Bourbaki

§ 6. Algèbres de Lie semi-simples

On rappelle que K désigne un corps de caractéristique 0 et que toutes les algèbres de Lie sont supposées de dimension finie sur K.

1. Définition des algèbres de Lie semi-simples

Définition 1

Soit g une algèbre de Lie. On dit que g est semi-simple si le seul idéal commutatif de g est {0}.

Remarque 1

L’algèbre {0} est semi-simple. Une algèbre de dimension 1 ou 2 est non semi-simple (cf. § 5, no 1, exemple 1). Il existe des algèbres semi-simples de dimension 3 (cf. n° 7).

Remarque 2

Une algèbre semi-simple a un centre nul, donc sa représentation adjointe est fidèle.

Remarque 3

Si g₁, ..., gₙ sont semi-simples, g = g₁ × ... × gₙ est semi-simple ; car, si a est un idéal commutatif de g, les projections de a sur g₁, ..., gₙ sont réduites à {0}.

Théorème 1

Soit g une algèbre de Lie. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) g est semi-simple. b) Le radical r de g est nul. c) La forme de Killing β de g est non dégénérée.

En outre, une algèbre de Lie semi-simple est égale à son idéal dérivé.

a) ⇒ b) : car, si r ≠ {0}, la dernière algèbre dérivée non nulle de r est un idéal commutatif de g.

b) ⇒ c) : ceci résulte de la prop. 5 b) du § 5, n° 5 (qui prouve en même temps la dernière assertion du théorème).

c) ⇒ a) : ceci résulte de la prop. 6 b) du § 4, n° 4.

Corollaire

Soient g une algèbre de Lie semi-simple, ρ une représentation de g dans un espace V de dimension finie. Alors, ρ(g) ⊂ sl(V).

En effet, la forme linéaire x ↦ Tr ρ(x) (x ∈ g) s’annule quand x est de la forme [y, z] (y ∈ g, z ∈ g), donc sur g\mathfrak{g} = g.

Proposition 1

Soient gg une algèbre de Lie semi-simple, ρ\rho une représentation fidèle de dimension finie de gg. Alors la forme bilinéaire sur gg associée à ρ\rho est non dégénérée.

En effet, l’orthogonal de gg pour cette forme est un idéal résoluble (§5§ 5, no 4, th. 2), donc est nul.

Corollaire 1

Soient gg une algèbre de Lie, β\beta sa forme de Killing, aa une sous-algèbre semi-simple de gg. L’orthogonal hh de aa par rapport à β\beta est un sous-espace supplémentaire de aa dans gg, et on a [a,h])⊂h[a, h]) \subset h. Si aa est un idéal de gg, il en est de même de hh, qui est alors le commutant de aa dans gg.

Soit β′\beta' la restriction de β\beta à aa : c’est la forme bilinéaire associée à la représentation x→adgxx \to \mathrm{ad}_g x de aa dans l’espace gg. Cette représentation est fidèle, donc β′\beta' est non dégénérée (prop. 1). Donc hh est supplémentaire de aa dans gg. Par ailleurs, si x,yx, y sont dans aa et z∈hz \in h, on a β(x,[y,z])=β([x,y],z)=0\beta(x, [y, z]) = \beta([x, y], z) = 0, car [x,y]∈a[x, y] \in a, donc [y,z]∈h[y, z] \in h, ce qui prouve que [a,h])⊂h[a, h]) \subset h. Si aa est un idéal de gg, on sait que hh est un idéal de gg (§3§ 3, prop. 7) et gg s’identifie à a×ha \times h. Comme le centre de aa est nul, le commutant de aa dans gg est hh.

Corollaire 2

Toute extension d’une algèbre de Lie semi-simple par une algèbre de Lie semi-simple est semi-simple et triviale.

Ceci résulte aussitôt du cor. 1.

Corollaire 3

Si gg est semi-simple, toute dérivation de gg est intérieure.

En effet, ad g\mathrm{ad}\, g est isomorphe à gg, donc semi-simple, et est un idéal de l’algèbre de Lie d\mathfrak{d} des dérivations de gg (§1§ 1, prop. 1). Si D∈dD \in \mathfrak{d} commute aux éléments de ad g\mathrm{ad}\, g, on a, pour tout x∈gx \in g, ad D(x)=[D,ad x]=0\mathrm{ad}\, D(x) = [D, \mathrm{ad}\, x] = 0, d’où D(x)=0D(x) = 0; donc D=0D = 0. Le cor. 3 résulte donc du cor. 1.

2. Semi-simplicité des représentations

Lemme 1

Soit gg une algèbre de Lie semi-simple. La représentation adjointe de gg est semi-simple. Tout idéal et toute algèbre quotient de gg est semi-simple.

En effet, soit aa un idéal de gg. L’orthogonal bb de aa dans gg pour la forme de Killing est un idéal de gg, et a∩ba \cap b est un idéal commutatif (§3§ 3, no 6, prop. 7), donc nul. Donc bb est supplémentaire de aa dans gg. En outre, comme la forme de Killing de gg est non dégénérée, il en est de même de ses restrictions à aa et bb (Alg., chap. IX, §4§ 4, no 1, cor. de la prop. 1), donc aa et bb sont semi-simples (no 1, th. 1, et §3§ 3, no 6, prop. 9).

Lemme 2

Soit gg une algèbre de Lie. Alors les deux conditions suivantes sont équivalentes* :

a) Toutes les représentations linéaires de dimension finie de gg sont semi-simples.

b) *Etant donnés une représentation linéaire ρ\rho de gg dans un espace vectoriel VV de dimension finie et un sous-espace vectoriel WW de codimension 1 tel que ρ(x)(V)⊂W\rho(x)(V) \subset W pour tout x∈gx \in g, il existe une droite supplémentaire de WW stable pour ρ(g)\rho(g) (donc annulée par ρ(g)\rho(g)).

Il est clair que a) entraîne b). Supposons b) vraie. Soient σ\sigma une représentation de dimension finie de gg dans un espace vectoriel MM, et NN un sous-espace vectoriel stable pour σ(g)\sigma(g). Soit μ\mu la représentation de gg dans L(M)\mathscr{L}(M) canoniquement déduite de σ\sigma (§3§ 3, no 3) : rappelons que μ(x)=ad⁡L(M)σ(x)\mu(x) = \operatorname{ad}_{\mathscr{L}(M)} \sigma(x). Soit VV (resp. WW) le sous-espace de L(M)\mathscr{L}(M) formé des applications linéaires de MM dans NN dont la restriction à NN est une homothétie (resp. est nulle) ; alors WW est de codimension 1 dans VV, et μ(x)(V)⊂W\mu(x)(V) \subset W pour tout x∈gx \in g. D’après la condition b), il existe un u∈Vu \in V annulé par μ(x)\mu(x) pour tout x∈gx \in g, et dont la restriction à NN est une homothétie non nulle. En multipliant uu par un scalaire convenable, on peut supposer que uu est un projecteur de MM sur NN. Dire que μ(x)⋅u=0\mu(x) \cdot u = 0 signifie que uu est permutable à σ(x)\sigma(x). Donc le noyau de uu est un supplémentaire de NN dans MM stable pour σ(x)\sigma(x), quel que soit x∈gx \in g. Donc σ\sigma est semi-simple.

Lemme 3

Soient gg une algèbre de Lie semi-simple, ρ\rho une représentation linéaire de gg dans un espace vectoriel VV de dimension finie et WW un sous-espace de VV de codimension 1 tel que ρ(x)(V)⊂W\rho(x)(V) \subset W pour tout x∈gx \in g. Alors il existe une droite supplémentaire de WW stable pour ρ(g)\rho(g)*.

