Dans ce paragraphe, tous les anneaux considérés sont commutatifs.
1. Les complexes K(u), K.(u,C), K∗(u,C)
Soient A un anneau, L un A-module, u:L→A une forme linéaire, et Λ(L) l’algèbre extérieure du A-module L. Pour x∈Λ(L), notons du(x) le produit intérieur x⋅u (III, p. 161, exemple). D’après loc. cit., p. 162, formule (60), on a
pour e1,…,en dans L. D’après III, p. 164 et 165, l’application du:Λ(L)→Λ(L) est une antidérivation de degré (−1) et de carré nul. C’est l’unique antidérivation de la A-algèbre Λ(L) qui prolonge u:Λ1(L)→Λ0(L).
Définition 1
Le complexe (Λ(L),du) se note KA(u) ou K(u).
On prendra garde que Kn(u)=Λn(L)=K−n(u). Il est clair que K(u) est nul à droite et que H0(K(u))=Coker(u)=A/q où q est l’idéal u(L) de A.
Si le complexe C est nul à droite (resp. à gauche), alors KA(u,C) (resp. KA∗(u,c)) est nul à droite (resp. à gauche), et γ0 (resp. λ0) est bijectif.
Cela résulte de X, p. 62, prop. 1 et p. 82, prop. 1.
Proposition 1
Soit x∈L; notons Rx:y↦x∧y la multiplication à gauche par x dans l’algèbre Λ(L). Alors du∘Rx+Rx∘du=u(x)⋅1Λ(L)=u(x)Λ(L).
En effet (du∘Rx+Rx∘du)(y)=du(x∧y)+x∧du(y); puisque du est une antidérivation, du(x∧y)+x∧du(y)=du(x)∧y=u(x)⋅y.
Corollaire 1
Si u est surjectif, K(u) est homotope à zéro (X, p. 34) ainsi que KA(u,C) et KA∗(u,C) pour tout complexe C.
En effet, il existe x∈L tel que u(x)=1. Alors K(u) est homotope à zéro d’après la prop. 1, donc aussi KA(u,C) (X, p. 64, prop. 3) et KA∗(u,C) (X, p. 83, prop. 3).
Corollaire 2
Soient C un complexe, Ann (C) son annulateur. Alors q+Ann(C) annule HA(u,C) et HA∗(u,C).
Pour tout λ∈q, l’homothétie λK(u) est homotope à zéro d’après la proposition, donc aussi 1C⊗λK(u) et Homgr (λK(u),1C) d’après X, p. 64, prop. 3 et X, p. 83, prop. 3 ; il s’ensuit que λ annule H(u,C) et H∗(u,C). Si λ∈Ann(C), alors 1K(u)⊗λC et Homgr (1K(u),λC) sont nuls.
Supposons L projectif (resp. K(u) acyclique en degrés > 0). Alors le complexe Λ(L) est projectif d’après III, p. 87, cor. 2 (resp. est une résolution de A/q) ; d’après X, p. 102 (resp. p. 100), on a donc, pour tout A-module M, des homomorphismes
(2) HrA(u,M)→TorrA(A/q,M), ExtAr(A/q,M)→HrA(u,M) resp. (3) TorrA(A/q,M)→HrA(u,M), Hr(u,M)→ExtAr(A/q,M).
Si L est projectif et K(u) acyclique en degrés > 0, les homomorphismes (2) et (3) ci-dessus sont bijectifs et réciproques les uns des autres (X, p. 102, prop. 1).
Proposition 2
Soit (Li)i∈I une famille de A-modules, où l’ensemble I est fini et totalement ordonné. Soient u une forme linéaire sur ⨁i∈ILi, ui sa restriction à Li.
L’isomorphisme canonique de A-algèbres (III, p. 84)
g:i∈I⨂Λ(Li)→Λ(i∈I⨁Li)
est un isomorphisme du complexe ⨂i∈IK(ui) (X, p. 63) sur le complexe K(u).
En effet, d’après X, p. 64, remarque 4, la différentielle D du complexe ⨂i∈IK(ui) est une antidérivation ; les antidérivations du et g∘D∘g−1 de Λ(⨁Li) coïncident sur ⨁Li avec l’application x↦u(x).1 de ⨁Li dans Λ(⨁Li), donc sont égales (III, p. 128, cor.).
Soient C et C′ deux complexes de A-modules. On a (X, p. 63 et p. 99) des isomorphismes canoniques de complexes
C⊗A(C′⊗AK(u))→(C⊗AC′)⊗AK(u)
HomgrA(C′,HomgrA(K(u),C))→HomgrA(C′⊗AK(u),C),
c'est-à-dire des isomorphismes
(4)
C⊗AKA(u,C′)→KA(u,C⊗AC′)
(5)
HomgrA(C′,KAi(u,C))→HomgrA(KA(u,C′),C)
Dans (4) et (5), prenons C′=K(u′), où u′:L′→A est une forme linéaire sur un A-module L′, et notons que KA(u,K(u′)) qui est égal par définition à K(u′)⊗AK(u) s’identifie d’après la prop. 2 à K(u′⊕u) où u′⊕u:L′⊕L→A est la forme linéaire (x′,x)↦u′(x′)+u(x). On obtient alors des isomorphismes de complexes
(6)
KA(u′⊕u,C)→KA(u,KA(u′,C))
(7)
KAi(u′,KAi(u,C))→KAi(u′⊕u,C)
Par passage à l’homologie, on en déduit des isomorphismes de A-modules
HrA(u′⊕u,C)→HrA(u,KA(u′,C)),r∈Z,
HAr(u′,KAi(u,C))→HAr(u′⊕u,C),r∈Z.
