Appendice
Corps de hardy. Fonctions (h)
1. Corps de Hardy
Soit la base de filtre sur constituée par les intervalles de la forme . Rappelons que, dans l’ensemble des fonctions numériques définies dans des parties appartenant à , nous avons défini la relation d’équivalence : « il existe un ensemble tel que dans » (V, p. 2), et que l’ensemble quotient est muni d’une structure d’anneau ayant un élément unité.
Définition 1
Étant donné un sous-ensemble de , on dit que (image canonique de dans ) est un corps de Hardy, si satisfait aux conditions suivantes: 1° est un sous-corps de l’anneau . 2° Toute fonction de est continue et dérivable dans un intervalle (dépendant de la fonction), et la classe suivant de sa dérivée appartient à .
L’hypothèse que est un corps équivaut aux conditions suivantes: si et , et sont égales à des fonctions de dans un ensemble de ; en outre, si n’est pas identiquement nulle dans un ensemble de , il existe un ensemble de dans lequel ne s’annule pas, étant égale à une fonction de dans ; d’après la condition 2°, on peut toujours supposer pris tel que soit continue dans , et par suite garde un signe constant dans cet intervalle.
Par abus de langage, si est tel que soit un corps de Hardy, nous dirons dans ce qui suit que lui-même est un corps de Hardy.
Exemple 1
Tout corps de Hardy contient le corps des constantes rationnelles (plus petit corps de caractéristique 0, cf. A, V, § 1), qu’on peut identifier au corps ; d’ailleurs, comme deux constantes ne sont congrues modulo que si elles sont égales, est identique à . Les constantes réelles forment aussi un corps de Hardy, qu’on peut identifier à .
Exemple 2
Un exemple plus important de corps de Hardy est l’*ensemble des fonctions rationnelles à coefficients réels*, que nous noterons par abus de langage; si est une fonction rationnelle à coefficients réels, non identiquement nulle, elle est continue, dérivable et dans l’intervalle , où est strictement supérieur à la plus grande des racines réelles des polynômes et ; donc tout élément de autre que 0 est inversible. On notera encore que deux fonctions rationnelles ne peuvent être congrues modulo que si elles sont égales, donc peut encore être identifié à .
2. Extension d’un corps de Hardy
Étant donné un corps de Hardy , nous allons voir comment on peut former de nouveaux corps de Hardy tels que s’obtienne par adjonction à (au sens algébrique du terme, cf. A, V, § 2) de nouveaux éléments, d’une forme que nous allons préciser.
Lemme 1
Soient , des fonctions numériques continues et ne changeant pas de signe dans un intervalle . Si, dans cet intervalle, la fonction est continue et dérivable et vérifie l’identité
il existe un intervalle dans lequel ne change pas de signe.
En effet, posons (cf. IV, p. 22); on a, d’après (1), . Si pour , est croissante dans cet intervalle, donc, ou bien est dans tout l’intervalle, ou bien est nulle dans un intervalle , ou bien est dans un intervalle ; comme a le même signe que , la proposition est démontrée dans ce cas. Raisonnement analogue si pour .
Remarque
Cette propriété si élémentaire ne s’étend pas aux équations différentielles linéaires d’ordre ; par exemple, la fonction satisfait à , mais change de signe dans tout voisinage de .
Lemme 2
Soient et deux fonctions appartenant à un même corps de Hardy , une fonction satisfaisant à l’identité (1) dans un intervalle où et sont définies et continues. Si est un polynôme par rapport à , dont les coefficients sont des fonctions de appartenant à , définies et dérivables dans , il existe un intervalle , dans lequel la fonction ne change pas de signe.
La proposition est triviale si a ses coefficients identiquement nuls dans , ou si est de degré 0 par rapport à , puisqu’une fonction de garde un signe constant dans un intervalle . Supposons que soit de degré ; le coefficient dominant de est alors dans un intervalle ; on peut donc écrire où sont des fonctions appartenant à et dérivables dans ; il suffit donc de démontrer le lemme pour . Raisonnons alors par récurrence sur ; on a
où est un polynôme de degré , à coefficients dans . Par hypothèse, les fonctions et ne changent pas de signe dans un intervalle ; le lemme est donc une conséquence du lemme 1.
Théorème 1
Soient et deux fonctions appartenant à un même corps de Hardy , une fonction satisfaisant à (1) dans un intervalle . Lorsque parcourt l’ensemble des fractions rationnelles en à coefficients dans telles que ne soit pas identiquement nulle dans un voisinage de , l’ensemble des fonctions forme un corps de Hardy.
