Bourbaki

§ 7. Intégration par rapport à une mesure induite

1. Intégration par rapport à une mesure induite

Soient X un sous-espace localement compact de T, μ\mu une mesure positive sur T, μX\mu_X la mesure induite sur X par μ\mu (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 7). Pour tout t∈Tt \in T, définissons une mesure λt\lambda_t sur X de la façon suivante : λt=εt\lambda_t = \varepsilon_t si t∈Tt \in T, λt=0\lambda_t = 0 si t∈CXt \in \mathbf{C}X. Pour toute fonction numérique finie gg définie dans XX, on a ∫g(x) dλt(x)=g(t)\int g(x)\ d\lambda_t(x) = g(t) si t∈Xt \in X et ∫g(x) dλt(x)=0\int g(x)\ d\lambda_t(x) = 0 si t∈CXt \in \mathbf{C}X. Si gg est une fonction de H(X)\mathscr{H}(X), on a donc, par définition de μX\mu_X

(1)

μX(g)=∫⟨g,λt⟩ dμ(t). \mu_X(g) = \int \langle g, \lambda_t \rangle\ d\mu(t).

Cela signifie que l’on peut écrire

(2)

μX=∫λt dμ(t) \mu_X = \int \lambda_t\ d\mu(t)
(§3,n∘1§ 3, n^\circ 1).

Définissons maintenant une application π\pi de TT dans XX en posant π(t)=t\pi(t) = t pour t∈Xt \in X, et π(t)=t0\pi(t) = t_0 pour t∈CXt \in \mathbf{C}X, t0t_0 étant un point arbitraire de XX; on peut écrire, pour tout t∈Tt \in T, λt=φX(t)επ(t)\lambda_t = \varphi_X(t)\varepsilon_{\pi(t)}. L’application π\pi est μ\mu-mesurable, car ses restrictions à XX et à CX\mathbf{C}X le sont (chap. IV, 2e éd., §5§ 5, n∘10n^\circ 10, prop. 16); il en résulte aussitôt que le couple (π,φX)(\pi, \varphi_X) est μ\mu-adapté (§4,n∘1§ 4, n^\circ 1). On a par conséquent les résultats suivants:

Proposition 1

Pour toute fonction numérique g⩾0g \geqslant 0 définie dans XX, on a

(3)

∫∗g dμX=∫X∗g dμ \int^* g\ d\mu_X = \int_X^* g\ d\mu
(cf. §5,n∘3§ 5, n^\circ 3, Exemple, pour la notation ∫X∗\int_X^*).

Si on tient compte des remarques qui précèdent et de (2), la relation (3) résulte du th. 1 du §4§ 4.

Corollaire 1

Pour toute partie BB de XX, on a μX∗(B)=μ∗(B)\mu_X^*(B) = \mu^*(B); pour que BB soit localement μX\mu_X-négligeable, il faut et il suffit que BB soit localement μ\mu-négligeable.

Corollaire 2

Soit MM une partie de TT. Si μ\mu est concentrée sur MM, μX\mu_X est concentrée sur M∩XM \cap X.

Corollaire 3

Pour que la mesure μX\mu_X soit nulle, il faut et il suffit que XX soit localement μ\mu-négligeable.

Remarque

Si SS est le support de μ\mu, S∩XS \cap X (qui est fermé dans XX) contient le support de μX\mu_X d’après le cor. 2, mais peut en être distinct. Par exemple, si μ\mu est une mesure diffuse et XX un sous-espace réduit à un point, la mesure induite μX\mu_X est nulle, donc son support est vide. On notera cependant que le support de μX\mu_X est égal à S∩XS \cap X si XX est ouvert dans TT.

Proposition 2

Pour qu’une application gg de XX dans un espace topologique soit μX\mu_X-mesurable, il faut et il suffit que gg soit μ\mu-mesurable dans XX (§5§ 5, no 3, Exemple). Cela résulte de la prop. 3 du §4§ 4.

Corollaire

Pour qu’une partie BB de XX soit μX\mu_X-mesurable, il faut et il suffit que BB soit μ\mu-mesurable.

Théorème 1

Soit gg une fonction définie dans XX, à valeurs dans Rˉ\bar{\mathbf{R}} ou dans un espace de Banach. Pour que gg soit essentiellement μX\mu_X-intégrable, il faut et il suffit que gg soit essentiellement μ\mu-intégrable dans XX (§5§ 5, no 3, Exemple), et on a alors

∫g dμX=∫Xg dμ. \int g\, d\mu_X = \int_X g\, d\mu.
Cela résulte du th. 2 du §4§ 4.

Corollaire 1

Pour qu’une partie BB de XX soit essentiellement μX\mu_X-intégrable, il faut et il suffit qu’elle soit essentiellement μ\mu-intégrable, et on a μX(B)=μ(B)\mu_X(B) = \mu(B).

