Soit G un groupe localement compact. Il sera entendu une fois pour toutes que des mesures μ1,…,μn sur G sont dites convolables si elles le sont pour l’application
(x1,x2,…,xn)→x1x2…xn;
et c’est au moyen de cette application qu’on prendra toujours le produit de convolution ∗iμi. Si s∈G,t∈G, on a
(1)
εs∗εt=εst.
Si s∈G et μ∈M(G), on a (2)
εs∗μ=γ(s)μ
(3)
μ∗εs=δ(s−1)μ
d’après le § 1, n° 1, exemple 3. Si G est commutatif, dire que μ1 et μ2 sont convolables équivaut à dire que μ2 et μ1 sont convolables, et l’on a alors μ1∗μ2=μ2∗μ1. Si G n’est pas commutatif, il peut arriver que μ1 et μ2 soient convolables, sans que μ2 et μ1 le soient (exerc. 12).
Proposition 1
Soient G un groupe localement compact, λ,μ,ν des mesures =0 sur G. (i) Si λ,μ,ν sont convolables, il en est de même de λ et μ, de ∣λ∣∗∣μ∣ et ν, de μ et ν, de λ et ∣μ∣∗∣ν∣, et l’on a
λ∗μ∗ν=(λ∗μ)∗ν=λ∗(μ∗ν).
(ii) Si λ et μ sont convolables, ainsi que ∣λ∣∗∣μ∣ et ν, alors λ,μ,ν sont convolables. De même si μ et ν sont convolables ainsi que λ et ∣μ∣∗∣ν∣.
Ceci résulte de la prop. 1 du § 1, n° 2.
Il peut exister des mesures λ,μ,ν sur G telles que les produits de convolution λ∗μ,(λ∗μ)∗ν,μ∗ν,λ∗(μ∗ν) soient tous définis, et que cependant (λ∗μ)∗ν=λ∗(μ∗ν) (cf. exerc. 4).
Soit ρ une fonction >0 finie semi-continue inférieurement sur G telle que ρ(st)≤ρ(s)ρ(t) quels que soient s,t dans G. On notera Mρ(G) l'espace vectoriel des mesures λ sur G telles que ρ soit λ-intégrable, et ∣∣λ∣∣ρ (ou simplement ∣∣λ∣∣) la norme ∫Gρ(s)d∣λ∣(s) sur cet espace. Pour ρ=1, on retrouve l'ensemble M1(G) des mesures bornées sur G.
Proposition 2
(i) Deux éléments quelconques de Mρ(G) sont convolables.
(ii) Pour la convolution, et pour la norme ∣∣λ∣∣, Mρ(G) est une algèbre normée complète admettant l'élément unité εe.
(iii) C′(G) est une sous-algèbre de Mρ(G).
Soient λ,μ dans Mρ(G), et montrons que λ et μ sont convolables. Soit f∈K+(G). Comme ρ est >0 et semi-continue inférieurement, il existe une constante k>0 telle que f≤kρ. On a alors
∫∗f(st)d∣λ∣(s)d∣μ∣(t)≤k∫∗ρ(st)d∣λ∣(s)d∣μ∣(t)
≤k∫∗ρ(s)ρ(t)d∣λ∣(s)d∣μ∣(t)
=k(∫∗ρ(s)d∣λ∣(s))(∫∗ρ(t)d∣μ∣(t))
(chap. V, § 8, n° 2, prop. 5). Donc f est (λ⊗μ)-intégrable, de sorte que λ et μ sont convolables. D'autre part, en utilisant le chap. V (§ 2, prop. 2, § 6, prop. 2, § 8, prop. 5) et le fait que (s,t)→ρ(s)ρ(t) est semi-continue inférieurement dans G×G, on a
On voit que λ∗μ∈Mo(G) et que ∣∣λ∗μ∣∣≤∣∣λ∣∣.∣∣μ∣∣. Compte tenu de la prop. 1, Mo(G) est une algèbre. L’application λ→ρ.λ est une application linéaire isométrique θ de Mo(G) dans M1(G); si μ∈M1(G), 1/ρ, qui est localement bornée et semi-continue supérieurement, est localement μ-intégrable, et ρ est (1/ρ).μ-intégrable, donc (1/ρ).μ∈Mo(G); ceci prouve que θ est surjective; donc Mo(G) est une algèbre normée complète. Enfin, il est clair que εe est élément unité de Mo(G) et que C′(G) est une sous-algèbre de Mo(G) (§ 1, no 4, cor. de la prop. 5).
