§ 6. Topologies faibles
1. Espaces vectoriels en dualité
Soient F et G deux espaces vectoriels réels, une forme bilinéaire sur . On dit que la forme bilinéaire B met les espaces vectoriels F et G en dualité, ou que F et G sont en dualité (relativement à B). Rappelons que l’on dit que x ∈ F et y ∈ G sont orthogonaux (pour la dualité définie par B) si B(x, y) = 0 ; on dit qu’une partie M de F et une partie N de G sont orthogonales si tout x ∈ M est orthogonal à tout y ∈ N (A, IX, § 1, n° 2).
On dit que la dualité définie par B est séparante en F (resp. en G) si elle vérifie la condition suivante :
(D₁) Quel que soit x ≠ 0 dans F, il existe un y ∈ G tel que B(x, y) ≠ 0. (resp.
(D₂) Quel que soit y ≠ 0 dans G, il existe un x ∈ F tel que B(x, y) ≠ 0.)
On dit que la dualité définie par B est séparante si elle est à la fois séparante en F et en G. Pour qu’il en soit ainsi, il faut et il suffit que la forme bilinéaire B soit séparante au sens de A, IX, § 1, n° 1. De manière plus précise, on a le résultat suivant :
Proposition 1
Soient F, G deux espaces vectoriels réels, B une forme bilinéaire sur F × G. Soient
les applications linéaires de G dans le dual F* de F, et de F dans le dual G* de G, associées respectivement à droite et à gauche à B (A, IX, § 1, n° 1). Pour que B mette F et G en dualité séparante en G (resp. en F), il faut et il suffit que d_B (resp. s_B) soit injective.
Lorsque F et G sont mis en dualité séparante par B, on identifiera souvent F (resp. G) à un sous-espace de G* (resp. F*) au moyen de s_B (resp. d_B). Lorsqu’on considérera F (resp. G) comme sous-espace de G* (resp. F*) sans spécifier de quelle manière est faite l’identification, il s’agira toujours des identifications précédentes ; la forme bilinéaire B est alors identifiée à la restriction à F × G de la forme bilinéaire canonique
Exemple 1
Soient E un espace vectoriel, E* son dual. La forme bilinéaire canonique (x, x*) ↦ ⟨x, x*⟩ sur E × E* (A, II, p. 41) met E et E* en dualité séparante : en effet, (D₂) est vérifiée par définition de la relation x* ≠ 0, et on sait d’autre part que pour tout x ≠ 0 dans E, il existe une forme linéaire x* ∈ E* telle que ⟨x, x*⟩ ≠ 0 (A, II, p. 103, th. 6), ce qui prouve (D₁) ; l’identification de E à un sous-espace de E** se fait ici par l’application canonique c_E (loc. cit.).
Lorsque E est de dimension finie, le seul sous-espace G de E* qui soit en dualité séparante avec E pour la restriction à E × G de la forme bilinéaire canonique, est l’espace E* lui-même : en effet, E étant alors canoniquement identifié à E** (loc. cit.), si l’on avait G ≠ E*, il existerait a ≠ 0 dans E tel que ⟨a, x*⟩ = 0 pour tout x* ∈ G (A, II, p. 104, th. 7), contrairement à l’hypothèse.
Exemple 2
Lorsque E est un espace vectoriel de dimension infinie, E’ un sous-espace vectoriel de E*, la dualité entre E et E’ définie par la restriction à E × E’ de la forme bilinéaire canonique est toujours séparante en E' ; elle peut être séparante en E même si E' E*. L’exemple le plus important correspond au cas où E est un espace vectoriel topologique :
Définition 1
On appelle dual d’un espace vectoriel topologique E le sous-espace E' du dual E* de l’espace vectoriel E, constitué par les formes linéaires continues sur E.
Lorsque E est un espace localement convexe séparé, la dualité entre E et son dual E' est séparante ; il résulte en effet du th. de Hahn-Banach (II, p. 26, cor. 1) que pour tout dans E, il existe tel que .
