Bourbaki

Appendice

Points fixes des groupes de transformations affines

1. Cas des groupes résolubles

Soient E un espace vectoriel réel, et K une partie convexe de E. On appelle transformation affine dans K toute application u:K→Ku : K \to K telle que l’on ait

u(tx+(1−t)y)=tu(x)+(1−t)u(y) u(t x + (1 - t) y) = t u(x) + (1 - t) u(y)

pour x,yx, y dans K et tout nombre réel tt dans [0,1][0, 1]. De la relation (1), on déduit par récurrence

u(∑i∈Itixi)=∑i∈Itiu(xi) u(\sum_{i \in I} t_i x_i) = \sum_{i \in I} t_i u(x_i)

quels que soient l’ensemble fini I, les points xix_i de K et les nombres réels positifs tit_i tels que ∑i∈Iti=1\sum_{i \in I} t_i = 1.

Si uu et vv sont deux transformations affines dans K, l’application u∘vu \circ v est une transformation affine dans K. Si v:E→Ev : E \to E est une application linéaire telle que v(K)⊂Kv(K) \subset K, l’application u:K→Ku : K \to K qui coïncide avec vv sur K est une transformation affine.

Théorème 1 (Markoff-Kakutani)

Soient E un espace vectoriel localement convexe séparé sur le corps R\mathbf{R}, et K une partie convexe, compacte et non vide de E. Soit Γ\Gamma un ensemble de transformations affines dans K, continues, deux à deux permutables. Il existe un point a de K tel que u(a)=au(a) = a pour tout u∈Γu \in \Gamma.

Pour tout u∈Γu \in \Gamma, soit KuK_u l’ensemble des x∈Kx \in K tels que u(x)=xu(x) = x. Montrons que KuK_u est non vide. Soit xx un point de K ; pour tout entier n≥1n \geq 1, notons xnx_n l’élément 1n∑i=0n−1ui(x)\frac{1}{n} \sum_{i=0}^{n-1} u^i(x) de E. Comme K est convexe et stable par uu, les points xnx_n appartiennent à K et comme K est compact, il existe une valeur d’adhérence aa de la suite (xn)n≥1(x_n)_{n \geq 1}. L’application y↦u(y)−yy \mapsto u(y) - y de K dans E est continue, donc u(a)−au(a) - a est valeur d’adhérence de la suite (u(xn)−xn)n≥1(u(x_n) - x_n)_{n \geq 1}. Or on a u(xn)−xn=1n(un(x)−x)u(x_n) - x_n = \frac{1}{n} (u^n(x) - x). Comme

K est compact, donc borné (III, p. 3, prop. 2), la suite (un(x)−x)n≥1(u^n(x) - x)_{n \geq 1} est bornée ; par suite, la suite (1n(un(x)−x))n≥1\left( \frac{1}{n} (u^n(x) - x) \right)_{n \geq 1} tend vers 0 (III, p. 3, prop. 3), et comme E est séparé, on a u(a)−a=0u(a) - a = 0. On a donc a∈Kua \in K_u.

Chacun des ensembles KuK_u est une partie fermée et convexe de l’espace compact K, et il s’agit de prouver que l’intersection ⋂u∈ΓKu\bigcap_{u \in \Gamma} K_u est non vide. Il suffit donc de prouver que, pour n≥1n \geq 1, et u1,…,unu_1, \ldots, u_n dans Γ\Gamma, l’ensemble Ku1∩…∩KunK_{u_1} \cap \ldots \cap K_{u_n} n’est pas vide. Raisonnons par récurrence sur nn, le cas n=1n = 1 ayant été traité. Supposons alors n≥2n \geq 2 et posons L=Ku1∩…∩Kun−1L = K_{u_1} \cap \ldots \cap K_{u_{n-1}}. Par l’hypothèse de récurrence, L est une partie compacte et convexe non vide de E. Comme unu_n commute à u1,…,un−1u_1, \ldots, u_{n-1}, on a un(L)⊂Lu_n(L) \subset L. Appliquant la première partie de la démonstration à la transformation affine induite par unu_n dans L, on conclut qu’il existe un point aa de L tel que un(a)=au_n(a) = a; alors aa appartient à Ku1∩…∩KunK_{u_1} \cap \ldots \cap K_{u_n}, qui est donc non vide.

