A noethérien à gauche et de dimension homologique finie et soit C0 (resp. C) l’ensemble des classes de A-modules projectifs de type fini (resp. des A-modules de type fini). Alors l’homomorphisme canonique des groupes de Grothendieck K(C0)→K(C) est bijectif.
Cela résulte de X, p. 137, cor.
4. Anneaux de dimension homologique 0
Proposition 6
Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) tout A-module est projectif, (ii) tout A-module est injectif, (iii) tout idéal de A est un module injectif, (iv) dh(A) ≤ 0, (v) A est semi-simple, (vi) A est nœthérien et tout A-module est plat; (vii) tout complexe de A-modules est scindé, (viii) toute suite exacte de A-modules est scindée.
D’après la prop. 4, on a (i) ⇔ (ii) ⇔ (iv); d’après le cor. 1 à la prop. 4, on a (vi) ⇒ (iv). D’après X, p. 35, exemple 4, on a (i) ⇒ (vii); comme (ii) ⇒ (iii) et (vii) ⇒ (viii) sont triviales et que (viii) ⇒ (i) résulte de II, p. 39, prop. 4, il reste à prouver (iii) ⇒ (v) et (v) ⇒ (vi); la dernière assertion résulte de VIII, § 5, no 1, prop. 1 et 2; enfin si tout idéal de A est injectif, il est facteur direct dans A, d’où (iii) ⇒ (v).
5. Anneaux de dimension homologique 1
Proposition 7
Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) dh(A) ≤ 1, (ii) tout sous-module d’un module projectif est projectif, (ii’) tout idéal de A est projectif, (iii) tout quotient d’un A-module injectif est injectif, (iv) pour tout complexe projectif C, il existe un homologisme φ : C → H(C) tel que H(φ) = 1_{H(C)}, (v) pour tout complexe injectif C, il existe un homologisme ψ : H(C) → C tel que H(ψ) = 1_{H(C)}.
(i) ⇔ (ii) ⇔ (iii) : cela résulte de la prop. 4 de X, p. 138. (ii) ⇒ (iv) : soit C un complexe projectif. Si (ii) est vérifié, le sous-module B(C) de C est projectif, d’où (iv) d’après X, p. 35, remarque b). (iii) ⇒ (v) : soit C un complexe injectif. Si (iii) est vérifié, le quotient B_n(C) de C_{n+1} est injectif pour tout n, d’où (v) d’après X, p. 35, remarque a). (iv) ⇒ (ii) : soient P un A-module projectif, M un sous-module de P, i : M → P l’injection canonique. Soit p : L → M un homomorphisme surjectif d’un module libre L sur M. Considérons le complexe projectif C tel que C_1 = L, C_0 = P, C_i = 0 pour i ≠ 0, 1, d_1 = i ◦ p. Si (iv) est satisfait, soit φ : C → H(C) un homologisme tel que H(φ) = 1_{H(C)}. Comme H_1(C) = Ker p, φ_1 est un projecteur de L sur Ker p, donc la suite exacte
0→Kerp→LpM→0
est scindée et M est isomorphe à un facteur direct de L, donc est projectif.
(v)⇒(iii) : soient I un module injectif, M un quotient de I, π:I→M la projection canonique. Soit i:M→J un homomorphisme injectif de M dans un module injectif J. Considérons le complexe injectif C tel que C0=I, C1=J, Ci=0 pour i=0,1, d0=i∘π. Si (v) est satisfait, soit ψ:H(C)→C un homomorphisme tel que H(ψ)=1H(C). Comme
H1(C)=Cokeri,
ψ1 est une section de la projection canonique J→Cokeri, et M est facteur direct dans J, donc injectif.
(ii)⇒(ii′) : c’est trivial.
(ii′)⇒(ii) : cela résulte de VII, § 3, cor. 1 au th. 1.
Exemple
Si A est principal, alors dh(A)≤1.
Remarque
Si A est (commutatif) intègre, les conditions précédentes équivalent aussi aux suivantes :
(iii′) : tout A-module divisible est injectif,
(vi) : tout A-module sans torsion est plat et A est noethérien.
Les anneaux intègres vérifiant ces conditions sont appelés anneaux de Dedekind (cf. X, p. 204, exercice 12 et AC, VII, § 2, no 2, th. 1).
Corollaire
Soient A un anneau de dimension homologique ≤1, C un complexe de A-modules projectifs, C un complexe de A-modules à droite projectifs, C′ un complexe de A-modules injectifs, P un A-module à droite, M un A-module à gauche, n un entier. On a alors des suites exactes scindées
Puisque Z(C), B(C), Z(C) et B(C) sont projectifs et B(C′) injectif, cela résulte de X, p. 78, cor. 2, p. 96, cor. 1 et p. 98, cor. 2.