Si ρ=1, la prop. 2, (i) et (ii), résulte aussi du § 1, prop. 2.
Proposition 3
Soient μ1,…,μn des mesures sur G. Si toutes les μi, sauf une au plus, sont à support compact, alors les μi sont convolables.
En effet, soit Si le support de μi, et supposons Si compact pour i=i0. Soit K une partie compacte de G. L’ensemble des (x1,…,xn)∈∏iSi tels que x1x2…xn∈K est compact, car les conditions xi∈Si pour tout i, x1x2…xn∈K impliquent
xi0∈Si0−1−1…S1−1KSn−1…Si0+1−1.
Donc les μi sont convolables (§ 1, no 4, prop. 4).
Proposition 4
L’application (λ,μ)→λ∗μ (resp. (λ,μ)→μ∗λ) où λ∈C′(G), μ∈M(G), définit sur M(G) une structure de module à gauche (resp. à droite) sur l’algèbre C′(G)*.
Ceci résulte des prop. 1 et 3.
Proposition 5
Soient λ une mesure de Haar à gauche (resp. à droite) sur G, et μ∈M1(G). Alors μ et λ (resp. λ et μ) sont convolables, et μ∗λ=∥μ∥λ (resp. λ∗μ=∥μ∥λ).
On peut supposer μ⩾0. Soit f∈K+(G). Lorsque λ est une mesure de Haar à gauche, on a
∫∗dμ(x)∫∗f(xy)dλ(y)=∫∗dμ(x)∫f(y)dλ(y)=λ(f)∥μ∥
donc la fonction (x,y)→f(xy) est (μ⊗λ)-intégrable, et son intégrale pour μ⊗λ est λ(f)∥μ∥. On raisonne de même quand λ est une mesure de Haar à droite.
Proposition 6
Soient μ et ν deux mesures convolables sur G. Soit χ une représentation continue de G dans C∗. Alors χ.μ et χ.ν sont convolables et (χ.μ)∗(χ.ν)=χ.(μ∗ν).
Soit f∈K(G). Alors fχ∈K(G), donc la fonction
(x,y)→f(xy)χ(xy)=f(xy)χ(x)χ(y)
sur G×G est intégrable pour μ⊗ν; donc la fonction (x,y)→f(xy) est intégrable pour (χ.μ)⊗(χ.ν); donc χ.μ et χ.ν sont convolables. En outre,
⟨χ.μ∗χ.ν,f⟩=∫f(xy)χ(x)χ(y)dμ(x)dν(y)
=∫(fχ)(xy)dμ(x)dν(y)=⟨μ∗ν,χf⟩
d'où (χ.μ)∗(χ.ν)=χ.(μ∗ν).
Proposition 7
Soient G et G′ deux groupes localement compacts, u une représentation continue de G dans G′, μ1,…,μn des mesures sur G, toutes =0. Alors les assertions suivantes sont équivalentes :
(i) u est μi-propre pour tout i, et les mesures u(∣μi∣) sont convolables ; (ii) les μi sont convolables et u est propre pour ∗i(∣μi∣).
Lorsque ces conditions sont vérifiées, on a
∗iu(μi)=u(∗iμi).
Corollaire
Soient G un groupe localement compact, μ1,…,μn des mesures sur G. Pour que la suite (μi)1≤i≤n soit convolvable, il faut et il suffit que la suite (μˇn−i)0≤i≤n−1 le soit, et l’on a alors (μ1∗…∗μn)∨=μˇn∗…∗μˇ1.
