§ 6. Le théorème du graphe borélien
1. Le théorème du graphe borélien
Théorème 1
Soient E un espace localement convexe limite inductive d’espaces de Banach, F un espace localement convexe souslinien, par exemple lusinien (TG, IX, p. 59 et p. 62), et u une application linéaire de E dans F. Si le graphe de u est un sous-ensemble borélien de , alors u est continue. Soient une famille d’espaces de Banach et une famille d’applications linéaires continues telles que la topologie de E soit la topologie localement convexe la plus fine rendant continues les . Il suffit de démontrer que les applications composées sont continues, ou encore (TG, IX, p. 17, prop. 10) que la restriction de à tout sous-espace fermé de type dénombrable G de est continue. Le graphe de cette restriction est l’image réciproque du graphe de u par l’application continue , donc est borélien dans . De plus est un espace souslinien et toute partie borélienne d’un espace souslinien est souslinienne (TG, IX, p. 61, prop. 10). Le th. 1 résulte alors du th. 4 de TG, IX, p. 69.
Remarque
Rappelons (III, p. 12) que tout espace bornologique séparé et semi-complet, par exemple tout espace de Fréchet, est limite inductive d’espaces de Banach. \* Il en est de même du dual fort d’un espace de Fréchet réflexif (IV, p. 23, prop. 4). \
2. Espaces localement convexes lusiniens
Proposition 1
Soit E un espace localement convexe séparé. On suppose qu’il existe une suite d’espaces de Fréchet de type dénombrable, et des applications linéaires continues telles que . Alors E est lusinien.
Soit le noyau de ; alors définit par passage au quotient une application bijective continue de sur . Comme est un espace de Fréchet de type dénombrable (TG, IX, p. 25), donc polonais (TG, IX, p. 57, déf. 1), est un sous-espace lusinien de E (TG, IX, p. 62, prop. 11). En vertu de TG, IX, p. 68, cor. du th. 3, l’espace E, qui est régulier (TG, III, p. 20), est donc lusinien.
Exemple 1
Tout espace de Fréchet de type dénombrable est polonais, donc lusinien. Sont par suite lusiniens les espaces où X est localement compact à base dénombrable (la topologie de étant celle de la convergence compacte, cf. TG, X, p. 25, corollaire et p. 9, cor. 3); \* les espaces , où U est une partie ouverte de (III, p. 9) et , où U est une partie ouverte de (III, p. 10).
La prop. 1 montre alors que sont lusiniens les espaces , où U est ouvert dans (III, p. 10), , où I est un intervalle compact de et (III, p. 10) et , où K est une partie compacte de (III, p. 10). \
Théorème 2
Soit E un espace localement convexe, limite inductive d’une suite croissante de sous-espaces de E, munis de topologies d’espaces de Fréchet de type dénombrable. On suppose que toute partie compacte de E est contenue dans l’un des et compacte dans cet espace. Soit F un espace de Fréchet de type dénombrable. Alors l’espace est lusinien.
L’espace E est bornologique (III, p. 12), donc l’espace est complet (III, p. 23, prop. 12). L’application linéaire est une injection de dans l’espace produit ; en vertu de l’hypothèse sur les parties compactes de E et de la définition des -topologies, j est un isomorphisme de sur son image (munie de la topologie induite par la topologie produit); en outre, puisque est complet, cette image est un sous-espace fermé de (TG, II, p. 16, prop. 8). D’après TG, IX, p. 62, il suffit donc de prouver que chacun des espaces est lusinien. Pour la suite de la démonstration, on supposera donc que E est un espace de Fréchet de type dénombrable.
Comme F est un espace de Fréchet de type dénombrable, il est isomorphe à un sous-espace fermé d’un produit dénombrable d’espaces de Banach , dont chacun est un quotient de F (II, p. 5), donc de type dénombrable. L’application linéaire est une injection de dans l’espace produit , et en vertu de la définition des -topologies et des ouverts dans un produit, est un isomorphisme de sur son image; en outre, puisque est complet, cette image est un sous-espace fermé de . Il suffira donc de prouver que chacun des est lusinien (TG, IX, p. 62), et on peut par suite supposer que F est un espace de Banach de type dénombrable.
