Bourbaki

§ 7. Points extrémaux et génératrices extrémales

1. Points extrémaux des ensembles convexes compacts

Définition 1

Soit A un ensemble convexe dans un espace affine E. On dit qu’un point x∈Ax \in A est point extrémal de A s’il n’existe aucun segment ouvert contenu dans A et contenant x.

En d’autres termes, les relations x=λy+(1−λ)z, y∈A, z∈A, y≠zx = \lambda y + (1 - \lambda)z,\ y \in A,\ z \in A,\ y \neq z et 0≤λ≤10 \leq \lambda \leq 1 entraînent λ=0\lambda = 0 ou λ=1\lambda = 1 (donc x=yx = y ou x=zx = z). Cela entraîne que x ne peut être barycentre d’un ensemble de n points xix_i de A affectés de masses positives sans être égal à l’un d’eux : en effet, cela n’est autre que la définition pour n=2n = 2; pour n quelconque, on raisonne par récurrence sur n, car x est barycentre de x1x_1 et du barycentre y1y_1 des xix_i pour 2≤i≤n2 \leq i \leq n, donc est égal à x1x_1 ou à y1y_1, et dans le second cas il suffit d’appliquer l’hypothèse de récurrence.

Dire que x est point extrémal de A signifie aussi que A−{x}A - \{x\} est convexe.

Exemple 1

Dans l’espace Rn\mathbf{R}^n, tous les points de la sphère Sn−1S_{n-1} sont des points extrémaux de la boule fermée BnB_n. En effet, si ∑iyi2≤1, ∑izi2≤1\sum_i y_i^2 \leq 1,\ \sum_i z_i^2 \leq 1 et 0<λ<10 < \lambda < 1, la relation

λ2∑iyi2+(1−λ)2∑izi2+2λ(1−λ)∑iyizi=1=(λ+(1−λ))2 \lambda^2 \sum_i y_i^2 + (1 - \lambda)^2 \sum_i z_i^2 + 2\lambda(1 - \lambda) \sum_i y_i z_i = 1 = (\lambda + (1 - \lambda))^2
n’est possible que si
∑iyi2=∑izi2=∑iyizi=1. \sum_i y_i^2 = \sum_i z_i^2 = \sum_i y_i z_i = 1 .

Mais cela entraîne ∑i(yi−zi)2=0\sum_i (y_i - z_i)^2 = 0, d’où yi=ziy_i = z_i pour tout ii, ce qui prouve notre assertion.

Exemple 2

Dans l’espace normé B(N)\mathscr{B}(\mathbf{N}) des suites bornées de nombres réels (I, p. 4) les points extrémaux de la boule unité sont les points x=(ξn)x = (\xi_n) tels que ∣ξn∣=1|\xi_n| = 1 pour tout nn. En effet, supposons que l’on ait ∣ξn∣≤1|\xi_n| \leq 1 pour tout nn et ∣ξp∣<1|\xi_p| < 1 pour un indice pp. On peut alors écrire

x=1+ξp2y+1−ξp2z x = \frac{1 + \xi_p}{2} y + \frac{1 - \xi_p}{2} z

où yy (resp. zz) est le point dont chacune des coordonnées est égale à la coordonnée de même indice de xx, sauf pour la coordonnée d’indice pp, égale à 1 (resp. – 1). Cela prouve que dans ce cas xx n’est pas extrémal, puisque l’on a ∥y∥≤1\|y\| \leq 1 et ∥z∥≤1\|z\| \leq 1. Inversement, si ∣ξn∣=1|\xi_n| = 1 pour tout nn, xx est extrémal, car la relation ξn=ληn+(1−λ)ζn\xi_n = \lambda \eta_n + (1 - \lambda) \zeta_n avec ∣ηn∣≤1|\eta_n| \leq 1, ∣ζn∣≤1|\zeta_n| \leq 1 et 0<λ<10 < \lambda < 1 entraîne ξn=ηn=ζn\xi_n = \eta_n = \zeta_n.

Exemple 3

Soit u:E→E′u : E \to E' une application affine d’un espace affine EE dans un espace affine E′E'; soient C⊂EC \subset E, C′⊂E′C' \subset E' deux ensembles convexes tels que u(C)⊂C′u(C) \subset C'. Si x′x' est un point extrémal de C′C' et xx un point extrémal de u−1(x′)∩Cu^{-1}(x') \cap C, alors xx est un point extrémal de CC, comme il résulte aussitôt de la déf. 1.

