Bourbaki

§ 5. L’espace des sous-groupes fermés.

Dans ce paragraphe, GG désigne un groupe localement compact et μ\mu une mesure de Haar à droite sur GG.

1. L’espace des mesures de Haar des sous-groupes fermés de GG.

Lemme 1

Soient α\alpha une mesure positive ≠0\neq 0 sur GG, S son support ; les deux conditions suivantes sont équivalentes : a) S est un sous-groupe fermé de GG et la mesure induite par α\alpha sur S est une mesure de Haar à droite sur S. b) Pour tout s∈Ss \in S, on a δ(s)α=α\delta(s)\alpha = \alpha. En outre, lorsque ces conditions sont vérifiées, l’ensemble des t∈Gt \in G tels que δ(t)α=α\delta(t)\alpha = \alpha est égal à S. Il est clair que a) entraîne b) ; inversement, la relation b) entraîne Sx=SSx = S pour tout x∈Sx \in S ; autrement dit les relations x∈Sx \in S et y∈Sy \in S entraînent que y∈Sxy \in Sx, ou encore yx−1∈Syx^{-1} \in S, et comme S n’est pas vide, S est un sous-groupe fermé de GG. L’ensemble des t∈Gt \in G tels que St=SSt = S est alors S lui-même, d’où la dernière assertion.

Dans le reste de ce paragraphe, nous noterons Γ\Gamma l’ensemble des mesures positives ≠0\neq 0 sur GG vérifiant les conditions du lemme 1, et pour tout α∈Γ\alpha \in \Gamma, nous noterons HαH_\alpha le sous-groupe fermé de GG, support de α\alpha.

Proposition 1

L’ensemble Γ\Gamma est fermé dans l’espace M+(G)−{0}\mathscr{M}_+(G) - \{0\}, muni de la topologie vague. Démontrons d’abord les lemmes suivants :

Lemme 2

Soient X un espace localement compact et pour toute mesure α∈M+(X)−{0}\alpha \in \mathscr{M}_+(X) - \{0\}, soit SαS_\alpha le support de α\alpha. Soit Φ\Phi un filtre sur M+(X)−{0}\mathscr{M}_+(X) - \{0\} qui converge vaguement vers une mesure α0≠0\alpha_0 \neq 0. Alors, pour tout voisinage V d’un point s du support de α0\alpha_0, il existe un ensemble M∈ΦM \in \Phi tel que, pour toute α∈M\alpha \in M, on ait V∩Sα≠∅V \cap S_\alpha \neq \varnothing.

En effet, si φ∈K+(X)\varphi \in \mathscr{K}_+(X) est une fonction de support contenu dans V et telle que ∫φ(x)dα0(x)>0\int \varphi(x) d\alpha_0(x) > 0, il existe par définition un ensemble M∈ΦM \in \Phi tel que ∫φ(x)dα(x)>0\int \varphi(x) d\alpha(x) > 0 pour toute α∈M\alpha \in M, ce qui entraîne V∩Sα≠∅V \cap S_\alpha \neq \varnothing.

Lemme 3

Soient E un ensemble filtré par un filtre Φ\Phi, ξ→α(ξ)\xi \to \alpha(\xi) une application de E dans Γ\Gamma, qui converge vaguement suivant Φ\Phi vers une mesure α0≠0\alpha_0 \neq 0. Soit d’autre part ξ→tξ\xi \to t_\xi une application de E dans G telle que, pour tout ξ∈E\xi \in E, on ait tξ∈Hα(ξ)t_\xi \in H_{\alpha(\xi)}. Si s est une valeur d’adhérence de l’application ξ→tξ\xi \to t_\xi suivant Φ\Phi, on a δ(s)α0=α0\delta(s)\alpha_0 = \alpha_0.

Remplaçant au besoin Φ\Phi par un filtre plus fin, on peut supposer que s est valeur limite de ξ→tξ\xi \to t_\xi suivant Φ\Phi; en vertu du lemme 1, on a δ(tξ)α(ξ)=α(ξ)\delta(t_\xi)\alpha(\xi) = \alpha(\xi) pour tout ξ∈E\xi \in E, et la conclusion résulte de la continuité de l’application (u,λ)→δ(u)λ(u, \lambda) \to \delta(u)\lambda dans G×M+(G)G \times \mathscr{M}_+(G) (§ 3, no 3, prop. 13).

Pour prouver la prop. 1, il suffit, en vertu du lemme 1, de montrer que, si un filtre Ψ\Psi sur Γ\Gamma converge vaguement vers une mesure α0≠0\alpha_0 \neq 0 et si s appartient au support de α0\alpha_0, on a δ(s)α0=α0\delta(s)\alpha_0 = \alpha_0. Or, pour tout voisinage V de s dans G, il existe M∈ΨM \in \Psi tel que, pour toute α∈M\alpha \in M, on ait V∩Hα≠∅V \cap H_\alpha \neq \varnothing, en vertu du lemme 2. Pour tout voisinage V de s et toute α∈Γ\alpha \in \Gamma, soit alors tV,αt_{V,\alpha} un point de V∩HαV \cap H_\alpha si V∩Hα≠∅V \cap H_\alpha \neq \varnothing, un point quelconque de HαH_\alpha dans le cas contraire ; si Θ\Theta est le filtre des sections du filtre des voisinages de s, Φ\Phi le filtre produit Θ×Ψ\Theta \times \Psi, s est valeur d’adhérence de (V,α)→tV,α(V, \alpha) \to t_{V,\alpha} suivant Φ\Phi d’après ce qui précède. Comme d’autre part l’application (V,α)→α(V, \alpha) \to \alpha a pour valeur limite α0\alpha_0 suivant Φ\Phi, la proposition résulte du lemme 3.

Proposition 2

Soit φ\varphi une fonction de K+(G)\mathscr{K}_+(G) telle que φ(e)>0\varphi(e) > 0. Alors l’ensemble Γφ\Gamma_\varphi des mesures α∈Γ\alpha \in \Gamma telles que ∫φ(x)dα(x)=1\int \varphi(x)d\alpha(x) = 1 est compact pour la topologie vague.

