§ 2. Familles sommables de mesures positives
1. Définition des familles sommables de mesures
Soit une famille de mesures positives sur un espace localement compact X ; on dit que la famille est une famille sommable de mesures si elle est sommable dans l’espace vectoriel des mesures réelles sur X, muni de la topologie vague (Top. Gén., chap. III, 3e éd., § 5, n° 1). Cela revient à dire que, pour toute fonction , la famille des nombres est sommable dans . En effet, cette condition est évidemment nécessaire ; inversement, si elle est réalisée, la forme linéaire sur est positive, c’est donc une mesure positive (chap. III, 2e éd., § 3, th. 1), et l’on vérifie aussitôt que les sommes partielles finies de la famille convergent vaguement vers , suivant le filtre des sections de l’ensemble des parties finies de A (Top. Gén., chap. III, 3e éd., § 5, n° 1, déf. 1).
Tout élément de étant différence de deux éléments de , la famille est sommable si et seulement si l’on a
(1)
(2)
En effet, (2) entraîne (1), car on a , où S désigne le support compact de . Inversement, si K est un compact, il existe une fonction telle que (chap. III, 2e éd., , n° 2, lemme 1), et il en résulte que (1) entraîne (2)
Remarque 1
Il est immédiat que, lorsque la famille est sommable, sa somme est la borne supérieure, dans , des sommes partielles finies , où J parcourt l’ensemble des parties finies de A.
Remarque 2
Soit une famille de mesures complexes sur X ; on dira que la famille est sommable si la famille de mesures positives est sommable ; il ne suffit pas pour cela que la famille soit sommable dans l’espace vectoriel muni de la topologie vague (cf. exerc. 3).
2. Intégration par rapport à une somme de mesures positives
Dans tout ce numéro, X désigne un espace localement compact, une famille sommable de mesures positives sur X, et la mesure .
Proposition 1
Soit une fonction numérique positive définie dans X. On a
(3)
Cela résulte aussitôt de la remarque 1, de la prop. 11 du § 1, n° 3 et de la prop. 3 du § 1, n° 1.
Corollaire 1
Pour tout partie compacte (resp. ouverte et relativement compacte) M de X, on a
Corollaire 2
Pour qu’une partie N de X soit localement -négligeable, il faut et il suffit que, pour tout , N soit localement -négligeable.
Corollaire 3
On a pour toute fonction
(4)
Cette inégalité est évidente si n’est pas -modérée, car alors (, n° 2, prop. 7). Si est -modérée, est -modérée pour tout , car tout ouvert -intégrable est -intégrable ; la relation (4) résulte alors aussitôt de (3), et de la prop. 7 du , n° 2.
Il peut arriver que les deux membres de (4) ne soient pas égaux, même lorsque est dénombrable, et que chacune des mesures est ponctuelle (, exerc. 4a)).
Proposition 2
Soit une application de dans un espace topologique . Pour que soit -mesurable, il faut et il suffit que soit -mesurable pour tout .
Cela résulte immédiatement du cor. 2 de la prop. 11 du .
Proposition 3
Pour qu’une application de dans un espace de Banach soit essentiellement -intégrable, il faut et il suffit que soit essentiellement -intégrable pour tout , et qu’on ait
La famille est alors absolument sommable dans , et l’on a :
En effet, pour que soit essentiellement -intégrable (resp. essentiellement -intégrable), il faut et il suffit que soit mesurable pour la mesure (resp. ), et qu’on ait (resp. ), en vertu de la prop. 9 du , n° 3. La première partie de l’énoncé résulte donc aussitôt des prop. 2 et 1. Si est essentiellement -intégrable, l’inégalité
entraîne que la famille est absolument sommable dans , et que la norme de sa somme est au plus égale à la norme de dans . L’ensemble des qui satisfont à (6) est donc un sous-espace fermé de ; or ce sous-espace est aussi dense dans , car il contient les fonctions de la forme , où , et où désigne une fonction intégrable finie et positive (prop. 1). On a donc , et la proposition est établie.
La prop. 3 peut aussi se déduire du théorème général d’intégration qui sera prouvé au paragraphe 3 (n° 3, th. 1).
Corollaire 1
Supposons que soit -intégrable ; est alors -intégrable pour tout , et on a la formule (6). Inversement, si l’ensemble est fini, et si est -intégrable pour tout , la fonction est -intégrable.
Si est -intégrable, est essentiellement -intégrable et -modérée (§ 1, n° 3, cor. de la prop. 9); est donc essentiellement -intégrable et -modérée, donc -intégrable, pour tout . Inversement, si est fini, et si est -intégrable pour tout , est essentiellement -intégrable d’après la prop. 3, et il suffit de vérifier que ; cela résulte aussitôt de la relation (chap. IV, § 1, n° 4, prop. 15).
Corollaire 2
Soit une mesure complexe sur ; on pose , , , . Pour qu’une application de dans un espace topologique (resp. dans un espace de Banach ) soit mesurable (resp. essentiellement intégrable, intégrable) pour la mesure , il faut et il suffit qu’elle soit mesurable (resp. essentiellement intégrable, intégrable) pour chacune des mesures ().
Si est mesurable (resp. essentiellement intégrable, intégrable) pour , est par définition mesurable (resp. essentiellement intégrable, intégrable) pour la mesure , donc aussi pour les mesures , qui sont majorées par . Inversement, si est mesurable (resp. essentiellement intégrable, intégrable) pour les mesures , la prop. 2 (resp. la prop. 3, le cor. 1 de la prop. 3) entraîne que est mesurable (resp. essentiellement intégrable, intégrable) pour la mesure , qui majore .
3. Décomposition d’une mesure en somme de mesures à supports compacts
Proposition 4
Soit une mesure positive sur un espace localement compact , et soit un ensemble -dense de parties compactes de . Il existe une famille sommable de mesures positives sur , telle qu’on ait , que les supports des mesures appartiennent à , et forment une famille localement dénombrable de compacts deux à deux disjoints.
Si la mesure est modérée, l’ensemble d’indices peut être supposé dénombrable.
En effet, considérons une famille localement dénombrable d’éléments de deux à deux disjoints, telle que l’ensemble soit localement -négligeable (chap. IV, 2e éd., , n° 9, prop. 14). Pour toute fonction , posons
la forme linéaire sur est positive, c’est donc une mesure positive, de support contenu dans . Comme tout compact contenu dans un élément de appartient à , on a pour tout . Il reste seulement à montrer que la famille est sommable, et que sa somme est égale à ; autrement dit, qu’on a pour toute fonction . Or, soit S le support (compact) de , et soit l’ensemble dénombrable constitué par les tels que . L’ensemble étant -négligeable, on a
Cela achève la démonstration du cas général. Si est modérée, l’ensemble est -modéré, et est donc réunion d’une suite de compacts et d’un ensemble négligeable (, n° 2, prop. 5); soit l’ensemble dénombrable des tels que rencontre l’un des . On a pour , et la dernière phrase de l’énoncé en résulte immédiatement.
Remarque
Une mesure positive peut être somme d’une suite de mesures à support compact, et ne pas être modérée (voir l’exerc. 4a) du § 1).
Exercices
See the exercises for § 2.