Bourbaki

§ 5. Applications bilinéaires hypocontinues

1. Applications bilinéaires séparément continues

Soient E, F, G trois espaces localement convexes. Pour toute application bilinéaire uu de E×FE \times F dans G, et pour tout x∈Ex \in E (resp. y∈Fy \in F), on désignera par u(x,.)u(x, .) (resp. u(.,y)u(., y)) l’application y↦u(x,y)y \mapsto u(x, y) (resp. x↦u(x,y)x \mapsto u(x, y)) de F dans G (resp. de E dans G).

Définition 1

On dit qu’une application bilinéaire uu de E×FE \times F dans G est séparément continue si, pour tout x∈Ex \in E, l’application linéaire u(x,.)u(x, .) de F dans G est continue et, pour tout y∈Fy \in F, l’application linéaire u(.,y)u(., y) de E dans G est continue.

La proposition suivante résulte aussitôt de la définition.

Proposition 1

Pour qu’une application bilinéaire uu de E×FE \times F dans G soit séparément continue, il faut et il suffit que, pour tout y∈Fy \in F, l’application linéaire u(.,y)u(., y) de E dans G soit continue, et que l’application linéaire y↦u(.,y)y \mapsto u(., y) de F dans Ls(E;G)\mathscr{L}_s(E ; G) soit continue.

On peut encore dire que si, à toute application linéaire v∈L(F;Ls(E;G))v \in \mathscr{L}(F ; \mathscr{L}_s(E ; G)) on fait correspondre l’application bilinéaire (x,y)↦v(y)(x)(x, y) \mapsto v(y)(x), on définit une bijection linéaire de L(F;Ls(E;G))\mathscr{L}(F ; \mathscr{L}_s(E ; G)) sur l’espace vectoriel des applications bilinéaires séparément continues de E×FE \times F dans GG.

Une application bilinéaire séparément continue de E×FE \times F dans GG n’est pas nécessairement continue dans E×FE \times F (III, p. 48, exerc. 2 ; cf. toutefois III, p. 30, et IV, p. 26, th. 2).

La notion de forme bilinéaire séparément continue sur un produit E1×E2E_1 \times E_2 de deux espaces localement convexes se rattache étroitement à celle d’application linéaire continue lorsque E1E_1 et E2E_2 sont munies de topologies faibles (II, p. 45). Supposons en effet que (E1,F1)(E_1, F_1) et (E2,F2)(E_2, F_2) soient deux couples d’espaces vectoriels réels (resp. complexes) en dualité séparante (loc. cit.); munissons EiE_i (resp. FiF_i) de la topologie faible σ(Ei,Fi)\sigma(E_i, F_i) (resp. σ(Fi,Ei)\sigma(F_i, E_i)) pour i=1,2i = 1, 2; notons par ailleurs B(E1,E2)B(E_1, E_2) l’espace vectoriel des formes bilinéaires séparément continues sur E1×E2E_1 \times E_2. Appliquant la prop. 1 au cas où G=KG = K, on voit que, pour toute forme bilinéaire Φ∈B(E1,E2)\Phi \in B(E_1, E_2) et tout x2∈E2x_2 \in E_2, l’application x1↦Φ(x1,x2)x_1 \mapsto \Phi(x_1, x_2) est une forme linéaire continue sur E1E_1, donc (II, p. 46, prop. 3) il existe un élément et un seul dΦ(x2)∈F1^d\Phi(x_2) \in F_1 tel que

Φ(x1,x2)=⟨x1,dΦ(x2)⟩ \Phi(x_1, x_2) = \langle x_1, {}^d\Phi(x_2) \rangle

quels que soient x1∈E1x_1 \in E_1 et x2∈E2x_2 \in E_2; en outre l’application dΦ:E2→F1{}^d\Phi : E_2 \to F_1 est linéaire et continue pour les topologies (faibles) de E2E_2 et de F1F_1.

