Soit E un espace vectoriel de dimension finie sur R,C ou H. Alors End(E) est une algèbre de dimension finie sur R, et la topologie canonique sur End(E) (§ 1, no 10) est la topologie de la convergence compacte. Le groupe Aut(E)=GL(E) est une partie ouverte de End(E), donc est un groupe localement compact. Soit (e1,e2,…,en) une base de E, et pour tout endomorphisme u de E, soit M(u)=(αij(u)) la matrice de u par rapport à cette base ; dire qu’une partie S de End(E) est relativement compacte dans End(E) équivaut à dire que les fonctions αij(u) sont bornées dans S.
Proposition 1
Soit G un sous-groupe de Aut(E). Les trois propriétés suivantes sont équivalentes : (i) G est relativement compact dans End(E) ; (ii) G est relativement compact dans Aut(E) ;
(iii) G laisse invariante une forme hermitienne positive non dégénérée sur E.
(iii) ⇒ (i) : supposons que G laisse invariante une forme hermitienne positive non dégénérée Ψ. Soit (e₁, ..., eₙ) une base orthonormale pour Ψ (Alg., chap. IX, § 6, no 1, cor. 1 du th. 1). Pour tout u ∈ G, soit (uᵢⱼ) sa matrice par rapport à (eᵢ). Quel que soit j, on a ∑i=1n∣uij∣2=1, donc ∣uij∣≤1 quels que soient i et j, ce qui prouve (i).
(i) ⇒ (ii) : ceci résulte de Top. Gén., chap. X, 2ᵉ éd., § 4, cor. du th. 4, compte tenu du fait que la topologie de End(E) est celle de la convergence compacte.
(ii) ⇒ (iii) : supposons que l’adhérence G de G dans Aut(E) soit compacte. Soit Φ une forme hermitienne positive non dégénérée sur E. Si le corps des scalaires est R ou C, la donnée de Φ fait de E un espace hilbertien de dimension finie, et la condition (iii) résultera du lemme suivant :
Lemme 1
Soient F un espace hilbertien, K un groupe compact, et s → U(s) une représentation de K dans le groupe des éléments inversibles de L(F;F), continue pour la topologie de la convergence simple. Il existe une forme hermitienne positive non dégénérée φ sur F telle que φ(U(s)x,U(s)y)=φ(x,y) quels que soient s ∈ K, x ∈ F, y ∈ F, et telle que la structure d’espace vectoriel topologique de F définie par φ (Esp. vect. top., chap. V, § 1, no 3) soit identique à la structure initiale de F.
Soit α une mesure de Haar sur K. Quels que soient x, y dans F, l’application s → (U(s)x|U(s)y) est continue. Posons
φ(x,y)=∫(U(s)x∣U(s)y)dα(s).
Il est immédiat que φ(x,y) est une forme sesquilinéaire sur F. Comme l’ensemble des endomorphismes U(s) est compact dans Ls(F;F), il existe une constante M telle que ∥U(s)∥≤M pour tout s ∈ K. Pour tout x ∈ F, on a donc
M−1∥x∥≤∥U(s)x∥≤M∥x∥,
d'où les inégalités
M−2α(K)∥x∥2≤φ(x,x)≤M2α(K)∥x∥2,
ce qui montre que φ est positive non dégénérée et que la norme φ(x,x)1/2 est équivalente à la norme ∥x∥. Enfin, pour tout t∈K, on a
φ(U(t)x,U(t)y)=∫(U(st)x∣U(st)y)dα(s)
=∫(U(s)x∣U(s)y)dα(s)=φ(x,y)
Lorsque le corps des scalaires est H, on raisonne exactement de même, en remplaçant partout la fonction s→(U(s)x∣U(s)y) par la fonction s→Φ(sx,y) définie dans G, à valeurs dans H. Ce qui achève la démonstration du lemme.
Remarque
Soit Φ une forme hermitienne positive non dégénérée sur E. Le groupe unitaire U(Φ) est fermé dans Aut(E), donc compact (prop. 1). La prop. 1 montre aussi que tout sous-groupe compact de Aut(E) est contenu dans un sous-groupe de la forme U(Φ). Si maintenant U(Φ) est contenu dans un sous-groupe compact K de Aut(E), on voit qu’il existe une forme hermitienne positive non dégénérée Φ′ sur E telle que U(Φ)⊂K⊂U(Φ′) et il en résulte facilement (exerc. 1) que Φ et Φ′ sont proportionnelles, d’où U(Φ)=K. Ainsi les sous-groupes compacts maximaux de Aut(E) sont les sous-groupes de la forme U(Φ).
2. Trivialité d’espaces fibrés et d’extensions de groupes.
Proposition 2
Soit X un espace localement compact dans lequel un groupe localement compact H opère à droite, continûment et proprement, par (x,ξ)→xξ. Supposons X/H paracompact. Soit g une représentation continue de H dans Rn. Il existe alors une application continue f de X dans Rn telle que f(xξ)=f(x)+g(ξ) quels que soient x∈X et ξ∈H.
On se ramène aussitôt au cas où n=1. Comme le groupe additif R est isomorphe au groupe multiplicatif R+∗, la proposition est alors conséquence immédiate de la prop. 7 du § 2, no 4.
Corollaire
Soit X un espace localement compact dans lequel un espace vectoriel réel V de dimension finie opère à droite, continûment et proprement, par (x,v)→xv. Soit π l’application canonique de X sur B=X/V. Supposons B paracompact.
a) *Il existe une application continue f de X dans V telle que f(xv)=f(x)+v quels que soient x∈X et v∈V.
b) *Si f est une application vérifiant les conditions de a), l’application x→(π(x),f(x)) est un homéomorphisme de X sur B×V.
