§ 1. Théorèmes d’existence
1. La notion d’équation différentielle
Soient I un intervalle contenu dans et non réduit à un point, E un espace vectoriel topologique sur , A et B deux parties ouvertes de E. Soit une application de dans E; à toute application dérivable de I dans A, dont la dérivée prend ses valeurs dans B, faisons correspondre l’application de I dans E, que nous désignerons par ; est donc définie dans l’ensemble des applications dérivables de I dans A, dont la dérivée prend ses valeurs dans B. Nous dirons que l’équation est une équation différentielle en (relativement à la variable réelle ); une solution de cette équation est encore appelée intégrale de l’équation différentielle (dans l’intervalle I); c’est donc une application dérivable de I dans A, dont la dérivée prend ses valeurs dans B, et qui est telle que pour tout . Par abus de langage, nous écrirons l’équation différentielle sous la forme
étant sous-entendu que est un élément de l’ensemble .
Par exemple, pour , les relations
Dans ce chapitre, nous ne considérerons en principe que le cas où E est un espace normé complet sur , et où les équations différentielles sont de la forme particulière (1)
(« équations résolues par rapport à x' »), f désignant une fonction à valeurs dans E, définie dans I × H, où H est une partie ouverte non vide de E. Nous élargirons d’autre part un peu la notion de solution (ou intégrale) d’une telle équation (dans l’intervalle I) : nous dirons qu’une fonction u définie et continue dans I, à valeurs dans H, est une solution (ou intégrale) de l’équation (1) s’il existe une partie dénombrable A de I telle qu’en tout point t du complémentaire de A par rapport à I, u admette une dérivée u'(t) telle que u'(t) = f(t, u(t)). Si u est dérivable et vérifie la relation précédente en tout point t ∈ I, nous dirons que c’est une solution stricte de l’équation (1) dans I.
Dans le cas particulier d’une équation différentielle de la forme x' = f(t), f étant une application de I dans E, les solutions au sens précédent sont les primitives de la fonction f (II, p. 1), et les solutions strictes sont les primitives strictes.
Lorsque E est un produit d’espaces normés complets E_i (1 ≤ i ≤ n), on peut écrire x = (x_i)_{1 ≤ i ≤ n} et f = (f_i)_{1 ≤ i ≤ n} où x_i est une application de I dans E_i, et f_i une application de I × H dans E_i; l’équation (1) est alors équivalente au système d’équations différentielles
Le cas le plus important est celui où tous les E_i sont égaux à \mathbf{R} ou à \mathbf{C}; on dit alors que (2) est un système d’équations différentielles scalaires.
À l’étude des systèmes (2) se ramène celle des relations de la forme
où x est une fonction vectorielle n fois dérivable dans I: en posant en effet x_1 = x, x_p = x^{(p-1)} pour 2 ≤ p ≤ n, la relation (3) est équivalente au système
Une relation de la forme (3) est appelée équation différentielle d’ordre n (résolue par rapport à x^{(n)}); par opposition, les équations de la forme (1) sont dites équations différentielles du premier ordre.