Ceci résulte de la prop. 7 en considérant l’isomorphisme x→x−1 de G sur le groupe opposé.
2. Cas d’un groupe opérant dans un espace.
Soit X un espace localement compact sur lequel un groupe localement compact G opère à gauche continûment par
(s,x)→s.x.
Si μ1,…,μn sont des mesures sur G et ν une mesure sur X, celles-ci seront dites convolvables si elles le sont pour l’application (s1,…,sn,x)→s1…snx de Gn×X dans X, et leur produit de convolution devra s’entendre au sens de cette application.
Si s∈G et x∈X, on a
εs∗εx=εsx.
Si s∈G et μ∈M(X), on a
εs∗μ=γ(s)μ
d’après le § 1, no 1, exemple 3.
Proposition 8
Soient μ une mesure sur G, ν une mesure sur X. (i) Si μ est à support compact, μ et ν sont convolvables. (ii) Si ν est à support compact, et si G opère proprement dans X, μ et ν sont convolvables. Ceci résulte de la prop. 4 du § 1, no 4.
Proposition 9
Pour la convolution, M1(X) est un module à gauche sur M1(G), M(X) et C′(X) sont des modules à gauche sur C′(G).
Ceci résulte de la prop. 8, et du § 1, prop. 1, 3, et cor. de la prop. 5.
Proposition 10
Soient μ une mesure sur G, ν une mesure sur X, μ et ν étant convolables. Supposons de plus qu’il existe une mesure positive β sur X telle que γ(s)ν soit de base β quel que soit s∈G. Alors μ∗ν est de base β.
Soit K une partie compacte β-négligeable de X. Alors K est γ(s)∣ν∣-négligeable pour tout s∈G. Or
∣μ∣∗∣ν∣=∫G(εs∗∣ν∣)d∣μ∣(s)
(§ 1, n° 5, prop. 7), et l’application s→εs∗∣ν∣ est vaguement continue (§ 2, prop. 6). Donc K est ∣μ∣∗∣ν∣-négligeable d’après le chap. V, § 3, n° 4, th. 1. Donc ∣μ∣∗∣ν∣ est de base β (chap. V, § 5, n° 5, Remarque).
3. Convolution et représentations linéaires.
Proposition 11
Soient G un groupe localement compact, E un espace localement convexe quasi-complet, U une représentation continue de G dans E.
(i) Si λ∈C′(G), μ∈C′(G), on a U(λ∗μ)=U(λ)U(μ).
(ii) Supposons que E soit un espace de Banach, et soit ρ(s)=∥U(s)∥ pour s∈G. Si λ∈M∘(G), μ∈M∘(G), on a U(λ∗μ)=U(λ)U(μ).
Soient λ,μ dans C′(G). Quel que soit x∈E, on a, en appliquant notamment les prop. 1 et 4 du chap. VI, § 1, n° 1
U(λ∗μ)x=∫GU(s)xd(λ∗μ)(s)
=∫G×GU(st)xdλ(s)dμ(t)=∫G×GU(s)U(t)xdλ(s)dμ(t)
=∫GU(λ)U(t)xdμ(t)=U(λ)∫GU(t)xdμ(t)=U(λ)U(μ)x
d’où (i). Un raisonnement analogue s’applique dans le cas (ii).
Soit toujours G un groupe localement compact, et supposons que G opère continûment à gauche dans un espace localement compact X. Ceci définit (§ 2, n° 4) une représentation linéaire continue γ de G dans M(X) (muni de la topologie de la convergence compacte dans K(X)).
Proposition 12
Si λ∈C′(G) et μ∈M(X), on a
γ(λ)μ=λ∗μ.
D’après la prop. 7 du § 1, n° 5, on a
λ∗μ=∫G(εs∗μ)dλ(s).
