§ 8. — Produits de mesures
1. Interprétation de la mesure produit comme intégrale de mesures
Dans tout ce paragraphe on note deux espaces localement compacts, une mesure positive sur , une mesure positive sur , la mesure produit sur (chap. III, 2e éd., § 4, n° 1).
Pour tout , l’application de dans est continue et propre. Soit l’image de par cette application; est une mesure positive sur , et si , on a, en désignant par l’application partielle
En outre, l’application est continue et à support compact (chap. III, 2e éd., , n° 1, lemme 2), donc l’application de T dans est vaguement continue (et a fortiori vaguement -mesurable); par suite la famille de mesures est -adéquate ( n° 1, prop. 2a)). L’intégrale de par rapport à la mesure est par définition
(chap. III, 2e éd., § 4, n° 1, th. 2); on a donc .
De même, pour tout élément , soit l’image de par l’application de T dans X. L’application est -adéquate et vaguement continue, et on a . Nous aurons besoin des lemmes suivants:
Lemme 1
Pour toute fonction numérique définie dans X on a
Cite 1 · Cité par 4
Cite Proposition 2, V § 4
Cité par Exercice 7, § 8, Remarque, Proposition 11, Proposition 5
Comme est une application continue et propre, cela résulte de la prop. 2 du § 4, n° 2.
Lemme 2
Soit une application de X dans un espace topologique. Pour que soit -mesurable, il faut et il suffit que soit -mesurable.
Cite 1
Cite Proposition 3, V § 6
C’est une conséquence de la prop. 3 du § 6, n° 2.
Lemme 3
Soit une fonction définie dans X, à valeurs dans ou dans un espace de Banach. Pour que soit -intégrable, il faut et il suffit que soit -intégrable, et on a alors
Cite 1
Cite Théorème 2, V § 4
Cela résulte du th. 2 du § 4, n° 4, compte tenu de ce que est continue et propre.
Remarque
On peut démontrer fort simplement les lemmes 1, 2, 3 sans faire usage des résultats des §§ 4 et 6, par un raisonnement direct. Par exemple, la relation (2) est évidente par définition si . Si est semi-continue inférieurement dans , il suffit de remarquer que est l’enveloppe supérieure des fonctions , où parcourt l’ensemble des fonctions de telles que . Enfin, pour quelconque, on notera que si est semi-continue inférieurement dans , est semi-continue inférieurement dans ; et réciproquement, si est semi-continue inférieurement dans et telle que pour tout , la fonction telle que pour , est semi-continue inférieurement dans et telle que . Une fois le lemme 1 démontré, on en déduit que l’ensemble est -négligeable, et il est alors très facile de démontrer les lemmes 2 et 3.
La relation (3) permet de noter les deux membres sans risque de confusion. On a évidemment des résultats analogues pour les mesures .
A la place des notations , , nous utiliserons les notations , , , en accord avec les notations adoptées au chap. III, 2e éd., § 4, n° 1.
L’interprétation de la mesure comme une intégrale va nous permettre de traduire dans le langage des mesures produit les résultats du § 3. D’autre part, la mesure est portée par , de sorte que cette intégrale définit une décomposition en tranches de , relativement à la projection de sur (§ 6, n° 6). Avant de donner une liste des résultats que l’on obtient ainsi, voici une propriété utile:
Proposition 1
Soit (resp. ) une famille sommable de mesures positives sur (resp. sur ) dont on désigne la somme par (resp. par ). La famille est alors sommable sur , et on a
Ces propriétés sont évidentes lorsque et sont finis. Il en résulte qu’on a, si (resp. ) est une partie finie de (resp. de ),
Soient un élément de , un élément de ; rappelons qu’on note la fonction sur , qui appartient à (Alg., chap. II, 3e éd., § 7, n° 7). On a alors d’après la définition des produits de mesures :
2. Fonctions mesurables par rapport à un produit de deux mesures
Proposition 2
Soit une fonction -mesurable définie dans , à valeurs dans un espace topologique , et soit l’ensemble des tels que l’application ne soit pas -mesurable.
Cite 4 · Cité par 4
Cite Proposition 2, V § 2, Proposition 4, V § 2, Proposition 4, V § 3, Proposition 3, III § 4
Cité par § 8. Produits de mesures, Corollaire, Proposition 10, Proposition 11
a) Si est constante dans le complémentaire d’une partie -modérée de , est -négligeable.
b) Si est modérée, est localement -négligeable.