On ramène de même à un système de la forme (2) tout « système d’équations différentielles » de la forme
2. Équations différentielles admettant pour solutions des primitives de fonctions réglées
Rappelons (II, p. 4, déf. 3) qu’une fonction vectorielle u définie dans un intervalle I ⊂ \mathbf{R} est dite réglée si, dans toute partie compacte de I, elle est limite uniforme de fonctions en escalier; une condition équivalente est qu’en tout point intérieur à I, u ait une limite à droite et une limite à gauche, ainsi qu’une limite à droite à l’origine de I et une limite à gauche à l’extrémité de I, lorsque ces points appartiennent à I (II, p. 5, th. 3). Nous allons dans ce chapitre nous restreindre aux équations différentielles (1) dont toute solution est une primitive d’une fonction réglée dans I. Cette condition est évidemment satisfaite si, pour toute application continue u de I dans H, la fonction f(t, u(t)) est réglée dans I; le lemme suivant donne une condition suffisante pour qu’il en soit ainsi:
Lemme 1
Soit f une application de I × H dans E telle que, en désignant par fx (pour tout x ∈ H) l’application t ↦ f(t, x) de I dans E, les conditions suivantes soient réalisées: 1° fx est réglée dans I pour tout x ∈ H; 2° l’application x ↦ fx de H dans l’ensemble F(I, E) des applications de I dans E est continue quand on munit F(I, E) de la topologie de la convergence compacte (TG, X, p. 04). Dans ces conditions: 1° Pour toute application continue u de I dans H, la fonction t ↦ f(t, u(t)) est réglée dans I; de façon précise, la limite à droite (resp. à gauche) de cette fonction en un point t₀ ∈ I est égale à la limite à droite (resp. à gauche) de la fonction t ↦ f(t, u(t₀)) au point t₀. 2° Si (uₙ) est une suite d’applications de I dans H, qui converge uniformément vers une application continue u de I dans H, dans toute partie compacte de I, la suite des fonctions f(t, uₙ(t)) converge uniformément vers f(t, u(t)) dans toute partie compacte de I. 1° Soit c la limite à droite de f(t, u(t₀)) au point t₀; pour tout ε > 0, il existe un voisinage compact V de t₀ dans I tel que l’on ait \|f(t, u(t₀)) − c\| ≤ ε pour t ∈ V et t > t₀. D’autre part, il existe δ > 0 tel que les relations x ∈ H,\quad \|x − u(t₀)\| ≤ δ entraînent \|f(s, x) − f(s, u(t₀))\| ≤ ε pour tout s ∈ V; si W ⊂ V est un voisinage de t₀ dans I tel que l’on ait \|u(t) − u(t₀)\| ≤ δ pour tout t ∈ W, on aura donc \|f(t, u(t)) − c\| ≤ 2ε pour t ∈ W et t > t₀, ce qui prouve que c est limite à droite de f(t, u(t)) au point t₀. 2° Soit K une partie compacte de I; comme u est continue dans I, u(K) est une partie compacte de H; pour tout ε > 0 et tout x ∈ u(K) il existe un nombre δₓ tel que, pour y ∈ H, \|y − x\| ≤ δₓ et pour tout t ∈ K, on ait \|f(t, y) − f(t, x)\| ≤ ε. Il existe un nombre fini de points xᵢ ∈ u(K) tels que les boules fermées de centre xᵢ et de rayon forment un recouvrement de u(K); soit δ = Min (δₓᵢ). Par hypothèse, il existe un entier n₀ tel que pour n ≥ n₀, on ait \|uₙ(t) − u(t)\| ≤ pour tout t ∈ K. Or, pour tout t ∈ K, il existe un indice i tel que \|u(t) − xᵢ\| ≤ ; par suite, on a \|uₙ(t) − xᵢ\| ≤ δₓᵢ, d’où \|f(t, uₙ(t)) − f(t, u(t))\| ≤ 2ε pour tout t ∈ K et tout n ≥ n₀.
Dans toute la suite de ce paragraphe, I désignera un intervalle contenu dans et non réduit à un point, H un ensemble ouvert non vide contenu dans l’espace normé E, f une application de dans E satisfaisant aux conditions du lemme 1.
Proposition 1
Soient un point de I, un point de H ; pour qu’une fonction continue u soit une solution de l’équation (1) dans I et prenne la valeur au point , il faut et il suffit qu’elle vérifie la relation
pour tout .
En effet, d’après le lemme 1, si u est solution de (1) dans I, est réglée, donc le second membre de (6) est défini et égal à pour tout . Réciproquement, si u est une fonction continue satisfaisant à (6), est réglée d’après le lemme 1, donc u a pour dérivée sauf aux points d’une partie dénombrable de I.
Corollaire
En tout point de I distinct de l’origine (resp. de l’extrémité) de cet intervalle, toute solution u de (1) dans I admet une dérivée à gauche (resp. à droite) égale à la limite à gauche (resp. à droite) de en ce point.
Proposition 2
Si f est une application continue de dans E, toute solution de l’équation (1) dans I est une solution stricte.
En effet, une telle solution u est primitive de la fonction continue (II, p. 16, prop. 3).
On notera d’ailleurs qu’une fonction f continue dans vérifie les conditions du lemme 1 (TG, X, p. 13, cor. 3).
