Bourbaki

§ 4. Fonctions convexes d’une variable réelle

Soient H une partie de R\mathbf{R}, ff une fonction numérique finie définie dans H, G le graphe ou ensemble représentatif de la fonction ff dans R×R=R2\mathbf{R} \times \mathbf{R} = \mathbf{R}^2, ensemble des points Mx=(x,f(x))M_x = (x, f(x)), où xx parcourt H. Nous conviendrons de dire qu’un point (a,b)(a, b) de R2\mathbf{R}^2 tel que a∈Ha \in H est au-dessus (resp. strictement au-dessus, au-dessous, strictement au-dessous) de G si on a b≥f(a)b \geq f(a) (resp. b>f(a)b > f(a), b<f(a)b < f(a), b<f(a)b < f(a)). Si A=(a,a′)A = (a, a') et B=(b,b′)B = (b, b') sont deux points de R2\mathbf{R}^2, nous désignerons par AB le segment fermé d’extrémités A et B; si a<ba < b, AB est le graphe de la fonction linéaire a′+b′−a′b−a(x−a)a' + \frac{b' - a'}{b - a} (x - a) définie dans (a,b)(a, b); nous désignerons par p(AB)p(AB) la pente b′−a′b−a\frac{b' - a'}{b - a} de ce segment, et ferons usage du lemme suivant, dont la vérification est immédiate:

Lemme

Soient A=(a,a′)A = (a, a'), B=(b,b′)B = (b, b'), C=(c,c′)C = (c, c') trois points de R2\mathbf{R}^2 tels que a<b<ca < b < c. Les propositions suivantes sont équivalentes: a) B est au-dessous de AC; b) C est au-dessus de la droite passant par A et B;

!Figure 1

Fig. 1

c) A est au-dessus de la droite passant par B et C; d) p(AB)≤p(AC)p(AB) \leq p(AC); e) p(AC)≤p(BC)p(AC) \leq p(BC).

Le lemme est encore exact quand on y remplace « au-dessus » (resp. « au-dessous ») par « strictement au-dessus » (resp. « strictement au-dessous ») et le signe ≤\leq par << (fig. 1).

1. Définition des fonctions convexes

Définition 1

On dit qu’une fonction numérique finie ff, définie dans un intervalle (I⊂R)(I \subset \mathbf{R}), est convexe dans I, si, quels que soient les points x,x′x, x' de I (x<x′x < x'), tout point MxM_x du graphe G de f tel que x≤z≤x′x \leq z \leq x' est au-dessous du segment MxMx′M_xM_{x'} (ou, ce qui revient au même, si tout point de ce segment est au-dessus de G) (fig. 2).

!Graph showing points M_x, M_z, M_{x'}, and segment G between M_x and M_{x'}

Fig. 2

Tenant compte de la représentation paramétrique d’un segment (TG, VI, p. 5), la condition pour que f soit convexe dans I est que l’on ait l’inégalité

f(λx+(1−λ)x′)≤λf(x)+(1−λ)f(x′) f(\lambda x + (1 - \lambda)x') \leq \lambda f(x) + (1 - \lambda)f(x')
pour tout couple (x,x′)(x, x') de points de I et tout λ∈[0,1]\lambda \in [0, 1].

La définition 1 est encore équivalente à la suivante : l’ensemble des points de R2\mathbf{R}^2 situés au-dessus du graphe G de f est convexe. En effet, cette condition est évidemment suffisante pour que f soit convexe dans I ; elle est aussi nécessaire, car si f est convexe dans I, et si (x,y),(x′,y′)(x, y), (x', y') sont deux points situés au-dessus de G, on a y≥f(x),y′≥f(x′)y \geq f(x), y' \geq f(x'), d’où, pour 0≤λ≤10 \leq \lambda \leq 1,

λy+(1−λ)y′≥λf(x)+(1−λ)f(x′)≥f(λx+(1−λ)x′) \lambda y + (1 - \lambda)y' \geq \lambda f(x) + (1 - \lambda)f(x') \geq f(\lambda x + (1 - \lambda)x')
d’après (1), ce qui montre que tout point du segment d’extrémités (x,y)(x, y) et (x′,y′)(x', y') est au-dessus de G.

