Bourbaki

§ 1. Théorèmes d’existence

1. La notion d’équation différentielle

Soient I un intervalle contenu dans R\mathbf{R} et non réduit à un point, E un espace vectoriel topologique sur R\mathbf{R}, A et B deux parties ouvertes de E. Soit (x,y,t)↦g(x,y,t)(\mathbf{x}, \mathbf{y}, t) \mapsto g(\mathbf{x}, \mathbf{y}, t) une application de A×B×IA \times B \times I dans E; à toute application dérivable uu de I dans A, dont la dérivée prend ses valeurs dans B, faisons correspondre l’application t↦g(u(t),u′(t),t)t \mapsto g(u(t), u'(t), t) de I dans E, que nous désignerons par g~(u)\tilde{g}(u); g~\tilde{g} est donc définie dans l’ensemble D(A,B)\mathscr{D}(A, B) des applications dérivables de I dans A, dont la dérivée prend ses valeurs dans B. Nous dirons que l’équation g~(u)=0\tilde{g}(u) = 0 est une équation différentielle en uu (relativement à la variable réelle tt); une solution de cette équation est encore appelée intégrale de l’équation différentielle (dans l’intervalle I); c’est donc une application dérivable de I dans A, dont la dérivée prend ses valeurs dans B, et qui est telle que g(u(t),u′(t),t)=0g(u(t), u'(t), t) = 0 pour tout t∈It \in I. Par abus de langage, nous écrirons l’équation différentielle g~(u)=0\tilde{g}(u) = 0 sous la forme

g(x,x′,t)=0, g(\mathbf{x}, \mathbf{x}', t) = 0,

étant sous-entendu que x\mathbf{x} est un élément de l’ensemble D(A,B)\mathscr{D}(A, B).

Par exemple, pour I=E=RI = E = \mathbf{R}, les relations

x′=2t,tx′−2x=0,x′2−4x=0,x−t2=0 x' = 2t, \quad tx' - 2x = 0, \quad {x'}^2 - 4x = 0, \quad x - t^2 = 0
sont des équations différentielles, qui admettent toutes quatre pour solution la fonction x(t)=t2x(t) = t^2.

Dans ce chapitre, nous ne considérerons en principe que le cas où E est un espace normé complet sur R\mathbf{R}, et où les équations différentielles sont de la forme particulière (1)

x′=f(t,x) \mathbf{x}' = \mathbf{f}(t, \mathbf{x})

(« équations résolues par rapport à x' »), f désignant une fonction à valeurs dans E, définie dans I × H, où H est une partie ouverte non vide de E. Nous élargirons d’autre part un peu la notion de solution (ou intégrale) d’une telle équation (dans l’intervalle I) : nous dirons qu’une fonction u définie et continue dans I, à valeurs dans H, est une solution (ou intégrale) de l’équation (1) s’il existe une partie dénombrable A de I telle qu’en tout point t du complémentaire de A par rapport à I, u admette une dérivée u'(t) telle que u'(t) = f(t, u(t)). Si u est dérivable et vérifie la relation précédente en tout point t ∈ I, nous dirons que c’est une solution stricte de l’équation (1) dans I.

Dans le cas particulier d’une équation différentielle de la forme x' = f(t), f étant une application de I dans E, les solutions au sens précédent sont les primitives de la fonction f (II, p. 1), et les solutions strictes sont les primitives strictes.

Lorsque E est un produit d’espaces normés complets E_i (1 ≤ i ≤ n), on peut écrire x = (x_i)_{1 ≤ i ≤ n} et f = (f_i)_{1 ≤ i ≤ n} où x_i est une application de I dans E_i, et f_i une application de I × H dans E_i; l’équation (1) est alors équivalente au système d’équations différentielles

xi′=fi(t,x1,x2,…,xn)(1≤i≤n). \text{x}'_i = f_i(t, x_1, x_2, \ldots, x_n) \quad (1 \leq i \leq n).

Le cas le plus important est celui où tous les E_i sont égaux à \mathbf{R} ou à \mathbf{C}; on dit alors que (2) est un système d’équations différentielles scalaires.

À l’étude des systèmes (2) se ramène celle des relations de la forme

x(n)=f(t,x,x′,…,x(n−1)) \text{x}^{(n)} = f(t, \text{x}, \text{x}', \ldots, \text{x}^{(n-1)})

où x est une fonction vectorielle n fois dérivable dans I: en posant en effet x_1 = x, x_p = x^{(p-1)} pour 2 ≤ p ≤ n, la relation (3) est équivalente au système

{xi′=xi+1(1≤i≤n−1)xn′=f(t,x1,x2,…,xn). \begin{cases} \text{x}'_i = \text{x}_{i+1} & (1 \leq i \leq n-1) \\ \text{x}'_n = f(t, \text{x}_1, \text{x}_2, \ldots, \text{x}_n). \end{cases}

Une relation de la forme (3) est appelée équation différentielle d’ordre n (résolue par rapport à x^{(n)}); par opposition, les équations de la forme (1) sont dites équations différentielles du premier ordre.

On ramène de même à un système de la forme (2) tout « système d’équations différentielles » de la forme

Dnxi=fi(t,x1,Dx1,…,Dn−1x1,…,xp,Dxp,…,Dn−pxp) D^n \text{x}_i = f_i(t, \text{x}_1, D\text{x}_1, \ldots, D^{n-1}\text{x}_1, \ldots, \text{x}_p, D\text{x}_p, \ldots, D^{n-p}\text{x}_p)
(1 ≤ i ≤ p), où x_i est une fonction n_i fois dérivable dans I (pour 1 ≤ i ≤ p).

2. Équations différentielles admettant pour solutions des primitives de fonctions réglées

Rappelons (II, p. 4, déf. 3) qu’une fonction vectorielle u définie dans un intervalle I ⊂ \mathbf{R} est dite réglée si, dans toute partie compacte de I, elle est limite uniforme de fonctions en escalier; une condition équivalente est qu’en tout point intérieur à I, u ait une limite à droite et une limite à gauche, ainsi qu’une limite à droite à l’origine de I et une limite à gauche à l’extrémité de I, lorsque ces points appartiennent à I (II, p. 5, th. 3). Nous allons dans ce chapitre nous restreindre aux équations différentielles (1) dont toute solution est une primitive d’une fonction réglée dans I. Cette condition est évidemment satisfaite si, pour toute application continue u de I dans H, la fonction f(t, u(t)) est réglée dans I; le lemme suivant donne une condition suffisante pour qu’il en soit ainsi:

Lemme 1

Soit f une application de I × H dans E telle que, en désignant par fx (pour tout x ∈ H) l’application t ↦ f(t, x) de I dans E, les conditions suivantes soient réalisées: 1° fx est réglée dans I pour tout x ∈ H; 2° l’application x ↦ fx de H dans l’ensemble F(I, E) des applications de I dans E est continue quand on munit F(I, E) de la topologie de la convergence compacte (TG, X, p. 04). Dans ces conditions: 1° Pour toute application continue u de I dans H, la fonction t ↦ f(t, u(t)) est réglée dans I; de façon précise, la limite à droite (resp. à gauche) de cette fonction en un point t₀ ∈ I est égale à la limite à droite (resp. à gauche) de la fonction t ↦ f(t, u(t₀)) au point t₀. 2° Si (uₙ) est une suite d’applications de I dans H, qui converge uniformément vers une application continue u de I dans H, dans toute partie compacte de I, la suite des fonctions f(t, uₙ(t)) converge uniformément vers f(t, u(t)) dans toute partie compacte de I. 1° Soit c la limite à droite de f(t, u(t₀)) au point t₀; pour tout ε > 0, il existe un voisinage compact V de t₀ dans I tel que l’on ait \|f(t, u(t₀)) − c\| ≤ ε pour t ∈ V et t > t₀. D’autre part, il existe δ > 0 tel que les relations x ∈ H,\quad \|x − u(t₀)\| ≤ δ entraînent \|f(s, x) − f(s, u(t₀))\| ≤ ε pour tout s ∈ V; si W ⊂ V est un voisinage de t₀ dans I tel que l’on ait \|u(t) − u(t₀)\| ≤ δ pour tout t ∈ W, on aura donc \|f(t, u(t)) − c\| ≤ 2ε pour t ∈ W et t > t₀, ce qui prouve que c est limite à droite de f(t, u(t)) au point t₀. 2° Soit K une partie compacte de I; comme u est continue dans I, u(K) est une partie compacte de H; pour tout ε > 0 et tout x ∈ u(K) il existe un nombre δₓ tel que, pour y ∈ H, \|y − x\| ≤ δₓ et pour tout t ∈ K, on ait \|f(t, y) − f(t, x)\| ≤ ε. Il existe un nombre fini de points xᵢ ∈ u(K) tels que les boules fermées de centre xᵢ et de rayon 12δxi\frac{1}{2} \delta_{x_i} forment un recouvrement de u(K); soit δ = Min (δₓᵢ). Par hypothèse, il existe un entier n₀ tel que pour n ≥ n₀, on ait \|uₙ(t) − u(t)\| ≤ 12δ\frac{1}{2} \delta pour tout t ∈ K. Or, pour tout t ∈ K, il existe un indice i tel que \|u(t) − xᵢ\| ≤ 12δxi\frac{1}{2} \delta_{x_i}; par suite, on a \|uₙ(t) − xᵢ\| ≤ δₓᵢ, d’où \|f(t, uₙ(t)) − f(t, u(t))\| ≤ 2ε pour tout t ∈ K et tout n ≥ n₀.

Dans toute la suite de ce paragraphe, I désignera un intervalle contenu dans R\mathbf{R} et non réduit à un point, H un ensemble ouvert non vide contenu dans l’espace normé E, f une application de I×HI \times H dans E satisfaisant aux conditions du lemme 1.

Proposition 1

Soient t0t_0 un point de I, x0x_0 un point de H ; pour qu’une fonction continue u soit une solution de l’équation (1) dans I et prenne la valeur x0x_0 au point t0t_0, il faut et il suffit qu’elle vérifie la relation

u(t)=x0+∫t0tf(s,u(s)) ds u(t) = x_0 + \int_{t_0}^t f(s, u(s)) \, ds

pour tout t∈It \in I.

En effet, d’après le lemme 1, si u est solution de (1) dans I, f(t,u(t))f(t, u(t)) est réglée, donc le second membre de (6) est défini et égal à u(t)u(t) pour tout t∈It \in I. Réciproquement, si u est une fonction continue satisfaisant à (6), f(t,u(t))f(t, u(t)) est réglée d’après le lemme 1, donc u a pour dérivée f(t,u(t))f(t, u(t)) sauf aux points d’une partie dénombrable de I.

Corollaire

En tout point de I distinct de l’origine (resp. de l’extrémité) de cet intervalle, toute solution u de (1) dans I admet une dérivée à gauche (resp. à droite) égale à la limite à gauche (resp. à droite) de f(t,u(t))f(t, u(t)) en ce point.

Proposition 2

Si f est une application continue de I×HI \times H dans E, toute solution de l’équation (1) dans I est une solution stricte.

En effet, une telle solution u est primitive de la fonction continue f(t,u(t))f(t, u(t)) (II, p. 16, prop. 3).

On notera d’ailleurs qu’une fonction f continue dans I×HI \times H vérifie les conditions du lemme 1 (TG, X, p. 13, cor. 3).

Dans ce qui suit, nous allons nous donner arbitrairement t0∈It_0 \in I et x0∈Hx_0 \in H, et chercher s’il existe dans I (ou dans un voisinage de t0t_0 par rapport à I) des solutions de (1) prenant la valeur x0x_0 au point t0t_0 (ou, ce qui revient au même, des solutions de (6)).

3. Existence de solutions approchées

Étant donné un nombre ε>0\varepsilon > 0, nous dirons qu’une application continue u de I dans H est une solution approchée à ε\varepsilon près de l’équation différentielle

x′=f(t,x) x' = f(t, x)

si, en tous les points du complémentaire par rapport à I d’un ensemble dénombrable, u admet une dérivée qui satisfait à la condition

∥u′(t)−f(t,u(t))∥≤ε. \|u'(t) - f(t, u(t))\| \leq \varepsilon.

Soit (t0,x0)(t_0, x_0) un point de I×HI \times H; ff satisfaisant par hypothèse aux conditions du lemme 1 (IV, p. 3), il existe un voisinage compact JJ de t0t_0 dans II tel que f(t,x0)f(t, x_0) soit bornée dans JJ, et une boule ouverte SS de centre x0x_0, contenue dans HH, telle que f(t,x)−f(t,x0)f(t, x) - f(t, x_0) soit bornée dans J×SJ \times S; il en résulte que f(t,x)f(t, x) est bornée dans J×SJ \times S. Dans tout ce n°, JJ désignera un intervalle compact, voisinage de t0t_0 dans II, SS une boule ouverte de centre x0x_0 et de rayon rr, contenue dans HH, JJ et SS étant tels que ff soit bornée dans J×SJ \times S; MM désignera la borne supérieure de ∥f(t,x)∥\|f(t, x)\| dans J×SJ \times S.

Proposition 3

Dans tout intervalle compact d’origine (ou d’extrémité) t0t_0, contenu dans JJ et de longueur <r/(M+ε)< r/(M + \varepsilon), il existe une solution approchée à ε\varepsilon près de l’équation (1), à valeurs dans SS, et égale à x0x_0 au point t0t_0.

Nous allons supposer que t0t_0 n’est pas l’extrémité de JJ, et démontrer la proposition pour les intervalles d’origine t0t_0. Soit M\mathfrak{M} l’ensemble des solutions approchées de (1) à ε\varepsilon près, dont chacune prend ses valeurs dans SS, est égale à x0x_0 au point t0t_0, et est définie dans un intervalle semi-ouvert [t0,b[[t_0, b[ contenu dans JJ (intervalle dépendant de la solution approchée que l’on considère). Montrons d’abord que M\mathfrak{M} n’est pas vide. Soit cc la limite à droite de f(t,x0)f(t, x_0) au point t0t_0; d’après le lemme 1 (IV, p. 3), la fonction f(t,x0+c(t−t0))f(t, x_0 + c(t - t_0)) a une limite à droite égale à cc au point t0t_0, donc la restriction de la fonction x0+c(t−t0)x_0 + c(t - t_0) à un intervalle semi-ouvert [t0,b[[t_0, b[ assez petit appartient à M\mathfrak{M}.

Ordonnons l’ensemble M\mathfrak{M} par la relation «uu est une restriction de vv», et montrons que M\mathfrak{M} est inductif (E, III, p. 20). Soit (uα)(u_\alpha) une partie totalement ordonnée de M\mathfrak{M}, et soit [t0,bα[[t_0, b_\alpha[ l’intervalle où uαu_\alpha est définie: pour bα≤bβb_\alpha \leq b_\beta, uβu_\beta est donc un prolongement de uαu_\alpha. La réunion des intervalles [t0,bα[[t_0, b_\alpha[ est un intervalle [t0,b[[t_0, b[ contenu dans JJ, et il existe une fonction et une seule uu définie dans [t0,b[[t_0, b[ et coïncidant avec uαu_\alpha dans [t0,bα[[t_0, b_\alpha[ pour tout α\alpha; parmi les bαb_\alpha, il existe une suite croissante (bαn)(b_{\alpha_n}) tendant vers bb; comme uu coïncide avec uαnu_{\alpha_n} dans [t0,bαn[[t_0, b_{\alpha_n}[, uu admet, en tous les points du complémentaire par rapport à [t0,b[[t_0, b[ d’un ensemble dénombrable, une dérivée vérifiant la relation (7), et est donc la borne supérieure de l’ensemble (uα)(u_\alpha) dans M\mathfrak{M}.