Remarque 1
Lorsque E est un espace vectoriel topologique, le dual E* de l’espace vectoriel E sera parfois appelé le dual algébrique de E pour éviter des confusions. On notera d’ailleurs que E* est le dual de l’espace vectoriel topologique obtenu en munissant E de la topologie localement convexe la plus fine (II, p. 27, Exemple 2).
Remarque 2
Le dual E' d’un espace vectoriel topologique n’est pas lui-même muni d’une topologie, à moins que cela n’ait été expressément mentionné.
Remarque 3
Si F et G sont en dualité séparante pour la forme bilinéaire canonique, il en est de même de F et pour tout sous-espace de tel que .
2. Topologies faibles
Définition 2
Soient F, G deux espaces vectoriels mis en dualité par une forme bilinéaire B. On appelle topologie faible sur F définie par la dualité entre F et G, et l’on note , la topologie la moins fine sur F rendant continues toutes les formes linéaires lorsque y parcourt G.
On définit de la même manière la topologie faible sur G, en permutant dans la déf. 1 les rôles de F et de G ; cette possibilité d’échanger F et G s’applique à tous les résultats et définitions qui vont suivre dans ce paragraphe.
On emploiera parfois l’adjectif « faible » et l’adverbe « faiblement » pour désigner des propriétés relatives à une topologie faible , lorsqu’il ne pourra en résulter de confusions. On parlera par exemple de « convergence faible », de « fonction faiblement continue », etc.
Lorsque G , il est entendu que la notation désignera toujours la topologie faible définie par la dualité correspondant à la restriction à de la forme bilinéaire canonique .
Sans hypothèse supplémentaire sur F et G, on écrit souvent la valeur de la forme bilinéaire B en si aucune confusion n’en résulte ; nous adopterons cette écriture dans le reste de ce paragraphe.
Un espace vectoriel F muni d’une topologie faible sera appelé espace faible.
Une topologie faible est localement convexe (II, p. 29, prop. 4) ; de façon précise, c’est l’image réciproque de la topologie produit de par l’application linéaire de F dans . Elle est définie par l’ensemble des semi-normes lorsque y parcourt G (II, p. 5). Pour tout et toute famille finie de points de , soit l’ensemble des tels que pour ; ces ensembles (pour et les arbitraires) forment un système fondamental de voisinages de pour . On notera que contient le sous-espace vectoriel de , de codimension finie, défini par les équations pour .
Proposition 2
Pour que la topologie faible soit séparée, il faut et il suffit que la dualité entre et soit séparante en .* C’est un cas particulier de II, p. 4, prop. 2.
Proposition 3
Soient deux espaces vectoriels réels en dualité. Toute forme linéaire sur , continue pour , peut s’écrire pour un . L’élément est unique lorsque la dualité est séparante en .* En effet, dire qu’une forme linéaire sur est continue pour signifie qu’il existe un nombre fini de points () tels que l’on ait, pour tout dans , (II, p. 7, prop. 5). Les relations () entraînent donc , et par suite (A, II, p. 104, cor. 1), il existe une combinaison linéaire telle que pour tout . L’unicité résulte de .
En d’autres termes, lorsque la dualité est séparante en et que est muni de la topologie , on peut identifier canoniquement au dual de pour cette topologie (II, p. 45, déf. 1).
Corollaire 1
Pour qu’une famille de points de soit totale pour la topologie , il faut et il suffit que, pour tout dans , il existe un indice tel que .* Cela exprime en effet, compte tenu de la prop. 3 et de I, p. 13, th. 1, qu’aucun hyperplan fermé pour ne contient tous les ; le corollaire résulte donc du cor. 3 de II, p. 41.
Corollaire 2
Pour qu’une famille de points de soit topologiquement libre pour la topologie , il faut et il suffit que, pour tout indice , il existe un élément tel que l’on ait :*
Corollaire 3
Soient deux sous-espaces vectoriels de , en dualité avec (pour la restriction de la forme bilinéaire canonique). *Pour que soit plus fine que , il faut et il suffit que .
La condition est évidemment suffisante ; d’autre part, si est plus fine que , toute forme linéaire continue pour est continue pour , donc en vertu de la prop. 3.