L’ensemble Γφ\Gamma_\varphi est l’intersection de Γ\Gamma et de l’hyperplan de M(G)\mathscr{M}(G) formé des α\alpha telles que ∫φ(x)dα(x)=1\int \varphi(x)d\alpha(x) = 1; comme cet hyperplan est vaguement fermé dans M(G)\mathscr{M}(G) et ne contient pas 0, il résulte de la prop. 1 que Γφ\Gamma_\varphi est vaguement fermé dans M(G)\mathscr{M}(G). Il suffit donc de montrer que, pour toute partie compacte K de G, on a sup⁡α∈Γφα(K)<+∞\sup_{\alpha \in \Gamma_\varphi} \alpha(K) < +\infty (chap. III, § 2, n° 7, prop. 9).

Or, soit U le voisinage ouvert de e dans G défini par l’inégalité φ(x)>φ(e)/2\varphi(x) > \varphi(e)/2; comme 1=∫φ(x)dα(x)≥∫Uφ(x)dα(x)1 = \int \varphi(x)d\alpha(x) \geq \int_U \varphi(x)d\alpha(x) pour α∈Γφ\alpha \in \Gamma_\varphi, on voit que, si l’on pose c=2/φ(e)c = 2/\varphi(e), on a α(U)≤c\alpha(U) \leq c pour toute α∈Γφ\alpha \in \Gamma_\varphi. Soit V un voisinage ouvert symétrique de e dans G tel que V2⊂UV^2 \subset U; montrons que l’on a α(Vx)≤c\alpha(Vx) \leq c pour tout x∈Gx \in G et toute α∈Γφ\alpha \in \Gamma_\varphi. En effet, cette relation est triviale si VxVx ne rencontre pas le support HαH_\alpha de α\alpha; si par contre il existe un h∈Vx∩Hαh \in Vx \cap H_\alpha, on a h=vxh = vx pour un v∈Vv \in V, d’où

Vx=Vv−1h⊂V2h⊂Uh, Vx = Vv^{-1}h \subset V^2h \subset Uh,

et comme δ(h)α=α\delta(h)\alpha = \alpha, il vient α(Vx)≤α(Uh)=α(U)≤c\alpha(Vx) \leq \alpha(Uh) = \alpha(U) \leq c. Soit alors (xi)1≤i≤n(x_i)_{1 \leq i \leq n} une suite de points de K telle que les VxiVx_i forment un recouvrement de K ; il résulte de ce qui précède que α(K)≤∑i=1nα(Vxi)≤nc\alpha(K) \leq \sum_{i=1}^n \alpha(Vx_i) \leq nc pour toute α∈Γφ\alpha \in \Gamma_\varphi; C.Q.F.D.

Proposition 3

Sous les hypothèses de la prop. 2, l’application α→(⟨φ,α⟩,α⟨φ,α⟩)\alpha \to \left( \langle \varphi, \alpha \rangle, \frac{\alpha}{\langle \varphi, \alpha \rangle} \right) est un homéomorphisme de Γ\Gamma sur l’espace produit R+∗×Γφ\mathbf{R}_+^* \times \Gamma_\varphi.

Comme l’application α→⟨φ,α⟩\alpha \to \langle \varphi, \alpha \rangle est vaguement continue, il suffit de remarquer que l’on a ⟨φ,α⟩≠0\langle \varphi, \alpha \rangle \neq 0 pour toute mesure α∈Γ\alpha \in \Gamma, puisque e appartient au support HαH_\alpha de α\alpha et que φ(e)>0\varphi(e) > 0.

2. Semi-continuité du volume de l’espace homogène.

Dans ce n°, pour toute mesure α∈Γ\alpha \in \Gamma, nous poserons

(1)

Qα=G/Hα, Q_\alpha = G / H_\alpha,
et nous désignerons par πα\pi_\alpha l’application canonique G→QαG \to Q_\alpha.

Soit Γ0\Gamma^0 le sous-ensemble de Γ\Gamma formé des mesures α\alpha telles que le sous-groupe HαH_\alpha de GG soit unimodulaire ; les éléments de Γ0\Gamma^0 sont caractérisés par le fait que l’on a α(f)=α(f~)\alpha(f) = \alpha(\tilde{f}) pour toute fonction f∈K(G)f \in \mathscr{K}(G) (toute fonction de K(Hα)\mathscr{K}(H_\alpha) se prolongeant en une fonction de K(G)\mathscr{K}(G) en vertu du th. d’Urysohn) ; on en conclut que Γ0\Gamma^0 est une partie fermée de Γ\Gamma. Pour toute α∈Γ0\alpha \in \Gamma^0, rappelons que sur QαQ_\alpha la mesure quotient μα=μ/α\mu_\alpha = \mu / \alpha est définie et relativement invariante par GG (chap. VII, § 2, n° 6, th. 3) ; rappelons aussi que pour toute fonction f∈K(G)f \in \mathscr{K}(G), on a

(2)

∫Gf(x)dμ(x)=∫Qαdμα(x˙)∫Hαf(xs)dα(s) \int_G f(x) d\mu(x) = \int_{Q_\alpha} d\mu_\alpha(\dot{x}) \int_{H_\alpha} f(xs) d\alpha(s)
où x˙=πα(x)\dot{x} = \pi_\alpha(x) est l’image canonique de x∈Gx \in G dans QαQ_\alpha.

Proposition 4

Soit Γ0\Gamma^0 l’ensemble des mesures α∈Γ\alpha \in \Gamma telles que HαH_\alpha soit unimodulaire, et pour toute α∈Γ0\alpha \in \Gamma^0, posons μα=μ/α\mu_\alpha = \mu / \alpha; alors l’application α→∥μα∥\alpha \to \| \mu_\alpha \| de Γ0\Gamma^0 dans R‾\overline{\mathbf{R}} est semi-continue inférieurement pour la topologie vague.