D’après le th. de Zorn (E, III, p. 20, th. 2), M\mathfrak{M} admet un élément maximal u0u_0; nous allons montrer que si [t0,t1[[t_0, t_1[ est l’intervalle où est définie u0u_0, ou bien t1t_1 est l’extrémité de JJ, ou bien t1−t0≥r/(M+ε)t_1 - t_0 \geq r/(M + \varepsilon). Raisonnons par l’absurde, en supposant qu’aucune de ces deux hypothèses ne soit vérifiée; montrons d’abord qu’on peut prolonger u0u_0 par continuité au point t1t_1: en effet, quels que soient ss et tt dans [t0,t1[[t_0, t_1[, on a

∥u0(s)−u0(t)∥≤(M+ε)∣s−t∣ \|u_0(s) - u_0(t)\| \leq (M + \varepsilon)|s - t|

d’après le th. des accroissements finis; le critère de Cauchy montre donc que u0u_0 admet une limite à gauche x1∈Sx_1 \in S au point t1t_1. Soit alors c1c_1 la limite à droite au point t1t_1 de la fonction f(t,x1)f(t, x_1); on a ∥c1∥≤M\|c_1\| \leq M; le même raisonnement qu’au début de la démonstration montre qu’on peut prolonger u0u_0 dans un intervalle semi-ouvert d’origine t1t_1, par la fonction x1+c1(t−t1)x_1 + c_1(t - t_1), de sorte que la fonction prolongée appartienne encore à R\mathbf{R}, ce qui est absurde. La proposition est donc démontrée.

Lorsque ff est uniformément continue dans J×SJ \times S, on peut démontrer la prop. 3 sans faire usage du th. de Zorn (IV, p. 37, exerc. 1 a)).

Proposition 4

L’ensemble des solutions approchées de (1) à ε\varepsilon près définies dans un même intervalle K⊂JK \subset J, et prenant leurs valeurs dans SS, est uniformément équicontinu.

En effet, si uu est une fonction quelconque appartenant à cet ensemble, ss et tt deux points de KK, on a, d’après le th. des accroissements finis,

∥u(s)−u(t)∥≤(M+ε)∣s−t∣. \|u(s) - u(t)\| \leq (M + \varepsilon)|s - t|.

Corollaire (théorème de Peano)

Si EE est de dimension finie sur R\mathbf{R}, dans tout intervalle compact KK d’origine (ou d’extrémité) t0t_0, contenu dans JJ et de longueur <r/M< r/M, il existe une solution de (1) à valeurs dans SS, égale à x0x_0 au point t0t_0.

En effet, d’après la prop. 3, dès que nn est assez grand, il existe une solution approchée unu_n de l’équation (1) à 1/n1/n près, définie dans KK, à valeurs dans SS, et égale à x0x_0 au point t0t_0. En outre, à partir d’une certaine valeur de nn, un(K)u_n(K) est contenu dans une boule fermée de centre x0x_0 et de rayon <r< r, indépendant de nn. L’ensemble des unu_n est équicontinu (prop. 4), et comme EE est de dimension finie, SS est relativement compacte dans EE, donc pour tout t∈Kt \in K, l’ensemble des un(t)u_n(t) est relativement compact dans EE. D’après le th. d’Ascoli (TG, X, p. 17, th. 2), l’ensemble des unu_n est relativement compact dans l’espace F(K;E)\mathscr{F}(K; E) des applications de KK dans EE, muni de la topologie de la convergence uniforme. Il existe donc une suite (unk)(u_{n_k}) extraite de (un)(u_n), qui converge uniformément dans KK vers une fonction continue uu. On a u(K)⊂Su(K) \subset S et par suite t↦f(t,u(t))t \mapsto f(t, u(t)) est définie dans KK; en vertu du lemme 1 (IV, p. 3), f(t,unk(t))f(t, u_{n_k}(t)) converge uniformément vers f(t,u(t))f(t, u(t)) dans KK; d’après (IV, p. 4, formule (7)), unku_{n_k} est primitive d’une fonction qui tend uniformément vers f(t,u(t))f(t, u(t)) dans KK, donc (II, p. 2, th. 1) uu est solution de (1) dans KK, égale à x0x_0 au point t0t_0.

Remarque 1

Il peut exister une infinité d’intégrales d’une équation différentielle (1), prenant la même valeur en un point donné. Par exemple, l’équation différentielle scalaire x′=2∣x∣x' = 2 \sqrt{|x|} admet pour intégrales prenant la valeur 0 au point t=0t = 0 toutes les fonctions définies par

u(t)=0pour −β≤t≤αu(t)=−(t+β)2pour t≤−βu(t)=(t−α)2pour t≥α \begin{align*} u(t) &= 0 & \text{pour } -\beta \leq t \leq \alpha \\ u(t) &= -(t + \beta)^2 & \text{pour } t \leq -\beta \\ u(t) &= (t - \alpha)^2 & \text{pour } t \geq \alpha \end{align*}

quels que soient les nombres positifs α\alpha et β\beta.

Remarque 2

Le th. de Peano n’est plus exact lorsque EE est un espace normé complet quelconque de dimension infinie (IV, p. 41, exerc. 18).

4. Comparaison des solutions approchées

Dans ce qui suit, I et H désignent, comme ci-dessus, un intervalle contenu dans R\mathbf{R} et un ensemble ouvert dans l’espace normé E, respectivement; t0t_0 est un point de I.

Définition 1

Etant donnée une fonction numérique positive t↦k(t)t \mapsto k(t) définie dans I, on dit qu’une application f\mathbf{f} de I×HI \times H dans E est lipschitzienne pour la fonction k(t)k(t) si, pour tout x∈Hx \in H, la fonction t↦f(t,x)t \mapsto \mathbf{f}(t, x) est réglée dans I, et si, pour tout t∈It \in I et tout couple de points x1,x2x_1, x_2 de H, on a (« condition de Lipschitz »)

∥f(t,x1)−f(t,x2)∥≤k(t)∥x1−x2∥. \| \mathbf{f}(t, x_1) - \mathbf{f}(t, x_2) \| \leq k(t) \| x_1 - x_2 \|.

On dira que f\mathbf{f} est lipschitzienne (sans préciser) dans I×HI \times H si elle est lipschitzienne dans cet ensemble pour une certaine constante k≥0k \geq 0. Il est immédiat qu’une fonction lipschitzienne dans I×HI \times H satisfait aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3 (la réciproque étant inexacte); lorsque f\mathbf{f} est lipschitzienne (dans I×HI \times H), on dit que l’équation différentielle

x′=f(t,x) x' = \mathbf{f}(t, x)

est lipschitzienne (dans I×HI \times H).

Exemple

Lorsque E=RE = \mathbf{R}, et que H est un intervalle dans R\mathbf{R}, si en tout point (t,x)(t, x) de I×HI \times H la fonction f(t,x)f(t, x) admet une dérivée partielle fx′f'_x (II, p. 24) telle que ∣fx′(t,x)∣≤k(t)|f'_x(t, x)| \leq k(t) dans I×HI \times H, la condition (8) est vérifiée en vertu du th. des accroissements finis; nous verrons plus tard comment cet exemple se généralise au cas où E est un espace normé quelconque.

