Bourbaki

§ 3. Dual d’un espace de fréchet

1. Espaces semi-tonnelés

Proposition 1

Soit EE un espace localement convexe. Les conditions suivantes sont équivalentes : (i) Soit UU une partie de EE, qui absorbe toute partie bornée de EE, et qui est intersection d’une suite de voisinages convexes, équilibrés et fermés de 0 dans EE. Alors UU est un voisinage de 0 dans EE.

(ii) Pour tout espace localement convexe F, toute partie bornée de Lb(E;F)\mathscr{L}_b(E; F), qui est réunion d’une famille dénombrable de parties équicontinues, est équicontinue.

(iii) Dans le dual fort Eb′E'_b de E, toute partie bornée qui est réunion d’une famille dénombrable de parties équicontinues, est équicontinue.

Il est clair que (iii) est un cas particulier de (ii).

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : soit H une partie bornée de Lb(E;F)\mathscr{L}_b(E; F), et soit (Hn)(H_n) une suite de parties équicontinues de Lb(E;F)\mathscr{L}_b(E; F) telle que H=⋃nHnH = \bigcup_n H_n. Soit V un voisinage convexe, équilibré et fermé de 0 dans F. Pour tout n, l’ensemble Wn=⋂u∈Hnu−1(V)W_n = \bigcap_{u \in H_n} u^{-1}(V) est un voisinage convexe, équilibré et fermé de 0 dans E puisque HnH_n est équicontinue. L’ensemble W=⋂u∈Hu−1(V)W = \bigcap_{u \in H} u^{-1}(V) absorbe toute partie bornée de E, puisque H est borné dans Lb(E;F)\mathscr{L}_b(E; F) (III, p. 22), et l’on a W=⋂nWnW = \bigcap_n W_n. Si E satisfait à (i), l’ensemble W est un voisinage de 0 dans E, donc H est équicontinu.

(iii) ⇒\Rightarrow (i) : soit (Un)(U_n) une suite de voisinages convexes, équilibrés et fermés de 0 dans E. On suppose que l’ensemble U=⋂nUnU = \bigcap_n U_n absorbe toute partie bornée de E, donc que son polaire U∘U^\circ est borné dans Eb′E'_b. Alors l’ensemble B=⋃nUn∘B = \bigcup_n U_n^\circ est contenu dans U∘U^\circ, donc est borné dans Eb′E'_b. Si E satisfait à (iii), l’ensemble B est équicontinu dans E′E'; par suite, le polaire B∘=⋂n(Un∘)∘=⋂nUn=UB^\circ = \bigcap_n (U_n^\circ)^\circ = \bigcap_n U_n = U de B dans E est un voisinage de 0 dans E.

Définition 1

On dit qu’un espace localement convexe E est semi-tonnelé s’il satisfait aux conditions équivalentes de la prop. 1.

Tout espace tonnelé est semi-tonnelé. Il en est de même de tout espace bornologique (III, p. 22, prop. 10).

2. Dual d’un espace localement convexe métrisable

Proposition 2

Soient E un espace localement convexe métrisable et F son dual fort. L’espace F est complet, semi-tonnelé et satisfait à la condition suivante :

(DB) Il existe une suite (An)n∈N(A_n)_{n \in \mathbf{N}} de parties bornées de F telle que toute partie bornée de F soit contenue dans l’une des AnA_n.

L’espace E est bornologique (III, p. 12, prop. 2), donc son dual fort est complet (III, p. 24, cor. 1).

Soit (Vn)n∈N(V_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite décroissante de voisinages de 0 dans E, telle que tout voisinage de 0 dans E contienne l’un des VnV_n. Soit AnA_n le polaire de VnV_n dans F. Comme E est bornologique, toute partie bornée de F est équicontinue (III, p. 22, prop. 10), donc contenue dans l’un des AnA_n. Autrement dit, l’espace F satisfait à la condition (DB).

