Bourbaki

§ 4. Convolution des mesures et des fonctions.

1. Convolution d'une mesure et d'une fonction.

Soit XX un espace localement compact sur lequel un groupe localement compact GG opère à gauche continûment. Soit β\beta une mesure positive sur XX, quasi-invariante par GG. Soit χ\chi une fonction >0> 0 sur G×XG \times X, mesurable pour toute mesure sur G×XG \times X, et telle que, pour tout s∈Gs \in G, χ(s−1,.)\chi(s^{-1}, .) soit une densité de γ(s)β\gamma(s)\beta par rapport à β\beta:

(1)

γ(s)β=χ(s−1,.)⋅β, \gamma(s)\beta = \chi(s^{-1}, .)\cdot \beta,
ce qu'on peut écrire, avec les conventions du chap. VII, § 1, n° 1 :

(1')

dβ(sx)=χ(s,x)dβ(x). d\beta(sx) = \chi(s, x)d\beta(x).

Ces données resteront fixées dans les n°s 1, 2 et 3 (exception faite de la Remarque 2 du n° 2).

Rappelons (§ 2, n° 5) que, si χ\chi est continue et si β\beta est de support XX, χ\chi est alors un multiplicateur.

Soit ff une fonction complexe localement β\beta-intégrable sur XX, et soit μ\mu une mesure sur GG. Pour tout s∈Gs \in G, la mesure γ(s)(f.β)\gamma(s)(f.\beta) est de base β\beta puisque β\beta est quasi-invariante. Donc, si μ\mu et f.βf.\beta sont convolables, μ∗(f.β)\mu * (f.\beta) est de base β\beta (§ 3, n° 2, prop. 10).

Définition 1

Si μ\mu et f.βf.\beta sont convolables, on dit que μ\mu et ff sont convolables relativement à β\beta. Toute densité de μ∗(f.β)\mu * (f.\beta) par rapport à β\beta s'appelle un produit de convolution de μ\mu et ff relativement à β\beta et se note μ∗βf\mu *_{\beta} f.

On omet β\beta quand aucune confusion n'est possible. On définit de manière analogue la convolution pour plusieurs mesures sur GG et une fonction sur XX.

Les différents produits de convolution de μ\mu et ff sont égaux localement β\beta-presque partout. Si β\beta est de support XX et s'il existe un produit de convolution de μ\mu et β\beta qui soit continu, ce dernier est déterminé de manière unique ; c'est lui qu'on appelle alors le produit de convolution de μ\mu et ff relativement à β\beta.

Soit s∈Gs \in G et soit ff une fonction complexe localement β\beta-intégrable sur XX. Alors εs\varepsilon_s et ff sont convolables, et on a

εs∗(f.β)=γ(s)(f.β)=(γ(s)f)⋅(γ(s)β)=(γ(s)f)⋅χ(s−1,.)⋅β \varepsilon_s * (f.\beta) = \gamma(s)(f.\beta) = (\gamma(s)f) \cdot (\gamma(s)\beta) = (\gamma(s)f) \cdot \chi(s^{-1}, .) \cdot \beta

donc

(2)

(εs∗f)(x)=χ(s−1,x)f(s−1x)=(γx(s)f)(x) (\varepsilon_s * f)(x) = \chi(s^{-1}, x)f(s^{-1}x) = (\gamma_x(s)f)(x)

localement β\beta-presque partout.

Lemme 1

Soit μ\mu une mesure sur GG. Alors χ\chi est localement (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable, et l'image de μ⊗β\mu \otimes \beta par l'homéomorphisme (s,x)→(s,s−1x)(s, x) \to (s, s^{-1}x) de G×XG \times X sur G×XG \times X est χ⋅(μ⊗β)\chi \cdot (\mu \otimes \beta).

On peut supposer μ⩾0\mu \geqslant 0. Soit F∈H+(G×X)F \in \mathscr{H}_+(G \times X). On a

∫F(s,s−1x)dμ(s)dβ(x)=∫dμ(s)∫F(s,s−1x)dβ(x) \int F(s, s^{-1}x)d\mu(s)d\beta(x) = \int d\mu(s) \int F(s, s^{-1}x)d\beta(x)
=∫dμ(s)∫F(s,x)d(γ(s−1)β)(x)=∫dμ(s)∫F(s,x)χ(s,x)dβ(x). = \int d\mu(s) \int F(s, x)d(\gamma(s^{-1})\beta)(x) = \int d\mu(s) \int F(s, x)\chi(s, x)d\beta(x).

Or, la fonction (s,x)→F(s,x)χ(s,x)(s, x) \to F(s, x)\chi(s, x) est à support compact et (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-mesurable. D’après le chap. V, § 8, n° 1, prop. 4, l’égalité précédente prouve que cette fonction est (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable et que

∫F(s,s−1x)dμ(s)dβ(x)=∫F(s,x)χ(s,x)dμ(s)dβ(x). \int F(s, s^{-1}x)d\mu(s)d\beta(x) = \int F(s, x)\chi(s, x)d\mu(s)d\beta(x).

Ceci prouve à la fois les deux assertions du lemme 1.

Proposition 1

Soient μ\mu une mesure sur GG, ff une fonction complexe localement β\beta-intégrable sur XX. Supposons que la fonction s→f(s−1x)χ(s−1,x)s \to f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x) soit essentiellement μ\mu-intégrable sauf pour un ensemble localement β\beta-négligeable de valeurs de xx, et que la fonction x→∫∣f(s−1x)∣χ(s−1,x)d∣μ∣(s)x \to \int |f(s^{-1}x)|\chi(s^{-1}, x)d|\mu|(s), définie localement presque partout pour β\beta, soit localement β\beta-intégrable. Alors μ\mu et ff sont convolables.

On peut supposer f⩾0f \geqslant 0 et μ⩾0\mu \geqslant 0. Soit h∈K+(X)h \in \mathscr{K}_+(X). Il s’agit de prouver que la fonction (s,x)→h(sx)(s, x) \to h(sx) est essentiellement intégrable pour μ⊗(f.β)=(1⊗f).(μ⊗β)\mu \otimes (f.\beta) = (1 \otimes f).(\mu \otimes \beta) (chap. V, § 8, n° 3, prop. 6), c’est-à-dire que ∫∗h(sx)f(x)dμ(s)dβ(x)<+∞\int^* h(sx)f(x)d\mu(s)d\beta(x) < +\infty (chap. V, § 5, n° 3, prop. 2); il suffira évidemment de prouver qu’il existe a>0a > 0 tel que pour toute partie compacte KK de GG, on ait

∫∗h(sx)f(x)φK(s)dμ(s)dβ(x)⩽a. \int^* h(sx)f(x)\varphi_K(s)d\mu(s)d\beta(x) \leqslant a.

D’après le lemme 1,

∫∗h(sx)f(x)φK(s)dμ(s)dβ(x)=∫∗h(x)f(s−1x)φK(s)χ(s−1,x)dμ(s)dβ(x). \int^* h(sx)f(x)\varphi_K(s)d\mu(s)d\beta(x) = \int^* h(x)f(s^{-1}x)\varphi_K(s)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s)d\beta(x).

Or la fonction (s,x)→h(x)f(s−1x)φK(s)χ(s−1,x)(s, x) \to h(x)f(s^{-1}x)\varphi_K(s)\chi(s^{-1}, x) est (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-mesurable (lemme 1) et à support compact. L’expression précédente est donc égale (chap. V, § 8, n° 1, prop. 4) à

∫∗h(x)dβ(x)∫∗f(s−1x)φK(s)χ(s−1,x)dμ(s) \int^* h(x) d\beta(x) \int^* f(s^{-1}x) \varphi_K(s) \chi(s^{-1}, x) d\mu(s)
≤(sup⁡h)∫S∗dβ(x)∫∗f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s) \leq (\sup h) \int_S^* d\beta(x) \int^* f(s^{-1}x) \chi(s^{-1}, x) d\mu(s)
en désignant par S le support de h. D'où la proposition.

Proposition 2

Soient μ\mu une mesure sur G, ff une fonction complexe localement β\beta-intégrable sur X. On suppose vérifiée l'une des conditions suivantes : (i) ff et χ\chi sont continues ; (ii) G opère proprement dans X et ff est nulle dans le complémentaire d'une réunion dénombrable d'ensembles compacts ; (iii) μ\mu est portée par une réunion dénombrable d'ensembles compacts.

Si μ\mu et ff sont convolables, la fonction s→f(s−1x)χ(s−1,x)s \to f(s^{-1}x) \chi(s^{-1}, x) est essentiellement μ\mu-intégrable sauf pour un ensemble localement β\beta-négligeable de valeurs de xx, et l'on a localement β\beta-presque partout

(3)

(μ∗βf)(x)=∫Gf(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)=∫G(γχ(s)f)(x)dμ(s).(\mu *^\beta f)(x) = \int_G f(s^{-1}x) \chi(s^{-1}, x) d\mu(s) = \int_G (\gamma^\chi(s)f)(x) d\mu(s).

Soit h∈H(X)h \in \mathscr{H}(X). Puisque μ\mu et ff sont convolables, la fonction (s,x)→h(sx)f(x)(s, x) \to h(sx)f(x) est essentiellement (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable. D'après le lemme 1, la fonction (s,x)→h(x)f(s−1x)χ(s−1,x)(s, x) \to h(x)f(s^{-1}x) \chi(s^{-1}, x) est essentiellement (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable. Sous les hypothèses (i) ou (ii) de l'énoncé, on en déduit que cette fonction est (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable ; car, dans le premier cas, elle est continue et on applique la prop. 2 du chap. V, § 2, no 1, et dans le second cas, elle est nulle hors d'une réunion dénombrable d'ensembles compacts, et on applique la prop. 3, loc. cit. D'après le théorème de Lebesgue-Fubini,

∫h(sx)dμ(s)d(f.β)(x)=∫h(x)f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)dβ(x) \int h(sx) d\mu(s) d(f.\beta)(x) = \int h(x) f(s^{-1}x) \chi(s^{-1}, x) d\mu(s) d\beta(x)
=∫h(x)dβ(x)∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s), = \int h(x) d\beta(x) \int f(s^{-1}x) \chi(s^{-1}, x) d\mu(s),

la fonction x→g(x)=∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)x \to g(x) = \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s) étant en outre localement β\beta-intégrable. On voit donc que

⟨h,μ∗(f.β)⟩=⟨h,g.β⟩ \langle h, \mu * (f.\beta) \rangle = \langle h, g.\beta \rangle

d'où g=μ∗βfg = \mu *^\beta f.

