Bourbaki

Appendice

Corps de hardy. Fonctions (h)

1. Corps de Hardy

Soit F\mathfrak{F} la base de filtre sur R\mathbf{R} constituée par les intervalles de la forme [x0,+∞[[x_0, +\infty[. Rappelons que, dans l’ensemble H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}) des fonctions numériques définies dans des parties appartenant à F\mathfrak{F}, nous avons défini la relation d’équivalence R∞R_\infty: « il existe un ensemble M∈FM \in \mathfrak{F} tel que f(x)=g(x)f(x) = g(x) dans MM » (V, p. 2), et que l’ensemble quotient H(F,R)/R∞\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R})/R_\infty est muni d’une structure d’anneau ayant un élément unité.

Définition 1

Étant donné un sous-ensemble A\mathfrak{A} de H(F,R)\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R}), on dit que A/R∞\mathfrak{A}/R_\infty (image canonique de A\mathfrak{A} dans H(F,R)/R∞\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R})/R_\infty) est un corps de Hardy, si A\mathfrak{A} satisfait aux conditions suivantes: 1° A/R∞\mathfrak{A}/R_\infty est un sous-corps de l’anneau H(F,R)/R∞\mathscr{H}(\mathfrak{F}, \mathbf{R})/R_\infty. 2° Toute fonction de A\mathfrak{A} est continue et dérivable dans un intervalle [a,+∞[[a, +\infty[ (dépendant de la fonction), et la classe suivant R∞R_\infty de sa dérivée appartient à A/R∞\mathfrak{A}/R_\infty.

L’hypothèse que A/R∞\mathfrak{A}/R_\infty est un corps équivaut aux conditions suivantes: si f∈Af \in \mathfrak{A} et g∈Ag \in \mathfrak{A}, f+gf + g et fgfg sont égales à des fonctions de A\mathfrak{A} dans un ensemble de F\mathfrak{F}; en outre, si ff n’est pas identiquement nulle dans un ensemble de F\mathfrak{F}, il existe un ensemble MM de F\mathfrak{F} dans lequel ff ne s’annule pas, 1/f1/f étant égale à une fonction de A\mathfrak{A} dans MM; d’après la condition 2°, on peut toujours supposer MM pris tel que ff soit continue dans MM, et par suite garde un signe constant dans cet intervalle.

Par abus de langage, si A\mathfrak{A} est tel que A/R∞\mathfrak{A}/R_\infty soit un corps de Hardy, nous dirons dans ce qui suit que A\mathfrak{A} lui-même est un corps de Hardy.

Exemple 1

Tout corps de Hardy contient le corps des constantes rationnelles (plus petit corps de caractéristique 0, cf. A, V, § 1), qu’on peut identifier au corps Q\mathbf{Q}; d’ailleurs, comme deux constantes ne sont congrues modulo R∞R_{\infty} que si elles sont égales, Q/R∞\mathbf{Q}/R_{\infty} est identique à Q\mathbf{Q}. Les constantes réelles forment aussi un corps de Hardy, qu’on peut identifier à R\mathbf{R}.

Exemple 2

Un exemple plus important de corps de Hardy est l’*ensemble des fonctions rationnelles à coefficients réels*, que nous noterons R(x)\mathbf{R}(x) par abus de langage; si f(x)=p(x)/q(x)f(x) = p(x)/q(x) est une fonction rationnelle à coefficients réels, non identiquement nulle, elle est continue, dérivable et ≠0\neq 0 dans l’intervalle (a,+∞[(a, +\infty[, où aa est strictement supérieur à la plus grande des racines réelles des polynômes p(x)p(x) et q(x)q(x); donc tout élément de R(x)/R∞\mathbf{R}(x)/R_{\infty} autre que 0 est inversible. On notera encore que deux fonctions rationnelles ne peuvent être congrues modulo R∞R_{\infty} que si elles sont égales, donc R(x)/R∞\mathbf{R}(x)/R_{\infty} peut encore être identifié à R(x)\mathbf{R}(x).

2. Extension d’un corps de Hardy

Étant donné un corps de Hardy K\mathfrak{K}, nous allons voir comment on peut former de nouveaux corps de Hardy K′⊃K\mathfrak{K}' \supset \mathfrak{K} tels que K′/R∞\mathfrak{K}'/R_{\infty} s’obtienne par adjonction à K/R∞\mathfrak{K}/R_{\infty} (au sens algébrique du terme, cf. A, V, § 2) de nouveaux éléments, d’une forme que nous allons préciser.

Lemme 1

Soient a(x)a(x), b(x)b(x) des fonctions numériques continues et ne changeant pas de signe dans un intervalle (x0,+∞[(x_0, +\infty[. Si, dans cet intervalle, la fonction y(x)y(x) est continue et dérivable et vérifie l’identité

y′=ay+b y' = ay + b

il existe un intervalle (x1,+∞[(x_1, +\infty[ dans lequel yy ne change pas de signe.

En effet, posons z(x)=y(x)exp⁡(−∫x0xa(t) dt)z(x) = y(x) \exp \left( -\int_{x_0}^x a(t)\,dt \right) (cf. IV, p. 22); on a, d’après (1), z′(x)=b(x)exp⁡(−∫x0xa(t) dt)z'(x) = b(x) \exp \left( -\int_{x_0}^x a(t)\,dt \right). Si b(x)⩾0b(x) \geqslant 0 pour x⩾x0x \geqslant x_0, zz est croissante dans cet intervalle, donc, ou bien est <0< 0 dans tout l’intervalle, ou bien est nulle dans un intervalle (x1,+∞[(x_1, +\infty[, ou bien est >0> 0 dans un intervalle (x1,+∞[(x_1, +\infty[; comme yy a le même signe que zz, la proposition est démontrée dans ce cas. Raisonnement analogue si b(x)⩽0b(x) \leqslant 0 pour x⩾x0x \geqslant x_0.

Remarque

Cette propriété si élémentaire ne s’étend pas aux équations différentielles linéaires d’ordre >1> 1; par exemple, la fonction y=sin⁡xy = \sin x satisfait à y′′+y=0y'' + y = 0, mais change de signe dans tout voisinage de +∞+\infty.

Lemme 2

Soient a(x)a(x) et b(x)b(x) deux fonctions appartenant à un même corps de Hardy K\mathfrak{K}, y(x)y(x) une fonction satisfaisant à l’identité (1) dans un intervalle (x0,+∞[(x_0, +\infty[ où aa et bb sont définies et continues. Si p(u)p(u) est un polynôme par rapport à uu, dont les coefficients sont des fonctions de xx appartenant à K\mathfrak{K}, définies et dérivables dans (x0,+∞[(x_0, +\infty[, il existe un intervalle (x1,+∞[(x_1, +\infty[, dans lequel la fonction p(y)p(y) ne change pas de signe.