Remarque

On voit de même que l’ensemble des points situés strictement au-dessus de G est convexe. Réciproquement, si cet ensemble est convexe, on a

λy+(1−λ)y′>f(λx+(1−λ)x′) \lambda y + (1 - \lambda)y' > f(\lambda x + (1 - \lambda)x')
pour 0≤λ≤10 \leq \lambda \leq 1 et y>f(x),y′>f(x′)y > f(x), y' > f(x') ; en faisant tendre y vers f(x)f(x) et y′y' vers f(x′)f(x') dans cette formule, il en résulte que f est convexe.

Exemple 1

Toute fonction linéaire affine (numérique) ax+bax + b est convexe dans R\mathbf{R}.

Exemple 2

La fonction x2x^2 est convexe dans R\mathbf{R}, car on a

λx2+(1−λ)x′2−(λx+(1−λ)x′)2=λ(1−λ)(x−x′)2≥0 \lambda x^2 + (1 - \lambda){x'}^2 - (\lambda x + (1 - \lambda)x')^2 = \lambda(1 - \lambda)(x - x')^2 \geq 0
pour 0≤λ≤10 \leq \lambda \leq 1.

Exemple 3

La fonction ∣x∣|x| est convexe dans R\mathbf{R}, car on a

∣λx+(1−λ)x′∣≤λ∣x∣+(1−λ)∣x′∣ |\lambda x + (1 - \lambda)x'| \leq \lambda |x| + (1 - \lambda)|x'|
pour 0≤λ≤10 \leq \lambda \leq 1.

Il est clair que si f est convexe dans I, sa restriction à tout intervalle J⊂IJ \subset I est convexe dans J.

Soient ff une fonction convexe dans II, x,x′x, x' deux points de II tels que x<x′x < x'; si z∈Iz \in I est extérieur à {x,x′}\{x, x'\}, MzM_z est au-dessus de la droite D joignant MxM_x et Mx′M_{x'}; c’est une conséquence immédiate du lemme.

On en déduit que, si zz est un point tel que x<z<x′x < z < x', et tel que MzM_z soit sur le segment MxMx′M_xM_{x'}, alors, pour tout autre point z′z' tel que x<z′<x′x < z' < x', Mz′M_{z'} est aussi sur le segment MxMx′M_xM_{x'}, car il résulte de ce qui précède que Mz′M_{z'} doit être à la fois au-dessus et au-dessous de ce segment; en d’autres termes, ff est alors égale à une fonction linéaire affine dans {x,x′}\{x, x'\}.

Définition 2

On dit qu’une fonction numérique finie ff, définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, est strictement convexe dans II, si quels que soient les points x,x′x, x' de II (x<x′x < x'), tout point MzM_z du graphe G de ff tel que x<z<x′x < z < x' est strictement au-dessous du segment MxMx′M_xM_{x'} (ou, ce qui revient au même, si tout point de ce segment, distinct des extrémités, est strictement au-dessus de G).

En d’autres termes, on doit avoir l’inégalité

f(λx+(1−λ)x′)<λf(x)+(1−λ)f(x′) f(\lambda x + (1 - \lambda)x') < \lambda f(x) + (1 - \lambda)f(x')
pour tout couple (x,x′)(x, x') de points distincts de II et tout λ\lambda tel que 0<λ<10 < \lambda < 1.

Les remarques précédant la déf. 2 montrent que, pour qu’une fonction ff convexe dans II soit strictement convexe, il faut et il suffit qu’il n’existe aucun intervalle contenu dans II (et non réduit à un point) tel que la restriction de ff à cet intervalle soit linéaire affine.

Des exemples donnés ci-dessus, le premier et le troisième ne sont pas des fonctions strictement convexes; par contre, on voit que x2x^2 est une fonction strictement convexe dans R\mathbf{R}; un calcul analogue montre que 1/x1/x est strictement convexe dans ]0,+∞[]0, +\infty[.