L’espace est alors réunion d’une famille dénombrable de parties équicontinues et fermées (III, p. 19, cor. 1 et TG, X, p. 15, prop. 6). Or toute partie équicontinue H de est métrisable de type dénombrable (III, p. 18, prop. 6 et TG, X, p. 16, th. 1); si H est fermée, c’est un espace complet pour la structure uniforme induite par celle de , puisque ce dernier est complet. Autrement dit, H est un espace polonais, et a fortiori lusinien ; par suite l’espace régulier est lusinien (TG, IX, p. 68, cor. du th. 3).
Corollaire
Les hypothèses sur E étant celles du th. 2, supposons de plus que toute partie bornée de E soit relativement compacte. Alors le dual fort de E est lusinien.* *En particulier, le dual fort d’un espace de Fréchet de type dénombrable qui est aussi un espace de Montel, est lusinien.
\* Exemple 2. — Soit U une partie ouverte de . Le corollaire s’applique en particulier à l’espace de Fréchet ; son dual (espace des distributions à support compact sur U) est donc un espace lusinien.
L’espace est limite inductive stricte d’une suite d’espaces de Fréchet de type dénombrable (III, p. 9). On peut montrer que chacun des espaces est un espace de Montel ; de plus, toute partie bornée de est contenue dans l’un des espaces (III, p. 5, prop. 6). On peut donc appliquer le corollaire du th. 2. Le dual de (espace des distributions sur U) est donc lusinien pour la topologie forte.
On prouve de même que pour toute partie ouverte U de , et toute partie compacte K de , le dual fort de et le dual fort de sont lusiniens. \*
Remarque
Soit E comme dans le th. 2 ; soit F un espace localement convexe séparé, réunion des images d’une suite d’applications linéaires continues , où chaque est un espace de Fréchet de type dénombrable ; alors est lusinien. Comme dans la prop. 1, on se ramène au cas où chaque est injective ; puis, comme dans la preuve du th. 2, on peut supposer que E est un espace de Fréchet de type dénombrable. En vertu de I, p. 20, prop. 1, est alors réunion des ; en outre, l’injection canonique est continue (TG, X, p. 5, prop. 3). Comme chaque espace est lusinien d’après le th. 2, est aussi lusinien pour la topologie induite par celle de (TG, IX, p. 62, prop. 11); est par suite lusinien en vertu de TG, IX, p. 68, corollaire du th. 3.
\*3. Applications linéaires mesurables sur un espace de Banach¹
Proposition 2
Soient E un espace de Banach, F un espace localement convexe et u une application linéaire de E dans F. On suppose que, pour toute partie fermée B de F, tout compact X de E et toute mesure sur X, l’intersection est -mesurable. Alors u est continue.
Supposons tout d’abord que F est le corps de base. Pour tout compact X de E et toute mesure sur X, la restriction de u à X est -mesurable (INT, IV). Supposons que u ne soit pas continue. On peut alors trouver une suite de points de E telle que et pour tout entier n. Considérons l’application
¹ Les résultats de ce numéro dépendent du livre d’Intégration.
g : (t_n) \mapsto \sum_n t_n x_n du cube C = \{0, 1\}^\mathbf{N} dans E ; il est clair que g est continue. Par suite f = u \circ g est mesurable pour toute mesure sur C (INT, V), en particulier pour la mesure produit des mesures de Lebesgue sur les facteurs de C. Il existe donc une partie compacte D de C telle que et que la restriction de f à D soit continue, donc bornée. Soit M la borne supérieure de sur D et soit tel que . Soient et deux points de D tels que pour . On a
Comme et , on en déduit
Le th. de Lebesgue-Fubini (INT, V, 2e éd., § 8, no 3, cor. 2 de la prop. 7) entraîne alors , d’où une contradiction. Par suite, est bien continue.
Passons maintenant au cas général. Pour tout , la forme linéaire est continue d’après ce qui précède. Soit une suite de points de E tendant vers 0 ; la suite tend alors vers 0 dans F muni de la topologie ; elle est donc bornée pour et par suite elle est bornée dans F (III, p. 28, cor. 3). Comme E est bornologique (III, p. 12, prop. 2), l’application linéaire est continue.
Exercises
Exercices
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