Pour toute α∈Γ0\alpha \in \Gamma^0 et toute fonction f∈K(G)f \in \mathscr{K}(G), posons

fα(x˙)=∫Hαf(xs)dα(s)=(f∗α)(x) f_\alpha(\dot{x}) = \int_{H_\alpha} f(xs) d\alpha(s) = (f * \alpha)(x)
où le produit de convolution est pris relativement à la mesure de Haar à droite μ\mu et où l’on utilise le fait que α~=α\tilde{\alpha} = \alpha (§ 4, n° 4, formule (11)). On sait (chap. VII, § 2, n° 1, prop. 2), que l’application f→fαf \to f_\alpha de K+(G)\mathscr{K}_+(G) dans K+(Qα)\mathscr{K}_+(Q_\alpha) est surjective ; on a donc, en vertu de (2),

∥μα∥=sup⁡f∈K+(G),f≠0μα(fα)/∥fα∥=sup⁡f∈K+(G),f≠0μ(f)/∥fα∥ \| \mu_\alpha \| = \sup_{f \in \mathscr{K}_+(G), f \neq 0} \mu_\alpha(f_\alpha) / \| f_\alpha \| = \sup_{f \in \mathscr{K}_+(G), f \neq 0} \mu(f) / \| f_\alpha \|

où l’on pose

(3) ∥fα∥=sup⁡x˙∈Qα∣fα(x˙)∣=sup⁡x∈G∣(f∗α)(x)∣.\|f_\alpha\| = \sup_{\dot{x} \in Q_\alpha} |f_\alpha(\dot{x})| = \sup_{x \in G} |(f * \alpha)(x)|.

Pour établir la proposition, il suffira de montrer que, pour f∈H+(G)f \in \mathscr{H}_+(G) donnée, l’application α→∥fα∥\alpha \to \|f_\alpha\| est vaguement continue. Or, soit K le support de ff; la fonction f∗αf * \alpha a son support contenu dans KHαKH_\alpha et est invariante à droite par HαH_\alpha; par suite

∥fα∥=sup⁡x∈K∣(f∗α)(x)∣. \|f_\alpha\| = \sup_{x \in K} |(f * \alpha)(x)|.

La conclusion résulte donc de ce que l’application α→f∗α\alpha \to f * \alpha de M+(G)\mathscr{M}_+(G) muni de la topologie vague, dans C(G)\mathscr{C}(G), muni de la topologie de la convergence compacte, est continue (§ 4, n° 2, Remarque 1).

Rappelons que si, pour une mesure α∈Γ0\alpha \in \Gamma^0, ∥μα∥\|\mu_\alpha\| est finie, G est nécessairement unimodulaire (chap. VII, § 2, n° 6, cor. 3 du th. 3).

Proposition 5

Soit gg une fonction numérique positive μ\mu-intégrable et soit Γ0(g)\Gamma^0(g) l’ensemble des mesures α∈Γ0\alpha \in \Gamma^0 telles que l’on ait ∫∗g(xs)dα(s)≥1\int^* g(xs)d\alpha(s) \geq 1 pour tout x∈Gx \in G. Alors l’application α→∥μα∥\alpha \to \|\mu_\alpha\| de Γ0(g)\Gamma^0(g) dans R‾\overline{\mathbf{R}} est vaguement continue.

Pour toute mesure α∈Γ0(g)\alpha \in \Gamma^0(g), rappelons (chap. VII, § 2, n° 3, prop. 5) que la fonction

gα(x˙)=∫Hαg(xs)dα(s) g_\alpha(\dot{x}) = \int_{H_\alpha} g(xs)d\alpha(s)

est définie μα\mu_\alpha-presque partout sur QαQ_\alpha, est μα\mu_\alpha-intégrable, et que l’on a

(4) ∫Gg(x)dμ(x)=∫Qαgα(x˙)dμα(x˙).\int_G g(x)d\mu(x) = \int_{Q_\alpha} g_\alpha(\dot{x})d\mu_\alpha(\dot{x}).

En vertu de la prop. 4, il suffit de démontrer que, dans Γ0(g)\Gamma^0(g), α→∥μα∥\alpha \to \|\mu_\alpha\| est semi-continue supérieurement. Une mesure α∈Γ0(g)\alpha \in \Gamma^0(g) étant fixée, soit K une partie compacte de G. Il existe sur QαQ_\alpha une fonction continue à support compact, prenant ses valeurs dans (0,1)(0, 1), égale à 1 dans l’ensemble compact πα(K)\pi_\alpha(K); comme l’application f→fαf \to f_\alpha de K+(G)\mathscr{K}_+(G) dans K+(Qα)\mathscr{K}_+(Q_\alpha) est surjective (chap. VII, § 2, no 1, prop. 2), on voit qu’il existe une fonction f∈K+(G)f \in \mathscr{K}_+(G) telle que l’on ait

(f∗α)(x)=∫Gf(xs)dα(s) (f * \alpha)(x) = \int_G f(xs)d\alpha(s)
{≤1 pour tout x∈G=1 pour tout x∈K. \begin{cases} \leq 1 \text{ pour tout } x \in G \\ = 1 \text{ pour tout } x \in K. \end{cases}

Comme β→f∗β\beta \to f * \beta est une application continue de M+(G)\mathscr{M}_+(G), muni de la topologie vague, dans C(G)\mathscr{C}(G) muni de la topologie de la convergence compacte (§4§ 4, no 2, Remarque 1), on voit que, pour tout ε>0\varepsilon > 0, l’ensemble UεU_\varepsilon des β∈Γ0(g)\beta \in \Gamma^0(g) telles que l’on ait

fβ(x˙)=∫Gf(xs)dβ(s)>1−ε pour tout x∈K f_\beta(\dot{x}) = \int_G f(xs)d\beta(s) > 1 - \varepsilon \text{ pour tout } x \in K

est un voisinage ouvert de α\alpha dans Γ0(g)\Gamma^0(g); pour toute β∈Uε\beta \in U_\varepsilon, on a alors en vertu de la formule (2)

(5)∥μα∥≥∫Gf(x)dμ(x)=∫Qβfβ(x˙)dμβ(x˙)≥(1−ε)μβ(πβ(K)). (5) \quad \| \mu_\alpha \| \geq \int_G f(x)d\mu(x) = \int_{Q_\beta} f_\beta(\dot{x})d\mu_\beta(\dot{x}) \geq (1 - \varepsilon)\mu_\beta(\pi_\beta(K)).

