Appendice
Points fixes des groupes de transformations affines
1. Cas des groupes résolubles
Soient E un espace vectoriel réel, et K une partie convexe de E. On appelle transformation affine dans K toute application telle que l’on ait
pour dans K et tout nombre réel dans . De la relation (1), on déduit par récurrence
quels que soient l’ensemble fini I, les points de K et les nombres réels positifs tels que .
Si et sont deux transformations affines dans K, l’application est une transformation affine dans K. Si est une application linéaire telle que , l’application qui coïncide avec sur K est une transformation affine.
Théorème 1 (Markoff-Kakutani)
Soient E un espace vectoriel localement convexe séparé sur le corps , et K une partie convexe, compacte et non vide de E. Soit un ensemble de transformations affines dans K, continues, deux à deux permutables. Il existe un point a de K tel que pour tout .
Pour tout , soit l’ensemble des tels que . Montrons que est non vide. Soit un point de K ; pour tout entier , notons l’élément de E. Comme K est convexe et stable par , les points appartiennent à K et comme K est compact, il existe une valeur d’adhérence de la suite . L’application de K dans E est continue, donc est valeur d’adhérence de la suite . Or on a . Comme
K est compact, donc borné (III, p. 3, prop. 2), la suite est bornée ; par suite, la suite tend vers 0 (III, p. 3, prop. 3), et comme E est séparé, on a . On a donc .
Chacun des ensembles est une partie fermée et convexe de l’espace compact K, et il s’agit de prouver que l’intersection est non vide. Il suffit donc de prouver que, pour , et dans , l’ensemble n’est pas vide. Raisonnons par récurrence sur , le cas ayant été traité. Supposons alors et posons . Par l’hypothèse de récurrence, L est une partie compacte et convexe non vide de E. Comme commute à , on a . Appliquant la première partie de la démonstration à la transformation affine induite par dans L, on conclut qu’il existe un point de L tel que ; alors appartient à , qui est donc non vide.
Corollaire
Soit G un groupe résoluble de transformations affines continues dans K. Il existe un point de K invariant par G.
D’après la définition d’un groupe résoluble (A, I, p. 71), il existe une suite finie décroissante de sous-groupes distingués de G, telle que et que le groupe soit commutatif pour . Notons l’ensemble des points fixes de dans K. On a . De plus, pour , tout élément de induit la transformation identique sur ; on en déduit une action du groupe commutatif sur ; si est non vide, il résulte du th. 1 que l’ensemble des points fixes de dans est non vide. Par récurrence descendante sur , on en déduit que n’est pas vide, d’où le corollaire.
2. Moyennes invariantes
Soit X un espace topologique. Notons l’espace vectoriel réel formé des applications continues et bornées de X dans . Muni de la norme , c’est un espace de Banach (TG, X, p. 21); c’est aussi un espace vectoriel ordonné, la relation signifiant « pour tout ».
Définition 1
On appelle moyenne sur l’espace topologique X une forme linéaire positive sur l’espace telle que .
\* Lorsque X est compact, une moyenne sur X est donc une mesure positive sur X telle que . \*
Lemme 1
L’ensemble K des moyennes sur X est la partie de la boule unité du dual de l’espace de Banach dont les éléments sont les formes linéaires telles que . C’est une partie de , convexe et compacte pour .
Soit une forme linéaire sur E, telle que . Pour toute fonction , on définit la fonction par (). Supposons d’abord que soit une moyenne ; pour tout , on a , d’où , c’est-à-dire ; on a donc . Réciproquement, supposons que appartienne à , et que ; pour toute fonction positive , on a , d’où
Il est clair que est convexe ; qu’il soit compact pour résulte du cor. 3 de III, p. 17.
Soit un ensemble d’applications continues de dans , commutant deux à deux. Soit . Pour toute fonction , on a ; on définit donc une transformation affine dans l’ensemble des moyennes sur par
Le corollaire du th. 1 (IV, p. 40) entraîne de manière analogue le résultat suivant :
Proposition 1
Soient un espace topologique et un groupe résoluble. On suppose que opère à gauche sur , de sorte que, pour tout , l’application de dans soit continue. Il existe alors sur une moyenne invariante par .
Corollaire
Soit un groupe topologique résoluble. Il existe sur une moyenne invariante par les translations à gauche et à droite.
Il suffit d’appliquer la prop. 1 au groupe résoluble agissant sur par .
3. Le théorème de Ryll-Nardzewski
Dans ce numéro, on note un espace normé sur le corps et une topologie localement convexe séparée sur , pour laquelle la norme de soit semi-continue inférieurement. Ces hypothèses sont notamment remplies dans les cas suivants : a) est la topologie déduite de la norme de l’espace normé . b) est la topologie affaiblie de l’espace normé . c) est le dual d’un espace normé et l’on a . d) Il existe deux espaces normés et tels que et que soit la topologie de la convergence simple.