Corollaire 4
Soient F un espace vectoriel, G un sous-espace vectoriel du dual F*. Pour que F et G soient en dualité séparante (pour la forme bilinéaire canonique), il faut et il suffit que G soit dense dans F pour la topologie .
C’est une conséquence immédiate du cor. 1.
3. Ensembles polaires et sous-espaces orthogonaux
Définition 2
Soient F et G deux espaces vectoriels (réels) en dualité. Pour toute partie M de F, on appelle polaire de M dans G l’ensemble des tels que l’on ait pour tout . (Pour les espaces vectoriels complexes, cf. II, p. 68.)
Si sont deux sous-espaces de tels que , le polaire de M dans est l’intersection de et du polaire de M dans .
Lorsque aucune confusion n’est à craindre, on désigne l’ensemble polaire dans G d’une partie M de F par la notation . On définit bien entendu de la même manière l’ensemble polaire dans F d’une partie de G.
Il est clair que pour tout scalaire et tout , on a . La relation entraîne ; si N absorbe M, absorbe ; pour toute famille de parties de F, l’ensemble polaire de est l’intersection des ensembles polaires . Comme, pour , les demi-espaces fermés définis par les relations contiennent 0 et M, on voit que si est l’enveloppe convexe de , on a .
Il est clair que l’on a . On en conclut que
autrement dit (cf. E, III, p. 7, prop. 2).
Si M est une partie symétrique de F, est une partie symétrique de G ; est aussi dans ce cas l’ensemble des tels que pour tout .
Proposition 4
(i) Pour toute partie M de F, l’ensemble polaire contient 0 et c’est un ensemble convexe, fermé dans G pour la topologie .
(ii) Si M est un cône de sommet 0, est un cône de sommet 0, et c’est aussi l’ensemble des tels que pour tout .
(iii) Si M est un sous-espace vectoriel de F, est un sous-espace vectoriel de G, et c’est aussi l’ensemble des tels que pour tout .
(i) Comme les formes linéaires sont continues pour , l’assertion résulte aussitôt des définitions et du fait qu’un demi-espace déterminé par un hyperplan est convexe.
(ii) Si M est un cône de sommet 0, et si , on a aussi pour tout λ > 0, donc ou encore pour tout , et par suite , d’où (ii).
(iii) De même, si M est un sous-espace vectoriel de F, les relations , entraînent cette fois pour tout réel, ce qui n’est possible que si .
Si M est un sous-espace vectoriel de F, on dit que est l’orthogonal de M dans G ; si , est l’intersection de G et du sous-espace orthogonal à M dans le dual algébrique de F (A, II, p. 42, déf. 4).
Dire qu’un sous-espace vectoriel M de F et un sous-espace vectoriel N de G sont orthogonaux signifie donc que (ou, ce qui est équivalent, que ).
Théorème 1 (Théorème des bipolaires)
Soient F, G deux espaces vectoriels réels en dualité. Pour toute partie M de F, l’ensemble polaire dans F de l’ensemble polaire de M dans G est l’enveloppe fermée convexe (pour ) de .
On a vu que l’on peut se borner au cas où M est convexe et . Soit l’adhérence de M pour , qui est donc un ensemble convexe dans F ; la prop. 4 de II, p. 47, montre que l’on a . D’autre part, si n’appartient pas à , il existe un hyperplan fermé H dans F qui sépare strictement a et (II, p. 41, prop. 4) ; comme H ne contient pas 0, il existe un tel que H ait pour équation (II, p. 46, prop. 3) ; on a par suite pour tout et . Cela entraîne que l’on a et , d’où la relation .
Corollaire 1
Pour toute famille de parties de F, convexes, fermées (pour ) et contenant 0, l’ensemble polaire de l’intersection est l’enveloppe fermée convexe (pour ) de la réunion des .
En effet, si N est cette enveloppe fermée convexe, on a
d’où .
La conclusion du cor. 1 ne s’étend pas lorsque les ne sont pas nécessairement convexes.
Corollaire 2
Pour tout sous-espace vectoriel M de F, le sous-espace est l’adhérence de M pour la topologie .