Corollaire

Soit G un groupe résoluble de transformations affines continues dans K. Il existe un point de K invariant par G.

D’après la définition d’un groupe résoluble (A, I, p. 71), il existe une suite finie décroissante (Gi)0≤i≤n(G_i)_{0 \leq i \leq n} de sous-groupes distingués de G, telle que G0=G,Gn={e}G_0 = G, G_n = \{e\} et que le groupe Gi−1/GiG_{i-1}/G_i soit commutatif pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Notons KiK_i l’ensemble des points fixes de GiG_i dans K. On a Kn=KK_n = K. De plus, pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, tout élément de GiG_i induit la transformation identique sur KiK_i; on en déduit une action du groupe commutatif Gi−1/GiG_{i-1}/G_i sur KiK_i; si KiK_i est non vide, il résulte du th. 1 que l’ensemble Ki−1K_{i-1} des points fixes de Gi−1/GiG_{i-1}/G_i dans KiK_i est non vide. Par récurrence descendante sur ii, on en déduit que K0K_0 n’est pas vide, d’où le corollaire.

2. Moyennes invariantes

Soit X un espace topologique. Notons B(X;R)\mathscr{B}(X; \mathbf{R}) l’espace vectoriel réel formé des applications continues et bornées de X dans R\mathbf{R}. Muni de la norme ∥f∥=sup⁡x∈X∣f(x)∣\|f\| = \sup_{x \in X} |f(x)|, c’est un espace de Banach (TG, X, p. 21); c’est aussi un espace vectoriel ordonné, la relation f≥gf \geq g signifiant « f(x)≥g(x)f(x) \geq g(x) pour tout x∈Xx \in X ».

Définition 1

On appelle moyenne sur l’espace topologique X une forme linéaire positive μ\mu sur l’espace B(X;R)\mathscr{B}(X; \mathbf{R}) telle que μ(1)=1\mu(1) = 1.

\* Lorsque X est compact, une moyenne sur X est donc une mesure positive sur X telle que μ(X)=1\mu(X) = 1. \*

Lemme 1

L’ensemble K des moyennes sur X est la partie de la boule unité du dual de l’espace de Banach E=B(X;R)E = \mathscr{B}(X; \mathbf{R}) dont les éléments sont les formes linéaires μ\mu telles que μ(1)=1\mu(1) = 1. C’est une partie de E′E', convexe et compacte pour σ(E′,E)\sigma(E', E).

Soit μ\mu une forme linéaire sur E, telle que μ(1)=1\mu(1) = 1. Pour toute fonction f∈Ef \in E, on définit la fonction f′∈Ef' \in E par f′(x)=∥f∥−f(x)f'(x) = \|f\| - f(x) (x∈Xx \in X). Supposons d’abord que μ\mu soit une moyenne ; pour tout f∈Ef \in E, on a f′≥0f' \geq 0, d’où μ(f′)≥0\mu(f') \geq 0, c’est-à-dire μ(f)≤∥f∥\mu(f) \leq \|f\|; on a donc ∥μ∥≤1\|\mu\| \leq 1. Réciproquement, supposons que μ\mu appartienne à E′E', et que ∥μ∥≤1\|\mu\| \leq 1; pour toute fonction positive f∈Ef \in E, on a μ(f′)≤∥f′∥\mu(f') \leq \|f'\|, d’où

∥f∥−μ(f)=μ(f′)≤∥f′∥≤∥f∥, \|f\| - \mu(f) = \mu(f') \leq \|f'\| \leq \|f\|,
et finalement μ(f)≥0\mu(f) \geq 0; par suite, μ\mu est une moyenne.

Il est clair que KK est convexe ; qu’il soit compact pour σ(E′,E)\sigma(E', E) résulte du cor. 3 de III, p. 17.