Si f\mathbf{f} est lipschitzienne dans I×HI \times H, pour tout intervalle compact J⊂IJ \subset I et toute boule ouverte S⊂HS \subset H, f\mathbf{f} est bornée dans J×SJ \times S. La prop. 3 (IV, p. 5) est donc applicable, et démontre l’existence de solutions approchées de l’équation (1). Mais on a en outre la proposition suivante, qui permet de comparer deux solutions approchées:

Proposition 5

Soient k(t)k(t) une fonction numérique réglée et >0> 0 dans I, f(t,x)\mathbf{f}(t, x) une fonction définie et lipschitzienne pour la fonction k(t)k(t) dans I×HI \times H. Si uu et vv sont deux solutions approchées de l’équation (1) à ε1\varepsilon_1 et ε2\varepsilon_2 près respectivement, définies dans I et prenant leurs valeurs dans H, on a, pour tout t∈It \in I tel que t≥t0t \geq t_0,

∥u(t)−v(t)∥≤∥u(t0)−v(t0)∥Φ(t)+(ε1+ε2)Ψ(t) \| u(t) - v(t) \| \leq \| u(t_0) - v(t_0) \| \Phi(t) + (\varepsilon_1 + \varepsilon_2) \Psi(t)

où

{Φ(t)=1+∫t0tk(s)exp⁡(∫stk(τ) dτ)dsΨ(t)=t−t0+∫t0t(s−t0)k(s)exp⁡(∫stk(τ) dτ)ds. \begin{cases} \Phi(t) = 1 + \int_{t_0}^t k(s) \exp \left( \int_s^t k(\tau) \, d\tau \right) ds \\ \Psi(t) = t - t_0 + \int_{t_0}^t (s - t_0) k(s) \exp \left( \int_s^t k(\tau) \, d\tau \right) ds. \end{cases}

De la relation ∥u′(t)−f(t,u(t))∥≤ε1\|u'(t) - f(t, u(t))\| \leq \varepsilon_1, valable dans le complémentaire d’un ensemble dénombrable, on déduit, par application du th. des accroissements finis

∥u(t)−u(t0)−∫t0tf(s,u(s)) ds∥≤ε1(t−t0) \|u(t) - u(t_0) - \int_{t_0}^t f(s, u(s))\ ds\| \leq \varepsilon_1 (t - t_0)
et de même
∥v(t)−v(t0)−∫t0tf(s,v(s)) ds∥≤ε2(t−t0) \|v(t) - v(t_0) - \int_{t_0}^t f(s, v(s))\ ds\| \leq \varepsilon_2 (t - t_0)
d’où
∥u(t)−v(t)∥≤∥u(t0)−v(t0)∥+∥∫t0t(f(s,u(s))−f(s,v(s))) ds∥+(ε1+ε2)(t−t0). \|u(t) - v(t)\| \leq \|u(t_0) - v(t_0)\| + \left\| \int_{t_0}^t (f(s, u(s)) - f(s, v(s)))\ ds \right\| + (\varepsilon_1 + \varepsilon_2)(t - t_0).
D’après la condition de Lipschitz (8), on a
∥∫t0t(f(s,u(s))−f(s,v(s))) ds∥≤∫t0t∥f(s,u(s))−f(s,v(s))∥ ds≤∫t0tk(s)∥u(s)−v(s)∥ ds \left\| \int_{t_0}^t (f(s, u(s)) - f(s, v(s)))\ ds \right\| \leq \int_{t_0}^t \|f(s, u(s)) - f(s, v(s))\|\ ds \leq \int_{t_0}^t k(s)\|u(s) - v(s)\|\ ds
d’où, en posant w(t)=∥u(t)−v(t)∥w(t) = \|u(t) - v(t)\|,
w(t)≤w(t0)+(ε1+ε2)(t−t0)+∫t0tk(s)w(s) ds. w(t) \leq w(t_0) + (\varepsilon_1 + \varepsilon_2)(t - t_0) + \int_{t_0}^t k(s)w(s)\ ds.
La proposition est alors conséquence du lemme suivant:

Lemme 2

Si, dans l’intervalle [t0,t1][t_0, t_1], ww est une fonction numérique continue satisfaisant à l’inégalité

w(t)≤φ(t)+∫t0tk(s)w(s) ds w(t) \leq \varphi(t) + \int_{t_0}^t k(s)w(s)\ ds
où φ\varphi est une fonction réglée ≥0\geq 0 dans [t0,t1][t_0, t_1], on a, pour t0≤t≤t1t_0 \leq t \leq t_1
w(t)≤φ(t)+∫t0tφ(s)k(s)exp⁡(∫stk(τ) dτ)ds. w(t) \leq \varphi(t) + \int_{t_0}^t \varphi(s)k(s) \exp \left( \int_s^t k(\tau)\ d\tau \right) ds.
Posons en effet y(t)=∫t0tk(s)w(s) dsy(t) = \int_{t_0}^t k(s)w(s)\ ds; la relation (12) entraîne que, dans le complémentaire d’un ensemble dénombrable, on a
y′(t)−k(t)y(t)≤φ(t)k(t). y'(t) - k(t)y(t) \leq \varphi(t)k(t).
En posant z(t)=y(t)exp⁡(−∫t0tk(s) ds)z(t) = y(t)\exp(-\int_{t_0}^t k(s)\ ds), la relation (14) équivaut à
z′(t)≤φ(t)k(t)exp⁡(−∫t0tk(s) ds). z'(t) \leq \varphi(t)k(t) \exp \left( -\int_{t_0}^t k(s)\ ds \right).

Appliquant le th. des accroissements finis (I, p. 23, th. 2) à cette inégalité, il vient, puisque z(t0)=0z(t_0) = 0

z(t)≤∫t0tφ(s)k(s)exp⁡(−∫t0sk(τ) dτ)ds z(t) \leq \int_{t_0}^t \varphi(s)k(s) \exp \left( - \int_{t_0}^s k(\tau) \, d\tau \right) ds

d’où

y(t)≤∫t0tφ(s)k(s)exp⁡(∫stk(τ) dτ)ds y(t) \leq \int_{t_0}^t \varphi(s)k(s) \exp \left( \int_s^t k(\tau) \, d\tau \right) ds

et comme w(t)≤φ(t)+y(t)w(t) \leq \varphi(t) + y(t), on obtient ainsi (13).

Corollaire

Soit f\mathbf{f} une fonction lipschitzienne pour la constante k>0k > 0, définie dans I×HI \times H. Si u\mathbf{u} et v\mathbf{v} sont deux solutions approchées de (1) à ε1\varepsilon_1 et ε2\varepsilon_2 près respectivement, définies dans II et prenant leurs valeurs dans HH, on a, pour tout t∈It \in I,

∥u(t)−v(t)∥≤∥u(t0)−v(t0)∥ek∣t−t0∣+(ε1+ε2)ek∣t−t0∣−1k. \| \mathbf{u}(t) - \mathbf{v}(t) \| \leq \| \mathbf{u}(t_0) - \mathbf{v}(t_0) \| e^{k|t-t_0|} + (\varepsilon_1 + \varepsilon_2) \frac{e^{k|t-t_0|} - 1}{k}.

Cette inégalité est en effet une conséquence immédiate de (9) lorsque t≥t0t \geq t_0; pour la démontrer lorsque t≤t0t \leq t_0, il suffit de l’appliquer à l’équation

dxds=−f(−s,x) \frac{d\mathbf{x}}{ds} = -\mathbf{f}(-s, \mathbf{x})

déduite de (1) par le changement de variable t=−st = -s.

Remarque 1

Lorsque k=0k = 0, l’inégalité (15) est remplacée par l’inégalité

∥u(t)−v(t)∥≤∥u(t0)−v(t0)∥+(ε1+ε2)∣t−t0∣ \| \mathbf{u}(t) - \mathbf{v}(t) \| \leq \| \mathbf{u}(t_0) - \mathbf{v}(t_0) \| + (\varepsilon_1 + \varepsilon_2) |t - t_0|

dont la démonstration est immédiate.

Remarque 2

Lorsque EE est de dimension finie, et que f\mathbf{f} est lipschitzienne dans I×HI \times H, on peut démontrer l’existence de solutions approchées de l’équation (1) (IV, p. 5, prop. 3) sans utiliser l’axiome de choix (IV, p. 37, exerc. 1b)).

Proposition 6

Soient f\mathbf{f} et g\mathbf{g} deux fonctions définies dans I×HI \times H, satisfaisant aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3, et telles que, dans I×HI \times H,

∥f(t,x)−g(t,x)∥≤α. \| \mathbf{f}(t, \mathbf{x}) - \mathbf{g}(t, \mathbf{x}) \| \leq \alpha.