La proposition est triviale si p(u)p(u) a ses coefficients identiquement nuls dans (x0,+∞[(x_0, +\infty[, ou si p(u)p(u) est de degré 0 par rapport à uu, puisqu’une fonction de A\mathbf{A} garde un signe constant dans un intervalle (x1,+∞[(x_1, +\infty[. Supposons que p(u)p(u) soit de degré n>0n > 0; le coefficient dominant cc de p(u)p(u) est alors ≠0\neq 0 dans un intervalle (α,+∞[(\alpha, +\infty[; on peut donc écrire p(u)=c(un+c1un−1+⋯+cn)p(u) = c(u^n + c_1u^{n-1} + \cdots + c_n) où c,c1,c2,…,cnc, c_1, c_2, \ldots, c_n sont des fonctions appartenant à A\mathbf{A} et dérivables dans (α,+∞[(\alpha, +\infty[; il suffit donc de démontrer le lemme pour c=1c = 1. Raisonnons alors par récurrence sur nn; on a

ddx(p(y))=(ay+b)(nyn−1+(n−1)c1yn−2+⋯+cn−1) \frac{d}{dx}(p(y)) = (ay + b)(ny^{n-1} + (n-1)c_1y^{n-2} + \cdots + c_{n-1})
+c1′yn−1+⋯+cn′=na.p(y)+q(y) + c'_1y^{n-1} + \cdots + c'_n = na.p(y) + q(y)

où q(u)q(u) est un polynôme de degré ≤n−1\leq n - 1, à coefficients dans A\mathbf{A}. Par hypothèse, les fonctions na(x)na(x) et q(y(x))q(y(x)) ne changent pas de signe dans un intervalle (β,+∞[(\beta, +\infty[; le lemme est donc une conséquence du lemme 1.

Théorème 1

Soient a(x)a(x) et b(x)b(x) deux fonctions appartenant à un même corps de Hardy A\mathbf{A}, y(x)y(x) une fonction satisfaisant à (1) dans un intervalle (x0,+∞[(x_0, +\infty[. Lorsque r(u)=p(u)/q(u)r(u) = p(u)/q(u) parcourt l’ensemble des fractions rationnelles en uu à coefficients dans A\mathbf{A} telles que q(y)q(y) ne soit pas identiquement nulle dans un voisinage de +∞+\infty, l’ensemble A(y)\mathbf{A}(y) des fonctions r(y)r(y) forme un corps de Hardy.

En effet, d’après le lemme 2, il existe un intervalle (x1,+∞[(x_1, +\infty[ dans lequel r(y)r(y) est définie, continue et ne change pas de signe, d’où résulte aussitôt que A(y)/R∞\mathbf{A}(y)/\mathbf{R}_\infty est bien un corps; d’autre part, comme

ddx(r(y))=r′(y)y′=r′(y)(ay+b) \frac{d}{dx}(r(y)) = r'(y)y' = r'(y)(ay + b)

(où r′(y)=(p′(y)q(y)−p(y)q′(y))/(q(y))2r'(y) = (p'(y)q(y) - p(y)q'(y))/(q(y))^2 est définie par hypothèse dans un voisinage de +∞+\infty), la dérivée de toute fonction de A(y)\mathbf{A}(y) appartient à A(y)\mathbf{A}(y), ce qui prouve que A(y)\mathbf{A}(y) satisfait aux conditions de la déf. 1 de V, p. 36.

Il est clair que A(y)/R∞\mathbf{A}(y)/\mathbf{R}_\infty s’obtient par adjonction algébrique à A/R∞\mathbf{A}/\mathbf{R}_\infty de la classe de yy modulo R∞\mathbf{R}_\infty. On dit encore que A(y)\mathbf{A}(y) s’obtient par adjonction de yy à A\mathbf{A}.

Corollaire 1

Si yy est une fonction de A\mathbf{A} non identiquement nulle dans un voisinage de +∞+\infty, A(log⁡∣y∣)\mathbf{A}(\log|y|) est un corps de Hardy.

En effet, (log⁡∣y∣)′=y′/y(\log|y|)' = y'/y est égale à une fonction de A\mathbf{A} dans un intervalle (x0,+∞[(x_0, +\infty[.

Corollaire 2

Si yy est une fonction quelconque de A\mathbf{A}, A(ey)\mathbf{A}(e^y) est un corps de Hardy.

En effet, (ey)′=eyy′(e^y)' = e^y y', et y′y' est égale à une fonction de A\mathbf{A} dans un intervalle (x0,+∞[(x_0, +\infty[.

Corollaire 3

Si A\mathbf{A} contient les constantes réelles, et si yy est une fonction de A\mathbf{A} non identiquement nulle dans un voisinage de +∞+\infty, g(∣y∣α)g(|y|^{\alpha}) est un corps de Hardy pour tout nombre réel α\alpha.

En effet, ddx(∣y∣α)=∣y∣α(αy′/∣y∣)\frac{d}{dx}(|y|^{\alpha}) = |y|^{\alpha} (\alpha y'/|y|), et αy′/∣y∣\alpha y'/|y| est égale à une fonction de R\mathbf{R} dans un intervalle [x0,+∞[[x_0, +\infty[.

Notons enfin que si yy est une primitive d’une fonction quelconque de R\mathbf{R}, g(y)g(y) est encore un corps de Hardy.

3. Comparaison des fonctions d’un corps de Hardy

Proposition 1

Deux fonctions appartenant à un même corps de Hardy sont comparables d’ordre quelconque (V, p. 22).

En effet, si ff appartient à un corps de Hardy R\mathbf{R}, pour tout entier n>0n > 0, il existe un intervalle [x0,+∞[[x_0, +\infty[ dans lequel ff est nn fois dérivable, sa dérivée nn-ème étant égale à une fonction de R\mathbf{R} dans cet intervalle. Il suffit donc de montrer que deux fonctions quelconques f,gf, g de R\mathbf{R} sont comparables. C’est évident si l’une d’elles est identiquement nulle dans un voisinage de +∞+\infty; on peut donc se borner au cas où elles sont toutes deux strictement positives dans un voisinage de +∞+\infty. Mais alors, pour tout nombre réel t,f−tgt, f - tg est égale à une fonction de R\mathbf{R} dans un voisinage de +∞+\infty, donc garde un signe constant dans un voisinage de +∞+\infty, ce qui démontre la proposition (V, p. 8, prop. 9).