Inversement, pour toute application linéaire continue u:E2→F1u : E_2 \to F_1, l’application (x1,x2)↦Φ(x1,x2)=⟨x1,u(x2)⟩(x_1, x_2) \mapsto \Phi(x_1, x_2) = \langle x_1, u(x_2) \rangle est une forme bilinéaire séparément continue sur E1×E2E_1 \times E_2, et on a u=dΦu = {}^d\Phi. On a ainsi défini un isomorphisme d:Φ↦dΦd : \Phi \mapsto {}^d\Phi de B(E1,E2)B(E_1, E_2) sur L(E2;F1)\mathscr{L}(E_2 ; F_1), dit canonique. La formule

Φ(x1,x2)=⟨sΦ(x1),x2⟩ \Phi(x_1, x_2) = \langle {}^s\Phi(x_1), x_2 \rangle

définit de même un isomorphisme canonique s:Φ↦sΦs : \Phi \mapsto {}^s\Phi de B(E1,E2)B(E_1, E_2) sur L(E1,F2)\mathscr{L}(E_1, F_2); on a évidemment le diagramme commutatif

(3)

B(E1,E2)↓s↓d−1L(E1;F2)⟷L(E2;F1) \begin{array}{ccc} B(E_1, E_2) & & \\ \downarrow s & & \downarrow d^{-1} \\ \mathscr{L}(E_1 ; F_2) & \longleftrightarrow & \mathscr{L}(E_2 ; F_1) \end{array}

où tt est l’isomorphisme de transposition (II, p. 49, prop. 5 et corollaire). Vu la définition des topologies faibles sur F1F_1 et F2F_2, il est immédiat en outre que lorsqu’on munit B(E1,E2)B(E_1, E_2), L(E1;F2)\mathscr{L}(E_1 ; F_2) et L(E2;F1)\mathscr{L}(E_2 ; F_1) de la topologie de la convergence simple, les isomorphismes du diagramme (3) sont des isomorphismes d’espaces vectoriels topologiques.

2. Applications bilinéaires séparément continues sur un produit d’espaces de Fréchet

Proposition 2

Soient E, F et G trois espaces localement convexes. On suppose E et F métrisables, et E tonnelé. Soit H un ensemble d’applications bilinéaires séparément continues de E × F dans G. On suppose que pour tout x ∈ E, l’ensemble des applications u(x, .) de F dans G, où u parcourt H, est équicontinu. Alors H est équicontinu.

Soit (U_n) (resp. (V_n)) une suite fondamentale de voisinages de 0 dans E (resp. F). Si H n’est pas équicontinu, il existe un voisinage convexe équilibré fermé W de 0 dans G tel que, pour tout n, H(U_n × V_n) ne soit pas contenu dans W. Il existe donc une suite de couples (x_n, y_n) ∈ U_n × V_n, et une suite (u_n) d’éléments de H, telles que u_n(x_n, y_n) ∉ W. Soit p la jauge de W. Pour tout y ∈ F, et tout u ∈ H, l’application u(., y) de E dans G est continue, donc p ◦ u(., y) est une semi-norme continue sur E. D’autre part, pour tout x ∈ E, l’ensemble des applications u(x, .) pour u ∈ H est équicontinu ; comme la suite (y_n) tend vers 0, elle est bornée, et l’ensemble des u(x, y_n), pour n ≥ 0 et u ∈ H, est borné (III, p. 22, prop. 9). Il résulte de ceci que la fonction p′(x)=sup⁡u∈Hn⩾0p(u(x,yn))p'(x) = \sup_{\substack{u \in H \\ n \geqslant 0}} p(u(x, y_n)) est une semi-norme (finie) sur E, semi-continue inférieurement. Comme E est tonnelé, p’ est continue (III, p. 24, corollaire). Comme (x_n) tend vers 0 dans E, p’(x_n) tend vers 0, de sorte qu’on a p’(x_n) ≤ 1 si n est assez grand ; mais dès lors, on a p(un(xn,yn))≤p′(xn)≤1p(u_n(x_n, y_n)) \leq p'(x_n) \leq 1, donc un(xn,yn)∈Wu_n(x_n, y_n) \in W ce qui contredit l’hypothèse sur un,xn,ynu_n, x_n, y_n.

Corollaire 1

Soient E et F deux espaces de Fréchet, et G un espace localement convexe. Toute application bilinéaire séparément continue de E × F dans G est continue.

En effet, tout espace de Fréchet est tonnelé (III, p. 25, corollaire).