Le nombre ε>0\varepsilon > 0 étant donné, choisissons une fonction h∈K+(G)h \in \mathscr{K}_+(G) telle que ∫G∣g(x)−h(x)∣dμ(x)≤ε\int_G |g(x) - h(x)|d\mu(x) \leq \varepsilon, et prenons dans ce qui précède K=Supp⁡(h)K = \operatorname{Supp}(h). Pour tout β∈Γ0(g)\beta \in \Gamma^0(g), on a par hypothèse gβ(x˙)≥1g_\beta(\dot{x}) \geq 1 presque partout (pour μβ\mu_\beta) dans QβQ_\beta, donc

μβ(Qβ−πβ(K))≤∫Qβ−πβ(K)gβ(x˙)dμβ(x˙)=∫G−KHβg(x)dμ(x) \mu_\beta(Q_\beta - \pi_\beta(K)) \leq \int_{Q_\beta - \pi_\beta(K)} g_\beta(\dot{x})d\mu_\beta(\dot{x}) = \int_{G - KH_\beta} g(x)d\mu(x)

en vertu de (4); comme hh est nulle en dehors de KK, et aa fortiori en dehors de KHβKH_\beta, il vient

μβ(Qβ−πβ(K))≤∫G−KHβ∣g(x)−h(x)∣dμ(x) \mu_\beta(Q_\beta - \pi_\beta(K)) \leq \int_{G - KH_\beta} |g(x) - h(x)|d\mu(x)
≤∫G∣g(x)−h(x)∣dμ(x)≤ε; \leq \int_G |g(x) - h(x)|d\mu(x) \leq \varepsilon;

en combinant ce résultat avec (5), on voit que l’on a

∥μβ∥≤ε+∥μα∥/(1−ε) \|\mu_\beta\| \leq \varepsilon + \|\mu_\alpha\|/(1 - \varepsilon)

dès que β∈Uε\beta \in U_\varepsilon, ce qui termine la démonstration.

Corollaire 1

Soient K une partie compacte de G, V un voisinage compact symétrique de e dans G, c un nombre réel > 0. La restriction de l’application α→∥μα∥\alpha \to \|\mu_\alpha\| à l’ensemble des α∈Γ0\alpha \in \Gamma^0 telles que l’on ait G=KHαG = KH_\alpha et α(V)≥c\alpha(V) \geq c est vaguement continue.

En effet, soit g∈K+(G)g \in \mathscr{K}_+(G) une fonction telle que g(x)≥1/cg(x) \geq 1/c pour x∈KVx \in KV. Pour tout x∈Kx \in K, on a

∫g(xs)dα(s)≥∫Vg(xs)dα(s)≥1 \int g(xs)d\alpha(s) \geq \int_V g(xs)d\alpha(s) \geq 1

α\alpha vérifiant les conditions de l’énoncé ; comme en outre πα(K)=Qx\pi_\alpha(K) = Q_x on a α∈Γ0(g)\alpha \in \Gamma^0(g), d’où le corollaire.

Corollaire 2

Soit A une partie μ\mu-intégrable de G. La restriction de l’application α→∥μα∥\alpha \to \|\mu_\alpha\| à l’ensemble NAN_A des mesures de Haar normalisées des sous-groupes discrets H de G tels que G=AHG = AH est vaguement continue.

En effet, pour a∈Aa \in A et α∈NA\alpha \in N_A, on a

∫φA(as)dα(s)≥φA(a)=1, \int \varphi_A(as)d\alpha(s) \geq \varphi_A(a) = 1,

et comme πα(A)=Qα\pi_\alpha(A) = Q_\alpha, on a NA⊂Γ0(φA)N_A \subset \Gamma^0(\varphi_A), et le corollaire résulte donc de la prop. 5.

3. L’espace des sous-groupes fermés de G.

Désignons par Σ\Sigma l’ensemble des sous-groupes fermés de G ; si l’on associe à chaque mesure α∈Γ\alpha \in \Gamma le sous-groupe HαH_\alpha support de α\alpha, on obtient une application (dite canonique) de Γ\Gamma dans Σ\Sigma, qui est évidemment surjective et permet d’identifier canoniquement Σ\Sigma à l’ensemble des orbites du groupe des homothéties de rapport >0> 0 dans Γ\Gamma. L’ensemble Σ\Sigma, muni de la topologie quotient de la topologie vague sur Γ\Gamma, est appelé l’espace des sous-groupes fermés de GG.

Théorème 1

Soit GG un groupe localement compact. L’espace Σ\Sigma des sous-groupes fermés de GG est compact. On a en outre les propriétés suivantes :

(i) L’ensemble Σ0\Sigma^0 des sous-groupes fermés unimodulaires de GG est fermé dans Σ\Sigma (donc compact).

(ii) Si GG est engendré par un voisinage compact de ee, l’ensemble Σc0\Sigma_c^0 des sous-groupes fermés unimodulaires HH de GG tels que l’espace quotient G/HG/H soit compact, est ouvert dans Σ0\Sigma^0 (donc localement compact).

(iii) Pour tout voisinage ouvert relativement compact UU de ee dans GG, l’ensemble DUD_U des sous-groupes discrets HH de GG tels que H∩U={e}H \cap U = \{e\} est fermé dans Γ0\Gamma^0 (donc compact).