Remarque
Tout voisinage de 0 dans G pour contient un voisinage V défini par un nombre fini d’inégalités de la forme (), où les sont des points arbitraires de F. Si A est l’enveloppe convexe symétrique de l’ensemble des , V est l’ensemble polaire de A dans G. On peut encore dire qu’un système fondamental de voisinages de 0 pour est formé des polaires dans G des ensembles finis symétriques (ou de leurs enveloppes convexes) de F. On notera que si la dualité est séparante en F, ces enveloppes convexes sont compactes pour (II, p. 15, cor. 1 de la prop. 15) et de dimension finie. Inversement, toute partie C convexe, compacte et de dimension finie dans F (muni de ) est alors contenue dans l’enveloppe convexe d’une partie finie de F. En effet, soit M un sous-espace vectoriel de dimension finie contenant C. Si est une base de M, on peut supposer que C est contenue dans le parallélétope fermé de centre 0, construit sur les vecteurs de base (TG, VI, p. 3); or, il est immédiat que ce parallélétope est l’enveloppe convexe des points avec .
On peut donc dire encore que (si est séparée) les polaires des ensembles compacts, convexes et de dimension finie dans F (pour , ou pour toute topologie localement convexe séparée plus fine que sur F) forment un système fondamental de voisinages de 0 pour .
Corollaire 3
Soient E un espace localement convexe, sa topologie, E' son dual* (II, p. 45, déf. 1).
(i) Les ensembles convexes fermés dans E sont les mêmes pour la topologie et la topologie faible .
(ii) Pour toute partie M de E, l’ensemble polaire dans E de l’ensemble polaire de M dans E', est l’enveloppe fermée convexe de pour la topologie .
Il est clair que (ii) résulte de (i) et du th. 1. Par définition du dual E', il résulte de II, p. 46, prop. 3 que les formes linéaires continues sur E pour la topologie sont les mêmes que les formes linéaires continues pour . Les demi-espaces fermés dans E sont donc les mêmes pour et pour (II, p. 16, prop. 17), et l’assertion (i) résulte donc de II, p. 41, cor. 1.
4. Transposée d’une application linéaire continue
Dans ce no, on suppose que (F, G) et sont deux couples d’espaces vectoriels en dualité.
Proposition 5
Soit u une application linéaire de F dans . Les propriétés suivantes sont équivalentes :
a) u est continue pour les topologies faibles et ; b) il existe une application telle que l’on ait :
(1)
Si ces propriétés sont satisfaites et que la dualité entre F et G est séparante en G, alors il existe une seule application v satisfaisant à (1), et v est linéaire.
Si u est continue pour les topologies faibles, alors, pour tout , la forme linéaire sur F est continue pour , donc (II, p. 46, prop. 3) s’écrit avec , ce qui prouve que a) entraîne b). Inversement, si b) est vérifiée, pour tout , la forme linéaire
est continue pour ; il résulte de la définition des topologies faibles que est continue pour et (I, p. 10, cor. 1). L’unicité de résulte de et cette unicité entraîne que est linéaire.
Remarque
Supposons la dualité entre F et G séparante en G et la dualité entre et séparante en . Si on identifie G et à des sous-espaces de et respectivement, les conditions a) et b) équivalent encore à ; est la restriction de la transposée de (A, II, p. 42) à .
Par abus de langage, on dira (lorsqu’il n’en résulte pas de confusion) que est la transposée de (relativement aux dualités entre F et G d’une part, et de l’autre), et on la notera encore .
Corollaire
Supposons la dualité entre F et G séparante en G. Si u est une application linéaire de F dans , continue pour et , sa transposée est une application linéaire de dans G, continue pour et . On a si de plus la dualité entre et est séparante en .
Il suffit, dans la prop. 5, d’échanger les rôles joués par F et d’une part, G et de l’autre.
Proposition 6
On suppose que la dualité entre F et G (resp. et ) est séparante en G (resp. ). Soit u une application linéaire de F dans , continue pour et . Soient A une partie de F et une partie de ; alors :
(i) *On a .
(ii) *On a ; en outre, si est convexe, fermée (pour ) et contient l’origine, on a .