Pour tout x∈gx \in g, soit σ(x)\sigma(x) la restriction de ρ(x)\rho(x) à WW. Supposons d’abord que σ\sigma soit simple. Si σ=0\sigma = 0, alors ρ(x)ρ(y)=0\rho(x)\rho(y) = 0 quels que soient x,yx, y dans gg, donc ρ(g)=ρ(∩g)={0}\rho(g) = \rho(\cap g) = \{0\}, et notre assertion est évidente. Si σ≠0\sigma \neq 0, soit nn le noyau de σ\sigma, et soit mm un idéal supplémentaire de nn dans gg (lemme 1) ; on a m≠{0}m \neq \{0\}, et la restriction de σ\sigma à mm est fidèle ; la restriction à mm de la forme bilinéaire associée à σ\sigma est non dégénérée (prop. 1), donc on peut former l’élément de Casimir cc associé à mm et σ\sigma. D’après la prop. 12 du , no 7, σ(c)\sigma(c) est un automorphisme de WW. D’autre part, ρ(c)(V)⊂W\rho(c)(V) \subset W. Donc le noyau ZZ de ρ(c)\rho(c) est une droite supplémentaire de WW ; puisque cc appartient au centre de l’algèbre enveloppante de gg, ρ(c)\rho(c) est permutable à ρ(x)\rho(x) pour tout x∈gx \in g, donc ZZ est stable pour ρ(g)\rho(g)

Dans le cas général, on raisonne par récurrence sur la dimension de VV. Soit TT un sous-espace stable non nul minimal de WW. Soit ρ′\rho' la représentation quotient dans V′=V/TV' = V/T. On a, pour tout x∈gx \in g, ρ′(x)(V′)⊂W′\rho'(x)(V') \subset W', où W′=W/TW' = W/T est de codimension 1 dans V′V'. Par l’hypothèse de récurrence, il existe une droite Z′Z' supplémentaire de W′W' et stable pour ρ′(g)\rho'(g). Son image réciproque ZZ dans VV est stable pour ρ(g)\rho(g), contient TT comme sous-espace de codimension 1, et on a Z∩W=TZ \cap W = T, donc ρ(x)(Z)⊂T\rho(x)(Z) \subset T pour tout x∈gx \in g. D’après ce qui a été démontré plus haut, il existe une droite supplémentaire de TT dans ZZ, stable pour ρ(g)\rho(g) ; cette droite est supplémentaire de WW dans VV, ce qui achève la démonstration.

Théorème 2 (H. Weyl)

Toute représentation linéaire de dimension finie d’une algèbre de Lie semi-simple est complètement réductible.

Ceci résulte des lemmes 2 et 3.

Définition 2

Une algèbre de Lie gg est dite simple si les seuls idéaux de gg sont {0}\{0\} et gg et si en outre gg est non commutative.

Une algèbre de Lie simple est semi-simple. L’algèbre {0}\{0\} n’est pas simple.

Proposition 2

Pour qu’une algèbre de Lie gg soit semi-simple, il faut et il suffit qu’elle soit produit d’algèbres simples.

La condition est suffisante (no 1, remarque 3). Réciproquement, supposons gg semi-simple. Puisque la représentation adjointe de gg est semi-simple, gg est somme directe d’idéaux non nuls minimaux a1,…,ama_1, \ldots, a_m. Alors gg s’identifie à l’algèbre produit des aia_i (§1,n∘1§ 1, \mathrm{n}^{\circ} 1). Tout idéal de aia_i est alors un idéal de gg, donc nul ou égal à aia_i. Par ailleurs, aia_i est non commutatif. Donc les aia_i sont des algèbres de Lie simples.

Corollaire 1

Une algèbre de Lie semi-simple est le produit de ses idéaux simples gig_i. Tout idéal de gg est produit de certains des gig_i.

On a g=a1×⋯×amg = a_1 \times \cdots \times a_m, où les aia_i sont simples. Comme le centre de aia_i est nul, le commutant de aia_i dans gg est le produit des aja_j pour j≠ij \neq i. Soit alors aa un idéal de gg. S’il ne contient pas aia_i, on a a∩ai={0}a \cap a_i = \{0\}, donc [a,ai]={0}[a, a_i] = \{0\}, et aa est contenu dans le produit des aja_j pour j≠ij \neq i. Il s’ensuit que aa est produit de certains des aia_i. Donc les idéaux simples de gg sont exactement les aia_i.

Les idéaux simples d’une algèbre de Lie semi-simple sont appelés les composants simples de gg.

Corollaire 2

Soient g,g′g, g' deux algèbres de Lie, rr et r′r' leurs radicaux, et ff un homomorphisme de gg sur g′g'. Alors r′=f(r)r' = f(r).

Comme f(r)f(r) est résoluble, on a f(r)⊂r′f(r) \subset r'. D’autre part, g/rg/r est semi-simple (§5,n∘2§ 5, \mathrm{n}^{\circ} 2, prop. 3), donc g′/f(r)g'/f(r), qui est isomorphe à un quotient de g/rg/r, est semi-simple (lemme 1), donc f(r)⊃r′f(r) \supset r' (§5,n∘2§ 5, \mathrm{n}^{\circ} 2, prop. 3).

Remarque 1

Le th. 2 admet une réciproque : si toute représentation de dimension finie de gg est semi-simple, gg est semi-simple. En effet, puisque la représentation adjointe est semi-simple, tout idéal de gg admet un idéal supplémentaire, donc peut être considéré comme un quotient de gg. Si gg n’est pas semi-simple, gg admet donc un quotient commutatif non nul, et par suite un quotient de dimension 1. Or l’algèbre de Lie KK de dimension 1 admet des représentations non semi-simples, par exemple

λ↦(00λ0). \lambda \mapsto \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ \lambda & 0 \end{pmatrix}.

Remarque 2

Soient gg une algèbre de Lie sur KK, et σ\sigma une représentation de gg dans un espace vectoriel MM. Soit d’autre part ff une application K-linéaire de g dans M telle que :

(1)

f([x,y])=σ(x).f(y)−σ(y).f(x) f([x, y]) = \sigma(x).f(y) - \sigma(y).f(x)

quels que soient x, y dans g. D’après le § 1, n° 8, exemple 2, la donnée de σ\sigma et ff équivaut à la donnée d’un homomorphisme x↦(f(x),σ(x))x \mapsto (f(x), \sigma(x)) de g dans af(M)\mathfrak{af}(M). On a vu d’autre part (loc. cit.) que l’élément (f(x),σ(x))(f(x), \sigma(x)) de af(M)\mathfrak{af}(M) s’identifie canoniquement à l’élément ρ(x)\rho(x) de gl(N)\mathrm{gl}(N) (où N=M×KN = M \times K) qui induit σ(x)\sigma(x) sur M et transforme l’élément (0,1)(0, 1) de N en f(x)f(x). Et ρ\rho est alors une représentation de g dans N telle que ρ(x)(N)⊂M\rho(x)(N) \subset M pour tout x∈gx \in g.

Ceci posé, si g est semi-simple, il existe (lemme 3) une droite Z supplémentaire de M dans N et annulée par ρ(g)\rho(g). Autrement dit, *il existe un élément m0∈Mm_0 \in M tel que (−m0,1)∈N(-m_0, 1) \in N soit annulé par ρ(x)\rho(x) pour tout x∈gx \in g, c’est-à-dire tel que

(2)

f(x)=σ(x).m0 f(x) = \sigma(x).m_0

pour tout x∈gx \in g.

Supposons K=RK = \mathbf{R}. Soit G un groupe de Lie connexe d’algèbre de Lie g. Considérons un homomorphisme analytique φ\varphi de G dans le groupe affine A de M, correspondant à un homomorphisme x→(f(x),σ(x))x \to (f(x), \sigma(x)) de g dans af(M)\mathfrak{af}(M). Les résultats précédents peuvent s’interpréter en disant que, si g est semi-simple, φ(G)\varphi(G) laisse fixe un point de M. En effet, soit H l’ensemble des éléments de GL(N)\mathbf{GL}(N) qui laissent stables toutes les variétés linéaires de N parallèles à M. Il existe (§ 1, n° 8, exemple 2) un isomorphisme canonique ψ\psi de A sur H. Soit Z une droite supplémentaire de M dans N. Dire que ρ(g)\rho(g) annule Z revient à dire que (ψ∘φ)(G)(\psi \circ \varphi)(G) laisse fixes les points de Z, donc (compte tenu de la définition de ψ\psi) que φ(G)\varphi(G) laisse fixe la projection sur M du point d’intersection de Z et de M×{1}M \times \{1\}. \

3. Éléments semi-simples et éléments nilpotents dans les algèbres de Lie semi-simples

Proposition 3

Soient M un espace vectoriel de dimension finie sur K, et g une sous-algèbre semi-simple de gl(M)\mathrm{gl}(M). Alors g contient les composantes semi-simples et nilpotentes de ses éléments.

