§ 5. L’espace des sous-groupes fermés.
Dans ce paragraphe, désigne un groupe localement compact et une mesure de Haar à droite sur .
1. L’espace des mesures de Haar des sous-groupes fermés de .
Lemme 1
Soient une mesure positive sur , S son support ; les deux conditions suivantes sont équivalentes : a) S est un sous-groupe fermé de et la mesure induite par sur S est une mesure de Haar à droite sur S. b) Pour tout , on a . En outre, lorsque ces conditions sont vérifiées, l’ensemble des tels que est égal à S. Il est clair que a) entraîne b) ; inversement, la relation b) entraîne pour tout ; autrement dit les relations et entraînent que , ou encore , et comme S n’est pas vide, S est un sous-groupe fermé de . L’ensemble des tels que est alors S lui-même, d’où la dernière assertion.
Dans le reste de ce paragraphe, nous noterons l’ensemble des mesures positives sur vérifiant les conditions du lemme 1, et pour tout , nous noterons le sous-groupe fermé de , support de .
Proposition 1
L’ensemble est fermé dans l’espace , muni de la topologie vague. Démontrons d’abord les lemmes suivants :
Lemme 2
Soient X un espace localement compact et pour toute mesure , soit le support de . Soit un filtre sur qui converge vaguement vers une mesure . Alors, pour tout voisinage V d’un point s du support de , il existe un ensemble tel que, pour toute , on ait .
En effet, si est une fonction de support contenu dans V et telle que , il existe par définition un ensemble tel que pour toute , ce qui entraîne .
Lemme 3
Soient E un ensemble filtré par un filtre , une application de E dans , qui converge vaguement suivant vers une mesure . Soit d’autre part une application de E dans G telle que, pour tout , on ait . Si s est une valeur d’adhérence de l’application suivant , on a .
Remplaçant au besoin par un filtre plus fin, on peut supposer que s est valeur limite de suivant ; en vertu du lemme 1, on a pour tout , et la conclusion résulte de la continuité de l’application dans (§ 3, no 3, prop. 13).
Pour prouver la prop. 1, il suffit, en vertu du lemme 1, de montrer que, si un filtre sur converge vaguement vers une mesure et si s appartient au support de , on a . Or, pour tout voisinage V de s dans G, il existe tel que, pour toute , on ait , en vertu du lemme 2. Pour tout voisinage V de s et toute , soit alors un point de si , un point quelconque de dans le cas contraire ; si est le filtre des sections du filtre des voisinages de s, le filtre produit , s est valeur d’adhérence de suivant d’après ce qui précède. Comme d’autre part l’application a pour valeur limite suivant , la proposition résulte du lemme 3.
Proposition 2
Soit une fonction de telle que . Alors l’ensemble des mesures telles que est compact pour la topologie vague.
L’ensemble est l’intersection de et de l’hyperplan de formé des telles que ; comme cet hyperplan est vaguement fermé dans et ne contient pas 0, il résulte de la prop. 1 que est vaguement fermé dans . Il suffit donc de montrer que, pour toute partie compacte K de G, on a (chap. III, § 2, n° 7, prop. 9).
Or, soit U le voisinage ouvert de e dans G défini par l’inégalité ; comme pour , on voit que, si l’on pose , on a pour toute . Soit V un voisinage ouvert symétrique de e dans G tel que ; montrons que l’on a pour tout et toute . En effet, cette relation est triviale si ne rencontre pas le support de ; si par contre il existe un , on a pour un , d’où
et comme , il vient . Soit alors une suite de points de K telle que les forment un recouvrement de K ; il résulte de ce qui précède que pour toute ; C.Q.F.D.
Proposition 3
Sous les hypothèses de la prop. 2, l’application est un homéomorphisme de sur l’espace produit .
Comme l’application est vaguement continue, il suffit de remarquer que l’on a pour toute mesure , puisque e appartient au support de et que .
2. Semi-continuité du volume de l’espace homogène.
Dans ce n°, pour toute mesure , nous poserons
(1)
Soit le sous-ensemble de formé des mesures telles que le sous-groupe de soit unimodulaire ; les éléments de sont caractérisés par le fait que l’on a pour toute fonction (toute fonction de se prolongeant en une fonction de en vertu du th. d’Urysohn) ; on en conclut que est une partie fermée de . Pour toute , rappelons que sur la mesure quotient est définie et relativement invariante par (chap. VII, § 2, n° 6, th. 3) ; rappelons aussi que pour toute fonction , on a
(2)
Proposition 4
Soit l’ensemble des mesures telles que soit unimodulaire, et pour toute , posons ; alors l’application de dans est semi-continue inférieurement pour la topologie vague.