Soit Γ\Gamma un ensemble d’applications continues de XX dans XX, commutant deux à deux. Soit γ∈Γ\gamma \in \Gamma. Pour toute fonction f∈Ef \in E, on a f∘γ∈Ef \circ \gamma \in E; on définit donc une transformation affine uγu_\gamma dans l’ensemble KK des moyennes sur XX par

uγμ(f)=μ(f∘γ)(μ∈K,f∈E). u_\gamma \mu(f) = \mu(f \circ \gamma) \quad (\mu \in K, f \in E).
Si l’on munit KK de la topologie induite par σ(E′,E)\sigma(E', E), l’application uγu_\gamma est continue. Si γ\gamma est un homéomorphisme, uγμu_\gamma \mu se déduit de μ\mu par transport de structure. Enfin, on a uγuγ′=uγ′γuγu_\gamma u_{\gamma'} = u_{\gamma' \gamma} u_\gamma quels que soient γ,γ′\gamma, \gamma' dans Γ\Gamma. D’après le th. de Markoff-Kakutani (IV, p. 39, th. 1), *il existe donc une moyenne μ\mu sur XX, telle que uγμ=μu_\gamma \mu = \mu pour tout γ∈Γ\gamma \in \Gamma ; autrement dit, μ\mu satisfait à la relation μ(f)=μ(f∘γ)\mu(f) = \mu(f \circ \gamma) pour f∈Ef \in E et γ∈Γ\gamma \in \Gamma.

Le corollaire du th. 1 (IV, p. 40) entraîne de manière analogue le résultat suivant :

Proposition 1

Soient XX un espace topologique et GG un groupe résoluble. On suppose que GG opère à gauche sur XX, de sorte que, pour tout g∈Gg \in G, l’application x↦g.xx \mapsto g.x de XX dans XX soit continue. Il existe alors sur XX une moyenne invariante par GG.

Corollaire

Soit GG un groupe topologique résoluble. Il existe sur GG une moyenne invariante par les translations à gauche et à droite.

Il suffit d’appliquer la prop. 1 au groupe résoluble G×GG \times G agissant sur GG par (g,g′).x=gxg′−1(g, g').x = gx{g'}^{-1}.

3. Le théorème de Ryll-Nardzewski

Dans ce numéro, on note EE un espace normé sur le corps R\mathbf{R} et T\mathscr{T} une topologie localement convexe séparée sur EE, pour laquelle la norme de EE soit semi-continue inférieurement. Ces hypothèses sont notamment remplies dans les cas suivants : a) T\mathscr{T} est la topologie déduite de la norme de l’espace normé EE. b) T\mathscr{T} est la topologie affaiblie σ(E,E′)\sigma(E, E') de l’espace normé EE. c) EE est le dual d’un espace normé FF et l’on a T=σ(F′,F)\mathscr{T} = \sigma(F', F). d) Il existe deux espaces normés F1F_1 et F2F_2 tels que E=L(F1;F2)E = \mathscr{L}(F_1; F_2) et que T\mathscr{T} soit la topologie de la convergence simple.

Sauf mention expresse du contraire, les notions topologiques se réfèrent à la topologie T\mathscr{T}.

Soit K une partie convexe de E. On suppose que K est compacte (pour la topologie T\mathscr{T}), et que c’est un espace de type dénombrable pour la distance déduite de la norme de E.

Lemme 2

On suppose que K contient au moins deux points. Pour tout ε>0\varepsilon > 0, il existe une partition de K en deux sous-ensembles non vides K1K_1 et K2K_2, ayant les propriétés suivantes :

a) K1K_1 est convexe et compact ; b) on a ∥x1−x2∥<ε\|x_1 - x_2\| < \varepsilon quels que soient x1x_1 et x2x_2 dans K2K_2.

Soit L l’adhérence de l’ensemble des points extrémaux de K. D’après le th. de Krein-Milman (II, p. 59, th. 1), K est l’enveloppe fermée convexe de L. Comme K contient au moins deux points, il en est de même de L. Pour tout x∈Lx \in L, soit AxA_x l’ensemble des y∈Ly \in L tels que ∥x−y∥≤ε/4\|x - y\| \leq \varepsilon/4. D’après l’hypothèse faite sur K, il existe une partie dénombrable D de L telle que L=⋃x∈DAxL = \bigcup_{x \in D} A_x. Comme la norme est semi-continue inférieurement, chacun des ensembles AxA_x est fermé. Appliquons le th. de Baire (TG, IX, p. 55, th. 1) à l’espace compact L : il existe un point aa de D et une partie ouverte U de E tels que L∩UL \cap U soit non vide et contenu dans AaA_a. Comme L contient au moins deux points, et que E est séparé, on peut choisir U de sorte que L∉UL \notin U.