Si K1K_1 est une extension de KK, la forme de Killing de g(K1)g_{(K_1)} est l’extension à g(K1)g_{(K_1)} de celle de gg (§ 3, no 8), donc est non dégénérée ; par suite, g(K1)g_{(K_1)} est semi-simple. Il suffit donc de démontrer la prop. 3 lorsque le corps de base est algébriquement clos, ce que nous supposons désormais.

Pour tout sous-espace NN de MM, soit gNg_N la sous-algèbre de gl(M)gl(M) formée des éléments qui laissent NN stable, et dont la restriction à NN est de trace nulle. Comme g=Ogg = \mathscr{O}g, on a g⊂gNg \subset g_N si NN est stable par gg. Soit alors g∗g^* l’intersection du normalisateur de gg dans gl(M)gl(M) et des algèbres gNg_N où NN parcourt l’ensemble des sous-espaces de MM stables par gg. Comme la composante semi-simple ss (resp. nilpotente nn) de x∈gl(M)x \in gl(M) est un polynôme sans terme constant en xx, et que ad sad\ s (resp. ad nad\ n) est la partie semi-simple (resp. nilpotente) de ad xad\ x (§ 5, no 4, lemme 2), il est clair que x∈g∗x \in g^* implique s∈g∗s \in g^* et n∈g∗n \in g^*; il suffit donc de faire voir que g∗=gg^* = g. Puisque gg et un idéal semi-simple de g∗g^*, on a g∗=a×gg^* = a \times g (no 1, cor. 1 de la prop. 1). Soit a∈aa \in a et soit NN un sous-espace minimal parmi les sous-espaces non nuls de MM stables par gg. La restriction de aa à NN est un multiple scalaire de l’identité d’après le th. de Burnside, de trace nulle par construction, donc est nulle puisque KK est de caractéristique 0. Comme MM est somme directe de sous-espaces tels que NN, il s’ensuit que a=0a = 0, donc g∗=gg^* = g.

Corollaire

Un élément xx de gg est un endomorphisme semi-simple (resp. nilpotent) de MM si et seulement si adg xad_g\ x est un endomorphisme semi-simple (resp. nilpotent) de gg*.

Soit ss (resp. nn) la composante semi-simple (resp. nilpotente) de x∈gx \in g. On a s∈gs \in g et n∈gn \in g (prop. 3). Alors adg sad_g\ s (resp. adg nad_g\ n) est la composante semi-simple (resp. nilpotente) de adg xad_g\ x, d’après le lemme 2 du § 5, no 4. Si xx est semi-simple (resp. nilpotent), il en est donc de même de adg xad_g\ x. Si maintenant adg xad_g\ x est semi-simple (resp. nilpotent), il est égal à adg sad_g\ s (resp. adg nad_g\ n), donc x=sx = s (resp. x=nx = n) puisque la représentation adjointe de gg est fidèle.

Définition 3

Soit gg une algèbre de Lie semi-simple. Un élément xx de gg est dit semi-simple (resp. nilpotent) si, pour tout g-module M de dimension finie sur K, xMx_M est un endomorphisme semi-simple (resp. nilpotent) de M.

Proposition 4

Soient g, g' des algèbres de Lie semi-simples, et f un homomorphisme de g dans g'. Si x∈gx \in g est semi-simple (resp. nilpotent), f(x)f(x) l’est aussi. Si f est surjectif, tout élément semi-simple (resp. nilpotent) de g' est image par f d’un élément semi-simple (resp. nilpotent) de g.

Si ρ\rho est une représentation de g', ρ∘f\rho \circ f est une représentation de g, d’où la première assertion. Si f est surjectif, il existe un homomorphisme g de g' dans g tel que f∘gf \circ g soit l’homomorphisme identique de g' (n° 1, cor. 2 de la prop. 1), et la deuxième assertion résulte donc de la première.

Théorème 3

Soit g une algèbre de Lie semi-simple.

a) Soit x∈gx \in g. S’il existe une représentation fidèle de ρ\rho de g telle que ρ(x)\rho(x) soit un endomorphisme semi-simple (resp. nilpotent), alors x est semi-simple (resp. nilpotent).

b) Tout élément de g s’écrit de manière unique comme somme d’un élément semi-simple et d’un élément nilpotent commutant entre eux.

Supposons satisfaite l’hypothèse de a). Soient σ\sigma une représentation de g, b l’idéal supplémentaire du noyau de σ\sigma, et α\alpha la projection de g sur b. Alors, adgx\mathrm{ad}_g x est semi-simple (resp. nilpotent) d’après le cor. de la prop. 3, donc adbα(x)\mathrm{ad}_b \alpha(x) est semi-simple (resp. nilpotent). Comme σ(x)=σ(α(x))\sigma(x) = \sigma(\alpha(x)), la première assertion résulte du cor. de la prop. 3. La deuxième résulte alors de la prop. 3 appliquée à une représentation fidèle.

4. Algèbres de Lie réductives

Définition 4

Une algèbre de Lie est dite réductive si sa représentation adjointe est semi-simple.

Proposition 5

Soient g une algèbre de Lie, r son radical. Les conditions suivantes sont équivalentes :

a) g est réductive. b) Og\mathscr{O}g est semi-simple.

c) gg est produit d’une algèbre semi-simple et d’une algèbre commutative.

d) gg possède une représentation de dimension finie telle que la forme bilinéaire associée soit non dégénérée.

e) gg possède une représentation de dimension finie semi-simple fidèle.

f) Le radical nilpotent de gg est nul.

g) rr est le centre de gg.

a) ⇒b)\Rightarrow b) : si la représentation adjointe de gg est semi-simple, gg est somme directe d’idéaux non nuls minimaux aia_i, donc gg est isomorphe au produit des aia_i; et aia_i ne possède pas d’autre idéaux que {0}\{0\} et aia_i, donc est simple ou commutatif de dimension 1. Par suite, Og\mathscr{O}g est égal au produit de ceux des aia_i qui sont simples, donc est semi-simple.

b)⇒c)b) \Rightarrow c) : si Og\mathscr{O}g est semi-simple, gg est isomorphe au produit de Og\mathscr{O}g par une algèbre de Lie hh (no 1, cor. 1 de la prop. 1); hh est isomorphe à g/Ogg/\mathscr{O}g, donc commutative.

c)⇒d)c) \Rightarrow d) : soient g1g_1 et g2g_2 deux algèbres de Lie, ρi\rho_i une représentation de dimension finie de gig_i, βi\beta_i la forme bilinéaire sur gig_i associée à ρi\rho_i (i=1,2i = 1, 2); on peut considérer ρ1\rho_1 et ρ2\rho_2 comme des représentations de g=g1×g2g = g_1 \times g_2; soit ρ\rho leur somme directe. Il est clair que la forme bilinéaire sur gg associée à ρ\rho est la somme directe de β1\beta_1 et β2\beta_2, donc est non dégénérée si β1\beta_1 et β2\beta_2 sont non dégénérées. Ceci posé, pour prouver l’implication c)⇒d)c) \Rightarrow d), il suffit de considérer les 2 cas suivants : 1) gg est semi-simple ; alors la représentation adjointe admet pour forme associée la forme de Killing, qui est non dégénérée ; 2) g=Kg = K; alors la représentation identique de gg dans KK a une forme bilinéaire associée qui est non dégénérée.

