Bourbaki

Exercice 13, § 1

Intégration, II

Bourbaki marks this one as harder than the rest.

a) Soit E un espace complètement réticulé. Si u≠0u \neq 0 est un élément quelconque de E, montrer que l’ensemble des x∈Ex \in E tels qu’il existe un entier nn pour lequel ∣x∣⩽n∣u∣|x| \leqslant n|u|, est un sous-espace CuC_u complètement réticulé et coréticulé (exerc. 3) de E. Pour tout x∈Cux \in C_u, on désigne par ∥x∥\|x\| la borne inférieure des scalaires λ>0\lambda > 0 tels que ∣x∣⩽λ∣u∣|x| \leqslant \lambda|u|; montrer que ∥x∥\|x\| est une norme sur CuC_u (utiliser le fait que E est archimédien (exerc. 5)), que, muni de cette norme, CuC_u est complet, et que l’on a ∥x∥=sup⁡(∥x+∥,∥x−∥)\|x\| = \sup(\|x^+\|, \|x^-\|).

b) Soit J\mathscr{J} l’ensemble des composantes de uu sur les bandes de l’espace CuC_u; montrer que J\mathscr{J} est l’ensemble des éléments cc de CuC_u tels que 0⩽c⩽u0 \leqslant c \leqslant u et inf⁡(c,u−c)=0\inf(c, u - c) = 0 (utiliser le th. de Riesz). Montrer que J\mathscr{J} est fermé dans l’espace normé CuC_u et que, pour la relation d’ordre induite par celle de CuC_u, J\mathscr{J} est un réseau booléien achevé (Ens., chap. III, 2e éd., § 1, exerc. 11 et 17; il suffit de montrer que, si (ci)(c_i) est une famille d’éléments de J\mathscr{J}, sup cic_i appartient à J\mathscr{J}).

c) Soit xx un élément quelconque de CuC_u; pour tout λ∈R\lambda \in \mathbf{R}, soit c(λ)c(\lambda) la composante de uu sur la bande de CuC_u engendrée par (λu−x)+(\lambda u - x)^+. Montrer que si λ⩽μ\lambda \leqslant \mu, on a c(λ)⩽c(μ)c(\lambda) \leqslant c(\mu); pour λ^<−∥x∥\hat{\lambda} < -\|x\|, on a c(λ^)=0c(\hat{\lambda}) = 0, et pour λ>∥x∥\lambda > \|x\|, on a c(λ)=uc(\lambda) = u. Montrer que si c∈Jc \in \mathscr{J} est tel que c⩽c(λ)c \leqslant c(\lambda), la composante de xx sur la bande engendrée par cc est ⩽λc\leqslant \lambda c (remarquer que les bandes engendrées par c(λ)c(\lambda) et par (λu−x)+(\lambda u - x)^+ sont identiques, et que la composante de λu−x\lambda u - x sur cette bande est égale à celle de (λu−x)+(\lambda u - x)^+; en déduire que la composante de xx sur cette même bande est ≤λc(λ)\leq \lambda c(\lambda)). Montrer de même que si c∈Jc \in \mathscr{J} est tel que c≤u−c(λ)c \leq u - c(\lambda), la composante de xx sur la bande engendrée par cc est ≥λc\geq \lambda c.

dd ) On sait (Top. gén., chap. II, 3\textsuperscript{e} éd., § 4, exerc. 12) qu’il existe un isomorphisme de structure d’ordre c↦θcc \mapsto \theta_c du réseau booléien J\mathscr{J} sur le réseau booléien formé des fonctions caractéristiques des ensembles à la fois ouverts et fermés d’un espace compact totalement discontinu S. Montrer que la relation ∑iλici=0\sum_i \lambda_i c_i = 0 entraîne que la fonction ∑iλiθci\sum_i \lambda_i \theta_{c_i} est nulle dans S (utiliser le lemme de décomposition); déduire de cette remarque et de cc que l’application c↦θcc \mapsto \theta_c se prolonge en un isomorphisme x↦θxx \mapsto \theta_x de l’espace normé CuC_u sur l’espace normé C(S;R)\mathscr{C}(S; \mathbf{R}) des fonctions numériques (finies) continues dans S, de sorte que (θx)+=θx+(\theta_x)^+ = \theta_{x^+}. (A l’aide de cc), montrer que pour tout x∈Cux \in C_u et tout ε>0\varepsilon > 0, il existe une suite croissante (λi)0≤i≤n(\lambda_i)_{0 \leq i \leq n} de nombres réels tels que λi−λi−1≤ε\lambda_i - \lambda_{i-1} \leq \varepsilon et que

0≤x−∑i=1nλi−1(c(λi−1)−c(λi))≤εu. 0 \leq x - \sum_{i=1}^n \lambda_{i-1} (c(\lambda_{i-1}) - c(\lambda_i)) \leq \varepsilon u.

ee ) Pour que S soit fini, il faut et il suffit que CuC_u soit de dimension finie; en déduire (à l’aide de l’exerc. 12) que tout espace complètement réticulé de dimension finie est isomorphe à un espace produit Rn\mathbf{R}^n (cf. § 2, exerc. 7).

ff ) Montrer que S est un espace extrêmement discontinu (Top. gén., chap. I, 3\textsuperscript{e} éd., § 11, exerc. 21) (utiliser le fait que J\mathscr{J} est un réseau achevé). On appelle espace stonien un espace compact extrêmement discontinu. Montrer que si X est un espace stonien, pour toute fonction numérique ff semi-continue inférieurement dans X, la régularisée semi-continue supérieurement g de ff (Top. gén., chap. IV, 3\textsuperscript{e} éd., § 6, n° 2) est continue (pour tout a<g(x)a < g(x), montrer que xx ne peut être adhérent à l’ensemble (ouvert) des yy tels que g(y)<ag(y) < a, en remarquant qu’en un point zz adhérent à cet ensemble, on a f(z)≤af(z) \leq a). En déduire que C(X;R)\mathscr{C}(X; \mathbf{R}) est alors un espace complètement réticulé. Montrer que lorsque l’espace stonien X est infini, la borne supérieure dans C(X;R)\mathscr{C}(X; \mathbf{R}) d’un ensemble majoré n’est pas nécessairement égale à son enveloppe supérieure (considérer un ensemble ouvert non fermé dans X); toutefois ces deux fonctions sont égales dans le complémentaire d’un ensemble maigre (considérer l’ensemble des points où leur différence est ≥1/n\geq 1/n).

gg ) Soit X un espace stonien; montrer que si ff est une fonction numérique bornée, définie dans le complémentaire d’une partie rare M de X, et continue dans X−MX - M, alors ff se prolonge par continuité dans X tout entier (utiliser le fait que C(X;R)\mathscr{C}(X; \mathbf{R}) est complètement réticulé). En déduire que l’ensemble Q(X;R‾)\mathscr{Q}(X; \overline{\mathbf{R}}) des fonctions numériques ff finies ou non, continues dans X, et telles que f1(+∞)f^1(+\infty) et f1(−∞)f^1(-\infty) soient rares dans X est un espace vectoriel complètement réticulé.

hh ) Montrer que la bande BuB_u engendrée par uu dans E est isomorphe (en tant qu’espace ordonné) à un sous-espace isolé (exerc. 4) de Q(X;R‾)\mathscr{Q}(X; \overline{\mathbf{R}}) (considérer un élément f≥0f \geq 0 de Q(X;R‾)\mathscr{Q}(X; \overline{\mathbf{R}}) comme borne supérieure des éléments inf⁡(f,n)\inf(f, n)).

Solution

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Transcrit du volume imprimé. Non traduit.