Notons enfin que l’homomorphisme déduit du produit dans l’algèbre Λ(L)
m:KA(u)⊗AKA(u)→KA(u)
est un morphisme de complexes (puisque du est une antidérivation). Supposant Llibre de rang n et composant avec le morphisme de complexes KA(u)→ΛnL(−n) qui est l’identité en degré n, on en déduit un morphisme de complexes
χ:KA(u)⊗AKA(u)→ΛnL(−n);
à ce morphisme correspond canoniquement, d’après X, p. 99, prop. 12, un morphisme de complexes
φ:KA(u)→HomgrA(KA(u),ΛnL(−n))
qui est bijectif (III, p. 87, formule (20)). Pour tout complexe C, on en déduit un isomorphisme composé
Par passage à l’homologie, on a donc des isomorphismes canoniques
(8)
HrA(u,C)→HAn−r(u,C⊗AΛnL),r∈Z.
Remarques. — 1) \* Ce qui précède reste valable lorsque L est projectif de rang n. \*
2) Puisque L est libre de rang n, ΛnL est isomorphe à A, on a des isomorphismes non canoniques HrA(u,C)→HAn−r(u,C).
2. Fonctorialité
Soit f:C→C′ un morphisme de complexes. On note
KA(u,f):KA(u,C)→KA(u,C′),
KA(u,f):KA(u,C)→KA(u,C′),
les morphismes de complexes f⊗1K(u) et HomA(1K(u),f).
On note HA(u,f):HA(u,C)→HA(u,C′), HA(u,f):HA(u,C)→HA(u,C′), HrA(u,f):HrA(u,C)→HrA(u,C′), HrA(u,f):HrA(u,C)→HrA(u,C′) les morphismes induits en homologie. L’application f↦KA(u,f) est linéaire ; si g:C′→C′′ est un autre morphisme de complexes, on a KA(u,g∘f)=KA(u,g)∘KA(u,f); de même pour KA, HA, HA, HrA, HrA.
Soit 0→C′fCgC′′→0 une suite exacte de complexes.
a) Supposons L plat ; alors Λ(L) est plat (X, p. 15, cor.). La suite
0→KA(u,C′)KA(u,f)KA(u,C)KA(u,g)KA(u,C′′)→0
est alors exacte, et donne naissance (X, p. 30) à une suite exacte d’homologie
Soient ρ:A→A′ un homomorphisme d’anneaux, L′ le A′-module A′⊗AL, u′:L′→A′ la forme linéaire 1⊗u. L’homomorphisme canonique bijectif (III, p. 83, prop. 8)
ψ:ΛA′(A′⊗AL)→A′⊗AΛA(L)
est un isomorphisme de complexes de A′-modules. On en déduit :
1) pour tout complexe de A′-modules C′, un isomorphisme de complexes de A-modules
où φ est la bijection canonique (III, p. 85, prop. 14);
2) pour tout complexe de A-modules C, un isomorphisme de complexes de A′-modules
KA(u,A′⊗AC)→A′⊗AKA(u,C),
d'où des homomorphismes de A′-modules
A′⊗AHnA(u,C)→HnA′(u′,A′⊗AC),
qui sont bijectifs lorsque A′ est plat sur A (X, p. 66, cor. 2).
Soient L′ un A-module, u′:L′→A une forme linéaire, f:L→L′ un A-homomorphisme tel que u′∘f=u. Il résulte de III, p. 161, formule (55), que l’homomorphisme Λ(f):Λ(L)→Λ(L′) satisfait à du∘Λ(f)=Λ(f)∘du′, donc définit un morphisme de complexesΛ(u):KA(u)→KA(u′). Si C est un A-complexe, on en déduit des morphismes de complexes
1C⊗Λ(u):KA(u,C)→KA(u′,C) et Homgr(Λ(u),1C):KA∗(u′,C)→KA∗(u,C).
Si f est bijectif, tous ces morphismes sont des isomorphismes.
3. Exemple 1 : le complexe S(L)⊗AΛ(L)
Soient A un anneau, L un A-module, S(L) son algèbre symétrique, S(L)⊗AL le S(L)-module déduit par extension des scalaires, u:S(L)⊗AL→S(L) la forme linéaire telle que u(s⊗x)=sx pour s∈S(L),x∈L. Par l’isomorphisme canonique de S(L)-modules (III, p. 83, prop. 8)
ΛS(L)(S(L)⊗AL)→S(L)⊗AΛ(L),
la différentielle du complexe KS(L)(u) est transportée en l’application
d:S(L)⊗AΛ(L)→S(L)⊗AΛ(L)
telle que, pour x1,...,xp,y1,...,yq dans L, on ait
Notons que d applique Sp(L)⊗Λq(L) dans Sp+1(L)⊗Λq−1(L), donc que le complexe de A-modulesS(L)⊗Λ(L) se décompose en la somme directe des complexes décrits par les diagrammes suivants :
Si le A-module L est somme directe d'une famille finie (Li)i∈I où I est totalement ordonné, la bijection canonique
i∈I⨂(S(Li)⊗AΛ(Li))→S(L)⊗AΛ(L)
est un isomorphisme de complexes de A-modules (cela résulte de la prop. 2 de X, p. 148 ou de la formule (9) ci-dessus).
Proposition 3
Si le A-module L est plat, les suites (En) ci-dessus sont exactes pour n>0.
a) Notons d'abord que, si pL est l'homomorphisme composé
S(L)⊗Λ(L)αS0(L)⊗Λ0(L)βA,
où α est le produit tensoriel des projections canoniques et β l'isomorphisme canonique, il s'agit de prouver que H(pL) est bijectif.
b) Si L=0 ou si L=A, la proposition est évidente.
c) Supposons L libre de rang fini ; écrivons-le comme somme directe L1⊕...⊕Ln de A-modules libres de rang 1. D'après la remarque qui précède la proposition, le complexe S(L)⊗Λ(L) est isomorphe au produit tensoriel des n complexes libresS(Li)⊗Λ(Li) dont d'après b) l'homologie est libre. D'après X, p. 79, cor. 4, l'homomorphisme canonique
γ:i=1⨁nH(S(Li)⊗Λ(Li))→H(S(L)⊗Λ(L))
est bijectif. D'après b)H(pLi) est bijectif pour tout i. Comme ⨂i=1nH(pLi)=H(pL)∘γ,
H(pL) est bijectif.
d) Dans le cas général, L est limite inductive d'un système inductif filtrant (Li)i∈I de modules libres de rang fini (X, p. 14, th. 1). Comme l'homomorphisme bijectif canonique
limS(Li)⊗Λ(Li)→S(L)⊗Λ(L)
est un isomorphisme de complexes, la proposition résulte de X, p. 28, prop. 1.