Proposition 1

Soit ff une fonction numérique finie, convexe (resp. strictement convexe) dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}. Pour toute famille (xi)1≤i≤p(x_i)_{1 \leq i \leq p} de p≥2p \geq 2 points distincts de II, et toute famille (λi)1≤i≤p(\lambda_i)_{1 \leq i \leq p} de pp nombres réels tels que 0<λi<10 < \lambda_i < 1 et ∑i=1pλi=1\sum_{i=1}^p \lambda_i = 1, on a

f(∑i=1pλixi)≤∑i=1pλif(xi) f\left( \sum_{i=1}^p \lambda_i x_i \right) \leq \sum_{i=1}^p \lambda_i f(x_i)
(resp.
f(∑i=1pλixi)<∑i=1pλif(xi)). f\left( \sum_{i=1}^p \lambda_i x_i \right) < \sum_{i=1}^p \lambda_i f(x_i)).

La proposition (pour les fonctions convexes) se réduisant à l’inégalité (1) pour p=2p = 2, nous raisonnons par récurrence sur p>2p > 2. Le nombre μ=∑i=1n−1λi\mu = \sum_{i=1}^{n-1} \lambda_i est >0> 0; il est immédiat que si aa et bb sont le plus petit et le plus grand des xix_i, on a

a≤∑i=1p−1λixi∑i=1p−1λi≤b, a \leq \frac{\sum_{i=1}^{p-1} \lambda_i x_i}{\sum_{i=1}^{p-1} \lambda_i} \leq b,
autrement dit le point x=1μ∑i=1p−1λixix = \frac{1}{\mu} \sum_{i=1}^{p-1} \lambda_i x_i appartient à II, et l’hypothèse de récurrence entraîne μf(x)≤∑i=1p−1λif(xi)\mu f(x) \leq \sum_{i=1}^{p-1} \lambda_i f(x_i); d’autre part, on a, d’après (1)

f(∑i=1pλixi)=f(μx+(1−μ)xp)≤μf(x)+(1−μ)f(xp)≤∑i=1pλif(xi). f\left( \sum_{i=1}^p \lambda_i x_i \right) = f(\mu x + (1-\mu)x_p) \leq \mu f(x) + (1-\mu)f(x_p) \leq \sum_{i=1}^p \lambda_i f(x_i).

On raisonne de même pour les fonctions strictement convexes en partant de l’inégalité (2).

On dit qu’une fonction numérique finie ff est concave (resp. strictement concave) dans II si — ff est convexe (resp. strictement convexe) dans II. Il revient au même de dire que, pour tout couple (x,x′)(x, x') de points distincts de II et tout λ\lambda tel que 0<λ<10 < \lambda < 1, on a

f(λx+(1−λ)x′)≥λf(x)+(1−λ)f(x′) f(\lambda x + (1-\lambda)x') \geq \lambda f(x) + (1-\lambda)f(x')
(resp. f(λx+(1−λ)x′)>λf(x)+(1−λ)f(x′)f(\lambda x + (1-\lambda)x') > \lambda f(x) + (1-\lambda)f(x')).

2. Familles de fonctions convexes

Proposition 2

Soient fif_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) pp fonctions convexes dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, et cic_i (1≤i≤p1 \leq i \leq p) pp nombres positifs quelconques ; la fonction f=∑i=1pcifif = \sum_{i=1}^p c_i f_i est convexe dans II. En outre, si pour un indice jj au moins, fjf_j est strictement convexe dans II et cj>0c_j > 0, ff est strictement convexe dans II.

Cela résulte aussitôt de l’inégalité (1) (resp. (2)) appliquée à chacune des fif_i, en multipliant les deux membres de l’inégalité relative à fif_i par cic_i, et ajoutant membre à membre.

Proposition 3

Soit (fα)(f_\alpha) une famille de fonctions convexes dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}; si l’enveloppe supérieure gg de cette famille est finie en tout point de II, gg est convexe dans II.

En effet, l’ensemble des points (x,y)∈R2(x, y) \in \mathbf{R}^2 situés au-dessus du graphe de gg est l’intersection des ensembles convexes formés respectivement des points situés au-dessus du graphe de chacune des fonctions fαf_\alpha; il est donc convexe.

Proposition 4

Soit HH un ensemble de fonctions convexes dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}; si F\mathfrak{F} est un filtre sur HH qui converge simplement dans II vers une fonction numérique finie f0f_0, cette fonction est convexe dans II.