Soit . La relation équivaut à pour tout , et la relation à pour tout , d’où l’assertion (i) en vertu de (1). Echangeant alors les rôles de et de et appliquant (i) à la partie de , il vient
d’où en prenant les polaires
On a en vertu du th. des bipolaires (II, p. 48, th. 1); la dernière assertion résulte aussi de (2) et du th. des bipolaires puisque l’on a alors et que est convexe et contient l’origine.
Corollaire 1
Avec les notations de la prop. 6, la relation entraîne ; si en outre est convexe, fermée (pour ) et contient l’origine, ces deux relations sont équivalentes.
En effet, la relation équivaut à , donc entraîne
et réciproquement la relation entraîne
d’après (2). Lorsque , on en déduit .
Corollaire 2
Soit u une application linéaire de F dans F_1, continue pour σ(F, G) et σ(F_1, G_1). On a alors :
(3)
Supposons les dualités entre F et G et entre F1 et G_1 séparantes ; pour que u(F) soit dense dans F_1 (pour σ(F_1, G_1)), il faut et il suffit que ^t u soit injective.*
On applique la prop. 6 avec et , compte tenu de ce que les topologies faibles et sont séparées. La dernière assertion résulte de (4), où l’on échange et .
5. Sous-espaces et espaces quotients d’un espace faible
Soient F, G deux espaces vectoriels réels en dualité. Soit M un sous-espace vectoriel de F, et considérons un sous-espace N de l’orthogonal dans G ; si sont deux points de G congrus mod. N, on a pour tout . Pour toute classe mod. N, désignons par la valeur commune des éléments lorsque parcourt ; il est clair que est une forme bilinéaire sur .
Proposition 7
Soient F, G deux espaces vectoriels en dualité, M un sous-espace vectoriel de F, N un sous-espace vectoriel de G, tels que M et N soient orthogonaux (ce qui équivaut à dire que , ou ). Les espaces vectoriels M et G/N sont alors en dualité par la forme bilinéaire .
(i) La topologie pour cette dualité est induite par (et en particulier on a ).
(ii) La topologie pour cette dualité est moins fine que la topologie quotient par N de ; pour qu’elle lui soit égale, il faut et il suffit que l’on ait .
(i) Tout élément de G/N est la classe mod. N d’un élément de G ; si () sont des éléments de G, () la classe de dans G/N, l’ensemble des tels que pour est la trace sur M de l’ensemble des tels que pour ; la conclusion résulte donc de la définition des voisinages de 0 pour la topologie faible.
(ii) Soit la surjection canonique. Montrons que la topologie quotient de par N est identique à . Comme, pour , on a , tout voisinage de 0 pour est de la forme p(V), où V est un voisinage de 0 pour saturé pour la relation , donc est plus fine que . Inversement, soit un voisinage de 0 dans G pour , où pour et ; nous allons voir que pour , il existe des éléments tels que si l’on pose , on ait ; cela prouvera que est plus fine que , donc lui est identique. Or, soit L le sous-espace vectoriel de F engendré par et les , et désignons par P un sous-espace supplémentaire de dans L, qui est de dimension finie m. Soit une base de P ; les restrictions à N des formes linéaires sont linéairement indépendantes, sans quoi il existerait dans P tel que pour tout , c’est-à-dire , ce qui contredit la définition de P. On en conclut que pour tout , il existe tel que pour tout ; si , on a par suite pour tout . Cela étant, posons , où et ; on a pour ; donc, pour tout , il existe tel que , c’est-à-dire que l’on a bien .
Revenant au cas où M est un sous-espace quelconque de , notons que l’on a évidemment ; en outre, il résulte de la prop. 3 de II, p. 46, que si est tel que la forme linéaire soit continue pour , on a nécessairement . On en conclut que la condition est nécessaire et suffisante pour que la topologie quotient soit égale à .
Remarque
Pour que la dualité entre M et G/N (où M et N sont deux sous-espaces orthogonaux) soit séparante en M, il faut et il suffit que ; pour qu’elle soit séparante en G/N, il faut et il suffit que .
Corollaire 1
Supposons que la dualité entre F et G soit séparante en F. Pour qu’un sous-espace vectoriel M de F soit tel que soit identique à la topologie quotient par de la topologie , il faut et il suffit que M soit fermé pour la topologie .