Soit M l’enveloppe fermée convexe de L∩∁UL \cap \complement U. Pour tout nombre réel tt tel que 0<t<10 < t < 1, notons MtM_t l’ensemble des vecteurs de la forme tx1+(1−t)x2tx_1 + (1-t)x_2 avec x1∈Mx_1 \in M et x2∈Kx_2 \in K ; c’est une partie non vide, convexe et compacte de K. Démontrons par l’absurde qu’on a Mt≠KM_t \neq K. Supposons qu’on ait Mt=KM_t = K ; alors tout point extrémal xx de K appartient à MtM_t, donc s’écrit sous la forme x=tx1+(1−t)x2x = tx_1 + (1-t)x_2 avec x1∈Mx_1 \in M et x2∈Kx_2 \in K. Ceci entraîne x=x1=x2x = x_1 = x_2, d’où x∈Mx \in M. D’après le th. de Krein-Milman (II, p. 59, th. 1), on a donc K=MK = M, et K est l’enveloppe fermée convexe de L∩∁UL \cap \complement U. D’après II, p. 59, corollaire, ceci entraîne L⊂L∩∁UL \subset L \cap \complement U, en contradiction avec la relation L∩U≠∅L \cap U \neq \varnothing.

Posons d=sup⁡x∈K,y∈K∥x−y∥d = \sup_{x \in K, y \in K} \|x - y\| et choisissons un nombre réel tt tel que 0<t<10 < t < 1 et t<ε/4dt < \varepsilon/4d. Posons K1=MtK_1 = M_t et K2=K−MtK_2 = K - M_t. D’après ce qui précède, les ensembles K1K_1 et K2K_2 sont non vides, et K1K_1 est convexe et compact. Soit M′M' l’enveloppe fermée convexe de L∩UL \cap U. Comme K est l’enveloppe fermée convexe de l’ensemble L=(L∩∁U)∪(L∩U)L = (L \cap \complement U) \cup (L \cap U), c’est aussi l’enveloppe fermée convexe de M∪M′M \cup M'. Soient x1x_1 et x2x_2 deux points de K2K_2 ; pour i=1,2i = 1, 2, il existe donc yi∈M,zi∈M′y_i \in M, z_i \in M' et un nombre réel αi\alpha_i tels que 0≤αi≤10 \leq \alpha_i \leq 1 et xi=αiyi+(1−αi)zix_i = \alpha_i y_i + (1-\alpha_i) z_i. Si l’on avait αi≥t\alpha_i \geq t, on aurait xi=tyi+(1−t){αi−t1−tyi+1−αi1−tzi}x_i = ty_i + (1-t) \left\{ \frac{\alpha_i - t}{1-t} y_i + \frac{1-\alpha_i}{1-t} z_i \right\} contrairement à l’hypothèse xi∉Mtx_i \notin M_t. On a donc αi<t\alpha_i < t pour i=1,2i = 1, 2, d’où

∥xi−zi∥=∥αi(yi−zi)∥=αi∥yi−zi∥≤αid<dt<ε/4. \|x_i - z_i\| = \|\alpha_i (y_i - z_i)\| = \alpha_i \|y_i - z_i\| \leq \alpha_i d < dt < \varepsilon/4 .

Pour tout point z de M', on a ∥z−a∥≤ε/4\|z - a\| \leq \varepsilon/4 puisque L∩U⊂AaL \cap U \subset A_a, d’où en particulier ∥zi−a∥≤ε/4\|z_i - a\| \leq \varepsilon/4. On a donc

∥x1−x2∥≤∑i=12(∥xi−zi∥+∥zi−a∥)<ε. \|x_1 - x_2\| \leq \sum_{i=1}^2 (\|x_i - z_i\| + \|z_i - a\|) < \varepsilon .

Ceci achève la démonstration.

Lemme 3

Soit G un groupe de transformations affines continues (pour T\mathscr{T}) dans K. On suppose que K est non vide et qu’on a ∥gx−gy∥=∥x−y∥\|gx - gy\| = \|x - y\| pour x, y dans K et g dans G. Il existe un point de K invariant par G.