Supposons maintenant μ\mu portée par la réunion S d'une suite d'ensembles compacts. La fonction

(s,x)→h(x)f(s−1x)χ(s−1,x)φS(s) (s, x) \to h(x)f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)\varphi_S(s)

est essentiellement (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable, et nulle hors d'une réunion dénombrable d'ensembles compacts, donc (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable. Comme μ=φS.μ\mu = \varphi_S.\mu, le raisonnement se termine comme précédemment.

Remarque

L'hypothèse (iii) de la prop. 2 est satisfaite notamment quand μ\mu est bornée. En effet, pour tout n>0n > 0, il existe alors une partie compacte KnK_n de G telle que

∣μ∣(G−Kn)≤1n |\mu|(G - K_n) \leq \frac{1}{n}

(chap. IV, § 4, no 7), et μ\mu est portée par la réunion des KnK_n. Plus généralement, soit ρ\rho une fonction semi-continue inférieurement finie >0> 0 sur G telle que ρ(st)≤ρ(s)ρ(t)\rho(st) \leq \rho(s)\rho(t); si μ∈M∘\mu \in \mathscr{M}^\circ, l'hypothèse (iii) est satisfaite; car ρ.μ\rho.\mu est bornée, et μ\mu est portée par les mêmes sous-ensembles que ρ.μ\rho.\mu puisque, sur toute partie compacte de G, ρ\rho est minorée par une constante >0> 0.

2. Exemples de mesures et de fonctions convolables.

Dans les prop. 3 et 4, C′(G)\mathscr{C}'(G) et M(G)\mathscr{M}(G) sont munis de la topologie de la convergence compacte dans C(G)\mathscr{C}(G) et K(G)\mathscr{K}(G) respectivement.

Proposition 3

Supposons χ\chi continue. Soient μ∈C′(G)\mu \in \mathscr{C}'(G) et f∈C(X)f \in \mathscr{C}(X). Alors :

(i) μ\mu et ff sont convolables relativement à β\beta.

(ii) La formule (3) du n° 1 définit pour tout x∈Xx \in X un produit de convolution μ∗βf\mu *_{\beta} f qui est continu et n’est autre que l’élément γx(μ)f\gamma_x(\mu)f défini par la représentation continue γx\gamma_x de GG dans C(X)C(X); de plus, l’application (μ,f)→μ∗βf(\mu, f) \to \mu *_{\beta} f est hypocontinue relativement aux parties équicontinues de C′(G)C'(G) et aux parties compactes de C(X)C(X).

(iii) Si de plus f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X) le produit μ∗βf\mu *_{\beta} f de (ii) appartient à K(X)\mathscr{K}(X) et l’application (μ,f)→μ∗βf(\mu, f) \to \mu *_{\beta} f est hypocontinue relativement aux parties équicontinues de C′(G)C'(G) et aux parties compactes de K(X)\mathscr{K}(X).

On sait que μ\mu et ff sont convolables (§ 3, n° 2, prop. 8 (i)). D’autre part, avec les notations du § 2, on a

γx(μ)f=∫(γx(s)f)dμ(s)∈C(X) \gamma_x(\mu)f = \int (\gamma_x(s)f)d\mu(s) \in C(X)

puisque C(X)C(X) est quasi-complet. En particulier, pour tout x∈Xx \in X, on a

(γx(μ)f)(x)=∫(γx(s)f)(x)dμ(s). (\gamma_x(\mu)f)(x) = \int (\gamma_x(s)f)(x)d\mu(s).

Ceci, joint à la prop. 2, et au § 2, n° 6, prouve (ii). Enfin, si f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X), μ∗(f.β)\mu * (f.\beta) est à support compact (§ 3, n° 2, prop. 9), donc μ∗βf∈K(X)\mu *_{\beta} f \in \mathscr{K}(X). Considérons la représentation continue UU de GG dans le complété K(X)^\mathscr{K}(X)^{\hat{}} obtenue en prolongeant par continuité les opérateurs γx(s)\gamma_x(s) continus dans K(X)\mathscr{K}(X) (§ 2, n° 1, Remarque 3). Soit SS le support de μ\mu. Les fonctions γx(s)f\gamma_x(s)f, pour s∈Ss \in S, ont leur support contenu dans un ensemble compact fixe KK. L’ensemble K(X,K)\mathscr{K}(X, K) est un sous-espace vectoriel complet de K(X)\mathscr{K}(X). Donc U(μ)f∈K(X)U(\mu)f \in \mathscr{K}(X). On voit alors comme précédemment que U(μ)f=μ∗βfU(\mu)f = \mu *_{\beta} f, et (iii) résulte encore du § 2, n° 6.

Proposition 4

Supposons que GG opère proprement dans XX et que χ\chi soit continue. Soient μ∈M(G)\mu \in \mathscr{M}(G) et f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X).

(i) μ\mu et ff sont convolables relativement à β\beta.

(ii) La formule (3) du n° 1 définit pour tout x∈Xx \in X un produit de convolution μ∗βf\mu *_{\beta} f qui est continu.

(iii) L’application (μ,f)→μ∗βf(\mu, f) \to \mu *_{\beta} f de M(G)×K(X)\mathscr{M}(G) \times \mathscr{K}(X) dans C(X) \mathscr{C}(X) est hypocontinue relativement aux parties bornées de M(G)M(G) et aux parties compactes de K(X)\mathscr{K}(X) qui sont contenues dans un sous-espace K(X,L)\mathscr{K}(X, L) (où LL est une partie compacte variable de XX).

On sait que μ\mu et ff sont convolables (§3§ 3, no 2, prop. 8 (ii)), et il est clair, que les intégrales figurant dans (3) existent pour tout x∈Xx \in X. Soient KK et LL deux parties compactes de XX. Il existe une partie compacte HH de GG telle que les relations x∈Kx \in K et s−1x∈Ls^{-1}x \in L entraînent s∈Hs \in H; soit φ∈K+(G)\varphi \in \mathscr{K}_+(G), telle que φ(s)=1\varphi(s) = 1 pour s∈Hs \in H. On a, pour f∈K(X,L)f \in \mathscr{K}(X, L) et x∈Kx \in K :

∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)=∫f(s−1x)χ(s−1,x)φ(s)dμ(s)=((φ⋅μ)∗βf)(x) \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s) = \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)\varphi(s)d\mu(s) = ((\varphi \cdot \mu) *^\beta f)(x)

Par suite ∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)\int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s) est fonction continue de xx et définit un produit de convolution μ∗βf∈C(X)\mu *^\beta f \in \mathscr{C}(X). De plus, l’application μ→φ⋅μ\mu \to \varphi \cdot \mu de M(G)M(G) dans C′(G)\mathscr{C}'(G) est continue pour les topologies de la convergence compacte. La prop. 3 (iii) entraîne donc que l’application (μ,f)→μ∗βf(\mu, f) \to \mu *^\beta f de M(G)×K(X,L)M(G) \times \mathscr{K}(X, L) dans C(X)\mathscr{C}(X) est, pour toute partie compacte LL de XX, hypocontinue relativement aux parties compactes de K(X,L)\mathscr{K}(X, L). En particulier, l’application (μ,f)→μ∗βf(\mu, f) \to \mu *^\beta f de M(G)×K(X)M(G) \times \mathscr{K}(X) dans C(X)\mathscr{C}(X) est séparément continue. Comme K(X)\mathscr{K}(X) est tonnelé, cette application est hypocontinue relativement aux parties bornées de M(G)M(G) (Esp. vect. top., chap. III, § 4, no 2, prop. 6).

Remarque 1

Sous les hypothèses de la prop. 4, l’application μ→μ∗βf\mu \to \mu *^\beta f de M+(G)M_+(G) dans C(X)\mathscr{C}(X) est continue lorsqu’on munit M+(G)M_+(G) de la topologie vague, pour toute f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X). En effet, soient KK une partie compacte de XX, SS le support (compact) de ff; comme GG opère proprement dans XX, l’ensemble des s∈Gs \in G pour lesquels il existe x∈Kx \in K tel que s−1x∈Ss^{-1}x \in S est une partie compacte LL de GG (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 4, no 5, th. 1). Soient ε\varepsilon un nombre >0> 0, φ\varphi une fonction de K+(G)\mathscr{K}_+(G) égale à 1 dans l’ensemble compact LL, μ0\mu_0 un élément de M+(G)M_+(G); l’ensemble W0W_0 des mesures μ∈M+(G)\mu \in M_+(G) telles que

∣∫φ(s)dμ(s)−∫φ(s)dμ0(s)∣≤ε \left| \int \varphi(s)d\mu(s) - \int \varphi(s)d\mu_0(s) \right| \leq \varepsilon

est un voisinage de μ0\mu_0 dans M+(G)\mathscr{M}_+(G). D'autre part, la fonction (s,x)→f(s−1x)χ(s−1,x)(s, x) \to f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x) est uniformément continue dans L×KL \times K, donc il existe un nombre fini de points xi∈Kx_i \in K (1≤i≤n1 \leq i \leq n) tels que pour tout x∈Kx \in K, il existe un ii pour lequel on ait