d)⇒e)d) \Rightarrow e) : soient ρ\rho une représentation de dimension finie de gg et β\beta la forme bilinéaire associée ; d’après la prop. 4 du § 4, no 3, il existe une représentation semi-simple de dimension finie σ\sigma de gg telle que le noyau nn de σ\sigma soit orthogonal à gg pour β\beta. Si β\beta est non dégénérée, on a n={0}n = \{0\}, donc σ\sigma est fidèle.

e)⇒f)e) \Rightarrow f) : ceci est évident.

f)⇒g)f) \Rightarrow g) : si le radical nilpotent de gg est nul, Og∩r\mathscr{O}g \cap r est nul (§5,§ 5, no 3, th. 1); comme [g,r]⊂Og∩r[g, r] \subset \mathscr{O}g \cap r, rr est le centre de gg.

g) ⇒ a) : si r est le centre de g, la représentation adjointe de g s’identifie à une représentation de g/r, qui est une algèbre de Lie semi-simple ( , n° 2, prop. 3); cette représentation est donc semi-simple (th. 2)

Remarque

Si une algèbre de Lie g peut se décomposer en un produit a × b d’une algèbre de Lie commutative a et d’une algèbre de Lie semi-simple b, cette décomposition est unique. Plus précisément, le centre de g est égal au produit des centres de a et de b, donc est égal à a. Et Og=Oa×Ob=b\mathscr{O}g = \mathscr{O}a \times \mathscr{O}b = b.

Corollaire

a) Tout produit fini d’algèbres réductives est une algèbre réductive.

b) Si g est une algèbre de Lie réductive, de centre c, tout idéal de g est facteur direct, produit de ses intersections avec c et Og\mathscr{O}g, et est une algèbre de Lie réductive.

c) Tout quotient d’une algèbre de Lie réductive est une algèbre de Lie réductive.

L’assertion a) résulte par exemple de la condition c) de la prop. 5.

Supposons g réductive. Soit a un idéal de g. Puisque la représentation adjointe de g est semi-simple, a possède un idéal supplémentaire b, et g s’identifie à a × b. Pour tout x∈gx \in g, soit ρ(x)\rho(x) la restriction de adgx\mathrm{ad}_g x à a. Alors, ρ\rho est une représentation semi-simple de g qui s’annule sur b, et définit par passage au quotient la représentation adjointe de a. Donc a est réductive. De même, g/a et b, qui sont isomorphes, sont réductives. Enfin, soient d, d’ les centres de a et b ; on a a=d×Oa,b=d′×Ob,d×d′=c,Oa×Ob=Oga = d \times \mathscr{O}a, b = d' \times \mathscr{O}b, d \times d' = c, \mathscr{O}a \times \mathscr{O}b = \mathscr{O}g; donc a=(a∩c)+(a∩Og)a = (a \cap c) + (a \cap \mathscr{O}g).

Proposition 6

Soient g une algèbre de Lie, r son radical, s son radical nilpotent.

a) s=[g,r]=Og∩rs = [g, r] = \mathscr{O}g \cap r.

b) s est l’intersection des orthogonaux de g pour les formes bilinéaires associées aux représentations de dimension finie de g.

Il est clair que [g,r]⊂Og∩r[g, r] \subset \mathscr{O}g \cap r. On a Og∩r=s\mathscr{O}g \cap r = s d’après le th. 1 du § 5, n° 3. Soient g′=g/[g,r]g' = g/[g, r], et f l’homomorphisme canonique de g sur g′g'; alors f(r)f(r) est le radical r′r' de g′g' (cor. 3 de la prop. 2, n° 2), donc [g′,r′]={0}[g', r'] = \{0\} et r′r' est le centre de g′g'; par suite (prop. 5) g′g' possède une représentation semi-simple fidèle de dimension finie, d’où s⊂[g,r]s \subset [g, r]. On a prouvé a).

Soit tt l’intersection des orthogonaux de gg pour les formes bilinéaires associées aux représentations de dimension finie de gg. On a s⊂ts \subset t (§ 4, n° 3, prop. 4 d)). D'autre part, g/sg/s possède une représentation semi-simple fidèle de dimension finie, donc (prop. 5) une représentation ρ\rho de dimension finie telle que la forme bilinéaire associée soit non dégénérée; considérée comme représentation de gg, ρ\rho possède une forme bilinéaire associée β\beta sur gg, et l'orthogonal de gg pour β\beta est ss, d'où t⊂st \subset s. Donc t=st = s.

Même si s≠{0}s \neq \{0\}, il peut exister des formes bilinéaires invariantes symétriques non dégénérées sur gg (exerc. 18 c)). De telles formes, bien entendu, ne sont associées à aucune représentation de gg.

Corollaire

Soient g, g' des algèbres de Lie, s* (resp. s′s') le radical nilpotent de g (resp. g′g'), et f un homomorphisme de g sur g'. a) On a s' = f(s). b) g' est réductive si et seulement si le noyau de f contient s.

En effet, si r,r′r, r' sont les radicaux de g,g′g, g', on a s′=[g′,r′]=[f(g),f(r)]=f([g,r])=f(s)s' = [g', r'] = [f(g), f(r)] = f([g, r]) = f(s). L'assertion b) est conséquence immédiate de a).

5. Application : un critère de semi-simplicité pour les représentations

Théorème 4

Soient g une algèbre de Lie, r son radical, ρ\rho une représentation de g de dimension finie, g′=ρ(g)g' = \rho(g) et r′=ρ(r)r' = \rho(r). Alors les conditions suivantes sont équivalentes :* a) ρ\rho est semi-simple ; b) g' est réductive, et son centre est formé d'endomorphismes semi-simples ; c) r' est formé d'endomorphismes semi-simples ; d) la restriction de ρ\rho à r est semi-simple.

a) ⇒b)\Rightarrow b): si ρ\rho est semi-simple, g′g' est réductive (prop. 5); l’algèbre associative engendrée par 1 et g′g' est semi-simple (Alg.Alg., chap. VIII, , no 1, prop. 3), donc son centre est semi-simple (loc. cit., § 5, no 4, prop. 12), donc les éléments de ce centre sont semi-simples (loc. cit., § 9, no 1, prop. 2)

b)⇒c)b) \Rightarrow c): si g′g' est réductive, son centre est égal à son radical, c’est-à-dire à r′r', d’où l’implication b)⇒c)b) \Rightarrow c).

c)⇒d)c) \Rightarrow d): supposons r′r' formé d’endomorphismes semi-simples. Comme [g′,r′][g', r'] est formé d’endomorphismes nilpotents (no 4, prop. 6), on a [g′,r′]={0}[g', r'] = \{0\}. Ceci posé, l’implication c)⇒d)c) \Rightarrow d) résulte d’*Alg.*, chap. VIII, § 9, no 2, th. 1.

d)⇒a)d) \Rightarrow a): soient ss le radical nilpotent de gg, et ρ′\rho' la restriction de ρ\rho à rr. Les éléments de ρ(s)\rho(s) sont nilpotents, donc ss est contenu dans le plus grand idéal de nilpctence de ρ′\rho'. Comme ρ′\rho' est semi-simple, on a ρ′(s)={0}\rho'(s) = \{0\}, et g′g' est réductive (cor. de la prop. 6), de sorte que g′=a′×r′g' = a' \times r' avec a′a' semi-simple (prop. 5). Soit A′A' (resp. R′R') l’algèbre associative engendrée par 1 et a′a' (resp. r′r'). Elle est semi-simple (Alg., chap. VIII, § 5, no 1, prop. 3), donc A′⊗KR′A' \otimes_K R' est semi-simple (loc. cit., § 7, no 6, cor. 4 du th. 3), donc l’algèbre associative engendrée par 1 et g′g', qui est un quotient de A′⊗KR′A' \otimes_K R', est semi-simple, ce qui prouve que ρ\rho est semi-simple.