Soit J\mathfrak{J} l’ensemble des parties de K qui sont non vides, convexes, fermées et stables pour G. Si (Lα)α∈I(L_\alpha)_{\alpha \in I} est une famille totalement ordonnée par inclusion d’éléments de J\mathfrak{J}, l’ensemble L=⋂α∈ILαL = \bigcap_{\alpha \in I} L_\alpha appartient à J\mathfrak{J}. Par suite (E, III, p. 20, th. 2), il existe un élément L de J\mathfrak{J}, minimal pour la relation d’inclusion. Il s’agit de prouver que L est réduit à un point.

Raisonnons par l’absurde, en supposant que L contienne au moins deux points distincts x1x_1 et x2x_2; posons x=(x1+x2)/2x = (x_1 + x_2)/2 et ε=∥x1−x2∥/2\varepsilon = \|x_1 - x_2\|/2. L’ensemble convexe et compact L est de type dénombrable pour la distance déduite de la norme (TG, IX, p. 19, corollaire). On peut donc lui appliquer le lemme 2 et trouver une partie convexe et compacte L1L_1 de L, distincte de ∅\varnothing et de L, possédant la propriété suivante :

(A) Quels que soient y1y_1 et y2y_2 dans L−L1L - L_1, on a ∥y1−y2∥<ε\|y_1 - y_2\| < \varepsilon.

Montrons par l’absurde qu’on a gx∈L1gx \in L_1 pour tout g∈Gg \in G. Soit donc g∈Gg \in G tel que gx∈L−L1gx \in L - L_1; pour i=1,2i = 1, 2, on a

∥gxi−gx∥=∥xi−x∥=∥x1−x2∥/2=ε. \|gx_i - gx\| = \|x_i - x\| = \|x_1 - x_2\|/2 = \varepsilon .

D’après la propriété (A), on a donc gxi∈L1gx_i \in L_1. Comme L1L_1 est convexe, on en déduit que gx=(gx1+gx2)/2gx = (gx_1 + gx_2)/2 appartient à L1L_1, contrairement à l’hypothèse faite.

Soit L′L' l’enveloppe fermée convexe de l’orbite GxGx de x. L’ensemble L′L' appartient à J\mathfrak{J}. D’après ce qui précède, on a L′⊂L1L' \subset L_1, d’où L′⊂LL' \subset L, L′≠LL' \neq L. Ceci contredit le caractère minimal de L et achève la démonstration.

Théorème 2 (Ryll-Nardzewski)

Soient E un espace normé et K une partie convexe non vide de E, compacte pour la topologie affaiblie σ(E,E′)\sigma(E, E'). Soit G un groupe de transformations affines isométriques de K. Il existe un point de K invariant par G.

Pour tout g∈Gg \in G, notons KgK_g l’ensemble des points x de K tels que gx=xgx = x; munissons K de la topologie affaiblie ; chaque ensemble KgK_g est convexe et fermé dans l’espace compact K. Il s’agit de prouver que l’intersection ⋂g∈GKg\bigcap_{g \in G} K_g est non vide ; pour cela, il suffit de prouver que l’ensemble Kg1∩…∩KgnK_{g_1} \cap \ldots \cap K_{g_n} est non vide quels que soient g1,…,gng_1, \ldots, g_n dans G. Fixons g1,…,gng_1, \ldots, g_n et notons H le sous-groupe de G engendré par {g1,…,gn}\{g_1, \ldots, g_n\}. Choisissons un point a de K et notons L l’enveloppe fermée convexe de l’orbite Ha de a. Soit D l’ensemble dénombrable des éléments de la forme λ1h1a+⋯+λmhma\lambda_1 h_1 a + \cdots + \lambda_m h_m a, où λ1,…,λm\lambda_1, \ldots, \lambda_m sont des nombres rationnels positifs tels que λ1+⋯+λm=1\lambda_1 + \cdots + \lambda_m = 1, et h1,…,hmh_1, \ldots, h_m des éléments de HH. L’adhérence D‾\overline{D} de DD pour la topologie forte est convexe, donc elle est fermée pour σ(E,E′)\sigma(E, E') (IV, p. 4, prop. 2) ; on a donc D‾=L\overline{D} = L, ce qui prouve que LL est un espace métrique de type dénombrable pour la distance (x,y)↦∥x−y∥(x, y) \mapsto \| x - y \|. On peut donc appliquer le lemme 2. Il existe un point bb de LL invariant par HH, d’où b∈Kg1∩…∩Kgnb \in K_{g_1} \cap \ldots \cap K_{g_n}.