∣f(s−1x)χ(s−1,x)−f(s−1xi)χ(s−1,xi)∣≤ε |f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x) - f(s^{-1}x_i)\chi(s^{-1}, x_i)| \leq \varepsilon
pour tout s∈Ls \in L. Comme μ(L)≤∫φ(s)dμ0(s)+ε\mu(L) \leq \int \varphi(s)d\mu_0(s) + \varepsilon pour toute μ∈W0\mu \in W_0, on a aussi
∣∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)−∫f(s−1xi)χ(s−1,xi)dμ(s)∣≤ \left| \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s) - \int f(s^{-1}x_i)\chi(s^{-1}, x_i)d\mu(s) \right| \leq
≤ε(∫φ(s)dμ0(s)+ε) \leq \varepsilon \left( \int \varphi(s)d\mu_0(s) + \varepsilon \right)
pour tout xx vérifiant l'inégalité précédente et toute μ∈W0\mu \in W_0. Soit alors WW le voisinage de μ0\mu_0 dans M+(G)\mathscr{M}_+(G) formé des mesures μ∈W0\mu \in W_0 telles que
∣∫f(s−1xi)χ(s−1,xi)dμ(s)−∫f(s−1xi)χ(s−1,xi)dμ0(s)∣≤ε \left| \int f(s^{-1}x_i)\chi(s^{-1}, x_i)d\mu(s) - \int f(s^{-1}x_i)\chi(s^{-1}, x_i)d\mu_0(s) \right| \leq \varepsilon
pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Il est clair que pour toute mesure μ∈W\mu \in W et tout x∈Kx \in K, on a
∣∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)−∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ0(s)∣≤ \left| \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s) - \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu_0(s) \right| \leq
≤ε(2∫φ(s)dμ0(s)+2ε+1) \leq \varepsilon \left( 2 \int \varphi(s)d\mu_0(s) + 2\varepsilon + 1 \right)
et comme ε\varepsilon est arbitraire, cela démontre notre assertion.

Proposition 5

Supposons χ\chi continue et chaque fonction χ(s,.)\chi(s, .) bornée.* (i) La fonction s→ρ(s)=sup⁡x∈Xχ(s−1,x)s \to \rho(s) = \sup_{x \in X} \chi(s^{-1}, x) sur GG est semi-continue inférieurement >0> 0 et vérifie ρ(st)≤ρ(s)ρ(t)\rho(st) \leq \rho(s)\rho(t) quels que soient s,ts, t dans GG. (ii) Soient μ∈M∘(G)\mu \in \mathscr{M}^\circ(G) et f∈L∞(X,β)f \in L^\infty(X, \beta). Alors μ\mu et ff sont convolables et μ∗βf\mu *_{\beta} f est donné localement presque partout par la formule (3) du n° 1. On a μ∗βf∈L∞(X,β)\mu *_{\beta} f \in L^{\infty}(X, \beta), et ∥μ∗βf∥∞≤∥μ∥ρ∥f∥∞\| \mu *_{\beta} f \|_{\infty} \leq \| \mu \|_{\rho} \| f \|_{\infty}.

(iii) Si de plus f∈C∞(X)f \in \mathscr{C}^{\infty}(X) (resp. K(X)\mathscr{K}(X)), la formule (3) du n° 1 définit pour tout xx un produit de convolution μ∗βf\mu *_{\beta} f qui appartient à C∞(X)\mathscr{C}^{\infty}(X) (resp. K(X)\mathscr{K}(X)).

(iv) Si f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X), alors le produit de convolution μ∗βf\mu *_{\beta} f défini par (3) n’est autre que l’élément γx(μ)f\gamma_{x}(\mu)f défini par la représentation continue γx\gamma_{x} de GG dans K(X)\mathscr{K}(X).

L’identité χ(st,x)=χ(s,tx)χ(t,x)\chi(st, x) = \chi(s, tx)\chi(t, x) entraîne aussitôt que ρ(st)≤ρ(s)ρ(t)\rho(st) \leq \rho(s)\rho(t). D’autre part, ρ\rho est semi-continue inférieurement comme enveloppe supérieure de fonctions continues.

Soit μ∈Mo(G)\mu \in \mathscr{M}^{o}(G). D’après la prop. 1 du n° 1, μ\mu et 1 sont convolables ; la prop. 2 montre que (∣μ∣∗β1)(x)≤∫Gρ(s)d∣μ∣(s)(|\mu| *_{\beta} 1)(x) \leq \int_{G} \rho(s)d|\mu|(s) localement β\beta-presque partout. Donc, si ff est β\beta-mesurable et si ∣f∣≤1|f| \leq 1, μ\mu et ff sont convolables et N∞(μ∗βf)≤∫ρ(s)d∣μ∣(s)N_{\infty}(\mu *_{\beta} f) \leq \int \rho(s)d|\mu|(s).

De plus, μ∗βf\mu *_{\beta} f est donné localement presque partout par la formule (3) du n° 1, car la condition (iii) de la prop. 2 du n° 1 est satisfaite. Ceci entraîne (ii).

Supposons ff continue et bornée par 1 en valeur absolue. Il est clair que les intégrales figurant dans (3) existent pour tout x∈Xx \in X. Montrons qu’elles dépendent continûment de xx. On peut supposer μ≥0\mu \geq 0. Soient x0∈Xx_{0} \in X et ε>0\varepsilon > 0. Soit KK une partie compacte de GG telle que ∫G−Kρ(s)dμ(s)≤ε\int_{G-K} \rho(s)d\mu(s) \leq \varepsilon. Il existe un voisinage VV de x0x_{0} dans XX tel que x∈Vx \in V implique

∣f(s−1x)χ(s−1,x)−f(s−1x0)χ(s−1,x0)∣≤ε/μ(K) |f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x) - f(s^{-1}x_{0})\chi(s^{-1}, x_{0})| \leq \varepsilon / \mu(K)

pour s∈Ks \in K. Alors, pour x∈Vx \in V, on a

∣∫f(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)−∫f(s−1x0)χ(s−1,x0)dμ(s)∣ \left| \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s) - \int f(s^{-1}x_{0})\chi(s^{-1}, x_{0})d\mu(s) \right|
≤2∫G−Kρ(s)dμ(s)+∫Kεμ(K)dμ(s)≤3ε \leq 2 \int_{G-K} \rho(s)d\mu(s) + \int_{K} \frac{\varepsilon}{\mu(K)} d\mu(s) \leq 3\varepsilon

d'où notre assertion. Supposons de plus f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X). Soit HH une partie compacte de XX telle que ∣f(y)∣≤ε|f(y)| \leq \varepsilon pour y∉Hy \notin H. Soit x∉KHx \notin KH. On a s−1x∉Hs^{-1}x \notin H pour s∈Ks \in K, donc

∣∫Gf(s−1x)χ(s−1,x)dμ(s)∣≤∫G−Kρ(s)dμ(s)+∫Kερ(s)dμ(s) \left| \int_G f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}, x)d\mu(s) \right| \leq \int_{G-K} \rho(s)d\mu(s) + \int_K \varepsilon \rho(s)d\mu(s)
≤ε(1+∫Gρ(s)dμ(s)) \leq \varepsilon \left( 1 + \int_G \rho(s)d\mu(s) \right)

ce qui achève de prouver (iii).

Enfin, si f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X), comme εx∈M1(X)\varepsilon_x \in \mathscr{M}^1(X) pour tout x∈Xx \in X, on a

(γx(μ)f)(x)=∫(γx(s)f)(x)dμ(x) (\gamma_x(\mu)f)(x) = \int (\gamma_x(s)f)(x)d\mu(x)
donc γx(μ)f\gamma_x(\mu)f est le produit de convolution μ∗βf\mu *^\beta f défini par (3).

Proposition 6

Supposons χ\chi continue et chaque fonction χ(s,.)\chi(s, .) bornée. Soit ρ(s)=sup⁡x∈Xχ(s−1,x)\rho(s) = \sup_{x \in X} \chi(s^{-1}, x). Soient pp et qq deux exposants conjugués (1≤p<+∞1 \leq p < +\infty). Soient μ∈Mp1/q(G)\mu \in \mathscr{M}^{p^{1/q}}(G) et f∈Lp(X,β)f \in L^p(X, \beta). Alors :

(i) μ\mu et ff sont convolables ; (ii) le produit de convolution μ∗βf\mu *^\beta f est donné localement β\beta-presque partout par la formule (3), et est égal localement β\beta-presque partout à une fonction g∈Lp(X,β)g \in L^p(X, \beta) telle que ∥g∥p≤∥μ∥p1/q∥f∥p\|g\|_p \leq \|\mu\|_{p^{1/q}} \|f\|_p; (iii) gg est égal à l'élément γx(μ)f\gamma_x(\mu)f défini par la représentation continue γx\gamma_x de GG dans Lp(X,β)L^p(X, \beta).

On a

∫∗∥γx(s)f∥pd∣μ∣(s)≤(∫∗ρ(s)1/qd∣μ∣(s))∥f∥p<+∞ \int^* \|\gamma_x(s)f\|_p d|\mu|(s) \leq \left( \int^* \rho(s)^{1/q} d|\mu|(s) \right) \|f\|_p < +\infty
d'après le § 2, n° 5, formule (5). D'autre part, l'application s→γx(s)fs \to \gamma_x(s)f de GG dans Lp(X,β)L^p(X, \beta) est continue (§\S 2, prop. 9). Donc cette application est μ\mu-intégrable. Soit
g=∫G(γx(s)f)dμ(s)∈Lp(X,β). g = \int_G (\gamma_x(s)f)d\mu(s) \in L^p(X, \beta).