Pour toute et toute fonction , posons
où l’on pose
(3)
Pour établir la proposition, il suffira de montrer que, pour donnée, l’application est vaguement continue. Or, soit K le support de ; la fonction a son support contenu dans et est invariante à droite par ; par suite
La conclusion résulte donc de ce que l’application de muni de la topologie vague, dans , muni de la topologie de la convergence compacte, est continue (§ 4, n° 2, Remarque 1).
Rappelons que si, pour une mesure , est finie, G est nécessairement unimodulaire (chap. VII, § 2, n° 6, cor. 3 du th. 3).
Proposition 5
Soit une fonction numérique positive -intégrable et soit l’ensemble des mesures telles que l’on ait pour tout . Alors l’application de dans est vaguement continue.
Pour toute mesure , rappelons (chap. VII, § 2, n° 3, prop. 5) que la fonction
est définie -presque partout sur , est -intégrable, et que l’on a
(4)
En vertu de la prop. 4, il suffit de démontrer que, dans , est semi-continue supérieurement. Une mesure étant fixée, soit K une partie compacte de G. Il existe sur une fonction continue à support compact, prenant ses valeurs dans , égale à 1 dans l’ensemble compact ; comme l’application de dans est surjective (chap. VII, § 2, no 1, prop. 2), on voit qu’il existe une fonction telle que l’on ait
Comme est une application continue de , muni de la topologie vague, dans muni de la topologie de la convergence compacte (, no 2, Remarque 1), on voit que, pour tout , l’ensemble des telles que l’on ait
est un voisinage ouvert de dans ; pour toute , on a alors en vertu de la formule (2)
Le nombre étant donné, choisissons une fonction telle que , et prenons dans ce qui précède . Pour tout , on a par hypothèse presque partout (pour ) dans , donc
en vertu de (4); comme est nulle en dehors de , et fortiori en dehors de , il vient
en combinant ce résultat avec (5), on voit que l’on a
dès que , ce qui termine la démonstration.
Corollaire 1
Soient K une partie compacte de G, V un voisinage compact symétrique de e dans G, c un nombre réel > 0. La restriction de l’application à l’ensemble des telles que l’on ait et est vaguement continue.
En effet, soit une fonction telle que pour . Pour tout , on a
vérifiant les conditions de l’énoncé ; comme en outre on a , d’où le corollaire.
Corollaire 2
Soit A une partie -intégrable de G. La restriction de l’application à l’ensemble des mesures de Haar normalisées des sous-groupes discrets H de G tels que est vaguement continue.
En effet, pour et , on a
et comme , on a , et le corollaire résulte donc de la prop. 5.
3. L’espace des sous-groupes fermés de G.
Désignons par l’ensemble des sous-groupes fermés de G ; si l’on associe à chaque mesure le sous-groupe support de , on obtient une application (dite canonique) de dans , qui est évidemment surjective et permet d’identifier canoniquement à l’ensemble des orbites du groupe des homothéties de rapport dans . L’ensemble , muni de la topologie quotient de la topologie vague sur , est appelé l’espace des sous-groupes fermés de .
Théorème 1
Soit un groupe localement compact. L’espace des sous-groupes fermés de est compact. On a en outre les propriétés suivantes :
(i) L’ensemble des sous-groupes fermés unimodulaires de est fermé dans (donc compact).
(ii) Si est engendré par un voisinage compact de , l’ensemble des sous-groupes fermés unimodulaires de tels que l’espace quotient soit compact, est ouvert dans (donc localement compact).
(iii) Pour tout voisinage ouvert relativement compact de dans , l’ensemble des sous-groupes discrets de tels que est fermé dans (donc compact).
Il résulte de la prop. 3 du no 1 que est homéomorphe à , donc compact en vertu de la prop. 2 du no 1. On a noté en outre au début du no 2 que l’ensemble des mesures telles que soit unimodulaire est fermé dans ; comme est stable par les homothéties de rapport , l’image de dans est une partie fermée de , ce qui prouve (i).