Corollaire 1

Soient g une algèbre de Lie, φ\varphi et φ′\varphi' deux représentations semi-simples de dimension finie de g. Alors, le produit tensoriel de φ\varphi et φ′\varphi' est semi-simple.

Soit rr le radical de gg. Pour x∈rx \in r, ρ(x)\rho(x) et ρ′(x)\rho'(x) sont semi-simples (th. 4), donc ρ(x)⊗1+1⊗ρ′(x)\rho(x) \otimes 1 + 1 \otimes \rho'(x) est semi-simple (Alg., chap. VIII, § 9, cor. du th. 1), donc le produit tensoriel de ρ\rho et ρ′\rho' est semi-simple (th. 4).

Corollaire 2

Soient g une algèbre de Lie, φ\varphi une représentation semi-simple de g dans un espace vectoriel V de dimension finie, T et S les algèbres tensorielle et symétrique de V, et σT,σS\sigma_T, \sigma_S les représentations de g dans T et S canoniquement déduites de φ\varphi. Alors, σT\sigma_T et σS\sigma_S sont semi-simples, et, plus précisément, sommes directes de représentations simples de dimension finie.

Soit TnT^n le sous-espace de T formé des tenseurs homogènes d’ordre nn. Ce sous-espace est stable pour σT\sigma_T, et la représentation définie par σT\sigma_T dans TnT^n est semi-simple (cor. 1). D’où le corollaire pour σT\sigma_T, et par suite pour σS\sigma_S, qui est une représentation quotient de σT\sigma_T.

Corollaire 3

Soient gg une algèbre de Lie, ρ\rho et ρ′\rho' deux représentations semi-simples de dimension finie de gg dans des espaces MM et M′M'. Alors, la représentation de gg dans Lk(M,M′)\mathscr{L}_k(M, M') canoniquement déduite de ρ\rho et ρ′\rho' est semi-simple.

En effet, le gg-module Lk(M,M′)\mathscr{L}_k(M, M') s’identifie canoniquement au gg-module M∗⊗kM′M^* \otimes_k M' (§ 3, no 3, prop. 4), de sorte que le cor. 3 résulte du cor. 1.

Corollaire 4

Soient gg une algèbre de Lie, aa un idéal de gg, ρ\rho une représentation semi-simple de gg. a) La restriction ρ′\rho' de ρ\rho à aa est semi-simple. b) Si ρ\rho est simple, ρ′\rho' est somme de représentations simples deux à deux isomorphes.

Passant au quotient par le noyau de ρ\rho, on peut supposer ρ\rho fidèle. Alors, gg est réductive. Soit g=g1×g2g = g_1 \times g_2, où g1g_1 est le centre de gg et où g2g_2 est semi-simple. On a a=a1×a2a = a_1 \times a_2, avec a1⊂g1a_1 \subset g_1, a2⊂g2a_2 \subset g_2, et a1a_1 est le centre de aa. Les éléments de ρ(g1)\rho(g_1), et en particulier ceux de ρ(a1)\rho(a_1), sont semi-simples (th. 4), donc ρ′\rho' est semi-simple (th. 4). D’où aa. L’assertion bb résulte de aa, compte tenu du § 3, no 1, cor. de la prop. 1.

6. Sous-algèbres réductives dans une algèbre de Lie

Définition 5

Soient gg une algèbre de Lie, hh une sous-algèbre de Lie de gg. On dit que hh est réductive dans gg si la représentation x→ad⁡gxx \to \operatorname{ad}_g x de hh est semi-simple.

Cette représentation admet comme sous-représentation la représentation adjointe de hh. Donc, si hh est réductive dans gg, hh est réductive. D’autre part, dire qu’une algèbre de Lie est réductive dans elle-même équivaut à dire qu’elle est réductive.

Proposition 7

Soient gg une algèbre de Lie, hh une sous-algèbre réductive dans gg, ρ\rho une représentation de gg dans un espace vectoriel VV, et WW la somme des sous-espaces de dimension finie de VV qui sont des h\mathfrak{h}-modules simples. Alors, WW est stable pour ρ(g)\rho(g).

Soit W0W_0 un sous-h\mathfrak{h}-module simple de dimension finie de VV. Il s’agit de montrer que ρ(x)(W0)⊂W\rho(x)(W_0) \subset W pour tout x∈gx \in g. Désignons par MM l’espace vectoriel gg considéré comme h\mathfrak{h}-module grâce à la représentation x↦adgxx \mapsto \mathrm{ad}_g x de h\mathfrak{h} dans gg. Alors, M⊗KW0M \otimes_K W_0 est un h\mathfrak{h}-module semi-simple (cor. 1 du th. 4). Soit θ\theta l’application K-linéaire de M⊗KW0M \otimes_K W_0 dans VV définie par θ(x⊗w)=ρ(x)w\theta(x \otimes w) = \rho(x)w. C’est un homomorphisme de h\mathfrak{h}-modules, car, si y∈hy \in \mathfrak{h}, on a :

θ([y,x]⊗w+x⊗ρ(y)w)=ρ([y,x])w+ρ(x)ρ(y)w=ρ(y)ρ(x)w=ρ(y)θ(x⊗w). \begin{align*} \theta([y, x] \otimes w + x \otimes \rho(y)w) &= \rho([y, x])w + \rho(x)\rho(y)w \\ &= \rho(y)\rho(x)w = \rho(y)\theta(x \otimes w). \end{align*}
Donc θ(M⊗KW0)\theta(M \otimes_K W_0) est un h\mathfrak{h}-module semi-simple de dimension finie. Donc θ(M⊗KW0)⊂W\theta(M \otimes_K W_0) \subset W, c’est-à-dire ρ(x)(W0)⊂W\rho(x)(W_0) \subset W pour tout x∈gx \in g.

Corollaire 1

Soient gg une algèbre de Lie, h\mathfrak{h} une sous-algèbre réductive dans gg, et ρ\rho une représentation semi-simple de dimension finie de gg. Alors la restriction de ρ\rho à h\mathfrak{h} est semi-simple.

En effet, il suffit d’étudier le cas où ρ\rho est simple. Adoptons les notations V,WV, W de la prop. 4. Soit W1W_1 un sous-espace de VV minimal parmi les sous-espaces non nuls et stables pour ρ(h)\rho(\mathfrak{h}). On a W1⊂WW_1 \subset W, donc W≠{0}W \neq \{0\}, donc W=VW = V.

Corollaire 2

Soient gg une algèbre de Lie, h\mathfrak{h} une sous-algèbre réductive dans gg, et k\mathfrak{k} une sous-algèbre de h\mathfrak{h} réductive dans h\mathfrak{h}. Alors, k\mathfrak{k} est réductive dans gg.

En effet, la représentation x↦adgxx \mapsto \mathrm{ad}_g x de h\mathfrak{h} dans gg est semi-simple, donc sa restriction à k\mathfrak{k} est semi-simple (cor. 1).

7. Exemples d’algèbres de Lie semi-simples

Proposition 8

Soit VV un espace vectoriel de dimension finie. Alors, gl(V)\mathrm{gl}(V) est réductive, son centre est l’ensemble des homothéties de VV, son algèbre dérivée est sl(V)\mathfrak{sl}(V), et cette dernière est semi-simple.

La représentation identique de gl(V)\mathrm{gl}(V) est simple, donc gl(V)\mathrm{gl}(V) est réductive, et par suite gl(V)\mathrm{gl}(V) est somme directe de son centre cc et de son algèbre dérivée O(gl(V))\mathscr{O}(\mathrm{gl}(V)). Le centre cc est l’ensemble des homothéties (Alg., chap. II, § 2, n° 5, cor. 1 de la prop. 5). Il est clair que O(gl(V))⊂sl(V)\mathscr{O}(gl(V)) \subset sl(V). Comme sl(V)∩c={0}sl(V) \cap c = \{0\}, on a O(gl(V))=sl(V)\mathscr{O}(gl(V)) = sl(V). Donc sl(V)sl(V) est semi-simple.