On suppose en outre que g\mathbf{g} soit lipschitzienne pour la constante k>0k > 0 dans I×HI \times H. Dans ces conditions, si u\mathbf{u} est une solution approchée de x′=f(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{f}(t, \mathbf{x}) à ε1\varepsilon_1 près, définie dans II, à valeurs dans HH, et v\mathbf{v} une solution approchée de x′=g(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{g}(t, \mathbf{x}) à ε2\varepsilon_2 près, définie dans II, à valeurs dans HH, on a, pour tout t∈It \in I

∥u(t)−v(t)∥≤∥u(t0)−v(t0)∥ek∣t−t0∣+(α+ε1+ε2)ek∣t−t0∣−1k. \| \mathbf{u}(t) - \mathbf{v}(t) \| \leq \| \mathbf{u}(t_0) - \mathbf{v}(t_0) \| e^{k|t-t_0|} + (\alpha + \varepsilon_1 + \varepsilon_2) \frac{e^{k|t-t_0|} - 1}{k}.

En effet, on a, pour tout t dans le complémentaire par rapport à I d’une partie dénombrable de I,

∥u′(t)−g(t,u(t))∥≤α+ε1 \|u'(t) - g(t, u(t))\| \leq \alpha + \varepsilon_1
autrement dit, uu est solution approchée de x′=g(t,x)x' = g(t, x) à α+ε1\alpha + \varepsilon_1 près, d’où l’inégalité (17) par application de la prop. 5 de IV, p. 7.

5. Existence et unicité des solutions des équations lipschitziennes et localement lipschitziennes

Théorème 1 (Cauchy)

Soient ff une fonction lipschitzienne dans I×HI \times H, J un intervalle compact contenu dans I et non réduit à un point, t0t_0 un point de J, S une boule ouverte de centre x0x_0 et de rayon r, contenue dans H, M la borne supérieure de ∥f(t,x)∥\|f(t, x)\| dans J×SJ \times S. Dans ces conditions, pour tout intervalle compact K non réduit à un point, contenu dans l’intersection de J et de ]t0−r/M,t0+r/M[]t_0 - r/M, t_0 + r/M[ et contenant t0t_0, il existe une solution et une seule de l’équation différentielle x′=f(t,x)x' = f(t, x), définie dans K, à valeurs dans S et égale à x0x_0 au point t0t_0.

En effet, pour tout ε>0\varepsilon > 0 assez petit, l’ensemble FεF_\varepsilon des solutions approchées de (1) à ε\varepsilon près, définies dans K, à valeurs dans S et égales à x0x_0 au point t0t_0, n’est pas vide (IV, p. 5, prop. 3); en outre, si uu et vv appartiennent à FεF_\varepsilon, on a, d’après (15) (IV, p. 9)

∥u(t)−v(t)∥≤2εek∣t−t0∣−1k \|u(t) - v(t)\| \leq 2\varepsilon \frac{e^{k|t-t_0|} - 1}{k}
pour tout t∈Kt \in K, donc les ensembles FεF_\varepsilon forment une base de filtre G\mathscr{G} qui converge uniformément dans K vers une fonction continue ww, égale à x0x_0 au point t0t_0; ww prend ses valeurs dans S, parce que, dès que ε\varepsilon est assez petit, les fonctions u∈Fεu \in F_\varepsilon prennent leurs valeurs dans une boule fermée contenue dans S. Comme f(t,u(t))f(t, u(t)) tend uniformément dans K vers f(t,w(t))f(t, w(t)) suivant G\mathscr{G}, ww satisfait à l’équation (6) de IV, p. 4, donc est solution de (1). L’unicité de la solution découle aussitôt de l’inégalité (15) de IV, p. 9, où on fait ε1=ε2=0\varepsilon_1 = \varepsilon_2 = 0 et u(t0)=v(t0)u(t_0) = v(t_0).

Nous dirons qu’une fonction ff définie dans I×HI \times H est localement lipschitzienne dans cet ensemble si, pour tout point (t,x)(t, x) de I×HI \times H, il existe un voisinage V de t (par rapport à I) et un voisinage S de x tels que ff soit lipschitzienne dans V×SV \times S (pour une constante k dépendant de V et de S). En vertu du th. de Borel-Lebesgue, pour tout intervalle compact J⊂IJ \subset I et tout point x0∈Hx_0 \in H, il existe une boule ouverte S de centre x0x_0, contenue dans H, telle que ff soit lipschitzienne dans J×SJ \times S; ff satisfait donc aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3. Lorsque ff est localement lipschitzienne dans I×HI \times H, nous dirons que l’équation x′=f(t,x)x' = f(t, x) est localement lipschitzienne dans I×HI \times H.

Nous allons généraliser et préciser le th. 1 de IV, p. 10 pour les équations localement lipschitziennes; nous nous bornerons au cas où t0t_0 est l’origine de l’intervalle I; on passe aisément de là au cas où t0t_0 est un point quelconque de I (cf. IV, IV, p. 9, corollaire).

Théorème 2

Soient I⊂RI \subset \mathbf{R} un intervalle (non réduit à un point) d’origine t0∈It_0 \in I, HH une partie ouverte non vide de EE, ff une fonction localement lipschitzienne dans I×HI \times H.

1° Pour tout x0∈Hx_0 \in H, il existe un plus grand intervalle J⊂IJ \subset I, d’origine t0∈Jt_0 \in J, dans lequel il existe une intégrale uu de l’équation x′=f(t,x)x' = f(t, x), prenant ses valeurs dans HH et égale à x0x_0 au point t0t_0; cette intégrale est unique.

2° Si J≠IJ \neq I, JJ est un intervalle semi-ouvert (t0,β[(t_0, \beta[ de longueur finie ; en outre, pour toute partie compacte K⊂HK \subset H, u‾1(K)\overline{u}^1(K) est alors une partie compacte de R\mathbf{R}.

3° Si JJ est borné, et si f(t,u(t))f(t, u(t)) est bornée dans JJ, u(t)u(t) a une limite à gauche cc à l’extrémité de JJ; en outre, si J≠IJ \neq I, cc est un point frontière de HH dans EE.

1° Soit M\mathfrak{M} l’ensemble des intervalles LL (non réduits à un point) d’origine t0∈Lt_0 \in L, contenus dans II et tels que, dans LL, il existe une solution de (1) (IV, p. 2) à valeurs dans HH et égale à x0x_0 au point t0t_0; d’après le th. 1 (IV, p. 10), l’ensemble M\mathfrak{M} n’est pas vide. Soient L,L′L, L' deux intervalles appartenant à M\mathfrak{M}, et supposons par exemple que L⊂L′L \subset L'; si uu et vv sont deux intégrales de (1), définies respectivement dans LL et L′L', à valeurs dans HH et égales à x0x_0 au point t0t_0, nous allons voir que vv est un prolongement de uu. En effet, soit t1t_1 la borne supérieure de l’ensemble des t∈Lt \in L tels que u(s)=v(s)u(s) = v(s) pour t0≤s≤tt_0 \leq s \leq t; nous allons prouver que t1t_1 est l’extrémité de LL. Dans le cas contraire, on aurait u(t1)=v(t1)u(t_1) = v(t_1) par continuité, et x1=u(t1)x_1 = u(t_1) appartiendrait à HH; comme ff est localement lipschitzienne, le th. 1 prouve qu’il ne peut exister qu’une seule intégrale de (1) définie dans un voisinage de t1t_1, à valeurs dans HH et égale à x1x_1 au point t1t_1; il y a donc contradiction à supposer que t1t_1 ne soit pas l’extrémité de LL. Nous voyons donc que, si JJ est la réunion des intervalles L∈ML \in \mathfrak{M}, il existe une intégrale uu et une seule de (1), définie dans JJ, à valeurs dans HH et égale à x0x_0 au point t0t_0.