La propriété (ii) sera conséquence de la proposition suivante :
Proposition 6
Supposons que le groupe localement compact soit engendré par un voisinage compact de . Alors l’ensemble des mesures telles que soit compact est ouvert dans , et la restriction à de l’application est vaguement continue.
Avec les notations de la prop. 5 du no 2, on a, pour
En effet, si est le support de , la relation pour tout entraîne , l’intégrale étant évidemment nulle dans le complémentaire de , donc est compact. Etant donnée une mesure , il suffira donc de définir une fonction telle que soit un voisinage de dans . Puisque est compact et que l’application canonique de dans est surjective (chap. VII, § 2, n° 2, Remarque), il existe une fonction telle que pour tout . Soient K le support (compact) de , L un voisinage compact symétrique de e dans G engendrant G ; l’application de dans étant vaguement continue (, n° 2, Remarque 1), il existe un voisinage W de dans tel que l’on ait
pour toute et tout . Le premier membre de (7) étant nul en dehors de , la relation implique
d’où l’on déduit, par récurrence sur , pour tout entier ; comme L engendre G, on a donc pour toute mesure , ce qui prouve que . D’autre part, le premier membre de (7) étant invariant à droite par , l’inégalité (7) est aussi valable pour ; donc , ce qui démontre la proposition.
Enfin, (iii) sera conséquence de la proposition suivante :
Proposition 7
Soit N le sous-espace des mesures de Haar normalisées des sous-groupes discrets de G, et pour tout voisinage ouvert relativement compact U de e dans G, soit la partie de N formée des telles que . Alors : a) est compact. b) Les intérieurs des ensembles dans N forment un recouvrement de N, lorsque U parcourt l’ensemble des voisinages ouverts relativement compacts de e dans G. c) Pour qu’une partie M de N soit relativement compacte dans N, il faut et il suffit qu’il existe un voisinage ouvert relativement compact U de e dans G tel que .
Comme est l’image de par l’application continue canonique , l’assertion (iii) du th. 1 résultera aussitôt de la prop. 7, .
Pour démontrer la prop. 7, notons que peut être définie comme la partie de formée des telles que l’on ait à la fois
Corollaire
Le sous-espace* de est localement compact.
4. Cas des groupes sans sous-groupes finis arbitrairement petits.
Théorème 2
Soit* *un groupe localement compact vérifiant la condition suivante :
(L) Il existe un voisinage de e dans G qui ne contient aucun sous-groupe fini de G non réduit à e. Alors on a les propriétés suivantes : (i) L’ensemble D des sous-groupes discrets de G est localement fermé dans Σ (ce qui équivaut à dire qu’il est localement compact). (ii) Pour qu’une partie fermée A de D soit compacte, il faut et il suffit qu’il existe un voisinage U de e dans G tel que H ∩ U = {e} pour tout sous-groupe H ∈ A. (iii) Si en outre G est engendré par un voisinage compact de e, l’ensemble D_c des sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact est localement fermé dans Σ (donc localement compact). On a D_c = D ∩ Σ_c^0, donc (iii) est conséquence de (i) et du th. 1, (ii) du n° 3. Avec les notations du n° 3, prop. 7, il suffit, pour démontrer (i) et (ii), de prouver que :
Proposition 8
La bijection canonique de N sur D est un homéomorphisme. Or, si Γ_d est l’ensemble des mesures de Haar sur les sous-groupes discrets de G, D est canoniquement homéomorphe à l’espace des orbites du groupe des homothéties de rapport > 0 dans Γ_d (Top. gén., chap. I, 3e éd., § 5, n° 2, prop. 4). Il suffira donc de prouver que l’application canonique α → (α({e}), α/α({e})) de Γ_d sur × N est un homéomorphisme, ce qui résultera du lemme suivant :
Lemme 4
Si le groupe G vérifie la condition (L), l’application α → α({e}) de Γ_d dans est vaguement continue. Considérons une mesure α ∈ Γ_d ; soit V_0 un voisinage ouvert relativement compact de e dans G tel que H_α ∩ V_0 = {e} et qu’il n’existe aucun sous-groupe fini de G contenu dans V_0 et non réduit à e. Soit V un voisinage compact symétrique de e tel que V^3 ⊂ V_0, et soit U un voisinage symétrique de e tel que U^2 ⊂ V. Soit φ (resp. ψ) une fonction de (G), à valeurs dans [0, 1], égale à 1 dans V^3 (resp. au point e) et de support contenu dans V_0 (resp. dans U). L’ensemble des mesures β ∈ Γ_d telles que l’on ait et est un voisinage W de . Nous nous proposons de montrer que, pourvu que soit pris assez petit, on a pour toute ; il en résultera que , donc que , ce qui prouvera le lemme.