Il résulte de la prop. 3 du no 1 que Σ\Sigma est homéomorphe à Γφ\Gamma_\varphi, donc compact en vertu de la prop. 2 du no 1. On a noté en outre au début du no 2 que l’ensemble Γ0\Gamma^0 des mesures α∈Γ\alpha \in \Gamma telles que HαH_\alpha soit unimodulaire est fermé dans Γ\Gamma; comme Γ0\Gamma^0 est stable par les homothéties de rapport >0> 0, l’image Σ0\Sigma^0 de Γ0\Gamma^0 dans Σ\Sigma est une partie fermée de Σ\Sigma, ce qui prouve (i).

La propriété (ii) sera conséquence de la proposition suivante :

Proposition 6

Supposons que le groupe localement compact GG soit engendré par un voisinage compact de ee. Alors l’ensemble Γc0\Gamma_c^0 des mesures α∈Γ0\alpha \in \Gamma^0 telles que G/HαG/H_\alpha soit compact est ouvert dans Γ0\Gamma^0, et la restriction à Γc0\Gamma_c^0 de l’application α→∥μα∥\alpha \to \| \mu_\alpha \| est vaguement continue.

Avec les notations de la prop. 5 du no 2, on a, pour g∈K+(G)g \in \mathscr{K}_+(G)

Γ0(g)⊂Γc0. \Gamma^0(g) \subset \Gamma_c^0.

En effet, si KK est le support de gg, la relation ∫g(xs)dα(s)⩾1\int g(xs)d\alpha(s) \geqslant 1 pour tout x∈Gx \in G entraîne KHα=GKH_\alpha = G, l’intégrale étant évidemment nulle dans le complémentaire de KHαKH_\alpha, donc G/Hα=πα(K)G/H_\alpha = \pi_\alpha(K) est compact. Etant donnée une mesure α∈Γc0\alpha \in \Gamma_c^0, il suffira donc de définir une fonction g∈K+(G)g \in \mathscr{K}_+(G) telle que Γ0(g)\Gamma^0(g) soit un voisinage de α\alpha dans Γ0\Gamma^0. Puisque G/HαG/H_\alpha est compact et que l’application canonique f→fαf \to f_\alpha de K+(G)\mathscr{K}_+(G) dans K+(G/Hα)\mathscr{K}_+(G/H_\alpha) est surjective (chap. VII, § 2, n° 2, Remarque), il existe une fonction g∈K+(G)g \in \mathscr{K}_+(G) telle que ∫g(xs)dα(s)=2\int g(xs)d\alpha(s) = 2 pour tout x∈Gx \in G. Soient K le support (compact) de gg, L un voisinage compact symétrique de e dans G engendrant G ; l’application β→g∗β\beta \to g * \beta de M+(G)\mathscr{M}_+(G) dans C(G)\mathscr{C}(G) étant vaguement continue (§4§ 4, n° 2, Remarque 1), il existe un voisinage W de α\alpha dans Γ0\Gamma^0 tel que l’on ait

(g∗β)(x)=∫g(xs)dβ(s)⩾1 (g * \beta)(x) = \int g(xs)d\beta(s) \geqslant 1

pour toute β∈W\beta \in W et tout x∈LKx \in LK. Le premier membre de (7) étant nul en dehors de KHβKH_\beta, la relation β∈W\beta \in W implique

LK⊂KHβ, LK \subset KH_\beta,

d’où l’on déduit, par récurrence sur nn, LnK⊂KHβL^nK \subset KH_\beta pour tout entier n>0n > 0; comme L engendre G, on a donc G=KHβG = KH_\beta pour toute mesure β∈W\beta \in W, ce qui prouve que W⊂Γc0W \subset \Gamma_c^0. D’autre part, le premier membre de (7) étant invariant à droite par HβH_\beta, l’inégalité (7) est aussi valable pour x∈LKHβ=Gx \in LKH_\beta = G; donc W⊂Γ0(g)W \subset \Gamma^0(g), ce qui démontre la proposition.

Enfin, (iii) sera conséquence de la proposition suivante :

Proposition 7

Soit N ⊂Γ0\subset \Gamma^0 le sous-espace des mesures de Haar normalisées des sous-groupes discrets de G, et pour tout voisinage ouvert relativement compact U de e dans G, soit NUN_U la partie de N formée des α\alpha telles que Hα∩U={e}H_\alpha \cap U = \{e\}. Alors : a) NUN_U est compact. b) Les intérieurs des ensembles NUN_U dans N forment un recouvrement de N, lorsque U parcourt l’ensemble des voisinages ouverts relativement compacts de e dans G. c) Pour qu’une partie M de N soit relativement compacte dans N, il faut et il suffit qu’il existe un voisinage ouvert relativement compact U de e dans G tel que M⊂NUM \subset N_U.

Comme DUD_U est l’image de NUN_U par l’application continue canonique Γ→Σ\Gamma \to \Sigma, l’assertion (iii) du th. 1 résultera aussitôt de la prop. 7, aa.

Pour démontrer la prop. 7, notons que NUN_U peut être définie comme la partie de Γ0\Gamma^0 formée des α\alpha telles que l’on ait à la fois