Sauf mention expresse du contraire, les notions topologiques se réfèrent à la topologie .
Soit K une partie convexe de E. On suppose que K est compacte (pour la topologie ), et que c’est un espace de type dénombrable pour la distance déduite de la norme de E.
Lemme 2
On suppose que K contient au moins deux points. Pour tout , il existe une partition de K en deux sous-ensembles non vides et , ayant les propriétés suivantes :
a) est convexe et compact ; b) on a quels que soient et dans .
Soit L l’adhérence de l’ensemble des points extrémaux de K. D’après le th. de Krein-Milman (II, p. 59, th. 1), K est l’enveloppe fermée convexe de L. Comme K contient au moins deux points, il en est de même de L. Pour tout , soit l’ensemble des tels que . D’après l’hypothèse faite sur K, il existe une partie dénombrable D de L telle que . Comme la norme est semi-continue inférieurement, chacun des ensembles est fermé. Appliquons le th. de Baire (TG, IX, p. 55, th. 1) à l’espace compact L : il existe un point de D et une partie ouverte U de E tels que soit non vide et contenu dans . Comme L contient au moins deux points, et que E est séparé, on peut choisir U de sorte que .
Soit M l’enveloppe fermée convexe de . Pour tout nombre réel tel que , notons l’ensemble des vecteurs de la forme avec et ; c’est une partie non vide, convexe et compacte de K. Démontrons par l’absurde qu’on a . Supposons qu’on ait ; alors tout point extrémal de K appartient à , donc s’écrit sous la forme avec et . Ceci entraîne , d’où . D’après le th. de Krein-Milman (II, p. 59, th. 1), on a donc , et K est l’enveloppe fermée convexe de . D’après II, p. 59, corollaire, ceci entraîne , en contradiction avec la relation .
Posons et choisissons un nombre réel tel que et . Posons et . D’après ce qui précède, les ensembles et sont non vides, et est convexe et compact. Soit l’enveloppe fermée convexe de . Comme K est l’enveloppe fermée convexe de l’ensemble , c’est aussi l’enveloppe fermée convexe de . Soient et deux points de ; pour , il existe donc et un nombre réel tels que et . Si l’on avait , on aurait contrairement à l’hypothèse . On a donc pour , d’où
Pour tout point z de M', on a puisque , d’où en particulier . On a donc
Ceci achève la démonstration.
Lemme 3
Soit G un groupe de transformations affines continues (pour ) dans K. On suppose que K est non vide et qu’on a pour x, y dans K et g dans G. Il existe un point de K invariant par G.
Soit l’ensemble des parties de K qui sont non vides, convexes, fermées et stables pour G. Si est une famille totalement ordonnée par inclusion d’éléments de , l’ensemble appartient à . Par suite (E, III, p. 20, th. 2), il existe un élément L de , minimal pour la relation d’inclusion. Il s’agit de prouver que L est réduit à un point.
Raisonnons par l’absurde, en supposant que L contienne au moins deux points distincts et ; posons et . L’ensemble convexe et compact L est de type dénombrable pour la distance déduite de la norme (TG, IX, p. 19, corollaire). On peut donc lui appliquer le lemme 2 et trouver une partie convexe et compacte de L, distincte de et de L, possédant la propriété suivante :
(A) Quels que soient et dans , on a .
Montrons par l’absurde qu’on a pour tout . Soit donc tel que ; pour , on a
D’après la propriété (A), on a donc . Comme est convexe, on en déduit que appartient à , contrairement à l’hypothèse faite.
Soit l’enveloppe fermée convexe de l’orbite de x. L’ensemble appartient à . D’après ce qui précède, on a , d’où , . Ceci contredit le caractère minimal de L et achève la démonstration.
Théorème 2 (Ryll-Nardzewski)
Soient E un espace normé et K une partie convexe non vide de E, compacte pour la topologie affaiblie . Soit G un groupe de transformations affines isométriques de K. Il existe un point de K invariant par G.
Pour tout , notons l’ensemble des points x de K tels que ; munissons K de la topologie affaiblie ; chaque ensemble est convexe et fermé dans l’espace compact K. Il s’agit de prouver que l’intersection est non vide ; pour cela, il suffit de prouver que l’ensemble est non vide quels que soient dans G. Fixons et notons H le sous-groupe de G engendré par . Choisissons un point a de K et notons L l’enveloppe fermée convexe de l’orbite Ha de a. Soit D l’ensemble dénombrable des éléments de la forme , où sont des nombres rationnels positifs tels que , et des éléments de . L’adhérence de pour la topologie forte est convexe, donc elle est fermée pour (IV, p. 4, prop. 2) ; on a donc , ce qui prouve que est un espace métrique de type dénombrable pour la distance . On peut donc appliquer le lemme 2. Il existe un point de invariant par , d’où .