Remarque 1
Nous verrons ci-dessous (X, p. 158, exemple) une autre démonstration de la partie c) ci-dessus.
Remarque 2
Si A est une Q-algèbre, la conclusion de la prop. 3 reste vraie sans hypothèse sur L (cf. X, p. 206, exercice 1).
Remarque 3
Soient G un groupe et ρ:G→GL(L) une représentation linéaire de G dans un A-module plat L. Alors les (En) sont des suites exactes de représentations linéaires. Supposons L projectif de type fini, et notons RA(G) l'anneau des représentations de G dans les A-modules projectifs de type fini. Il résulte de la prop. 3 que l’on a dans R_A(G) les relations
i=0∑n(−1)i[Si(L)][Λn−i(L)]=0,n>0.
Si on considère les séries formelles
s(T)=i=0∑∞[Si(L)]Ti∈RA(G)[[T]],
λ(T)=i=0∑∞[Λi(L)]Ti∈RA(G)[[T]],
les relations (10) s’écrivent
s(T)λ(−T)=1∗.
4. Exemple 2 : le cas d’un module libre
Soient k un anneau, M un k-module, I un ensemble et p un entier ⩾0. Une application m:Ip→M est dite alternée si elle satisfait aux deux conditions suivantes :
a) pour toute permutation σ∈Sp et toute suite (α1,...,αp)∈Ip, on a
m(ασ(1),...,ασ(p))=εσm(α1,...,αp),
b) pour toute suite (α1,...,αp)∈Ip telle que deux des indices α1,...,αp soient égaux, on a m(α1,...,αp)=0. (Dans le cas où I est un k-module et m est multilinéaire, on retrouve la notion introduite en III, p. 80.)
Supposons I fini et notons CIp(M) le k-module des applications alternées de Ip dans M.
Soient L0 un k-module, (ei)i∈I une famille d’éléments de L0; on définit deux applications k-linéaires
g:Homk(ΛpL0,M)→CIp(M)
h:CIp(M)→M⊗kΛpL0
comme suit : si f∈Homk(ΛpL0,M), on pose
g(f)(α1,...,αp)=f(eα1∧...∧eαp);
soit m∈CIp(M), définissons h(m)∈M⊗kΛpL0. Pour tout élément (α1,...,αp) de Ip, l’élément m(α1,...,αp)⊗(eα1∧...∧eαp) de ΛpL0⊗kM est nul si Card{α1,...,αp}<p et est indépendant de l’ordre des indices α1,...,αp si
Card{α1,...,αp}=p.
Il ne dépend que de la partie J=(α1,...,αp) de I; notons-le hJ(m); on a hJ(m)=0 si Card(J)<p; on pose alors :
h(m)=J∑hJ(m),
où J parcourt les parties de I ayant p éléments.
Lemme 2
Si le k-module L0 est libre de base (ei)i∈I, les applications k-linéaires g et h sont bijectives.* Cela résulte de III, p. 79, th. 1.
Soient maintenant M un k-module, et x=(xi)i∈I une famille de k-endomorphismes de M, deux à deux permutables. Considérons l’anneau de polynômes A=k[(Xi)i∈I] et munissons M de la structure de A-module telle que P(Xi)m=P(xi)m pour P∈A et m∈M. Soient d’autre part L le A-module libre AI, (ei)i∈I sa base canonique et u:L→A la forme linéaire qui applique ei sur Xi pour tout i∈I. Considérons les complexes de k-modules KA∗(u,M) et KA∗(u,M); on a des isomorphismes canoniques
KAp(u,M)=HomA(ΛAp(AI),M)→Homk(Λkp(kI),M),
M⊗kΛkp(kI)→M⊗AΛAp(AI)=KAp(u,M);
d’où par composition avec les isomorphismes g et h des isomorphismes de k-modules
θp:KAp(u,M)→CIp(M),
θp:CIp(M)→KAp(u,M).
On note
∂p:CIp(M)→CIp+1(M),
∂p:CIp(M)→CIp−1(M),
les k-homomorphismes obtenus en transportant les différentielles de KA∗(u,M) et KA∗(u,M) par les isomorphismes θ. On a par exemple : (12)
Le complexe formé des CIp(M) et des ∂p (resp. des ∂p) se note K∗(x,M) (resp. K.(x,M)) et s’appelle le complexe de Koszul ascendant (resp. descendant) associé au module M et à la suite d’endomorphismes (x1,...,xn). On a donc des isomorphismes de complexes de k-modules
θ∗:KA∗(u,M)→K∗(x,M),
θ∗:K∗(x,M)→KA∗(u,M).
Remarque
Inversement, soient B une k-algèbre, L un B-module libre de base (ei)i∈I, et M un B-module. La donnée d’une forme linéaire u:L→B équivaut à celle d’une famille x=(xi)i∈I d’éléments de B, par la relation xi=u(ei). Le complexe de k-modules sous-jacent à KB∗(u,M) (resp. KB(u,M)) s’identifie alors, par l’isomorphisme θ∗ (resp. θ∗) au complexe de Koszul K∗(x,M) (resp. K∗(x,M)). Par exemple KB(u) s’identifie à K∗(x,B).
On introduit comme au n° 1 (X, p. 147) les notations H∗(x,M), H∗(x,M), etc., et tous les résultats des n°s 1 et 2 s’appliquent mutatis mutandis, le module AI étant libre. On a par exemple des isomorphismes
H0(x,M)→M/(x)M
H0(x,M)→HomA(A/(x),M),
où (x) désigne l’idéal ∑Axi de A. Par exemple aussi, si K∗(x,A) est acyclique en degrés >0, on a des isomorphismes
Hr(x,M)→TorrA(k,M),
ExtAr(k,M)→Hr(x,M).