Corollaire

Soient E un espace de Banach réflexif, G un groupe d’automorphismes de l’espace normé E, et K une partie de E. On suppose que K est convexe, fermée, non vide, bornée, et stable par G. Il existe alors dans K un point invariant par G.

Comme E est réflexif, K est compacte pour σ(E,E′)\sigma(E, E') (IV, p. 15, th. 1). De plus, tout élément de G appartient à L(E)\mathscr{L}(E).

4. Applications

\* A) Représentations unitaires des groupes :

Soient E un espace hilbertien complexe, G un groupe et π\pi une représentation unitaire de G dans E, c’est-à-dire un homomorphisme de G dans le groupe des automorphismes de E. Notons EGE^G le sous-espace hilbertien de E formé des vecteurs invariants par π(G)\pi(G). Pour tout x∈Ex \in E, soit KxK_x l’enveloppe fermée convexe de l’orbite de xx. Fixons un point xx de E.

Montrons qu’il existe dans KxK_x un unique point invariant par π(G)\pi(G), à savoir la projection de xx sur EGE^G. D’après IV, p. 44, corollaire (appliqué à l’espace vectoriel réel sous-jacent à E), il existe un point de KxK_x invariant par π(G)\pi(G); soit aa un tel point, d’où a∈EGa \in E^G. Soit P l’ensemble des y∈Ey \in E tels que y−xy - x soit orthogonal à EGE^G; on voit aussitôt que P est convexe, fermé et invariant par π(G)\pi(G); on a x∈Px \in P, d’où Kx⊂PK_x \subset P et finalement a∈Pa \in P. Autrement dit, a−xa - x est orthogonal à EGE^G; par suite aa est la projection de xx sur EGE^G. \*

\* B) Trace d’un opérateur dans un espace hilbertien :

Supposons maintenant que la représentation π\pi soit irréductible, c’est-à-dire qu’il n’existe aucun sous-espace hilbertien de E, distinct de {0}\{0\} et de E, et invariant par π(G)\pi(G). Soit F=L2(E)F = \mathscr{L}^2(E) l’espace hilbertien des endomorphismes de Hilbert-Schmidt de E, avec le produit scalaire ⟨u∣v⟩=Tr(u∗v)\langle u|v \rangle = \mathrm{Tr}(u^*v). Définissons une représentation unitaire λ\lambda de G dans F par la formule

(3)

λ(g).u=π(g) uπ(g)−1(u∈F, g∈G) \lambda(g).u = \pi(g)\, u \pi(g)^{-1} \quad (u \in F,\ g \in G)

L’espace FGF^G des éléments de E invariants par λ(G)\lambda(G) se compose des endomorphismes uu de Hilbert-Schmidt de E qui commutent à π(g)\pi(g) pour tout g∈Gg \in G. D’après le lemme de Schur, un tel uu est une homothétie. On doit donc distinguer deux cas : 1) si E est de dimension infinie, on a FG={0}F^G = \{0\}; 2) si E est de dimension finie, on a F=L(E)F = \mathscr{L}(E) et FG=C.1EF^G = \mathbf{C}.1_E.

Par application du résultat de A) à la représentation unitaire λ\lambda, on obtient le théorème suivant :

Soit u∈L2(E)u \in \mathscr{L}^2(E), et soit AuA_u l’enveloppe fermée convexe dans L2(E)\mathscr{L}^2(E) de l’ensemble des endomorphismes π(g) uπ(g)−1\pi(g)\ u\pi(g)^{-1} de EE, où gg parcourt GG. Si EE est de dimension infinie, on a 0∈Au0 \in A_u. Si EE est de dimension finie dd, il existe une unique homothétie dans AuA_u, à savoir la projection 1d Tr(u). 1E\frac{1}{d}\ \mathrm{Tr}(u).\ 1_E de uu sur le sous-espace C.1E\mathbf{C}.1_E de L2(E)\mathscr{L}^2(E).