Il suffit pour le voir de passer à la limite suivant F\mathfrak{F} dans l’inégalité (1).

3. Continuité et dérivabilité des fonctions convexes

Proposition 5

Pour qu’une fonction numérique finie f soit convexe (resp. strictement convexe) dans un intervalle I, il faut et il suffit que pour tout a ∈ I, la pente

p(MaMx)=f(x)−f(a)x−a p(M_aM_x) = \frac{f(x) - f(a)}{x - a}

soit une fonction croissante (resp. strictement croissante) de x dans I ∩ C{a}.

Cette proposition est une conséquence immédiate des déf. 1 et 2 et du lemme de I, p. 32.

Proposition 6

Soit f une fonction numérique finie, convexe dans un intervalle I ⊂ R\mathbf{R}. En tout point a intérieur à I, f est continue, admet une dérivée à droite et une dérivée à gauche finies, et on a fg′(a)≤fd′(a)f'_g(a) \leq f'_d(a).

En effet, pour x ∈ I et x > a, la fonction x↦f(x)−f(a)x−ax \mapsto \frac{f(x) - f(a)}{x - a} est croissante (prop. 5) et bornée inférieurement, puisque si y < a et y ∈ I, on a

f(y)−f(a)y−a≤f(x)−f(a)x−a \frac{f(y) - f(a)}{y - a} \leq \frac{f(x) - f(a)}{x - a}

d’après la prop. 5; cette fonction admet donc une limite à droite finie au point a, autrement dit fd′(a)f'_d(a) existe et est finie; en outre, en faisant tendre x vers a (x > a) dans (5), il vient

f(y)−f(a)y−a≤fd′(a) \frac{f(y) - f(a)}{y - a} \leq f'_d(a)

pour tout y < a appartenant à I. On démontre de même que fg′(a)f'_g(a) existe, et que

fg′(a)≤f(x)−f(a)x−a f'_g(a) \leq \frac{f(x) - f(a)}{x - a}

pour x ∈ I et x > a. En faisant tendre x vers a (x > a) dans cette dernière inégalité, il vient fg′(a)≤fd′(a)f'_g(a) \leq f'_d(a). L’existence des dérivées à droite et à gauche au point a entraîne évidemment la continuité de f en ce point.

Corollaire 1

Soit f une fonction convexe (resp. strictement convexe) dans I; si a et b sont deux points intérieurs à I tels que a < b, on a (fig. 3)

fd′(a)≤f(b)−f(a)b−a≤fg′(b) f'_d(a) \leq \frac{f(b) - f(a)}{b - a} \leq f'_g(b)

(resp.

fd′(a)<f(b)−f(a)b−a<fg′(b). f'_d(a) < \frac{f(b) - f(a)}{b - a} < f'_g(b).

La double inégalité (8) provient de (6) et (7) par simple changement de notation. D’autre part, si ff est strictement convexe et cc tel que a<c<ba < c < b, on a, d’après (8) et la prop. 5

fa′(a)≤f(c)−f(a)c−a<f(b)−f(a)b−a<f(b)−f(c)b−c≤fg′(b) f'_a(a) \leq \frac{f(c) - f(a)}{c - a} < \frac{f(b) - f(a)}{b - a} < \frac{f(b) - f(c)}{b - c} \leq f'_g(b)
d’où (9).

Corollaire 2

Si ff est convexe (resp. strictement convexe) dans II, fa′f'_a et fg′f'_g sont croissantes (resp. strictement croissantes) dans l’intérieur de II; l’ensemble des points de II où ff n’est pas dérivable est dénombrable, et fa′f'_a et fg′f'_g sont continues en tout point où ff est dérivable.