Il nous suffira de montrer que l’on a, pour ,
(8)
Supposons en effet ce point établi : alors, pour et dans , on a ; mais, en vertu de (8), cela entraîne ; autrement dit, est un sous-groupe de G, qui est évidemment discret et compact, donc fini ; mais en vertu du choix de , cela entraîne bien .
Raisonnons par l’absurde et supposons donc qu’il existe un point de appartenant à ; en vertu du choix de U et V, on a dans G, la relation entraînant . Comme
En termes imagés, on dit qu’un groupe G vérifiant la condition (L) n’a pas de sous-groupes finis arbitrairement petits. On peut montrer que tout groupe de Lie vérifie la condition (L); mais cette condition n’est pas caractéristique des groupes de Lie; par exemple le groupe multiplicatif des entiers -adiques congrus à 1 mod. satisfait à (L).
5. Cas des groupes commutatifs.
Soient G un groupe localement compact, le sous-espace des mesures de Haar normalisées des sous-groupes discrets de G, et N_c la partie de N correspondant aux sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact ; on a donc N_c = N ∩ Γ^0_c avec les notations du n° 3, prop. 6 ; et si le groupe G est engendré par un voisinage compact de e, il résulte du n° 3, prop. 6 que N_c est ouvert dans N (donc localement compact en vertu du n° 3, cor. de la prop. 7) et que la restriction à N_c de l’application α → ||μ_α|| est vaguement continue.
Proposition 9
Soit G un groupe localement compact commutatif, engendré par un voisinage compact de e. Pour qu’une partie A de N_c soit relativement compacte dans N_c, il faut et il suffit qu’elle vérifie les deux conditions suivantes :
(i) Il existe un voisinage ouvert U de e dans G tel que H_α ∩ U = {e} pour toute α ∈ A.
(ii) Il existe une constante k telle que μ_α(G/H_α) ≤ k pour toute α ∈ A.
Si A ⊂ N_c est relativement compacte dans N_c, elle l’est a fortiori dans N et la nécessité des conditions (i) et (ii) résulte donc du n° 3, prop. 6 et 7 (sans supposer G commutatif). Réciproquement, supposons que A ⊂ N_c vérifie ces conditions ; si A est l’adhérence de A dans N, Ā est compacte en vertu du n° 3, prop. 7 ; en outre, comme α → ||μ_α|| est semi-continue inférieurement dans Γ^0 pour la topologie vague (n° 2, prop. 4), la condition (ii) implique que l’on a aussi ||μ_α|| ≤ k pour toute α ∈ Ā. Or, puisque G est commutatif, μ_α = μ/α est une mesure de Haar sur le groupe G/H_α, et G/H_α est donc compact pour toute α ∈ Ā (chap. VII, § 1, n° 2, prop. 2). Cela signifie que Ā ⊂ N_c, donc A est relativement compacte dans N_c.
Corollaire
Soit G un groupe localement compact commutatif, engendré par un voisinage compact de e et satisfaisant à la condition (L) du n° 4. Soit D_c l’ensemble des sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact, et, pour tout H ∈ D_c, soit v(H) la masse totale μ_α(G/H), où μ_α est la mesure quotient de μ par la mesure de Haar normalisée α de H. Pour qu’une partie A de l’espace D_c soit relativement compacte dans D_c, il faut et il suffit qu’elle vérifie les deux conditions suivantes :
(i) Il existe un voisinage ouvert U de e dans G tel que H ∩ U = {e} pour tout H ∈ A.
(ii) Il existe une constante k telle que v(H) ≤ k pour tout H ∈ A.
Compte tenu de la prop. 9, cela résulte aussitôt de ce que D_c est l’image de N_c par la bijection canonique de N sur D, et de ce que, moyennant les hypothèses faites, cette bijection est un homéomorphisme (n° 4, prop. 8).