Dans ce qui suit, nous allons nous donner arbitrairement et , et chercher s’il existe dans I (ou dans un voisinage de par rapport à I) des solutions de (1) prenant la valeur au point (ou, ce qui revient au même, des solutions de (6)).
3. Existence de solutions approchées
Étant donné un nombre , nous dirons qu’une application continue u de I dans H est une solution approchée à près de l’équation différentielle
si, en tous les points du complémentaire par rapport à I d’un ensemble dénombrable, u admet une dérivée qui satisfait à la condition
Soit un point de ; satisfaisant par hypothèse aux conditions du lemme 1 (IV, p. 3), il existe un voisinage compact de dans tel que soit bornée dans , et une boule ouverte de centre , contenue dans , telle que soit bornée dans ; il en résulte que est bornée dans . Dans tout ce n°, désignera un intervalle compact, voisinage de dans , une boule ouverte de centre et de rayon , contenue dans , et étant tels que soit bornée dans ; désignera la borne supérieure de dans .
Proposition 3
Dans tout intervalle compact d’origine (ou d’extrémité) , contenu dans et de longueur , il existe une solution approchée à près de l’équation (1), à valeurs dans , et égale à au point .
Nous allons supposer que n’est pas l’extrémité de , et démontrer la proposition pour les intervalles d’origine . Soit l’ensemble des solutions approchées de (1) à près, dont chacune prend ses valeurs dans , est égale à au point , et est définie dans un intervalle semi-ouvert contenu dans (intervalle dépendant de la solution approchée que l’on considère). Montrons d’abord que n’est pas vide. Soit la limite à droite de au point ; d’après le lemme 1 (IV, p. 3), la fonction a une limite à droite égale à au point , donc la restriction de la fonction à un intervalle semi-ouvert assez petit appartient à .
Ordonnons l’ensemble par la relation « est une restriction de », et montrons que est inductif (E, III, p. 20). Soit une partie totalement ordonnée de , et soit l’intervalle où est définie: pour , est donc un prolongement de . La réunion des intervalles est un intervalle contenu dans , et il existe une fonction et une seule définie dans et coïncidant avec dans pour tout ; parmi les , il existe une suite croissante tendant vers ; comme coïncide avec dans , admet, en tous les points du complémentaire par rapport à d’un ensemble dénombrable, une dérivée vérifiant la relation (7), et est donc la borne supérieure de l’ensemble dans .
D’après le th. de Zorn (E, III, p. 20, th. 2), admet un élément maximal ; nous allons montrer que si est l’intervalle où est définie , ou bien est l’extrémité de , ou bien . Raisonnons par l’absurde, en supposant qu’aucune de ces deux hypothèses ne soit vérifiée; montrons d’abord qu’on peut prolonger par continuité au point : en effet, quels que soient et dans , on a
d’après le th. des accroissements finis; le critère de Cauchy montre donc que admet une limite à gauche au point . Soit alors la limite à droite au point de la fonction ; on a ; le même raisonnement qu’au début de la démonstration montre qu’on peut prolonger dans un intervalle semi-ouvert d’origine , par la fonction , de sorte que la fonction prolongée appartienne encore à , ce qui est absurde. La proposition est donc démontrée.
Lorsque est uniformément continue dans , on peut démontrer la prop. 3 sans faire usage du th. de Zorn (IV, p. 37, exerc. 1 a)).
Proposition 4
L’ensemble des solutions approchées de (1) à près définies dans un même intervalle , et prenant leurs valeurs dans , est uniformément équicontinu.
En effet, si est une fonction quelconque appartenant à cet ensemble, et deux points de , on a, d’après le th. des accroissements finis,
Corollaire (théorème de Peano)
Si est de dimension finie sur , dans tout intervalle compact d’origine (ou d’extrémité) , contenu dans et de longueur , il existe une solution de (1) à valeurs dans , égale à au point .