Montrons que F est semi-tonnelé. Soit (Un)n∈N(U_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite de voisinages convexes, équilibrés et fermés de 0 dans F. On suppose que l’ensemble U=⋂nUnU = \bigcap_n U_n absorbe toute partie bornée de F. Il s’agit de démontrer que U est un voisinage de 0 dans F. Nous allons construire, par récurrence sur l’entier n⩾0n \geqslant 0, des nombres réels λn>0\lambda_n > 0

et des voisinages convexes et équilibrés WnW_n de 0 dans F, fermés pour σ(F,E)\sigma(F, E), et satisfaisant aux relations (1)

λnAn⊂12U∩(⋂0≤i<nWi) \lambda_n A_n \subset \frac{1}{2} U \cap (\bigcap_{0 \leq i < n} W_i)
(2)
⋃0≤i≤nλiAi⊂Wn⊂Un. \bigcup_{0 \leq i \leq n} \lambda_i A_i \subset W_n \subset U_n .

Supposons construits les nombres λi\lambda_i et les ensembles WiW_i pour 0≤i<n0 \leq i < n. Par hypothèse, l’ensemble U absorbe les parties bornées de F ; de plus, pour 0≤i<n0 \leq i < n, WiW_i est un voisinage de 0 dans F, donc absorbe les parties bornées de F. On peut donc trouver un nombre λn>0\lambda_n > 0 satisfaisant à (1). Notons C l’enveloppe fermée convexe équilibrée, pour σ(F,E)\sigma(F, E), de ⋃0≤i≤nλiAi\bigcup_{0 \leq i \leq n} \lambda_i A_i; l’ensemble C est équicontinu, donc compact pour σ(F,E)\sigma(F, E) (III, p. 17, cor. 2). Comme UnU_n est un voisinage de 0 dans F, il existe une partie bornée B de E telle que B∘⊂12UnB^\circ \subset \frac{1}{2} U_n. Posons Wn=C+B∘W_n = C + B^\circ. Comme B∘B^\circ est un voisinage de 0 dans F, on voit que WnW_n est un voisinage convexe et équilibré de 0 dans F. De plus, C est compact et B∘B^\circ fermé pour σ(F,E)\sigma(F, E); d’après le cor. 1 de TG, III, p. 28, WnW_n est fermé pour σ(F,E)\sigma(F, E). Enfin, on a C⊂12U⊂12UnC \subset \frac{1}{2} U \subset \frac{1}{2} U_n et B∘⊂12UnB^\circ \subset \frac{1}{2} U_n, donc Wn⊂UnW_n \subset U_n puisque UnU_n est convexe. On a donc établi (2).

Posons W=⋂nWnW = \bigcap^n W_n, d’où W⊂UW \subset U. D’après (1) et (2), on a λiAi⊂Wj\lambda_i A_i \subset W_j quels que soient ii et jj dans N\mathbf{N}, d’où λiAi⊂W\lambda_i A_i \subset W pour tout i∈Ni \in \mathbf{N}. En particulier, W est absorbant, donc c’est un tonneau pour σ(F,E)\sigma(F, E). D’après la remarque 3 de IV, p. 4, W est un voisinage de 0 dans F. A fortiori, U est un voisinage de 0 dans F, et F est semi-tonnelé.

Le corollaire suivant étend le th. de Banach-Steinhaus au dual d’un espace de Fréchet (cf. III, p. 26, cor. 2).

Corollaire

Soit G un espace localement convexe séparé, et soit* (un)(u_n) une suite d’applications linéaires de F dans G, convergeant simplement vers une application u de F dans G. Alors u est continue, et la suite (un)(u_n) *converge vers u uniformément sur toute partie précompacte de F.

Comme F est complet, l’ensemble des unu_n, qui est borné pour la topologie de la convergence simple, est borné dans Lb(F;G)\mathscr{L}_b(F; G) (III, p. 27, cor. 1). Comme l’espace F est semi-tonnelé (prop. 2), toute partie dénombrable et bornée de Lb(F;G)\mathscr{L}_b(F; G) est équi-continue d’après la prop. 1 de IV, p. 20. L’ensemble des unu_n est donc équicontinu, et le corollaire résulte alors de III, p. 18, corollaire.

3. Bidual d’un espace localement convexe métrisable

Proposition 3

Soient E un espace localement convexe métrisable, Eb′E'_b son dual fort et G un espace de Fréchet. L’espace Lb(Eb′;G)\mathscr{L}_b(E'_b; G) est un espace de Fréchet.