Enfin, supposons I (fini et) totalement ordonné, par exemple I={1,...,n}; identifions Λn(AI) à A grâce à l’élément de base e1∧...∧en et traduisons l’isomorphisme KpA(u,M)→KAn−p(u,M) de X, p. 149. Il devient, par transport par (θp) et (θn−p), l’isomorphisme
C1p(M)→C1n−p(M)
qui associe à m∈C1p(M) l’élément m~ de C1n−p(M) tel que
m(α1,...,αp)=m~(β1,...,βn−p)
si (α1,...,αp,β1,...,βn−p) est une permutation paire de {1,...,n}. Remarquons aussi que lorsque I={1,...,n}, on peut identifier C1p(M) à l’ensemble des familles m(α1,...,αp) d’éléments de M où α1<α2<...<αp; la formule (12) reste valable, ainsi que la relation (13).
Exemple
Prenons M=k[T1,...,Tn]; le complexe de Koszul K(∂/∂T,M) associé à la suite d’endomorphismes (∂/∂T1,...,∂/∂Tn) s’identifie au complexe de de Rham de k[x1,...,xn] sur k (X, p. 44) : à m∈C{1,...,n}p(M), on associe la forme différentielle
Si L=A, posons u(1)=x∈A. Le complexe K(u) est alors de longueur 1, on a K0(u)=K1(u)=A et d1(a)=xa, donc pour tout A-module M, K0(u,M), K1(u,M), K0(u,M) et K1(u,M) s'identifient à M, les différentielles
d1:K1(u,M)→K0(u,M)etd0:K0(u,M)→K1(u,M)
étant m↦xm. On a donc des isomorphismes
H0(x,M)→A/xA⊗AM←H1(x,M),
H1(x,M)→HomA(A/xA,M)←H0(x,M).
Lemme 3
Soit K un complexe tel que Ki=0 pour i=0,1, et soient C un complexe et p un entier.
a) Si K est plat, on a pour tout p∈N une suite exacte
0→H0(K⊗AHp(C))→Hp(K⊗AC)→H1(K⊗AHp−1(C))→0.
b) Si K est projectif, on a pour tout p∈N une suite exacte
0→H1(HomgrA(K,Hp−1(C)))→Hp(HomgrA(K,C))
→H0(HomgrA(K,Hp(C)))→0.
Démontrons a), la démonstration de b) étant analogue. Pour tout i, notons K(i) le complexe Ki(−i). On a une suite exacte de complexes, scindée comme suite de A-modules
0→K(0)αKβK(1)→0;
la suite
0⟶K(0)⊗ACα⊗1K⊗ACβ⊗1K(1)⊗AC⟶0
est exacte, et K étant plat, les homomorphismes
γ0,p(K(0),C):K(0)⊗AHp(C)→Hp(K(0)⊗AC)
γ1,p−1(K(1),C):K(1)⊗AHp−1(C)→Hp(K(1)⊗AC)
sont bijectifs (X, p. 66, cor. 2). Calculons l’homomorphisme de liaison ∂(α⊗1,β⊗1); par définition, il applique la classe du cycle ∑ai⊗bi sur celle de ∑dai⊗bi, ce qui signifie que
∂(α⊗1,β⊗1)∘γ(K(1),C)=γ(K(0),C)∘(dK⊗1).
La suite exacte d’homologie associée à (14) prend donc la forme
K1⊗Hp(C)dk⊗1K0⊗Hp(C)⟶Hp(K⊗C)
⟶K1⊗Hp−1(C)dk⊗1K0⊗Hp−1(C),
d’où a).
Appliquant le lemme 3, a) au complexe K(u), et utilisant les isomorphismes de commutation, on obtient :
Proposition 4
Pour tout complexe C, on a des suites exactes .
0⟶A/xA⊗AHp(C)⟶Hp(x,C)⟶HomA(A/xA,Hp−1(C))⟶0.
Corollaire 1
Pour que Hp(x,C)=0, il faut et il suffit que l’homothétie de rapport x dans Hp(C) soit surjective et que l’homothétie de rapport x dans Hp−1(C) soit injective.
Corollaire 2
Soient x=(x1,…,xn) une suite d’éléments de A, M un A-module, x′ la suite (x1,…,xn−1). On a des suites exactes
Pour que Hi(x,M) soit nul pour tout i>0, il faut et il suffit que l’homothétie de rapport xn dans Hi(x′,M) soit bijective pour i>0, et que l’homothétie de rapport xn dans M/(x′)M soit injective.
6. Familles complètement sécantes
Soient A un anneau, M un A-module, x=(xi)i∈I une famille d’éléments de A.
Définition 2
La famille x est dite complètement sécante pour M si on a Hi(x,M)=0 pour i>0.
Si I est fini, il revient au même (X, p. 150) de dire qu’on a Hi(x,M)=0 pour i<Card(I).
La proposition suivante permet de donner des exemples de familles complètement sécantes.
Proposition 5
Soit x=(x1,…,xn) une suite d’éléments de A. Si pour i=1,…,n, l’homothétie de rapport xi dans le A-module M/(x1M+⋯+xi−1M) est injective, la suite x est complètement sécante pour M.
Une suite vérifiant les conditions de la proposition est dite régulière pour M, ou M-régulière. On notera que cette propriété dépend en général de l’ordre des xi; par exemple la suite (1,0) est toujours M-régulière, tandis que la suite (0,1) ne l’est que si M est nul. En revanche, le fait qu’une suite soit complètement sécante ne dépend pas de l’ordre des termes.
Démontrons la proposition par récurrence sur n, le cas n=0 étant immédiat. Posons x′=(x1,...,xn−1); si la suite x est M-régulière, la suite x′ est M-régulière et la multiplication par xn dans M/(x′)M est injective; d’après l’hypothèse de récurrence, on a Hi(x′,M)=0 pour i>0; il résulte alors du cor. 3 de X, p. 157, que Hi(x,M)=0 pour i>0.