On déduit d’abord de cette proposition que, si un corps de Hardy R\mathbf{R} contient les constantes réelles (ce que nous supposerons toujours par la suite), et si ff et gg sont deux fonctions quelconques de R\mathbf{R}, deux quelconques des fonctions efe^f, ege^g, log⁡∣f∣\log|f|, log⁡∣g∣\log|g|, ∣f∣α|f|^{\alpha}, ∣g∣α|g|^{\alpha} (α\alpha réel quelconque), ∫af\int_a f, ∫ag\int_a g (aa réel quelconque dans un intervalle [x0,+∞[[x_0, +\infty[ où ff et gg sont réglées) sont comparables (lorsqu’elles sont définies); en effet, deux quelconques de ces fonctions appartiennent à un même corps de Hardy obtenu en les adjoignant successivement à R\mathbf{R}.

De même, toute fonction f(x)f(x) d’un corps de Hardy R\mathbf{R} est comparable à xx, car xx et f(x)f(x) appartiennent au corps de Hardy R(x)\mathbf{R}(x) obtenu en adjoignant xx à R\mathbf{R}. On en conclut donc (en particulier) que ff est comparable d’ordre quelconque à toute puissance xαx^{\alpha}, ainsi qu’à log⁡x\log x et à exe^x.

On voit aussi que, si ff et gg appartiennent à un même corps de Hardy R\mathbf{R}, si g(x)>0g(x) > 0 dans un intervalle [x0,+∞[[x_0, +\infty[, et si g(x)g(x) tend vers 0 ou vers +∞+\infty lorsque xx tend vers +∞+\infty, l’ordre de ff par rapport à gg (V, p. 9) est toujours défini.

La prop. 8 de V, p. 23, est donc applicable à toute fonction ff d’un corps de Hardy, et prouve que:

1° si ff est d’ordre +∞+\infty par rapport à xx, ∫axf(t) dt∼(f(x))2/f′(x).\int_a^x f(t)\,dt \sim (f(x))^2/f'(x)..

2° si ff est d’ordre μ>−1\mu > -1 par rapport à xx, ∫axf(t) dt∼1μ+1 xf(x)\int_a^x f(t)\,dt \sim \frac{1}{\mu + 1}\,x f(x).

3° si ff est d’ordre μ<−1\mu < -1 par rapport à xx, ∫x+∞f(t) dt∼−1μ+1 xf(x)\int_x^{+\infty} f(t)\,dt \sim -\frac{1}{\mu + 1}\,x f(x).

4° si ff est d’ordre −∞-\infty par rapport à xx ∫x+∞f(t) dt∼−(f(x))2/f′(x)\int_x^{+\infty} f(t)\,dt \sim -(f(x))^2/f'(x).

On a en outre la proposition suivante:

Proposition 2

Soit ff une fonction appartenant à un corps de Hardy A\mathfrak{A}. 1° Si ff est d’ordre infini par rapport à xx, on aa, pour tout entier n>0n > 0,

f(n)(x)∼(f′(x))n(f(x))n−1. f^{(n)}(x) \sim \frac{(f'(x))^n}{(f(x))^{n-1}}.
2° Si ff est d’ordre fini μ\mu par rapport à xx, on aa, pour tout n>0n > 0,
f(n)(x)∼μ(μ−1)…(μ−n+1)f(x)xn∼(μ−1)…(μ−n+1)μn−1(f′(x))n(f(x))n−1 f^{(n)}(x) \sim \mu(\mu-1)\ldots(\mu-n+1)\frac{f(x)}{x^n} \sim \frac{(\mu-1)\ldots(\mu-n+1)}{\mu^{n-1}}\frac{(f'(x))^n}{(f(x))^{n-1}}
sauf si μ\mu est entier ⩾0\geqslant 0 et n>μn > \mu.

1° Si ff est d’ordre infini par rapport à xx, on a log⁡∣f∣≫log⁡x\log |f| \gg \log x, donc, puisque log⁡∣f∣\log|f| et log⁡x\log x sont comparables d’ordre quelconque, f′/f≫1/xf'/f \gg 1/x. Posons g=f′/fg = f'/f; comme gg est égale à une fonction de A\mathfrak{A} dans un voisinage de +∞+\infty, on déduit de 1/g≪x1/g \ll x, que g′/g2≪1g'/g^2 \ll 1, et par suite g′/g≪g=f′/fg'/g \ll g = f'/f, ou encore fg′≪gf′fg' \ll gf'. De la relation f′=fgf' = fg, on déduit en dérivant

f′′=fg′+gf′∼gf′ f'' = fg' + gf' \sim gf'
ou encore f′′/f′∼f′/ff''/f' \sim f'/f. Le même raisonnement, appliqué à f(n)f^{(n)} au lieu de ff, montre, par récurrence sur nn, que f(n)/f(n−1)∼f′/ff^{(n)}/f^{(n-1)} \sim f'/f; d’où la relation (2).

2° Si ff est d’ordre fini μ\mu par rapport à xx et si μ≠0\mu \neq 0, on a log⁡∣f∣∼μlog⁡x\log |f| \sim \mu \log x, d’où, en dérivant, f′(x)∼μf(x)xf'(x) \sim \mu \frac{f(x)}{x}; on en déduit que f′f' est d’ordre μ−1\mu - 1 par rapport à xx, ce qui permet d’appliquer le même raisonnement par récurrence sur nn tant que μ≠n\mu \neq n, d’où la formule (3) lorsque μ\mu n’est pas un entier ⩾0\geqslant 0 et <n< n.

Lorsque ff est d’ordre entier p⩾0p \geqslant 0 par rapport à xx, on peut écrire f(x)=xpf1(x)f(x) = x^p f_1(x), où f1f_1 est d’ordre 0 par rapport à xx. D’après la prop. 2, on a

f(n)∼p!f1. f^{(n)} \sim p! f_1.
Pour évaluer les dérivées d’ordre n>pn > p, on peut donc se borner au cas où p=0p = 0. Alors, on a log⁡∣f∣≪log⁡x\log |f| \ll \log x, d’où f′(x)/f(x)≪1/xf'(x)/f(x) \ll 1/x, autrement dit xf′(x)≪f(x)x f'(x) \ll f(x); si ff n’est pas équivalente à une constante k≠0k \neq 0, on aa, en dérivant cette relation (V, p. 22, prop. 7), xf′′(x)+f′(x)≪f′(x)x f''(x) + f'(x) \ll f'(x), ce qui signifie que xf′′(x)∼−f′(x)x f''(x) \sim -f'(x). Tenant compte de cette formule, on voit par récurrence sur nn que f(n)f^{(n)} est d’ordre ⩽−n\leqslant -n par rapport à xx, et que
f(n)(x)∼(−1)n+1(n−1)!f′(x)xn−1. f^{(n)}(x) \sim (-1)^{n+1}(n-1)! \frac{f'(x)}{x^{n-1}}.
Si ff est équivalente à une constante k≠0k \neq 0, on a f(x)=k+f2(x)f(x) = k + f_2(x) avec f2≪1f_2 \ll 1, et on est ramené à étudier les dérivées de f2f_2.