La première partie résulte aussitôt de (8) (resp. (9)) et de l’inégalité

fg′(a)≤fa′(a). f'_g(a) \leq f'_a(a).
Soient d’autre part EE l’ensemble des points xx intérieurs à II où ff n’est pas dérivable (c’est-à-dire fg′(x)<fa′(x)f'_g(x) < f'_a(x)). Pour tout x∈Ex \in E, soit JxJ_x l’intervalle ouvert ]fg′(x),fa′(x)[]f'_g(x), f'_a(x)[; il résulte de (8) que si xx et yy sont deux points de EE tels que x<yx < y, on a u<vu < v pour tout u∈Jxu \in J_x et tout v∈Jyv \in J_y; autrement dit, lorsque xx parcourt EE, les intervalles ouverts non vides JxJ_x sont deux à deux sans point commun; l’ensemble de ces intervalles est donc dénombrable, et il en est par suite de même de EE. Enfin, fa′f'_a (resp. fg′f'_g) étant croissante, a en tout point xx intérieur à II une limite à droite et une limite à gauche; la prop. 6 de I, p. 26 montre alors que la limite à droite de fa′f'_a (resp. fg′f'_g) au point xx est égale à fa′(x)f'_a(x), et sa limite à gauche à fg′(x)f'_g(x); d’où la dernière partie du corollaire.

Soient ff une fonction convexe dans II, aa un point intérieur à II, DD une droite passant par le point MaM_a, d’équation y−f(a)=α(x−a)y - f(a) = \alpha(x - a). Il résulte des inégalités (8) que si fg′(a)≤α≤fa′(a)f'_g(a) \leq \alpha \leq f'_a(a), tout point du graphe GG de ff est au-dessus de DD, et, si ff est strictement convexe, MaM_a est le seul point commun à DD et GG; on dit que DD est une droite d’appui de GG au point MaM_a. Inversement, si GG est au-dessus de DD, on a f(x)−f(a)≥α(x−a)f(x) - f(a) \geq \alpha(x - a) pour tout x∈Ix \in I, d’où f(x)−f(a)x−a≥α\frac{f(x) - f(a)}{x - a} \geq \alpha pour x≥ax \geq a, et f(x)−f(a)x−a≤α\frac{f(x) - f(a)}{x - a} \leq \alpha pour x<ax < a; faisant tendre xx vers aa dans ces inégalités, il vient fg′(a)≤α≤fa′(a)f'_g(a) \leq \alpha \leq f'_a(a).

En particulier, si ff est dérivable au point aa, il n’existe qu’une seule droite d’appui de GG au point MaM_a, la tangente à GG en MaM_a.

Remarque

Si ff est une fonction strictement convexe dans un intervalle ouvert II, fa′f'_a est strictement croissante dans II, donc trois cas seulement sont possibles, d’après la prop. 2 de I, p. 21: 1° ff est strictement décroissante dans II; 2° ff est strictement croissante dans II; 3° il existe a∈Ia \in I tel que, pour x≤ax \leq a, ff soit strictement décroissante, et, pour x≥ax \geq a, strictement croissante.

Lorsque ff est convexe dans II, mais non strictement convexe, ff peut être constante dans un intervalle contenu dans II; soit J=]a,b[J = ]a, b[ le plus grand intervalle ouvert où ff est constante (c’est-à-dire l’intérieur de l’intervalle où fa′(x)=0f'_a(x) = 0); ff est alors strictement décroissante dans l’intervalle formé des points x∈Ix \in I tels que x≤ax \leq a (s’il en existe), strictement croissante dans l’intervalle formé des points x∈Ix \in I tels que x≥bx \geq b (s’il en existe).

Dans tous les cas, on voit que ff possède une limite à droite à l’origine de II (dans R‾\overline{\mathbf{R}}), une limite à gauche à l’extrémité de II; ces limites peuvent être finies ou infinies (cf. I, p. 51, exerc. 5, 6 et 7). Par abus de langage, on dit parfois que la fonction continue (à valeurs dans R‾\overline{\mathbf{R}}) égale à ff dans l’intérieur de II, et prolongée par continuité aux extrémités de II, est convexe dans I~\tilde{I}.

4. Critères de convexité

Proposition 7

Soit ff une fonction numérique finie, définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}. Pour que ff soit convexe dans II, il faut et il suffit que, pour tout couple de nombres a,ba, b de II tels que a<ba < b, et pour tout nombre réel μ\mu, la fonction f(x)+μxf(x) + \mu x atteigne sa borne supérieure dans [a,b][a, b] en l’un des points a,ba, b.

