Bourbaki

§ 5. Critères de compacité

1. Remarques générales

Soit A une partie d’un espace topologique E. Pour qu’une suite (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} de points de A ait pour valeur d’adhérence un point xx de E, il faut et il suffit que la condition suivante soit satisfaite (TG, I, p. 48) :

(A) Quels que soient l’entier m≥0m \geq 0 et le voisinage U de xx, il existe un entier n≥mn \geq m tel que xn∈Ux_n \in U.

On appelle suite extraite de la suite (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} toute suite de la forme (yk)k∈N(y_k)_{k \in \mathbf{N}} avec yk=xnky_k = x_{n_k} pour une suite strictement croissante (nk)k∈N(n_k)_{k \in \mathbf{N}} d’entiers positifs. S’il existe une suite extraite de la suite (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} et convergeant vers xx, alors xx est valeur d’adhérence de (xn)(x_n); réciproquement, si xx admet un système fondamental dénombrable de voisinages, et que xx est valeur d’adhérence de la suite (xn)(x_n), alors il existe une suite extraite de (xn)(x_n) et convergeant vers xx.

Compte tenu de TG, IX, p. 20, corollaire, on en conclut que, lorsque E est métrisable, les conditions suivantes sont équivalentes :

a) l’ensemble A est relativement compact dans E ; b) toute suite infinie de points de A a une valeur d’adhérence dans E ; c) de toute suite infinie de points de A, on peut extraire une suite qui converge vers un point de E.

Nous étendrons, dans ce paragraphe, ce critère à certains espaces vectoriels topologiques non métrisables. La proposition suivante permet dans de nombreux cas de ramener l’étude des ensembles compacts à celle des ensembles faiblement compacts.

Proposition 1

Soient E un espace localement convexe séparé et A une partie de E. On note EσE_\sigma l’espace E muni de la topologie affaiblie.

a) Si toute suite infinie de points de A a une valeur d’adhérence dans E, alors A est précompacte dans E.

b) Pour que A soit relativement compacte dans E, il faut et il suffit qu’elle soit précompacte dans E et relativement compacte dans EσE_\sigma.

Prouvons a) par l’absurde. Si A n’est pas précompacte, il résulte du th. 3 de TG, II, p. 29, qu’il existe un voisinage convexe symétrique V de 0 dans E tel que A ne possède aucun recouvrement fini par des translatés de V. Autrement dit, si x0,x1,…,xn−1x_0, x_1, \ldots, x_{n-1} sont des points de A, on a A∉⋃0≤i<n(xi+V)A \notin \bigcup_{0 \leq i < n} (x_i + V) et il existe donc un point xnx_n de A tel que xn−xi∉Vx_n - x_i \notin V pour 0≤i<n0 \leq i < n. On peut alors construire par récurrence une suite infinie (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} de points de A telle que xn−xm∉Vx_n - x_m \notin V lorsque n>mn > m; comme V est symétrique, on a aussi xm−xn∉Vx_m - x_n \notin V pour m≠nm \neq n et les ensembles xn+12Vx_n + \frac{1}{2}V sont deux à deux disjoints. Pour tout point xx de E, il existe au plus un entier n≥0n \geq 0 tel que xn∈x+12Vx_n \in x + \frac{1}{2}V, donc la suite (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} n’a aucune valeur d’adhérence. D’où a).

Supposons que A soit précompacte dans E et contenue dans une partie compacte B de EσE_\sigma. Alors B est complète dans EσE_\sigma, donc dans E (IV, p. 5, Remarque 2). On a A‾⊂B\overline{A} \subset B, donc A est relativement compacte dans E. La réciproque est évidente, d’où b).

2. Compacité simple des ensembles de fonctions continues

Dans ce numéro, on note X un espace compact et Cs(X)\mathscr{C}_s(X) l’espace des fonctions continues sur X, à valeurs dans le corps K (égal à R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}), muni de la topologie de la convergence simple dans X.