Proposition 1

Soient* EE un espace localement convexe séparé, AA un ensemble convexe compact non vide dans EE, BB l’ensemble des points extrémaux de AA, ff une fonction convexe définie dans AA et semi-continue supérieurement. Alors ff atteint sa borne supérieure dans AA en un point de BB au moins.

Nous désignerons par F\mathfrak{F} l’ensemble des parties XX de AA qui sont fermées non vides, et telles que tout segment ouvert contenu dans AA et rencontrant XX soit contenu dans XX. On a les propriétés suivantes :

(i) AA appartient à F\mathfrak{F}.

(ii) Pour qu’un point a∈Aa \in A soit tel que {a}∈F\{a\} \in \mathfrak{F}, il faut et il suffit que aa soit extrémal dans AA.

(iii) Toute intersection non vide XX d’une famille (Xα)(X_\alpha) d’ensembles de F\mathfrak{F} appartient à F\mathfrak{F}.

Les propriétés (i), (ii) et (iii) découlent aussitôt des définitions.

(iv) Soit X∈FX \in \mathfrak{F}, et soit hh une fonction convexe et semi-continue supérieurement dans AA; alors l’ensemble YY des points de XX où la restriction h∣Xh|X atteint sa borne supérieure dans XX appartient à F\mathfrak{F}.

En effet, h∣Xh|X étant semi-continue supérieurement dans XX atteint au moins en un point de XX sa borne supérieure α\alpha dans cet ensemble (TG, IV, p. 30, th. 3); donc YY est non vide et fermé (TG, IV, p. 29, prop. 1). D’autre part, soient x,yx, y deux points distincts de AA, z=λx+(1−λ)yz = \lambda x + (1 - \lambda) y un point de YY tel que 0<λ<10 < \lambda < 1; comme Y⊂XY \subset X et X∈FX \in \mathfrak{F}, on a x∈Xx \in X et y∈Xy \in X; d’autre part, comme hh est convexe, on a

h(z)≥λh(x)+(1−λ)h(y) h(z) \geq \lambda h(x) + (1 - \lambda) h(y)

mais comme h(x)≤α,h(y)≤αh(x) \leq \alpha, h(y) \leq \alpha et h(z)=αh(z) = \alpha, on a nécessairement h(x)=h(y)=αh(x) = h(y) = \alpha, c’est-à-dire x∈Yx \in Y et y∈Yy \in Y. Donc Y∈FY \in \mathfrak{F}.

Ces propriétés étant établies, soit MM l’ensemble des x∈Ax \in A où ff atteint sa borne supérieure dans AA; en vertu de (iv), M∈FM \in \mathfrak{F}. D’autre part, en vertu de (iii) et du fait que les ensembles de F\mathfrak{F} sont fermés dans l’espace compact AA, F\mathfrak{F} est inductif pour la relation d’ordre ⊃\supset. En vertu du th. 2 de E, III, p. 20, il existe donc un ensemble N⊂MN \subset M qui est un élément minimal de F\mathfrak{F}. Montrons que NN est réduit à un seul point, ce qui démontrera la proposition. Puisque EE est un espace localement convexe séparé, il suffit de voir que pour toute forme linéaire continue uu sur EE, uu est constante dans NN (II, p. 41, cor. 1). Or il résulte de (iv) que l’ensemble N′N' des x∈Nx \in N où u∣Nu|N atteint sa borne supérieure dans NN appartient à F\mathfrak{F}; puisque NN est minimal dans F\mathfrak{F}, on a nécessairement N′=NN' = N.

Corollaire

Soient* EE un espace localement convexe séparé, AA un ensemble convexe compact dans EE. Tout hyperplan d’appui fermé HH de AA contient au moins un point extrémal de AA.

En effet, si f(x)=αf(x) = \alpha est une équation de HH telle que f(x)≤αf(x) \leq \alpha dans AA, il suffit d’appliquer la prop. 1 à ff.

Théorème 1 (Krein-Milman). — Dans un espace localement convexe séparé EE, tout ensemble convexe compact AA est l’enveloppe fermée convexe de l’ensemble de ses points extrémaux.