La condition est nécessaire; en effet, comme μx\mu x est convexe dans R\mathbf{R}, f(x)+μxf(x) + \mu x est convexe dans II; on peut donc se borner au cas où μ=0\mu = 0. Or, pour

x=λa+(1−λ)b(0≤λ≤1), x = \lambda a + (1 - \lambda)b \quad (0 \leq \lambda \leq 1),
on a
f(x)≤λf(a)+(1−λ)f(b)≤Max⁡(f(a),f(b)). f(x) \leq \lambda f(a) + (1 - \lambda)f(b) \leq \operatorname{Max}(f(a), f(b)).

La condition est suffisante. Prenons en effet μ=−f(b)−f(a)b−a\mu = - \frac{f(b) - f(a)}{b - a} et soit g(x)=f(x)+μxg(x) = f(x) + \mu x; on a g(a)=g(b)g(a) = g(b), donc g(x)≤g(a)g(x) \leq g(a) pour tout x∈[a,b]x \in [a, b], et on vérifie aussitôt que cette inégalité équivaut à l’inégalité (1) où on a remplacé zz par aa et x′x' par bb.

Proposition 8

Pour qu’une fonction numérique finie ff soit convexe (resp. strictement convexe) dans un intervalle ouvert I⊂RI \subset \mathbf{R}, il faut et il suffit qu’elle soit continue dans II, admette une dérivée en tout point du complémentaire BB par rapport à II d’une partie dénombrable de cet intervalle, et que cette dérivée soit croissante (resp. strictement croissante) dans BB.

La condition est nécessaire d’après la prop. 6 et son corollaire 2 (I, p. 36); montrons qu’elle est suffisante. Supposons donc f′f' croissante dans BB, et supposons que ff ne soit pas convexe; il existerait donc (I, p. 36, prop. 5) trois points a,b,ca, b, c de

I tels que a<c<ba < c < b, et f(c)−f(a)c−a>f(b)−f(c)b−c\frac{f(c) - f(a)}{c - a} > \frac{f(b) - f(c)}{b - c}; mais d’après le th. des accroissements finis (I, p. 23, th. 1), on a

f(c)−f(a)c−a≤sup⁡x∈B,a<x<cf′(x)etf(b)−f(c)b−c≥inf⁡x∈B,c<x<bf′(x). \frac{f(c) - f(a)}{c - a} \leq \sup_{x \in B, a < x < c} f'(x) \quad \text{et} \quad \frac{f(b) - f(c)}{b - c} \geq \inf_{x \in B, c < x < b} f'(x).
On aurait donc sup⁡x∈B,a<x<cf′(x)>inf⁡x∈B,c<x<bf′(x)\sup_{x \in B, a < x < c} f'(x) > \inf_{x \in B, c < x < b} f'(x), contrairement à l’hypothèse que f′f' est croissante dans BB.

Si maintenant f′f' est supposée strictement croissante dans BB, ff est convexe et ne peut être égale à une fonction linéaire affine dans aucun intervalle ouvert contenu dans II, car dans cet intervalle f′f' serait constante, contrairement à l’hypothèse.

Corollaire

Soit ff une fonction numérique finie, continue et deux fois dérivable dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}; pour que ff soit convexe dans II, il faut et il suffit que f′′(x)≥0f''(x) \geq 0 pour tout x∈Ix \in I; pour que ff soit strictement convexe dans II, il faut et il suffit que la condition précédente soit vérifiée et en outre que l’ensemble des points x∈Ix \in I où f′′(x)>0f''(x) > 0 soit partout dense dans II.

Cela résulte aussitôt de la proposition précédente, et du corollaire de I, p. 22.

Exemple

\* Dans l’intervalle ]0, +∞[, la fonction xrx^r (r réel quelconque) a une dérivée seconde égale à r(r−1)xr−2r(r-1)x^{r-2}; donc, elle est strictement convexe si r>1r > 1 ou r<0r < 0, strictement concave si 0<r<10 < r < 1*.