Proposition 2

Soient D une partie dense de X et A une partie de l’espace Cs(X)\mathscr{C}_s(X). Les conditions suivantes sont équivalentes :* (i) A est relativement compacte dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X). (ii) De toute suite infinie d’éléments de A, on peut extraire une suite convergeant dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X). (iii) Toute suite infinie d’éléments de A a une valeur d’adhérence dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X). (iv) *Soient (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite de fonctions appartenant à A et (xm)m∈N(x_m)_{m \in \mathbf{N}} une suite de points de D. Si les limites itérées

γ=lim⁡m→∞lim⁡n→∞fn(xm),δ=lim⁡n→∞lim⁡m→∞fn(xm) \gamma = \lim_{m \to \infty} \lim_{n \to \infty} f_n(x_m), \quad \delta = \lim_{n \to \infty} \lim_{m \to \infty} f_n(x_m)

existent, elles sont égales. De plus, on a sup⁡f∈A∣f(x)∣<+∞\sup_{f \in A} |f(x)| < +\infty pour tout x∈Xx \in X.

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : soit A‾\overline{A} l’adhérence de A dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X). Supposons que A‾\overline{A} soit compacte, et considérons une suite de fonctions fn∈Af_n \in A (pour n∈Nn \in \mathbf{N}). Soit φ\varphi l’application continue x↦(fn(x))n∈Nx \mapsto (f_n(x))_{n \in \mathbf{N}} de X dans l’espace métrisable KNK^\mathbf{N}. L’image X′X' de X par φ\varphi est un espace compact métrisable, puisque X est compact. Soit E le sous-espace fermé de Cs(X)\mathscr{C}_s(X) formé des fonctions continues ff sur X telles que la relation φ(x)=φ(y)\varphi(x) = \varphi(y) entraîne f(x)=f(y)f(x) = f(y) pour tout couple de points x,yx, y de X. D’après le cor. 2 de TG, I, p. 63 et la prop. 3 de TG, I, p. 32, l’application f′↦f′∘φf' \mapsto f' \circ \varphi est un homéomorphisme φ∗\varphi^* de Cs(X′)\mathscr{C}_s(X') sur E. L’ensemble A′=(φ∗)−1(A‾)A' = (\varphi^*)^{-1}(\overline{A}) est donc compact dans Cs(X′)\mathscr{C}_s(X'), et il est clair qu’il existe des éléments fn′f'_n de A′A' tels que φ∗(fn′)=fn′∘φ\varphi^*(f'_n) = f'_n \circ \varphi soit égal à fnf_n.

Comme X′X' est un espace compact métrisable, il existe dans X′X' une partie dénombrable dense D′D' (TG, IX, p. 18, prop. 12, et p. 21, prop. 16). Soit T1\mathscr{T}_1 (resp. T2\mathscr{T}_2) la topologie sur A′A' induite par la topologie de la convergence simple dans D′D' (resp. X′X'). Alors T1\mathscr{T}_1 est métrisable, T2\mathscr{T}_2 est compacte et plus fine que T1\mathscr{T}_1, donc T1\mathscr{T}_1 et T2\mathscr{T}_2 coïncident ; autrement dit, A′A' est un sous-espace compact métrisable de Cs(X′)\mathscr{C}_s(X'). Il existe donc une suite (fnk′)(f'_{n_k}) extraite de (fn′)(f'_n) et convergeant vers un élément f′f' de Cs(X′)\mathscr{C}_s(X'). La suite (fnk)(f_{n_k}) converge alors vers f=f′∘φf = f' \circ \varphi dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X).

(ii) ⇒\Rightarrow (iii) : c’est clair.

(iii) ⇒ (iv) : supposons que toute suite infinie d’éléments de A ait une valeur d’adhérence dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X). Soit x∈Xx \in X. L’application φx:f↦f(x)\varphi_x : f \mapsto f(x) de A dans K est continue. Par suite, dans φx(A)\varphi_x(A), toute suite infinie admet une valeur d’adhérence ; comme le corps K (égal à R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}) est métrisable, l’ensemble φx(A)\varphi_x(A) est relativement compact dans K, donc borné. Autrement dit, on a sup⁡f∈A∣f(x)∣<+∞\sup_{f \in A} |f(x)| < +\infty.