Exemple

Identifions sl(K2)sl(K^2) à l’algèbre de Lie des matrices d’ordre 2 et de trace nulle. Posons

X=(0100)Y=(0010)H=(100−1). X = \begin{pmatrix} 0 & 1 \\ 0 & 0 \end{pmatrix} \quad Y = \begin{pmatrix} 0 & 0 \\ 1 & 0 \end{pmatrix} \quad H = \begin{pmatrix} 1 & 0 \\ 0 & -1 \end{pmatrix}.

Alors, X,Y,HX, Y, H forment une base de sl(K2)sl(K^2), et on a

[H,X]=2X[H,Y]=−2Y[X,Y]=H. [H, X] = 2X \qquad [H, Y] = -2Y \qquad [X, Y] = H.

Comme une algèbre de dimension 1 ou 2 est non semi-simple (n° 1, remarque 1), sl(K2)sl(K^2) est simple. En fait, sl(V)sl(V) est simple dès que dim⁡V≥2\dim V \geq 2, comme nous le verrons plus tard (cf. aussi exerc. 21 et 24).

Proposition 9

Soient V un espace vectoriel de dimension finie n sur K, β\beta une forme bilinéaire symétrique (resp. alternée) non dégénérée sur V. Soit g l’algèbre de Lie formée des x∈gl(V)x \in gl(V) tels que β(xm,m′)+β(m,xm′)=0\beta(xm, m') + \beta(m, xm') = 0 quels que soient m,m′m, m' dans V. Alors, g est réductive ; g est même semi-simple sauf dans le cas où β\beta est symétrique et où n=2n = 2.

Pour tout u∈gl(V)u \in gl(V), on notera u∗u^* son adjoint relativement à β\beta; on a Tr⁡(u)=Tr⁡(u∗)\operatorname{Tr}(u) = \operatorname{Tr}(u^*) d’après la prop. 7 d’Alg., chap. IX, § 1, n° 8. La condition β(um,m′)+β(m,um′)=0\beta(um, m') + \beta(m, um') = 0 quels que soient m,m′m, m' dans V signifie que u+u∗=0u + u^* = 0. En particulier, si v∈gl(V)v \in gl(V), on a (v−v∗)∗=v∗−v(v - v^*)^* = v^* - v, donc v−v∗∈gv - v^* \in g. Ceci posé, soit uu un élément de g orthogonal à g pour la forme bilinéaire φ\varphi associée à la représentation identique de g. Quel que soit v∈gl(V)v \in gl(V), on a Tr⁡ u(v−v∗)=0\operatorname{Tr}\, u(v - v^*) = 0, donc

Tr⁡(uv)=Tr⁡(uv∗)=Tr⁡(uv∗)∗=Tr⁡(vu∗)=−Tr⁡(vu)=−Tr⁡(uv) \operatorname{Tr}(uv) = \operatorname{Tr}(uv^*) = \operatorname{Tr}(uv^*)^* = \operatorname{Tr}(vu^*) = -\operatorname{Tr}(vu) = -\operatorname{Tr}(uv)

donc Tr⁡(uv)=0\operatorname{Tr}(uv) = 0. Il en résulte que u=0u = 0, de sorte que φ\varphi est non dégénérée. Donc g est réductive (prop. 5). Il nous reste à montrer que le centre de g est nul (sauf si β\beta est symétrique et que n=2n = 2). Par extension du corps de base, on peut supposer K algébriquement clos.

a) Lorsque β\beta est symétrique, on peut l’identifier à la forme bilinéaire sur KnK^n de matrice InI_n par rapport à la base canonique (Alg.Alg., chap. IX, , cor. 1 du th. 1). Dans ces conditions, gg s’identifie à l’algèbre de Lie des matrices antisymétriques (§3§ 3, no 4, exemple 1). Soit U=(uij)∈gU = (u_{ij}) \in g, et exprimons que UU commute à la matrice (νij)∈g(\nu_{ij}) \in g dont tous les éléments sont nuls sauf νi0j0\nu_{i_0j_0} et νj0i0\nu_{j_0i_0} (i0≠j0i_0 \neq j_0) qui sont égaux respectivement à 1 et -1. On trouve que uij=uji=uii0=uij0=0u_{ij} = u_{ji} = u_{ii_0} = u_{ij_0} = 0 pour i≠i0,j0i \neq i_0, j_0 et j≠i0,j0j \neq i_0, j_0. Si n>2n > 2, il existe, quels que soient les indices distincts i0i_0 et jj, des indices distincts ii et j0j_0 tels que i≠i0,j0≠j,j0≠i0i \neq i_0, j_0 \neq j, j_0 \neq i_0; donc uij=0u_{ij} = 0. Ceci prouve qu’un élément du centre de gg est nul

b) Lorsque β\beta est alternée et que n=2mn = 2m, on peut identifier β\beta à la forme bilinéaire sur K2mK^{2m} de matrice (0Im−Im0)\begin{pmatrix} 0 & I_m \\ -I_m & 0 \end{pmatrix} par rapport à la base canonique (Alg.Alg., chap. IX, § 5, cor. 1 du th. 1). Dans ces conditions gg s’identifie à l’algèbre de Lie des matrices de la forme U=(ABCD)U = \begin{pmatrix} A & B \\ C & D \end{pmatrix} avec D=−′AD = -'A, BB et CC symétriques (A,B,C,DA, B, C, D dans Mm(K)\mathbf{M}_m(K)) (§3§ 3, no 4, exemple 1). Exprimons d’abord que UU commute à la matrice (X00−′X)\begin{pmatrix} X & 0 \\ 0 & -'X \end{pmatrix}, où X∈Mm(K)X \in \mathbf{M}_m(K). Il vient AX=XAAX = XA, CX=−′XCCX = -'XC, XB=−B.′XXB = -B.'X; comme ces égalités doivent être vérifiées quel que soit XX, on en déduit que AA est une matrice scalaire λIm\lambda I_m. Exprimons maintenant que UU commute à la matrice (0Y00)\begin{pmatrix} 0 & Y \\ 0 & 0 \end{pmatrix}, où YY est une matrice symétrique de Mm(K)\mathbf{M}_m(K). Il vient λY=YC=CY=0\lambda Y = YC = CY = 0. Ceci prouve d’abord que λ=0\lambda = 0. En outre, pour tout X∈Mm(K)X \in \mathbf{M}_m(K), X+′XX + 'X est symétrique, et on doit donc avoir XC=−′XCXC = -'XC. Compte tenu de l’égalité CX=−′XCCX = -'XC obtenue plus haut, on voit que CC commute à tout élément de Mm(K)\mathbf{M}_m(K), donc que CC est une matrice scalaire, nécessairement nulle puisque YC=0YC = 0. On démontre de même que B=0B = 0.

Pour β\beta symétrique et n=2n = 2, gg est de dimension 1, donc commutative. Pour les autres cas, cf. exerc. 25 et 26.

8. Le théorème de Levi-Malcev

Soient E un espace vectoriel normé complet sur R\mathbf{R}, et uu un endomorphisme continu de E. On a vu (Fonct. var. réelle, chap. IV, § 2, n° 6) que la suite unn!\frac{u^n}{n!} est sommable dans L(E)\mathscr{L}(E), et on a posé

eu=exp⁡u=∑n=0∞unn!. e^u = \exp u = \sum_{n=0}^\infty \frac{u^n}{n!}.
Soient maintenant E un espace vectoriel sur le corps K et uu un endomorphisme nilpotent de E. La série ∑n=0∞unn!\sum_{n=0}^\infty \frac{u^n}{n!} n’a qu’un nombre fini de termes non nuls, et on peut donc poser
eu=exp⁡u=∑n=0∞unn!. e^u = \exp u = \sum_{n=0}^\infty \frac{u^n}{n!}.
Cette définition concorde avec la précédente si K=RK = \mathbf{R} et si E est normé complet. Si vv est un autre endomorphisme nilpotent de E permutable à uu, on a :
(3)euev=(∑n=0∞unn!)(∑p=0∞vpp!)=∑n,p=0∞unvpn!p!=∑q=0∞1q!(∑n+p=q(qn)unvp)=∑q=0∞1q!(u+v)q=eu+v. (3) \quad e^u e^v = \left( \sum_{n=0}^\infty \frac{u^n}{n!} \right) \left( \sum_{p=0}^\infty \frac{v^p}{p!} \right) = \sum_{n,p=0}^\infty \frac{u^n v^p}{n! p!} = \sum_{q=0}^\infty \frac{1}{q!} \left( \sum_{n+p=q} \binom{q}{n} u^n v^p \right) = \sum_{q=0}^\infty \frac{1}{q!} (u + v)^q = e^{u+v}.
En particulier, eue−u=e−ueu=e0=1e^u e^{-u} = e^{-u} e^u = e^0 = 1, donc eue^u est toujours un automorphisme de E.