L’assertion a) découle de la prop. 4b) du § 3, n° 2 et des remarques du n° 1. Pour traiter b), remarquons que est somme d’une suite de mesures bornées (§ 2, n° 3, prop. 4); est mesurable par rapport à , et l’ensemble est réunion des ensembles associés aux mesures (§ 2, n° 2, prop. 2). On est donc ramené au cas où est bornée, qui résulte de la prop. 4 c) du § 3, n° 2.
Cet énoncé s’étend immédiatement aux mesures complexes (chap. III, 2e éd., § 4, n° 2, prop. 3).
Corollaire
Soit une partie -mesurable de , et soit l’ensemble des tels que la coupe de suivant ne soit pas -mesurable.
Cite 2
a) Si est -modéré, est -négligeable.
b) Si la projection de sur est -modérée, est localement -négligeable.
L’assertion a) découle immédiatement de la prop. 2. Pour établir b), désignons par un ensemble, réunion d’une suite d’ouverts -intégrables de , qui contient la projection de sur T', et désignons par la mesure modérée ; A étant mesurable par rapport à , la prop. 2 entraîne que est -mesurable, sauf pour des qui forment un ensemble localement -négligeable. Mais comme , dire que est -mesurable équivaut à dire que est -mesurable (, n° 3, prop. 4).
Proposition 3
Soit f une application de T dans un espace topologique F. Si f est -mesurable, l’application est -mesurable. Inversement, si , et si cette application est -mesurable, la fonction f est -mesurable.
Cite 4 · Cité par 3
Cite Proposition 10, V § 6, Corollaire 1, V § 6, Proposition 3, V § 6, Proposition 3, III § 4
Cité par Proposition 10, Corollaire 1, Proposition 4
La première assertion résulte du cor. 1 de la prop. 10 du , n° 6. Supposons qu’on ait , désignons par une mesure à support compact non nulle majorée par , par la mesure , et posons . La projection de sur est alors -propre, et la mesure image est égale à (, n° 6, prop. 10). Si est -mesurable, elle est aussi -mesurable, donc est mesurable par rapport à la mesure (, n° 2, prop. 3), d’où le résultat puisque .
L’énoncé précédent s’étend immédiatement aux mesures complexes (chap. III, , n° 2, prop. 3), ainsi que les corollaires ci-dessous.
Corollaire 1
Soient F, F' et G trois espaces topologiques, et soit u une application continue de dans G. Soit f (resp. ) une fonction définie dans T (resp. T') à valeurs dans F (resp. F') et mesurable pour (resp. ). Alors la fonction est mesurable pour .
Cite 3 · Cité par 4
Cite IV § 5. Fonctions et ensembles mesurables, Proposition 3, Théorème 1 (Lebesgue–Fubini)
Cité par Proposition 11, Corollaire 2, Corollaire 3, Proposition 9
Les applications étant -mesurables d’après la prop. 3, cela résulte du th. 1 du chap. IV, , n° 3.
Corollaire 2
Si et sont mesurables (pour et respectivement), est mesurable pour .
Cite 1
Cite Corollaire 1
Cela résulte aussitôt du cor. 1.
Corollaire 3
Considérons deux fonctions numériques positives (resp. à valeurs complexes), f définie dans T, définie dans T'. Si ces fonctions sont mesurables pour et respectivement, la fonction est mesurable pour .
Le cas des fonctions complexes, ou des fonctions réelles finies, est une conséquence immédiate du cor. 1. Pour traiter le cas des fonctions numériques positives, on pose pour tout entier et on a (avec la convention habituelle ) , d’où le résultat.
Proposition 4
Soit A une partie de T. Si A est localement -négligeable, est localement -négligeable. Inversement, si est localement -négligeable, et si , A est localement -négligeable.
Cite 3 · Cité par 6
Cite Corollaire 1, V § 6, Proposition 3, Proposition 3, III § 4
Cité par Corollaire, Corollaire 3, Proposition 9, VI § 2. Mesures vectorielles, Exemple 1, VI § 3, Lemme 9, VII § 3
La première assertion résulte du cor. 1 de la prop. 10 du § 6, n° 6. Pour établir la seconde assertion, reprenons les notations de la démonstration de la prop. 3; est localement négligeable pour la mesure , donc A est localement négligeable pour (, n° 2, cor. 2 de la prop. 2), d’où le résultat puisque .