Exemple
Prenons G = \mathbf{R}^n et pour μ la mesure de Lebesgue ; toutes les hypothèses du cor. de la prop. 9 sont vérifiées. Les sous-groupes discrets H de G tels que G/H soit compact ne sont autres que les sous-groupes discrets de rang n (Top. gén., chap. VII, § 1, n° 1, th. 1) ; un tel sous-groupe H est engendré par une base (a_i)_{1 \leq i \leq n} de \mathbf{R}^n, et on a
(le déterminant étant pris par rapport à la base canonique de \mathbf{R}^n) (chap. VII, § 2, n° 10, th. 4). L’espace D_c peut ici s’interpréter de la façon suivante : tout sous-groupe H ∈ D_c est le transformé g. \mathbf{Z}^n du sous-groupe \mathbf{Z}^n par un élément g ∈ \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) et le sous-groupe de \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) laissant stable \mathbf{Z}^n s’identifie à \mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}). Par suite D_c s’identifie canoniquement, en tant qu’espace homogène (non topologique), à \mathbf{GL}(n, \mathbf{R})/\mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}). D’autre part, \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) opère continûment dans \mathbf{R}^n, donc aussi dans \mathscr{M}_+(\mathbf{R}^n) pour la topologie vague (§ 3, n° 3, prop. 13), et par suite dans le sous-espace N_c de \mathscr{M}_+(\mathbf{R}^n) ; en outre, l’homéomorphisme canonique (n° 4, prop. 8) de N_c sur D_c est compatible avec les lois d’opération de \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}). Comme \mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) est dénombrable à l’infini et que D_c est localement compact, la bijection de \mathbf{GL}(n, \mathbf{R})/\mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}) sur D_c définie plus haut est un homéomorphisme (chap. VII, App. I, lemme 2). Le cor. de la prop. 9 donne donc un critère de compacité dans l’espace homogène \mathbf{GL}(n, \mathbf{R})/\mathbf{GL}(n, \mathbf{Z}).
6. Autre interprétation de la topologie de l’espace des sous-groupes fermés.
Soit l’ensemble des parties fermées de ; on définit sur une structure uniforme séparée de la façon suivante : pour toute partie compacte de et tout voisinage de dans , soit l’ensemble des couples d’éléments de tels que l’on ait à la fois
Montrons que l’ensemble des est un système fondamental d’entourages d’une structure uniforme séparée sur . Les axiomes et de Top. gén., chap. II, 3e éd., § 1, no 1 sont évidemment satisfaits ; en outre les relations et entraînent ; pour vérifier , on peut donc se borner au cas où est un voisinage compact symétrique de , de sorte que est compact. Supposons que l’on ait et ; on a alors , et si est tel que pour un , on a nécessairement , donc
d’autre part on a , d’où et on montre de même que , ce qui prouve . Enfin, si sont deux éléments distincts de , il existe par exemple un point tel que , donc un voisinage compact symétrique de tel que , ou encore ; fortiori on a , ce qui achève de prouver notre assertion.
Cela étant, considérons sur l’ensemble des sous-groupes fermés de la topologie induite par la topologie de l’espace uniforme que nous venons de définir. Nous allons voir que cette topologie est identique à la topologie définie au no 3. Il suffira de prouver que l’application de dans , quand on munit de la topologie , est continue : en effet, il en sera de même de la restriction de cette application à (avec les notations du no 1, prop. 2) qui est bijective ; mais comme est compact et la topologie séparée, l’application de dans sera alors un homéomorphisme.
Soient donc un point de et un filtre sur qui converge vers ; il s’agit de montrer que, suivant , tend vers pour la topologie . Soient une partie compacte de , un voisinage compact symétrique de dans ; pour tout , il existe un ensemble tel que pour toute , on ait (no 1, lemme 2), d’où ; recouvrant par un nombre fini d’ensembles , on voit que si , on a pour toute . Inversement, supposons qu’il y ait un voisinage ouvert de dans , tel que pour tout ensemble , il y ait au moins un pour lequel ; si est l’ensemble des ayant cette propriété, les formeraient la base d’un filtre plus fin que sur et, pour toute appartenant à la réunion des pour , il existerait un n’appartenant pas à ; pour , on prend pour un point quelconque de . Comme est compact, il existerait une valeur d’adhérence de suivant , appartenant à ; mais comme converge vers dans , cela contredit le lemme 3 du no 1.
Exercices
See the exercises for § 5.