Exemple
Soit k un anneau; prenons A=k[X1,...,Xn] et x=(X1,...,Xn). La suite x est A-régulière et la proposition redonne l’acyclicité en degrés >0 du complexe Sk(kn)⊗kΛk(kn) (cf. X, p. 152, prop. 3). De même dans l’anneau de séries formelles A^=k[[X1,...,Xn]], la suite (X1,...,Xn) est A^-régulière, donc complètement sécante pour A^.
Proposition 6
a) Si ∑i∈IxiA=A, la famille (xi)i∈I est complètement sécante pour M. b) Soit x=(x1,...,xn) une suite d’éléments de A. Soit (aij)∈GLn(A); posons
yi=j∑aijxj.
Si la suite x est complètement sécante pour M, il en est de même de la suite (y1,...,yn). c) Soient k1,...,kn des entiers ⩾1; pour que la suite (x1k1,...,xnkn) soit complètement sécante pour M, il faut et il suffit que la suite x soit complètement sécante pour M. L’assertion a) résulte du cor. 1, p. 148. Démontrons b). Soit f:An→An l’isomorphisme défini par la matrice t(aij); il résulte de X, p. 151, que 1M⊗Λ(f) est un isomorphisme du complexe K.(y,M) sur le complexe K.(x,M), d’où b). Pour démontrer c), il suffit évidemment de prouver que si k est un entier ⩾1, la suite (x1,...,xn−1,xnk) est complètement sécante pour M si et seulement si il en est de même pour la suite x. Soit x′=(x1,...,xn−1); d’après le cor. 3, p. 157, la première condition (resp. la seconde) signifie que l’homothétie de rapport xnk (resp. xn) est bijective dans Hi(x′,M) pour i⩾1 et injective dans M/(x′)M. Ces deux conditions sont clairement équivalentes, d’où c).
Remarque 1
L’assertion analogue à c) pour les suites régulières est vraie (X, p. 207, exercice 5).
Proposition 7
a) Soit N un A-module plat. Si la famille x est complètement sécante pour M, elle l’est pour M⊗AN.
b) Soit 0→M′→M→M′′→0 une suite exacte de A-modules. Si la famille x est complètement sécante pour M′ et pour M′′, elle l’est pour M.
Le complexe K.(x,M⊗AN) est isomorphe par définition à K.(x,M)⊗AN; comme N est plat, on en déduit un isomorphisme H.(x,M)⊗AN→H.(x,M⊗AN) (X, p. 66, cor. 2), d’où a).
Le complexe K.(x) étant plat, on a une suite exacte de complexes
0→K.(x,M′)→K.(x,M)→K.(x,M′′)→0;
l’assertion b) résulte de la suite exacte d’homologie associée.
Remarque 2
Les assertions analogues à a) et b) pour les suites régulières sont immédiates.
Remarque 3
Si la famille x est complètement secante pour A, le complexe K.(x,A) définit une résolution libre du A-module A/x, avec x=∑i∈IxiA; on a donc pour tout entier i⩾0 et pour tout A-module M des isomorphismes
ExtAn−i(A/x,M)→Hn−i(x,M)→Hi(x,M)→ToriA(A/x,M).
Remarque 4
On dit que la suite x=(x1,...,xn) est M-corégulière si (notant (xi)M l’homothétie de rapport xi dans M) l’homothétie de rapport xi dans le module
Ker(x1)M∩...∩Ker(xi−1)M
est surjective pour i=1,...,n. On a alorsHi(x,M)=0 pour i<n: cela se démontre de la même manière que la prop. 5.
Prenons par exemple A=k[D1,...,Dn], où k est une Q-algèbre, et M=k[T1,...,Tn], muni de la structure de A-module telle que DiP=∂P/∂Ti pour tout P∈M (1⩽i⩽n). On vérifie aussitôt que la suite (D1,...,Dn) est M-corégulière; compte tenu de l’exemple p. 155, on en déduit que le complexe de de Rham dek[T1,...,Tn]surkest acyclique en degrés>0.
7. Un critère pour les suites complètement sécante
Soient A un anneau, M un A-module, x un idéal de A. On appelle topologiex*-adique* sur M la topologie compatible avec la structure de groupe de M pour laquelle l’ensemble des sous-modules xrM (r⩾0) est un système fondamental de voisinages de zéro (TG, III, p. 5, exemple). Cette topologie est séparée si et seulement si
r⩾0⋂xr=0.
Supposons maintenant que l’idéal x soit engendré par une suite x=(x1,...,xn) d’éléments de A. Considérons le A-module gradué ⨁r≥0xrM et le A-homomorphisme gradué de degré 0
aMx:A[X1,...,Xn]⊗AM→r≥0⨁xrM
tel que aMx(P⊗m)=P(x1,...,xn)m si P est un polynôme homogène en X1,...,Xn et m∈M. Notons d l’idéal de A[X1,...,Xn] engendré par les éléments (xiXj−xjXi) pour 1≤i<j≤n. On a P(x1,...,xn)=0 si P∈d, de sorte que aMx donne par passage au quotient un A-homomorphisme gradué de degré 0
αMx:(A[X1,...,Xn]/d)⊗AM→r≥0⨁xrM.
Par produit tensoriel avec A/x, on déduit de αMx un A-homomorphisme gradué de degré 0
βMx:(A/x)[X1,...,Xn]⊗AM→r≥0⨁(xrM/xr+1M).
Les homomorphismes aMx,αMx et βMx sont surjectifs.
Théorème 1
Considérons les conditions suivantes : (i) La suite x est M-régulière (X, p. 158). (ii) La suite x est complètement sécante pour M (X, p. 157, déf. 2). (iii) On a H1(x,M)=0. (iv) L’homomorphisme αMx:(A[X1,...,Xn]/d)⊗AM→⨁r≥0xrM est bijectif. (v) L’homomorphisme βMx:(A/x)[X1,...,Xn]⊗AM→⨁r≥0(xrM/xr+1M) est bijectif.