En effet, soit CC l’enveloppe fermée convexe de l’ensemble des points extrémaux de AA; il est clair que C⊂AC \subset A. Pour voir que A⊂CA \subset C, il suffit de prouver que, pour toute fonction linéaire affine uu continue dans EE, telle que u(x)≥0u(x) \geq 0 dans CC, on a aussi u(x)≥0u(x) \geq 0 dans AA (II, p. 41, cor. 4); mais cela résulte de la prop. 1 appliquée à −u-u.

Proposition 2

Soient* AA un ensemble convexe compact dans un espace localement convexe séparé EE, xx un point extrémal de AA. Pour tout voisinage ouvert VV de xx dans EE, il existe un demi-espace ouvert FF dans EE tel que x∈F∩A⊂V∩Ax \in F \cap A \subset V \cap A (en d’autres termes, les traces sur AA des demi-espaces ouverts contenant xx forment un système fondamental de voisinages de xx dans AA).

Pour tout demi-espace ouvert DD de EE contenant xx, A∩D‾A \cap \overline{D} est un voisinage compact de xx dans AA, et l’intersection de tous ces voisinages est réduite à xx (deux points distincts étant séparés strictement par un hyperplan fermé (II, p. 41, prop. 4)). En vertu de TG, I, p. 60, prop. 1, il suffit de prouver que les ensembles A∩D‾A \cap \overline{D} forment une base de filtre. Or, si l’on pose LD=A∩(E−D)L_D = A \cap (E - D), l’ensemble LDL_D est convexe et compact et contenu dans l’ensemble convexe A−{x}A - \{x\}; si D1,D2D_1, D_2 sont deux demi-espaces ouverts de EE contenant xx, l’enveloppe convexe BB de LD1∪LD2L_{D_1} \cup L_{D_2} est donc contenue dans A−{x}A - \{x\}; mais BB est un ensemble compact (II, p. 14, prop. 15) donc il existe un hyperplan fermé HH séparant strictement xx et BB (II, p. 41, prop. 4) et si DD est le demi-espace ouvert déterminé par HH et contenant xx, on a LD1∪LD2⊂LDL_{D_1} \cup L_{D_2} \subset L_D, donc A∩D‾⊂(A∩D1‾)∩(A∩D2‾)A \cap \overline{D} \subset (A \cap \overline{D_1}) \cap (A \cap \overline{D_2}).

Corollaire

Dans un espace localement convexe séparé*, soient AA un ensemble convexe compact, KK une partie compacte de AA. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) A est l’enveloppe fermée convexe de KK.

b) K rencontre l’intersection de A et d’un quelconque de ses hyperplans d’appui. c) K contient l’ensemble des points extrémaux de A. a) ⇒ b). Supposons qu’il existe un hyperplan d’appui H de A d’équation f(x)=αf(x) = \alpha, tel que (H∩A)∩K=∅(H \cap A) \cap K = \varnothing et supposons par exemple que f(x)≥αf(x) \geq \alpha dans A. Comme f(x)−α>0f(x) - \alpha > 0 pour tout x∈Kx \in K par hypothèse et que K est compact, on aurait

β=inf⁡x∈Kf(x)>α, \beta = \inf_{x \in K} f(x) > \alpha ,
et K serait donc contenu dans le demi-espace fermé f(x)≥βf(x) \geq \beta; il en serait donc de même de l’enveloppe fermée convexe A de K, ce qui est absurde. b) ⇒ c). Supposons qu’un point extrémal xx de A n’appartienne pas à K ; il y aurait donc un voisinage V de xx dans E tel que V∩A∩K=∅V \cap A \cap K = \varnothing. Mais en vertu de la prop. 2, on peut supposer que V est un demi-espace ouvert déterminé par un hyperplan H d’équation f(z)=αf(z) = \alpha. Si par exemple f(x)>αf(x) > \alpha, on aurait f(y)≤αf(y) \leq \alpha pour tout y∈Ky \in K, donc K ne rencontrerait pas l’intersection de A et de l’hyperplan d’appui d’équation f(z)=γ>αf(z) = \gamma > \alpha parallèle à H (II, p. 40, prop. 2); ce qui est absurde. c) ⇒ a). C’est une conséquence évidente du th. de Krein-Milman.

Remarque 1

Même dans un espace vectoriel E de dimension finie, l’ensemble des points extrémaux d’un ensemble convexe compact n’est pas nécessairement fermé (II, p. 94, exerc. 11).