Soient E et F deux espaces localement convexes. On note B(E,F)\mathscr{B}(E, F) l’espace des formes bilinéaires continues sur E × F, muni de la topologie de la convergence uniforme sur les ensembles de la forme A × B où A (resp. B) est borné dans E (resp. F). La formule

u(x,y)=⟨y,φ(u)(x)⟩ u(x, y) = \langle y, \varphi(u)(x) \rangle

(pour x∈E,y∈Fx \in E, y \in F et u∈B(E,F)u \in \mathscr{B}(E, F)) définit une application linéaire continue et injective φ\varphi de B(E,F)\mathscr{B}(E, F) dans Lb(E;Fb′)\mathscr{L}_b(E; F'_b).

Corollaire 2

Supposons que E et F soient métrisables et que E soit tonnelé. Alors φ\varphi est un isomorphisme d’espaces vectoriels topologiques de B(E,F)\mathscr{B}(E, F) sur Lb(E;Fb′)\mathscr{L}_b(E; F'_b).

Soit f∈Lb(E;Fb′)f \in \mathscr{L}_b(E; F'_b). Posons u(x,y)=⟨y,f(x)⟩u(x, y) = \langle y, f(x) \rangle pour x∈Ex \in E et y∈Fy \in F. La forme bilinéaire u sur E × F est séparément continue ; d’après la prop. 2, elle appartient donc à B(E,F)\mathscr{B}(E, F), et l’on a f=φ(u)f = \varphi(u). Donc φ\varphi est une bijection linéaire de B(E,F)\mathscr{B}(E, F) sur Lb(E;Fb′)\mathscr{L}_b(E; F'_b). Il est immédiat que φ\varphi est bicontinue, d’où le cor. 2.

3. Applications bilinéaires hypocontinues

Nous allons dans ce qui suit définir une notion intermédiaire entre celle d’application bilinéaire continue et celle d’application bilinéaire séparément continue.

Proposition 3

Soient E, F, G trois espaces localement convexes, S\mathscr{S} un ensemble de parties bornées de E. Soit u une application bilinéaire séparément continue de E×FE \times F dans G. Les propriétés suivantes sont équivalentes :

a) Pour tout voisinage W de 0 dans G et tout ensemble M∈SM \in \mathscr{S}, il existe un voisinage V de 0 dans F tel que u(M×V)⊂Wu(M \times V) \subset W.

b) Pour tout ensemble M∈SM \in \mathscr{S}, l’image de M par l’application x↦u(x,.)x \mapsto u(x, .) est une partie équicontinue de L(F;G)\mathscr{L}(F; G).

c) L’application y↦u(.,y)y \mapsto u(., y) de F dans LS(E;G)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E; G) est continue.

En effet, a) exprime que y↦u(.,y)y \mapsto u(., y) est continue au point 0, compte tenu de la définition des voisinages de 0 dans LS(E;G)\mathscr{L}_{\mathscr{S}}(E; G) (III, p. 13); de même a) exprime que l’image de M par l’application x↦u(x,.)x \mapsto u(x, .) est équicontinue au point 0 (III, p. 16).

Définition 2

Soit u une application bilinéaire de E×FE \times F dans G. On dit que u est S\mathscr{S}-hypocontinue si u est séparément continue et si elle vérifie l’une des conditions équivalentes a), b), c) de la prop. 3.

La condition c) de la prop. 3 montre que la notion d’application bilinéaire S\mathscr{S}-hypocontinue ne dépend de S\mathscr{S} que par l’intermédiaire de la S\mathscr{S}-topologie sur L(E;G)\mathscr{L}(E; G).

Pour tout ensemble I\mathscr{I} de parties bornées de F, on définit de la même manière la notion d’application I\mathscr{I}-hypocontinue, en échangeant dans la prop. 3 les rôles de E et F. On dit qu’une application bilinéaire séparément continue u est (S,I\mathscr{S}, \mathscr{I})-hypocontinue si elle est à la fois S\mathscr{S}-hypocontinue et I\mathscr{I}-hypocontinue.

Toute application bilinéaire continue de E×FE \times F dans G est (S,I\mathscr{S}, \mathscr{I})-hypocontinue pour tout couple (S,I\mathscr{S}, \mathscr{I}) d’ensembles de parties bornées : en effet, pour tout voisinage W de 0 dans G, il existe un voisinage U de 0 dans E et un voisinage V de 0 dans F tel que u(U×V)⊂Wu(U \times V) \subset W; comme tout ensemble M∈SM \in \mathscr{S} est borné, il existe λ>0\lambda > 0 tel que λM⊂U\lambda M \subset U, d’où

u(M×λV)=u(λM×V)⊂u(U×V)⊂W. u(M \times \lambda V) = u(\lambda M \times V) \subset u(U \times V) \subset W .