En effet, d’après la prop. 3, dès que est assez grand, il existe une solution approchée de l’équation (1) à près, définie dans , à valeurs dans , et égale à au point . En outre, à partir d’une certaine valeur de , est contenu dans une boule fermée de centre et de rayon , indépendant de . L’ensemble des est équicontinu (prop. 4), et comme est de dimension finie, est relativement compacte dans , donc pour tout , l’ensemble des est relativement compact dans . D’après le th. d’Ascoli (TG, X, p. 17, th. 2), l’ensemble des est relativement compact dans l’espace des applications de dans , muni de la topologie de la convergence uniforme. Il existe donc une suite extraite de , qui converge uniformément dans vers une fonction continue . On a et par suite est définie dans ; en vertu du lemme 1 (IV, p. 3), converge uniformément vers dans ; d’après (IV, p. 4, formule (7)), est primitive d’une fonction qui tend uniformément vers dans , donc (II, p. 2, th. 1) est solution de (1) dans , égale à au point .
Remarque 1
Il peut exister une infinité d’intégrales d’une équation différentielle (1), prenant la même valeur en un point donné. Par exemple, l’équation différentielle scalaire admet pour intégrales prenant la valeur 0 au point toutes les fonctions définies par
quels que soient les nombres positifs et .
Remarque 2
Le th. de Peano n’est plus exact lorsque est un espace normé complet quelconque de dimension infinie (IV, p. 41, exerc. 18).
4. Comparaison des solutions approchées
Dans ce qui suit, I et H désignent, comme ci-dessus, un intervalle contenu dans et un ensemble ouvert dans l’espace normé E, respectivement; est un point de I.
Définition 1
Etant donnée une fonction numérique positive définie dans I, on dit qu’une application de dans E est lipschitzienne pour la fonction si, pour tout , la fonction est réglée dans I, et si, pour tout et tout couple de points de H, on a (« condition de Lipschitz »)
On dira que est lipschitzienne (sans préciser) dans si elle est lipschitzienne dans cet ensemble pour une certaine constante . Il est immédiat qu’une fonction lipschitzienne dans satisfait aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3 (la réciproque étant inexacte); lorsque est lipschitzienne (dans ), on dit que l’équation différentielle
est lipschitzienne (dans ).
Exemple
Lorsque , et que H est un intervalle dans , si en tout point de la fonction admet une dérivée partielle (II, p. 24) telle que dans , la condition (8) est vérifiée en vertu du th. des accroissements finis; nous verrons plus tard comment cet exemple se généralise au cas où E est un espace normé quelconque.
Si est lipschitzienne dans , pour tout intervalle compact et toute boule ouverte , est bornée dans . La prop. 3 (IV, p. 5) est donc applicable, et démontre l’existence de solutions approchées de l’équation (1). Mais on a en outre la proposition suivante, qui permet de comparer deux solutions approchées:
Proposition 5
Soient une fonction numérique réglée et dans I, une fonction définie et lipschitzienne pour la fonction dans . Si et sont deux solutions approchées de l’équation (1) à et près respectivement, définies dans I et prenant leurs valeurs dans H, on a, pour tout tel que ,
où
De la relation , valable dans le complémentaire d’un ensemble dénombrable, on déduit, par application du th. des accroissements finis
Lemme 2
Si, dans l’intervalle , est une fonction numérique continue satisfaisant à l’inégalité
Appliquant le th. des accroissements finis (I, p. 23, th. 2) à cette inégalité, il vient, puisque
d’où
et comme , on obtient ainsi (13).
Corollaire
Soit une fonction lipschitzienne pour la constante , définie dans . Si et sont deux solutions approchées de (1) à et près respectivement, définies dans et prenant leurs valeurs dans , on a, pour tout ,
Cette inégalité est en effet une conséquence immédiate de (9) lorsque ; pour la démontrer lorsque , il suffit de l’appliquer à l’équation
déduite de (1) par le changement de variable .
Remarque 1
Lorsque , l’inégalité (15) est remplacée par l’inégalité
dont la démonstration est immédiate.
Remarque 2
Lorsque est de dimension finie, et que est lipschitzienne dans , on peut démontrer l’existence de solutions approchées de l’équation (1) (IV, p. 5, prop. 3) sans utiliser l’axiome de choix (IV, p. 37, exerc. 1b)).