L’assertion a) résulte de la prop. 2 dans laquelle on prend pour g l’application identique de V. Soit f une application vérifiant les conditions de a). L’application x→x.(−f(x)) de X dans X est continue et constante sur chaque orbite, donc de la forme φ∘π, où φ est une application continue de B dans X ; pour tout b∈B, on a π(φ(b))=b. Les applications x→(π(x),f(x)) de X dans B×V et (b,v)→φ(b).v de B×V dans X sont réciproques l’une de l’autre, car φ(π(x)).f(x)=x.(−f(x)).(f(x))=x,π(φ(b).v)=π(φ(b))=b, et, si b=π(y),f(φ(π(y)).v)=f(y.(−f(y)).v)=f(y)−f(y)+v=v. Comme ces applications sont continues, ce sont des homéomorphismes.
Remarque
Soient E un espace affine réel de dimension finie, T un espace compact, μ une mesure de masse totale 1 sur T, f une application continue de T dans E. Si on choisit une origine a dans E, E se trouve muni d’une structure d’espace vectoriel, et l’intégrale ∫Tf(t)dμ(t) a donc un sens ; elle représente le point x de E tel que
x−a=∫T(f(t)−a)dμ(t).
Ce point est indépendant du choix de a. En effet, soient a′∈E et x′∈E tel que x′−a′=∫T(f(t)−a′)dμ(t). On a
x′−a=(x′−a′)+(a′−a)=∫T(f(t)−a′)dμ(t)
+∫T(a′−a)dμ(t)=∫T(f(t)−a)dμ(t)=x−a
d'où x′=x. On pourra donc utiliser le symbole ∫Tf(t)dμ(t) sans préciser le choix de l'origine dans E. Si u est une application affine de E dans un autre espace affine E′ de dimension finie, on a
u(∫Tf(t)dμ(t))=∫Tu(f(t))dμ(t)
En effet, on peut identifier E et E′ à des espaces vectoriels de telle sorte que u devienne une application linéaire, et la formule est alors connue (chap. III, § 4, no 2, prop. 4).
Lemme 2
Soient G un groupe compact, μ la mesure de Haar normalisée de G, E un espace affine de dimension finie, A le groupe affine de E, ϱ un homomorphisme de G dans A. On suppose que, pour tout x∈E, l'application s→ϱ(s)x de G dans E est continue. Alors, pour tout x∈E, le point
Soit G un groupe localement compact. Soit H un sous-groupe distingué fermé de G, isomorphe à Rn et tel que G/H soit compact.
a) Il existe un sous-groupe fermé L de G tel que G soit produit semi-direct topologique de L et de H.
b) Si M est un sous-groupe compact de G, il existe un élément x∈H tel que x−1Mx⊂L.
c) Tout sous-groupe compact de G est contenu dans un sous-groupe compact maximal.
d) Les sous-groupes compacts maximaux de G sont les sous-groupes transformés de L par les automorphismes intérieurs de G.
Soit π l’homomorphisme canonique de G sur K=G/H. Par passage au quotient, l’application (s,h)→shs−1 de G×H dans H définit une application continue (σ,h)→σ.h de K×H dans H telle que shs−1=π(s).h. Nous identifierons H à Rn (et emploierons donc, suivant le cas, la notation multiplicative ou additive pour la loi de groupe dans H). D’après le cor. de la prop. 2, il existe une application continue f de G dans H telle que f(xh)=f(x)+h pour x∈G,h∈H. Pour tout x∈G, soit p(x)=x.(−f(x)) qui ne dépend que de la classe de x suivant H. Posons
On voit que, si F(x,y)=0 quels que soient x,y dans G, p(G)=L est un sous-groupe de G qui rencontre toute classe suivant H en un point et un seul. Comme p est continu, G est alors produit semi-direct topologique de L et de H (Top. gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 10).
Intégrons par rapport à z′ au moyen de la mesure de Haar normalisée α de K. Si on pose ψ(x′)=∫φ(z′,x′)dα(z′), ψ est une fonction continue sur K, et on obtient (en observant que les opérations de K dans Rn respectent la structure d'espace vectoriel de Rn d'après Top. gén., chap. VII, § 2, no 1, prop. 1)
−φ(x′,y′)=ψ(x′y′)−y′−1ψ(x′)−ψ(y′).
Autrement dit, en posant k=ψ∘π, qui est une fonction continue dans G, (2)
−F(x,y)=k(xy)−π(y)−1k(x)−k(y).
Comparant (1) et (2), on voit que, si on remplace f par la fonction continue f+k, (ce qui laisse vérifiée la propriété f(xh)=f(x)+h), on remplace F par 0, et, comme on l’a vu plus haut, ceci achève la démonstration de a).
Pour tout g∈G, soit lg (resp. hg) l’unique élément de L (resp. H) tel que g=hglg. Si h1∈H et g∈G, on a
gh1=hglgh1=hg(lgh1lg−1)lg
donc hg=hgh1+lgh1lg−1. Pour tout g∈G, soit ψg l’application de H dans lui-même définie par
ψg(h1)=hg+lgh1lg−1.
On voit que l’application (g,h1)→ψg(h1) de G×H dans H est continue et fait de H un espace homogène pour G, dans lequel le stabilisateur de l’origine est L. Remarquons en outre que lorsqu’on identifie H à Rn, ψg est une application affine de H dans lui-même. Ceci posé, soit M un sous-groupe compact de G ; en vertu du lemme 2, il existe un x∈H tel que ψm(x)=x pour toutm∈M. Pour y∈H, ψy est la translation de vecteur y; on en déduit que pour tout m∈M, ψx−1∘ψm∘ψx transforme l’origine de H en elle-même, donc x−1mx∈L. Ceci prouve que x−1Mx⊂L, d’où b).