D’après la prop. 2 (IV, p. 21), il existe une suite (An)(A_n) de parties bornées de Eb′E'_b telle que toute partie bornée de Eb′E'_b soit contenue dans l’une des AnA_n. Soit (Vn)(V_n) un système fondamental dénombrable de voisinages de 0 dans G. Soit HmnH_{mn} l’ensemble des applications linéaires uu de Eb′E'_b dans G telles que u(Am)⊂Vnu(A_m) \subset V_n. Alors (Hmn)(H_{mn}) est un système fondamental de voisinages de 0 dans Lb(Eb′;G)\mathscr{L}_b(E'_b ; G), et ce dernier espace est donc métrisable.

Pour montrer que Lb(Eb′;G)\mathscr{L}_b(E'_b ; G) est complet, il suffit de prouver que toute suite de Cauchy (un)(u_n) dans cet espace est convergente ; comme G est complet, il existe une application linéaire u:Eb′→Gu : E'_b \to G telle que (un)(u_n) converge simplement vers uu. D’après IV, p. 22, corollaire, on a u∈L(Eb′;G)u \in \mathscr{L}(E'_b ; G). Il résulte alors de la prop. 5 de TG, X, p. 6, que (un)(u_n) converge vers uu dans Lb(Eb′;G)\mathscr{L}_b(E'_b ; G).

Corollaire

Le bidual d’un espace localement convexe métrisable est un espace de Fréchet.

4. Dual d’un espace de Fréchet réflexif

Proposition 4

Soit E un espace de Fréchet réflexif. Le dual fort Eb′E'_b de E est limite inductive d’une suite d’espaces de Banach.

Soit (Vn)n∈N(V_n)_{n \in \mathbf{N}} une suite décroissante de voisinages convexes, équilibrés et fermés de 0 dans E, telle que tout voisinage de 0 dans E contienne l’un des VnV_n. Soit AnA_n le polaire de VnV_n dans E′E'. Alors AnA_n est convexe, équilibré, et compact pour σ(E′,E)\sigma(E', E); d’après III, p. 8, corollaire, l’espace EAn′E'_{A_n} est un espace de Banach. Nous allons prouver que Eb′E'_b est limite inductive des espaces EAn′E'_{A_n}, autrement dit que toute partie convexe et équilibrée U de E′E' qui absorbe chacun des AnA_n est un voisinage de 0 dans Eb′E'_b. Pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}, choisissons un nombre réel λn>0\lambda_n > 0 tel que λnAn⊂U\lambda_n A_n \subset U. Soit BnB_n l’enveloppe convexe de l’ensemble ⋃0≤i≤nλiAi\bigcup_{0 \leq i \leq n} \lambda_i A_i; posons V=⋃nBnV = \bigcup_n B_n, d’où V⊂UV \subset U. Pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}, l’ensemble BnB_n est convexe, équilibré et compact pour σ(E′,E)\sigma(E', E) (II, p. 14, prop. 15).

Montrons que l’on a 12Voo⊂V\frac{1}{2} V^{oo} \subset V. Soit x∈Eb′−Vx \in E'_b - V; pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}, on a x∉Bnx \notin B_n, et comme BnB_n est fermée pour σ(E′,E)\sigma(E', E), il existe un élément yny_n de BnoB_n^o tel que ⟨yn,x⟩=1\langle y_n, x \rangle = 1 (II, p. 41, prop. 4). Comme E est réflexif, toute partie bornée de E est relativement compacte pour σ(E,E′)\sigma(E, E') (IV, p. 16, th. 2). D’après la définition de BnB_n, on a

λiyn∈Vipour tout n≥i, \lambda_i y_n \in V_i \quad \text{pour tout } n \geq i,

donc la suite (yn)(y_n) est bornée. Soit yy une valeur d’adhérence de (yn)(y_n) pour la topologie σ(E,E′)\sigma(E, E'). On a y∈Vo=⋂nBnoy \in V^o = \bigcap_n B_n^o et ⟨y,x⟩=1\langle y, x \rangle = 1. On a donc x∉12Voox \notin \frac{1}{2} V^{oo}, d’où l’inclusion 12Voo⊂V\frac{1}{2} V^{oo} \subset V et a fortiori 12Voo⊂U\frac{1}{2} V^{oo} \subset U.