Proposition 6
Soient et deux fonctions définies dans , satisfaisant aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3, et telles que, dans ,
On suppose en outre que soit lipschitzienne pour la constante dans . Dans ces conditions, si est une solution approchée de à près, définie dans , à valeurs dans , et une solution approchée de à près, définie dans , à valeurs dans , on a, pour tout
En effet, on a, pour tout t dans le complémentaire par rapport à I d’une partie dénombrable de I,
5. Existence et unicité des solutions des équations lipschitziennes et localement lipschitziennes
Théorème 1 (Cauchy)
Soient une fonction lipschitzienne dans , J un intervalle compact contenu dans I et non réduit à un point, un point de J, S une boule ouverte de centre et de rayon r, contenue dans H, M la borne supérieure de dans . Dans ces conditions, pour tout intervalle compact K non réduit à un point, contenu dans l’intersection de J et de et contenant , il existe une solution et une seule de l’équation différentielle , définie dans K, à valeurs dans S et égale à au point .
En effet, pour tout assez petit, l’ensemble des solutions approchées de (1) à près, définies dans K, à valeurs dans S et égales à au point , n’est pas vide (IV, p. 5, prop. 3); en outre, si et appartiennent à , on a, d’après (15) (IV, p. 9)
Nous dirons qu’une fonction définie dans est localement lipschitzienne dans cet ensemble si, pour tout point de , il existe un voisinage V de t (par rapport à I) et un voisinage S de x tels que soit lipschitzienne dans (pour une constante k dépendant de V et de S). En vertu du th. de Borel-Lebesgue, pour tout intervalle compact et tout point , il existe une boule ouverte S de centre , contenue dans H, telle que soit lipschitzienne dans ; satisfait donc aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3. Lorsque est localement lipschitzienne dans , nous dirons que l’équation est localement lipschitzienne dans .
Nous allons généraliser et préciser le th. 1 de IV, p. 10 pour les équations localement lipschitziennes; nous nous bornerons au cas où est l’origine de l’intervalle I; on passe aisément de là au cas où est un point quelconque de I (cf. IV, IV, p. 9, corollaire).
Théorème 2
Soient un intervalle (non réduit à un point) d’origine , une partie ouverte non vide de , une fonction localement lipschitzienne dans .
1° Pour tout , il existe un plus grand intervalle , d’origine , dans lequel il existe une intégrale de l’équation , prenant ses valeurs dans et égale à au point ; cette intégrale est unique.
2° Si , est un intervalle semi-ouvert de longueur finie ; en outre, pour toute partie compacte , est alors une partie compacte de .
3° Si est borné, et si est bornée dans , a une limite à gauche à l’extrémité de ; en outre, si , est un point frontière de dans .
1° Soit l’ensemble des intervalles (non réduits à un point) d’origine , contenus dans et tels que, dans , il existe une solution de (1) (IV, p. 2) à valeurs dans et égale à au point ; d’après le th. 1 (IV, p. 10), l’ensemble n’est pas vide. Soient deux intervalles appartenant à , et supposons par exemple que ; si et sont deux intégrales de (1), définies respectivement dans et , à valeurs dans et égales à au point , nous allons voir que est un prolongement de . En effet, soit la borne supérieure de l’ensemble des tels que pour ; nous allons prouver que est l’extrémité de . Dans le cas contraire, on aurait par continuité, et appartiendrait à ; comme est localement lipschitzienne, le th. 1 prouve qu’il ne peut exister qu’une seule intégrale de (1) définie dans un voisinage de , à valeurs dans et égale à au point ; il y a donc contradiction à supposer que ne soit pas l’extrémité de . Nous voyons donc que, si est la réunion des intervalles , il existe une intégrale et une seule de (1), définie dans , à valeurs dans et égale à au point .
2° Supposons , et soit l’extrémité de ; si est l’extrémité de , on a (donc est fini) et en vertu de l’hypothèse. Supposons donc que ne soit pas l’extrémité de ; si , appartient à ; d’après le th. 1, il existe une intégrale de (1) à valeurs dans , définie dans un intervalle
et égale à au point ; ne serait donc pas le plus grand des intervalles de , ce qui est absurde; on a donc bien .