L’énoncé précédent s’étend aussitôt au produit de deux mesures complexes (chap. III, 2e éd., § 4, n° 2, prop. 3), ainsi que le corollaire ci-dessous.
Corollaire
Si la mesure (resp. ) est concentrée sur M (resp. ), est concentrée sur .
En effet, est réunion de et de qui sont localement négligeables pour en vertu de la prop. 4.
Cite 1
Cite Proposition 4
3. Intégration de fonctions positives
Rappelons que nous avons convenu de définir le produit comme égal à 0. Cette convention a en particulier la conséquence suivante: si est une fonction numérique définie dans un espace localement compact muni d’une mesure positive , on a pour toute constante telle que . C’est évident si ; si , on a ou suivant que est ou n’est pas -négligeable; enfin, si , on sait que .
Proposition 5
Soit une fonction numérique , semi-continue inférieurement dans . Alors, la fonction
est semi-continue inférieurement dans T, et on a
(5)
C’est une conséquence de la prop. 2 du § 3, n° 1, compte tenu du lemme 1 du n° 1.
Corollaire 1
Soit (resp. ) une fonction semi-continue inférieurement définie dans T (resp. dans T'); la fonction est alors semi-continue inférieurement dans , et on a
(6)
Soit G (resp. G') l’ensemble des fonctions (resp. ) telles que (resp. ); on a
Les fonctions appartenant à , est bien semi-continue inférieurement, et (6) résulte aussitôt de la prop. 5 (ou directement d’un passage à la limite à partir de la formule précédente).
Corollaire 2
Soient A une partie -modérée de T, A' une partie -modérée de T'; A A' est alors -modérée dans .
Cite 2 · Cité par 3
Cite Proposition 5, V § 1, Corollaire 1
Cité par Corollaire 3, Corollaire 1, Proposition 9
Compte tenu de la définition des ensembles modérés (§ 1, n° 2, prop. 5), il suffit de montrer que si B est un ouvert intégrable de T, et B' un ouvert intégrable de T', l’ouvert B B' est intégrable. Cela résulte aussitôt du cor. 1.
Corollaire 3
Soient A une partie -négligeable de T, B' une partie -modérée de T'; A B' est alors -négligeable.
Cite 4
Cite Corollaire 1, V § 1, Proposition 4, Corollaire 2, Proposition 3, III § 4
En effet, A B' est localement -négligeable (prop. 4) et -modéré (cor. 2), donc -négligeable (§ 1, n° 2, cor. 1 de la prop. 7).
Les cor. 2 et 3 s’étendent au produit de deux mesures complexes, en appliquant l’énoncé à leurs valeurs absolues (chap. III, 2e éd., § 4, prop. 3).
Proposition 6
Soit une fonction numérique définie dans . On a
Cela résulte de la prop. 3 du § 3, n° 2, compte tenu de (2).
Proposition 7
Soit une fonction numérique positive -mesurable définie dans .
Cite 4 · Cité par 6
Cite Proposition 4, V § 2, Proposition 5, V § 3, Proposition 1, V § 2, Proposition 1
Cité par Scholie, Corollaire 1, Proposition 8, Lemme 1, VIII § 4, Exemple 2, VIII § 4, Proposition 1, VIII § 4
a) Si est -modérée, les fonctions , sont mesurables respectivement pour et , et on a
b) Si la mesure est modérée, la fonction est -mesurable, et on a
L’assertion a), ainsi que l’assertion b) lorsque est bornée, sont des conséquences de la prop. 5 du § 3, n° 2. Pour traiter le cas où est modérée, représentons comme une somme d’une suite de mesures bornées (, n° 3, prop. 4). La fonction est alors -mesurable, et on a
Mais on a (prop. 1); l’assertion b) s’obtient alors en sommant sur (, n° 2, prop. 1).
Corollaire 1
Soit une partie de , et soit l’ensemble des tels que la coupe de suivant ne soit pas -négligeable. a) Si est -négligeable, est -négligeable. b) Si est localement -négligeable, et si est modérée, est localement -négligeable.