On a alors les implications (i) ⇒ (ii) ⇒ (iii) ⇔ (iv) ⇒ (v). Si pour 1≤i≤n le A-module M/(x1M+⋯+xi−1M) est séparé pour la topologie x-adique, les conditions (i) à (v) sont équivalentes.
Le théorème sera démontré aux nos 8 et 9.
*COROLLAIRE 1. — Si A est noethérien, si le A-module M est de type fini et si les xi appartiennent au radical de A, les conditions (i) à (v) du théorème sont équivalentes. En effet, sur chacun des modules M/(x1M+⋯+xi−1M) la topologie x-adique est séparée (AC III, § 3, no 3, prop. 6).
Corollaire 2
Supposons que A soit un anneau gradué à degrés positifs, M un A-module gradué borné inférieurement, et les xi des éléments homogènes de degré > 0 de A. Alors les conditions (i) à (v) du théorème sont équivalentes. La topologie x-adique est en effet séparée pour tout A-module gradué N borné inférieurement, puisque si Nn=0 pour n<n0 on a xaN⊂∑j≥n0+aNj pour tout a≥0.
Corollaire 3
Supposons que les modules M/(x1M+⋯+xi−1M) soient séparés pour la topologie x-adique (1≤i≤n) ; soit p un entier compris entre 1 et n. Pour que la suite x soit complètement sécante pour M, il faut et il suffit que la suite (x1,…,xp) soit complètement sécante pour M et que la suite (xp+1,…,xn) soit complètement sécante pour M/(x1M+⋯+xpM).
En effet le corollaire est évident si on remplace dans l’énoncé « suites complètement sécantes » par « suites régulières » ; or les deux notions coïncident ici d’après le théorème.
Remarque
Soit x=(x1,…,xn) une suite d’éléments de A telle que H1(x,A)=0 ; alors le noyau de l’homomorphisme surjectif u:An→x tel que
u(∑aiei)=∑aixi
est engendré par les éléments Xjei−Xiej ; par conséquent, la A-algèbre A[X1,…,Xn]/d est isomorphe à l’algèbre symétrique SA(x) (III, p. 69, prop. 4). Il résulte donc du théorème 1 que l’homomorphisme d’algèbres
SA(x)⟶n⨁xn
déduit de l’injection canonique de x dans ⨁nxn est un isomorphisme. Il en va de même pour l’homomorphisme
SA(x/x2)⟶n⨁xn/xn+1.
8. Démonstration du théorème 1 : première partie
L’implication (i) ⇒ (ii) a déjà été démontrée (X, p. 157, prop. 5). L’implication (ii) ⇒ (iii) est évidente ; il en est de même de (iv) ⇒ (v), puisque βMx s’identifie à αMx⊗1A/x.
Pour montrer que (iv) entraîne (iii), considérons l’homomorphisme (αMx)1 induit sur les composantes de degré 1. Notons E le A-module gradué A[X1,…,Xn] ; le A-module E1 est libre de base X1,…,Xn et d1 est le sous-A-module de E1 engendré par les éléments (xiXj−xjXi) pour 1≤i<j≤n. Par suite ((E/d)⊗AM)1 s’identifie à K1(x,M)/B1(K∙(x,M)), l’homomorphisme (αMx)1 s’identifiant à l’application de K1(x,M)/B1(K∙(x,M)) sur B0(K∙(x,M)) induite par d1. Ainsi la nullité de H1(x,M) est équivalente à l’injectivité de (αMx)1, d’où l’implication (iv) ⇒ (iii).
Pour démontrer que (iii) entraîne (iv), nous utiliserons le lemme suivant :
Lemme 4
Soit A0 l’anneau Z[T1,…,Tn], et soit u:A0[X1,…,Xn]→A0[U] l’homomorphisme de A0-algèbres tel que u(Xi)=TiU. Le noyau de u est l’idéal d0 de A0[X1,…,Xn] engendré par les éléments (TiXj−TjXi) pour 1≤i<j≤n. Si t est l’idéal de A0 engendré par (T1,…,Tn), u induit un isomorphisme
uˉ:A0[X1,…,Xn]/d0⟶r≥0⨁tr.
Il suffit évidemment de démontrer la première assertion. Pour toute suite d’entiers naturels α=(α1,…,αn) et tout entier k∈[0,n], notons Pα,k le monôme
T1α1⋯TkαkXk+1αk+1⋯Xnαn;
soit N le sous-Z-module de A0[X1,...,Xn] engendré par les Pα,k pour α∈Nn et 0≤k≤n. Nous allons montrer que la restriction de u à N est injective et que A0[X1,...,Xn]=d0+N; comme on a d0⊂Keru, cela entraînera le lemme.
Observons que N est engendré par l’ensemble S formé de P0,0=1 et de ceux des Pα,k pour lesquels αk=0. Pour prouver l’injectivité de la restriction de u à N, il suffit de montrer que deux éléments distincts de S ont pour image par u des monômes distincts dans A0[U]. Or on a u(Pα,k)=TαUi≥k∑αi, de sorte que l’égalité u(Pα,k)=u(Pα′,k′) entraîne α=α′ et ∑i≥kαi=∑i≥k′αi. Supposons que Pα,k et Pα′,k′ appartiennent à S. Si α=0, on a alors k=k′=0; si α=0, on obtient k=k′ puisque αk et αk′ sont différents de zéro, d’où le résultat.