On a ∥g∥p≤(∫ρ1/q(s)d∣μ∣(s))∥f∥p\|g\|_p \leq \left( \int \rho^{1/q}(s) d|\mu|(s) \right) \|f\|_p. Appliquant les remarques précédentes à ∣f∣|f|, on voit que l’application s→εs∗∣f∣s \to \varepsilon_s * |f| de G dans Lp(X,β)L^p(X, \beta) est μ\mu-intégrable, donc que, pour toute h∈H(X)h \in \mathscr{H}(X), l’application s→⟨h,εs∗(∣f∣.β)⟩s \to \langle h, \varepsilon_s * (|f|.\beta) \rangle est μ\mu-intégrable. La prop. 7 du § 1, n° 5, prouve alors que μ\mu et f.βf.\beta sont convolables. En outre,

∫Xg(x)h(x)dβ(x)=∫Gdμ(s)∫X(γx(s)f)(x)h(x)dβ(x) \int_X g(x)h(x)d\beta(x) = \int_G d\mu(s) \int_X (\gamma_x(s)f)(x)h(x)d\beta(x)
=∫G⟨h,εs∗(f.β)⟩dμ(s) = \int_G \langle h, \varepsilon_s *(f.\beta) \rangle d\mu(s)

et cette dernière intégrale est égale à ⟨h,μ∗(f.β)⟩\langle h, \mu * (f.\beta) \rangle d’après la prop. 7 du § 1, n° 5. On voit donc que gg est un produit de convolution de μ\mu et ff. Ce produit de convolution est donné localement β\beta-presque partout par (3) d’après la prop. 2 et la Remarque qui la suit.

Par abus de notation, c’est souvent l’une des fonctions gg de l’énoncé qu’on note μ∗βf\mu *_{\beta} f, ce qui permet d’écrire

∥μ∗βf∥p≤∥μ∥ρ1/q∥f∥p. \| \mu *_{\beta} f \|_p \leq \| \mu \|_{\rho^{1/q}} \| f \|_p.

Si XX est dénombrable à l’infini, cette manière d’écrire est d’ailleurs entièrement justifiée.

Corollaire

Sous les hypothèses de la prop. 6, l’application (μ,f)→μ∗βf(\mu, f) \to \mu *_{\beta} f définit sur Lp(X,β)L^p(X, \beta) une structure de module à gauche sur Mρ1/q(G)\mathscr{M}^{\rho^{1/q}}(G) (1≤p≤+∞1 \leq p \leq +\infty).

Ceci résulte des prop. 5 et 6 et de l’associativité du produit de convolution.

Remarque 2

Soit XX un espace localement compact sur lequel un groupe localement compact GG opère à droite continûment par (x,s)→xs(x,s) \to xs. Soit β\beta une mesure positive sur XX. Soit χ\chi une fonction >0> 0 sur G×XG \times X, mesurable pour toute mesure sur G×XG \times X, et telle que, pour tout s∈Gs \in G, on ait δ(s)β=χ(s,.).β\delta(s)\beta = \chi(s, .).\beta. Soit ff une fonction localement β\beta-intégrable sur XX et soit μ\mu une mesure sur GG. Si f.βf.\beta et μ\mu sont convolables (pour l’application (x,s)→xs(x, s) \to xs de X×GX \times G dans XX), (f.β)∗μ(f.\beta) * \mu est de base β\beta. On dit alors que ff et μ\mu sont convolables relativement à β\beta; toute densité de (f.β)∗μ(f.\beta) * \mu par rapport à β\beta s'appelle un produit de convolution de ff et μ\mu relativement à β\beta et se note f∗βμf *_{\beta} \mu ou simplement f∗μf * \mu.

Soit G0G^0 le groupe opposé à GG. Par (s,x)→xs(s, x) \to xs, G0G^0 opère à gauche continûment dans XX. Dire que ff et μ\mu sont convolables au sens précédent équivaut à dire que μ\mu et ff sont convolables pour G0G^0 opérant à gauche dans XX; et les produits de convolution f∗βμf *_{\beta} \mu ne sont autres que les produits de convolution μ∗βf\mu *_{\beta} f pour G0G^0 opérant à gauche dans XX. D'autre part, on a, pour s∈G0s \in G^0, γ(s)β=χ(s−1,.)⋅β\gamma(s)\beta = \chi(s^{-1}, .) \cdot \beta. Les résultats des n°s 1 et 2 se traduisent alors immédiatement en résultats concernant les produits f∗βμf *_{\beta} \mu. En particulier :

1) Si s∈Gs \in G et si ff est localement β\beta-intégrable, ff et εs\varepsilon_s sont convolables, et l'on a

(f∗εs)(x)=χ(s−1,x)f(xs−1) (f * \varepsilon_s)(x) = \chi(s^{-1}, x)f(xs^{-1})

2) Si ff et μ\mu sont convolables et si l'une des conditions (i), (ii), (iii) de la prop. 2 est remplie, alors f∗βμf *_{\beta} \mu est donnée localement β\beta-presque partout par

(f∗βμ)(x)=∫Gf(xs−1)χ(s−1,x)dμ(s). (f *_{\beta} \mu)(x) = \int_G f(xs^{-1})\chi(s^{-1}, x)d\mu(s).

Nous laissons au lecteur le soin de traduire les autres énoncés. On notera que, si χ\chi est continue, on a

χ(ts,x)=χ(s,xt)χ(t,x)(x∈X;s,t dans G). \chi(ts, x) = \chi(s, xt)\chi(t, x) \qquad (x \in X ; s, t \text{ dans } G).

3. Convolution et transposition.

Revenons aux hypothèses et aux notations du début du n° 1, mais supposons de plus que β\beta soit relativement invariante de multiplicateur χ\chi; χ\chi est donc une fonction continue sur GG.

Proposition 7

Soient ff une fonction localement β\beta-intégrable sur XX, ν\nu une mesure sur XX et μ\mu une mesure sur GG. On suppose que :

(i) μ\mu et ff sont convolables et la formule (3) du n° 1 définit localement β\beta-presque partout un produit de convolution μ∗βf\mu *_{\beta} f.

(ii) χ.μ~\chi . \tilde{\mu} et ν\nu sont convolables.

(iii) La fonction g(s,x)=f(s−1x)χ(s−1)g(s, x) = f(s^{-1}x)\chi(s^{-1}) est (μ⊗ν)(\mu \otimes \nu)-intégrable. Alors ff est essentiellement intégrable pour (χ.μ~)∗ν(\chi . \tilde{\mu}) * \nu, la fonction μ∗βf\mu *_{\beta} f définie par (3) est ν\nu-intégrable et l’on a

ν(μ∗βf)=((χ.μ~)∗ν)(f). \nu(\mu *_{\beta} f) = ((\chi . \tilde{\mu}) * \nu)(f).

Puisque g(s,x)g(s, x) est intégrable pour μ⊗ν\mu \otimes \nu, la fonction f(sx)f(sx) est essentiellement intégrable pour (χ.μ~)⊗ν(\chi . \tilde{\mu}) \otimes \nu et ff est essentiellement intégrable pour (χ.μ~)∗ν(\chi . \tilde{\mu}) * \nu. D’après le théorème de Lebesgue-Fubini, μ∗βf=∫g(s,x)dμ(s)\mu *_{\beta} f = \int g(s, x)d\mu(s) est ν\nu-intégrable et l’on a

ν(μ∗βf)=∬f(s−1x)χ(s−1)dμ(s)dν(x)=∬f(sx)χ(s)dμ~(s)dν(x)=((χ.μ~)∗ν)(f). \begin{align*} \nu(\mu *_{\beta} f) &= \iint f(s^{-1}x)\chi(s^{-1})d\mu(s)d\nu(x) \\ &= \iint f(sx)\chi(s)d\tilde{\mu}(s)d\nu(x) = ((\chi . \tilde{\mu}) * \nu)(f). \end{align*}

Exemple 1

On peut prendre f∈C(X)f \in \mathscr{C}(X), ν∈C′(X)\nu \in \mathscr{C}'(X) et μ∈C′(G)\mu \in \mathscr{C}'(G) d’après la prop. 3, et le cor. de la prop. 5 du § 1, n° 4. La formule (7) signifie alors que l’endomorphisme ν→(χ.μ~)∗ν\nu \to (\chi . \tilde{\mu}) * \nu de C′(X)\mathscr{C}'(X) est le transposé de l’endomorphisme f→μ∗ff \to \mu * f de C(X)\mathscr{C}(X).

Exemple 2

On peut prendre f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X), ν∈M(X)\nu \in \mathscr{M}(X) et μ∈C′(G)\mu \in \mathscr{C}'(G) d’après la prop. 3, la prop. 8 du § 3, n° 2, et la remarque que le support de la fonction continue g(s,x)g(s, x) rencontre le support de μ⊗ν\mu \otimes \nu suivant un ensemble compact. La formule (7) signifie alors que l’endomorphisme ν→(χ.μ~)∗ν\nu \to (\chi . \tilde{\mu}) * \nu de M(X)\mathscr{M}(X) est le transposé de l’endomorphisme f→μ∗ff \to \mu * f de K(X)\mathscr{K}(X).

Exemple 3

Si G opère proprement dans X, on peut prendre f∈K(X)f \in \mathscr{K}(X), ν∈C′(X)\nu \in \mathscr{C}'(X) et μ∈M(G)\mu \in \mathscr{M}(G) d’après la prop. 4, la prop. 8 du § 3, n° 2, et la même remarque que dans l’Exemple 2.

Proposition 8

Soient ff et gg deux fonctions localement β\beta-intégrables sur XX et soit μ∈M(G)\mu \in \mathscr{M}(G). On suppose que :

(i) μ\mu et ff sont convolables et la formule (3) du n° 1 définit localement β\beta-presque partout un produit de convolution μ∗βf\mu *_{\beta} f.

(ii) χ⋅μ~\chi \cdot \tilde{\mu} et gg sont convolables et la formule (3) du no 1 (où on remplace μ\mu par χ⋅μ~\chi \cdot \tilde{\mu} et ff par gg) définit localement β\beta-presque partout un produit de convolution (χ⋅μ~)∗βg(\chi \cdot \tilde{\mu}) *_{\beta} g.

(iii) Il existe une fonction ψ\psi sur GG, localement μ\mu-presque partout égale à 1, telle que la fonction h(s,x)=g(x)f(s−1x)χ(s−1)ψ(s)h(s, x) = g(x)f(s^{-1}x)\chi(s^{-1})\psi(s) soit (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable.