Corollaire 2

Soit gg une fonction complexe définie dans TT et localement μ\mu-intégrable; la restriction gXg_X de gg à XX est alors localement μX\mu_X-intégrable, et on a

(g⋅μ)X=gX⋅μX (g \cdot \mu)_X = g_X \cdot \mu_X
Cela résulte aussitôt du th. 1, appliqué aux fonctions fgfg (f∈H(T;C)f \in \mathscr{H}(T; \mathbf{C})) et de la définition de la mesure induite par une mesure complexe sur XX (chap. IV, 2e éd., §5§ 5, no 7).

Corollaire 3

Soit θ\theta une mesure complexe sur TT; on a

∣θ∣X=∣θX∣ |\theta|_X = |\theta_X|
Posons en effet ∣θ∣=μ|\theta| = \mu, et appliquons le cor. 2 en prenant pour gg une fonction complexe de valeur absolue 1 telle que θ=g⋅μ\theta = g \cdot \mu (§5§ 5, no 5, cor. 3 du th. 2); il vient θX=gX⋅μX\theta_X = g_X \cdot \mu_X; mais gXg_X est une fonction de valeur absolue 1, et la formule (6) résulte de la prop. 2 du §5§ 5, no 2.

Remarque

a) Le cor. 3 a déjà été démontré par une autre méthode (chap. IV, 2e éd., § 7, lemme 3). b) En vertu du cor. 3, les corollaires 1, 2, 3 de la prop. 1, la prop. 2, le théorème 1 et ses cor. 1, 2 s’étendent aussitôt à une mesure complexe.

Scholie

Pour toute fonction f (resp. g) définie dans X (resp. dans T) à valeurs dans l’espace de Banach F ou dans Rˉ\bar{\mathbf{R}}, désignons par ζ(f)\zeta(f) (resp. par ρ(g)\rho(g)) le prolongement par 0 de f à T (resp. la restriction de g à X). On a ζ(ρ(g))=φX⋅g\zeta(\rho(g)) = \varphi_X \cdot g, ρ(ζ(f))=f\rho(\zeta(f)) = f. Désignons par μ′\mu' la mesure φX⋅μ\varphi_X \cdot \mu sur T. Pour tout p∈{1,+∞}p \in \{1, +\infty\}, les propositions 1 et 2 entraînent que ζ\zeta applique LFp(X,μX)\mathscr{L}_F^p(X, \mu_X) dans LFp(T,μ′)\mathscr{L}_F^p(T, \mu'), que ρ\rho applique LFp(T,μ′)\mathscr{L}_F^p(T, \mu') sur LFp(X,μX)\mathscr{L}_F^p(X, \mu_X), avec conservation de la norme dans les deux cas, et de l’intégrale pour p=1p = 1 (th. 1); par passage aux espaces séparés associés, on obtient deux isomorphismes réciproques l’un de l’autre. De même, si l’on applique ζ\zeta et ρ\rho à des fonctions numériques positives, il y a conservation de l’intégrale supérieure essentielle (prop. 1). Si l’on convient donc d’identifier une fonction sur X à une fonction sur T nulle sur X−TX - T, et la mesure μX\mu_X à la mesure μ′\mu', on ramène les problèmes concernant les mesures induites à des problèmes concernant les mesures définies par des densités, traités au § 5. Cette manière de raisonner s’applique d’ailleurs aussi aux mesures complexes, d’après le cor. 3 du th. 1.

2. Propriétés des mesures induites

Proposition 3

Soient X un sous-espace localement compact de T, et λ\lambda une mesure complexe sur X. Les propriétés suivantes sont équivalentes: a) l’injection canonique i:X→Ti : X \to T est λ\lambda-propre; b) pour tout compact K de T, K∩XK \cap X est essentiellement λ\lambda-intégrable; c) tout point t∈Tt \in T admet un voisinage V tel que V∩XV \cap X soit essentiellement λ\lambda-intégrable; d) il existe une mesure θ\theta sur T telle que θX=λ\theta_X = \lambda. Si ces conditions équivalentes sont satisfaites, on a avec la notation de d),

(i(λ))X=λeti(λ)=i(θX)=φX⋅θ. (i(\lambda))_X = \lambda \quad \text{et} \quad i(\lambda) = i(\theta_X) = \varphi_X \cdot \theta.