Si en outre E est une algèbre (non nécessairement associative), et si uu est une dérivation (nilpotente) de E, alors eue^u est un automorphisme de l’algèbre E. En effet, si x,y∈Ex, y \in E, on a

up(xy)=∑r+s=p(pr)ur(x)us(y) u^p(xy) = \sum_{r+s=p} \binom{p}{r} u^r(x) u^s(y)
pour tout entier p≥0p \geq 0 (formule de Leibniz). Il en résulte que :
eu(xy)=∑p≥01p!up(xy)=∑p≥0∑r+s=pur(x)r!us(y)s!=∑r,s=0∞ur(x)r!us(y)s!=eu(x)eu(y) e^u(xy) = \sum_{p \geq 0} \frac{1}{p!} u^p(xy) = \sum_{p \geq 0} \sum_{r+s=p} \frac{u^r(x)}{r!} \frac{u^s(y)}{s!} = \sum_{r,s=0}^\infty \frac{u^r(x)}{r!} \frac{u^s(y)}{s!} = e^u(x) e^u(y)
d’où notre assertion.

Soit maintenant g une algèbre de Lie. Si x appartient au radical nilpotent de g, la dérivation ad_g x de g est nilpotente. On peut donc poser la définition suivante :

Définition 6

On appelle automorphisme spécial de g un automorphisme de g de la forme e^{ad_x}, où x est dans le radical nilpotent de g.

Il est clair qu’un automorphisme spécial laisse stable tout idéal de g.

Définition 7

Soient g une algèbre de Lie, r son radical. On appelle sous-algèbre de Levi de g toute sous-algèbre supplémentaire de r dans g.

Une sous-algèbre de Levi est isomorphe à g/r, donc semi-simple. Comme une sous-algèbre semi-simple n’a que 0 en commun avec r, toute sous-algèbre semi-simple h telle que g = r + h est une sous-algèbre de Levi ; par conséquent, l’image d’une sous-algèbre de Levi par un homomorphisme surjectif est une sous-algèbre de Levi.

Théorème 5 (Levi-Malcev)

Une algèbre de Lie g possède toujours une sous-algèbre de Levi s. Toute sous-algèbre de Levi de g est transformée de s par un automorphisme spécial.

On note r le radical de g. On traitera d’abord deux cas particuliers.

a) [g, r] = {0}.

D’après la prop. 5, g est alors le produit de son centre r par Og\mathscr{O}g qui est semi-simple. Donc Og\mathscr{O}g est une sous-algèbre de Levi. De plus, si s’ est une sous-algèbre semi-simple, on a s’ = Os′\mathscr{O}s' (th. 1), donc s’ ⊂Og\subset \mathscr{O}g, et Og\mathscr{O}g est l’unique sous-algèbre de Levi de g.

b) [g, r] ≠\neq {0}, et les seuls idéaux de g contenus dans r sont {0} et r.

Alors, [g, r] = r, [r, r] = {0}, et le centre de g est nul. Soit M (resp. N) le sous-espace de L(g)\mathfrak{L}(g) formé des applications linéaires de g dans r dont la restriction à r est une homothétie (resp. est nulle);

N est donc de codimension 1 dans M. Pour m∈Mm \in M, on notera λ(m)\lambda(m) le rapport de l’homothétie de r définie par m. Soit σ\sigma la représentation de g dans L(g)\mathscr{L}(g) canoniquement déduite de la représentation adjointe ; rappelons que σ(x).u=[adgx,u]\sigma(x).u = [\mathrm{ad}_g x, u] pour tout x∈gx \in g et tout u∈L(g)u \in \mathscr{L}(g).

L(g)Il est clair que σ(x)(M)⊂N pour tout x∈g. De plus,∪si x∈r,y∈g et u∈M, on aM(4)(σ(x).u)(y)=[x,u(y)]−u([x,y])=−λ(u)[x,y]∪puisque [r,r]={0}; et (4) peut s’eˊcrire :NP(5)σ(x).u=−ad (λ(u).x). \begin{array}{ll} \mathscr{L}(g) & \text{Il est clair que } \sigma(x)(M) \subset N \text{ pour tout } x \in g. \text{ De plus,} \\ \cup & \text{si } x \in r, y \in g \text{ et } u \in M, \text{ on a} \\ M & (4) \quad (\sigma(x).u)(y) = [x, u(y)] - u([x, y]) = -\lambda(u)[x, y] \\ \cup & \text{puisque } [r, r] = \{0\}; \text{ et (4) peut s’écrire :} \\ N & \\ P & (5) \qquad \sigma(x).u = -\mathrm{ad}\ (\lambda(u).x). \end{array}

Comme le centre de g est nul, l’application x↦adgxx \mapsto \mathrm{ad}_g x définit une bijection φ\varphi de r sur un sous-espace P de L(g)\mathscr{L}(g). Ce sous-espace est stable pour σ(g)\sigma(g) et contenu dans N puisque r est un idéal commutatif, et (5) montre que σ(x)(M)⊂P\sigma(x)(M) \subset P pour x∈rx \in r. La représentation de g dans M/P=VM/P = V déduite de σ\sigma est donc nulle sur r et définit une représentation σ′\sigma' de l’algèbre semi-simple g/rg/r dans V. Pour tout y∈g/ry \in g/r, l’espace σ′(y)(V)\sigma'(y)(V) est contenu dans N/PN/P, qui est de codimension 1 dans V. Par conséquent (n° 2, lemme 3) il existe un u0∈Mu_0 \in M tel que λ(u0)=−1\lambda(u_0) = -1 et tel que σ(x).u0∈P\sigma(x).u_0 \in P pour tout x∈gx \in g. L’application x↦φ‾(σ(x).u0)x \mapsto \overline{\varphi}(\sigma(x).u_0) est une application linéaire de g dans r. D’après (5), sa restriction à r est l’application identique de r. Donc son noyau est un sous-espace s de g supplémentaire de r dans g. Comme s est l’ensemble des x∈gx \in g tels que σ(x).u0=0\sigma(x).u_0 = 0, s est une sous-algèbre de g, et par suite une sous-algèbre de Levi de g.

Soit s′s' une deuxième sous-algèbre de Levi. Pour tout x∈s′x \in s', soit h(x)h(x) l’unique élément de r tel que x+h(x)∈sx + h(x) \in s. Puisque s est une sous-algèbre et que r est commutatif, on a, pour x,yx, y dans s′s' :

[x+h(x),y+h(y)]=[x,y]+[x,h(y)]+[h(x),y]∈s [x + h(x), y + h(y)] = [x, y] + [x, h(y)] + [h(x), y] \in s

donc :

h([x,y])=(ad x).h(y)−(ad y).h(x). h([x, y]) = (\mathrm{ad}\ x).h(y) - (\mathrm{ad}\ y).h(x).

D’après la remarque 2 du n° 2, il existe un a∈ra \in r tel que h(x)=−[x,a]h(x) = -[x, a] pour tout x∈s′x \in s'. Alors :

(6)

x+h(x)=x+[a,x]=(1+ad a).x. x + h(x) = x + [a, x] = (1 + \mathrm{ad}\ a).x.