Alors les fonctions g(x)((μ∗βf)(x))g(x)((\mu *_{\beta} f)(x)) et f(x)(((χ⋅μ~)∗βg)(x))f(x)(((\chi \cdot \tilde{\mu}) *_{\beta} g)(x)) sont essentiellement β\beta-intégrables, et l’on a

∫f(x)(((χ⋅μ~)∗βg)(x))dβ(x)=∫g(x)((μ∗βf)(x))dβ(x) \int f(x)(((\chi \cdot \tilde{\mu}) *_{\beta} g)(x))d\beta(x) = \int g(x)((\mu *_{\beta} f)(x))d\beta(x)

En effet, d’après (iii) et le théorème de Lebesgue-Fubini, la fonction x→g(x)∫f(s−1x)χ(s−1)ψ(s)dμ(s)x \to g(x) \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1})\psi(s)d\mu(s) est β\beta-intégrable et on a

I=∬f(s−1x)g(x)χ(s−1)ψ(s)dμ(s)dβ(x)=∫g(x)dβ(x)∫f(s−1x)χ(s−1)ψ(s)dμ(s) \begin{align*} I &= \iint f(s^{-1}x)g(x)\chi(s^{-1})\psi(s)d\mu(s)d\beta(x) \\ &= \int g(x)d\beta(x) \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1})\psi(s)d\mu(s) \end{align*}

Mais on a ψ⋅μ=μ\psi \cdot \mu = \mu et par suite

∫f(s−1x)χ(s−1)ψ(s)dμ(s)=(μ∗βf)(x), \int f(s^{-1}x)\chi(s^{-1})\psi(s)d\mu(s) = (\mu *_{\beta} f)(x),

localement β\beta-presque partout. Ceci montre que la fonction x→g(x)((μ∗βf)(x))x \to g(x)((\mu *_{\beta} f)(x)) est essentiellement β\beta-intégrable et que

I=∫g(x)((μ∗βf)(x))dβ(x). I = \int g(x)((\mu *_{\beta} f)(x))d\beta(x).

D’autre part, le lemme 1 montre que la fonction (s,x)→g(sx)f(x)χ(s−1)ψ(s)(s, x) \to g(sx)f(x)\chi(s^{-1})\psi(s) est intégrable pour (χ⋅μ)⊗β(\chi \cdot \mu) \otimes \beta. Donc la fonction (s,x)→g(s−1x)f(x)ψ(s−1)(s, x) \to g(s^{-1}x)f(x)\psi(s^{-1}) est intégrable pour μ~⊗β\tilde{\mu} \otimes \beta et l’on a

I=∬g(s−1x)f(x)ψ(s−1)dμ~(s)dβ(x)=∫f(x)dβ(x)∫g(s−1x)ψ(s−1)dμ~(s). \begin{align*} I &= \iint g(s^{-1}x)f(x)\psi(s^{-1})d\tilde{\mu}(s)d\beta(x) \\ &= \int f(x)d\beta(x) \int g(s^{-1}x)\psi(s^{-1})d\tilde{\mu}(s). \end{align*}

Mais ψ~⋅μ~=μ~\tilde{\psi} \cdot \tilde{\mu} = \tilde{\mu} et par suite ∫g(s−1x)ψ(s−1)dμ~(s)=((χ⋅μ~)∗βg)(x)\int g(s^{-1}x)\psi(s^{-1})d\tilde{\mu}(s) = ((\chi \cdot \tilde{\mu}) *_{\beta} g)(x) localement β\beta-presque partout. Ceci montre que la fonction x→f(x)(((χ⋅μ~)∗βg)(x))x \to f(x)(((\chi \cdot \tilde{\mu}) *_{\beta} g)(x)) est essentiellement β\beta-intégrable et que

I=∫f(x)(((χ⋅μ~)∗βg)(x))dβ(x). I = \int f(x)(((\chi \cdot \tilde{\mu}) *_{\beta} g)(x))d\beta(x).

Ceci démontre la proposition.

Exemple 4

On peut prendre f∈C(X), g∈K(X)f \in \mathscr{C}(X),\ g \in \mathscr{K}(X) et μ∈C′(G)\mu \in \mathscr{C}'(G) (avec ψ=1\psi = 1).

Exemple 5

Si G opère proprement sur X, on peut prendre f∈K(X), g∈K(X)f \in \mathscr{K}(X),\ g \in \mathscr{K}(X) et μ∈M(G)\mu \in \mathscr{M}(G) (avec ψ=1\psi = 1).

Exemple 6

On peut prendre f∈Lp(X,β), g∈Lq(X,β)f \in L^p(X, \beta),\ g \in L^q(X, \beta) et μ∈Mo(G)\mu \in \mathscr{M}^o(G) avec 1≤p<+∞, 1p+1q=1, ρ=χ−1/q1 \leq p < +\infty,\ \frac{1}{p} + \frac{1}{q} = 1,\ \rho = \chi^{-1/q}. Les conditions (i) et (ii) sont satisfaites d'après les prop. 5 et 6. Démontrons (iii). On a vu que μ\mu était portée par un ensemble S réunion dénombrable d'ensembles compacts. On prendra pour ψ\psi la fonction caractéristique de S. La fonction hh est (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-mesurable : en effet la fonction (s,x)→g(x)χ(s−1)ψ(s)(s, x) \to g(x)\chi(s^{-1})\psi(s) l'est, ainsi que la fonction (s,x)→f(s−1x)(s, x) \to f(s^{-1}x) d'après le lemme 1. De plus, gg étant nulle hors d'une réunion dénombrable d'ensembles β\beta-intégrables, hh est nulle hors d'une réunion dénombrable d'ensembles (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrables. On a alors (chap. V, § 8, no 1, prop. 4):

J=∬∗∣g(x)f(s−1x)∣χ(s−1)ψ(s)d∣μ∣(s)dβ(x)=∫∗∣g(x)∣dβ(x)∫∗∣f(s−1x)∣χ(s−1)ψ(s)d∣μ∣(s). \begin{align*} J &= \iint^* |g(x)f(s^{-1}x)|\chi(s^{-1})\psi(s)d|\mu|(s)d\beta(x) \\ &= \int^* |g(x)|d\beta(x) \int^* |f(s^{-1}x)|\chi(s^{-1})\psi(s)d|\mu|(s). \end{align*}

Mais comme gg (resp. ψ\psi) est nulle hors d'une réunion dénombrable d'ensembles intégrables, les intégrales supérieures du second membre de (9) sont égales aux intégrales supérieures essentielles (chap. V, § 2, no 1, prop. 3). Or (chap. V, § 5, no 3, prop. 2) on a

∫∗∣f(s−1x)∣χ(s−1)ψ(s)d∣μ∣(s)=∫∗∣f(s−1x)∣χ(s−1)d∣μ∣(s) \int^* |f(s^{-1}x)| \chi(s^{-1}) \psi(s) d|\mu|(s) = \int^* |f(s^{-1}x)| \chi(s^{-1}) d|\mu|(s)
puisque μ=ψ⋅μ\mu = \psi \cdot \mu. D'après la prop. 6, cette dernière intégrale est finie et égale à (∣μ∣∗β∣f∣)(x)(|\mu| *^\beta |f|)(x) localement β\beta-presque partout. On a donc
J=∫∗∣g(x)∣(∣μ∣∗β∣f∣)(x)dβ(x) J = \int^* |g(x)| (|\mu| *^\beta |f|)(x) d\beta(x)
et JJ est finie puisque g∈Lqg \in L^q et ∣μ∣∗β∣f∣∈Lp|\mu| *^\beta |f| \in L^p (prop. 6). Donc hh est (μ⊗β)(\mu \otimes \beta)-intégrable.

La formule (8) signifie alors que l'endomorphisme

g→(χ⋅μ~)∗g g \to (\chi \cdot \tilde{\mu}) * g
de Lq(X,β)L^q(X, \beta) est, pour μ∈Mp(G)\mu \in \mathscr{M}^p(G), le transposé de l'endomorphisme f→μ∗ff \to \mu * f de Lp(X,β)L^p(X, \beta).

4. Convolution d'une mesure et d'une fonction sur un groupe

Soit GG un groupe localement compact. Fixons dans les nos 4 et 5 une mesure positive β≠0\beta \neq 0 sur GG, relativement invariante ; soient χ\chi et χ′\chi' ses multiplicateurs à gauche et à droite (rappelons que χ′=χΔG\chi' = \chi \Delta_G). Si μ\mu est une mesure sur GG et ff une fonction localement β\beta-intégrable sur GG, la convolabilité de μ\mu et ff et les produits μ∗f\mu * f (resp. la convolabilité de ff et μ\mu et les produits f∗μf * \mu) se définissent en considérant GG comme opérant sur lui-même à gauche (resp. à droite) par translations. Explicitons dans cette situation quelques-uns des résultats précédents :

1) Soient μ\mu une mesure sur GG, ff une fonction complexe localement β\beta-intégrable sur XX. On suppose vérifiée l'une des conditions suivantes : (i) ff est continue ; (ii) ff est nulle dans le complémentaire d'une réunion dénombrable d'ensembles compacts ; (iii) μ\mu est portée par une réunion dénombrable d'ensembles compacts.

Si μ\mu et ff sont convolables, on a localement β\beta-presque partout

(μ∗f)(x)=∫Gf(s−1x)χ(s−1)dμ(s). (\mu * f)(x) = \int_G f(s^{-1}x)\chi(s^{-1})d\mu(s).

Si ff et μ\mu sont convolables, on a localement β\beta-presque partout

(f∗μ)(x)=∫Gf(xs−1)χ′(s−1)dμ(s). (f * \mu)(x) = \int_G f(xs^{-1})\chi'(s^{-1})d\mu(s).

2) Soient pp et qq deux exposants conjugués (1≤p≤+∞1 \leq p \leq +\infty). Si μ∈Mχ−1/q(G)\mu \in \mathscr{M}^{\chi^{-1/q}}(G) et f∈Lp(G,β)f \in L^p(G, \beta), μ\mu et ff sont convolables, et μ∗f\mu * f est égale localement β\beta-presque partout à une fonction de Lp(G,β)L^p(G, \beta); on a (avec un abus de notations déjà signalé)

∥μ∗f∥p≤∥μ∥χ−1/q∥f∥p. \| \mu * f \|_p \leq \| \mu \|_{\chi^{-1/q}} \| f \|_p.