Remarque 2

Dans un espace localement convexe séparé non complet, si K est un ensemble compact dont l’enveloppe fermée convexe A ne soit pas compacte, il peut y avoir des points extrémaux de A qui n’appartiennent pas à K (II, p. 92, exerc. 2).

Remarque 3

Dans un espace de Banach E de dimension infinie, il peut se faire que la boule fermée de centre 0 et de rayon 1 ne possède aucun point extrémal (II, p. 94, exerc. 14).

Remarque 4

Si A est un ensemble convexe compact dans un espace localement convexe séparé, il peut se faire qu’un point extrémal de A n’appartienne à aucun hyperplan d’appui de A (II, p. 83, exerc. 11). La démonstration du th. 1 (II, p. 59) montre en tout cas que A est l’enveloppe fermée convexe de l’ensemble des points extrémaux de A appartenant à un hyperplan d’appui.

2. Génératrices extrémales des cônes convexes

Dans un espace vectoriel E, soit C un cône convexe de sommet 0 ; il est clair qu’il ne peut exister dans C de point extrémal autre que le sommet ; ce dernier est point extrémal de C si et seulement si C est pointé et saillant.

Définition 2

Dans un espace vectoriel E, soit C un cône convexe de sommet 0. On dit qu’une demi-droite D⊂CD \subset C d’origine 0 est une génératrice extrémale de C si tout segment ouvert contenu dans C, ne contenant pas 0 et rencontrant D est contenu dans D.

Il revient au même de dire que pour tout x∈Dx \in D tel que x≠0x \neq 0, si y≠0,y′≠0y \neq 0, y' \neq 0 sont deux points de C tels que x=y+y′x = y + y', on a nécessairement y∈Dy \in D et y′∈Dy' \in D.

Remarque 1

Soit C un cône convexe pointé saillant dans E, et considérons sur E la structure d’ordre pour laquelle C est l’ensemble des éléments ⩾0\geqslant 0 (II, p. 13, prop. 13); pour qu’un élément x>0x > 0 de E appartienne à une génératrice extrémale de C, il faut et il suffit que tout élément y⩾0y \geqslant 0 majoré par xx soit de la forme λx\lambda x, avec 0⩽λ⩽10 \leqslant \lambda \leqslant 1 : en effet, dire que yy est majoré par xx signifie que x=y+y′x = y + y' avec y′∈Cy' \in C, d’où la conclusion.

Proposition 3

Dans un espace vectoriel E, soient C un cône convexe de sommet 0, x0≠0x_0 \neq 0 un point de C, D une demi-droite contenue dans C, d’origine 0 et contenant x0x_0, H un hyperplan contenant x0x_0 et ne passant pas par 0. Pour que D soit génératrice extrémale de C, il faut et il suffit que x0x_0 soit point extrémal de H∩CH \cap C.

La condition est évidemment nécessaire. Inversement, supposons-la satisfaite ; supposons qu’il existe une droite D′D' ne contenant pas D, passant par x0x_0 et telle que D′∩CD' \cap C contienne un segment ouvert auquel appartienne x0x_0. Soit y≠0y \neq 0 un vecteur directeur de D′D'; les hypothèses entraînent que le point (1+λ)x0+μy(1 + \lambda)x_0 + \mu y appartient à C pour ∣λ∣|\lambda| et ∣μ∣|\mu| assez petits. Mais alors, dans le plan P déterminé par D et D′D' et muni de sa topologie canonique, x0x_0 est point intérieur de P∩CP \cap C, et par suite la droite P∩HP \cap H contient un segment ouvert contenu dans H∩CH \cap C et auquel appartient x0x_0, ce qui contredit l’hypothèse.

Définition 3

Soit C un ensemble convexe dans un espace vectoriel topologique séparé E. On appelle chapeau de C toute partie convexe compacte non vide A de C telle que le complémentaire C−AC - A de A dans C soit convexe.

Soient C un cône convexe pointé de sommet 0 dans E, A un chapeau de C et B=C−AB = C - A. Pour toute demi-droite fermée L⊂CL \subset C d’origine 0, L∩AL \cap A et L∩BL \cap B sont des parties convexes complémentaires dans L, de réunion L, et L∩AL \cap A est compacte. Comme L∩AL \cap A est non vide pour au moins une demi-droite L, on voit que 0∈A0 \in A, donc L∩AL \cap A est un segment fermé d’origine 0.