C) Mesure de Haar d’un groupe compact :

Soit GG un groupe compact, et soit E=C(X;R)E = \mathscr{C}(X ; \mathbf{R}) l’espace de Banach des fonctions continues ff sur GG, à valeurs réelles, muni de la norme

∥f∥=sup⁡x∈G∣f(x)∣. \|f\| = \sup_{x \in G} |f(x)| .

Pour tout x∈Gx \in G, on définit les automorphismes γx\gamma_x et δx\delta_x de EE par les formules

γxf(y)=f(x−1y),δxf(y)=f(yx) \gamma_x f(y) = f(x^{-1}y) , \quad \delta_x f(y) = f(yx)

(pour y∈G, f∈Ey \in G,\ f \in E).

Soit f∈Ef \in E; on note Γf\Gamma_f (resp. Δf\Delta_f) l’enveloppe fermée convexe, dans EE, de l’ensemble des fonctions γxf\gamma_x f (resp. δxf\delta_x f) pour xx parcourant GG. Nous allons prouver qu’il existe une unique fonction constante μ(f)\mu(f) appartenant à Γf\Gamma_f, une unique fonction constante μ′(f)\mu'(f) appartenant à Δf\Delta_f et que ces constantes sont égales.

Il est clair qu’une fonction continue sur GG est invariante par les automorphismes γx\gamma_x (resp. δx\delta_x) de EE si et seulement si elle est constante. Par ailleurs, l’ensemble des fonctions γxf\gamma_x f (resp. δxf\delta_x f) pour xx dans GG, est compact dans EE, car l’application x↦γxfx \mapsto \gamma_x f (resp. x↦δxfx \mapsto \delta_x f) de GG dans EE est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Il en résulte (II, p. 27, prop. 3) que Γf\Gamma_f (resp. Δf\Delta_f) est un ensemble compact dans EE pour la topologie déduite de la norme, donc pour σ(E,E′)\sigma(E, E'). D’après le th. de Ryll-Nardzewski (IV, p. 43, th. 2), il existe des fonctions constantes dans Γf\Gamma_f et Δf\Delta_f. Il reste à prouver que, si c1∈Γfc_1 \in \Gamma_f et c2∈Δfc_2 \in \Delta_f sont constantes, on a c1=c2c_1 = c_2.

Soit ε>0\varepsilon > 0. Par hypothèse, il existe des points x1,…,xn, y1,…,ymx_1, \ldots, x_n,\ y_1, \ldots, y_m de GG et des nombres réels positifs λ1,…,λn, μ1,…,μm\lambda_1, \ldots, \lambda_n,\ \mu_1, \ldots, \mu_m tels que

λ1+⋯+λn=μ1+⋯+μm=1. \lambda_1 + \cdots + \lambda_n = \mu_1 + \cdots + \mu_m = 1 .
sup⁡x∈G∣∑i=1nλif(xix)−c1∣≤ε, \sup_{x \in G} \left| \sum_{i=1}^n \lambda_i f(x_i x) - c_1 \right| \leq \varepsilon ,
sup⁡x∈G∣∑j=1mμjf(xyj)−c2∣≤ε. \sup_{x \in G} \left| \sum_{j=1}^m \mu_j f(xy_j) - c_2 \right| \leq \varepsilon .

Posons r=∑i,jλiμjf(xiyj)r = \sum_{i,j} \lambda_i \mu_j f(x_i y_j). On a r−c1=∑j=1mμjajr - c_1 = \sum_{j=1}^m \mu_j a_j avec aj=∑i=1nλif(xiyj)−c1a_j = \sum_{i=1}^n \lambda_i f(x_i y_j) - c_1; d’après (7), on a ∣aj∣≤ε|a_j| \leq \varepsilon pour 1≤j≤m1 \leq j \leq m, d’où ∣r−c1∣≤ε|r - c_1| \leq \varepsilon. On démontre de manière analogue l’inégalité ∣r−c2∣≤ε|r - c_2| \leq \varepsilon, d’où ∣c1−c2∣≤2ε|c_1 - c_2| \leq 2\varepsilon. Vu l’arbitraire de ε\varepsilon, on a c1=c2c_1 = c_2 comme annoncé.