α({e})⩾1etα(U)⩽1. \alpha(\{e\}) \geqslant 1 \quad \text{et} \quad \alpha(U) \leqslant 1.
Or, si AA est compact (resp. ouvert relativement compact) dans GG, l’application α→α(A)\alpha \to \alpha(A) de M+(G)\mathscr{M}_+(G) dans R\mathbf{R} est semi-continue supérieurement (resp. inférieurement) pour la topologie vague (chap. IV, § 1, no 1, prop. 4 et § 4, no 4, Remarque) ; on voit donc que NUN_U est une partie fermée de Γ0\Gamma^0. De plus, soit φ∈K+(G)\varphi \in \mathscr{K}_+(G) une fonction telle que φ(e)=1\varphi(e) = 1 et φ(x)=0\varphi(x) = 0 dans G−UG - U; il est clair que ∫φ(x)dα(x)=1\int \varphi(x) d\alpha(x) = 1 pour toute α∈NU\alpha \in N_U; la prop. 2 du no 1 montre donc que NUN_U est un ensemble compact, ce qui démontre a). Soit d’autre part VV un voisinage ouvert relativement compact de ee dans GG tel que V‾⊂U\overline{V} \subset U, et soit φ∈K+(G)\varphi \in \mathscr{K}_+(G), de support contenu dans UU et telle que φ(x)=1\varphi(x) = 1 dans VV. On a α(φ)=1\alpha(\varphi) = 1 pour α∈NU\alpha \in N_U, et il existe donc un voisinage WW de α\alpha dans NN tel que l’on ait β(φ)<2\beta(\varphi) < 2 pour β∈W\beta \in W; il est clair alors que l’on a W⊂NVW \subset N_V, donc NVN_V est un voisinage de NUN_U. Comme les NUN_U recouvrent NN, cela démontre b). Enfin, toute partie compacte MM de NN est contenue dans une réunion finie d’ensembles NUiN_{U_i} (1⩽i⩽n1 \leqslant i \leqslant n) et comme ⋃iNUi⊂NU\bigcup_i N_{U_i} \subset N_U, où U=⋂iUiU = \bigcap_i U_i, cela démontre c).

Corollaire

Le sous-espace* NN de Γ0\Gamma^0 est localement compact.

4. Cas des groupes sans sous-groupes finis arbitrairement petits.

Théorème 2

Soit* GG *un groupe localement compact vérifiant la condition suivante :

(L) Il existe un voisinage de e dans G qui ne contient aucun sous-groupe fini de G non réduit à e. Alors on a les propriétés suivantes : (i) L’ensemble D des sous-groupes discrets de G est localement fermé dans Σ (ce qui équivaut à dire qu’il est localement compact). (ii) Pour qu’une partie fermée A de D soit compacte, il faut et il suffit qu’il existe un voisinage U de e dans G tel que H ∩ U = {e} pour tout sous-groupe H ∈ A. (iii) Si en outre G est engendré par un voisinage compact de e, l’ensemble D_c des sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact est localement fermé dans Σ (donc localement compact). On a D_c = D ∩ Σ_c^0, donc (iii) est conséquence de (i) et du th. 1, (ii) du n° 3. Avec les notations du n° 3, prop. 7, il suffit, pour démontrer (i) et (ii), de prouver que :

Proposition 8

La bijection canonique de N sur D est un homéomorphisme. Or, si Γ_d est l’ensemble des mesures de Haar sur les sous-groupes discrets de G, D est canoniquement homéomorphe à l’espace des orbites du groupe des homothéties de rapport > 0 dans Γ_d (Top. gén., chap. I, 3e éd., § 5, n° 2, prop. 4). Il suffira donc de prouver que l’application canonique α → (α({e}), α/α({e})) de Γ_d sur R+∗\mathbf{R}_+^* × N est un homéomorphisme, ce qui résultera du lemme suivant :

Lemme 4

Si le groupe G vérifie la condition (L), l’application α → α({e}) de Γ_d dans R+∗\mathbf{R}_+^* est vaguement continue. Considérons une mesure α ∈ Γ_d ; soit V_0 un voisinage ouvert relativement compact de e dans G tel que H_α ∩ V_0 = {e} et qu’il n’existe aucun sous-groupe fini de G contenu dans V_0 et non réduit à e. Soit V un voisinage compact symétrique de e tel que V^3 ⊂ V_0, et soit U un voisinage symétrique de e tel que U^2 ⊂ V. Soit φ (resp. ψ) une fonction de K+\mathscr{K}_+(G), à valeurs dans [0, 1], égale à 1 dans V^3 (resp. au point e) et de support contenu dans V_0 (resp. dans U). L’ensemble des mesures β ∈ Γ_d telles que l’on ait ∣β(φ)−α(φ)∣≤ε|\beta(\varphi) - \alpha(\varphi)| \leq \varepsilon et ∣β(ψ)−α(ψ)∣≤ε|\beta(\psi) - \alpha(\psi)| \leq \varepsilon est un voisinage W de α\alpha. Nous nous proposons de montrer que, pourvu que ε\varepsilon soit pris assez petit, on a Hβ∩V={e}H_\beta \cap V = \{e\} pour toute β∈W\beta \in W; il en résultera que β(ψ)=β({e})\beta(\psi) = \beta(\{e\}), donc que ∣β({e})−α({e})∣≤ε|\beta(\{e\}) - \alpha(\{e\})| \leq \varepsilon, ce qui prouvera le lemme.

Il nous suffira de montrer que l’on a, pour β∈W\beta \in W,

(8)

(V2−V)∩Hβ=∅.(V^2 - V) \cap H_\beta = \varnothing.

Supposons en effet ce point établi : alors, pour xx et yy dans V∩HβV \cap H_\beta, on a xy−1∈V2∩Hβxy^{-1} \in V^2 \cap H_\beta; mais, en vertu de (8), cela entraîne xy−1∈V∩Hβxy^{-1} \in V \cap H_\beta; autrement dit, V∩HβV \cap H_\beta est un sous-groupe de G, qui est évidemment discret et compact, donc fini ; mais en vertu du choix de V0V_0, cela entraîne bien V∩Hβ={e}V \cap H_\beta = \{e\}.