Soient fn,xm,γf_n, x_m, \gamma et δ\delta comme dans (iv). Soit ff une valeur d’adhérence de la suite (fn)(f_n) dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X), et soit xx une valeur d’adhérence de la suite (xm)(x_m) dans l’espace compact X. Pour tout mm, l’application h↦h(xm)h \mapsto h(x_m) de Cs(X)\mathscr{C}_s(X) dans K est continue. Vu les hypothèses faites, on a donc f(xm)=lim⁡n→∞fn(xm)f(x_m) = \lim_{n \to \infty} f_n(x_m), d’où γ=lim⁡m→∞f(xm)\gamma = \lim_{m \to \infty} f(x_m); comme f:X→Kf : X \to K est continue, et que xx est une valeur d’adhérence de la suite (xm)(x_m), on a γ=f(x)\gamma = f(x). On prouve de manière analogue l’égalité δ=f(x)\delta = f(x), d’où γ=δ\gamma = \delta.

(iv) ⇒ (i) : supposons que l’ensemble des nombres f(x)f(x), pour ff parcourant A, soit borné dans K pour tout x∈Xx \in X. Il revient au même de supposer que l’adhérence A‾\overline{A} de A dans l’espace produit KXK^X est compacte (TG, I, p. 64). Supposons que A ne soit pas relativement compacte dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X). Cela signifie qu’il existe une fonction u∈A‾u \in \overline{A} et un point a∈Xa \in X tels que uu ne soit pas continue en aa. Il existe alors un nombre réel ε>0\varepsilon > 0 tel que, dans tout voisinage U de aa, il existe un point xx avec ∣u(x)−u(a)∣≥ε|u(x) - u(a)| \geq \varepsilon.

Nous allons construire par récurrence une suite (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} de points de D et une suite (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbf{N}} d’éléments de A, satisfaisant aux relations suivantes :

(1)m∣u(xm)−u(a)∣≥εpour m≥1; (1)_m \quad |u(x_m) - u(a)| \geq \varepsilon \quad \text{pour } m \geq 1;
(2)m∣u(xi)−fm(xi)∣≤1m+1pour 0≤i≤m−1; (2)_m \quad |u(x_i) - f_m(x_i)| \leq \frac{1}{m+1} \quad \text{pour } 0 \leq i \leq m-1;
(3)m,i∣fm(xi)−fm(a)∣≤1i+1pour 0≤m≤i. (3)_{m,i} \quad |f_m(x_i) - f_m(a)| \leq \frac{1}{i+1} \quad \text{pour } 0 \leq m \leq i.

On prend x0=ax_0 = a avec f0f_0 arbitraire dans A (l’ensemble A n’est pas vide, sinon il serait relativement compact dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X)). Soient n≥1n \geq 1 et x0,x1,…,xn−1x_0, x_1, \ldots, x_{n-1}, f0,f1,…,fn−1f_0, f_1, \ldots, f_{n-1} satisfaisant aux relations (1)_m, (2)_m pour 1≤m<n1 \leq m < n et (3)_{m,i} pour 0≤m≤i<n0 \leq m \leq i < n. Comme uu appartient à A‾\overline{A}, il existe fn∈Af_n \in A satisfaisant à (2)_n. Soit VnV_n l’ensemble des x∈Xx \in X tels que l’on ait ∣fm(x)−fm(a)∣≤1n+1|f_m(x) - f_m(a)| \leq \frac{1}{n+1} pour 0≤m≤n0 \leq m \leq n. C’est un voisinage de aa car fnf_n est continue ; choisissons un point xnx_n de D∩VnD \cap V_n tel que ∣u(xn)−u(a)∣≥ε|u(x_n) - u(a)| \geq \varepsilon, donc (1)_n et (3)_{m,n} sont satisfaites. La construction peut donc se poursuivre.

Comme u(X)u(X) est une partie compacte de K, il existe une suite (yk)(y_k) extraite de (xm)(x_m) et telle que la limite γ=lim⁡k→∞u(yk)\gamma = \lim_{k \to \infty} u(y_k) existe. D’après (2)_m, on a u(xi)=lim⁡n→∞fn(xi)u(x_i) = \lim_{n \to \infty} f_n(x_i) pour tout i∈Ni \in \mathbf{N}, d’où

(4)

γ=lim⁡k→∞lim⁡n→∞fn(yk). \gamma = \lim_{k \to \infty} \lim_{n \to \infty} f_n(y_k).