D’après la définition de μ(f)\mu(f), on peut trouver pour tout ε>0\varepsilon > 0 des nombres positifs λ1,...,λn\lambda_1, ..., \lambda_n, de somme 1 et des éléments x1,...,xnx_1, ..., x_n de GG tels que l’on ait

∣∑i=1nλif(xix)−μ(f)∣≤ε pour tout x∈G. | \sum_{i=1}^n \lambda_i f(x_i x) - \mu(f) | \leq \varepsilon \text{ pour tout } x \in G.
Il est immédiat que, pour f,gf, g dans EE et tout scalaire λ\lambda, on a Γf+g⊂Γf+Γg\Gamma_{f+g} \subset \Gamma_f + \Gamma_g et Γγf=λΓf\Gamma_{\gamma_f} = \lambda \Gamma_f, d’où l’on déduit aussitôt les relations μ(f+g)=μ(f)+μ(g)\mu(f+g) = \mu(f) + \mu(g) et μ(λf)=λμ(f)\mu(\lambda f) = \lambda \mu(f). Donc l’application μ:f↦μ(f)\mu : f \mapsto \mu(f) de EE dans R\mathbf{R} est une moyenne sur l’espace compact GG (IV, p. 40); \* autrement dit, μ\mu est une mesure positive sur GG telle que μ(G)=1\mu(G) = 1*. Il est immédiat que μ\mu est invariante par les translations à gauche de GG, et l’égalité μ(f)=μ′(f)\mu(f) = \mu'(f) implique que μ\mu est aussi invariante par les translations à droite. \* Autrement dit μ\mu est une mesure de Haar à gauche et à droite sur GG (INT, VII, § 1, no 2, déf. 2). \*

\* D) Existence de mesures invariantes :

Soient XX un espace topologique séparé, μ\mu une mesure positive et bornée sur XX, et GG un groupe d’homéomorphismes de XX. On suppose que, pour tout g∈Gg \in G, la mesure g.μg.\mu image de μ\mu par l’application g:X→Xg : X \to X est de base μ\mu. Soit ugu_g une fonction positive μ\mu-intégrable sur XX telle que g.μ=ug.μg.\mu = u_g.\mu. On suppose aussi qu’il existe deux fonctions μ\mu-intégrables positives φ\varphi et ψ\psi sur XX, non μ\mu-négligeables et telles que l’on ait φ≤ug≤ψ\varphi \leq u_g \leq \psi μ\mu-presque partout quel que soit g∈Gg \in G. Nous allons prouver qu’il existe une mesure positive et bornée v≠0v \neq 0 sur XX, de base μ\mu, invariante par GG.

Soit PP la partie de l’espace de Banach E=L1(X,μ)E = L^1(X, \mu) formée des classes des fonctions ff telles que l’on ait φ≤f≤ψ\varphi \leq f \leq \psi μ\mu-presque partout. Alors PP est compacte pour la topologie affaiblie σ(E,E′)\sigma(E, E'). L’application h↦h.μh \mapsto h.\mu de PP dans l’espace de Banach F=Mb(X)F = \mathscr{M}^b(X) des mesures réelles bornées sur XX, est une bijection de PP sur un sous-ensemble P1P_1 de FF, convexe et compact pour la topologie σ(F,F′)\sigma(F, F'). Par hypothèse, on a g.μ∈P1g.\mu \in P_1 pour tout g∈Gg \in G. Soit KK l’enveloppe fermée convexe de l’ensemble des mesures g.μg.\mu. Pour tout g∈Gg \in G, l’application v↦g.vv \mapsto g.v est une transformation affine isométrique de KK. D’après le th. de Ryll-Nardzewski (IV, p. 43, th. 2), il existe donc une mesure v∈Kv \in K invariante par GG. On a φ.μ≤v\varphi.\mu \leq v, d’où v≠0v \neq 0. \*

Exercises

Exercices

See the exercises for Appendix 0.

Transcribed from the printed volume. Not translated.