§ 6. — Images d’une mesure
1. Image d’une mesure positive
Soient X un espace localement compact, une application -mesurable de T dans X. Dire que le couple est -adapté (§ 4, n° 1) équivaut à dire que pour toute fonction la fonction est essentiellement -intégrable.
Proposition 1
Soit une application -mesurable de T dans un espace localement compact X. Les deux propriétés suivantes sont équivalentes :
a) pour toute fonction , est essentiellement -intégrable ;
b) pour tout ensemble compact , est essentiellement -intégrable.
Nous venons de remarquer que a) entraîne que le couple est -adapté. Par suite (§ 4, n° 4, th. 2), pour tout ensemble compact , la fonction , où , est essentiellement -intégrable, autrement dit, a) entraîne b).
Inversement, supposons que soit essentiellement -intégrable pour toute partie compacte K de X, et montrons que a) est vérifiée. Soit en effet S le support de ; comme S est compact, on a, par hypothèse, en posant
Comme est -mesurable (chap. IV, § 5, n° 3, th. 1), on voit que est essentiellement -intégrable ( prop. 9).
La propriété b) est évidemment équivalente à la propriété suivante (qui équivaut donc aussi à a)): c) Pour tout point x de X, il existe un voisinage V de X tel que soit essentiellement -intégrable.
Définition 1
Soit une mesure positive sur un espace localement compact T. On dit qu’une application de T dans un espace localement compact X est -propre (ou propre pour la mesure ) si le couple est -adapté, c’est-à-dire () si est -mesurable et satisfait aux conditions (équivalentes) de la prop. 1. La mesure sur X s’appelle alors l’image de par et se note .
Si , on a donc, par définition, pour
Remarque 1
Si est bornée (et en particulier si a un support compact), toute application -mesurable de T dans X est -propre (chap. IV, § 5, n° 3, th. 1 et n° 6, th. 5).
Remarque 2
Si est -mesurable et si, pour toute partie compacte K de X, est relativement compact, est -propre (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 5, prop. 7, et n° 6, th. 5); en particulier, toute application continue propre de T dans X (Top. gén., chap. I, 4e éd., § 10, n° 2, th. 1) est -propre pour toute mesure positive sur T. Plus particulièrement, il en est ainsi de tout homéomorphisme de T sur X; la mesure n’est autre alors que la mesure sur X transportée de par (chap. III, 2e éd., § 1, n° 3).
Remarque 3
Supposons que la topologie de X admette une base dénombrable; alors toute application de T dans X qui vérifie la condition b) de la prop. 1 est -mesurable, et par suite -propre. Il suffit d’appliquer le th. 4 du chap. IV, , n° 5, en remarquant que X est alors métrisable (Top. gén., Chap. IX, 2e éd., § 2, n° 9, cor. de la prop. 16) et que, pour une distance quelconque compatible avec la topologie de X, toute boule fermée est réunion dénombrable d’ensembles compacts
2. Intégration par rapport à l’image d’une mesure positive
Soit une application -propre de T dans X, et soit . En appliquant les résultats du § 4, on obtient les énoncés suivants :
Proposition 2
Pour toute fonction numérique définie dans X, on a
(2)
Cela résulte du th. 1 du § 4, n° 2.
Corollaire 1
Pour toute partie A de X, on a
Corollaire 2
Pour qu’une partie A de X soit localement négligeable pour , il faut et il suffit que soit localement négligeable pour .
Corollaire 3
Si la mesure est concentrée sur un ensemble M, est concentrée sur . En effet, si , ne rencontre pas M, donc est localement -négligeable, et par suite (cor. 2) N est localement -négligeable.
Corollaire 4
Soit S le support de . Si est continue, le support de est . En effet, il résulte du cor. 3 que est concentrée sur , donc, si est le support de , on a . D’autre part, est un ensemble ouvert localement -négligeable (cor. 2), donc -négligeable (chap. IV, § 5, n° 2, cor. 2 de la prop. 5).
On a donc et par suite , ce qui démontre le corollaire.
Proposition 3
Pour qu’une application de dans un espace topologique soit -mesurable, il faut et il suffit que soit -mesurable.
C’est une conséquence immédiate de la prop. 3 du § 4, n° 3.
Corollaire
Pour qu’une partie de soit -mesurable, il faut et il suffit que soit -mesurable.