Pour énoncer un autre critère de convexité, nous poserons la définition suivante: étant donné le graphe HH d’une fonction numérique finie définie dans un intervalle I⊂RI \subset \mathbf{R}, et un point aa intérieur à II, nous dirons qu’une droite DD passant par Ma=(a,f(a))M_a = (a, f(a)) est localement au-dessus (resp. localement au-dessous) de GG en ce point s’il existe un voisinage V⊂IV \subset I de aa tel que tout point de DD contenu dans V×RV \times \mathbf{R} soit au-dessus (resp. au-dessous) de GG; nous dirons que DD est localement sur GG au point MaM_a s’il existe un voisinage V⊂IV \subset I de aa tel que l’intersection de DD et de V×RV \times \mathbf{R} soit identique à celle de GG et de B×RB \times \mathbf{R} (autrement dit, si DD est à la fois localement au-dessus et localement au-dessous de GG).

Proposition 9

Soit ff une fonction numérique finie, semi-continue supérieurement dans un intervalle ouvert I⊂RI \subset \mathbf{R}. Pour que ff soit convexe dans II, il faut et il suffit que, pour tout point MxM_x du graphe GG de ff, toute droite localement au-dessus de GG en ce point soit localement sur GG (au point MxM_x).

La condition est nécessaire; en effet, si ff est convexe dans II, en tout point MaM_a du graphe GG de ff, il existe une droite d’appui Δ\Delta de GG; Δ\Delta est au-dessous de GG, et aa fortiori localement au-dessous de GG (I, p. 37); si une droite DD est localement au dessus de GG au point MaM_a, elle est localement au-dessus de Δ\Delta, donc coïncide nécessairement avec Δ\Delta, et par suite est localement sur GG au point MaM_a.

La condition est suffisante. En effet, supposons-la remplie, et supposons que ff ne soit pas convexe dans I ; il existerait alors deux points a, b de I (a < b) tels qu’il existe des points M_x de G strictement au-dessus du segment M_aM_b (fig. 4).

Autrement dit, la fonction g(x) = f(x) − f(a) − f(b)−f(a)b−a\frac{f(b) - f(a)}{b - a} (x − a) prendrait des valeurs > 0 dans {a, b}; comme elle est finie et semi-continue supérieurement dans cet intervalle compact, sa borne supérieure k dans {a, b} est finie et > 0, et

!Figure 4

Fig. 4

l’ensemble −1g(k)^{-1}g(k) est fermé et non vide (TG, IV, p. 30, th. 3 et p. 29, prop. 1). Soit c la borne inférieure de −1g(k)^{-1}g(k); on a a < c < b, et au point M_c la droite D d’équation y = f(c) + f(b)−f(a)b−a\frac{f(b) - f(a)}{b - a} (x − c) est localement au-dessus de G; mais elle ne peut être localement sur G en ce point, puisque, pour a < x < c, on a g(x) < k, ce qui signifie que M_x est strictement au-dessous de D. Nous aboutissons donc à une contradiction, ce qui établit la proposition.

Corollaire 1

Pour qu’une fonction numérique finie f, définie dans un intervalle ouvert I ⊂ \mathbf{R}, et semi-continue supérieurement dans I, soit convexe dans I, il faut et il suffit que, pour tout x ∈ I, il existe ε > 0 tel que la relation |h| ≤ ε entraîne

f(x)≤12(f(x+h)+f(x−h)). f(x) \leq \frac{1}{2} (f(x + h) + f(x - h)).

!Figure 5

Fig. 5

Nous avons seulement à démontrer que la condition est suffisante. En effet, si en un point MaM_a du graphe GG de ff, une droite DD est localement au-dessus de GG, elle est localement sur GG en ce point; car, dans le cas contraire, par exemple, un point Ma+hM_{a+h} serait strictement au-dessous de DD, le point Ma−hM_{a-h} étant au-dessous de DD; le milieu du segment Ma−hMa+hM_{a-h}M_{a+h} serait alors strictement au-dessous de DD (fig. 5), et en vertu de l’hypothèse MaM_a serait a fortiori strictement au-dessous de DD, ce qui est absurde.

Corollaire 2

Soit ff une fonction numérique finie, définie dans un intervalle ouvert I⊂RI \subset \mathbf{R}. Si, pour tout point x∈Ix \in I, il existe un intervalle ouvert Jx⊂IJ_x \subset I contenant xx et tel que la restriction de ff à JxJ_x soit convexe dans JxJ_x, alors ff est convexe dans II.

Il est clair en effet que ff satisfait au critère de la prop. 8.

Exercices

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.