Comme toute partie bornée de Eb′E'_b est contenue dans l’un des ensembles AnA_n, l’ensemble V=⋃nBnV = \bigcup_n B_n absorbe toute partie bornée de Eb′E'_b. Par suite, VoV^o est borné dans E, donc 12Voo\frac{1}{2} V^{oo} est un voisinage de 0 dans Eb′E'_b. A fortiori U est un voisinage de 0 dans Eb′E'_b.

Corollaire

Le dual fort d’un espace de Fréchet réflexif est bornologique et tonnelé.

Une limite inductive d’espaces de Banach est bornologique par définition. Par ailleurs, un espace de Banach est tonnelé (III, p. 25, corollaire) et toute limite inductive d’espaces tonnelés est un espace tonnelé (III, p. 25, cor. 3).

5. La topologie de la convergence compacte sur le dual d’un espace de Fréchet

Théorème 1 (Banach-Dieudonné)

Soit E un espace localement convexe métrisable. Sur le dual E' de E, les topologies suivantes coïncident : a) la topologie TN\mathscr{T}_{\mathfrak{N}} de la N\mathfrak{N}-convergence, où N\mathfrak{N} est l’ensemble des parties de E dont chacune est formée des points d’une suite convergeant vers 0 ; b) la topologie Tc\mathscr{T}_c de la convergence uniforme sur les parties compactes de E ; c) la topologie Tpc\mathscr{T}_{pc} de la convergence uniforme sur les parties précompactes de E ; d) la topologie Tf\mathscr{T}_f la plus fine induisant la même topologie que σ(E′,E)\sigma(E', E) sur toute partie équicontinue de E'.

Remarquons d’abord qu’une partie A de E' est fermée pour Tf\mathscr{T}_f si et seulement si A∩HA \cap H est fermé pour σ(E′,E)\sigma(E', E) quelle que soit la partie H de E', équicontinue et fermée pour σ(E′,E)\sigma(E', E). Sur toute partie équicontinue de E', la topologie faible σ(E′,E)\sigma(E', E) et Tpc\mathscr{T}_{pc} induisent la même topologie (III, p. 17, prop. 5). Par suite, chacune des topologies TN,Tc,Tpc,Tf\mathscr{T}_{\mathfrak{N}}, \mathscr{T}_c, \mathscr{T}_{pc}, \mathscr{T}_f est moins fine que la suivante. Il suffit donc de prouver que TN\mathscr{T}_{\mathfrak{N}} est plus fine que Tf\mathscr{T}_f. De plus, toute translation dans E' est un homéomorphisme pour Tf\mathscr{T}_f. Il suffit donc de prouver que, si F est une partie de E' fermée pour Tf\mathscr{T}_f, ne contenant pas 0, il existe un ensemble S∈NS \in \mathfrak{N} tel que S∘∩F=∅S^\circ \cap F = \varnothing.

Soit (Un)n≥0(U_n)_{n \geq 0} une suite décroissante de voisinages de 0 dans E, formant un système fondamental de voisinages de 0. Nous allons construire, par récurrence sur n≥0n \geq 0, des ensembles finis XnX_n tels que l’on ait

(4)

Xn⊂Un X_n \subset U_n
(5)
(⋃0≤p≤nXp)∘∩Un+1∘∩F=∅ (\bigcup_{0 \leq p \leq n} X_p)^\circ \cap U_{n+1}^\circ \cap F = \varnothing

pour tout entier n≥0n \geq 0. Soit m≥0m \geq 0 un entier tel que XnX_n soit déjà construit pour 0≤n<m0 \leq n < m et satisfasse à (4) et (5) pour 0≤n<m0 \leq n < m. Pour tout x∈Umx \in U_m, posons

Fx=(⋃0≤p<mXp)∘∩{x}∘∩Um+1∘∩F. F_x = (\bigcup_{0 \leq p < m} X_p)^\circ \cap \{x\}^\circ \cap U_{m+1}^\circ \cap F.

La formule (5), où l’on fait n=m−1n = m - 1 entraîne ⋂x∈UmFx=∅\bigcap_{x \in U_m} F_x = \varnothing. Par ailleurs, l’ensemble Um+1∘U_{m+1}^\circ est équicontinu, et compact pour σ(E′,E)\sigma(E', E). Vu la définition de Tf\mathscr{T}_f, chacun des ensembles FxF_x est compact pour σ(E′,E)\sigma(E', E); il existe donc une partie finie XmX_m de UmU_m telle que ⋂x∈XmFx=∅\bigcap_{x \in X_m} F_x = \varnothing, c’est-à-dire que la relation (5) est satisfaite pour n=mn = m.