Par contre, l’image par d’une partie -mesurable de n’est pas nécessairement -mesurable, même si est continue et -négligeable (exerc. 7 et § 8, exerc. 1).
Théorème 1
Soit une fonction définie dans , à valeurs dans ou dans un espace de Banach . Pour que soit essentiellement -intégrable, il faut et il suffit que soit essentiellement -intégrable, et l’on a alors
Supposons en outre que soit continue et propre. Pour que soit -intégrable, il faut et il suffit alors que soit -intégrable.
Il suffit d’appliquer le th. 2 du § 4, n° 4.
Corollaire
Pour qu’une partie de soit essentiellement -intégrable, il faut et il suffit que soit essentiellement -intégrable, et on a alors .
En particulier, pour tout ensemble compact , on a . Il résulte de là et du cor. 3 de la prop. 2 que, si est atomique (, n° 10), il en est de même de . En effet, soit l’ensemble des tels que ; comme est portée par , est portée par ; en outre, pour tout , on a , puisque contient au moins un point de . Donc est atomique (, n° 10, prop. 15).
3. Propriétés de l’image d’une mesure positive
Proposition 4
Soient T, T', T'' trois espaces localement compacts, μ une mesure positive sur T, π une application μ-mesurable de T dans T', π' une application de T' dans T'', et π'' = π' ∘ π.
a) Supposons que π soit μ-propre et soit μ' = π(μ). Pour que π' soit μ'-propre, il faut et il suffit que π'' soit μ-propre, et on a alors π''(μ) = π'(π(μ)) (« transivité de l’image d’une mesure »).
b) Supposons que π' soit continue, et que π'' soit μ-propre ; π est alors μ-propre, π' est π(μ)-propre, et on a π''(μ) = π'(π(μ)).
Sous les hypothèses de a), pour que π'' soit μ-mesurable, il faut et il suffit que π' soit μ'-mesurable (n° 2, prop. 3). D’autre part, si K est une partie compacte de T'', on a ; pour que soit essentiellement μ-intégrable, il faut et il suffit que soit essentiellement μ'-intégrable, en vertu du cor. du th. 1. Enfin, si π'' est μ-propre, en posant , on a, pour toute fonction ,
en vertu du th. 1 du n° 2, ce qui achève la démonstration de a).
Sous les hypothèses de b), soit K' une partie compacte de T'. Alors est compact, donc est essentiellement μ-intégrable, donc est essentiellement μ-intégrable (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 5, prop. 7), de sorte que π est μ-propre. On achève alors en appliquant la partie a) de l’énoncé.
Corollaire
Soient T et T' deux espaces localement compacts, μ une mesure positive sur T, π une application bijective de T sur T', l’application réciproque. Supposons que π soit μ-propre, et soit . Alors est μ'-propre et on a .
Proposition 5
Soient T et X deux espaces localement compacts, μ une mesure positive sur T, π une application μ-propre de T dans X, g une fonction numérique finie et , définie dans X et telle que soit localement intégrable pour μ. Pour que g soit localement intégrable pour , il faut et il suffit que π soit propre pour la mesure , et on a alors
Posons . Pour que soit localement -intégrable, il faut et il suffit que soit -intégrable pour toute fonction ; comme a un support compact, il revient au même de dire que est essentiellement -intégrable, et cela équivaut à dire que est essentiellement -intégrable (th. 1). Mais en vertu du th. 1 du , n° 3, cela signifie que est essentiellement intégrable pour , et, par définition, cela veut dire que est -propre (puisque est évidemment -mesurable). En outre, on a
(n° 2, th. 1 et § 5, th. 1), ce qui prouve la relation (4).
Proposition 6
Soient et deux espaces localement compacts, une famille de mesures positives sur , filtrante pour la relation , admettant dans une borne supérieure . Pour qu’une application de dans soit -propre, il faut et il suffit qu’elle soit -propre pour tout , et que la famille soit majorée dans . Dans ce cas, on a
(5)
Pour que soit -mesurable, il faut et il suffit que soit -mesurable pour tout (§1, n° 4, cor. 2 de la prop. 11). Supposons cette condition satisfaite; dire que est -propre équivaut alors à dire qu’on a, pour toute fonction ,
Or on a
(§ 1, n° 4, prop. 11); le premier membre est donc fini pour toute si et seulement si la famille admet une borne supérieure dans , et on a alors , relation équivalente à (5).