En effet, d’après le lemme 2, il existe un intervalle dans lequel est définie, continue et ne change pas de signe, d’où résulte aussitôt que est bien un corps; d’autre part, comme
(où est définie par hypothèse dans un voisinage de ), la dérivée de toute fonction de appartient à , ce qui prouve que satisfait aux conditions de la déf. 1 de V, p. 36.
Il est clair que s’obtient par adjonction algébrique à de la classe de modulo . On dit encore que s’obtient par adjonction de à .
Corollaire 1
Si est une fonction de non identiquement nulle dans un voisinage de , est un corps de Hardy.
En effet, est égale à une fonction de dans un intervalle .
Corollaire 2
Si est une fonction quelconque de , est un corps de Hardy.
En effet, , et est égale à une fonction de dans un intervalle .
Corollaire 3
Si contient les constantes réelles, et si est une fonction de non identiquement nulle dans un voisinage de , est un corps de Hardy pour tout nombre réel .
En effet, , et est égale à une fonction de dans un intervalle .
Notons enfin que si est une primitive d’une fonction quelconque de , est encore un corps de Hardy.
3. Comparaison des fonctions d’un corps de Hardy
Proposition 1
Deux fonctions appartenant à un même corps de Hardy sont comparables d’ordre quelconque (V, p. 22).
En effet, si appartient à un corps de Hardy , pour tout entier , il existe un intervalle dans lequel est fois dérivable, sa dérivée -ème étant égale à une fonction de dans cet intervalle. Il suffit donc de montrer que deux fonctions quelconques de sont comparables. C’est évident si l’une d’elles est identiquement nulle dans un voisinage de ; on peut donc se borner au cas où elles sont toutes deux strictement positives dans un voisinage de . Mais alors, pour tout nombre réel est égale à une fonction de dans un voisinage de , donc garde un signe constant dans un voisinage de , ce qui démontre la proposition (V, p. 8, prop. 9).
On déduit d’abord de cette proposition que, si un corps de Hardy contient les constantes réelles (ce que nous supposerons toujours par la suite), et si et sont deux fonctions quelconques de , deux quelconques des fonctions , , , , , ( réel quelconque), , ( réel quelconque dans un intervalle où et sont réglées) sont comparables (lorsqu’elles sont définies); en effet, deux quelconques de ces fonctions appartiennent à un même corps de Hardy obtenu en les adjoignant successivement à .
De même, toute fonction d’un corps de Hardy est comparable à , car et appartiennent au corps de Hardy obtenu en adjoignant à . On en conclut donc (en particulier) que est comparable d’ordre quelconque à toute puissance , ainsi qu’à et à .
On voit aussi que, si et appartiennent à un même corps de Hardy , si dans un intervalle , et si tend vers 0 ou vers lorsque tend vers , l’ordre de par rapport à (V, p. 9) est toujours défini.
La prop. 8 de V, p. 23, est donc applicable à toute fonction d’un corps de Hardy, et prouve que:
1° si est d’ordre par rapport à , .
2° si est d’ordre par rapport à , .
3° si est d’ordre par rapport à , .
4° si est d’ordre par rapport à .
On a en outre la proposition suivante:
Proposition 2
Soit une fonction appartenant à un corps de Hardy . 1° Si est d’ordre infini par rapport à , on , pour tout entier ,
1° Si est d’ordre infini par rapport à , on a , donc, puisque et sont comparables d’ordre quelconque, . Posons ; comme est égale à une fonction de dans un voisinage de , on déduit de , que , et par suite , ou encore . De la relation , on déduit en dérivant
2° Si est d’ordre fini par rapport à et si , on a , d’où, en dérivant, ; on en déduit que est d’ordre par rapport à , ce qui permet d’appliquer le même raisonnement par récurrence sur tant que , d’où la formule (3) lorsque n’est pas un entier et .
Lorsque est d’ordre entier par rapport à , on peut écrire , où est d’ordre 0 par rapport à . D’après la prop. 2, on a
4. Fonctions (H)
Proposition 3
Si est un corps de Hardy, il existe un corps de Hardy , contenant et tel que, pour toute fonction , non identiquement nulle dans un voisinage de , et appartiennent à .
Désignons par l’ensemble des fonctions ayant les propriétés suivantes: pour chaque fonction il existe un nombre fini de corps de Hardy (le nombre et les corps dépendant de ) tels que et que, pour , on ait , où est égale, soit à , soit à , appartenant à et n’étant pas identiquement nulle au voisinage de . On dit que forment une suite de définition du corps et de la fonction ; une même fonction peut naturellement admettre plusieurs suites de définition.