6. Dimension homologique des anneaux de polynômes
Lemme 2
Soient ρ:A→A′ un homomorphisme d’anneaux, M un A-module, M′ un A′-module. Si le A-module Ad′ est plat, on a dpA(A′⊗AM)≤dpA(M). Si le A-module As′ est projectif, on a dpA(M′)≤dpA′(M′).
La première assertion est claire si dpA(M)=±∞; si dpA(M)=n∈N, il existe une suite exacte de A-modules
0→Pn→Pn−1→…→P0→M→0
où les Pi sont projectifs ; la suite de A′-modules
0→A′⊗APn→A′⊗APn−1→…→A′⊗AP0→A′⊗AM→0
est exacte, puisque Ad′ est plat, et les A′-modules A′⊗APi sont projectifs (II, p. 89, cor.) ; donc dpA′(A′⊗AM)≤n=dpA(M). La seconde assertion est claire si dpA′(M′)=±∞; si dpA′(M′)=m∈N, il existe une suite exacte de A′-modules
0→Pm′→Pm−1′→…→P0′→M′→0,
où les Pi′ sont projectifs ; la suite des A-modules sous-jacents est exacte. D’autre part chaque Pi′ est un sous-A′-module facteur direct d’un module As′(1), donc est un A-module projectif ; on a donc dpA(M′)≤m=dpA′(M′).
Lemme 3
Supposons A commutatif et soit M un A[X]-module.* a) On adpA(M)≤dpA[X](M)≤dpA(M)+1. b) Si l’homothétieXMest injective, on adpA(M/XM)≤dpA[X](M). c) SiXM=0, on adpA(M)+1=dpA[X](M). a) On a une suite exacte de A[X]-modules (III, p. 106 et VII, § 5, no 1)
0→A[X]⊗AM→A[X]⊗AM→M→0;
l’assertion a) résulte alors de X, p. 135, cor. 2 et du lemme 2.
b) Si dpA[X](M)=±∞, l’assertion est triviale. Si M est projectif et non nul, alors le A-module M/XM s’identifie à A⊗A[X]M, donc est projectif, et on a dpA(M/XM)≤0=dpA[X](M). Raisonnons par récurrence sur dpA[X](M)=n, supposé >0. Considérons une suite exacte de A[X]-modules 0→N→L→M→0, où L est un A[X]-module libre ; appliquant au diagramme
00⟶⟶N⟶L⟶M⟶0↓↓↓N⟶L⟶M⟶0
la prop. 2 de X, p. 4, on voit que XN est injectif et qu’on a la suite exacte
0→N/XN→L/XL→M/XM→0.
Comme L est libre sur A[X], L/XL est libre sur A et l’on a
dpA[X](N)=n−1,dpA(M/XM)≤1+dpA(N/XN);
comme dpA(N/XN)≤n−1 d’après l’hypothèse de récurrence, on en tire dpA(M/XM)≤n, ce qu’il fallait démontrer.
c) L’assertion est triviale si dpA[X](M)=±∞, et aussi si dpA[X](M)=0 (qui est impossible puisque XM=0). On peut donc supposer dpA[X](M)=n>0. Considérant comme ci-dessus une suite exacte 0→N→L→M→0, où L est un A[X]-module libre, on obtient une suite exacte de A-modules
0→M→N/XN→L/XL→M→0.
D’après b), on a dpA(N/XN)≤dpA[X](N)=dpA[X](M)−1=n−1; comme dpA(L/XL)=0, on déduit de la suite exacte précédente, en appliquant deux fois X, p. 135, cor. 2, que dpA(M)≤n−1. Mais, d’après a), on a
dpA(M)≥dpA[X](M)−1=n−1,
d’où c).
Théorème 1
Supposons A commutatif. Alors
dh(A[X])=dh(A)+1.
Pour tout A[X]-module M, on a (lemme 3)
dpA[X](M)≤dpA(M)+1≤dh(A)+1
donc dh(A[X])≤dh(A)+1; inversement, si M est un A-module, soit M le A[X]-module obtenu en munissant M de la structure pour laquelle XM=0, alors (lemme 3)
dpA(M)=dpA[X](M)−1≤dh(A[X])−1,
donc dh(A)≤dh(A[X])−1.