Corollaire 1
Soit une famille sommable de mesures positives sur , telle que ; pour qu’une application de dans un espace localement compact soit -propre, il faut et il suffit qu’elle soit -propre pour tout , et que la famille
soit sommable. On a dans ce cas
Corollaire 2
Soient et deux espaces localement compacts, une suite finie de mesures positives sur , et soit . Pour qu’une application de dans soit -propre, il faut et il suffit qu’elle soit -propre pour chaque indice , et on a alors
4. Image d’une mesure complexe
Soit une mesure complexe sur , et soit une application de dans un espace localement compact : supposons que soit -mesurable, et que pour chaque , soit essentiellement -intégrable. Comme il est équivalent de dire qu’une fonction est mesurable (resp. essentiellement intégrable) par rapport à ou par rapport à , cela signifie que est -propre. Si , on a
Définition 2
Soit une mesure complexe sur un espace localement compact . On dit qu’une application de dans un espace localement compact est -propre si elle est -propre. La mesure s’appelle alors l’image de par et se note .
La relation (7) se met alors sous la forme:
La mesure peut être nulle sans que le soit, comme on le voit immédiatement en prenant pour un espace réduit à deux points , pour la mesure , pour une application constante.
Soient et deux mesures complexes sur ; si est -propre et -propre, il résulte du cor. 2 de la prop. 6 que est -propre, car on a , et on a évidemment .
En particulier, si est une mesure réelle, et si est -propre, on a
Plusieurs résultats établis plus haut s’étendent aussitôt aux mesures complexes; nous citerons les plus importants.
Proposition 7
Soient une mesure complexe sur , une application -propre de dans un espace localement compact , la mesure image .
a) Soit une partie de ; si est localement -négligeable, est localement -négligeable.
b) Soit une application de dans un espace topologique; si est -mesurable, est -mesurable.
c) Soit une fonction définie dans , à valeurs dans un espace de Banach ; si est essentiellement -intégrable, est essentiellement -intégrable et on a
Compte tenu de la formule (8), ces résultats se déduisent du cor. 2 de la prop. 2, de la prop. 3, et du th. 1 du n° 2.
5. Application: changement de variable dans l’intégrale de Lebesgue
Soient un intervalle (borné ou non) de , son origine, son extrémité dans , la mesure de Lebesgue dans . Pour toute fonction -intégrable et tout intervalle , d’origine et d’extrémité , nous écrirons au lieu de , et nous poserons ; la signification ainsi donnée à ces symboles coïncide avec celle qui leur a été attribuée dans Fonct. var. réelle, chap. II, §§ 1 et 2, lorsque est une fonction réglée à support compact (chap. IV, § 4, n° 4, Exemple).
Soient une fonction numérique définie dans et localement -intégrable, un point de ; pour tout , posons
La fonction numérique est continue dans ; cela résulte aussitôt du th. de Lebesgue (chap. IV, § 4, n° 3, cor. 1 du th. 2), car le produit de et de la fonction caractéristique de l’intervalle d’extrémités et tend vers une fonction négligeable lorsque tend vers 0. Donc est un intervalle de . Dans tout ce n°, on considérera comme une application de sur l’espace localement compact . On désignera par la mesure sur .
Supposons d’abord que soit -intégrable. Alors, le même raisonnement que ci-dessus montre que les limites et existent et sont finies; en outre, la mesure est bornée (, n° 3, cor. du th. 1), et l’application de dans est -propre.
Proposition 8
Supposons* -intégrable. Si désigne l’intervalle ouvert de d’extrémités et , l’image par de la mesure est la mesure si et la mesure si ( désignant la mesure de Lebesgue sur ).
Il suffit de prouver que, pour toute fonction , on a
Or, cette formule a déjà été démontrée lorsque (Fonct. var. réelle, chap. II, § 2, n° 1, formule (1)). Passons au cas général; il existe une suite de fonctions de telle que: 1° la suite tende vers presque partout dans ; 2° il existe une fonction -intégrable telle que pour tout (chap. IV, § 3, n° 4, th. 3). Il résulte aussitôt du th. de Lebesgue que, si on pose , la suite converge uniformément vers dans , et que les nombres et tendent respectivement vers et . Soit une fonction de prolongeant ; ce qui précède prouve que tend vers pour tout ; appliquant le th. de
Lebesgue, on voit que la formule (12) résulte de la formule
par passage à la limite.