L’injection i étant continue, l’équivalence des propriétés a), b) et c) résulte de la prop. 1 du § 6, et de la remarque qui la suit, appliquées à la mesure positive ∣λ∣|\lambda|. Si λ\lambda est induite sur XX par une mesure θ\theta sur TT, on a ∣λ∣=∣θ∣X|\lambda| = |\theta|_X (formule (6)), et par conséquent ∣λ∣(K∩X)=∣θ∣(K∩X)≤∣θ∣(K)<+∞|\lambda|(K \cap X) = |\theta|(K \cap X) \leq |\theta|(K) < +\infty (prop. 1) pour tout compact KK de TT, de sorte que d) entraîne b). Supposons que a) soit satisfaite, et montrons que (i(λ))X=λ(i(\lambda))_X = \lambda, ce qui entraînera d). Soit gg un élément de H(X;C)\mathscr{H}(X; \mathbf{C}); on a, par définition de la mesure induite, puis par la prop. 7 du , n° 4, g′g' désignant le prolongement par 0 de gg à TT

∫g d(i(λ))X=∫g′ d(i(λ))=∫(g′∘i) dλ=∫g dλ. \int g\, d(i(\lambda))_X = \int g'\, d(i(\lambda)) = \int (g' \circ i)\, d\lambda = \int g\, d\lambda.

Cela achève de prouver l’équivalence des quatre propriétés. Si λ=θX\lambda = \theta_X, et si g∈H(T;C)g \in \mathscr{H}(T; \mathbf{C}), on a

∫g d(i(θX))=∫(g∘i) d(θX)=∫gφX dθ, \int g\, d(i(\theta_X)) = \int (g \circ i)\, d(\theta_X) = \int g \varphi_X\, d\theta,

car gφXg \varphi_X est le prolongement par 0 de g∘ig \circ i à TT. Cela prouve la seconde formule (7).

Corollaire 1

Si XX est fermé, toute mesure complexe λ\lambda sur XX est induite par une mesure sur TT.

En effet, si KK est un compact de TT, K∩XK \cap X est alors compact, donc λ\lambda-intégrable.

Corollaire 2

Soient θ\theta une mesure complexe sur TT, π\pi une application θ\theta-propre de TT dans un espace localement compact YY, et πX\pi_X sa restriction à XX. Alors πX\pi_X est θX\theta_X-propre, et on a πX(θX)=π(φX⋅θ)\pi_X(\theta_X) = \pi(\varphi_X \cdot \theta).

En effet, on a πX=π∘i\pi_X = \pi \circ i, où ii est l’injection canonique X→TX \to T. Lorsque θ\theta est positive le corollaire se déduit donc de la prop. 3 et de la transitivité des mesures images (§6§ 6, n° 3, prop. 4). Le cas d’une mesure complexe non positive en résulte par linéarité.

Proposition 4

Soient XX et YY deux sous-espaces localement compacts de TT, tels que Y⊂XY \subset X. Si θ\theta est une mesure complexe sur TT, la mesure (θX)Y(\theta_X)_Y induite par θX\theta_X sur YY est égale à θY\theta_Y (« transitivité des mesures induites »).

Il suffit de remarquer que, si gg est un élément de H(Y;C)\mathscr{H}(Y; \mathbf{C}), le prolongement par 0 de gg à TT s’obtient en prolongeant par 0 le prolongement par 0 de gg à XX, ou encore, en utilisant les identifications du Scholie, que φY⋅θ=φY(φX⋅θ)\varphi_Y \cdot \theta = \varphi_Y(\varphi_X \cdot \theta) (§5§ 5, n° 4, prop. 8).

Proposition 5

Soit (λα)α∈A(\lambda_\alpha)_{\alpha \in A} une famille filtrante croissante de mesures positives sur TT, admettant une borne supérieure λ\lambda, et soit XX un sous-espace localement compact de TT. La famille des mesures induites λα∣X\lambda_\alpha|X est alors majorée dans M(X)\mathscr{M}(X), et on a

sup⁡α∈A(λα∣X)=λ∣X. \sup_{\alpha \in A} (\lambda_\alpha|X) = \lambda|X.
Compte tenu des identifications du Scholie, cette proposition est un cas particulier de la prop. 5 du § 5, n° 4.

Corollaire

Soit (μi)i∈I(\mu_i)_{i \in I} une famille sommable de mesures positives sur TT, de somme μ\mu. La famille des mesures induites μi∣X\mu_i|X est alors sommable, et on a

∑i∈I(μi∣X)=μ∣X. \sum_{i \in I} (\mu_i|X) = \mu|X.

Proposition 6

Soit Λ:t↦λt\Lambda : t \mapsto \lambda_t une application μ\mu-adéquate de TT dans M+(X)\mathscr{M}_+(X), où XX est un espace localement compact dénombrable à l’infini, et soit YY un sous-espace localement compact de XX. Posons ∫λtdμ(t)=v\int \lambda_t d\mu(t) = v. L’application t↦λt∣Yt \mapsto \lambda_t|Y de TT dans M+(Y)\mathscr{M}_+(Y) est alors μ\mu-adéquate, et on a

∫(λt∣Y)dμ(t)=v∣Y. \int (\lambda_t|Y) d\mu(t) = v|Y.
Compte tenu des identifications du Scholie, cette proposition est un cas particulier de la prop. 7 du § 5, n° 4.

Exercices

See the exercises for § 7.

Transcribed from the printed volume. Not translated.