Corollaire 1
Supposons A commutatif. On a
dh(A[X1,...,Xn])=dh(A)+n.
Cela résulte du théorème par récurrence sur n.
Corollaire 2
Soit K un corps commutatif* (resp. un anneau principalou de Dedekindqui n’est pas un corps). Alorsdh(K[X1,...,Xn])est égal àn (resp. n+1). Cela résulte de ce que dh(K)=0 (resp. dh(K)=1).
7. Dimension homologique des modules gradués
Dans ce numéro, on suppose que A est un anneau gradué à degrés ≥0. On note (An)n∈Z sa graduation ; on a donc An=0 pour n<0, A0 est un sous-anneau de A, J0=⨁n>0An est un idéal bilatère de A et l’anneau gradué quotient A/J0 s’identifie à A0.
Lemme 4
Soit M un A-module gradué borné inférieurement (X, p. 56). Si A0⊗AM=0, alors M=0.
Comme A0⊗AM est isomorphe à M/J0M, ce n’est autre que ll, p. 171, prop. 6.
Lemme 5
Soit M un A-module gradué borné inférieurement, et soit
s:A⊗A0M/J0M→M
un A-homomorphisme gradué tel que 1⊗As:A0⊗A(A⊗A0M/J0M)→A0⊗AM soit l’isomorphisme canonique. Alors s est surjectif. Si Tor1A(A0,M)=0, s est bijectif.
On a une suite exacte
0→Kers→A⊗A0MJ0M→M→Cokers→0
et les A-modules gradués Kers et Cokers sont bornés inférieurement. De la suite exacte A0⊗A(A⊗A0M/J0M)1⊗sA0⊗AM→A0⊗ACokers→0, on déduit que A0⊗ACokers=0, donc s est surjectif (lemme 4). On a alors une suite exacte
Si Tor1A(A0,M)=0, alors A0⊗AKers=0 et s est injectif (lemme 4).
Proposition 8
Soit M un A-module gradué borné inférieurement.
a) Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) M est isomorphe à un A-module gradué de la forme A⊗A0N, où N est un A0-module gradué projectif (resp. gradué libre) ; (ii) M est un A-module projectif (resp. gradué libre) ; (iii) M/J0M est un A0-module projectif (resp. gradué libre) et Tor1A(A0,M)=0.
b) Supposons de plus que M ait un système générateur formé d’éléments homogènes de degrés bornés. Alors les conditions suivantes sont équivalentes : (i) Le A-module gradué M possède une suite de composition finie dont les quotients sont isomorphes à des A-modules gradués de la forme A⊗A0N, où N est un A0-module gradué plat ; (ii) M est un A-module plat ; (iii) M/J0M est un A0-module plat et Tor1A(A0,M)=0.
Dans chacun des deux cas, on a évidemment (i) ⇒ (ii) ⇒ (iii). Il s’agit donc de démontrer (iii) ⇒ (i).
a) Le A-module gradué A⊗A0M/J0M est un A-module projectif puisque M/J0M est un A0-module projectif. L’homomorphisme canonique de A-modules
p:M→M/J0M
est surjectif ; il existe donc un A-homomorphisme gradué de degré zéro
s:A⊗A0M/J0M→M
tel que p∘s(a⊗x)=ax pour a∈A et x∈M/J0M.
D’après le lemme 5, s est un isomorphisme de A-modules de A⊗A0M/J0M sur M, d’où (i).
b) D’après l’hypothèse sur M, il existe des entiers a,b avec a≤b tels que M soit engendré par a≤i≤b⨁Mi. Raisonnons par récurrence sur l’entier positif b−a.
Si b−a=0, alors M est engendré par Ma et le A0-homomorphisme canonique
Ma⟶M/J0M
est bijectif; on déduit alors du A-homomorphisme A⊗A0Ma⟶M défini par la structure de A-module de M un A-homomorphisme gradué
s:A⊗A0M/J0M⟶M
satisfaisant à la condition du lemme 5. Alors, d’après le lemme 5, s est bijectif, d’où (i).