Si μ∈Mχ′−1/q(G)\mu \in \mathscr{M}^{{\chi'}^{-1/q}}(G) et f∈Lp(G,β)f \in L^p(G, \beta), ff et μ\mu sont convolables, et f∗μf * \mu est égale localement β\beta-presque partout à une fonction de Lp(G,β)L^p(G, \beta); on a ∥f∗μ∥p≤∥μ∥χ′−1/q∥f∥p\| f * \mu \|_p \leq \| \mu \|_{{\chi'}^{-1/q}} \| f \|_p.

3) Les applications (μ,f)→μ∗f,(f,μ)→f∗μ(\mu, f) \to \mu * f, (f, \mu) \to f * \mu définissent sur Lp(G,β)L^p(G, \beta) des structures de module à gauche sur Mχ−1/q(G)\mathscr{M}^{\chi^{-1/q}}(G) et de module à droite sur Mχ′−1/q(G)\mathscr{M}^{{\chi'}^{-1/q}}(G). Les deux lois externes sur Lp(G,β)L^p(G, \beta) sont permutables d’après l’associativité de la convolution.

4) Si μ∗f\mu * f est continue et donnée en tout point par (10), on a

(μ∗f)(e)=∫f(s−1)χ(s−1)dμ(s). (\mu * f)(e) = \int f(s^{-1})\chi(s^{-1})d\mu(s).

Si f∗μf * \mu est continue et donnée en tout point par (11), on a

(f∗μ)(e)=∫f(s−1)χ′(s−1)dμ(s). (f * \mu)(e) = \int f(s^{-1})\chi'(s^{-1})d\mu(s).

5. Convolution des fonctions sur un groupe.

On conserve les notations G,β,χ,χ′G, \beta, \chi, \chi' du n° 4.

Rappelons que, si ff est une fonction complexe sur GG, la propriété d’être localement β\beta-intégrable est indépendante du choix de β\beta. Soit L(G)\mathscr{L}(G) l’ensemble des fonctions possédant cette propriété. Si f∈L(G)f \in \mathscr{L}(G), g∈L(G)g \in \mathscr{L}(G), la relation

« f.βf.\beta et g.βg.\beta sont convolables »

est indépendante du choix de β\beta (§3§ 3, n° 1, prop. 6). Nous dirons alors que ff et gg sont convolables. D’après le n° 1, (f.β)∗(g.β)(f.\beta) * (g.\beta) est de la forme h.βh.\beta avec h∈Lh \in \mathscr{L}, hh étant déterminée aux ensembles localement β\beta-négligeables près. On posera h=f∗βgh = f *^\beta g et on dira que hh est un produit de convolution de ff et gg relativement à β\beta. (On omet β\beta quand aucune confusion n’est possible). Si β\beta est remplacée par ψ.β\psi.\beta, ψ\psi étant une représentation continue de GG dans R+∗\mathbf{R}_+^*, hh ne change pas (§3§ 3, n° 1, prop. 6) ; si β\beta est remplacée par aβa\beta (a∈R+∗a \in \mathbf{R}_+^*), hh est remplacée par ahah. On définit de manière analogue le produit de convolution de plusieurs fonctions sur GG.

Si l’une des convolées de ff et gg est continue, elle est déterminée de manière unique puisque le support de β\beta est GG. On l’appelle alors le produit de convolution de ff et gg relativement à β\beta.

Il est clair que

f∗βg=(f.β)∗βg=f∗β(g.β). f *^\beta g = (f.\beta) *^\beta g = f *^\beta (g.\beta).

Proposition 9

Soient f,gf, g dans L(G)\mathscr{L}(G). Supposons que la fonction s→g(s−1x)f(s)χ(s−1)s \to g(s^{-1}x)f(s)\chi(s^{-1}) soit essentiellement β\beta-intégrable sauf pour un ensemble localement β\beta-négligeable de valeurs de xx, et que la fonction x→∫∣g(s−1x)f(s)∣χ(s−1)dβ(s)x \to \int |g(s^{-1}x)f(s)|\chi(s^{-1})d\beta(s), définie localement β\beta-presque partout, soit localement β\beta-intégrable. Alors ff et gg sont convolables.

Ceci résulte de la prop. 1 du n° 1.

Proposition 10

Soient f,gf, g dans L(G)\mathscr{L}(G). On suppose que l’une de ces deux fonctions est continue ou nulle dans le complémentaire d’une réunion dénombrable d’ensembles compacts. Si ff* et gg sont convolables, la fonction f∗gf * g est donnée localement β\beta-presque partout par

(f∗g)(x)=∫Gg(s−1x)f(s)χ(s−1)dβ(s) (f * g)(x) = \int_G g(s^{-1}x)f(s)\chi(s^{-1})d\beta(s)
=∫Gf(xs−1)g(s)χ′(s−1)dβ(s) = \int_G f(xs^{-1})g(s)\chi'(s^{-1})d\beta(s)

Ceci résulte de la prop. 2 du n° 1, et des remarques du n° 4.

En particulier, si f∗gf * g est continue et donnée en tout point par (15), on a

(f∗g)(e)=∫g(s−1)f(s)χ(s−1)dβ(s)=∫f(s−1)g(s)χ′(s−1)dβ(s). (f * g)(e) = \int g(s^{-1})f(s)\chi(s^{-1})d\beta(s) = \int f(s^{-1})g(s)\chi'(s^{-1})d\beta(s).

Plus particulièrement encore, si β\beta est une mesure de Haar à gauche et à droite, si f∗gf * g et g∗fg * f sont continues et données en tout point par (15) et la formule analogue pour g∗fg * f, on a

(f∗g)(e)=(g∗f)(e)=∫f(s)g(s−1)dβ(s). (f * g)(e) = (g * f)(e) = \int f(s)g(s^{-1})d\beta(s).

Proposition 11

Soient f,gf, g dans L(G)\mathscr{L}(G). On suppose que l'une des fonctions f,gf, g est continue et que l'une des fonctions f,gf, g est à support compact. Alors ff et gg sont convolables. La formule (15) définit pour tout x∈Gx \in G un produit f∗gf * g qui est continu. Si f∈H(G)f \in \mathscr{H}(G) et g∈H(G)g \in \mathscr{H}(G), on a f∗g∈H(G)f * g \in \mathscr{H}(G).

Ceci résulte des prop. 3 et 4 du n° 2.

Proposition 12

Soient pp et qq deux exposants conjugués (1≤p≤+∞1 \leq p \leq +\infty). Si fχ−1/q∈L1(G,β)f\chi^{-1/q} \in L^1(G, \beta) et g∈Lp(G,β)g \in L^p(G, \beta), ff et gg sont convolables, f∗gf * g est égale localement β\beta-presque partout à une fonction de Lp(G,β)L^p(G, \beta), et on a

∥f∗g∥p≤∥fχ−1/q∥1∥g∥p. \|f * g\|_p \leq \|f\chi^{-1/q}\|_1 \|g\|_p.
Si f∈Lp(G,β)f \in L^p(G, \beta) et gχ′−1/q∈L1(G,β)g{\chi'}^{-1/q} \in L^1(G, \beta) ff et gg sont convolables, f∗gf * g est égale localement β\beta-presque partout à une fonction de Lp(G,β)L^p(G, \beta), et on a
∥f∗g∥p≤∥f∥p∥gχ′−1/q∥1. \|f * g\|_p \leq \|f\|_p \|g{\chi'}^{-1/q}\|_1.

Ceci résulte des prop. 5 et 6 du n° 2 et des remarques du n° 4.

Proposition 13

Si fχ−1∈L1(G,β)f\chi^{-1} \in L^1(G, \beta) et g∈K(G)g \in \mathscr{K}(G), ou si f∈K(G)f \in \mathscr{K}(G) et gχ′−1∈L1(G,β)g{\chi'}^{-1} \in L^1(G, \beta), ff et gg sont convolables, et (15) définit pour tout x∈Gx \in G un produit f∗gf * g qui appartient à K(G)\mathscr{K}(G).

Cela résulte de la prop. 5 du n° 2 et des remarques du n° 4.

Proposition 14

Si fχ−1∈L1(G,β)f\chi^{-1} \in L^1(G, \beta) et g∈L∞(G,β)g \in L^\infty(G, \beta), la formule (15) définit pour tout x∈Gx \in G un produit f∗gf * g qui est borné et uniformément continu pour la structure uniforme droite de GG.

On sait déjà que f∗gf * g appartient à L∞(G,β)L^\infty(G, \beta) (n° 2, prop. 5) ; en outre on a (f∗g)(x)=∫f(xs−1)g(s)dν(s)(f * g)(x) = \int f(xs^{-1})g(s)d\nu(s), en posant ν=χ′−1.β\nu = {\chi'}^{-1}.\beta; ν\nu est une mesure de Haar à droite. Donc

∣(f∗g)(x)−(f∗g)(x′)∣≤∥g∥∞∫∣f(xs−1)−f(x′s−1)∣dν(s) |(f * g)(x) - (f * g)(x')| \leq \|g\|_\infty \int |f(xs^{-1}) - f(x's^{-1})|d\nu(s)
=∥g∥∞∫∣f(s−1)−f(x′x−1s−1)∣dν(s) = \|g\|_\infty \int |f(s^{-1}) - f(x'x^{-1}s^{-1})|d\nu(s)

et la dernière intégrale est arbitrairement petite pourvu que x′x−1x'x^{-1} soit dans un voisinage convenable de ee (§ 2, n° 5, prop. 8).