Posons S=⋃n≥0XnS = \bigcup_{n \geq 0} X_n. On a Xn⊂UpX_n \subset U_p pour n≥pn \geq p, donc S est l’ensemble des points d’une suite qui converge vers 0 dans E. De (5), on déduit S∘∩Un+1∘∩F=∅S^\circ \cap U_{n+1}^\circ \cap F = \varnothing, d’où S∘∩F=∅S^\circ \cap F = \varnothing car E' est réunion de la suite des ensembles Un+1∘U_{n+1}^\circ.

Corollaire 1

Soit E un espace localement convexe métrisable. Toute partie précompacte de E est contenue dans l’enveloppe fermée convexe équilibrée de l’ensemble des points d’une suite convergeant vers 0.

Cela résulte de l’identité des topologies Tpc\mathscr{T}_{pc} et TK\mathscr{T}_\mathfrak{K}, compte tenu de la prop. 2 de III, p. 15.

Corollaire 2

Soit E un espace de Fréchet. Pour qu’une partie convexe A du dual E’ de E soit fermée pour σ(E′,E)\sigma(E', E), il faut et il suffit que A∩U∘A \cap U^\circ soit fermé pour σ(E′,E)\sigma(E', E) quel que soit le voisinage U de 0 dans E.

Puisque E est complet, la topologie Tc\mathscr{T}_c sur E’ est compatible avec la dualité entre E’ et E (IV, p. 3, Exemple); par suite les parties convexes fermées dans E’ sont les mêmes pour Tc\mathscr{T}_c et σ(E′,E)\sigma(E', E) (IV, p. 1, prop. 1). Le corollaire résulte alors de l’identité des topologies Tc\mathscr{T}_c et Tf\mathscr{T}_f.

Rappelons (I, p. 13) que les hyperplans de E’ fermés pour σ(E′,E)\sigma(E', E) sont les noyaux des formes linéaires sur E’ associées aux éléments de E. Le cor. 2 fournit donc une autre démonstration (pour les espaces de Fréchet) du cor. 1 de III, p. 21.

Corollaire 3

Soient E un espace de Banach et M un sous-espace vectoriel du dual E’ de E. Pour que M soit fermé pour la topologie faible σ(E′,E)\sigma(E', E), il faut et il suffit que son intersection avec la boule unité (fermée) dans E’ soit fermée pour σ(E′,E)\sigma(E', E).

Exemple

Soit H un espace hilbertien de type dénombrable; on note HσH_\sigma l’espace H muni de la topologie affaiblie. Soit L1(H)\mathscr{L}^1(H) l’espace de Banach des endomorphismes nucléaires de H (V, p. 50, et TS, V); la norme dans L1(H)\mathscr{L}^1(H) est définie par ∥u∥1=Tr⁡((u∗u)1/2)\|u\|_1 = \operatorname{Tr}((u^*u)^{1/2}). On peut identifier L(H)\mathscr{L}(H) au dual de l’espace de Banach L1(H)\mathscr{L}^1(H) en associant à tout u∈L(H)u \in \mathscr{L}(H) la forme linéaire φu:v↦Tr⁡(uv)\varphi_u : v \mapsto \operatorname{Tr}(uv) sur L1(H)\mathscr{L}^1(H). Soit A une sous-algèbre de L(H)\mathscr{L}(H), contenant 1 et stable par u↦u∗u \mapsto u^*; c’est une algèbre de von Neumann si et seulement si elle est fermée dans L(H)\mathscr{L}(H) pour la topologie faible σ(L(H),L1(H))\sigma(\mathscr{L}(H), \mathscr{L}^1(H)). On déduit du cor. 3 le critère suivant : pour que A soit une algèbre de von Neumann, il faut et il suffit que pour toute suite (un)(u_n) d’éléments de norme ⩽1\leqslant 1 de A admettant une limite u dans l’espace Ls(H;Hσ)\mathscr{L}_s(H ; H_\sigma), u appartienne à A. \

6. Applications bilinéaires séparément continues

Lemme 1

Soient E et F deux espaces localement convexes métrisables, et u une application linéaire continue de Eb′E'_b dans F. Il existe un voisinage U de 0 dans Eb′E'_b dont l’image par u est bornée dans F.