Proposition 4

Soient E un espace localement convexe séparé, C un cône convexe pointé de sommet 0 dans E.

a) Soit A un chapeau de C. Soit p la restriction à C de la jauge de A (II, p. 22). L’ensemble des x∈Cx \in C tels que p(x)⩽1p(x) \leqslant 1 est égal à A. La fonction p est semi-continue inférieurement et possède les propriétés suivantes : (i) Quels que soient x, y dans C, on a p(x+y)=p(x)+p(y)p(x + y) = p(x) + p(y). (ii) Quels que soient x∈Cx \in C et λ∈R+∗\lambda \in \mathbf{R}_+^*, on a p(λx)=λp(x)p(\lambda x) = \lambda p(x). (iii) Si x∈Cx \in C, la relation p(x)=0p(x) = 0 équivaut à x=0x = 0.

b) Inversement, soit p une fonction définie dans C, à valeurs dans [0,+∞][0, + \infty], satisfaisant aux conditions (i), (ii) de a). Soit A l’ensemble des x∈Cx \in C tels que p(x)⩽1p(x) \leqslant 1. Alors A et C−AC - A sont convexes. Pour que A soit un chapeau, il suffit donc que A soit compact et non vide.

L’assertion b) est évidente. Les propriétés énoncées dans a) sont des conséquences des remarques précédant la prop. 4, et des prop. 22 de II, p. 21 et 23 de II, p. 22, à l’exception de l’inégalité

p(x+y)⩾p(x)+p(y). p(x + y) \geqslant p(x) + p(y) .

Il suffit de démontrer cette dernière lorsque x≠0x \neq 0 et y≠0y \neq 0; on a donc p(x)>0p(x) > 0, p(y)>0p(y) > 0. Soient λ,μ\lambda, \mu deux nombres >0> 0 tels que λ<p(x),μ<p(y)\lambda < p(x), \mu < p(y), et notons B le complémentaire de A dans C. On a x∈λB,y∈μBx \in \lambda B, y \in \mu B, donc x+y∈λB+μBx + y \in \lambda B + \mu B; en vertu de la convexité de B, on a λB+μB⊂(λ+μ)B\lambda B + \mu B \subset (\lambda + \mu) B, d’où p(x+y)>λ+μp(x + y) > \lambda + \mu, ce qui entraîne l’inégalité annoncée.

Corollaire 1

Soient E un espace localement convexe séparé, C un cône convexe pointé de sommet 0 dans E, A un chapeau de C, p la jauge de A. Les points extrémaux de A sont alors : le point 0, et les points x situés sur les génératrices extrémales de C et tels que p(x)=1p(x) = 1.

Il est clair que 0 est un point extrémal de A. Soit x un point situé sur une génératrice extrémale L de C et tel que p(x)=1p(x) = 1. Soient y, z deux points de A tels que x=12(y+z)x = \frac{1}{2}(y + z). Comme L est extrémale, on a y=λxy = \lambda x et z=μxz = \mu x, où λ\lambda et μ\mu sont des nombres ≥0\geq 0 tels que 12(λ+μ)=1\frac{1}{2}(\lambda + \mu) = 1, λ=λp(x)=p(y)≤1\lambda = \lambda p(x) = p(y) \leq 1 et μ=μp(x)=p(z)≤1\mu = \mu p(x) = p(z) \leq 1, d’où λ=μ=1\lambda = \mu = 1 et par suite y=z=xy = z = x; ainsi, x est point extrémal de A. Réciproquement, soit x≠0x \neq 0 un point extrémal de A. Il est clair que p(x)=1p(x) = 1. Soient y, y′y' deux points de C tels que x=y+y′x = y + y', et montrons que y, y′y' sont proportionnels à x. On peut se limiter au cas où les nombres λ=p(y)\lambda = p(y) et λ′=p(y′)\lambda' = p(y') sont finis et >0> 0. Alors λ−1y∈A,λ′−1y′∈A,λ+λ′=1\lambda^{-1} y \in A, {\lambda'}^{-1} y' \in A, \lambda + \lambda' = 1 en vertu de la prop. 4, (i), et l’égalité x=λ(λ−1y)+λ′(λ′−1y′)x = \lambda (\lambda^{-1} y) + \lambda' ({\lambda'}^{-1} y') entraîne par hypothèse

x=λ−1y=λ′−1y′. x = \lambda^{-1} y = {\lambda'}^{-1} y'.