Dans le cas général, soient M(a) le sous-A-module (gradué) de M engendré par Ma et M′ le quotient M/M(a). On a une suite exacte
0⟶M(a)fMgM′⟶0,
d’où, puisque Tor1A(A0,M)=0 par hypothèse, des suites exactes
Mais l’homomorphisme canonique Ma⟶M(a)/J0M(a) est bijectif. Il s’ensuit que l’homomorphisme 1⊗f:M(a)/J0M(a)⟶M/J0M est injectif et que son image est un sous-A0-module facteur direct de M/J0M. Il résulte alors de la suite exacte (7) que Tor1A(A0,M′)=0 et que le A0-module M′/J0M′ est plat puisque isomorphe à un facteur direct de M/J0M. D’après l’hypothèse de récurrence (qui s’applique à M′ puisque celui-ci est engendré par les Mi′ pour a<i≤b), M′ satisfait à la condition (i), donc est plat. On déduit alors de la suite exacte (6) que Tor1A(A0,M(a))=0, mais M(a)/J0M(a) s’identifie à Ma qui est un A0-module plat (comme sous-module facteur direct de M/J0M) ; d’après ce qu’on a déjà démontré, le A-module gradué M(a) est isomorphe à A⊗A0Ma, donc satisfait aussi à (i), ce qui achève la démonstration.
Corollaire 1
Soit M un A-module gradué de type fini. Si le A0-module M/J0M est projectif (resp. gradué libre, resp. plat) et si Tor1A(A0,M)=0, alors le A-module M est projectif (resp. gradué libre, resp. plat).
Corollaire 2
Supposons que tout A0-module projectif soit libre (resp. que A soit noethérien et que tout A0-module projectif de type fini soit libre). Soit M un A-module gradué borné inférieurement (resp. un A-module gradué de type fini) et soit n un entier ≥0 tel que pdA(M)≤n. Il existe une suite exacte de A-modules gradués et d’homomorphismes gradués de degré 0
0⟶Ln⟶Ln−1⟶⋯⟶L0⟶M⟶0
où les Li sont gradués libres et bornés inférieurement (resp. gradués libres et de type fini).
En effet, il existe (X, p. 56, prop. 11) une suite exacte de A-modules gradués et d’homomorphismes de degré 0
0→Ln→Ln−1→…→L0→M→0
où les Li sont bornés inférieurement (resp. de type fini) pour 0≤i≤n et gradués libres pour 0≤i≤n−1.
Comme dpA(M)≤n, le A-module Ln est projectif ; donc A0⊗ALn est un A0-module projectif, donc gradué libre ; comme Ln est borné inférieurement et A0⊗ALn gradué libre, Ln est gradué libre (prop. 7).
Corollaire 3 (Théorème des syzygies de Hilbert)
Supposons que A0 soit un corps commutatif et que A soit engendré comme A0-algèbre par n éléments homogènes de degrés >0 algébriquement indépendants. Pour tout A-module gradué M borné inférieurement (resp. de type fini), il existe une suite exacte de A-modules gradués et d’homomorphismes gradués de degrés 0*
0→Ln→Ln−1→…→L0→M→0,
où les Li sont gradués libres et bornés inférieurement (resp. et de type fini).
En effet, dh(A)=n d’après le théorème 1 de X, p. 143, et on applique le cor. 2.
Remarque
Le cor. 2 s’applique également aux cas suivants : a) A0 est principal et A=A0[X1,...,Xn−1]; b) *A0 est noethérien local régulier de dimension r et A=A0[X1,...,Xn,r].
Corollaire 4
Supposons A0 semi-simple. Soient M un A-module gradué borné inférieurement et n un entier ≥0. Pour que dpA(M)≤n, il faut et il suffit que*
Torn+1A(A0,M)=0.
Si dpA(M)≤n, alors Torn+1A(A0,M)=0 (X, p. 135, lemme 1). Inversement, soit 0→K→Ln−1→...→L1→L0→M→0 une suite exacte de A-modules gradués bornés inférieurement telle que L0,...,Ln−1 soient gradués libres (X, p. 56, prop. 11); d’après le cor. 3 de X, p. 131, l’égalité Torn+1A(A0,M)=0 implique Tor1A(A0,K)=0; comme K/J0K est un A0-module projectif puisque A0 est semi-simple (X, p. 140, prop. 6), K est projectif d’après la prop. 8 (X, p. 144), et dpA(M)≤n.
Corollaire 5
Supposons l’anneau A0 semi-simple. Si Torn+1A(A0,A0)=0, on a dpA(M)≤n pour tout A-module gradué borné inférieurement.
Notons A∘ l’anneau gradué opposé à A : on a (A∘)0=(A0)∘, donc (A∘)0 est semi-simple (VIII, § 5, n° 1, remarque 3). Comme Torn+1A∘(A0∘,A0∘)=0, on a dpA(A0s∘)≤n d’après le cor. 4 : cela implique Torn+1A∘(M0,A0∘)=0 pour tout A-module M, donc Torn+1A(A0,M)=0 et on applique le cor. 4.