Soit L’ un sous-groupe fermé de G contenant L. Alors L’ est produit semi-direct topologique de L et de L′∩H. Si L’ est compact, L′∩H est compact, donc se réduit à un point (Top. gén., chap. VII, § 1, no 2, cor. 1 du th. 2), donc L′=L. Ceci prouve que L est un sous-groupe compact maximal de G ; il en est donc de même des sous-groupes transformés de L par les automorphismes intérieurs de G. Les assertions c) et d) de la prop. 3 sont alors des conséquences immédiates de b).
Proposition 4
Soient G un groupe localement compact et H un sous-groupe distingué fermé de G tel que K = G/H soit compact. Alors toute représentation continue u de H dans R, telle que u(sξs−1)=u(ξ) quels que soient ξ∈H et s∈G, peut être prolongée en une représentation continue de G dans R.
Soient L=G×R, et M l’ensemble des (ξ,−u(ξ)) où ξ parcourt H. Il est clair que M est un sous-groupe distingué fermé de L. Soient L′=L/M et π l’application canonique de L sur L’. Le sous-groupe de L engendré par M et R est H×R, donc est fermé ; donc π(R) est un sous-groupe fermé N de L’. La restriction ρ de π à R est une représentation continue bijective de R sur N. Le lemme 2 de l’Appendice 1 prouve que ρ est bicontinue. Par ailleurs, L′/N est isomorphe à
L/(H×R)=G/H,
donc est compact. D’après la prop. 3, et compte tenu du fait que N est dans le centre de L’, L’ est le produit de N et d’un autre sous-groupe. Il existe donc une représentation continue de L’ sur N qui se réduit sur N à l’application identique. Donc il existe une représentation continue v de L sur R qui est triviale sur M et se réduit sur R à l’application identique. Pour ξ∈H, on a v((ξ,0))=v((ξ,−u(ξ)(e,u(ξ))))=u(ξ), ce qui achève la démonstration.
Lemme 3
Soit G un groupe topologique engendré par un voisinage compact de e. Soit H un sous-groupe fermé de G tel que l’espace homogène G/H soit compact. Alors, H est engendré par un voisinage compact de e dans H.
Soit C un ensemble compact tel que G=CH. En agrandissant C, on peut supposer que C engendre G et que G=C˙H. Alors C2 est compact et recouvert par les C˙s (s∈H) qui sont ouverts. Donc il existe s1,…,sn dans H tels que C2⊂C˙s1∪…∪C˙sn. Soit Γ le sous-groupe de H engendré par les si. On a C2⊂CΓ. Par récurrence, on en déduit Cn⊂CΓ pour tout n, donc G=CΓ. Tout élément de H se met sous la forme ab avec a∈C,b∈Γ, d’où a∈H, d’où a∈C∩H. Donc H est engendré par C∩H et les si, c’est-à-dire par un ensemble compact.
Lemme 4
Soient G un groupe topologique connexe, D un sous-groupe totalement discontinu distingué de G. Alors D est contenu dans le centre de G.
En effet, soit d∈D. L’image de G par l’application continue x→dxd−1 est un sous-ensemble connexe de D, donc se réduit à {d}, ce qui prouve que xd=dx pour tout x∈G.
Proposition 5
Soit G un groupe topologique connexe admettant un sous-groupe distingué discret D tel que K = G/D soit compact, et que le groupe des commutateurs de K soit dense dans K. Alors D est fini et G est compact.
Le groupe G est localement isomorphe à K (Top. Gén., chap. III, 3e éd., § 2, no 6, prop. 19) donc localement compact ; puisqu’il est connexe, il est engendré par un voisinage compact de e. D’après les lemmes 3 et 4, D est un groupe commutatif de type fini, donc isomorphe à un groupe Zr×D1 avec D1 fini (Alg., chap. VII, § 4, no 6, th. 3). Supposons r>0. Il existe alors une représentation f de D sur Z. D’après la prop. 4, f se prolonge en une représentation continue g de G dans R. Par passage aux quotients, g définit une représentation continue g′ de K dans R/Z; comme R/Z est commutatif, le noyau de g′ contient le groupe des commutateurs de K, donc g′ est triviale ; autrement dit, g(G)⊂Z. Comme G est connexe, on en déduit g(G)={0}, ce qui est absurde puisque f(D)=Z. Donc r=0 et D est fini. Par suite G est compact (Top. Gén., chap. III, 3<sup>e</sup> éd., § 4, no 1, cor. 2 de la prop. 2).
3. Exemples.
Dans ce no (exception faite des exemples 7 et 8), K désignera un corps commutatif localement compact non discret ; dx désignera une mesure de Haar sur le groupe additif de K.
On rappelle que modx=∣x∣ si K=R, modx=∣x∣2 si K=C, modx=∣x∣p si K=Qp.
Exemple 1. — Groupe linéaire.
Soit A l’algèbre Mn(K). Le groupe A∗ des éléments inversibles de A n’est autre que le groupe linéaire GL(n,K). Pour tout X∈A, la norme réduite NrdA/K(X) est detX ; par suite, NA/K(X)=(detX)n (Alg., chap. VIII, § 12, no 3, prop. 8). Comme X→tX est un isomorphisme de A sur l’algèbre opposée, on a NA∗/K(X)=NA/K(tX)=det(tX)n=(detX)n. Alors, la prop. 16 du § 1, no 11 prouve que
mod(detX)−n⋅i,j⨂dxij(3)
(X=(xij))
est une mesure de Haar à gauche et à droite sur GL(n,K).
