§ 7. Intégration par rapport à une mesure induite
1. Intégration par rapport à une mesure induite
Soient X un sous-espace localement compact de T, une mesure positive sur T, la mesure induite sur X par (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 7). Pour tout , définissons une mesure sur X de la façon suivante : si , si . Pour toute fonction numérique finie définie dans , on a si et si . Si est une fonction de , on a donc, par définition de
(1)
Cela signifie que l’on peut écrire
(2)
Définissons maintenant une application de dans en posant pour , et pour , étant un point arbitraire de ; on peut écrire, pour tout , . L’application est -mesurable, car ses restrictions à et à le sont (chap. IV, 2e éd., , , prop. 16); il en résulte aussitôt que le couple est -adapté (). On a par conséquent les résultats suivants:
Proposition 1
Pour toute fonction numérique définie dans , on a
(3)
Si on tient compte des remarques qui précèdent et de (2), la relation (3) résulte du th. 1 du .
Corollaire 1
Pour toute partie de , on a ; pour que soit localement -négligeable, il faut et il suffit que soit localement -négligeable.
Corollaire 2
Soit une partie de . Si est concentrée sur , est concentrée sur .
Corollaire 3
Pour que la mesure soit nulle, il faut et il suffit que soit localement -négligeable.
Remarque
Si est le support de , (qui est fermé dans ) contient le support de d’après le cor. 2, mais peut en être distinct. Par exemple, si est une mesure diffuse et un sous-espace réduit à un point, la mesure induite est nulle, donc son support est vide. On notera cependant que le support de est égal à si est ouvert dans .
Proposition 2
Pour qu’une application de dans un espace topologique soit -mesurable, il faut et il suffit que soit -mesurable dans (, no 3, Exemple). Cela résulte de la prop. 3 du .
Corollaire
Pour qu’une partie de soit -mesurable, il faut et il suffit que soit -mesurable.
Théorème 1
Soit une fonction définie dans , à valeurs dans ou dans un espace de Banach. Pour que soit essentiellement -intégrable, il faut et il suffit que soit essentiellement -intégrable dans (, no 3, Exemple), et on a alors
Corollaire 1
Pour qu’une partie de soit essentiellement -intégrable, il faut et il suffit qu’elle soit essentiellement -intégrable, et on a .
Corollaire 2
Soit une fonction complexe définie dans et localement -intégrable; la restriction de à est alors localement -intégrable, et on a
Corollaire 3
Soit une mesure complexe sur ; on a
Remarque
a) Le cor. 3 a déjà été démontré par une autre méthode (chap. IV, 2e éd., § 7, lemme 3). b) En vertu du cor. 3, les corollaires 1, 2, 3 de la prop. 1, la prop. 2, le théorème 1 et ses cor. 1, 2 s’étendent aussitôt à une mesure complexe.
Scholie
Pour toute fonction f (resp. g) définie dans X (resp. dans T) à valeurs dans l’espace de Banach F ou dans , désignons par (resp. par ) le prolongement par 0 de f à T (resp. la restriction de g à X). On a , . Désignons par la mesure sur T. Pour tout , les propositions 1 et 2 entraînent que applique dans , que applique sur , avec conservation de la norme dans les deux cas, et de l’intégrale pour (th. 1); par passage aux espaces séparés associés, on obtient deux isomorphismes réciproques l’un de l’autre. De même, si l’on applique et à des fonctions numériques positives, il y a conservation de l’intégrale supérieure essentielle (prop. 1). Si l’on convient donc d’identifier une fonction sur X à une fonction sur T nulle sur , et la mesure à la mesure , on ramène les problèmes concernant les mesures induites à des problèmes concernant les mesures définies par des densités, traités au § 5. Cette manière de raisonner s’applique d’ailleurs aussi aux mesures complexes, d’après le cor. 3 du th. 1.
2. Propriétés des mesures induites
Proposition 3
Soient X un sous-espace localement compact de T, et une mesure complexe sur X. Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) l’injection canonique est -propre; b) pour tout compact K de T, est essentiellement -intégrable; c) tout point admet un voisinage V tel que soit essentiellement -intégrable; d) il existe une mesure sur T telle que . Si ces conditions équivalentes sont satisfaites, on a avec la notation de d),
L’injection i étant continue, l’équivalence des propriétés a), b) et c) résulte de la prop. 1 du § 6, et de la remarque qui la suit, appliquées à la mesure positive . Si est induite sur par une mesure sur , on a (formule (6)), et par conséquent (prop. 1) pour tout compact de , de sorte que d) entraîne b). Supposons que a) soit satisfaite, et montrons que , ce qui entraînera d). Soit un élément de ; on a, par définition de la mesure induite, puis par la prop. 7 du , n° 4, désignant le prolongement par 0 de à
Cela achève de prouver l’équivalence des quatre propriétés. Si , et si , on a
car est le prolongement par 0 de à . Cela prouve la seconde formule (7).
Corollaire 1
Si est fermé, toute mesure complexe sur est induite par une mesure sur .
En effet, si est un compact de , est alors compact, donc -intégrable.
Corollaire 2
Soient une mesure complexe sur , une application -propre de dans un espace localement compact , et sa restriction à . Alors est -propre, et on a .
En effet, on a , où est l’injection canonique . Lorsque est positive le corollaire se déduit donc de la prop. 3 et de la transitivité des mesures images (, n° 3, prop. 4). Le cas d’une mesure complexe non positive en résulte par linéarité.
Proposition 4
Soient et deux sous-espaces localement compacts de , tels que . Si est une mesure complexe sur , la mesure induite par sur est égale à (« transitivité des mesures induites »).
Il suffit de remarquer que, si est un élément de , le prolongement par 0 de à s’obtient en prolongeant par 0 le prolongement par 0 de à , ou encore, en utilisant les identifications du Scholie, que (, n° 4, prop. 8).
Proposition 5
Soit une famille filtrante croissante de mesures positives sur , admettant une borne supérieure , et soit un sous-espace localement compact de . La famille des mesures induites est alors majorée dans , et on a
Corollaire
Soit une famille sommable de mesures positives sur , de somme . La famille des mesures induites est alors sommable, et on a
Proposition 6
Soit une application -adéquate de dans , où est un espace localement compact dénombrable à l’infini, et soit un sous-espace localement compact de . Posons . L’application de dans est alors -adéquate, et on a
Exercices
See the exercises for § 7.