Cite 3 · Cité par 1
Cite Proposition 7, V § 1, Proposition 6, Proposition 7
Cité par Théorème 1 (Lebesgue–Fubini)
La propriété a) résulte aussitôt de la prop. 7 (ou de la prop. 6). Sous l’hypothèse de b), il revient au même de dire que H(t) est localement -négligeable, ou -négligeable, puisque est modérée (, n° 2, prop. 7). La propriété b) résulte donc de la formule (8).
Ce corollaire s’étend aussitôt, par passage aux valeurs absolues, au produit de deux mesures complexes. Il en est de même du corollaire suivant.
Corollaire 2
Si un ensemble est -intégrable, alors, pour presque tout , la coupe de suivant est -intégrable, la fonction est -intégrable, et on a
Cité par 2
Cité par § 8. Produits de mesures, Exercice 3, § 8
Proposition 8
Pour tout couple de fonctions numériques , définies respectivement dans et dans , on a
Cite 5 · Cité par 4
Cite Proposition 6, Définition 3, IV § 1, Proposition 7, Proposition 1, V § 2, Proposition 4, V § 2
Cité par Proposition 10, Proposition 11, Corollaire 1, Proposition 9
Nous commencerons par traiter le cas où et sont des mesures à support compact ; il en est alors de même pour , et tous les symboles , peuvent être remplacés par des intégrales supérieures. Nous avons, d’après la prop. 6 :
Pour établir l’inégalité inverse, choisissons une fonction (resp. ), enveloppe inférieure d’une suite (resp. ) de fonctions semi-continues inférieurement, et telle que
(resp. ); l’existence de telles fonctions résulte immédiatement de la définition de l’intégrale supérieure (chap. IV, , n° 3, déf. 4) et du théorème de Lebesgue. Si nous appliquons la prop. 7 à la fonction mesurable , il vient
qui est l’inégalité cherchée. La proposition est donc établie lorsque et sont des mesures à support compact. Pour traiter le cas général, il suffit de représenter (resp. ) comme la somme d’une famille (resp. ) de mesures à support compact (§ 2, n° 3, prop. 4), d’écrire la formule (10) pour chaque mesure , et de sommer sur en tenant compte de la prop. 1 (§ 2, n° 1, prop. 1).
Corollaire 1
Avec les mêmes notations que dans la prop. 8, on a
sauf au plus lorsque l’un des facteurs du second membre est égal à 0 et l’autre égal à .
Cite 4
Cite Proposition 8, Proposition 7, V § 1, Corollaire 2, Proposition 6
Lorsque les deux facteurs du second membre sont finis, les fonctions et sont modérées (§ 1, n° 2, prop. 7), la fonction est donc modérée (cor. 2 de la prop. 5); l’égalité ci-dessus se réduit donc à la formule (10) (§ 1, n° 2, prop. 7). Lorsque l’un des facteurs du second membre vaut , et que l’autre n’est pas nul, le second membre vaut , et l’égalité ci-dessus résulte de la prop. 6.
Corollaire 2
Soient et deux fonctions à valeurs dans ou dans , définies respectivement dans et dans , essentiellement intégrables (resp. intégrables) pour les mesures et respectivement. La fonction est alors essentiellement intégrable (resp. intégrable) pour la mesure et on a
Cite 3 · Cité par 3
Cite Théorème 5, IV § 5, Proposition 9, V § 1, Corollaire 3
Cité par Proposition 10, Proposition 11, Proposition 12
Lorsque et sont positives, est mesurable d’après le cor. 3 de la prop. 3, et l’énoncé résulte de la formule (10) (resp. (11)), et du critère d’intégrabilité essentielle (, n° 3, prop. 9) (resp. du critère d’intégrabilité du chap. IV, , n° 6, th. 5). Le cas général en résulte immédiatement.
Le corollaire 2 s’étend aussitôt au produit de deux mesures complexes.
4. Intégration de fonctions à valeurs dans un espace de Banach
Théorème 1 (Lebesgue–Fubini)
Soit une fonction définie dans , à valeurs dans un espace de Banach ou dans ; soit l’ensemble des tels que la fonction ne soit pas -intégrable.