La réciproque est inexacte en général (III, p. 48, exerc. 3).

Proposition 4

Soit u une application bilinéaire S\mathscr{S}-hypocontinue de E×FE \times F dans G. Pour tout ensemble M∈SM \in \mathscr{S}, la restriction de u à M×FM \times F est continue, et u(M×Q)u(M \times Q) est bornée dans G pour toute partie bornée Q de F.

La première assertion résulte du cor. 3 de TG, X, p. 13. Soit W un voisinage de 0 dans G ; il existe par hypothèse un voisinage V de 0 dans F tel que u(M×V)⊂Wu(M \times V) \subset W. Comme il existe λ≠0\lambda \neq 0 tel que λQ⊂V\lambda Q \subset V, on a λu(M×Q)=u(M×λQ)⊂W\lambda u(M \times Q) = u(M \times \lambda Q) \subset W, ce qui prouve la seconde partie de la proposition.

Proposition 5

Soit u une application bilinéaire (S,T\mathscr{S}, \mathscr{T})-hypocontinue de E×FE \times F dans GG. Pour tout couple d’ensembles M∈S,N∈TM \in \mathscr{S}, N \in \mathscr{T}, uu est uniformément continue dans M×NM \times N.

La proposition résulte aussitôt de la prop. 2 de TG, X, p. 13 et de la prop. 5 de TG, X, p. 15.

Proposition 6

Si FF est un espace tonnelé, toute application bilinéaire séparément continue uu de E×FE \times F dans un espace localement convexe GG est S\mathscr{S}-hypocontinue pour tout ensemble S\mathscr{S} de parties bornées de EE.

Autrement dit, l’application linéaire y↦u(.,y)y \mapsto u(., y) de FF dans Lb(E;G)\mathscr{L}_b(E ; G) est continue.

Il suffit en effet (III, p. 31, prop. 3) de prouver que l’image par x↦u(x,.)x \mapsto u(x, .) de toute partie bornée MM de EE est équicontinue dans L(F;G)\mathscr{L}(F ; G). Or, en vertu de la prop. 1 (III, p. 28), cette image est une partie simplement bornée de L(F;G)\mathscr{L}(F ; G), et comme FF est tonnelé, toute partie simplement bornée de L(F;G)\mathscr{L}(F ; G) est équicontinue (III, p. 25, th. 1).

Remarque

Supposons que la topologie de FF soit la plus fine des topologies localement convexes sur FF rendant continues des applications linéaires hα:Fα→Fh_\alpha : F_\alpha \to F (II, p. 29). Alors, la condition c) de la prop. 3 (III, p. 31) montre que, si EE et GG sont localement convexes, pour que l’application bilinéaire u:E×F→Gu : E \times F \to G soit S\mathscr{S}-hypocontinue, il faut et il suffit que chacune des applications bilinéaires

(x,yα)↦u(x,hα(yα)) (x, y_\alpha) \mapsto u(x, h_\alpha(y_\alpha))

de E×FαE \times F_\alpha dans GG soit S\mathscr{S}-hypocontinue.

Supposons maintenant que EE soit un espace localement convexe, limite inductive stricte d’une suite croissante (En)(E_n) de sous-espaces vectoriels fermés dans EE (II, p. 36) ; alors tout ensemble M∈SM \in \mathscr{S} est contenu dans l’un des EnE_n et borné dans ce sous-espace (III, p. 5, prop. 6). Notons Sn\mathscr{S}_n l’ensemble des parties appartenant à S\mathscr{S} et contenues dans EnE_n. La condition a) de la prop. 3 (III, p. 31) montre que pour qu’une application bilinéaire u:E×F→Gu : E \times F \to G soit S\mathscr{S}-hypocontinue, il faut et il suffit que chacune des restrictions un:En×F→Gu_n : E_n \times F \to G de uu soit Sn\mathscr{S}_n-hypocontinue.