4. Fonctions (H)

Proposition 3

Si R0\mathfrak{R}_0 est un corps de Hardy, il existe un corps de Hardy R\mathfrak{R}, contenant R0\mathfrak{R}_0 et tel que, pour toute fonction z∈Rz \in \mathfrak{R}, non identiquement nulle dans un voisinage de +∞+\infty, eze^z et log⁡∣z∣\log |z| appartiennent à R\mathfrak{R}.

Désignons par R\mathfrak{R} l’ensemble des fonctions f∈H(R,R)f \in \mathscr{H}(\mathfrak{R}, \mathbf{R}) ayant les propriétés suivantes: pour chaque fonction f∈Rf \in \mathfrak{R} il existe un nombre fini de corps de Hardy R1,R2,…,Rn\mathfrak{R}_1, \mathfrak{R}_2, \ldots, \mathfrak{R}_n (le nombre nn et les corps Ri\mathfrak{R}_i dépendant de ff) tels que f∈Rnf \in \mathfrak{R}_n et que, pour 0≤i≤n−10 \leq i \leq n - 1, on ait Ri+1=Ri(ui+1)\mathfrak{R}_{i+1} = \mathfrak{R}_i(u_{i+1}), où ui+1u_{i+1} est égale, soit à ezie^{z_i}, soit à log⁡∣zi∣\log |z_i|, ziz_i appartenant à Ri\mathfrak{R}_i et n’étant pas identiquement nulle au voisinage de +∞+\infty. On dit que u1,u2,…,unu_1, u_2, \ldots, u_n forment une suite de définition du corps Rn\mathfrak{R}_n et de la fonction ff; une même fonction f∈Rf \in \mathfrak{R} peut naturellement admettre plusieurs suites de définition.

D’après la déf. 1 de V, p. 36, toute fonction f∈Rf \in \mathfrak{R}, non identiquement nulle dans un voisinage de +∞+\infty, garde un signe constant et est dérivable dans un intervalle [x0,+∞[[x_0, +\infty[; si f∈Rnf \in \mathfrak{R}_n, 1/f1/f et f′f' sont égales à des fonctions de Rn\mathfrak{R}_n, donc à des fonctions de R\mathfrak{R}, dans un voisinage de +∞+\infty. Pour voir que R\mathfrak{R} est un corps de Hardy, il suffit donc de prouver que si ff et gg sont deux fonctions de R\mathfrak{R}, f−gf - g et fgfg sont égales à des fonctions de R\mathfrak{R} dans un voisinage de +∞+\infty. Or soit u1,u2,…,umu_1, u_2, \ldots, u_m une suite de définition de ff, v1,v2,…,vnv_1, v_2, \ldots, v_n une suite de définition de gg. La suite u1,u2,…,um,v1,v2,…,vnu_1, u_2, \ldots, u_m, v_1, v_2, \ldots, v_n obtenue par juxtaposition des suites (ui)(u_i) et (vj)(v_j) est encore une suite de définition d’un corps de Hardy Rm+n\mathfrak{R}_{m+n}, et ce corps contient ff et gg, donc f−gf - g et fgfg sont égales à des fonctions de Rm+n\mathfrak{R}_{m+n} dans un voisinage de +∞+\infty.

On dira que le corps de Hardy R\mathfrak{R} défini dans la démonstration de la prop. 3 est l’extension (H) du corps de Hardy R0\mathfrak{R}_0.

Si R′\mathfrak{R}' est un autre corps de Hardy possédant les propriétés énoncées dans la prop. 3, il résulte de la construction de R\mathfrak{R} que R/R∞\mathfrak{R}/\mathbf{R}_\infty est contenu dans R′/R∞\mathfrak{R}'/\mathbf{R}_\infty. Par abus de langage, on peut donc dire que l’extension (H) d’un corps de Hardy R0\mathfrak{R}_0 est le plus petit corps de Hardy R\mathfrak{R} ayant les propriétés énoncées dans la prop. 3.

Définition 2

On appelle corps des fonctions (H) l’extension (H) du corps de Hardy R(x)\mathbf{R}(x) des fonctions rationnelles à coefficients réels. Toute fonction appartenant à cette extension est dite fonction (H).

D’après cette définition, si ff est une fonction (H) non identiquement nulle dans un voisinage de +∞+\infty, efe^f et log⁡∣f∣\log |f| sont aussi des fonctions (H). Plus généralement, si gg est une seconde fonction (H), u1,u2,…,unu_1, u_2, \ldots, u_n une suite de définition de gg, et si f(x)f(x) tend vers +∞+\infty avec xx, on voit par récurrence sur nn que les fonctions composées u1∘f,u2∘f,…,un∘fu_1 \circ f, u_2 \circ f, \ldots, u_n \circ f et g∘fg \circ f sont des fonctions (H).

5. Exponentielles et logarithmes itérés

Nous avons déjà (V, p. 19) défini les logarithmes itérés ln(x)l_n(x) par les conditions l0(x)=xl_0(x) = x, ln(x)=log⁡(ln−1(x))l_n(x) = \log(l_{n-1}(x)) pour n≥1n \geq 1. On définit de même les exponentielles itérées en(x)e_n(x) par les conditions e0(x)=x,en(x)=exp⁡(en−1(x))e_0(x) = x, e_n(x) = \exp(e_{n-1}(x)) pour n≥1n \geq 1. Il est immédiat, par récurrence sur nn, que ln(x)l_n(x) est la fonction réciproque de en(x)e_n(x), définie pour x>en−1(0)x > e_{n-1}(0), et que em(en(x))=em+n(x), lm(ln(x))=lm+n(x)e_m(e_n(x)) = e_{m+n}(x),\ l_m(l_n(x)) = l_{m+n}(x). En vertu des relations log⁡x≪xμ≪eγ\log x \ll x^\mu \ll e^\gamma pour tout μ>0\mu > 0, on a, pour n≥1n \geq 1

(5)

ln(x)≪(ln−1(x))μpour tout μ>0 l_n(x) \ll (l_{n-1}(x))^\mu \quad \text{pour tout } \mu > 0

(6)

en−1(x1+β)≪en(x1+δ)≪en((1−γ)x)≪(en(x))μ≪en((1+α)x)≪en(x1+β) e_{n-1}(x^{1+\beta}) \ll e_n(x^{1+\delta}) \ll e_n((1-\gamma)x) \ll (e_n(x))^\mu \ll e_n((1+\alpha)x) \ll e_n(x^{1+\beta})
pour μ>0, α>0, β>0, 0<γ<1, 0<δ<1\mu > 0,\ \alpha > 0,\ \beta > 0,\ 0 < \gamma < 1,\ 0 < \delta < 1, ces nombres étant par ailleurs quelconques (cf. V, p. 8, prop. 11).