Raisonnons par l’absurde et supposons donc qu’il existe un point zz de V2−VV^2 - V appartenant à HβH_\beta; en vertu du choix de U et V, on a ψ(sz−1)+ψ(s)≤φ(s)\psi(sz^{-1}) + \psi(s) \leq \varphi(s) dans G, la relation z∉U2z \notin U^2 entraînant Uz∩U=∅Uz \cap U = \varnothing. Comme

∫ψ(sz−1)dβ(s)=∫ψ(s)dβ(s), \int \psi(sz^{-1}) d\beta(s) = \int \psi(s) d\beta(s),
on en déduit 2β(ψ)≤β(φ)≤α(φ)+ε2\beta(\psi) \leq \beta(\varphi) \leq \alpha(\varphi) + \varepsilon; mais on a aussi
β(ψ)≥α(ψ)−ε, \beta(\psi) \geq \alpha(\psi) - \varepsilon,
et par construction α(φ)=α(ψ)=α({e})\alpha(\varphi) = \alpha(\psi) = \alpha(\{e\}). On arrive ainsi à une contradiction dès que ε<α({e})/3\varepsilon < \alpha(\{e\})/3. C.Q.F.D.

En termes imagés, on dit qu’un groupe G vérifiant la condition (L) n’a pas de sous-groupes finis arbitrairement petits. On peut montrer que tout groupe de Lie vérifie la condition (L); mais cette condition n’est pas caractéristique des groupes de Lie; par exemple le groupe multiplicatif des entiers pp-adiques congrus à 1 mod. pp satisfait à (L).

5. Cas des groupes commutatifs.

Soient G un groupe localement compact, N⊂Γ0N \subset \Gamma^0 le sous-espace des mesures de Haar normalisées des sous-groupes discrets de G, et N_c la partie de N correspondant aux sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact ; on a donc N_c = N ∩ Γ^0_c avec les notations du n° 3, prop. 6 ; et si le groupe G est engendré par un voisinage compact de e, il résulte du n° 3, prop. 6 que N_c est ouvert dans N (donc localement compact en vertu du n° 3, cor. de la prop. 7) et que la restriction à N_c de l’application α → ||μ_α|| est vaguement continue.

Proposition 9

Soit G un groupe localement compact commutatif, engendré par un voisinage compact de e. Pour qu’une partie A de N_c soit relativement compacte dans N_c, il faut et il suffit qu’elle vérifie les deux conditions suivantes :

(i) Il existe un voisinage ouvert U de e dans G tel que H_α ∩ U = {e} pour toute α ∈ A.

(ii) Il existe une constante k telle que μ_α(G/H_α) ≤ k pour toute α ∈ A.

Si A ⊂ N_c est relativement compacte dans N_c, elle l’est a fortiori dans N et la nécessité des conditions (i) et (ii) résulte donc du n° 3, prop. 6 et 7 (sans supposer G commutatif). Réciproquement, supposons que A ⊂ N_c vérifie ces conditions ; si A est l’adhérence de A dans N, Ā est compacte en vertu du n° 3, prop. 7 ; en outre, comme α → ||μ_α|| est semi-continue inférieurement dans Γ^0 pour la topologie vague (n° 2, prop. 4), la condition (ii) implique que l’on a aussi ||μ_α|| ≤ k pour toute α ∈ Ā. Or, puisque G est commutatif, μ_α = μ/α est une mesure de Haar sur le groupe G/H_α, et G/H_α est donc compact pour toute α ∈ Ā (chap. VII, § 1, n° 2, prop. 2). Cela signifie que Ā ⊂ N_c, donc A est relativement compacte dans N_c.

Corollaire

Soit G un groupe localement compact commutatif, engendré par un voisinage compact de e et satisfaisant à la condition (L) du n° 4. Soit D_c l’ensemble des sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact, et, pour tout H ∈ D_c, soit v(H) la masse totale μ_α(G/H), où μ_α est la mesure quotient de μ par la mesure de Haar normalisée α de H. Pour qu’une partie A de l’espace D_c soit relativement compacte dans D_c, il faut et il suffit qu’elle vérifie les deux conditions suivantes :

(i) Il existe un voisinage ouvert U de e dans G tel que H ∩ U = {e} pour tout H ∈ A.

(ii) Il existe une constante k telle que v(H) ≤ k pour tout H ∈ A.

Compte tenu de la prop. 9, cela résulte aussitôt de ce que D_c est l’image de N_c par la bijection canonique de N sur D, et de ce que, moyennant les hypothèses faites, cette bijection est un homéomorphisme (n° 4, prop. 8).

Exemple

Prenons G = \mathbf{R}^n et pour μ la mesure de Lebesgue ; toutes les hypothèses du cor. de la prop. 9 sont vérifiées. Les sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact ne sont autres que les sous-groupes discrets de rang n (Top. gén., chap. VII, § 1, n° 1, th. 1) ; un tel sous-groupe H est engendré par une base (a_i)_{1 \leq i \leq n} de \mathbf{R}^n, et on a

v(H)=∣det⁡(a1,…,an)∣ v(H) = |\det(a_1, \ldots, a_n)|

(le déterminant étant pris par rapport à la base canonique de \mathbf{R}^n) (chap. VII, § 2, n° 10, th. 4). L’espace D_c peut ici s’interpréter de la façon suivante : tout sous-groupe H ∈ D_c est le transformé g. \mathbf{Z}^n du sous-groupe \mathbf{Z}^n par un élément g ∈ \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) et le sous-groupe de \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) laissant stable \mathbf{Z}^n s’identifie à \mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}). Par suite D_c s’identifie canoniquement, en tant qu’espace homogène (non topologique), à \mathbf{GL}(n, \mathbf{R})/\mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}). D’autre part, \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) opère continûment dans \mathbf{R}^n, donc aussi dans \mathscr{M}_+(\mathbf{R}^n) pour la topologie vague (§ 3, n° 3, prop. 13), et par suite dans le sous-espace N_c de \mathscr{M}_+(\mathbf{R}^n) ; en outre, l’homéomorphisme canonique (n° 4, prop. 8) de N_c sur D_c est compatible avec les lois d’opération de \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}). Comme \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) est dénombrable à l’infini et que D_c est localement compact, la bijection de \mathbf{GL}(n, \mathbf{R})/\mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}) sur D_c définie plus haut est un homéomorphisme (chap. VII, App. I, lemme 2). Le cor. de la prop. 9 donne donc un critère de compacité dans l’espace homogène \mathbf{GL}(n, \mathbf{R})/\mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}).