Pour déterminer toutes les mesures relativement invariantes sur GL(n,K), on s’appuiera sur le lemme suivant :
Lemme 5. — Les représentations continues de GL(n,K) dans C∗ sont les applications de la forme X→χ(detX), où χ est une représentation continue de K∗ dans C∗.
Une telle application est évidemment une représentation continue de GL(n,K) dans C∗. Réciproquement, soit ψ une représentation continue de GL(n,K) dans C∗. Pour x∈K∗, posons
x=x1001⋱1
et χ(x)=ψ(x). Alors, pour toute matrice X∈GL(n,K), on a (detX−1)∼.X∈SL(n,K). Comme SL(n,K) est le groupe des commutateurs de GL(n,K) (Alg., chap. III, 3e éd.), on a ψ((detX−1)∼.X)=1, d'où
ψ(X)=ψ((detX)∼)=χ(detX).
Ceci posé, le cor. 1 de la prop. 10 du § 1, no 8, prouve que les mesures relativement invariantes sur GL(n,K) sont, à un facteur constant près, les mesures de la forme
χ(detX)⋅i,j⨂dxij(X=(xij))(4)
où χ est une représentation continue de K∗ dans C∗.
Exemple 2
Groupe affine.* Pour tout X∈GL(n,K) et tout x∈Kn, soit (X,x) l’application linéaire affine ξ→Xξ+x dans Kn. L’ensemble des (X,x) est le groupe affine G de Kn (Alg., chap. II, 3e éd., § 9, no 4). L’ensemble T des translations est un sous-groupe distingué fermé de G, canoniquement isomorphe à Kn; d’autre part, GL(n,K) est un sous-groupe fermé de G, et G est produit semi-direct de GL(n,K) et T=Kn. On munit G de la topologie (localement compacte) pour laquelle G est produit semi-direct topologique de GL(n,K) et de T (Top. gén., chap. III, § 2, no 10). On a
(X,x)=(1,x).(X,0).
D’autre part, si X∈GL(n,K) et x∈T, on a, pour tout ξ∈Kn,
(X,0)(1,x)(X,0)−1ξ=X(X−1ξ+x)=ξ+Xx=(1,Xx)ξ
donc l’automorphisme (1,x)→(X,0)(1,x)(X,0)−1 de T a pour module mod(detX) (§ 1, no 10, prop. 15). Compte tenu de l’exemple 1 et du § 2, no 9, Remarque,
est une mesure de Haar à gauche sur G. D’autre part, d’après la prop. 14 du § 2, no 9,
ΔG((X,x))=ΔGL(n,K)(X)ΔKn(x)(moddetX)−1
ou (6)
ΔG((X,x))=mod(detX−1).
Donc une mesure de Haar à droite sur G est (7)
(moddetX)−n.(i,j⨂dxij)⊗(i⨂dxi).
Exemple 3
Groupe trigonal strict*.
Soit [1,n] l’ensemble des entiers m tels que 1≤m≤n. Soit J un sous-ensemble de [1,n]×[1,n] satisfaisant aux conditions suivantes : 1) si (i,j)∈J, on a i<j; 2) si (i,j)∈/J, alors, pour tout entier k tel que i<k<j, l’un au moins des deux couples (i,k) et (k,j) n’appartient pas à J.
Soit TJ l’ensemble des matrices Z=(zij)1≤i≤n,1≤j≤n à éléments dans K, telles que zii=1, et zij=0 pour i=j et (i,j)∈/J. C’est un sous-ensemble fermé de GL(n,K). L’application Z→(zij)(i,j)∈J est un homéomorphisme de TJ sur Ks (où s désigne le nombre d’éléments de J). Si Z′=(zij′)∈TJ, on a Z′Z=(zij′′) avec
zij′′=zij+zij′+i<h<j∑zih′zhj pour i<j
zij′′=0 pour i>j,zii′′=1
d’où Z′Z∈TJ. Si on identifie TJ à Ks, l’application Z→Z′Z (pour Z′ fixé) s’identifie à une application affine, et son déterminant est 1, comme on le voit en ordonnant lexicographiquement les couples (i,j)∈J et en appliquant le lemme suivant :
Lemme 6
Soit L un ensemble fini totalement ordonné. Pour tout λ∈L, soit Vλ un module libre de dimension finie sur un anneau commutatif k; pour λ,μ dans L tels que λ≤μ, soit fλμ∈Homk(Vμ,Vλ). Alors l’application linéaire
(vλ)λ∈L↦μ≥λ∑fλμ(vμ)λ∈L,
*de ∏λ∈LVλ dans ∏λ∈LVλ, a pour déterminant ∏λ∈Ldetfλλ.
On se ramène aussitôt au cas où L est un intervalle d’entiers et le lemme résulte alors d’*Alg.*, chap. III.
Si Z∈TJ, on voit alors qu’il existe Z′∈TJ tel que Z′Z=In, d’où Z′=Z−1. Ainsi, TJ est un sous-groupe fermé de GL(n,K). D’autre part, la prop. 15 du § 1, n° 10, montre que la mesure
(i,j)∈J⨂dzij
est une mesure de Haar à gauche sur TJ. En calculant ZZ′, on voit de la même façon que cette mesure est une mesure de Haar à droite sur TJ.
On a un résultat analogue si on échange, dans la définition de TJ, le rôle des lignes et des colonnes.