Montrons que tout monôme TαXβ∈A0[X1,...,Xn] est congru modulo d0 à un Pη,k. Pour toute suite λ∈Nn, on notera i(λ) (resp. j(λ)) le plus petit (resp. le plus grand) entier k∈[1,n] tel que λk=0. Dans l’ensemble des monômes TγXδ qui sont congrus à TαXβ modulo d0, choisissons-en un pour lequel l’entier rationnel j(γ)−i(δ) soit minimum ; montrons qu’on a alors j(γ)−i(δ)<0. Supposons qu’on ait j(γ)≥i(δ); notons j=j(γ),i=i(δ), et soit ε=inf(γj,δi). Comme (TjεXiε−TiεXjε) est divisible par (TjXi−TiXj), donc appartient à d0, on voit que TγXδ est congru modulo d0 à Tγ′Xδ′, où γi′=γi+ε,γj′=γj−ε,γk′=γk pour k=i,j, et δi′=δi−ε,δj′=δj+ε,δk′=δk pour k=i,j. Comme γj′ ou δi′ est nul, on a j(γ′)−i(δ′)<j(γ)−i(δ) ce qui contredit le caractère minimal de j(γ)−i(δ).
Par conséquent on a j(γ)<i(δ), d’où TγXδ∈N, ce qui achève de prouver le lemme.
Démontrons que (iii) implique (iv). Considérons l’anneau A0=Z[T1,...,Tn] et l’idéal t de A0 engendré par T1,...,Tn. Munissons M de la structure de A0-module pour laquelle Tim=xim pour m∈M,1≤i≤n. D’après X, p. 155, Hi(x,M) s’identifie canoniquement à Hi(T,M).
Comme la suite T est régulière pour A0, il résulte de l’implication (i) ⇒ (ii) que le complexe K.(T,A0) définit une résolution libre du A0-module A0/t. Remarquons que celui-ci s’identifie à Z, muni de la structure de A0-module telle que TiZ=0 pour 1≤i≤n. Ainsi la condition (iii) est équivalente à Tor1A0(M,Z)=0.
Montrons que (iii) entraîne Tor1A0(M,A0/tr)=0 pour tout r≥1. Cela résulte de ce qui précède pour r=1. Dans le cas général, considérons la suite exacte
0→tr/tr+1→A0/tr+1→A0/tr→0,
Le A0-module tr/tr+1 est isomorphe à un produit fini d’exemplaires de Z; on a donc Tor1A0(M,tr/tr+1)=0. On en déduit, par récurrence sur r, que
Tor1A0(M,A0/tr)=0pour tout r,
La suite exacte (16) fournit donc, par produit tensoriel avec M, une suite exacte
0→(tr/tr+1)⊗A0M→M/xr+1M→M/xrM→0
d'où un isomorphisme de (t′/t′r+1)⊗A0M sur x′M/x′r+1M. En considérant la suite exacte 0→t′r+1→t′→t′/t′r+1→0, on voit alors par récurrence sur r que l’application mr:t′⊗A0M→x′M, induite par l’opération de A0 dans M, est un isomorphisme.
Pour démontrer (iv), il reste à observer que le diagramme
Le noyau de pr⊗1M s’identifie à x′M/x′r+1M; par ailleurs t′/t′r+1 est annulé par les Ti et s’identifie au composant homogène de degré r de A0, de sorte que l’homomorphisme (t′/t′r+1)⊗A0M→x′M/x′r+1M déduit de ir⊗1M s’identifie à la composante homogène de degré r de l’homomorphisme βMx. Il résulte donc de la suite exacte (18) que la condition (v) est équivalente à
(v') : l’homomorphismeTor1A0(pr,1M) : Tor1A0(A0/t′r+1,M)→Tor1A0(A0/t′,M)est surjectif pour toutr≥1.
Il nous reste à prouver l’implication (v) ⇒ (i) lorsque les modules
M/(x1M+⋯+xi−1M)
sont séparés pour la topologie x-adique (1≤i≤n). Notons M le A-module M/x1M. Par définition, la suite x est régulière pour M si et seulement si (x1)M est injectif et la suite x′=(x2,...,xn) est régulière pour M. Raisonnant par récurrence sur n, il suffit donc de prouver que, si M est séparé pour la topologie x-adique et si βMx est bijectif, alors (x1)M est injectif et βMx′ est bijectif. Or la bijectivité de βMx implique en particulier que l’homothétie de rapport x1 dans ⨁rx′M/x′r+1M est injective, donc que Ker(x1)M⊂⋂ixiM et par conséquent que (x1)M est injectif si la topologie x-adique sur M est séparée.
On est ainsi ramené à démontrer que si (x1)M est injectif et si M vérifie la condition (v'), alors M vérifie la condition (v') relativement à la suite x′.
On a par hypothèse une suite exacte
0⟶M(x1)MM⟶M⟶0;
posons A0=A0/T1A0,t=tA0. Soit q:L→M une résolution libre du A0-module M; comme l’homothétie de rapport T1 est injective dans A0, elle est injective dans L, et on a une suite exacte de complexes
0⟶L(x1)LL⟶L⟶0
avec L=L/x1L, et un diagramme commutatif
00⟶⟶L(x1)LL⟶L⟶0↓q↓q↓qM(x1)MM⟶M⟶0.
Comme q est un homologisme, q:L→M est une résolution libre du A0-module M (cor. 1, p. 30). Pour tout A0-module P, on a un isomorphisme canonique
P⊗A0L→P⊗A0L,
d’où par passage à l’homologie un isomorphisme
φP:Tor1A0(P,M)→Tor1A0(P,M).
Si u:P→P′ est un A-homomorphisme, alors
φP′∘Tor1A0(u,1M)=Tor1A0(u,1M)∘φP.
Cela étant, supposons la condition (v') vérifiée pour M, et démontrons qu’elle est vraie pour M. Soit r un entier ⩾1; on a un diagramme commutatif à lignes exactes
Or la multiplication par x1 définit une injection de M/xrM dans M/xr+1M: cela résulte aussitôt, par récurrence sur r, de la suite exacte
0→xr−1M/xrM→M/xrM→M/xr−1M→0
et de l’injectivité de l’homothétie de rapport x1 dans ⨁r≥0(xrM/xr+1M). La condition (v) entraîne donc que l’homomorphisme Tor1A0(pr,1M) est surjectif pour tout r≥1. Par composition avec les isomorphismes (φA0/tr+1)−1 et φA0/tr, on en déduit que l’homomorphisme
est surjectif pour r≥1, d’où la condition (v’) pour M. Ceci achève la démonstration du théorème.