Proposition 15

Soient pp et qq deux exposants conjugués (1<p<+∞)(1 < p < +\infty). Supposons β\beta invariante à gauche. Soient f∈Lp(G,β)f \in L^p(G, \beta), g∈Lq(G,β~)g \in L^q(G, \tilde{\beta}). Alors ff et gg sont convolables. La formule (15) définit, pour tout x∈Gx \in G, un produit f∗gf * g qui appartient à K(G)\mathscr{K}(G), et qui est tel que ∥f∗g∥∞≤∥f∥p∥g~∥q\|f * g\|_\infty \leq \|f\|_p\|\tilde{g}\|_q.

En effet, on a g~∈Lq(G,β)\tilde{g} \in L^q(G, \beta), donc la fonction s→g(s−1x)f(s)s \to g(s^{-1}x)f(s) est β\beta-intégrable pour tout x∈Gx \in G. En outre,

∫∣g(s−1x)f(s)∣dβ(s)≤(∫∣f(s)∣pdβ(s))1/p(∫∣g(s−1x)∣qdβ(s))1/q \int |g(s^{-1}x)f(s)|d\beta(s) \leq \left( \int |f(s)|^p d\beta(s) \right)^{1/p} \left( \int |g(s^{-1}x)|^q d\beta(s) \right)^{1/q}
=∥f∥p(∫∣g~(x−1s)∣qdβ(s))1/q=∥f∥p∥g~∥q = \|f\|_p \left( \int |\tilde{g}(x^{-1}s)|^q d\beta(s) \right)^{1/q} = \|f\|_p\|\tilde{g}\|_q

donc ff et gg sont convolables (prop. 9). On voit en même temps que (15) définit pour tout xx un produit f∗gf * g tel que

∣(f∗g)(x)∣≤∥f∥p∥g~∥q. |(f * g)(x)| \leq \|f\|_p\|\tilde{g}\|_q .

Pour f,gf, g dans K(G)\mathscr{K}(G), on a f∗g∈K(G)f * g \in \mathscr{K}(G) (prop. 11) ; donc, pour f∈Lp(G,β)f \in L^p(G, \beta) et g∈Lq(G,βˉ)g \in L^q(G, \bar{\beta}), le produit f∗gf * g fourni par (15) est limite uniforme de fonctions de K(G)\mathscr{K}(G), donc appartient à K(G)‾\overline{\mathscr{K}(G)}.

Corollaire

Soient f∈L2(G,β)f \in L^2(G, \beta), g∈L2(G,β)g \in L^2(G, \beta). Alors ff et g‾\overline{g} sont convolables. L'une des convolées f∗g‾f * \overline{g} appartient à K(G)‾\overline{\mathscr{K}(G)} et sa valeur en ee est ∫Gf(s)g(s)‾dβ(s)\int_G f(s) \overline{g(s)} d\beta(s).

Il suffit de faire p=q=2p = q = 2 dans la prop. 15 et d'appliquer (16).

On ne suppose plus β\beta invariante à gauche. Soit ρ\rho une fonction >0> 0 finie semi-continue inférieurement sur GG telle que ρ(st)≤ρ(s)ρ(t)\rho(st) \leq \rho(s)\rho(t) quels que soient s,ts, t dans GG. On note Lρ(G,β)L^\rho(G, \beta) l'ensemble des classes de fonctions complexes sur GG intégrables pour ρ.β\rho.\beta. Par l'application f→f.βf \to f.\beta, Lρ(G,β)L^\rho(G, \beta) s'identifie à l'ensemble des éléments de Mρ(G)\mathscr{M}^\rho(G) qui sont de base β\beta (ensemble qui est indépendant du choix de β\beta). Si on pose

∥f∥ρ=∫G∣f(s)∣ρ(s)dβ(s) \|f\|_\rho = \int_G |f(s)| \rho(s) d\beta(s)

pour f∈Lρ(G,β)f \in L^\rho(G, \beta), cette identification est compatible avec les normes, donc Lρ(G,β)L^\rho(G, \beta) apparaît comme une sous-algèbre normée complète de Mρ(G)\mathscr{M}^\rho(G). C'est même un idéal bilatère de Mρ(G)\mathscr{M}^\rho(G) d'après la prop. 10 du § 3, no 2. (Pour ρ=1\rho = 1, on retrouve une des assertions du no 4). En particulier, L1(G,β)L^1(G, \beta) s'identifie à un idéal bilatère fermé de M1(G)\mathscr{M}^1(G).

Proposition 16

Soit UU une représentation continue de GG dans un espace de Banach EE. Posons ρ(s)=∥U(s)∥\rho(s) = \|U(s)\| pour tout s∈Gs \in G. Pour toute f∈Lρ(G,β)f \in L^\rho(G, \beta), posons U(f)=U(f.β)U(f) = U(f.\beta). Alors f→U(f)f \to U(f) est une représentation linéaire de l'algèbre Lρ(G,β)L^\rho(G, \beta) dans EE, telle que ∥U(f)∥≤∥f∥ρ\|U(f)\| \leq \|f\|_\rho.

Ceci résulte du § 2, no 6, et du § 3, no 3, prop. 11.

6. Applications.

Proposition 17

Soient G un groupe localement compact, A une partie de G, mesurable et non localement négligeable pour une mesure de Haar. Alors A.A^{-1} est un voisinage de e.

Soit β\beta une mesure de Haar à gauche. Il existe une partie compacte K de G telle que B = A ∩\cap K soit intégrable de mesure > 0 pour β\beta. Appliquons le cor. de la prop. 15 avec f=g=φBf = g = \varphi_B. La fonction F=φB∗φ~BF = \varphi_B * \tilde{\varphi}_B est continue et > 0 en e. Donc il existe un voisinage V de e tel que F(x)>0F(x) > 0 pour x∈Vx \in V. Or

F(x)=∫φB(s)φB(x−1s)dβ(s)=β(B∩xB). F(x) = \int \varphi_B(s) \varphi_B(x^{-1}s) d\beta(s) = \beta(B \cap xB).

Donc, pour x∈Vx \in V, on a B∩xB≠∅B \cap xB \neq \emptyset, d'où x∈B.B−1x \in B.B^{-1}. Donc V⊂B.B−1⊂A.A−1V \subset B.B^{-1} \subset A.A^{-1}.

Corollaire 1

Soit H un sous-groupe de G mesurable pour une mesure de Haar β\beta. Alors H est, soit ouvert, soit localement β\beta-négligeable.

Car H=H.H−1H = H.H^{-1}, donc, si H n'est pas localement β\beta-négligeable, H contient un voisinage de e (prop. 17) et est par suite ouvert (Top. Gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 1, cor. de la prop. 4).

Corollaire 2

Soit L une partie de G stable pour la multiplication et dont le complémentaire est localement négligeable pour une mesure de Haar β\beta. Alors L=GL = G.

En effet, L−1L^{-1} et L∩L−1L \cap L^{-1} sont de complémentaires localement β\beta-négligeables. Or L∩L−1L \cap L^{-1} est un sous-groupe, donc est ouvert (cor. 1) et par suite fermé. Donc G−(L∩L−1)G - (L \cap L^{-1}), qui est ouvert et localement β\beta-négligeable, est vide. Donc G=L∩L−1G = L \cap L^{-1}.

Proposition 18

Soient G un groupe localement compact, Γ\Gamma un ensemble muni d'une multiplication (u,v)→uv(u, v) \to uv et d'une topologie séparée telles que : 1) la topologie de Γ\Gamma est invariante par les translations ; 2) la restriction de la multiplication à toute partie compacte de Γ\Gamma est continue.

Soit f:G→Γf : G \to \Gamma une application de GG dans Γ\Gamma telle que f(xy)=f(x)f(y)f(xy) = f(x)f(y) pour x,yx, y dans GG, et mesurable pour une mesure de Haar β\beta de GG. Alors ff est continue.

Posons g(x)=f(x−1)g(x) = f(x^{-1}) pour x∈Gx \in G. Comme ff et gg sont β\beta-mesurables, il existe une partie compacte KK non β\beta-négligeable de GG telle que les restrictions de ff et gg à KK soient continues. L’application (x,y)→f(xy−1)=f(x)g(y)(x, y) \to f(xy^{-1}) = f(x)g(y) de K×KK \times K dans Γ\Gamma est continue parce que la multiplication de Γ\Gamma est continue sur f(K)×g(K)f(K) \times g(K); or cette application s’écrit φ∘ψ\varphi \circ \psi, où ψ\psi est l’application (x,y)→xy−1(x, y) \to xy^{-1} de K×KK \times K sur K.K−1K.K^{-1}, et où φ\varphi est la restriction de ff à K.K−1K.K^{-1}. Soit RR la relation d’équivalence définie sur K×KK \times K par ψ\psi. L’application ψ′\psi' de (K×K)/R(K \times K)/R sur K.K−1K.K^{-1} déduite de ψ\psi par passage au quotient est continue, donc (K×K)/R(K \times K)/R est séparé et ψ′\psi' est un homéomorphisme. Comme φ∘ψ\varphi \circ \psi est continue, on voit que la restriction de ff à K.K−1K.K^{-1} est continue. Or K.K−1K.K^{-1} est un voisinage de ee (prop. 17), donc ff est continue en ee. Pour tout x0∈Gx_0 \in G, on a f(x0x)=f(x0)f(x)f(x_0x) = f(x_0)f(x), donc ff est continue en x0x_0 parce que la topologie de Γ\Gamma est invariante par translations.

Corollaire 1

Soient GG un groupe localement compact, β\beta une mesure de Haar de GG, EE un espace localement convexe tonnelé séparé, UU une représentation linéaire de GG dans EE, telle que U(s)∈L(E;E)U(s) \in \mathscr{L}(E; E) pour tout s∈Gs \in G, β\beta-mesurable quand on munit L(E;E)\mathscr{L}(E; E) de la topologie de la convergence simple. Alors UU est une représentation linéaire continue.