Lorsque J est l’ensemble des couples (i,j) tels que i<j, le groupe TJ s’appelle groupe trigonal strict supérieur d’ordre n sur K et se note T1(n,K). Son transposé s’appelle groupe trigonal strict inférieur.
Exemple 4
Groupe trigonal large.
Soient n1,…,nr des entiers ≥1. Posons pk=n1+…+nk−1 et n=pr+1=n1+…+nr. Soient Ik l’ensemble des entiers j tels que pk<j≤pk+1 et J la réunion des Ik×Il pour k<l. Soit G le sous-groupe fermé de GL(n,K) dont les éléments sont les matrices (Zkl)1≤k≤r,1≤l≤r telles que :
1) chaque Zkl est une matrice (zij)i∈Ik,j∈Il à éléments dans K, à nk lignes et à nl colonnes ; 2) Zkl=0 pour k>l; 3) Zkk∈GL(nk,K) pour 1≤k≤r. La formule de produits par blocs
montre que G est produit semi-direct topologique du sous-groupe D des éléments (Zkl)∈G tels que Zkl=0 pour k=l et du sous-groupe TJ de l’exemple 3. De plus D est isomorphe au produit direct des groupes GL(nk,K) pour 1≤k≤r.
Soit J′ l’ensemble des couples (j,i) pour (i,j)∈J et soit H l’ensemble des couples (i,j)∈{1,n}×{1,n} n’appartenant pas à J′. Soit Z′=(zij)1≤i≤n,1≤j≤n un élément de G. D’après la prop. 14 du § 2, no 9 et les exemples 1 et 3 ci-dessus, on obtient une mesure de Haar à gauche sur G en prenant l’image de la mesure
Or, considérons, pour k<l, l’espace vectoriel des matrices Zkl=(zij)i∈Ik,j∈Il. Il est somme directe des nl sous-espaces Mj (j∈Il) formé des matrices telles que zih=0 pour h=j. Chacun de ces sous-espaces Mj est stable par l’application
Z_{kl} \to Z_{kk}Z_{kl}, et la restriction à M_j de cette application admet pour matrice Zkk. Par suite (§ 1, no 10, prop. 15) l’image de la mesure ⨂i∈Ik,j∈Ildzij par l’application Zkl→ZkkZkl est
(mod det Zkk)−nl⋅i∈Ik,j∈Il⨂dzij.
Une mesure de Haar à gauche sur G est donc
(9)k=1∏r(mod det Zkk)−qk⋅(i,j)∈H⨂dzij
avec qk=∑k≤l≤rnl=n−pk.
Calculons le module de G en utilisant encore la prop. 14 du § 2. Les groupes D et T_J sont unimodulaires ; d’autre part :
avec Zkl′=ZkkZklZll−1. Compte tenu de l’exemple 3 et de la prop. 15 du § 1, no 10, on voit en raisonnant comme ci-dessus que si X=diag(Z11,…,Zrr)∈D, le module de l’automorphisme Z→X−1ZX de T_J est
k<l∏(mod det Zkk)−nl(mod det Zll)nk
donc
(10)ΔG(Z)=k=1∏r(mod det Zkk)n+nk−2qk
Le groupe G’ transposé de G s’étudie de la même manière. On trouve comme mesure de Haar à gauche
k=1∏r(mod det Zkk)−pk+1⋅(j,i)∈H⨂dzij
et comme module de G′
k=1∏r(mod det Zkk)n+nk−2pk+1
Si en particulier on prend n1=…=nr=1, on trouve pour groupe G le groupe T(n,K)∗ des éléments inversibles de la sous-algèbre de Mn(K) formée des matrices X=(xij) telles que xij=0 pour i>j. Cette algèbre, que nous noterons T(n,K), est appelée algèbre trigonale supérieure, et le groupe T(n,K)∗ est appelé groupe trigonal large supérieur d’ordre n sur K. Les formules précédentes prennent alors la forme que voici : une mesure de Haar à gauche sur T(n,K)∗ est
(9 bis)
i=1∏n(mod zii)i−n−1⋅i≤j⨂dzij(Z=(zij))
et le module de T(n,K)∗ est
(10 bis)
ΔT(n,K)∗(Z)=i=1∏n(mod zii)2i−n−1(Z=(zij))
Pour le transposé de T(n,K)∗, ou groupe trigonal large inférieur, on trouve comme mesure de Haar à gauche
i=1∏n(mod zii)−i⋅i≥j⨂dzij
et comme module
i=1∏n(mod zii)n+1−2i
Remarque
Le groupe T(n,K)∗ est un sous-groupe fermé de GL(n,K), et ΔT(n,K)∗((zij))=∏i=1n(mod zii)2i−n−1. On a vu dans l’exemple 1 que ΔGL(n,K)=1. Si n>1, la fonction
ΔGL(n,K)/ΔT(n,K)∗
sur T(n,K)∗ ne peut se prolonger en une représentation continue de G dans C∗ (car une telle représentation est égale à 1 sur SL(n,K) d’après le lemme 5, alors que mod(z11)1−n=1 pour z11 bien choisi). Il en résulte que l’espace homogène GL(n,K)/T(n,K)∗ n’admet aucune mesure relativement invariante si n>1 (§ 2, no 6, th. 3).
Cet espace homogène s’identifie, pour n=2, à la droite projective sur K. En effet, soit (e1,e2) la base canonique de K2. Le groupe GL(2,K) opère transitivement sur l’ensemble des droites de K2 privées de 0, et le stabilisateur de Ke1−{0} est T(2,K)∗.
Exemple 5. — Groupe trigonal spécial.