Par ailleurs, on a fn(a)=lim⁡i→∞fn(xi)f_n(a) = \lim_{i \to \infty} f_n(x_i) d’après (3)m,i_{m,i} d’où fn(a)=lim⁡k→∞fn(yk)f_n(a) = \lim_{k \to \infty} f_n(y_k). Comme x0=ax_0 = a, on déduit lim⁡n→∞fn(a)=u(a)\lim_{n \to \infty} f_n(a) = u(a) de (2)m_m. Par suite, on a

u(a)=lim⁡n→∞lim⁡k→∞fn(yk). u(a) = \lim_{n \to \infty} \lim_{k \to \infty} f_n(y_k).

Enfin, d’après (1)m_m, on a ∣γ−u(a)∣≥ε|\gamma - u(a)| \geq \varepsilon, d’où γ≠u(a)\gamma \neq u(a). Ceci contredit l’assertion (iv) ; on a donc prouvé par l’absurde que (iv) implique (i).

3. Les théorèmes d’Eberlein et de Šmulian

Théorème 1 (Eberlein)

Soient E un espace localement convexe séparé et quasi-complet, T\mathscr{T} une topologie sur E compatible avec la dualité entre E et E', et A une partie de E. Pour que A soit relativement compacte pour T\mathscr{T}, il faut et il suffit que toute suite infinie de points de A ait une valeur d’adhérence dans E pour T\mathscr{T}.

La condition énoncée est évidemment nécessaire.

Supposons que toute suite infinie de points de A ait une valeur d’adhérence pour T\mathscr{T}, donc aussi pour la topologie moins fine σ(E,E′)\sigma(E, E'). Alors A est précompacte pour T\mathscr{T} (IV, p. 32, prop. 1); pour que A soit relativement compacte pour T\mathscr{T}, il faut et il suffit qu’elle le soit pour σ(E,E′)\sigma(E, E') (loc. cit.). Il suffit donc de prouver le théorème lorsque T\mathscr{T} est la topologie affaiblie σ(E,E′)\sigma(E, E').

Notons E^\hat{E} le complété de E, que l’on identifie comme d’habitude à un sous-espace du dual algébrique E′∗{E'}^* de E' (III, p. 21, th. 2). On note EσE_\sigma, E^σ\hat{E}_\sigma et Eσ′E'_\sigma les espaces E, E^\hat{E} et E′∗{E'}^* munis respectivement des topologies σ(E,E′)\sigma(E, E'), σ(E^,E′)\sigma(\hat{E}, E') et σ(E′∗,E′)\sigma({E'}^*, E').

Soit (xi′)i∈I(x'_i)_{i \in I} une base de l’espace vectoriel E' sur le corps K. L’application f↦(f(xi′))i∈If \mapsto (f(x'_i))_{i \in I} est un homéomorphisme φ\varphi de Eσ′E'_\sigma sur KIK^I; pour tout i∈Ii \in I, l’image de A par l’application xi′x'_i de E dans K est relativement compacte : en effet, K est métrisable et toute suite infinie d’éléments de xi′(A)x'_i(A) a une valeur d’adhérence. On en déduit que φ(A)\varphi(A) est relativement compacte dans KIK^I, donc que l’adhérence A‾\overline{A} de A dans Eσ′E'_\sigma est compacte.

Prouvons que A‾\overline{A} est contenue dans E^\hat{E}. Soit H une partie équicontinue de E' ; soit X son adhérence pour σ(E′,E)\sigma(E', E); elle est compacte (III, p. 17, cor. 2). Pour tout x∈E′∗x \in {E'}^*, soit φx\varphi_x la restriction de x′↦⟨x,x′⟩x' \mapsto \langle x, x' \rangle à X ; soit A~⊂Cs(X)\tilde{A} \subset \mathscr{C}_s(X) l’ensemble des fonctions φx\varphi_x pour xx parcourant A. Vu l’hypothèse faite sur A, toute suite infinie d’éléments de A~\tilde{A} a une valeur d’adhérence dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X); d’après la prop. 2 (IV, p. 33), l’ensemble A~\tilde{A} est donc relativement compact dans Cs(X)\mathscr{C}_s(X). Il en résulte que pour tout a∈A‾a \in \overline{A}, la fonction φa\varphi_a sur X est continue. L’inclusion A‾⊂E^\overline{A} \subset \hat{E} résulte alors du th. 2 de III, p. 21.