D’après la déf. 1 de V, p. 36, toute fonction , non identiquement nulle dans un voisinage de , garde un signe constant et est dérivable dans un intervalle ; si , et sont égales à des fonctions de , donc à des fonctions de , dans un voisinage de . Pour voir que est un corps de Hardy, il suffit donc de prouver que si et sont deux fonctions de , et sont égales à des fonctions de dans un voisinage de . Or soit une suite de définition de , une suite de définition de . La suite obtenue par juxtaposition des suites et est encore une suite de définition d’un corps de Hardy , et ce corps contient et , donc et sont égales à des fonctions de dans un voisinage de .
On dira que le corps de Hardy défini dans la démonstration de la prop. 3 est l’extension (H) du corps de Hardy .
Si est un autre corps de Hardy possédant les propriétés énoncées dans la prop. 3, il résulte de la construction de que est contenu dans . Par abus de langage, on peut donc dire que l’extension (H) d’un corps de Hardy est le plus petit corps de Hardy ayant les propriétés énoncées dans la prop. 3.
Définition 2
On appelle corps des fonctions (H) l’extension (H) du corps de Hardy des fonctions rationnelles à coefficients réels. Toute fonction appartenant à cette extension est dite fonction (H).
D’après cette définition, si est une fonction (H) non identiquement nulle dans un voisinage de , et sont aussi des fonctions (H). Plus généralement, si est une seconde fonction (H), une suite de définition de , et si tend vers avec , on voit par récurrence sur que les fonctions composées et sont des fonctions (H).
5. Exponentielles et logarithmes itérés
Nous avons déjà (V, p. 19) défini les logarithmes itérés par les conditions , pour . On définit de même les exponentielles itérées par les conditions pour . Il est immédiat, par récurrence sur , que est la fonction réciproque de , définie pour , et que . En vertu des relations pour tout , on a, pour
(5)
(6)
Nous avons déjà vu (V, p. 19) que, pour , on a
(7)
On a de même pour
(8)
(9)
(10)
On peut montrer que si est une fonction (H) quelconque telle que , il existe deux entiers et tels que
À l’aide des logarithmes itérés, nous allons montrer qu’on peut définir une échelle de comparaison (pour tendant vers ) formée de fonctions (H), qui sont dans un voisinage de et satisfont aux conditions suivantes: a) le produit de deux fonctions quelconques de appartient à ; b) pour toute fonction et tout nombre réel , ; c) pour toute fonction , est combinaison linéaire d’un nombre fini de fonctions de ; d) pour toute fonction autre que la constante 1, est équivalente à une fonction de .
Considérons d’abord l’ensemble des fonctions de la forme , où les sont des nombres réels, nuls sauf pour un nombre fini d’indices ; il est immédiat, d’après (5) (V, p. 42), que ces fonctions forment une échelle de comparaison quisatisfait aux conditions a), b) et c). Désinissions ensuite par récurrence sur l’ensemble (pour ) comme formé de la constante 1 et des fonctions de la forme , où est un entier arbitraire, () des fonctions de telles que , et les des nombres réels ; montrons par récurrence que est une échelle de comparaison satisfaisant aux conditions a), b) et c) et contenant . En premier lieu, la relation est vraie pour , car le logarithme d’une fonction non constante de est de la forme , où les sont des logarithmes itérés, donc ; d’autre part, si , on déduit de la définition de que ; cette définition montre en outre que satisfait à a), b) et c). Reste à voir que est une échelle de comparaison : comme le quotient de deux fonctions de appartient encore à , il suffit de prouver qu’une fonction de autre que la constante 1, ne peut être équivalente à une constante . Or on a par construction, et comme , tend vers , donc tend vers 0 ou vers lorsque tend vers .
Cela étant, si est la réunion des pour , est une échelle de comparaison, car deux fonctions de appartiennent à une même échelle ; pour la même raison, satisfait à a), et il est clair qu’elle satisfait aussi à b) et c). Enfin, si , il existe tel que ; si n’est pas la constante 1, tend vers 0 ou vers lorsque tend vers ; dans le premier cas, , et dans le second, appartient à par définition, donc à .
Remarque
Malgré l’utilité pratique de l’échelle que nous venons de définir, il est facile de donner des exemples de fonctions (H) qui n’ont pas de partie principale par rapport à . En effet, si est une fonction (H) telle que , où est une constante et , tend vers 0 avec , donc admet, relativement à , un développement asymptotique dont le reste tend vers 0, en vertu de la propriété c). Or, si on considère par exemple la fonction (H)
6. Fonction réciproque d’une fonction (H)
Si est une fonction (H), est monotone et continue dans un intervalle , donc la fonction réciproque de la restriction de à cet intervalle est monotone et continue au voisinage du point ; mais, si est égal à (resp. , fini), on peut montrer que (resp. , ou ) n’est pas en général égale à une fonction (H) au voisinage de . Toutefois, nous allons voir que, dans certains cas importants, on peut obtenir une fonction (H) équivalente à (resp. , , ) et même parfois un développement asymptotique de cette fonction par rapport à l’échelle définie dans V, p. 43.