Nous avons déjà vu (V, p. 19) que, pour n≥1n \geq 1, on a

(7)

ddx(ln(x))=∏i=0n−11li(x). \frac{d}{dx}\left(l_n(x)\right) = \prod_{i=0}^{n-1} \frac{1}{l_i(x)}.

On a de même pour n≥1n \geq 1

(8)

ddx(en(x))=∏i=1nei(x) \frac{d}{dx}\left(e_n(x)\right) = \prod_{i=1}^n e_i(x)
d’où, en vertu de la prop. 8 de V, p. 23, pour tout μ>0\mu > 0

(9)

∫a∞en(tμ) dt∼xμ en(xμ)∏i=0n−11ei(xμ) \int_a^\infty e_n(t^\mu)\ dt \sim \frac{x}{\mu}\ e_n(x^\mu) \prod_{i=0}^{n-1} \frac{1}{e_i(x^\mu)}

(10)

∫x+∞dten(tμ)∼xμ∏i=0n1ei(xμ). \int_x^{+\infty} \frac{dt}{e_n(t^\mu)} \sim \frac{x}{\mu} \prod_{i=0}^n \frac{1}{e_i(x^\mu)}.

On peut montrer que si ff est une fonction (H) quelconque telle que f≫1f \gg 1, il existe deux entiers mm et nn tels que

lm(x)≪f(x)≪en(x) l_m(x) \ll f(x) \ll e_n(x)
(V, p. 51, exerc. 1 et 52, exerc. 5). Par contre, on peut définir des fonctions croissantes g(x)g(x) (qui ne sont plus des fonctions (H)) telles que g(x)≫en(x)g(x) \gg e_n(x) pour tout n>0n > 0, ou 1≪g(x)≪lm(x)1 \ll g(x) \ll l_m(x) pour tout m>0m > 0 (V, p. 53, exerc. 8, 9 et 10).

À l’aide des logarithmes itérés, nous allons montrer qu’on peut définir une échelle de comparaison (pour xx tendant vers +∞+\infty) E\mathscr{E} formée de fonctions (H), qui sont >0> 0 dans un voisinage de +∞+\infty et satisfont aux conditions suivantes: a) le produit de deux fonctions quelconques de E\mathscr{E} appartient à E\mathscr{E}; b) pour toute fonction f∈Ef \in \mathscr{E} et tout nombre réel μ\mu, fμ∈Ef^\mu \in \mathscr{E}; c) pour toute fonction f∈Ef \in \mathscr{E}, log⁡f\log f est combinaison linéaire d’un nombre fini de fonctions de E\mathscr{E}; d) pour toute fonction f∈Ef \in \mathscr{E} autre que la constante 1, efe^f est équivalente à une fonction de E\mathscr{E}.

Considérons d’abord l’ensemble E0\mathscr{E}_0 des fonctions de la forme ∏m=0∞(lm(x))αm\prod_{m=0}^\infty (l_m(x))^{\alpha_m}, où les αm\alpha_m sont des nombres réels, nuls sauf pour un nombre fini d’indices mm; il est immédiat, d’après (5) (V, p. 42), que ces fonctions forment une échelle de comparaison quisatisfait aux conditions a), b) et c). Désinissions ensuite par récurrence sur nn l’ensemble En\mathscr{E}_n (pour n⩾1n \geqslant 1) comme formé de la constante 1 et des fonctions de la forme exp⁡(∑k=1pakfk)\exp \left( \sum_{k=1}^p a_k f_k \right), où pp est un entier >0> 0 arbitraire, fkf_k (1⩽k⩽p1 \leqslant k \leqslant p) des fonctions de En−1\mathscr{E}_{n-1} telles que f1≫f2≫⋯≫fp≫1f_1 \gg f_2 \gg \cdots \gg f_p \gg 1, et les aka_k des nombres réels ≠0\neq 0; montrons par récurrence que En\mathscr{E}_n est une échelle de comparaison satisfaisant aux conditions a), b) et c) et contenant En−1\mathscr{E}_{n-1}. En premier lieu, la relation En−1⊂En\mathscr{E}_{n-1} \subset \mathscr{E}_n est vraie pour n=1n = 1, car le logarithme d’une fonction non constante de E0\mathscr{E}_0 est de la forme ∑k=1pakfk\sum_{k=1}^p a_k f_k, où les fkf_k sont des logarithmes itérés, donc ≫1\gg 1; d’autre part, si En−2⊂En−1\mathscr{E}_{n-2} \subset \mathscr{E}_{n-1}, on déduit de la définition de En\mathscr{E}_n que En−1⊂En\mathscr{E}_{n-1} \subset \mathscr{E}_n; cette définition montre en outre que En\mathscr{E}_n satisfait à a), b) et c). Reste à voir que En\mathscr{E}_n est une échelle de comparaison : comme le quotient de deux fonctions de En\mathscr{E}_n appartient encore à En\mathscr{E}_n, il suffit de prouver qu’une fonction ff de En\mathscr{E}_n autre que la constante 1, ne peut être équivalente à une constante ≠0\neq 0. Or on a log⁡f=∑k=1pakfk∼a1f1\log f = \sum_{k=1}^p a_k f_k \sim a_1 f_1 par construction, et comme f1≫1f_1 \gg 1, log⁡f\log f tend vers ±∞\pm \infty, donc ff tend vers 0 ou vers +∞+\infty lorsque xx tend vers +∞+\infty.

Cela étant, si E\mathscr{E} est la réunion des En\mathscr{E}_n pour n⩾0n \geqslant 0, E\mathscr{E} est une échelle de comparaison, car deux fonctions de E\mathscr{E} appartiennent à une même échelle En\mathscr{E}_n; pour la même raison, E\mathscr{E} satisfait à a), et il est clair qu’elle satisfait aussi à b) et c). Enfin, si f∈Ef \in \mathscr{E}, il existe nn tel que f∈Enf \in \mathscr{E}_n; si ff n’est pas la constante 1, f(x)f(x) tend vers 0 ou vers +∞+\infty lorsque xx tend vers +∞+\infty; dans le premier cas, ef∼1e^f \sim 1, et dans le second, efe^f appartient à En+1\mathscr{E}_{n+1} par définition, donc à E\mathscr{E}.