Si est une partie compacte de , est fermé dans ; nous allons voir qu’il existe tel que soit contenu dans , ce qui prouvera que est compact. Dans le cas contraire, il existerait un point tel que soit adhérent à l’ensemble des points tels que et . Comme et , il existerait un voisinage de dans et une boule ouverte de centre et de rayon , contenue dans , tels que soit lipschitzienne et bornée dans ; soit la borne supérieure de dans cet ensemble. Par hypothèse, il existe tel que et ; le th. 1 montre qu’il existe une intégrale et une seule de (1), à valeurs dans , définie dans un intervalle contenant , et égale à au point ; comme cette intégrale coïncide avec dans l’intervalle , ne serait pas le plus grand des intervalles de , ce qui est absurde.
3° Supposons que soit borné et que dans ; on a donc dans le complémentaire d’une partie dénombrable de ; par suite quels que soient et dans , en vertu du th. des accroissements finis; d’après le critère de Cauchy, a donc une limite à gauche à l’extrémité de . Si , ne peut appartenir à , car en prolongeant par continuité au point , serait une intégrale de (1) à valeurs dans , définie dans l’intervalle et égale à au point ; on aurait donc , contrairement à ce qu’on a vu au 2°.
Corollaire 1
Si et , n’est pas bornée dans ; si de plus est de dimension finie, a pour limite à gauche à l’extrémité de .
La première partie est une conséquence immédiate de la troisième partie du th. 2. Si est de dimension finie, toute boule fermée est compacte, donc la seconde partie du th. 2 montre qu’il existe tel que pour .
Si est de dimension infinie, il peut se faire que , mais que reste bornée lorsque tend vers l’extrémité de (IV, p. 37, exerc. 5).
Corollaire 2
Si, dans , est lipschitzienne pour une fonction réglée , et si l’extrémité de appartient à , a une limite à gauche au point ; si et si est lipschitzienne pour une fonction réglée dans , on a .
En effet, si , il existe un voisinage compact de dans , tel que et soient bornées dans ; on a donc ( et constantes) dans , d’où dans le complémentaire d’une partie dénombrable de , et par suite ( constante) dans ; le lemme 2 (IV, p. 8) montre que ( et constantes) dans , donc reste bornée dans , et le corollaire résulte alors du th. 2 de IV, p. 11.
Exemple 1
Pour une équation différentielle de la forme , où est réglée dans , toute intégrale est évidemment définie dans tout entier. On notera que peut être bornée dans sans que le soit.
Exemple 2
Pour l’équation scalaire , on a , . Si on prend , l’intégrale correspondante est dans le plus grand intervalle contenant 0, où la dérivée de soit positive, c’est-à-dire dans ; aux extrémités de cet intervalle, l’intégrale tend vers une extrémité de .
Exemple 3
Pour l’équation scalaire , on a ; l’intégrale nulle pour est , et le plus grand intervalle contenant 0, où cette fonction est continue, est ; aux extrémités de , tend vers (cf. IV, p. 12, cor. 1).
Exemple 4
Pour l’équation scalaire , on a et le second membre est borné dans , donc (IV, p. 12, cor. 1) toute intégrale est définie dans tout entier.
6. Continuité des intégrales en fonction d’un paramètre
La prop. 6 (IV, p. 9) montre que lorsqu’une équation différentielle
est « voisine » d’une équation lipschitzienne et qu’on suppose que les deux équations admettent chacune une solution approchée dans un même intervalle, ces deux solutions approchées sont « voisines »; nous allons préciser ce résultat en montrant que l’existence de solutions de l’équation lipschitzienne dans un intervalle entraîne celle de solutions approchées de l’équation dans le même intervalle pourvu que, dans ce dernier, les valeurs de la solution de ne soient pas « trop voisines » de la frontière de H.
Proposition 7
Soient et deux fonctions définies dans , satisfaisant aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3, et telles que, dans
On suppose en outre que soit lipschitzienne pour la constante dans , et que soit localement lipschitzienne dans , ou que soit de dimension finie. Soient un point de , un nombre , et
Soit une intégrale de l’équation , définie dans un intervalle contenu dans , égale à au point et telle que, pour tout , la boule fermée de centre et de rayon soit contenue dans . Dans ces conditions, pour tout tel que , il existe une intégrale de , définie dans , à valeurs dans , et égale à au point ; en outre, on a dans .