Nous utiliserons la proposition suivante:
Proposition 4
Soient et deux fonctions (H) strictement positives dans un intervalle .
1° Si , on a .
2° Si on a à la fois et , on a .
Les deux parties de la proposition sont évidentes si (constante ); on peut donc supposer (sinon on raisonnait sur ). On en déduit .
1° On peut écrire avec (I, p. 22, corollaire). Comme tend vers 0 lorsque tend vers , et est égale à une fonction (H) dans un voisinage de , elle est décroissante dans un intervalle , donc, pour , on a ; comme , on a bien .
2° La condition assure que tend vers avec . On a encore avec . Le même raisonnement que dans la première partie de la démonstration montre que, pour assez grand, on a . Tout revient à montrer que tend vers 0 lorsque tend vers . La proposition est vraie si , car alors est une fonction (H) croissante pour assez grand, donc , et on a par hypothèse. Elle est vraie aussi si ( constante ), car alors
puisque tend vers . Reste uniquement à examiner le cas où . Supposons d’abord que soit d’ordre fini par rapport à , donc (V, p. 22, prop. 7) que . On a alors , donc et on voit que dans ce cas la proposition est vraie sous la seule hypothèse . Considérons enfin le cas où ; la fonction est alors d’ordre fini par rapport à ; comme d’après la remarque précédente, la prop. 4 de V, p. 44, est applicable à une telle fonction, on a , et l’hypothèse permet alors d’achever la démonstration.
Remarque
Les conditions imposées à ne peuvent être améliorées, comme le montrent les exemples suivants:
a)
b)
Nous allons d’abord étudier les fonctions réciproques d’un type particulier de fonctions (H):
Proposition 5
Soit une fonction (H) non équivalente à une constante et telle que , et soit la fonction réciproque de , définie dans un voisinage de . Soit la suite de fonctions définie, par récurrence sur , par les conditions pour ; on a , et
Montrons en second lieu, par récurrence sur , que lorsque tend vers , on a , et
Cela étant, comme est compris entre et , il résulte de (14) que , d’où d’après ce qui précède; on a donc
Remarque 1
Si est d’ordre par rapport à , la fonction tend vers 0 avec dès que est assez grand. En effet, dans le cas contraire, on aurait pour tout , donc serait d’ordre infini par rapport à ; autrement dit, on aurait , d’où en dérivant . Mais, si est d’ordre par rapport à , on a lorsque , lorsque et enfin lorsque (V, p. 40, no 3).
Par contre, si est d’ordre 1 par rapport à , on peut avoir pour tout entier , comme le montre l’exemple .
Remarque 2
Lorsque est une fonction (H) équivalente à une constante , on a , avec ; la fonction est fonction réciproque de , et on est ramené au cas traité dans la prop. 5 de V, p. 45.
Pour avoir un développement asymptotique de la fonction , il suffit donc d’avoir un tel développement pour la fonction : si admet un développement asymptotique par rapport à l’échelle considérée, on est ainsi ramené (en vertu de la définition des fonctions (H)) aux problèmes examinés dans V, p. 14 à 17.
Au cas traité dans la prop. 5 de V, p. 45, se ramène le cas plus général suivant: la fonction est supposée satisfaire à la relation
où est une fonction (H), une fonction (H) telle que et que la fonction réciproque de soit aussi une fonction (H), et une fonction (H) telle que . Soit alors la fonction réciproque de ; on a , et ; si on connaît un développement asymptotique de grâce à la prop. 5 de V, p. 45, on en déduira un développement asymptotique de par de V, p. 14 à 17.
Exemples. — 1) Cherchons un développement asymptotique de la fonction réciproque de (pour tendant vers ); en posant , on est ramené à chercher un développement de la fonction réciproque de (pour tendant vers ), c’est-à-dire à appliquer la prop. 5 de V, p. 45, au cas où . Calculons par exemple ; on a
D’autre part, d’après (11) (V, p. 45)
d’où
et on en déduit le développement cherché
2) Cherchons un développement asymptotique de la fonction réciproque de la fonction ; de l’identité , où , on tire ; posant , , on a , et on est donc ramené à développer la fonction réciproque de ; on a par exemple
et d’autre part, d’après (11) (V, p. 45)
d’où
et en revenant au problème initial, on obtient le développement asymptotique
Remarque
On notera que deux fonctions (H) équivalentes peuvent avoir des fonctions réciproques non équivalentes, comme le montre l’exemple des deux fonctions et .
Exercices
Exercices
See the exercises for Appendix 0.