Remarque

Malgré l’utilité pratique de l’échelle E\mathscr{E} que nous venons de définir, il est facile de donner des exemples de fonctions (H) qui n’ont pas de partie principale par rapport à E\mathscr{E}. En effet, si ff est une fonction (H) telle que f∼agf \sim ag, où aa est une constante >0> 0 et g∈Eg \in \mathscr{E}, log⁡f−log⁡g−log⁡a\log f - \log g - \log a tend vers 0 avec 1/x1/x, donc log⁡f\log f admet, relativement à E\mathscr{E}, un développement asymptotique dont le reste tend vers 0, en vertu de la propriété c). Or, si on considère par exemple la fonction (H)

f(x)=e2(x+1x), f(x) = e_2 \left( x + \frac{1}{x} \right),
on a log⁡f(x)=exp⁡(x+1x)\log f(x) = \exp \left( x + \frac{1}{x} \right), donc les développements asymptotiques de log⁡f\log f par rapport à E\mathscr{E} sont de la forme
log⁡f(x)=ex+exx+12!exx2+⋯+1n!exxn+o(exxn)(n entier >0). \log f(x) = e^x + \frac{e^x}{x} + \frac{1}{2!} \frac{e^x}{x^2} + \cdots + \frac{1}{n!} \frac{e^x}{x^n} + o \left( \frac{e^x}{x^n} \right) \quad (n \text{ entier } > 0).
Il est clair que le reste de ce développement est équivalent à 1(n+1)!exxn+1\frac{1}{(n+1)!} \frac{e^x}{x^{n+1}}, donc ne tend pas vers 0. Par suite, ff n’a pas de partie principale par rapport à E\mathscr{E}.

6. Fonction réciproque d’une fonction (H)

Si ff est une fonction (H), ff est monotone et continue dans un intervalle (x0,+∞)(x_0, +\infty), donc la fonction réciproque φ\varphi de la restriction de ff à cet intervalle est monotone et continue au voisinage du point a=lim⁡x→+∞f(x)a = \lim_{x \to +\infty} f(x); mais, si aa est égal à +∞+\infty (resp. −∞-\infty, fini), on peut montrer que φ(y)\varphi(y) (resp. φ(−y)\varphi(-y), φ(a+1y)\varphi\left(a + \frac{1}{y}\right) ou φ(a−1y)\varphi\left(a - \frac{1}{y}\right)) n’est pas en général égale à une fonction (H) au voisinage de +∞+\infty. Toutefois, nous allons voir que, dans certains cas importants, on peut obtenir une fonction (H) équivalente à φ(y)\varphi(y) (resp. φ(−y)\varphi(-y), φ(a+1y)\varphi\left(a + \frac{1}{y}\right), φ(a−1y)\varphi\left(a - \frac{1}{y}\right)) et même parfois un développement asymptotique de cette fonction par rapport à l’échelle E\mathscr{E} définie dans V, p. 43.

Nous utiliserons la proposition suivante:

Proposition 4

Soient pp et qq deux fonctions (H) strictement positives dans un intervalle (x0,+∞)(x_0, +\infty).

1° Si q≪p/p′q \ll p/p', on a p(x+q(x))∼p(x)p(x + q(x)) \sim p(x).

2° Si on a à la fois q≪p/p′q \ll p/p' et q(x)≪xq(x) \ll x, on a p(x−q(x))∼p(x)p(x - q(x)) \sim p(x).

Les deux parties de la proposition sont évidentes si p∼kp \sim k (constante ≠0\neq 0); on peut donc supposer p(x)≪1p(x) \ll 1 (sinon on raisonnait sur 1/p1/p). On en déduit p′(x)≪1p'(x) \ll 1.

1° On peut écrire p(x+q(x))=p(x)+q(x)p′(x+θq(x))p(x + q(x)) = p(x) + q(x)p'(x + \theta q(x)) avec 0≤θ≤10 \leq \theta \leq 1 (I, p. 22, corollaire). Comme ∣p′(x)∣|p'(x)| tend vers 0 lorsque xx tend vers +∞+\infty, et est égale à une fonction (H) dans un voisinage de +∞+\infty, elle est décroissante dans un intervalle (x1,+∞)(x_1, +\infty), donc, pour x≥x1x \geq x_1, on a ∣p′(x+θq(x))∣≤∣p′(x)∣|p'(x + \theta q(x))| \leq |p'(x)|; comme qp′≪pqp' \ll p, on a bien p(x+q(x))∼p(x)p(x + q(x)) \sim p(x).

2° La condition q(x)≪xq(x) \ll x assure que x−q(x)x - q(x) tend vers +∞+\infty avec xx. On a encore p(x−q(x))=p(x)−q(x)p′(x−θp(x))p(x - q(x)) = p(x) - q(x)p'(x - \theta p(x)) avec 0≤θ≤10 \leq \theta \leq 1. Le même raisonnement que dans la première partie de la démonstration montre que, pour xx assez grand, on a ∣p′(x−θq(x))∣≤∣p′(x−q(x))∣|p'(x - \theta q(x))| \leq |p'(x - q(x))|. Tout revient à montrer que q(x)p′(x−q(x))p(x−q(x))q(x) \frac{p'(x - q(x))}{p(x - q(x))} tend vers 0 lorsque xx tend vers +∞+\infty. La proposition est vraie si p′/p≫1p'/p \gg 1, car alors ∣p′/p∣|p'/p| est une fonction (H) croissante pour xx assez grand, donc q(x)∣p′(x−q(x))∣∣p(x−q(x))∣≤q(x)∣p′(x)∣∣p(x)∣q(x) \frac{|p'(x - q(x))|}{|p(x - q(x))|} \leq q(x) \frac{|p'(x)|}{|p(x)|}, et on a qp′≪pqp' \ll p par hypothèse. Elle est vraie aussi si p′/p∼kp'/p \sim k (kk constante ≠0\neq 0), car alors

p′(x−q(x))p(x−q(x))∼p′(x)p(x) \frac{p'(x - q(x))}{p(x - q(x))} \sim \frac{p'(x)}{p(x)}

puisque x−q(x)x - q(x) tend vers +∞+\infty. Reste uniquement à examiner le cas où p′/p≪1p'/p \ll 1. Supposons d’abord que p(x)p(x) soit d’ordre fini par rapport à xx, donc (V, p. 22, prop. 7) que p′(x)/p(x)≪1/xp'(x)/p(x) \ll 1/x. On a alors p′(x−q(x))p(x−q(x))=1x−q(x)O1(1)\frac{p'(x-q(x))}{p(x-q(x))} = \frac{1}{x-q(x)} O_1(1), donc q(x)p′(x−q(x))p(x−q(x))=q(x)x(1−q(x)x)−1O1(1)=q(x)xO2(1)q(x) \frac{p'(x-q(x))}{p(x-q(x))} = \frac{q(x)}{x} \left( 1 - \frac{q(x)}{x} \right)^{-1} O_1(1) = \frac{q(x)}{x} O_2(1) et on voit que dans ce cas la proposition est vraie sous la seule hypothèse q(x)≪xq(x) \ll x. Considérons enfin le cas où 1/x≪p′(x)/p(x)≪11/x \ll p'(x)/p(x) \ll 1; la fonction r=p′/pr = p'/p est alors d’ordre fini par rapport à xx; comme d’après la remarque précédente, la prop. 4 de V, p. 44, est applicable à une telle fonction, on a p′(x−q(x))/p(x−q(x))∼p′(x)/p(x)p'(x-q(x))/p(x-q(x)) \sim p'(x)/p(x), et l’hypothèse qp′≪pqp' \ll p permet alors d’achever la démonstration.