Cite 2 · Cité par 3
Cite Théorème 1, V § 3, Corollaire 1
Cité par Scholie, Corollaire 1, Proposition 2, VI § 1
a) Supposons que soit -intégrable ; est alors -négligeable, la fonction (définie pour ) est -intégrable, et on a
b) Supposons que soit essentiellement -intégrable, et que la mesure soit modérée ; est alors localement -négligeable, la fonction (définie pour ) est essentiellement -intégrable, et on a (13).
L’assertion a) résulte aussitôt du th. 1 du , n° 3. Pour établir b), désignons par une fonction -intégrable, égale à localement presque partout, et par l’ensemble des tels que . D’après le cor. 1 de la prop. 7, la coupe est -négligeable, sauf pour des qui forment un ensemble localement -négligeable. Le résultat relatif à se déduit donc de l’énoncé a), appliqué à .
Scholie
Soit une fonction définie dans , à valeurs dans ou dans un espace de Banach, -mesurable et -modérée. Pour que les trois intégrales
existent et soient égales, il faut et il suffit que l’un des deux nombres soit fini.
C’est une conséquence immédiate du th. 1, de la prop. 7 et du critère d’intégrabilité (chap. IV, , n° 6, th. 5).
Cite 3
Cite Théorème 5, IV § 5, Proposition 7, Théorème 1 (Lebesgue–Fubini)
Remarque 1
Lorsque la mesure n’est pas modérée, il se peut que soit essentiellement -intégrable, et que la fonction ne soit essentiellement -intégrable pour aucune valeur de (§ 3, exerc. 4).
Cite 1
Remarque 2
Soient et deux mesures complexes, et soit . Si est -intégrable (autrement dit, -intégrable), le théorème appliqué aux mesures et , dont le produit est (chap. III, 2e éd., § 4, n° 2, prop. 3), entraîne que est -intégrable pour -presque tout . On en déduit, en décomposant les mesures et en combinaison linéaire de mesures positives, que l’énoncé de a) s’étend aux mesures complexes. On peut raisonner de même pour b).
Proposition 9
Soient et trois espaces de Banach, et soit une application bilinéaire continue de dans . Soit (resp. ) une fonction définie dans (resp. ) à valeurs dans (resp. ) et essentiellement intégrable pour (resp. ). Soit la fonction ; est alors essentiellement intégrable pour , et on a
Si de plus et sont intégrables, est intégrable.
La fonction est -mesurable d’après le cor. 1 de la prop. 3. D’autre part, si désigne la norme de l’application bilinéaire , on a
en vertu de la prop. 8. Cela montre que est essentiellement intégrable pour (§ 1, n° 3, prop. 9). Supposons que et soient intégrables : et sont alors modérées, est modérée (cor. 2 de la prop. 5), donc intégrable (§ 1, n° 3, cor. de la prop. 9). Dans ce cas la formule (14) résulte du théorème de Lebesgue–Fubini et de la linéarité de l’intégrale (chap. IV, § 4, n° 2, th. 1). Pour achever de traiter le cas où et sont essentiellement intégrables, on applique alors (14) à deux fonctions intégrables et , égales localement presque partout à et , en remarquant que localement presque partout dans (prop. 4).
Ce résultat s’étend au produit de deux mesures complexes.
5. Opérations sur le produit de deux mesures
Proposition 10
Soit g (resp. g') une fonction complexe (ou une fonction à valeurs dans ) définie dans T (resp. T').
Cite 8 · Cité par 2
Cite Théorème 1, III § 4, Corollaire 2, Proposition 2, Proposition 2, V § 2, Proposition 4, V § 2, Proposition 8, III § 4. Produits de mesures, Proposition 3
Cité par VI § 2. Mesures vectorielles, Proposition 1, VIII § 4
a) Si g (resp. g') est localement intégrable pour (resp. ), la fonction est localement intégrable pour , et on a
(15)
b) Inversement, si est localement -intégrable, et si n’est pas localement -négligeable, est localement -intégrable.
a) Soient K et K' deux parties compactes de T et de T' respectivement; le cor. 2 de la prop. 8 montre que la fonction , égale à , est -intégrable. Par conséquent, est localement -intégrable. On vérifie alors aussitôt que le second membre de (15) satisfait à la propriété caractéristique des mesures produit (chap. III, § 4, n° 1, th. 1).