Corollaire
Si une fonction définie dans , à valeurs dans ou dans un espace de Banach, est telle que la fonction soit intégrable dans pour la mesure de Lebesgue, alors est intégrable dans pour la mesure de Lebesgue et on a (formule du changement de variable dans l’intégrale de Lebesgue)
(13)
En effet, est intégrable pour la mesure , donc aussi pour les mesures et ; il résulte du th. 1 (n° 2) que est intégrable pour les mesures images et , donc aussi pour la mesure et que l’on a (13), compte tenu de la prop. 8 et de la formule (9).
Il peut se faire que soit intégrable dans pour la mesure de Lebesgue, mais que ne soit pas intégrable dans pour la mesure de Lebesgue (exerc. 10).
Supposons maintenant que garde presque partout un signe constant (et soit localement -intégrable); on peut par exemple supposer presque partout dans . Alors est une fonction continue croissante dans , donc et existent (mais peuvent être infinis). En outre, est une application -propre de dans : en effet, si , il y a un tel que soit constant pour , et alors l’image réciproque par de l’intervalle compact est -intégrable; si au contraire , l’image réciproque par de tout intervalle compact d’origine , contenu dans , est un intervalle compact. On raisonne de même pour les intervalles compacts d’extrémité , d’où notre assertion. En outre:
Proposition 9
Supposons et localement -intégrable. Alors, l’image par de la mesure positive est la mesure de Lebesgue sur . Pour qu’une fonction , définie dans , à valeurs dans ou dans un espace de Banach, soit intégrable dans pour la mesure de Lebesgue, il faut et il suffit que la fonction t \mapsto f(G(t))g(t) soit intégrable dans I pour la mesure de Lebesgue, et on a la relation (13).
La première partie de l’énoncé résulte de ce que la formule (12) est valable pour toute fonction ; en effet, le support de la fonction est contenue dans un intervalle dans lequel est intégrable, en vertu des remarques faites ci-dessus, et il suffit d’appliquer à la prop. 8. La seconde partie est conséquence du th. 1 du n° 2.
6. Décomposition en tranches. Image réciproque d’une mesure par un homéomorphisme local
Soient un espace localement compact, une application de dans un espace localement compact , une mesure positive sur , une application scalairement essentiellement -intégrable et vaguement -mesurable de dans . Soit . Si est portée par pour tout , on dit que l’égalité est une décomposition en tranches (ou une désintégration) de relativement à . Cette notion sera étudiée de manière détaillée au chap. VI.
Proposition 10
On conserve les notations ci-dessus, et on suppose que est -mesurable. Soit la fonction sur . Pour que soit -propre, il faut et il suffit que soit localement -intégrable, et on a dans ce cas
Nous commencerons par raisonner en supposant que est finie localement -presque partout; nous nous débarrasserons de cette hypothèse auxiliaire à la fin de la démonstration. Comme est -mesurable par hypothèse, dire que est -propre équivaut à dire que pour toute fonction ; étant finie localement presque partout, on est dans les conditions d’application de l’assertion c), prop. 5 du § 3, n° 2. On a donc
du fait que est concentrée sur . On sait que est -mesurable, puisque est -adéquate (§ 3, n° 1, déf. 1). Dire que le premier membre est fini pour toute équivaut donc à dire que est localement -intégrable (§ 5, prop. 1), et (14) résulte aussitôt dans ce cas des relations ci-dessus.
Il nous reste donc seulement à éliminer l’hypothèse auxiliaire. Si g est localement -intégrable, g est finie localement -presque partout, et l’hypothèse est bien satisfaite. Supposons que soit -propre, et montrons que g est finie localement presque partout. Soit l’ensemble -dense des compacts K tels que soit vaguement continue; comme g est -mesurable, on est ramené à montrer que tout compact , tel que , est -négligeable. Or soit l’ensemble des fonctions telles que ; posons , désignons par l’application -adéquate , par l’intégrale de , par un élément de tel que . Si nous appliquons la formule (14) à , qui satisfait à l’hypothèse auxiliaire, nous obtenons:
Mais les fonctions forment un ensemble filtrant croissant de fonctions continues sur K, dont l’enveloppe supérieure vaut : d’après le th. de Dini (Top. gén., chap. X, 2e éd., § 4, n° 1, th. 1), on peut choisir h de telle sorte que soit supérieure à un nombre positif arbitraire n, et il vient . Le premier membre étant fini du fait que est -propre, on en déduit que .