Remarque

Les conditions imposées à q(x)q(x) ne peuvent être améliorées, comme le montrent les exemples suivants:

a) p(x)=ex,q(x)=1=p(x)p′(x),p(x+q(x))=e.p(x)p(x) = e^x, \quad q(x) = 1 = \frac{p(x)}{p'(x)}, \quad p(x+q(x)) = e.p(x)

b) p(x)=log⁡x,q(x)=x−log⁡x≪p(x)p′(x)=xlog⁡x,p(x) = \log x, \quad q(x) = x - \log x \ll \frac{p(x)}{p'(x)} = x \log x, p(x−q(x))=log⁡log⁡x≪p(x).p(x-q(x)) = \log \log x \ll p(x).

Nous allons d’abord étudier les fonctions réciproques d’un type particulier de fonctions (H):

Proposition 5

Soit gg une fonction (H) non équivalente à une constante ≠0\neq 0 et telle que g(x)≪xg(x) \ll x, et soit u(x)u(x) la fonction réciproque de x−g(x)x - g(x), définie dans un voisinage de +∞+\infty. Soit (un)(u_n) la suite de fonctions définie, par récurrence sur nn, par les conditions u0(x)=x,u_0(x) = x, un(x)=x+g(un−1(x))u_n(x) = x + g(u_{n-1}(x)) pour n⩾1n \geqslant 1; on a un≫1u_n \gg 1, et

u(x)−un(x)∼g(x)(g′(x))n. u(x) - u_n(x) \sim g(x)(g'(x))^n.
Posons y=u(x), yn=un(x)y = u(x), \ y_n = u_n(x); on a donc x=y−g(y), y0=xx = y - g(y), \ y_0 = x et yn=x+g(yn+1)y_n = x + g(y_{n+1}). On en tire d’abord x/y=1−g(y)yx/y = 1 - \frac{g(y)}{y}; comme yy tend vers +∞+\infty avec xx, l’hypothèse g(x)≪xg(x) \ll x montre que y=u(x)∼x=y0y = u(x) \sim x = y_0; en outre,
y−x=g(y)=g(x)+(y−x)g′(z) y - x = g(y) = g(x) + (y - x)g'(z)
où zz appartient à l’intervalle d’extrémités x,yx, y; quand xx tend vers +∞+\infty, il en est donc de même de zz, et comme g(x)≪x, g′≪1g(x) \ll x, \ g' \ll 1, donc g′(z)g'(z) tend vers 00, et on a par suite
y−x=g(x)+o(y−x) y - x = g(x) + o(y - x)
d’où
u(x)−x∼g(x). u(x) - x \sim g(x).

Montrons en second lieu, par récurrence sur nn, que lorsque xx tend vers +∞+\infty, on a un≫1u_n \gg 1, et

u(x)−un(x)≪u(x)−un−1(x). u(x) - u_n(x) \ll u(x) - u_{n-1}(x).
En effet, y−yn=g(y)−g(yn−1)=(y−yn−1)g′(zn−1)y - y_n = g(y) - g(y_{n-1}) = (y - y_{n-1})g'(z_{n-1}), où zn−1z_{n-1} appartient à l’intervalle d’extrémités yy et yn−1y_{n-1}; d’après l’hypothèse de récurrence, zn−1z_{n-1} tend vers +∞+\infty avec xx, donc g′(zn−1)g'(z_{n-1}) tend vers 0, ce qui démontre (13). On déduit de cette relation et de (12) que u(x)−un(x)≪u(x)−x∼g(x)≪x∼u(x)u(x) - u_n(x) \ll u(x) - x \sim g(x) \ll x \sim u(x), d’où un(x)∼u(x)u_n(x) \sim u(x) et par suite un≫1u_n \gg 1. Enfin, la relation u(x)−un(x)≪u(x)−xu(x) - u_n(x) \ll u(x) - x s’écrit aussi (u(x)−x)−(un(x)−x)≪u(x)−x(u(x) - x) - (u_n(x) - x) \ll u(x) - x, d’où
un(x)−x∼u(x)−x∼g(x). u_n(x) - x \sim u(x) - x \sim g(x).
Pour démontrer (11), remarquons d’abord que, si t(x)t(x) est une fonction telle que t(x)−x∼g(x)t(x) - x \sim g(x), on a g′(t(x))∼g′(x)g'(t(x)) \sim g'(x). En effet, quel que soit ε>0\varepsilon > 0, pour xx assez grand, g′g' est monotone, donc g′(t(x))g'(t(x)) est comprise entre g′(x+(1+ε)g(x))g'(x + (1 + \varepsilon)g(x)) et g′(x+(1−ε)g(x))g'(x + (1 - \varepsilon)g(x)). La prop. 4 de V, p. 44, montre donc que g′(t(x))∼g′(x)g'(t(x)) \sim g'(x), pourvu qu’on établisse la relation g≪g′/g′′g \ll g'/g''. Or, si gg est d’ordre infini par rapport à xx, on a (V, p. 40, prop. 2) g′′/g′∼g′/gg''/g' \sim g'/g, et comme g′≪1g' \ll 1, g≪g/g′∼g′/g′′g \ll g/g' \sim g'/g''; si gg est d’ordre fini μ\mu par rapport à xx, on a nécessairement μ⩽1\mu \leqslant 1; si μ<1\mu < 1, comme gg n’est pas équivalente à une constante ≠0\neq 0, les formules (3) et (4) (V, p. 40) montrent que g′′/g′∼k/xg''/g' \sim k/x (kk constante ≠0\neq 0), d’où encore g≪g′/g′′g \ll g'/g''; enfin si μ=1\mu = 1, g′g' est d’ordre 0 par rapport à xx, donc g′′/g′≪1/xg''/g' \ll 1/x, et par suite on a encore g≪g′/g′′g \ll g'/g''.

Cela étant, comme zn−1z_{n-1} est compris entre yy et yn−1y_{n-1}, il résulte de (14) que zn−1−x∼g(x)z_{n-1} - x \sim g(x), d’où g′(zn−1)∼g′(x)g'(z_{n-1}) \sim g'(x) d’après ce qui précède; on a donc

y−yn∼(y−yn−1)g′(x), y - y_n \sim (y - y_{n-1})g'(x),
d’où (11) par récurrence sur nn.