Soit Γ\Gamma le groupe des automorphismes de EE, muni de la topologie de la convergence simple. Cette topologie est séparée et invariante par translations. Soit KK une partie compacte de Γ\Gamma. Alors KK est bornée dans L(E;E)\mathscr{L}(E; E) muni de la topologie de la convergence simple, donc équicontinue (Esp. vect. top.Esp.\ vect.\ top., chap. III, § 3, n° 6, th. 2); donc l’application (u,v)→v∘u(u, v) \to v \circ u de K×KK \times K dans L(E;E)\mathscr{L}(E; E) est continue (loc. cit.loc.\ cit., § 4, cor. 1 de la prop. 9). Donc, pour tout x∈Ex \in E, l’application s→U(s)xs \to U(s)x de GG dans EE est continue (prop. 18). Comme EE est tonnelé, UU est continue (§ 2, n° 1, prop. 1§\ 2,\ n°\ 1,\ prop.\ 1).

Corollaire 2

Soient G un groupe localement compact, β\beta une mesure de Haar sur G, E un espace de Banach de type dénombrable, U une représentation linéaire de G dans E, telle que U(s)∈L(E;E)U(s) \in \mathscr{L}(E; E) pour tout s∈Gs \in G. Soit (am)(a_m) une suite totale dans E, et soit (an′)(a'_n) une suite partout dense dans la boule unité B' du dual E' de E, munie de la topologie faible. On suppose que les fonctions s→⟨U(s)am,an′⟩s \to \langle U(s)a_m, a'_n \rangle sur G sont β\beta-mesurables. Alors U est une représentation linéaire continue.

Montrons d’abord que pour tout z′∈E′z' \in E', les fonctions numériques

s→⟨U(s)am,z′⟩ s \to \langle U(s)a_m, z' \rangle
sont β\beta-mesurables ; on peut se borner au cas où ∥z′∥≤1\|z'\| \leq 1, et comme B' est métrisable pour la topologie faible (Esp. vect. top., chap. IV, § 5, n° 1, prop. 2), il existe une suite (ank′)(a'_{n_k}) extraite de (an′)(a'_n) et qui converge faiblement vers z′z'; la fonction
s→⟨U(s)am,z′⟩ s \to \langle U(s)a_m, z' \rangle
est donc limite d’une suite de fonctions β\beta-mesurables d’où notre assertion. On en conclut que l’application s→U(s)ams \to U(s)a_m de G dans E est β\beta-mesurable pour tout m (chap. IV, § 5, n° 5, prop. 10). D’autre part, il existe une suite (bm)(b_m) d’éléments de E, combinaisons linéaires des aia_i, qui est partout dense dans la boule unité de E. Pour tout s∈Gs \in G, on a ∥U(s)∥=sup⁡m∥U(s)bm∥\|U(s)\| = \sup_m \|U(s)b_m\|, donc s→∥U(s)∥s \to \|U(s)\| est mesurable. Soit K une partie compacte de G et soit ε>0\varepsilon > 0. Il existe une partie compacte K0K_0 de K telle que β(K−K0)≤ε\beta(K - K_0) \leq \varepsilon et que les restrictions à K0K_0 des fonctions s→U(s)ams \to U(s)a_m et s→∥U(s)∥s \to \|U(s)\| soient continues. Alors les U(s)U(s) pour s∈K0s \in K_0 sont équicontinus et la topologie de la convergence simple induit sur U(K0)U(K_0) la topologie de la convergence simple dans l’ensemble des ama_m (Esp. vect. top., chap. III, § 3, n° 5, prop. 5). Par suite l’application s→U(s)s \to U(s) de K0K_0 dans Ls(E;E)\mathscr{L}_s(E; E) est continue. Il suffit alors d’appliquer le cor. 1.

7. Régularisation.

Proposition 19

Soient G un groupe localement compact, β\beta une mesure positive ≠0\neq 0 relativement invariante sur G, B\mathscr{B} une base du filtre des voisinages de e dans G, formée de voisinages compacts. Pour tout V∈BV \in \mathscr{B}, soit fVf_V une fonction continue ⩾0\geqslant 0 sur GG, de support contenu dans VV, et telle que ∫fVdβ=1\int f_V d\beta = 1.

Alors, si μ\mu est une mesure sur GG, on a, dans M(G)\mathscr{M}(G) muni de la topologie de la convergence compacte sur K(G)\mathscr{K}(G),

μ=lim⁡V(μ∗fV)⋅β=lim⁡V(fV∗μ)⋅β \mu = \lim_V (\mu * f_V) \cdot \beta = \lim_V (f_V * \mu) \cdot \beta

la limite étant prise suivant le filtre des sections de B\mathscr{B}.

Pour la topologie de la convergence compacte sur C(G)\mathscr{C}(G), fV⋅βf_V \cdot \beta tend vers εe\varepsilon_e suivant le filtre des sections de B\mathscr{B} (§2§ 2, no 7, cor. 1 du lemme 4). Donc μ=lim⁡Vμ∗(fV⋅β)=lim⁡V(fV⋅β)∗μ\mu = \lim_V \mu * (f_V \cdot \beta) = \lim_V (f_V \cdot \beta) * \mu dans M(G)\mathscr{M}(G) muni de la topologie de la convergence compacte sur K(G)\mathscr{K}(G) (§3§ 3, no 3, cor. de la prop. 12).

Remarque 1

On voit donc que toute mesure sur GG est limite de mesures admettant une densité continue par rapport à toute mesure de Haar (pour la topologie indiquée dans la prop. 19 et afortioria fortiori pour la topologie vague).

Remarque 2

Si GG est métrisable, on peut prendre pour B\mathscr{B} une suite (Vn)(V_n) de voisinages. Alors μ\mu est limite de la suite des mesures (μ∗fVn)⋅β(\mu * f_{V_n}) \cdot \beta à densités continues. *Si GG est un groupe de Lie réel, on peut prendre les fVnf_{V_n} indéfiniment différentiables ; nous verrons plus tard qu’alors les densités μ∗fVn\mu * f_{V_n} sont indéfiniment différentiables.

Proposition 20

On conserve les hypothèses et les notations de la prop. 19. Soient p∈[1,+∞]p \in [1, +\infty], et g∈Lp(G,β)g \in L^p(G, \beta). On a

g=lim⁡Vg∗βfV=lim⁡VfV∗βg g = \lim_V g *^\beta f_V = \lim_V f_V *^\beta g

au sens de la norme NpN_p, la limite étant prise suivant le filtre des sections de B\mathscr{B}.

Il suffit d’appliquer la prop. 6 (iii), et le §2§ 2, no 7, cor. 3 du lemme 4.

Remarque 3

D’après la prop. 15, les fonctions g∗fVg * f_V, fV∗gf_V * g appartiennent à K‾(G)\overline{\mathscr{K}}(G).

Corollaire

Soit W un sous-espace vectoriel fermé de L1(G,β)L^1(G, \beta). Pour que W soit un idéal à gauche (resp. à droite) de L1(G,β)L^1(G, \beta), il faut et il suffit que W soit invariant par les translations à gauche (resp. à droite) de G.

Supposons que W soit un idéal à gauche. Soient s∈Gs \in G et g∈Wg \in W. On a εs∗g=lim⁡νfν∗(εs∗g)=lim⁡ν(fν∗εs)∗g\varepsilon_s * g = \lim_{\nu} f_\nu * (\varepsilon_s * g) = \lim_{\nu} (f_\nu * \varepsilon_s) * g, et (fν∗εs)∗g∈W(f_\nu * \varepsilon_s) * g \in W, donc εs∗g∈W\varepsilon_s * g \in W, donc γ(s)g∈W\gamma(s)g \in W. Réciproquement, si W est invariant par les translations à gauche, on a μ∗βg∈W\mu *^\beta g \in W pour μ∈M1(G)\mu \in \mathscr{M}^1(G) et g∈Wg \in W, donc W est a fortiori un idéal à gauche de L1(G,β)L^1(G, \beta). On raisonne de même pour les idéaux à droite.

Exemple

On prend G=RG = \mathbf{R}. Définissons une fonction Fn∈K(R)F_n \in \mathscr{K}(\mathbf{R}) par

Fn(x)=(1−x2)nsi x∈[−1,1] F_n(x) = (1 - x^2)^n \quad \text{si } x \in [-1, 1]
Fn(x)=0si x∉[−1,1]. F_n(x) = 0 \qquad \text{si } x \notin [-1, 1].
Soient An=∫−1+1Fn(x)dxA_n = \int_{-1}^{+1} F_n(x) dx, et Gn=An−1FnG_n = A_n^{-1} F_n. Il est immédiat que les mesures Gn(x)dxG_n(x) dx satisfont aux conditions du § 2, no 7, cor. 1 du lemme 4. Soit μ\mu une mesure sur R\mathbf{R} dont le support soit contenu dans (−1/2,1/2)(-1/2, 1/2). On a
(μ∗Gn)(x)=∫RGn(x−y)dμ(y) (\mu * G_n)(x) = \int_{\mathbf{R}} G_n(x - y) d\mu(y)
=An−1∫−1/21/2Fn(x−y)dμ(y) = A_n^{-1} \int_{-1/2}^{1/2} F_n(x - y) d\mu(y)
Si −12≤x≤12-\frac{1}{2} \leq x \leq \frac{1}{2}, on a alors
(μ∗Gn)(x)=An−1∫−1/21/2[1−(x−y)2]ndμ(y) (\mu * G_n)(x) = A_n^{-1} \int_{-1/2}^{1/2} [1 - (x - y)^2]^n d\mu(y)
donc μ∗Gn\mu * G_n coïncide dans (−1/2,1/2)(-1/2, 1/2) avec un polynôme. En particulier, si ff est une fonction continue à support contenu dans (−1/2,1/2)(-1/2, 1/2), f∗Gnf * G_n coïncide dans (−1/2,1/2)(-1/2, 1/2) avec un polynôme ; par ailleurs, d’après la prop. 5 (iv), et le § 2, no 7, cor. 3 du lemme 4, f∗Gnf * G_n converge uniformément vers ff. *Si ff est de classe CrC^r, les dérivées Ds(f∗Gn)D^s(f * G_n) tendent uniformément vers DsfD^s f pour 0≤s≤r.∗0 \leq s \leq r.*

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.