Corollaire 1
Supposons que soit -mesurable.
a) Si est localement -négligeable, est localement -négligeable.
b) Si est une application -mesurable de T dans un espace topologique G, est -mesurable.
Reprenons les notations , , de la fin de la démonstration précédente: étant une mesure bornée pour tout , est -propre, est localement -intégrable, et , mesure de base . Il en résulte que N est localement négligeable (resp. que est mesurable) pour la mesure (, n° 3, cor. 1 de la prop. 3 et cor. de la prop. 4). Par conséquent, est localement négligeable (resp. est mesurable) pour la mesure (cor. 2 de la prop. 2, resp. prop. 3). On remarque enfin que les mesures forment une famille filtrante croissante de mesures positives, dont la borne supérieure est (, n° 1, prop. 1), et on applique le cor. 1 (resp. 2) de la prop. 11 du , n° 4.
Corollaire 2
Supposons que soit -propre; soit une application définie dans , à valeurs dans un espace de Banach ou dans . Pour que soit essentiellement -intégrable, il faut et il suffit que soit essentiellement -intégrable.
Cela résulte immédiatement, compte tenu de la prop. 10, du th. 1 du § 5, n° 3 et du th. 1 du n° 2.
Exemple
Soient et deux espaces localement compacts, et soit un homéomorphisme local de dans . Autrement dit (Top. gén., chap. XI), nous supposons que tout point admet un voisinage tel que soit un homéomorphisme de sur un voisinage de ; quitte à remplacer par un voisinage ouvert relativement compact de tel que , on en déduit que l’ensemble des ouverts relativement compacts de , tels que soit un homéomorphisme de sur son image, est un recouvrement ouvert de . Soit alors une mesure positive sur ; si est un élément de , est un ouvert de l’espace compact , donc un sous-espace localement compact de , et on sait définir la mesure induite par sur (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 7). Soit l’image de par l’homéomorphisme réciproque de ; nous allons montrer qu’il existe sur une mesure et une seule qui induit la mesure sur tout ouvert . Cette mesure est appelée l’image réciproque de par l’homéomorphisme local , et notée .
L’unicité de résulte aussitôt du principe de localisation (chap. III, 2e éd., § 2, n° 1, cor. de la prop. 1). Pour établir l’existence notons que si , tout point admet un voisinage qui ne rencontre qu’au point , de sorte que est un sous-espace discret de , et que la famille est sommable; désignons par sa somme. Montrons ensuite que l’application est scalairement essentiellement -intégrable, et que son intégrale est l’image réciproque cherchée. Cela résultera aussitôt du lemme suivant:
Lemme 1
a) Soit un élément de ; la fonction est positive, semi-continue supérieurement, à support compact, et sa restriction à est continue.
b) Soient un élément de , l’intégrale de la fonction scalairement essentiellement -intégrable ; l’image de la mesure par est égale à ,
Pour établir a), on peut se ramener au moyen d’une partition de l’unité (chap. III, 2e éd., § 1, n° 2, lemme 1) au cas où le support S de f est contenu dans un ouvert . Soit g l’application étant un homéomorphisme, appartient à , et par suite ( étant un ouvert de ) la restriction de g à est continue. Comme g est positive et que la restriction de g au compact est continue, on voit que g est semi-continue supérieurement dans T. On en déduit que g est -intégrable.
Pour établir b), désignons par g un élément de , par son prolongement par 0 à T, par f la fonction , par la prolongement par 0 de f à X. L’assertion b) équivaut à l’égalité . Mais on a , donc , et la seconde intégrale est donc égale à . On a enfin , ce qui achève la démonstration.
Notons maintenant que est ouvert dans T, donc -mesurable ; l’application est vaguement -mesurable, car sa restriction à chacun des ensembles et est vaguement continue. Dans ces conditions, la formule définit une décomposition en tranches de relativement à , et la prop. 10 nous donne le résultat suivant :
Proposition 11
Soit un homéomorphisme local d’un espace localement compact X dans un espace localement compact T, et soit une mesure positive sur T. Soit n la fonction numérique qui associe à tout le nombre des éléments de , si ce nombre est fini, ou dans le cas contraire. Pour que soit -propre, il faut et il suffit que n soit localement -intégrable, et on a dans ce cas
Exercices
See the exercises for § 6.