Or εs∗μ=γ(s)μ (n° 2, formule (5)), et
∫G(γ(s)μ)dλ(s)=γ(λ)μ
par définition de γ(λ).
Corollaire
L’application (λ,μ)→λ∗μ de C′(G)×M(X) dans M(X) est hypocontinue relativement aux parties équicontinues de C′(G) et aux parties compactes de M(X) (C′(G) et M(X) étant respectivement munis de la topologie de la convergence compacte dans C(G) et K(X)).
En effet, M(X), muni de la topologie de la convergence compacte dans K(X), est quasi-complet. Donc l’application (λ,μ)→γ(λ)μ de C′(G)×M(X) dans M(X) est hypocontinue relativement aux parties équicontinues de C′(G) et aux parties compactes de M(X) (§ 2, n° 6). Il suffit alors d’appliquer la prop. 12.
Remarque 1
Soit λ0∈C′(G). L’application μ→λ0∗μ de M(X) dans M(X) est vaguement continue. En effet, soit f∈K(X). On a ⟨λ0∗μ,f⟩=∫f(sx)dλ0(s)dμ(x)=⟨μ,g⟩ en posant g(x)=∫f(sx)dλ0(s). Or g est continue (chap. VII, § 1, no 1, lemme 1). D’autre part, soient S le support de λ0 et K celui de f. Les conditions sx∈K et s∈S entraînent x∈S−1K; donc le support de g est contenu dans S−1K, de sorte que g∈K(X). Alors ⟨λ0∗μ,f⟩=⟨μ,g⟩ est fonction vaguement continue de μ, ce qui prouve notre assertion.
Remarque 2
Soit μ0∈M(X). L’application λ→λ∗μ0 de C′(G) dans M(X) est continue pour les topologies σ(C′(G),C(G)) et σ(M(X),K(X)). En effet, soit f∈K(X). On a ⟨f,λ∗μ0⟩=⟨h,λ⟩, en posant h(s)=∫f(sx)dμ0(x), et l’on a h∈C(G) (chap. VII, § 1, no 1, lemme 1).
Proposition 13
L’application (s,μ)→γ(s)μ de G×M+(X) dans M+(X) est continue lorsque l’ensemble M+(X) des mesures positives sur X est muni de la topologie vague.
Comme γ(s)μ=γ(ss0−1)γ(s0)μ, il résulte de la Remarque 1 qu’il suffit de prouver la continuité de l’application considérée en un point de la forme (e,μ0) avec μ0∈M+(X). Etant donnés une fonction f∈K(X) et un nombre ε>0, il s’agit donc de montrer qu’il existe un voisinage U de e dans G et un voisinage W de μ0 dans M+(X) tels que les relations s∈U,μ∈W entraînent
∫f(sx)dμ(x)−∫f(x)dμ0(x)≤ε.
Soit V un voisinage compact du support K de f dans X, et soit φ∈K+(X) telle que φ(x)=1 dans V ; il existe un voisinage W0 de μ0 dans M+(X) tel que a=supμ∈W0μ(V) soit fini : il suffit de prendre pour W0 l’ensemble des μ∈M+(X) telles que ∣⟨φ,μ−μ0⟩∣≤1. Comme l’application (s,x)→sx est continue, il y a d'autre part un voisinage compact U0 de e dans G tel que sK⊂V pour tout s∈U0; la fonction (s,x)→f(sx) est alors uniformément continue dans U0×V et il y a donc un voisinage U⊂U0 de e tel que ∣f(sx)−f(x)∣≤ε/2a pour tout s∈U et tout x∈V. Pour s∈U et μ∈W0, on a donc
∫f(sx)dμ(x)−∫f(x)dμ(x)≤ε/2;
si W⊂W0 est le voisinage de μ0 dans M+(X) formé des mesures μ∈W0 telles que ∫f(x)dμ(x)−∫f(x)dμ0(x)≤ε/2, U et W répondent à la question.