4. Prolongement d’une application bilinéaire hypocontinue

Proposition 7

Soient E,F,GE, F, G trois espaces localement convexes, GG étant supposé séparé ; soit E0E_0 (resp. F0F_0) un sous-espace vectoriel dense de EE (resp. FF). Soit uu une application bilinéaire séparément continue de E×FE \times F dans GG.

1) Si u(E0×F0)={0}u(E_0 \times F_0) = \{0\}, on a u=0u = 0.

2) Soit S0\mathscr{S}_0 un ensemble de parties bornées de E0E_0 ; si la restriction de uu à E0×F0E_0 \times F_0 est S0\mathscr{S}_0-hypocontinue, il en est de même de uu.

1) Par hypothèse, pour tout x∈E0x \in E_0, l’application linéaire continue u(x,.)u(x, .) est nulle dans F0F_0, donc dans FF : alors, pour tout y∈Fy \in F, l’application linéaire continue u(.,y)u(., y) est nulle dans E0E_0, donc dans EE, ce qui prouve que l’on a u=0u = 0.

2) Pour tout voisinage fermé WW de 00 dans GG et pour tout ensemble M∈S0M \in \mathscr{S}_0, il existe par hypothèse un voisinage V de 0 dans F_0 tel que u(M × V) ⊂ W. Or \overline{V} est un voisinage de 0 dans F ; pour tout x ∈ M, de la relation u({x} × V) ⊂ W, on déduit u({x} × \overline{V}) ⊂ W, puisque u(x, .) est continue et W fermé ; on a donc la relation u(M × \overline{V}) ⊂ W, ce qui montre que u est S0\mathscr{S}_0-hypocontinue.

Proposition 8

Soient E, F, G trois espaces localement convexes, G étant supposé séparé et quasi-complet. Soit E_0 (resp. F_0) un sous-espace vectoriel dense de E (resp. F), S0\mathscr{S}_0 (resp. T0\mathscr{T}_0) un ensemble de parties bornées de E_0 (resp. F_0) tel que tout point de E (resp. F) soit adhérent à un ensemble de S0\mathscr{S}_0 (resp. T0\mathscr{T}_0). Alors toute application bilinéaire (S0,T0\mathscr{S}_0, \mathscr{T}_0)-hypocontinue u de E_0 × F_0 dans G se prolonge d’une seule manière en une application bilinéaire séparément continue u‾\overline{u} de E × F dans G, et u‾\overline{u} est (S0,T0\mathscr{S}_0, \mathscr{T}_0)-hypocontinue.

L’unicité et l’hypocontinuité de u‾\overline{u} résultent de la prop. 7 ; tout revient à établir l’existence de u‾\overline{u}. Pour tout y′∈F0y' \in F_0, l’application linéaire continue x′↦u(x′,y′)x' \mapsto u(x', y') de E_0 dans G se prolonge d’une seule manière en une application linéaire continue x↦u1(x,y′)x \mapsto u_1(x, y') de E dans G (III, p. 8, prop. 10). Il est immédiat que, pour tout x∈Ex \in E, l’application y′↦u1(x,y′)y' \mapsto u_1(x, y') de F_0 dans G est linéaire ; montrons qu’elle est continue. Par hypothèse, il existe M∈S0M \in \mathscr{S}_0 tel que x∈M‾x \in \overline{M}. Pour tout voisinage fermé W de 0 dans G, il existe par hypothèse un voisinage V de 0 dans F_0 tel que u(M×V)⊂Wu(M \times V) \subset W; comme x↦u1(x,y′)x \mapsto u_1(x, y') est continue, on en déduit u1(M‾×V)⊂Wu_1(\overline{M} \times V) \subset W, et en particulier u1(x,y′)∈Wu_1(x, y') \in W pour tout y′∈Vy' \in V, ce qui établit notre assertion. En vertu de la prop. 7, l’application bilinéaire u1u_1 de E × F_0 dans G est (S0,T0\mathscr{S}_0, \mathscr{T}_0)-hypocontinue. On achève la démonstration en échangeant les rôles de E et F dans la première partie de la démonstration, appliquée à u1u_1.