Soit l’ensemble des intégrales de , dont chacune prend ses valeurs dans , est égale à au point et est définie dans un intervalle semi-ouvert contenu dans (dépendant de l’intégrale que l’on considère). D’après le th. 1 de IV, p. 10 (lorsque est localement lipschitzienne) ou IV, p. 6, corollaire (lorsque est de dimension finie), n’est pas vide, et le même raisonnement que dans la prop. 3 de IV, p. 5, montre que est inductif quand on l’ordonne par la relation « est une restriction de ». Soit un élément maximal de , l’intervalle où est définie ; d’après la prop. 6 de IV, p. 9, tout revient à prouver que . Dans le cas contraire, on aurait
dans l’intervalle (en vertu de la prop. 6; dans l’intervalle compact , la fonction réglée est bornée, donc, dans l’intervalle , est bornée, puisque l’on a dans cet intervalle.
Comme est solution approchée de à près dans , il existe un nombre tel que dans cet intervalle, sauf aux points d’un ensemble dénombrable; le th. des accroissements finis montre alors que pour tout couple de points de , donc (critère de Cauchy) a une limite à gauche au point , et, par continuité, on a , donc . On voit alors par IV, p. 10, th. 1 ou IV, p. 6, corollaire, qu’il existe une intégrale de définie dans un intervalle et égale à au point , ce qui contredit la définition de .
Théorème 3
Soient un espace topologique, une application de dans telle que, pour tout , soit lipschitzienne dans , et que, lorsque tend vers , tende uniformément vers dans . Soit une intégrale de , définie dans un intervalle contenu dans , à valeurs dans et égale à au point . Pour tout intervalle compact contenu dans , il existe un voisinage de dans tel que, pour tout , l’équation ait une intégrale (et une seule) définie dans , à valeurs dans et égale à au point ; en outre, lorsque tend vers , tend uniformément vers dans .
En effet, soit tel que, pour , la boule fermée de centre et de rayon soit contenue dans ; si est lipschitzienne pour la constante dans , prenons assez petit pour que ; en prenant tel que, pour tout , on ait dans , on répondra à la question en vertu de la prop. 7 de IV, p. 13; en outre, on a
Remarque
Lorsque et que la condition (16) de IV, p. 13, est vérifiée dans , la prop. 7 de IV, p. 13, s’applique à toute solution de , dans un intervalle quelconque où cette solution est définie; on peut même supposer que est lipschitzienne pour une fonction réglée dans , mais non nécessairement bornée dans cet intervalle.
7. Dépendance des conditions initiales
Soit une équation localement lipschitzienne dans ; d’après le th. 2 (IV, p. 11), pour tout point de , il existe un plus grand intervalle , non réduit à un point, contenant , et dans lequel il existe une intégrale (et une seule) de l’équation, égale à au point ; nous allons préciser la manière dont cette intégrale, et l’intervalle où elle est définie, dépendent du point .
Théorème 4
Soient une fonction localement lipschitzienne dans , un point quelconque de .
1° Il existe un intervalle , voisinage de dans , et un voisinage de dans tels que, pour tout point de , il existe une intégrale et une seule définie dans , à valeurs dans et égale à au point (autrement dit, on a quel que soit ).
2° L’application de dans est uniformément continue.
3° Il existe un voisinage de dans tel que, pour tout point
1° Soient une boule de centre et de rayon contenue dans , un intervalle contenu dans et voisinage de dans , tels que soit bornée et lipschitzienne (pour une certaine constante ) dans ; nous désignerons par la borne supérieure de dans . Il existe alors (IV, p. 10, th. 1) un intervalle , voisinage de dans , et une intégrale de définie dans , à valeurs dans et égale à au point . Nous allons voir que la boule ouverte de centre et de rayon , et l’intersection de et d’un intervalle , où est assez petit, répondent à la question. En effet, la prop. 7 de IV, p. 13 (appliquée à l’ensemble et au cas où ) montre qu’il existe une intégrale de définie dans , à valeurs dans , et égale à en un point , pourvu que l’on ait
2° D’après le th. des accroissements finis, on a
d’après le th. des accroissements finis, c’est-à-dire
3° D’après (20), on a dans
Exercices
Exercices
§ I
See the exercises for § 1.