Reprenons les notations du début de l’exemple 4, et considérons le sous-groupe G1=G∩SL(n,K). Il est produit semi-direct topologique du groupe D1=D∩SL(n,K) et de TJ. Le groupe D1 admet un sous-groupe distingué A isomorphe à SL(nr,K), à savoir le sous-groupe composé des éléments diag(Zkk) avec Zkk=1 pour k<r. L’homomorphisme
φ:diag(Z11,…,Zrr)→(Z11,…,Zr−1,r−1)
de D1 dans GL(n1,K)×…×GL(nr−1,K) est surjectif et de noyau A. D’autre part, φ est continu. Compte tenu du lemme 2 de l’Appendice I, D1/A peut s’identifier à
GL(n1,K)×…×GL(nr−1,K).
Nous désignerons par μ la mesure de Haar sur A (cf. Exemple 6) et par
Si l’on prend n1=n2=…=nr=1, le groupe G1 obtenu s’appelle groupe trigonal spécial supérieur et son transposé G1′ s’appelle groupe trigonal spécial inférieur. Une mesure de Haar à gauche sur G1 est
Les sous-groupes fermés T1(n,K) et t(T(n,K)∗) de GL(n,K) ont pour intersection {e}. Donc l’application (M,N)→M.N est une bijection continue φ de T1(n,K)×t(T(n,K)∗) sur une partie Ω de GL(n,K).
Lemme 7
a) *Soit U=(uij)∈GL(n,K). Pour que U∈Ω, il faut et il suffit que det(uij)k≤i,j≤n=0 pour k=2,3,…,n. b) Ω est une partie ouverte de GL(n,K). c) L’application φ est un homéomorphisme de
T1(n,K)×t(T(n,K)∗)
surΩ.
Pour que U∈Ω, il faut et il suffit qu’il existe un
Z=(zij)∈T1(n,K)
tel que ZU∈t(T(n,K)) (on aura alors nécessairement ZU∈t(T(n,K)∗) puisque U et Z sont inversibles). D’après ce qu’on a vu plus haut, si Z existe, il est unique. Donc, pour que U∈Ω, il faut et il suffit que le système linéaire
k=1∑nzikukj=0(1≤i<j≤n)
(où (zij)∈T1(n,K)) admette une solution unique. Or ce système peut s’écrire
k=i+1∑nzikukj=−uij(1≤i<j≤n).
Pour i fixé, on a un système de n−i équations par rapport aux inconnues zi,i+1,zi,i+2,…,zi,n; pour que ces systèmes admettent des solutions uniques, il faut et il suffit que
det(ukj)i+1≤k≤n,i+1≤j≤n=0
pour i=1,2,…,n−1. Ceci prouve a). Il en résulte que Ω est ouvert dans GL(n,K). D’autre part, en résolvant le système (13) par les formules de Cramer, on obtient les zij comme fonctions rationnelles des uij à dénominateurs non nuls dans Ω, donc Z dépend continûment de U dans Ω, ce qui prouve c).
Soit maintenant G1′⊂t(T(n,K)∗) le groupe trigonal spécial inférieur. L’application (M,N)→M.N est une bijection continue ψ de T1(n,K)×G1′ sur une partie Ω′ de SL(n,K).
Lemme 8
a) Soit U=(uij)∈SL(n,K). Pour que U∈Ω′, il faut et il suffit que det(uij)k≤i,j≤n=0 pour k=2,3,…,n. b) Ω′ est une partie ouverte de SL(n,K). c) *L’application ψ est un homéomorphisme de T1(n,K)×G1′ sur Ω′.
En effet, soient M∈T1(n,K) et N∈t(T(n,K)∗). Pour que M.N∈SL(n,K), il faut et il suffit que N∈G1′. Donc
Ω′=SL(n,K)∩Ω
et le lemme 8 résulte aussitôt du lemme 7.
Proposition 6
a) Le groupe SL(n,K) est unimodulaire. b) *Soient μ1,μ2 des mesures de Haar à gauche sur le groupe trigonal strict supérieur T1(n,K) et sur le groupe trigonal spécial inférieur G1′. L’image de μ1⊗μ2 par l’homéomorphisme
(M,N)→M.N−1
de T1(n,K)×G1′ sur Ω′ est la restriction à Ω d’une mesure de Haar de SL(n,K). c) *Le complémentaire de Ω′ dans SL(n,K) est négligeable pour la mesure de Haar de SL(n,K).
Le groupe GL(n,K) est unimodulaire (exemple 1), et SL(n,K) est un sous-groupe distingué de GL(n,K), donc est unimodulaire (§2, no 7, prop. 10, b)). L’assertion b) résulte de a), du lemme 8, et de la prop. 13 du §2, no 9. Prouvons c). D’après le lemme 8 a), il suffit de prouver ceci : si p((uij)1≤i,j≤n) est un polynôme, non identiquement nul sur SL(n,K), l’ensemble E des U∈SL(n,K) tels que p(U)=0 est négligeable pour la mesure de Haar. Compte tenu du §1, no 10, cor. de la prop. 13, la topologie de SL(n,K) est à base dénombrable. Il suffit donc de prouver que, pour tout U0∈E, il existe un voisinage de U0 dans SL(n,K) dont l’intersection avec E est négligeable ; ou encore qu’il existe un voisinage W de I dans SL(n,K) tel que U0−1E∩W soit négligeable. Prenons W=Ω. Compte tenu de b), tout revient à voir que l’ensemble des couples (M,N)∈T1(n,K)×G1′ tels que p(U0MN)=0 est négligeable pour μ1⊗μ2. D’après les expressions de μ1 et μ2 (calculées aux exemples 3 et 5), ceci résultera du lemme suivant :
Lemme 9
Soit ψ un polynôme =0 de K[X1,…,Xr]. Dans l’espace Kr, l’ensemble N défini par ψ(x1,…,xr)=0 est négligeable pour la mesure de Haar.