2° Supposons J≠IJ \neq I, et soit β\beta l’extrémité de JJ; si β\beta est l’extrémité de II, on a β∈I\beta \in I (donc β\beta est fini) et J=(t0,β[J = (t_0, \beta[ en vertu de l’hypothèse. Supposons donc que β\beta ne soit pas l’extrémité de II; si β∈J\beta \in J, u(β)=cu(\beta) = c appartient à HH; d’après le th. 1, il existe une intégrale de (1) à valeurs dans HH, définie dans un intervalle

[β,β1[⊂I [\beta, \beta_1[ \subset I

et égale à cc au point β\beta; JJ ne serait donc pas le plus grand des intervalles de M\mathfrak{M}, ce qui est absurde; on a donc bien J=(t0,β[J = (t_0, \beta[.

Si KK est une partie compacte de HH, u‾1(K)\overline{u}^1(K) est fermé dans JJ; nous allons voir qu’il existe γ∈J\gamma \in J tel que u‾1(K)\overline{u}^1(K) soit contenu dans (t0,γ](t_0, \gamma], ce qui prouvera que u‾1(K)\overline{u}^1(K) est compact. Dans le cas contraire, il existerait un point c∈Kc \in K tel que (β,c)(\beta, c) soit adhérent à l’ensemble des points (t,u(t))(t, u(t)) tels que t<βt < \beta et u(t)∈Ku(t) \in K. Comme β∈I\beta \in I et c∈Hc \in H, il existerait un voisinage VV de β\beta dans II et une boule ouverte SS de centre cc et de rayon rr, contenue dans HH, tels que ff soit lipschitzienne et bornée dans V×SV \times S; soit MM la borne supérieure de ∥f(t,x)∥\|f(t, x)\| dans cet ensemble. Par hypothèse, il existe t1∈Jt_1 \in J tel que β−t1<r/2M,t1∈V\beta - t_1 < r/2M, t_1 \in V et ∥u(t1)−c∥≤r/2\|u(t_1) - c\| \leq r/2; le th. 1 montre qu’il existe une intégrale et une seule de (1), à valeurs dans HH, définie dans un intervalle (t1,t2)(t_1, t_2) contenant β\beta, et égale à u(t1)u(t_1) au point t1t_1; comme cette intégrale coïncide avec uu dans l’intervalle (t1,β](t_1, \beta], J=(t0,β[J = (t_0, \beta[ ne serait pas le plus grand des intervalles de M\mathfrak{M}, ce qui est absurde.

3° Supposons que JJ soit borné et que ∥f(t,u(t))∥≤M\|\mathbf{f}(t, u(t))\| \leq M dans JJ; on a donc ∥u′(t)∥≤M\|u'(t)\| \leq M dans le complémentaire d’une partie dénombrable de JJ; par suite ∥u(s)−u(t)∥≤M∣s−t∣\|u(s) - u(t)\| \leq M|s - t| quels que soient ss et tt dans JJ, en vertu du th. des accroissements finis; d’après le critère de Cauchy, uu a donc une limite à gauche cc à l’extrémité β\beta de JJ. Si J≠IJ \neq I, cc ne peut appartenir à HH, car en prolongeant uu par continuité au point β\beta, uu serait une intégrale de (1) à valeurs dans HH, définie dans l’intervalle [t0,β][t_0, \beta] et égale à x0x_0 au point t0t_0; on aurait donc J=[t0,β[J = [t_0, \beta[, contrairement à ce qu’on a vu au 2°.

Corollaire 1

Si H=EH = E et J≠IJ \neq I, f(t,u(t))\mathbf{f}(t, u(t)) n’est pas bornée dans JJ; si de plus EE est de dimension finie, ∥u(t)∥\|u(t)\| a pour limite à gauche +∞+\infty à l’extrémité de JJ.

La première partie est une conséquence immédiate de la troisième partie du th. 2. Si EE est de dimension finie, toute boule fermée S⊂ES \subset E est compacte, donc la seconde partie du th. 2 montre qu’il existe γ∈J\gamma \in J tel que u(t)∉Su(t) \notin S pour t>γt > \gamma.

Si EE est de dimension infinie, il peut se faire que J≠IJ \neq I, mais que ∥u(t)∥\|u(t)\| reste bornée lorsque tt tend vers l’extrémité de JJ (IV, p. 37, exerc. 5).

Corollaire 2

Si, dans I×HI \times H, f\mathbf{f} est lipschitzienne pour une fonction réglée k(t)k(t), et si l’extrémité β\beta de JJ appartient à II, uu a une limite à gauche au point β\beta; si H=EH = E et si f\mathbf{f} est lipschitzienne pour une fonction réglée k(t)k(t) dans I×EI \times E, on a J=IJ = I.

En effet, si β∈I\beta \in I, il existe un voisinage compact VV de β\beta dans II, tel que f(t,x0)\mathbf{f}(t, x_0) et k(t)k(t) soient bornées dans VV; on a donc ∥f(t,x)∥≤m∥x∥+h\|\mathbf{f}(t, x)\| \leq m\|x\| + h (mm et hh constantes) dans V×HV \times H, d’où ∥u′(t)∥≤m∥u(t)∥+h\|u'(t)\| \leq m\|u(t)\| + h dans le complémentaire d’une partie dénombrable de V∩JV \cap J, et par suite ∥u(t)∥≤m∫t0t∥u(s)∥ds+q\|u(t)\| \leq m \int_{t_0}^t \|u(s)\| ds + q (qq constante) dans V∩JV \cap J; le lemme 2 (IV, p. 8) montre que ∥u(t)∥≤cemt+d\|u(t)\| \leq c e^{mt} + d (cc et dd constantes) dans V∩JV \cap J, donc f(t,u(t))\mathbf{f}(t, u(t)) reste bornée dans JJ, et le corollaire résulte alors du th. 2 de IV, p. 11.

Exemple 1

Pour une équation différentielle de la forme x′=g(t)x' = g(t), où gg est réglée dans II, toute intégrale uu est évidemment définie dans II tout entier. On notera que uu peut être bornée dans II sans que g(t)g(t) le soit.

Exemple 2

Pour l’équation scalaire x′=1−x2x' = \sqrt{1 - x^2}, on a I=RI = \mathbf{R}, H=]−1,1[H = ]-1, 1[. Si on prend t0=x0=0t_0 = x_0 = 0, l’intégrale correspondante est sin⁡t\sin t dans le plus grand intervalle contenant 0, où la dérivée de sin⁡t\sin t soit positive, c’est-à-dire dans ]−π/2,+π/2[]-\pi/2, +\pi/2[; aux extrémités de cet intervalle, l’intégrale tend vers une extrémité de HH.

Exemple 3

Pour l’équation scalaire x′=1+x2x' = 1 + x^2, on a I=H=RI = H = \mathbf{R}; l’intégrale nulle pour t=0t = 0 est tg⁡t\operatorname{tg} t, et le plus grand intervalle contenant 0, où cette fonction est continue, est J=]−π/2,+π/2[J = ]-\pi/2, +\pi/2[; aux extrémités de JJ, ∣tg⁡t∣|\operatorname{tg} t| tend vers +∞+\infty (cf. IV, p. 12, cor. 1).

Exemple 4

Pour l’équation scalaire x′=sin⁡txx' = \sin tx, on a I=H=RI = H = \mathbf{R} et le second membre est borné dans I×HI \times H, donc (IV, p. 12, cor. 1) toute intégrale est définie dans R\mathbf{R} tout entier.

6. Continuité des intégrales en fonction d’un paramètre

La prop. 6 (IV, p. 9) montre que lorsqu’une équation différentielle

x′=f(t,x) \mathbf{x}' = \mathbf{f}(t, \mathbf{x})

est « voisine » d’une équation lipschitzienne x′=g(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{g}(t, \mathbf{x}) et qu’on suppose que les deux équations admettent chacune une solution approchée dans un même intervalle, ces deux solutions approchées sont « voisines »; nous allons préciser ce résultat en montrant que l’existence de solutions de l’équation lipschitzienne x′=g(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{g}(t, \mathbf{x}) dans un intervalle entraîne celle de solutions approchées de l’équation x′=f(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{f}(t, \mathbf{x}) dans le même intervalle pourvu que, dans ce dernier, les valeurs de la solution de x′=g(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{g}(t, \mathbf{x}) ne soient pas « trop voisines » de la frontière de H.