5. Hypocontinuité de l’application (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u

Proposition 9

Soient R, S, T trois espaces localement convexes séparés. On suppose les espaces L(R;S)\mathscr{L}(R; S), L(S;T)\mathscr{L}(S; T), L(R;T)\mathscr{L}(R; T) munis tous trois de la topologie de la convergence simple (resp. compacte, bornée). Alors l’application bilinéaire (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u de L(R;S)×L(S;T)\mathscr{L}(R; S) \times \mathscr{L}(S; T) dans L(R;T)\mathscr{L}(R; T) est (S,T\mathscr{S}, \mathscr{T})-hypocontinue, lorsque T\mathscr{T} est l’ensemble des parties équicontinues de L(S;T)\mathscr{L}(S; T), et S\mathscr{S} l’ensemble des parties finies (resp. des parties compactes, des parties bornées) de L(R;S)\mathscr{L}(R; S).

Prouvons d’abord que (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u est T\mathscr{T}-hypocontinue. Soient H un ensemble équicontinu dans L(S;T)\mathscr{L}(S; T), W un voisinage de 0 dans T, M une partie finie (resp. compacte, bornée) de R. Il faut voir qu’il existe un voisinage V de 0 dans S tel que, si u(M)⊂Vu(M) \subset V et v∈Hv \in H, on ait v(u(M))⊂Wv(u(M)) \subset W. Mais il suffit pour cela que l’on ait v(V)⊂Wv(V) \subset W pour tout v∈Hv \in H, et l’existence d’un tel voisinage V résulte de l’équicontinuité de H.

Pour voir que (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u est S\mathscr{S}-hypocontinue, nous allons établir que, pour tout voisinage W de 0 dans T, toute partie finie (resp. compacte, bornée) M de R et toute partie finie (resp. compacte, bornée) L de L(R;S)\mathscr{L}(R; S), il existe une partie finie (resp. compacte, bornée) N de S telle que les relations v(N)⊂Wv(N) \subset W et u∈Lu \in L entraînent v(u(M))⊂Wv(u(M)) \subset W. Il suffit évidemment de montrer qu’on peut prendre N=⋃u∈Lu(M)N = \bigcup_{u \in L} u(M), c’est-à-dire que cet ensemble N est fini (resp. compact, borné) avec L et M. C’est immédiat si L et M sont finis, ou si M est borné dans R et L borné dans L(R;S)\mathscr{L}(R; S) (pour la topologie de la convergence bornée, cf. III, p. 22). Reste donc à établir que si M est compact dans R, et L compact dans L(R;S)\mathscr{L}(R; S) pour la topologie de la convergence compacte, N est compact dans S. Mais, si uMu_M est la restriction à M de tout u∈Lu \in L, l’application u↦uMu \mapsto u_M de L dans l’espace C(M;S)\mathscr{C}(M; S) des applications continues de M dans S, muni de la topologie de la convergence uniforme, est continue ; l’image de L par cette application est donc compacte, et notre assertion résulte alors de la continuité de l’application (w,x)↦w(x)(w, x) \mapsto w(x) de C(M;S)×M\mathscr{C}(M; S) \times M dans S (TG, X, p. 10, prop. 9).

Dans les deux corollaires qui suivent, on suppose comme dans la prop. 9 que les espaces L(R;S)\mathscr{L}(R; S), L(S;T)\mathscr{L}(S; T), L(R;T)\mathscr{L}(R; T) sont tous trois munis de la topologie de la convergence simple, ou tous trois de la topologie de la convergence compacte, ou tous trois de la topologie de la convergence bornée.

Corollaire 1

Pour toute partie équicontinue H de L(S;T)\mathscr{L}(S; T), l’application (u,v)↦v∘u(u, v) \mapsto v \circ u de L(R;S)×H\mathscr{L}(R; S) \times H dans L(R;T)\mathscr{L}(R; T) est continue. Cela résulte aussitôt des prop. 9 (III, p. 33) et 4 (III, p. 31).

Corollaire 2

On suppose S tonnelé. Si la suite (un)(u_n) tend vers u dans L(R;S)\mathscr{L}(R; S) et la suite (vn)(v_n) vers v dans L(S;T)\mathscr{L}(S; T), la suite (vn∘un)(v_n \circ u_n) tend vers v∘uv \circ u dans L(R;T)\mathscr{L}(R; T). En effet, la suite (vn)(v_n) étant simplement bornée dans L(S;T)\mathscr{L}(S; T), est équicontinue puisque S est tonnelé (III, p. 25, th. 1) ; le corollaire est alors conséquence du cor. 1.

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.