Cela résulte de la prop. 7 où l’on fait , en se rappelant que est l’adhérence de M pour (II, p. 48, cor. 2).
Corollaire 2
Si M est de dimension finie n et la dualité séparante en F, est de codimension n dans G. Si M est fermé pour et de codimension finie n dans F et la dualité séparante en G, alors est de dimension n.
En effet, est en dualité séparante avec M ; si M est de dimension n, il en est donc de même de (II, p. 44, Exemple 1). Si M est fermé, est en dualité séparante avec ; si est de dimension n, il en est donc de même de (II, p. 44, Exemple 1).
Corollaire 3
Soient (F, G), deux couples d’espaces en dualité séparante, u une application linéaire de F dans , continue pour et . Pour que u soit un morphisme strict de F dans , il faut et il suffit que soit un sous-espace fermé dans G pour .
Soit ; on sait que dans (II, p. 51, formule (3)). Soit l’application canonique, de sorte que se factorise en
où est injective. Les espaces et sont en dualité séparante et en vertu de la formule (1) de II, p. 49, on a quels que soient et . Cette relation montre que est un isomorphisme de , muni de la topologie , sur , muni de la topologie induite par . La conclusion résulte donc du cor. 1 et de la définition d’un morphisme strict.
Corollaire 4
Soient* deux couples d’espaces en dualité séparante, u une application linéaire de F dans F1, continue pour σ(F, G) et σ(F_1, G_1)*. Pour que u soit surjective, il faut et il suffit que t^u soit un isomorphisme de G1 (muni de σ(G_1, F_1)) sur t^u(G_1) muni de la topologie induite par σ(G, F)*.
En effet, dire que équivaut à dire que est fermé et partout dense dans pour ; le cor. 4 résulte alors du cor. 3 appliqué à , et de II, p. 51, cor. 2.
Remarque 1
Soient trois couples d’espaces en dualité séparante et considérons une suite de deux applications linéaires
(5)
continues* pour les topologies faibles correspondant respectivement à ; considérons la suite des transposées
(6)
Il est clair que , donc la relation équivaut à . Pour que la suite (5) soit exacte, il faut et il suffit que les trois conditions suivantes soient satisfaites : a) ; b) est dense dans ; c) est un morphisme strict de dans . Cela résulte en effet du cor. 3 de II, p. 52 et des formules (3) et (4) de II, p. 51.
Remarque 2
On se gardera de croire que lorsque est un morphisme strict de dans , soit nécessairement un morphisme strict de dans ; autrement dit, peut être un morphisme strict de dans sans que soit fermé dans pour , comme le montre l’exemple où est un sous-espace non fermé de et , étant l’injection canonique. De même, le fait que la suite (5) soit exacte n’entraîne pas nécessairement que la suite (6) le soit ; toutefois, si la suite (5) est exacte et si est un morphisme strict, alors la suite (6) est exacte, en vertu de la remarque 1 et de II, p. 52, cor. 3.
6. Produits de topologies faibles
Proposition 8
Soit* une famille de couples d’espaces vectoriels en dualité. Soient l’espace produit des , l’espace somme directe des . Si, pour tout et tout , on pose *(somme qui n’a qu’un nombre fini de termes ) la topologie (relative à la forme bilinéaire ) est le produit des topologies .
En effet, soit donnée une topologie sur ; afin que, pour tout , la forme linéaire soit continue pour , il faut et il suffit, par définition de , que chacune des applications soit continue pour , étant arbitraire dans et dans ; mais cela signifie que chacune des applications de dans est continue pour et pour (I, p. 10, cor. 1); cela achève la démonstration.
Remarque
Pour que la dualité entre et soit séparante en (resp. en ), il faut et il suffit que, pour tout , la dualité entre et soit séparante en (resp. ). Si la dualité entre et est séparante en (resp. ), alors, dans (resp. ), le sous-espace orthogonal à un (resp. ), identifié canoniquement à un sous-espace de (resp. ), est le sous-espace produit des tels que (resp. somme directe des tels que ).