Raisonnons par récurrence sur r. Le lemme est évident pour r=1, car alors N est un ensemble fini. En changeant au besoin la numérotation des variables, on peut supposer que ψ∈/K[X1,…,Xr−1]; soit
avec m>0 et ψ0=0. Dans l’espace Kr−1, soit N0 l’ensemble défini par ψ0(x1,…,xr−1)=0, qui est négligeable d’après l’hypothèse de récurrence. Pour tout (x1,…,xr−1)∈/N0, l’ensemble des xr∈K tels que (x1,…,xr−1,xr)∈N est fini, donc négligeable. Comme Kr est dénombrable à l’infini (§1, no 10, cor. de la prop. 13), N∩[(Kr−1−N0)×K] est négligeable dans Kr (chap. V, §8, no 2, cor. 8 de la prop. 5). Donc N est négligeable.
Exemple 7
Décomposition d’Iwasawa de GL(n,K).
Dans cet exemple, K désigne l’un des corps R,C,H. Si λ∈K, on définit λˉ comme égal à λ si K=R, comme égal au conjugué de λ si K=C ou H. Soit E un K-espace vectoriel à droite de dimension n, et soit Φ une forme hermitienne positive non dégénérée sur E.
Lemme 10
Soit (f1,f2,…,fn) une base de E. a) Il existe une base orthonormale (e1,e2,…,en) et une seule de E telle qu’on ait fi=e1αi1+e2αi2+…+enαin (i=1,2,…,n) avec αii>0 pour tout i. b) Pour Φ fixée, les ei et les αij dépendent continûment de (f1,…,fn)∈En.
Soit Ei=f1K+f2K+…+fiK, qui est de dimension i. Soit gi un élément non nul de Ei orthogonal à Ei−1 et tel que Φ(gi,gi)=1. Par récurrence sur i, on voit que (g1,…,gi) est une base orthonormale de Ei. En particulier, (g1,…,gn) est une base orthonormale de E. Soit λi=Φ(gi,fi). Comme fi∈/Ei−1, on a λi=0. Posons ei=gi∣λi∣λi−1. On a
Φ(ei,ei)=∣λi∣2λi−1Φ(gi,gi)λi−1=1,
donc (e1,…,ei) est encore une base orthonormale de Ei; en outre, Φ(ei,fi)=∣λi∣λi−1Φ(gi,fi)=∣λi∣>0, donc les ei possèdent les propriétés de a). Soient (e1′,…,en′) une autre base orthonormale de E avec ces mêmes propriétés. On voit par récurrence sur i que (e1′,…,ei′) doit être une base de Ei, donc ei′=eiμi avec un μi∈K. On a
1=Φ(ei′,ei′)=μiΦ(ei,ei)μi=μiμi,
et 0<Φ(ei′,fi)=μiΦ(ei,fi), donc μi>0 et μi2=1, donc μi=1, d'où a). Supposons prouvé que les ei et les αij dépendent continûment de (f1,…,fn) pour i<i0, et prouvons que ei0 et les αi0j dépendent continûment de (f1,…,fn). Pour j<i0, αi0j=Φ(fi0,ej) dépend continûment de (f1,…,fn) d'après l'hypothèse de récurrence. D'autre part,
Soit désormais E=Kn et prenons pour Φ la forme x1y1+…+xnyn. Rappelons qu'on note U(n,K) le groupe unitaire correspondant. Même si K est non commutatif, nous noterons encore T1(n,K) le groupe des matrices triangulaires supérieures de Mn(K) dont la diagonale est formée de 1.
Proposition 7
Soit D∗+ le groupe des matrices diagonales à éléments >0. L’application (U,D,T)→UDT est un* homéomorphisme de U(n,K)×D+∗×T1(n,K) sur GL(n,K).
Soit (ε1,…,εn) la base canonique de Kn. Soit X∈GL(n,K). Alors les X.εi=fi constituent une base de E. On peut, à cette base (fi), associer une base (ei) grâce au lemme 10. Soit U la matrice de l’automorphisme unitaire de E qui transforme εi en ei. Alors U−1.fi=ε1αi1+ε2αi2+…+εiαii avec αii>0 pour i=1,2,…,n. Donc X=UC, où C est la matrice
α110⋯0α21α22⋯0⋯⋯⋯⋯αn1αn2⋯αnn
En outre, U et C dépendent continûment de X d’après le lemme 10. D’autre part, la formule (8) montre que C se met sous la forme DT avec D∈D+∗, T∈T1(n,K), D et T dépendant continûment de C. L’unicité de la décomposition X=UDT résulte de la propriété d’unicité du lemme 10.
L’homéomorphisme de la prop. 7 s’appelle « décomposition d’Iwasawa » de GL(n,K).
Le groupe G=D+∗.T1(n,K) est l’ensemble des matrices triangulaires supérieures sur K dont les éléments diagonaux sont >0. Identifions l’élément (zij) de ce groupe à l’élément
((zii)1⩽i⩽n,(zij)1⩽i<j⩽n)∈(R+∗)n×Kn(n−1)/2.
Raisonnant exactement comme dans l’exemple 4, on trouve comme mesure de Haar à droite sur ce groupe
(i=1∏nzii−i)⋅(i=1⨂ndzii)⊗(i<j⨂dzij).