6. Autre interprétation de la topologie de l’espace des sous-groupes fermés.

Soit F\mathfrak{F} l’ensemble des parties fermées de GG; on définit sur F\mathfrak{F} une structure uniforme séparée de la façon suivante : pour toute partie compacte KK de GG et tout voisinage VV de ee dans GG, soit P(K,V)P(K, V) l’ensemble des couples (X,Y)(X, Y) d’éléments de F\mathfrak{F} tels que l’on ait à la fois

X∩K⊂VYetY∩K⊂VX. X \cap K \subset VY \quad \text{et} \quad Y \cap K \subset VX.

Montrons que l’ensemble des P(K,V)P(K, V) est un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme séparée U\mathscr{U} sur F\mathfrak{F}. Les axiomes (UI′)(U'_I) et (UII′)(U'_{II}) de Top. gén., chap. II, 3e éd., § 1, no 1 sont évidemment satisfaits ; en outre les relations K⊂K′K \subset K' et V′⊂VV' \subset V entraînent P(K′,V′)⊂P(K,V)P(K', V') \subset P(K, V); pour vérifier (UIII′)(U'_{III}), on peut donc se borner au cas où VV est un voisinage compact symétrique de ee, de sorte que VKVK est compact. Supposons que l’on ait (X,Y)∈P(VK,V)(X, Y) \in P(VK, V) et (Y,Z)∈P(VK,V)(Y, Z) \in P(VK, V); on a alors X∩K⊂X∩VK⊂VYX \cap K \subset X \cap VK \subset VY, et si y∈Yy \in Y est tel que vy∈Kvy \in K pour un v∈Vv \in V, on a nécessairement y∈VKy \in VK, donc

X∩K⊂V(Y∩VK); X \cap K \subset V(Y \cap VK);

d’autre part on a Y∩VK⊂VZY \cap VK \subset VZ, d’où X∩K⊂V2ZX \cap K \subset V^2Z et on montre de même que Z∩K⊂V2XZ \cap K \subset V^2X, ce qui prouve (UIII′)(U'_{III}). Enfin, si X,YX, Y sont deux éléments distincts de F\mathfrak{F}, il existe par exemple un point a∈Xa \in X tel que a∉Ya \notin Y, donc un voisinage compact symétrique VV de ee tel que Va∩Y=∅Va \cap Y = \varnothing, ou encore a∉VYa \notin VY; aa fortiori on a (X,Y)∉P(Va,V)(X, Y) \notin P(Va, V), ce qui achève de prouver notre assertion.

Cela étant, considérons sur l’ensemble Σ\Sigma des sous-groupes fermés de GG la topologie T\mathscr{T} induite par la topologie de l’espace uniforme F\mathfrak{F} que nous venons de définir. Nous allons voir que cette topologie est identique à la topologie définie au no 3. Il suffira de prouver que l’application α→Hα\alpha \to H_\alpha de Γ\Gamma dans Σ\Sigma, quand on munit Σ\Sigma de la topologie T\mathscr{T}, est continue : en effet, il en sera de même de la restriction de cette application à Γφ\Gamma_\varphi (avec les notations du no 1, prop. 2) qui est bijective ; mais comme Γφ\Gamma_\varphi est compact et la topologie T\mathscr{T} séparée, l’application α→Hα\alpha \to H_\alpha de Γφ\Gamma_\varphi dans Σ\Sigma sera alors un homéomorphisme.

Soient donc α0\alpha_0 un point de Γ\Gamma et Φ\Phi un filtre sur Γ\Gamma qui converge vers α0\alpha_0 ; il s’agit de montrer que, suivant Φ\Phi, HαH_\alpha tend vers Hα0H_{\alpha_0} pour la topologie T\mathscr{T}. Soient KK une partie compacte de GG, VV un voisinage compact symétrique de ee dans GG ; pour tout x∈Hα0∩Kx \in H_{\alpha_0} \cap K, il existe un ensemble M(x)∈ΦM(x) \in \Phi tel que pour toute α∈M(x)\alpha \in M(x), on ait Vx∩Hα≠∅Vx \cap H_\alpha \neq \emptyset (no 1, lemme 2), d’où Vx⊂V2HαVx \subset V^2H_\alpha ; recouvrant Hα0∩KH_{\alpha_0} \cap K par un nombre fini d’ensembles VxiVx_i, on voit que si M=⋂iM(xi)M = \bigcap_i M(x_i), on a Hα0∩K⊂V2HαH_{\alpha_0} \cap K \subset V^2H_\alpha pour toute α∈M\alpha \in M. Inversement, supposons qu’il y ait un voisinage ouvert UU de ee dans GG, tel que pour tout ensemble L∈ΦL \in \Phi, il y ait au moins un α∈L\alpha \in L pour lequel Hα∩K⊄UHα0H_\alpha \cap K \not\subset UH_{\alpha_0} ; si ω(L)\omega(L) est l’ensemble des α∈L\alpha \in L ayant cette propriété, les ω(L)\omega(L) formeraient la base d’un filtre Φ′\Phi' plus fin que Φ\Phi sur Γ\Gamma et, pour toute α\alpha appartenant à la réunion EE des ω(L)\omega(L) pour L∈ΦL \in \Phi, il existerait un tα∈Hα∩Kt_\alpha \in H_\alpha \cap K n’appartenant pas à UHα0UH_{\alpha_0} ; pour α∉E\alpha \notin E, on prend pour tαt_\alpha un point quelconque de HαH_\alpha. Comme K∩C(UHα0)K \cap C(UH_{\alpha_0}) est compact, il existerait une valeur d’adhérence ss de α→tα\alpha \to t_\alpha suivant Φ′\Phi', appartenant à K∩C(UHα0)K \cap C(UH_{\alpha_0}) ; mais comme Φ′\Phi' converge vers α0\alpha_0 dans Γ\Gamma, cela contredit le lemme 3 du no 1.

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.