Corollaire 2

Tout point de C qui appartient à un chapeau de C appartient à l’enveloppe fermée convexe de la réunion des génératrices extrémales de C.

Ceci résulte aussitôt du cor. 1, et du th. de Krein-Milman (II, p. 59, th. 1).

\* Exemple. — Soit X un espace localement compact dénombrable à l’infini. Soit C un cône convexe fermé de sommet 0 dans M+(X)\mathscr{M}_+(X) muni de la topologie vague. Montrons que C est réunion de ses chapeaux. Soit (Xn)(X_n) une suite croissante de parties ouvertes relativement compactes de X, de réunion X. Soit μ\mu un élément ≠0\neq 0 de C. Il existe des αn>0\alpha_n > 0 tels que ∑nαnμ(Xn)=1\sum_n \alpha_n \mu(X_n) = 1. Pour toute mesure v∈Cv \in C, posons p(v)=∑nαnv(Xn)∈[0,+∞]p(v) = \sum_n \alpha_n v(X_n) \in [0, + \infty]. La fonction p sur C satisfait aux conditions (i) et (ii) de la prop. 4. Elle est semi-continue inférieurement pour la topologie vague (INT, IV, 2e éd., § 1, n° 1, prop. 4). L’ensemble A des γ∈C\gamma \in C tels que p(γ)≤1p(\gamma) \leq 1 est donc fermé non vide. D’autre part, comme toute partie compacte de X est contenue dans l’un des XnX_n, A est vaguement borné, donc vaguement compact (INT, III, 2e éd., § 1, n° 9, prop. 15). L’ensemble A est donc un chapeau de C contenant μ\mu. \*

Proposition 5

Soient E un espace faible séparé, C un cône convexe saillant de sommet 0 dans E ; on suppose que C est complet pour la structure uniforme induite par celle de E, et que 0 admet un système fondamental dénombrable de voisinages dans C. Alors C est réunion de ses chapeaux et est l’enveloppe fermée convexe de la réunion de ses génératrices extrémales.

La seconde assertion est conséquence de la première et du cor. 2 de II, p. 62. Utilisant la prop. 11 de II, p. 56, on est ramené au cas où E=R1E = \mathbf{R}^1 et C⊂R+1C \subset \mathbf{R}_+^1. Pour tout α∈I\alpha \in I, désignons par fαf_\alpha la projection prαpr_\alpha dans EE, qui est une forme linéaire continue. Soit d’autre part (Vn)n∈N(V_n)_{n \in \mathbf{N}} un système fondamental dénombrable de voisinages de 0 dans CC. Par définition de la topologie de EE, pour chaque n∈Nn \in \mathbf{N}, il existe une partie finie JnJ_n de II et un nombre εn>0\varepsilon_n > 0 tels que VnV_n contienne l’ensemble WnW_n des x∈Cx \in C tels que fα(x)≤εnf_\alpha(x) \leq \varepsilon_n pour tout α∈Jn\alpha \in J_n; posons J=⋃n∈NJnJ = \bigcup_{n \in \mathbf{N}} J_n. Soient y≠0y \neq 0 un point de CC, et pp la fonction ∑α∈Jλα(fα∣C)\sum_{\alpha \in J} \lambda_\alpha (f_\alpha|C) où les λα>0\lambda_\alpha > 0 sont choisis de sorte que p(y)=1p(y) = 1; cela est possible, car si l’on avait fα(y)=0f_\alpha(y) = 0 pour tout α∈J\alpha \in J, on en conclurait que y∈Vny \in V_n pour tout nn, d’où y=0y = 0, contrairement à l’hypothèse. Remarquons maintenant que pour tout α∈I\alpha \in I, fα∣Cf_\alpha|C est continue au point 0, donc il y a un n∈Nn \in \mathbf{N} tel que fαf_\alpha soit bornée dans un WnW_n, donc majorée dans CC par une combinaison linéaire d’un nombre fini de fonctions fβ∣Cf_\beta|C, où β∈J\beta \in J. Il en résulte que si AA est l’ensemble des x∈Cx \in C tels que p(x)≤1p(x) \leq 1, fαf_\alpha est bornée dans AA pour tout α∈I\alpha \in I. Comme pp est semi-continue inférieurement dans CC, AA est fermé non vide dans CC, et par suite compact. Comme il est clair que pp vérifie les conditions (i) et (ii) de la prop. 4 de II, p. 61, AA est un chapeau dans CC et contient yy.