Montrons maintenant que A‾\overline{A} est contenue dans E. Comme A est précompacte dans EσE_\sigma (IV, p. 32, prop. 1), elle est bornée dans EσE_\sigma (III, p. 3, prop. 2), donc aussi dans E (IV, p. 1, prop. 1). Soit C l’enveloppe fermée convexe équilibrée de A dans E. Elle est bornée puisque A est bornée, donc complète puisque E est quasi-complet. Autrement dit, C est une partie convexe et fermée de E^\hat{E}, donc de E^σ\hat{E}_\sigma (IV, p. 1, prop. 1). Comme on a A⊂CA \subset C et que la topologie de E^σ\hat{E}_\sigma est induite par celle de Eσ′∗{E'_\sigma}^*, on a donc A‾⊂C\overline{A} \subset C, d’où A‾⊂E\overline{A} \subset E.

Comme la topologie de EσE_\sigma est induite par celle de Eσ′∗{E'_\sigma}^*, la partie A‾\overline{A} de EσE_\sigma est compacte, d’où le th. 1.

Théorème 2 (Šmulian)

Soient EE un espace de Fréchet et AA une partie de EE. On note EσE_\sigma l’espace EE muni de la topologie affaiblie. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) AA est relativement compacte dans EσE_\sigma; (ii) toute suite infinie de points de AA a une valeur d’adhérence dans EσE_\sigma; (iii) de toute suite infinie de points de AA, on peut extraire une suite qui converge dans EσE_\sigma.

L’équivalence de (i) et (ii) résulte du th. d’Eberlein, et (iii) entraîne évidemment (ii).

Montrons que (i) entraîne (iii). Supposons donc que l’adhérence BB de AA dans EσE_\sigma soit compacte et que (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} soit une suite de points de AA. Notons FF le plus petit sous-espace vectoriel fermé de EE contenant les xnx_n; c’est un espace de Fréchet de type dénombrable. Comme FF est fermé dans EσE_\sigma et que la topologie σ(F,F′)\sigma(F, F') sur FF est induite par σ(E,E′)\sigma(E, E'), l’ensemble B∩FB \cap F est compact pour σ(F,F′)\sigma(F, F'). Compte tenu des remarques de IV, p. 32, l’existence d’une suite extraite de (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} convergeant pour σ(E,E′)\sigma(E, E') (ou σ(F,F′)\sigma(F, F'), cela revient au même) est conséquence du lemme suivant :

Lemme 1

Soit FF un espace de Fréchet de type dénombrable. Toute partie CC de FF qui est compacte pour la topologie T\mathscr{T} induite par σ(F,F′)\sigma(F, F') est métrisable pour cette topologie.

Comme sur F′F' la topologie de la convergence précompacte est plus fine que la topologie σ(F′,F)\sigma(F', F), il existe dans Fs′F'_s une partie dénombrable partout dense DD (III, p. 19, cor. 1). L’ensemble CC s’identifie donc à une partie de KDK^D, et la topologie induite sur CC par celle de KDK^D, qui est métrisable (TG, IX, p. 19, corollaire) est moins fine que la topologie induite par σ(F,F′)\sigma(F, F'), pour laquelle CC est compacte. Ces deux topologies sont donc identiques (TG, I, p. 63, cor. 3). C.Q.F.D.

Le th. de Šmulian peut s’étendre au cas où EE est limite inductive stricte d’une suite d’espaces de Fréchet (IV, p. 67, exerc. 2).

\*4. Cas des espaces de fonctions continues bornées

Pour tout espace topologique XX, nous noterons Cb(X)\mathscr{C}^b(X) l’espace de Banach des applications continues et bornées de XX dans KK, avec la norme définie par

∥f∥=sup⁡x∈X∣f(x)∣ \| f \| = \sup_{x \in X} |f(x)|

(TG, X, p. 21). Lorsque XX est compact, toute fonction continue sur XX est bornée (TG, IV, p. 28), et l’on écrit C(X)\mathscr{C}(X) pour Cb(X)\mathscr{C}^b(X).

Dans ce numéro et le suivant, nous ferons usage du lemme suivant, qui est un cas particulier du th. de Lebesgue (INT, IV, 2e éd., § 4, n° 3, th. 2), compte tenu de l’interprétation des éléments de C(X)′\mathscr{C}(X)' comme des mesures sur X.