Corollaire 1
Soient et deux espaces vectoriels en dualité séparante. Si l’espace (muni de ) est somme directe topologique de deux sous-espaces , , l’espace (muni de ) est somme directe topologique des sous-espaces , respectivement orthogonaux à et .
En effet, soient , les projecteurs correspondant à la décomposition de en somme directe de et ; dans ces conditions, l’application est un isomorphisme topologique. Si , , les topologies sur et (induites par celle de ) sont identiques à , respectivement (II, p. 51, prop. 7). L’application est un isomorphisme topologique lorsqu’on munit , et de , et , en vertu de la prop. 8. Par cette application, (resp. ) a pour image dans le sous-espace (resp. ), et la topologie (resp. ) a pour image la topologie induite sur (resp. ) par , d’où le corollaire.
Corollaire 2
Soient un espace vectoriel, son dual, une base de , l’isomorphisme (algébrique) défini par cette base. Alors l’application transposée est un isomorphisme topologique lorsqu’on munit de et de la topologie produit.
On sait (A, II, p. 44, prop. 10) que est une bijection, et que si, pour un , on pose pour tout , l’image est le vecteur de , de sorte que, pour tout dans , on a . Le corollaire est alors conséquence de cette formule et de la prop. 8.
7. Espaces faiblement complets
Proposition 9
Soient deux espaces vectoriels en dualité séparante. Si est le complété de l’espace pour la topologie , et si l’on considère l’injection canonique , où est muni de , le prolongement continu de est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques.
En effet, on vient de voir que , muni de , est séparé et complet (II, p. 54, cor. 2); si l’on identifie par à un sous-espace vectoriel de , la topologie induite sur par est , et est dense dans pour (II, p. 47, cor. 4); d’où la proposition.
Les espaces vectoriels qui sont complets pour une topologie faible sont donc les duals d’espaces vectoriels quelconques, munis de ; d’après II, p. 54, cor. 2, ils sont isomorphes (topologiquement) aux produits de droites réelles. Par abus de langage, nous les appellerons produits de droites (pour une caractérisation intrinsèque de ces espaces, voir II, p. 90, exerc. 13 et II, p. 87, exerc. 1).
On notera que sur , la topologie est minimale parmi les topologies faibles séparées; en effet, une topologie faible moins fine que est nécessairement de la forme où (II, p. 46, cor. 3); mais si , il existe une forme linéaire non nulle et orthogonale à (A, II, p. 100, prop. 8), donc n’est pas séparée.
On conclut de cette remarque que si sont deux espaces vectoriels, une bijection linéaire , continue pour les topologies et , est nécessairement bicontinue.
Proposition 10
Soient un espace vectoriel réel, son dual muni de la topologie .
(i) L’application est une bijection de l’ensemble des sous-espaces vectoriels de sur l’ensemble des sous-espaces vectoriels fermés de .
(ii) Tout sous-espace vectoriel fermé de est un produit de droites et admet un supplémentaire topologique.
En vertu du th. des bipolaires (II, p. 48, cor. 2), est une bijection de l’ensemble des sous-espaces vectoriels de , fermés pour , sur l’ensemble des sous-espaces vectoriels fermés de . Mais par définition, toute forme linéaire sur est continue pour , donc tout sous-espace vectoriel dans est fermé, étant défini par un système d’équations (où ); ceci prouve (i).
Soit maintenant un sous-espace fermé de ; on a donc avec dans . Soit un supplémentaire de dans . On sait que s’identifie canoniquement à , s’identifiant à (A, II, p. 45, corollaire); en outre (II, p. 53, prop. 8) la topologie s’identifie au profit des topologies et ; cela prouve l’assertion (ii).
Bien que, pour la topologie , tout sous-espace vectoriel de soit fermé, on notera que si est de dimension infinie, la topologie n’est pas la topologie localement convexe la plus fine sur , tout voisinage de 0 pour contenant un sous-espace vectoriel de dimension infinie; c’est toutefois la plus fine des topologies faibles sur (II, p. 46, cor. 3).