Corollaire
Soient E un espace de Banach réflexif, G un groupe d’automorphismes de l’espace normé E, et K une partie de E. On suppose que K est convexe, fermée, non vide, bornée, et stable par G. Il existe alors dans K un point invariant par G.
Comme E est réflexif, K est compacte pour (IV, p. 15, th. 1). De plus, tout élément de G appartient à .
4. Applications
\* A) Représentations unitaires des groupes :
Soient E un espace hilbertien complexe, G un groupe et une représentation unitaire de G dans E, c’est-à-dire un homomorphisme de G dans le groupe des automorphismes de E. Notons le sous-espace hilbertien de E formé des vecteurs invariants par . Pour tout , soit l’enveloppe fermée convexe de l’orbite de . Fixons un point de E.
Montrons qu’il existe dans un unique point invariant par , à savoir la projection de sur . D’après IV, p. 44, corollaire (appliqué à l’espace vectoriel réel sous-jacent à E), il existe un point de invariant par ; soit un tel point, d’où . Soit P l’ensemble des tels que soit orthogonal à ; on voit aussitôt que P est convexe, fermé et invariant par ; on a , d’où et finalement . Autrement dit, est orthogonal à ; par suite est la projection de sur . \*
\* B) Trace d’un opérateur dans un espace hilbertien :
Supposons maintenant que la représentation soit irréductible, c’est-à-dire qu’il n’existe aucun sous-espace hilbertien de E, distinct de et de E, et invariant par . Soit l’espace hilbertien des endomorphismes de Hilbert-Schmidt de E, avec le produit scalaire . Définissons une représentation unitaire de G dans F par la formule
(3)
L’espace des éléments de E invariants par se compose des endomorphismes de Hilbert-Schmidt de E qui commutent à pour tout . D’après le lemme de Schur, un tel est une homothétie. On doit donc distinguer deux cas : 1) si E est de dimension infinie, on a ; 2) si E est de dimension finie, on a et .
Par application du résultat de A) à la représentation unitaire , on obtient le théorème suivant :
Soit , et soit l’enveloppe fermée convexe dans de l’ensemble des endomorphismes de , où parcourt . Si est de dimension infinie, on a . Si est de dimension finie , il existe une unique homothétie dans , à savoir la projection de sur le sous-espace de .
C) Mesure de Haar d’un groupe compact :
Soit un groupe compact, et soit l’espace de Banach des fonctions continues sur , à valeurs réelles, muni de la norme
Pour tout , on définit les automorphismes et de par les formules
(pour ).
Soit ; on note (resp. ) l’enveloppe fermée convexe, dans , de l’ensemble des fonctions (resp. ) pour parcourant . Nous allons prouver qu’il existe une unique fonction constante appartenant à , une unique fonction constante appartenant à et que ces constantes sont égales.
Il est clair qu’une fonction continue sur est invariante par les automorphismes (resp. ) de si et seulement si elle est constante. Par ailleurs, l’ensemble des fonctions (resp. ) pour dans , est compact dans , car l’application (resp. ) de dans est continue (TG, X, p. 28, th. 3). Il en résulte (II, p. 27, prop. 3) que (resp. ) est un ensemble compact dans pour la topologie déduite de la norme, donc pour . D’après le th. de Ryll-Nardzewski (IV, p. 43, th. 2), il existe des fonctions constantes dans et . Il reste à prouver que, si et sont constantes, on a .
Soit . Par hypothèse, il existe des points de et des nombres réels positifs tels que
Posons . On a avec ; d’après (7), on a pour , d’où . On démontre de manière analogue l’inégalité , d’où . Vu l’arbitraire de , on a comme annoncé.
D’après la définition de , on peut trouver pour tout des nombres positifs , de somme 1 et des éléments de tels que l’on ait
\* D) Existence de mesures invariantes :
Soient un espace topologique séparé, une mesure positive et bornée sur , et un groupe d’homéomorphismes de . On suppose que, pour tout , la mesure image de par l’application est de base . Soit une fonction positive -intégrable sur telle que . On suppose aussi qu’il existe deux fonctions -intégrables positives et sur , non -négligeables et telles que l’on ait -presque partout quel que soit . Nous allons prouver qu’il existe une mesure positive et bornée sur , de base , invariante par .
Soit la partie de l’espace de Banach formée des classes des fonctions telles que l’on ait -presque partout. Alors est compacte pour la topologie affaiblie . L’application de dans l’espace de Banach des mesures réelles bornées sur , est une bijection de sur un sous-ensemble de , convexe et compact pour la topologie . Par hypothèse, on a pour tout . Soit l’enveloppe fermée convexe de l’ensemble des mesures . Pour tout , l’application est une transformation affine isométrique de . D’après le th. de Ryll-Nardzewski (IV, p. 43, th. 2), il existe donc une mesure invariante par . On a , d’où . \*
Exercises
Exercices
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