Proposition 7

Soient f\mathbf{f} et g\mathbf{g} deux fonctions définies dans I×HI \times H, satisfaisant aux conditions du lemme 1 de IV, p. 3, et telles que, dans I×HI \times H

∥f(t,x)−g(t,x)∥⩽α. \| \mathbf{f}(t, \mathbf{x}) - \mathbf{g}(t, \mathbf{x}) \| \leqslant \alpha.

On suppose en outre que g\mathbf{g} soit lipschitzienne pour la constante k>0k > 0 dans I×HI \times H, et que f\mathbf{f} soit localement lipschitzienne dans I×HI \times H, ou que EE soit de dimension finie. Soient (t0,x0)(t_0, \mathbf{x}_0) un point de I×HI \times H, μ\mu un nombre >0> 0, et

φ(t)=μek(t−t0)+αek(t−t0)−1k. \varphi(t) = \mu e^{k(t-t_0)} + \alpha \frac{e^{k(t-t_0)} - 1}{k}.

Soit u\mathbf{u} une intégrale de l’équation x′=g(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{g}(t, \mathbf{x}), définie dans un intervalle K=[t0,b[K = [t_0, b[ contenu dans II, égale à x0\mathbf{x}_0 au point t0t_0 et telle que, pour tout t∈Kt \in K, la boule fermée de centre u(t)\mathbf{u}(t) et de rayon φ(t)\varphi(t) soit contenue dans HH. Dans ces conditions, pour tout y∈H\mathbf{y} \in H tel que ∥y−x0∥⩽μ\| \mathbf{y} - \mathbf{x}_0 \| \leqslant \mu, il existe une intégrale v\mathbf{v} de x′=f(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{f}(t, \mathbf{x}), définie dans KK, à valeurs dans HH, et égale à y\mathbf{y} au point t0t_0; en outre, on a ∥u(t)−v(t)∥⩽φ(t)\| \mathbf{u}(t) - \mathbf{v}(t) \| \leqslant \varphi(t) dans KK.

Soit M\mathfrak{M} l’ensemble des intégrales de x′=f(t,x)\mathbf{x}' = \mathbf{f}(t, \mathbf{x}), dont chacune prend ses valeurs dans HH, est égale à y\mathbf{y} au point t0t_0 et est définie dans un intervalle semi-ouvert (t0,t1[(t_0, t_1[ contenu dans II (dépendant de l’intégrale que l’on considère). D’après le th. 1 de IV, p. 10 (lorsque f\mathbf{f} est localement lipschitzienne) ou IV, p. 6, corollaire (lorsque EE est de dimension finie), M\mathfrak{M} n’est pas vide, et le même raisonnement que dans la prop. 3 de IV, p. 5, montre que M\mathfrak{M} est inductif quand on l’ordonne par la relation « v\mathbf{v} est une restriction de w\mathbf{w} ». Soit v0\mathbf{v}_0 un élément maximal de M\mathfrak{M}, [t0,t1[[t_0, t_1[ l’intervalle où est définie v0\mathbf{v}_0; d’après la prop. 6 de IV, p. 9, tout revient à prouver que t1⩾bt_1 \geqslant b. Dans le cas contraire, on aurait

∥u(t)−v0(t)∥⩽φ(t) \| \mathbf{u}(t) - \mathbf{v}_0(t) \| \leqslant \varphi(t)

dans l’intervalle [t0,t1[[t_0, t_1[ (en vertu de la prop. 6; dans l’intervalle compact [t0,t1][t_0, t_1], la fonction réglée g(t,u(t))\mathbf{g}(t, \mathbf{u}(t)) est bornée, donc, dans l’intervalle [t0,t1[[t_0, t_1[, g(t,v0(t))\mathbf{g}(t, \mathbf{v}_0(t)) est bornée, puisque l’on a ∥g(t,v0(t))∥⩽∥g(t,u(t))∥+kφ(t)\| \mathbf{g}(t, \mathbf{v}_0(t)) \| \leqslant \| \mathbf{g}(t, \mathbf{u}(t)) \| + k \varphi(t) dans cet intervalle.

Comme v0v_0 est solution approchée de x′=g(t,x)x' = g(t, x) à α\alpha près dans [t0,t1[[t_0, t_1[, il existe un nombre M>0M > 0 tel que ∥v0′(t)∥≤M\|v'_0(t)\| \leq M dans cet intervalle, sauf aux points d’un ensemble dénombrable; le th. des accroissements finis montre alors que ∥v0(s)−v0(t)∥≤M∣s−t∣\|v_0(s) - v_0(t)\| \leq M|s - t| pour tout couple de points s,ts, t de [t0,t1[[t_0, t_1[, donc (critère de Cauchy) v0(t)v_0(t) a une limite à gauche cc au point t1t_1, et, par continuité, on a ∥c−u(t1)∥≤φ(t1)\|c - u(t_1)\| \leq \varphi(t_1), donc c∈Hc \in H. On voit alors par IV, p. 10, th. 1 ou IV, p. 6, corollaire, qu’il existe une intégrale de x′=f(t,x)x' = f(t, x) définie dans un intervalle [t1,t2[[t_1, t_2[ et égale à cc au point t1t_1, ce qui contredit la définition de v0v_0.

Théorème 3

Soient FF un espace topologique, ff une application de I×H×FI \times H \times F dans EE telle que, pour tout ξ∈F\xi \in F, (t,x)↦f(t,x,ξ)(t, x) \mapsto f(t, x, \xi) soit lipschitzienne dans I×HI \times H, et que, lorsque ξ\xi tend vers ξ0\xi_0, f(t,x,ξ)f(t, x, \xi) tende uniformément vers f(t,x,ξ0)f(t, x, \xi_0) dans I×HI \times H. Soit u0(t)u_0(t) une intégrale de x′=f(t,x,ξ0)x' = f(t, x, \xi_0), définie dans un intervalle J=[t0,b[J = [t_0, b[ contenu dans II, à valeurs dans HH et égale à x0x_0 au point t0t_0. Pour tout intervalle compact (t0,t1](t_0, t_1] contenu dans JJ, il existe un voisinage VV de ξ0\xi_0 dans FF tel que, pour tout ξ∈V\xi \in V, l’équation x′=f(t,x,ξ)x' = f(t, x, \xi) ait une intégrale (et une seule) u(t,ξ)u(t, \xi) définie dans (t0,t1](t_0, t_1], à valeurs dans HH et égale à x0x_0 au point t0t_0; en outre, lorsque ξ\xi tend vers ξ0\xi_0, u(t,ξ)u(t, \xi) tend uniformément vers u0(t)u_0(t) dans (t0,t1](t_0, t_1].

En effet, soit r>0r > 0 tel que, pour t0≤t≤t1t_0 \leq t \leq t_1, la boule fermée de centre u0(t)u_0(t) et de rayon rr soit contenue dans HH; si f(t,x,ξ0)f(t, x, \xi_0) est lipschitzienne pour la constante k>0k > 0 dans I×HI \times H, prenons α\alpha assez petit pour que ek(t1−t0)−1k<r\frac{e^{k(t_1-t_0)} - 1}{k} < r; en prenant VV tel que, pour tout ξ∈V\xi \in V, on ait ∥f(t,x,ξ)−f(t,x,ξ0)∥≤α\|f(t, x, \xi) - f(t, x, \xi_0)\| \leq \alpha dans I×HI \times H, on répondra à la question en vertu de la prop. 7 de IV, p. 13; en outre, on a

∥u(t,ξ)−u0(t)∥≤αek(t1−t0)−1k \|u(t, \xi) - u_0(t)\| \leq \alpha \frac{e^{k(t_1-t_0)} - 1}{k}
dans (t0,t1](t_0, t_1], ce qui achève de démontrer le théorème.