8. Cônes convexes complets dans les espaces faibles
Lemme 1
Soient E un espace faible séparé, C un cône convexe saillant de sommet 0 dans E, complet pour la structure uniforme induite par celle de E. Toute forme linéaire continue dans E est alors différence de deux formes linéaires continues dans E et positives dans C.
Soient E' le dual de E, F le dual algébrique de E', muni de la topologie σ(F, E'). Soit H = C° − C° le sous-espace vectoriel de E' constitué par les différences de formes linéaires continues dans E et positives dans C (II, p. 47, prop. 4). Il suffit de montrer que l’orthogonal de H dans F est réduit à 0 (II, p. 44, Exemple 1). Soit donc a ∈ F orthogonal à H ; alors a est orthogonal à C°, donc appartient au bipolaire de C dans F. Mais E s’identifie à un sous-espace de F, et comme C est complet, donc fermé dans F, on a a ∈ C (II, p. 48, th. 1). De même, a est orthogonal à − C°, donc a ∈ − C. Comme C est saillant, on a bien a = 0.
Proposition 11
Soient E un espace faible séparé, C un cône convexe saillant de sommet 0 dans E, complet pour la structure uniforme induite par celle de E. Il existe un ensemble I et une application linéaire continue u de E dans l’espace produit R^I possédant les propriétés suivantes : a) u est un isomorphisme de C sur u(C) pour les structures uniformes induites respectivement par celles de E et de R^I ; b) on a u(C) ⊂ R^I_+.
En outre, si la structure uniforme induite sur C par celle de E est métrisable, on peut prendre I = N.
Soit (f_i)_{i∈I} une famille de formes linéaires continues dans E telle que les sommes finies d’écart de la forme (x, y) ↦ |f_i(x − y)| sur C × C définissent la structure uniforme de C. (Si la structure uniforme de C est métrisable, on peut prendre I = N.) En vertu du lemme 1, on peut supposer en outre que chacune des f_i est positive dans C. Soit u l’application linéaire x ↦ (f_i(x))_{i∈I} de E dans R^I. Il est clair que u est continue et que u(C) ⊂ R^I_+. La restriction u|C est une application uniformément continue et surjective de C sur u(C). De plus, si x, y dans C sont tels que f_i(x) = f_i(y) pour tout i ∈ I, on a x = y puisque la structure uniforme de C est séparée ; donc u|C est bijective. Enfin, si W est un entourage de la structure uniforme de C, il existe une partie finie J de I et un nombre ε > 0 tels que les relations |f_i(x) − f_i(y)| ≤ ε pour i ∈ J entraînent (x, y) ∈ W ; donc u|C est un isomorphisme de C sur u(C) pour les structures uniformes considérées.
Corollaire 1
Soient E un espace faible séparé, C un cône convexe saillant de sommet 0 dans E, complet pour la structure uniforme induite par celle de E. L’application (x, y) ↦ x + y de C × C dans C est propre.
Grâce à la prop. 11, on peut supposer que E = R^I et que C = R^I_+ (TG, I, p. 74, cor. 1 et 4). Mais alors l’application (x, y) ↦ x + y de C × C dans C s’écrit ((\xi_1), (\eta_1)) \mapsto (\xi_1 + \eta_1), et l’on peut se borner à prouver que l’application continue de dans est propre (TG, I, p. 76, cor. 3). Or, pour tout , est l’ensemble des couples tels que , donc l’image réciproque par d’un intervalle est l’ensemble des tels que , qui est compact. On conclut en appliquant TG, I, p. 77, prop. 7.
Corollaire 2
Soient E un espace faible séparé, C un cône convexe saillant de sommet 0 dans E, complet pour la structure uniforme induite par celle de E. (i) Pour tout point a de E, l’intersection est compacte. (ii) Soient A, B deux parties fermées de C. Alors A + B est une partie fermée de C. (i) L’ensemble des tels que est compact d’après le cor. 1 et d’après TG, I, p. 75, th. 1, b). Or cet ensemble est aussi l’ensemble des pour , ce qui prouve (i). (ii) Si A et B sont fermées dans C, est fermée dans , donc est fermé dans C d’après le cor. 1 et d’après TG, I, p. 72, prop. 1.
Exercices
See the exercises for § 6.