Remarque 1

Si gg est d’ordre <1< 1 par rapport à xx, la fonction u(x)−un(x)u(x) - u_n(x) tend vers 0 avec 1/x1/x dès que nn est assez grand. En effet, dans le cas contraire, on aurait ggn≫1gg^n \gg 1 pour tout nn, donc gg serait d’ordre infini par rapport à 1/g′1/g'; autrement dit, on aurait log⁡∣g∣≫log⁡∣g′∣\log |g| \gg \log |g'|, d’où en dérivant g′/g≫g′′/g′g'/g \gg g''/g'. Mais, si gg est d’ordre μ<1\mu < 1 par rapport à xx, on a g′/g∼g′′/g′g'/g \sim g''/g' lorsque μ=−∞\mu = -\infty, g′g∼μμ−1g′′g′\frac{g'}{g} \sim \frac{\mu}{\mu - 1} \frac{g''}{g'} lorsque μ≠0\mu \neq 0 et enfin g′/g≪g′′/g′g'/g \ll g''/g' lorsque μ=0\mu = 0 (V, p. 40, no 3).

Par contre, si gg est d’ordre 1 par rapport à xx, on peut avoir ggn≫1gg^n \gg 1 pour tout entier n>0n > 0, comme le montre l’exemple g(x)=x/log⁡xg(x) = x/\log x.

Remarque 2

Lorsque g(x)g(x) est une fonction (H) équivalente à une constante k≠0k \neq 0, on a g(x)=k+g1(x)g(x) = k + g_1(x), avec g1≪1g_1 \ll 1; la fonction u1(x)=u(x)−ku_1(x) = u(x) - k est fonction réciproque de x−g1(x+k)x - g_1(x + k), et on est ramené au cas traité dans la prop. 5 de V, p. 45.

Pour avoir un développement asymptotique de la fonction uu, il suffit donc d’avoir un tel développement pour la fonction unu_n: si gg admet un développement asymptotique par rapport à l’échelle considérée, on est ainsi ramené (en vertu de la définition des fonctions (H)) aux problèmes examinés dans V, p. 14 à 17.

Au cas traité dans la prop. 5 de V, p. 45, se ramène le cas plus général suivant: la fonction y=u(x)y = u(x) est supposée satisfaire à la relation

φ(x)=ψ(y)−g(y) \varphi(x) = \psi(y) - g(y)

où φ\varphi est une fonction (H), ψ\psi une fonction (H) telle que ψ≫1\psi \gg 1 et que la fonction réciproque θ\theta de ψ\psi soit aussi une fonction (H), et gg une fonction (H) telle que g≪ψg \ll \psi. Soit alors v(x)v(x) la fonction réciproque de x−g(θ(x))x - g(\theta(x)); on a u=θ∘v∘φu = \theta \circ v \circ \varphi, et g(θ(x))≪xg(\theta(x)) \ll x; si on connaît un développement asymptotique de vv grâce à la prop. 5 de V, p. 45, on en déduira un développement asymptotique de uu par de V, p. 14 à 17.

Exemples. — 1) Cherchons un développement asymptotique de la fonction réciproque v(x)v(x) de x5+xx^5 + x (pour xx tendant vers +∞+\infty); en posant x5=tx^5 = t, on est ramené à chercher un développement de la fonction réciproque u(t)u(t) de t+t1/5t + t^{1/5} (pour tt tendant vers +∞+\infty), c’est-à-dire à appliquer la prop. 5 de V, p. 45, au cas où g(t)=−t1/5g(t) = -t^{1/5}. Calculons par exemple u2(t)u_2(t); on a

u2(t)=t−(t−t1/5)1/5=t−t1/5+15t−3/5+225t−7/5+o1(t−7/5). u_2(t) = t - (t - t^{1/5})^{1/5} = t - t^{1/5} + \frac{1}{5} t^{-3/5} + \frac{2}{25} t^{-7/5} + o_1(t^{-7/5}).

D’autre part, d’après (11) (V, p. 45)

u(t)−u2(t)∼−125t−7/5 u(t) - u_2(t) \sim -\frac{1}{25} t^{-7/5}

d’où

u(t)=t−t1/5+15t−3/5+125t−7/5+o2(t−7/5) u(t) = t - t^{1/5} + \frac{1}{5} t^{-3/5} + \frac{1}{25} t^{-7/5} + o_2(t^{-7/5})

et on en déduit le développement cherché

v(x)=(u(x))1/5=x1/5−15x−3/5−125x−7/5+o3(x−7/5). v(x) = (u(x))^{1/5} = x^{1/5} - \frac{1}{5} x^{-3/5} - \frac{1}{25} x^{-7/5} + o_3(x^{-7/5}).

2) Cherchons un développement asymptotique de la fonction réciproque v(x)v(x) de la fonction x/log⁡xx/\log x; de l’identité x=y/log⁡yx = y/\log y, où y=v(x)y = v(x), on tire log⁡x=log⁡y−log⁡log⁡y\log x = \log y - \log \log y; posant z=log⁡yz = \log y, t=log⁡xt = \log x, on a t=z−log⁡zt = z - \log z, et on est donc ramené à développer la fonction réciproque u(t)u(t) de t−log⁡tt - \log t; on a par exemple

u2(t)=t+log⁡(t+log⁡t)=t+log⁡t+log⁡tt−(log⁡t)22t2+o1(log⁡tt2) u_2(t) = t + \log (t + \log t) = t + \log t + \frac{\log t}{t} - \frac{(\log t)^2}{2t^2} + o_1\left(\frac{\log t}{t^2}\right)

et d’autre part, d’après (11) (V, p. 45)

u(t)∼u2(t)∼log⁡tt2 u(t) \sim u_2(t) \sim \frac{\log t}{t^2}

d’où

u(t)=t+log⁡t+log⁡tt−(log⁡t)22t2+log⁡tt2+o2(log⁡tt2) u(t) = t + \log t + \frac{\log t}{t} - \frac{(\log t)^2}{2t^2} + \frac{\log t}{t^2} + o_2\left(\frac{\log t}{t^2}\right)

et en revenant au problème initial, on obtient le développement asymptotique

v(x)=xlog⁡x+xlog⁡log⁡x+xlog⁡log⁡xlog⁡x+o(xlog⁡log⁡xlog⁡x). v(x) = x \log x + x \log \log x + x \frac{\log \log x}{\log x} + o\left(x \frac{\log \log x}{\log x}\right).

Remarque

On notera que deux fonctions (H) équivalentes peuvent avoir des fonctions réciproques non équivalentes, comme le montre l’exemple des deux fonctions log⁡x\log x et 1+log⁡x1 + \log x.

Exercices

Exercices

See the exercises for Appendix 0.

Transcribed from the printed volume. Not translated.