Soit (Un)n∈N(U_n)_{n \in \mathbf{N}} (resp. (Vn)n∈N(V_n)_{n \in \mathbf{N}}) un système fondamental de voisinages de 0 dans E (resp. F). On suppose que les ensembles UnU_n sont équilibrés et forment une suite décroissante. Comme u est continue, il existe pour tout n∈Nn \in \mathbf{N} un ensemble borné BnB_n dans E tel que u(Bn∘)⊂Vnu(B_n^\circ) \subset V_n. Comme BnB_n est borné, il existe un nombre réel λn>0\lambda_n > 0 tel que λnBn⊂Un\lambda_n B_n \subset U_n. Posons B=⋃n∈NλnBnB = \bigcup_{n \in \mathbf{N}} \lambda_n B_n.

Nous allons prouver que l’ensemble B est borné dans E, autrement dit que pour tout entier m⩾0m \geqslant 0, il existe un nombre réel μ>0\mu > 0 tel que μB⊂Um\mu B \subset U_m. Comme les ensembles BnB_n sont bornés, il existe un nombre réel μ\mu tel que 0<μ⩽10 < \mu \leqslant 1 et que μ(λnBn)⊂Um\mu (\lambda_n B_n) \subset U_m pour 0⩽n⩽m0 \leqslant n \leqslant m; on a par ailleurs λnBn⊂Un⊂Um\lambda_n B_n \subset U_n \subset U_m si n>mn > m, d’où μB⊂Um\mu B \subset U_m puisque UmU_m est équilibré.

Soit U le polaire de B dans Eb′E'_b. C’est un voisinage de 0 dans Eb′E'_b et l’on a λnB∘⊂Bn∘\lambda_n B^\circ \subset B_n^\circ, d’où λnu(U)⊂Vn\lambda_n u(U) \subset V_n pour tout n∈Nn \in \mathbf{N}. Par suite u(U)u(U) est borné dans F.

Théorème 2

Soient E1E_1 et E2E_2 deux espaces de Fréchet réflexifs, et GG un espace localement convexe séparé. Pour i=1,2i = 1, 2, soit FiF_i le dual fort de EiE_i. Alors toute application bilinéaire séparément continue u:F1×F2→Gu : F_1 \times F_2 \to G est continue.

L’espace GG est isomorphe à un sous-espace d’un produit d’espaces de Banach (II, p. 5, prop. 3). Il suffit donc de prouver le théorème sous l’hypothèse supplémentaire que GG est un espace de Banach. Or F1F_1 est tonnelé et F2F_2 bornologique (IV, p. 23, corollaire), et Lb(F2;G)\mathscr{L}_b(F_2 ; G) est un espace de Fréchet (IV, p. 22, prop. 3). Notons vv l’application linéaire de F1F_1 dans Lb(F2;G)\mathscr{L}_b(F_2 ; G) associée à uu par la relation

u(x1,x2)=v(x1)(x2)(x1∈F1,x2∈F2). u(x_1, x_2) = v(x_1)(x_2) \quad (x_1 \in F_1, x_2 \in F_2).
Comme F1F_1 est tonnelé et uu séparément continue, vv est continue (III, p. 32, prop. 6).

Comme vv est continue, le lemme 1 entraîne l’existence d’un voisinage U1U_1 de 0 dans F1F_1 dont l’image par vv soit bornée dans Lb(F2;G)\mathscr{L}_b(F_2 ; G). Autrement dit, pour tout ensemble borné B2B_2 dans F2F_2, l’ensemble u(U1×B2)u(U_1 \times B_2) est borné dans l’espace de Banach GG. Soit U2U_2 l’ensemble des x2∈F2x_2 \in F_2 tels que l’on ait ∥u(x1,x2)∥≤1\|u(x_1, x_2)\| \leq 1 pour tout x1∈U1x_1 \in U_1. L’ensemble U2U_2 absorbe donc tout ensemble borné ; comme F2F_2 est bornologique, U2U_2 est donc un voisinage de 0 dans F2F_2, ce qui prouve que uu est continue.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.