Lemme 2

Soit X un espace compact. Si une suite (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbf{N}} est bornée dans C(X)\mathscr{C}(X) et converge simplement sur X vers une fonction continue f, on a μ(f)=lim⁡n→∞μ(fn)\mu(f) = \lim_{n \to \infty} \mu(f_n) pour tout μ\mu dans C(X)′\mathscr{C}(X)'.

Proposition 3

Soit X un espace compact, et soit A une partie bornée de C(X)\mathscr{C}(X). Pour que A soit relativement compacte pour la topologie de la convergence simple, il faut et il suffit qu’elle soit relativement compacte pour σ(C(X),C(X)′)\sigma(\mathscr{C}(X), \mathscr{C}(X)').

La topologie de la convergence simple est séparée et moins fine que σ(C(X),C(X)′)\sigma(\mathscr{C}(X), \mathscr{C}(X)'), donc la condition énoncée est suffisante (TG, I, p. 63, cor. 3).

Supposons maintenant que A soit relativement compacte pour la topologie de la convergence simple. Soit (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite d’éléments de A. D’après la prop. 2 (IV, p. 33), il existe une suite (fnk)(f_{n_k}) extraite de (fn)(f_n) et convergeant simplement vers une fonction continue f. D’après le lemme 2, la suite bornée (fnk)(f_{n_k}) tend vers f pour σ(C(X),C(X)′)\sigma(\mathscr{C}(X), \mathscr{C}(X)'). Le th. de Šmulian (IV, p. 36, th. 2) montre alors que A est relativement compacte pour σ(C(X),C(X)′)\sigma(\mathscr{C}(X), \mathscr{C}(X)').

Corollaire

Soient S un espace topologique et A une partie bornée de Cb(S)\mathscr{C}^b(S). Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) A est relativement compacte pour σ(Cb(S),Cb(S)′)\sigma(\mathscr{C}^b(S), \mathscr{C}^b(S)'); (ii) si (fn)n∈N(f_n)_{n \in \mathbf{N}} est une suite d’éléments de A et (xm)m∈N(x_m)_{m \in \mathbf{N}} une suite de points de S telles que les limites itérées

γ=lim⁡m→∞lim⁡n→∞fn(xm),δ=lim⁡n→∞lim⁡m→∞fn(xm) \gamma = \lim_{m \to \infty} \lim_{n \to \infty} f_n(x_m), \quad \delta = \lim_{n \to \infty} \lim_{m \to \infty} f_n(x_m)

existent, on a γ=δ\gamma = \delta.

Soient X le compactifié de Stone-Čech de S (TG, IX, p. 10) et α\alpha l’application canonique de S dans X. Posons D = α(S)\alpha(S). L’application φ:f↦f∘α\varphi : f \mapsto f \circ \alpha est un isomorphisme de l’espace normé C(X)\mathscr{C}(X) sur l’espace normé Cb(S)\mathscr{C}^b(S); posons A~=φ−1(A)\tilde{A} = \varphi^{-1}(A). Comme X est compact et D dense dans X, la prop. 2 (IV, p. 33) montre que la condition (ii) équivaut à la compacité de A~\tilde{A} pour la topologie de la convergence simple. L’équivalence de (i) et (ii) résulte donc de la prop. 3. \*

\*5. Enveloppe convexe d’un ensemble faiblement compact

Théorème 3 (Krein)

Soit E un espace localement convexe séparé et quasi-complet, et soit T\mathscr{T} une topologie sur E compatible avec la dualité entre E et E'. Soit A une partie de E compacte pour T\mathscr{T}. Alors l’enveloppe fermée convexe équilibrée C de A est compacte pour T\mathscr{T}.

Faisons d’abord plusieurs réductions.

A) L’ensemble C est précompact pour T\mathscr{T} (II, p. 27, prop. 3), et A est compact pour σ(E,E′)\sigma(E, E'). Compte tenu de la prop. 1 (IV, p. 32), il s’agit de prouver que C est compact pour σ(E,E′)\sigma(E, E'), ce qui nous ramène au cas où T=σ(E,E′)\mathscr{T} = \sigma(E, E').