Appliquant alors la prop. 13 du § 2, no 9, on voit que, si on identifie GL(n,K) à U(n,K)×G par l’application (U,S)→US, une mesure de Haar sur GL(n,K) est
(i=1∏nzii−i).α⊗(i=1⨂ndzii)⊗(i<j⨂dzij)
α désignant une mesure de Haar sur U(n,K).
Exemple 8
Espaces de formes hermitiennes.
Dans cet exemple, K désigne toujours l’un des corps R,C,H. On posera δ=dimRK (donc δ=1,2 ou 4). Une forme hermitienne sur l’espace vectoriel à droite Kn s’écrit
Φ(x,y)=Φ(x1,…,xn,y1,…,yn)=i,j=1∑nxˉihijyj
avec hij=hji quels que soient i et j. Notons H l’espace vectoriel sur R formé des matrices hermitiennes de Mn(K). L’application (hij)→Φ est un isomorphisme de H sur l’espace vectoriel des formes hermitiennes sur Kn, par lequel nous identifions ces deux espaces. Soit H+∗⊂H l’ensemble des formes hermitiennes positives non dégénérées sur Kn. L’ensemble H+∗ est convexe dans H; en effet, si Φ1,Φ2 sont dans H+∗ et si λ,μ sont deux nombres >0 tels que λ+μ=1, il est clair que λΦ1+μΦ2 est une forme hermitienne positive ; d’autre part, si (λΦ1+μΦ2)(x,x)=0, on a Φ1(x,x)=Φ2(x,x)=0, donc x=0, de sorte que λΦ1+μΦ2 est non dégénérée. Montrons maintenant que H+∗ est une partie ouverte de H. Soit S l’ensemble des x=(x1,…,xn)∈Kn tels que x1xˉ1+…+xnxˉn=1 ; c’est une partie compacte de Kn ; si Φ∈H+∗, la fonction x→Φ(x,x) est continue et >0 sur S, et par suite sa borne inférieure est >0 ; si Φ′∈H est suffisamment voisine de Φ, on a donc Φ′(x,x)>0 pour tout x∈S, de sorte que Φ′ est positive non dégénérée.
Le groupe linéaire GL(n,K) opère continûment à droite dans H par (X,Φ)→Φ∘X, c’est-à-dire par (X,H)→tX.H.X si on note H la matrice hermitienne correspondant à Φ. Il est clair que H+∗ est stable pour GL(n,K). Plus précisément, d’après Alg., chap. IX, § 6, no 1, cor. 1 du th. 1, H+∗ est l’orbite pour GL(n,K) de la forme ∑i=1nxˉiyi correspondant à la matrice unité In. Le stabilisateur de celle-ci est U(n,K). D’après le lemme de l’app. 2, H+∗ s’identifie, comme espace homogène topologique, à GL(n,K)/U(n,K).
Pour tout X∈GL(n,K), soit X~ l’automorphisme
H→tX.H.X
de l’espace vectoriel réel H. Si μ désigne la mesure de Haar du groupe additif H, on a X−1(μ)=∣detX∣⋅μ (§1, no 10, prop. 15). Montrons que
(15)
∣detX∣=∣N(X)∣λ
où N désigne la norme dans Mn(K) considérée comme R-algèbre, et où λ=1−δnδ−2. Il suffit de vérifier (15) pour X parcourant un système de générateurs de GL(n,K), donc (Alg., chap. II, 3e éd., § 10, no 13) pour des X des types suivants :
a) X est la matrice d’une application de la forme
(x1,…,xn)→(xσ(1),…,xσ(n))
où σ∈Sn. Dans ce cas, une puissance de X est égale à 1, donc ∣detX∣=∣N(X)∣=1.
b) X est la matrice d’une application de la forme
(x1,x2,…,xn)→(ax1,x2,…,xn).
Alors, si (hij)∈H, on a X((hij))=(hij′) avec h11′=ah11a=∣a∣2h11, h1i′=ah1i pour i>1, hij′=hij pour i>1,j>1; donc
∣detX∣=∣a∣2∣a∣δ(n−1)=∣a∣2+δ(n−1).
D’autre part, si Y=(yij)∈Mn(K), on a XY=(yij′) avec y1j′=ay1j et yij′=yij pour i>1; donc ∣N(X)∣=∣a∣δn. La formule (15) est encore vérifiée.
c) X est la matrice d’une application de la forme
(x1,x2,…,xn)→(x1+bx2,x2,…,xn).
On a X((hij))=(hij′) avec h11′=h11, h12′=h12+h11b, h1i′=h1i pour i>2, h22′=h22+bh12+h12b+bh11b, h2i′=h2i+bh1i pour i>2, hij′=hij pour i>2,j>2. Compte tenu du lemme 6, on voit que ∣detX∣=1. On vérifie de même que ∣N(X)∣=1, ce qui achève de prouver la formule (15).
Ceci posé, la mesure ∣N(H)∣−λ/2dμ(H) sur H est invariante par GL(n,K), car
X~−1(∣N(H)∣−λ/2dμ(H))=∣N(X~(H))∣−λ/2.∣detX~∣dμ(H)
=∣N(H)∣−λ/2∣N(X)∣−λ∣detX~∣dμ(H)=∣N(H)∣−λ/2dμ(H).
Si H∈H+∗, on a H=X~(In)=tX~X pour un X∈GL(n,K), donc N(H)=N(X)N(X)>0. Par suite, sur H+∗, l’unique mesure invariante par GL(n,K) à un facteur constant près (cf. § 2, n° 6, th. 3) est la mesure