Remarque

Lorsque H=EH = E et que la condition (16) de IV, p. 13, est vérifiée dans I×EI \times E, la prop. 7 de IV, p. 13, s’applique à toute solution uu de x′=g(t,x)x' = g(t, x), dans un intervalle quelconque où cette solution est définie; on peut même supposer que g(t,x)g(t, x) est lipschitzienne pour une fonction k(t)k(t) réglée dans KK, mais non nécessairement bornée dans cet intervalle.

7. Dépendance des conditions initiales

Soit x′=f(t,x)x' = f(t, x) une équation localement lipschitzienne dans I×HI \times H; d’après le th. 2 (IV, p. 11), pour tout point (t0,x0)(t_0, x_0) de I×HI \times H, il existe un plus grand intervalle J(t0,x0)⊂IJ(t_0, x_0) \subset I, non réduit à un point, contenant t0t_0, et dans lequel il existe une intégrale (et une seule) de l’équation, égale à x0x_0 au point t0t_0; nous allons préciser la manière dont cette intégrale, et l’intervalle J(t0,x0)J(t_0, x_0) où elle est définie, dépendent du point (t0,x0)(t_0, x_0).

Théorème 4

Soient ff une fonction localement lipschitzienne dans I×HI \times H, (a,b)(a, b) un point quelconque de I×HI \times H.

1° Il existe un intervalle K⊂IK \subset I, voisinage de aa dans II, et un voisinage VV de bb dans HH tels que, pour tout point (t0,x0)(t_0, x_0) de K×VK \times V, il existe une intégrale et une seule u(t,t0,x0)u(t, t_0, x_0) définie dans KK, à valeurs dans HH et égale à x0x_0 au point t0t_0 (autrement dit, on a J(t0,x0)⊇KJ(t_0, x_0) \supseteq K quel que soit (t0,x0)∈K×V(t_0, x_0) \in K \times V).

2° L’application (t,t0,x0)↦u(t,t0,x0)(t, t_0, x_0) \mapsto u(t, t_0, x_0) de K×K×VK \times K \times V dans HH est uniformément continue.

3° Il existe un voisinage W⊂VW \subset V de bb dans HH tel que, pour tout point

(t,t0,x0)∈K×K×W, (t, t_0, x_0) \in K \times K \times W,
l’équation x0=u(t0,t,x)x_0 = u(t_0, t, x) ait dans VV une solution unique xx égale à u(t,t0,x0)u(t, t_0, x_0) (« résolution de l’intégrale par rapport à la constante d’intégration »).

1° Soient SS une boule de centre bb et de rayon rr contenue dans HH, J0J_0 un intervalle contenu dans II et voisinage de aa dans II, tels que ff soit bornée et lipschitzienne (pour une certaine constante kk) dans J0×SJ_0 \times S; nous désignerons par MM la borne supérieure de ∥f(t,x)∥\|f(t, x)\| dans J0×SJ_0 \times S. Il existe alors (IV, p. 10, th. 1) un intervalle J⊂J0J \subset J_0, voisinage de aa dans II, et une intégrale vv de x′=f(t,x)x' = f(t, x) définie dans JJ, à valeurs dans SS et égale à bb au point aa. Nous allons voir que la boule ouverte VV de centre bb et de rayon r/2r/2, et l’intersection KK de JJ et d’un intervalle ]a−l,a+l[]a - l, a + l[, où ll est assez petit, répondent à la question. En effet, la prop. 7 de IV, p. 13 (appliquée à l’ensemble J0×SJ_0 \times S et au cas où α=0\alpha = 0) montre qu’il existe une intégrale de x′=f(t,x)x' = f(t, x) définie dans KK, à valeurs dans SS, et égale à x0x_0 en un point t0∈Kt_0 \in K, pourvu que l’on ait

∥v(t)−b∥+∥v(t0)−x0∥ek∣t−t0∣<r \|v(t) - b\| + \|v(t_0) - x_0\| e^{k|t - t_0|} < r
pour tout t∈Kt \in K. Or, d’après le th. des accroissements finis, on a
∥v(t)−b∥≤M∣t−a∣≤Ml \|v(t) - b\| \leq M|t - a| \leq Ml
pour tout t∈Kt \in K; comme ∥x0−b∥<r/2\|x_0 - b\| < r/2, on voit qu’il suffit de prendre ll tel que
Ml+(Ml+r/2)e2kl<r Ml + (Ml + r/2) e^{2kl} < r
pour que la relation (18) soit vérifiée pour tout point (t,t0,x0)(t, t_0, x_0) de K×K×VK \times K \times V.

2° D’après le th. des accroissements finis, on a

∥u(t1,t0,x0)−u(t2,t0,x0)∥≤M∣t2−t1∣ \|u(t_1, t_0, x_0) - u(t_2, t_0, x_0)\| \leq M|t_2 - t_1|
quels que soient t0,t1,t2t_0, t_1, t_2 dans KK et x0x_0 dans VV. La prop. 5 (IV, p. 7) montre que
∥u(t,t0,x1)−u(t,t0,x2)∥≤e2kl∥x2−x1∥ \|u(t, t_0, x_1) - u(t, t_0, x_2)\| \leq e^{2kl} \|x_2 - x_1\|
quels que soient tt et t0t_0 dans KK, x1x_1 et x2x_2 dans VV. Enfin, si t1t_1 et t2t_2 sont deux points quelconques de KK, on a
∥u(t1,t2,x0)−u(t2,t2,x0)∥≤M∣t2−t1∣ \|u(t_1, t_2, x_0) - u(t_2, t_2, x_0)\| \leq M|t_2 - t_1|

d’après le th. des accroissements finis, c’est-à-dire

∥u(t1,t2,x0)−x0∥≤M∣t2−t1∣; \|u(t_1, t_2, x_0) - x_0\| \leq M|t_2 - t_1|;
comme u(t,t2,x0)u(t, t_2, x_0) est identique à l’intégrale qui, au point t1t_1, prend la valeur u(t1,t2,x0)u(t_1, t_2, x_0), la prop. 5 (IV, p. 7) montre que l’on a (22)
∥u(t,t1,x0)−u(t,t2,x0)∥≤Me2kl∣t2−t1∣ \|u(t, t_1, x_0) - u(t, t_2, x_0)\| \leq M e^{2kl}|t_2 - t_1|
quels que soient t,t1,t2t, t_1, t_2 dans K et x0x_0 dans V. Les trois inégalités (20), (21) et (22) démontrent donc la continuité uniforme de l’application (t,t0,x0)↦u(t,t0,x0)(t, t_0, x_0) \mapsto u(t, t_0, x_0) dans K×K×VK \times K \times V.

3° D’après (20), on a ∥u(t,t0,x0)−x0∥≤M∣t−t0∣≤2Ml\|u(t, t_0, x_0) - x_0\| \leq M|t - t_0| \leq 2Ml dans

K×K×V. K \times K \times V.
Si ll a été pris assez petit pour que 2Ml<r/42Ml < r/4, on voit donc que si x0x_0 est un point quelconque de la boule ouverte W de centre b et de rayon r/4r/4, on a u(t,t0,x0)∈Vu(t, t_0, x_0) \in V quels que soient tt et t0t_0 dans K. Si x=u(t,t0,x0)x = u(t, t_0, x_0), la fonction s↦u(s,t,x)s \mapsto u(s, t, x) est donc définie dans K et égale à l’intégrale de (1) qui prend la valeur xx au point tt, c’est-à-dire à u(s,t0,x0)u(s, t_0, x_0); en particulier
x0=u(t0,t0,x0)=u(t0,t,x). x_0 = u(t_0, t_0, x_0) = u(t_0, t, x).
D’ailleurs, si y∈Vy \in V est tel que x0=u(t0,t,y)x_0 = u(t_0, t, y), l’intégrale s↦u(s,t,y)s \mapsto u(s, t, y) prend la valeur x0x_0 au point t0t_0, donc est identique à s↦u(s,t0,x0)s \mapsto u(s, t_0, x_0), et par suite prend la valeur xx au point tt, ce qui montre que y=xy = x et achève la démonstration.

Exercices

Exercices

§ I

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.