B) Comme C est précompact et fermé pour σ(E,E′)\sigma(E, E'), il est borné et fermé pour la topologie initiale de E (III, p. 3, prop. 2 et IV, p. 1, prop. 1); il est donc complet puisque E est quasi-complet. Autrement dit, C est l’enveloppe fermée convexe équilibrée de A dans le complété E^\hat{E} de E. Comme la topologie σ(E^,E′)\sigma(\hat{E}, E') induit σ(E,E′)\sigma(E, E') sur E, on est ramené au cas où E est complet.

C) Soit Γ\Gamma l’enveloppe convexe équilibrée de A. Alors C est l’adhérence de Γ\Gamma pour σ(E,E′)\sigma(E, E'). D’après le th. d’Eberlein (IV, p. 35, th. 1), il s’agit de prouver que toute suite (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} de points de Γ\Gamma a une valeur d’adhérence pour σ(E,E′)\sigma(E, E') dans E. Or xnx_n appartient à l’enveloppe convexe équilibrée d’une partie finie BnB_n de A. Soit F le sous-espace vectoriel fermé de E engendré par l’ensemble dénombrable B=⋃nBnB = \bigcup_n B_n. Alors F est complet, la topologie σ(F,F′)\sigma(F, F') sur F est induite par σ(E,E′)\sigma(E, E') et l’on a xn∈Fx_n \in F pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}. Il suffit donc de prouver que (xn)n∈N(x_n)_{n \in \mathbf{N}} a une valeur d’adhérence pour σ(F,F′)\sigma(F, F'), ce qui nous ramène au cas où il existe dans E une partie dénombrable dense.

Munissons A de la topologie induite par σ(E,E′)\sigma(E, E'), qui en fait un espace compact. Définissons l’application linéaire u:E′→C(A)u : E' \to \mathscr{C}(A) par

u(x′)(a)=⟨a,x′⟩(a∈A, x′∈E′) u(x')(a) = \langle a, x' \rangle \quad (a \in A, \ x' \in E')

Soit (xn′)n∈N(x'_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite équicontinue dans E′E', convergeant vers 0 pour σ(E′,E)\sigma(E', E). La suite des fonctions u(xn′)u(x'_n) est alors bornée dans C(A)\mathscr{C}(A) et converge simplement vers 0. Pour tout μ∈C(A)′\mu \in \mathscr{C}(A)', on a lim⁡n→∞μ(u(xn′))=0\lim_{n \to \infty} \mu(u(x'_n)) = 0 d’après le lemme 2 (IV, p. 37). D’après le critère fourni par la remarque de III, p. 21, la forme linéaire μ∘u\mu \circ u sur E′E' est donc continue pour σ(E′,E)\sigma(E', E) quelle que soit μ∈C(A)′\mu \in \mathscr{C}(A)'. Il existe donc une application linéaire v:C(A)′→Ev : \mathscr{C}(A)' \to E satisfaisant à la relation

⟨u(x′),μ⟩=⟨v(μ),x′⟩(x′∈E′, μ∈C(A)′) \langle u(x'), \mu \rangle = \langle v(\mu), x' \rangle \quad (x' \in E', \ \mu \in \mathscr{C}(A)')

Il est clair que vv est continue si l’on munit C(A)′\mathscr{C}(A)' de la topologie σ(C(A)′,C(A))\sigma(\mathscr{C}(A)', \mathscr{C}(A)) et E de la topologie σ(E,E′)\sigma(E, E').

La boule unité (fermée) B de l’espace de Banach C(A)′\mathscr{C}(A)' est compacte pour la topologie σ(C(A)′,C(A))\sigma(\mathscr{C}(A)', \mathscr{C}(A)) (III, p. 17, cor. 3). Par suite, v(B)v(B) est une partie de E convexe, équilibrée et compacte pour σ(E,E′)\sigma(E, E'). Pour tout a∈Aa \in A, la forme linéaire continue εa:f↦f(a)\varepsilon_a : f \mapsto f(a) sur C(A)\mathscr{C}(A) appartient à B, et l’on a v(εa)=av(\varepsilon_a) = a d’après les formules (7) et (8). On a donc A⊂v(B)A \subset v(B), d’où C⊂v(B)C \subset v(B). Ceci prouve que C est compacte pour σ(E,E′)\sigma(E, E').

C.Q.F.D. \*

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.