Remarque 2

Il existe des cônes convexes saillants faiblement complets qui n’ont aucune génératrice extrémale (II, p. 97, exerc. 31).

3. Cônes convexes à semelle compacte

Proposition 6

Soient EE un espace localement convexe séparé, KK un ensemble convexe compact dans EE, ne contenant pas 0. Alors le plus petit cône pointé CC de sommet 0 contenant KK est un cône convexe saillant dans EE et un sous-espace localement compact et complet de EE; en outre, il existe dans EE un hyperplan fermé HH ne contenant pas 0, tel que HH rencontre toutes les demi-droites d’origine 0 contenues dans CC et que H∩CH \cap C soit compact. De plus, pour tout hyperplan fermé HH ayant ces propriétés, si DD est le demi-espace fermé déterminé par HH et contenant 0, C∩DC \cap D est un chapeau de CC et CC est la réunion des λ(C∩D)\lambda(C \cap D) pour λ>0\lambda > 0.

En vertu de la prop. 4 de II, p. 41, il existe un hyperplan fermé HH qui sépare strictement 0 et KK. D’autre part, l’enveloppe convexe AA de la réunion de {0}\{0\} et de KK est compacte (II, p. 14, prop. 15), et c’est la réunion des λK\lambda K pour 0≤λ≤10 \leq \lambda \leq 1. Comme 0 et KK sont strictement de part et d’autre de HH, pour tout x∈Kx \in K il existe un λ\lambda tel que 0<λ<10 < \lambda < 1 et λx∈H\lambda x \in H. Comme CC est la réunion des λA\lambda A pour λ≥1\lambda \geq 1, on voit déjà que HH rencontre toute demi-droite d’origine 0 contenue dans CC et que H∩A=H∩CH \cap A = H \cap C est compact. En outre, CC est aussi la réunion des λ(H∩C)\lambda(H \cap C) pour λ≥0\lambda \geq 0; soit CnC_n la réunion des λ(H∩C)\lambda(H \cap C) pour 0≤λ≤n0 \leq \lambda \leq n. Il est clair que CnC_n est l’enveloppe convexe de la réunion de {0}\{0\} et de n(H∩C)n(H \cap C), donc est compact. En outre, pour tout x∈Ex \in E, il existe un voisinage fermé VV de xx dans EE et un entier nn tels que V∩C⊂CnV \cap C \subset C_n : en effet, si HH est défini par l’équation f(z)=αf(z) = \alpha, où α>0\alpha > 0, il suffit de prendre pour VV le demi-espace fermé déterminé par nHnH et contenant 0, où n est pris assez grand pour que nα>f(x)n\alpha > f(x). Ceci montre que C est localement compact (en prenant x∈Cx \in C), et qu’il est fermé dans E. D’ailleurs, on peut aussi considérer K comme une partie du complété E^\hat{E}, donc C est aussi fermé dans E^\hat{E}, et par suite complet.

On appelle semelle d’un cône C dans un espace vectoriel topologique séparé E l’intersection de C et d’un hyperplan fermé H ne contenant pas le sommet s de C, tel que C soit le plus petit cône de sommet s contenant H ∩\cap C. La prop. 6 montre que dans un espace localement convexe séparé E, le plus petit cône de sommet 0 contenant un ensemble compact convexe K auquel 0 n’appartient pas, est un cône à semelle compacte, et que tout cône convexe ayant une semelle compacte S est localement compact et complet.

Exemple 1

Dans un espace vectoriel de dimension finie E, tout cône convexe fermé saillant a une semelle compacte. En effet, en vertu de II, p. 56, prop. 11, on peut se borner au cas où E=RnE = \mathbf{R}^n et C=R+nC = \mathbf{R}^n_+. Si (ei)1≤i≤n(e_i)_{1 \leq i \leq n} est la base canonique de Rn\mathbf{R}^n, il est clair que l’ensemble convexe compact, enveloppe convexe des eie_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) est une semelle compacte pour R+n\mathbf{R}^n_+.

Exemple 2

\* Si X est un espace compact, le cône M+(X)\mathscr{M}_+(X) des mesures positives sur X, muni de la topologie vague, est un cône à semelle compacte (INT, III, 2e éd., § 1, no 9, cor. 3 de la prop. 15). \

Exercices

See the exercises for § 7.

Transcribed from the printed volume. Not translated.