10. Classe d’extensions associée à une suite régulière
Soient A un anneau, M un A-module, x=(x1,...,xn) une suite d’éléments de A. Notons Mi le A-module M/(x1M+⋯+xi−1M) pour i=0,...,n+1, de sorte que M0 et M1 s’identifient à M et que Mn+1=M/(x)M. Notons
xi:Mi−1→Mi,i=1,...,n,
le A-homomorphisme composé de l’homothétie de Mi−1 de rapport xi et de la projection canonique de Mi−1 sur Mi. Notons enfin p:Mn→M/(x)M la projection canonique. Le diagramme
(19)
0⟶Mx1M1x2M2⟶⋯xnMnpM/(x)M⟶0
est une suite exacte si et seulement si la suite x est M-régulière. Supposons désormais la suite x régulière pour M. L’élément θx∈ExtAn(M/(x)M,M) associé à la suite exacte (19) est aussi dit associé à la suite M-régulière x.
Soit i un entier, 1≤i≤n. Notons que la suite (19) peut se décomposer en les deux suites exactes
(20)
0⟶Mx1M1x2M2⟶⋯xiMi⟶M/(x1M+⋯+xiM)⟶0
(21)
0⟶M/(x1M+⋯+xiM)xi+1Mi+1⟶⋯⟶MnpM/(x)M⟶0
qui ne sont autres que les suites exactes associées à la suite (x1,...,xi) qui est régulière pour M et à la suite (xi+1,...,xn) qui est régulière pour M/(x1M+⋯+xiM). Notant
les classes d’extensions associées à (20) et (21), on a d’après X, p. 118, prop. 3
(22)
θ(x1,…,xn)=θ(x1,…,xi)∘θ(xi+1,…,xn).
Par ailleurs, d’après la prop. 5 (X, p. 157), le complexe de Koszul K.(x,M) est acyclique en degrés =n, d’où une suite exacte
(23)
0⟶M∂0K1(x,M)∂1K2(x,M)∂2⋯⟶Kn(x,M)qM/(x)M⟶0,
où on a identifié K0(x,M) à M et où q applique chaque élément m∈Kn(x,M) sur la classe dans M/(x)M de m(1,2,…,n)∈M.
Proposition 8
Supposons la suite x régulière pour M. L’élément de ExtAn(M/(x)M,M) associé à la suite exacte (23) est (−1)n(n+1)/2θx.* Pour i=0,1,…,n, définissons une application A-linéaire
ai:Ki(x,M)→Mi=M/(x1M+⋯+xi−1M)
comme suit : si m∈Ki(x,M), ai(m) est la classe dans Mi de l’élément m(1,2,…,i) de M. Il est clair que a0 est l’application identique de M et que p∘an=q. Par ailleurs ai+1∘∂i(m) est l’image dans Mi+1 de l’élément
k=1∑i+1(−1)k+1xkm(1,2,…,k−1,k+1,…,i+1).
Comme xk annule Mi+1 pour k=1,…,i, ai+1∘∂i(m) est aussi l’image de
(−1)ixi+1m(1,2,…,i),
donc
ai+1∘∂i=(−1)ixi+1∘ai.
D’après X, p. 120, cor. 1 et 2, l’élément de ExtAn(M/(x)M,M) associé à (23) est égal à ∏i=1n(−1)i⋅θx, d’où l’assertion.
Corollaire
Supposons de plus les modules M/(x1M+⋯+xi−1M) séparés pour la topologie (x)-adique, et soit (aij)∈GLn(A). Posons*
yi=j∑aijxjety=(y1,…,yn).
Alors la suite y est régulière pour M, et on a θy=det(aij)−1θx. En effet, la suite y est régulière pour M d’après la prop. 6 (X, p. 158) et le théorème 1 (X, p. 160) ; la dernière assertion résulte de la prop. 8, et de la prop. 4 de X, p. 119.
Proposition 9
Supposons la suite x régulière pour M. Si N est un A-module tel que (x)N=0, on a ExtAi(N,M)=0 pour i<n, et l’application α↦θx∘α* de Hom_A (N, M/(x) M) dans Ext^n_A (N, M) (qui est aussi l’homomorphisme de liaison itéré associé à (19), cf. X, p. 127, cor. 3) est bijective.
Il s’agit de prouver que l’homomorphisme ψi:α↦θx∘α de ExtAi−n(N,M/(x)M) dans ExtAi(N,M) est bijectif pour i≤n. Raisonnons par récurrence sur n, l’assertion étant triviale pour n=0. Posons M1=M/x1M, x′=(x2,...,xn), de sorte que x′ est M1-régulière. D’après l’hypothèse de récurrence, l’homomorphisme
ψi−1:α↦θx′∘α
de ExtAi−n(N,M/(x)M) dans ExtAi−1(N,M1) est bijectif pour i<n. Par ailleurs, considérons la suite exacte
0⟶M(x1)MM⟶M1⟶0;
l’homomorphisme de liaison ExtAi(N,M1)→ExtAi+1(N,M) associé est φi:β↦θx1∘β (X, p. 125, prop. 5) ;
comme on a Exti(1N,(x1)M)=Exti((x1)N,1M)=0, on en déduit des suites exactes
0⟶ExtAi(N,M)⟶ExtAi(N,M1)φiExtAi+1(N,M)⟶0.
Comme ExtAi(N,M1)=0 pour i<n−1, on en déduit que ExtAi+1(N,M)=0 pour i<n−1, c’est-à-dire i+1<n; il s’ensuit que φi est bijectif pour i<n. Comme ψi(α)=θx∘α=θx1∘θx′∘α=φi−1∘ψi(α) pour α∈ExtAi−n(N,M/(x)M), ψi est bien bijectif pour i≤n.