b) Supposons maintenant que soit localement -intégrable, et que ne soit pas localement -négligeable. Soit une mesure positive à support compact telle que ; étant -mesurable, est -mesurable, sauf pour un ensemble localement -négligeable de valeurs de (prop. 2). Comme n’est pas nulle localement -presque partout, on en déduit que est -mesurable, puis -mesurable en décomposant en somme d’une famille de mesures à support compact (§ 2, n° 3, prop. 4 et § 2, n° 2, prop. 2). Ce point étant établi, en peut se ramener au cas où et sont , en remplaçant et par leurs valeurs absolues si nécessaire. Soit K un compact quelconque de T, et soit K' un compact de T' tel que . On a d’après la prop. 8
Le premier facteur du premier membre est donc fini, et cela achève la démonstration.
Cette proposition s’étend aux mesures complexes, grâce à la prop. 3 du chap. III, 2e éd., § 4, n° 2.
Proposition 11
Soit (resp. ) une application de T (resp. T') dans un espace localement compact (resp. ).
a) Si (resp. ) est -propre (resp. -propre), l’application est -propre, et on a .
b) Inversement, si est -propre, et si , est -propre.
a) En effet, est -mesurable en vertu du cor. 1 de la prop. 3 du n° 2. D’autre part, si K (resp. K') est une partie compacte de (resp. ), et sont essentiellement intégrables pour et respectivement, donc est essentiellement intégrable pour (cor. 2 de la prop. 8). Ceci prouve que est -propre. Soient alors , , ; pour et , on a
b) Supposons maintenant que soit -propre, et que . Soit une mesure à support compact majorée par . La fonction étant mesurable pour , l’application est -mesurable, sauf pour des qui forment un ensemble localement -négligeable (n° 2, prop. 2). Comme , il en résulte que est -mesurable, et finalement que est -mesurable (§ 2, n° 3, prop. 4 et § 2, n° 2, prop. 2). Reste à montrer qu’on a pour toute fonction . Si est nulle, cette propriété est évidente. Si n’est pas nulle, ne l’est pas non plus, et on a par conséquent (§ 6, n° 2, prop. 2). D’après le lemme 1 du chap. III, 2e éd., § 4, il existe deux fonctions , , telles que
Ce résultat s’étend aussitôt au produit de deux mesures complexes (appliquer l’énoncé à leurs valeurs absolues). Il en est de même de la proposition suivante.
Proposition 12
Soit X (resp. X') un sous-espace localement compact de T (resp. T'). Alors la mesure induite sur le sous-espace localement compact de est égale au produit des mesures induites sur X et X' par et respectivement.
En effet, si et , on a
en vertu du cor. 2 de la prop. 8, ce qui prouve, par définition de la mesure induite (chap. IV, 2e éd., § 5, n° 7) que
(chap. III, 2e éd., § 4, n° 1, th. 1).
6. Intégration par rapport à un produit fini de mesures
Les résultats précédents s’étendent sans peine à un produit d’un nombre fini de mesures. Par exemple, soient trois espaces localement compacts, une mesure positive sur () et soit la mesure produit sur . Soit une fonction -intégrable à valeurs dans ou dans un espace de Banach ; une première application du th. de Lebesgue–Fubini montre que, sauf en des points formant un ensemble négligeable (pour ), la fonction est -intégrable, que la fonction , définie presque partout dans , est -intégrable, et que l’on a
Une seconde application du même théorème montre que, pour presque tout , la fonction est définie presque partout dans et est -intégrable ; en outre, la fonction , définie presque partout dans , est -intégrable, et on a
On prouve de même que, pour presque tout , la fonction est -intégrable, que la fonction , définie presque partout, est μ₁-intégrable, et que l’on a
Nous laissons au lecteur le soin de généraliser de la même manière les autres résultats démontrés ci-dessus pour le produit de deux mesures.
7. Application: Mesure de la boule euclidienne dans
Soient la mesure de Lebesgue sur , la mesure de Lebesgue sur , produit de facteurs égaux à . Proposons-nous de calculer la mesure de la boule euclidienne unité. D’après le cor. 2 de la prop. 7, on a
(16)
Or, la coupe est la partie de définie par la relation
et en portant dans la relation (17) et tenant compte de l’expression de (Fonct. var. réelle, chap. VII, , n° 3, formule (21)), on obtient finalement
Exercices
See the exercises for § 8.