Comme rr est commutatif, (ad a)2=0(\mathrm{ad}\,a)^2 = 0, donc 1+ad a=ead a1 + \mathrm{ad}\,a = e^{\mathrm{ad}\,a}. Comme r=[g,r]r = [g, r], ead ae^{\mathrm{ad}\,a} est un automorphisme spécial de gg. D’après (6), cet automorphisme spécial transforme s′s' en ss.

c) Cas général :

On raisonne par récurrence sur la dimension nn du radical. Il n’y a rien à démontrer si n=0n = 0, et on peut donc supposer le théorème vrai pour les algèbres de Lie dont le radical est de dimension < dim rr. D’après aa), il suffit de considérer le cas où [g,r]≠{0}[g, r] \neq \{0\}. Comme [g,r][g, r] est nilpotente (n° 4, prop. 6), son centre cc est ≠{0}\neq \{0\}. Soit mm un idéal non nul minimal de gg contenu dans cc. Si m=rm = r, on est ramené au cas bb). Soit donc m≠rm \neq r et soit ff l’application canonique de gg sur g′=g/mg' = g/m. Le radical de g′g' est r′=r/mr' = r/m. D’après l’hypothèse de récurrence, g′g' possède une sous-algèbre de Levi h′h'. Alors h=f(h′)‾(h′)h = \overline{f(h')}(h') est une sous-algèbre de gg contenant mm, telle que h/m=h′h/m = h' soit semi-simple, donc ayant mm pour radical. D’après l’hypothèse de récurrence, h=m+sh = m + s où ss est une sous-algèbre semi-simple. Alors l’égalité g′=r′+h′g' = r' + h' entraîne g=r+h=r+m+s=r+sg = r + h = r + m + s = r + s, donc ss est une sous-algèbre de Levi de gg.

Soit s′s' une deuxième sous-algèbre de Levi de gg. Alors f(s)f(s) et f(s′)f(s') sont deux sous-algèbres de Levi de g′g', et il existe, d’après l’hypothèse de récurrence, un a′∈[g′,r′]a' \in [g', r'] tel que ead a′(f(s′))=f(s)e^{\mathrm{ad}\,a'}(f(s')) = f(s). Si a∈[g,r]a \in [g, r] est tel que f(a)=a′f(a) = a', il s’ensuit que :

s1=ead a(s′)⊂m+s=h. s_1 = e^{\mathrm{ad}\,a}(s') \subset m + s = h.

Alors, s1s_1 et ss sont deux sous-algèbres de Levi de hh, et il existe, d’après l’hypothèse de récurrence, un b∈mb \in m tel que ead b(s1)=se^{\mathrm{ad}\,b}(s_1) = s. Donc s=ead b.ead a(s′)s = e^{\mathrm{ad}\,b}.e^{\mathrm{ad}\,a}(s'). Enfin, comme mm est dans le centre de [g,r][g, r], on a ead b.ead a=ead (b+a)e^{\mathrm{ad}\,b}.e^{\mathrm{ad}\,a} = e^{\mathrm{ad}\,(b+a)} et b+a∈[g,r]b + a \in [g, r], ce qui achève la démonstration.

Corollaire 1

Soient s une sous-algèbre de Levi de g, et h une sous-algèbre semi-simple de g.

a) Il existe un automorphisme spécial de g transformant h en une sous-algèbre de s.

b) h est contenu dans une sous-algèbre de Levi de g.

Soient rr le radical de gg, et a=h+ra = h + r, qui est une sous-algèbre de gg. Alors, a/ra/r est semi-simple et rr est résoluble, donc rr est le radical de aa, et hh est une sous-algèbre de Levi de aa. D’autre part, a∩s=h′a \cap s = h' est une sous-algèbre supplémentaire de rr dans aa, donc aussi une sous-algèbre de Levi de aa. Il existe alors (th. 5) un a∈[a,r]a \in [a, r] tel que eadaae^{ad_a a} transforme hh en h′h'. On a a∈[g,r]a \in [g, r]; eadgae^{ad_g a} transforme hh en une sous-algèbre de ss, et e−adga(s)e^{-ad_g a}(s) est une sous-algèbre de Levi de gg contenant hh.

Corollaire 2

Pour qu’une sous-algèbre hh de gg soit une sous-algèbre de Levi de gg, il faut et il suffit que hh soit une sous-algèbre semi-simple maximale de gg.

Ceci résulte aussitôt du cor. 1.

Corollaire 3

Soient gg une algèbre de Lie, mm un idéal de gg tel que g/mg/m soit semi-simple. Alors gg contient une sous-algèbre supplémentaire de mm dans gg. Autrement dit, toute extension d’une algèbre de Lie semi-simple est inessentielle.

Soit ss une sous-algèbre de Levi de gg (th. 5). Son image canonique dans g/mg/m, étant une sous-algèbre de Levi, est égale à g/mg/m, donc g=s+mg = s + m. Alors, un idéal de ss supplémentaire dans ss de l’idéal m∩sm \cap s est une sous-algèbre de gg supplémentaire de mm dans gg.

Corollaire 4

Soient gg une algèbre de Lie, rr son radical, ss une sous-algèbre de Levi de gg, mm un idéal de gg. Alors, mm est somme directe de m∩rm \cap r qui est son radical et de m∩sm \cap s qui est une sous-algèbre de Levi de mm.

On sait que m∩rm \cap r est le radical de mm (§ 5, no 5, cor. 3 de la prop. 5). Soient hh une sous-algèbre de Levi de mm, et s′s' une sous-algèbre de Levi de gg contenant hh (cor. 1). L’algèbre m∩s′m \cap s' est un idéal de s′s', donc est semi-simple, et contient hh, donc est égale à hh. Donc mm est somme directe de m∩rm \cap r et m∩s′m \cap s'. Il existe un automorphisme spécial transformant s′s' en ss; cet automorphisme conserve rr et mm; donc mm est somme directe de m∩rm \cap r et m∩sm \cap s, et m∩sm \cap s est une sous-algèbre de Levi de mm.

9. Le théorème des invariants

Soient g une algèbre de Lie, ρ une représentation de g dans un espace vectoriel M. Pour toute classe δ de représentation simple de g, soit M_δ le composant isotypique d’espèce δ de M. Le sous-espace M_0 des éléments invariants de M n’est autre que M_{δ_0}, δ_0 désignant la classe de la représentation nulle de g dans un espace de dimension 1.

Lemme 4

Soient ρ, σ, τ des représentations de g dans des espaces vectoriels M, N, P. Supposons donnée une application K-bilinéaire (m, n) ↦ m.n de M × N dans P, telle que

(ρ(x)m).n+m.(σ(x)n)=τ(x)(m.n)(\rho(x)m).n + m.(\sigma(x)n) = \tau(x)(m.n)

quels que soient m ∈ M, n ∈ N, x ∈ g.

a) Si m_0 ∈ M_0, l’application n → m_0.n est un homomorphisme de g-modules.

b) Si n ∈ N_δ, on a m_0.n ∈ P_δ.

c) Si M est une algèbre (non nécessairement associative), et si les ρ(x) sont des dérivations de M, M_0 est une sous-algèbre de M, et chaque M_δ est un M_0-module à droite et à gauche.

On a, pour m_0 ∈ M_0, n ∈ N et x ∈ g,

τ(x)(m0.n)=m0.(σ(x)n),\tau(x)(m_0.n) = m_0.(\sigma(x)n),

d’où a). L’assertion b) résulte de a) (Alg., chap. VIII, § 3, no 4, prop. 10). Si on fait N = P = M, σ = τ = ρ, l’assertion b) donne l’assertion c) comme cas particulier.

Lemme 5

Supposons de plus σ et τ semi-simples, donc N (resp. P) somme directe des N_δ (resp. P_δ). Pour tout n ∈ N (resp. p ∈ P), soit n^h (resp. p^h) sa composante dans N_0 (resp. P_0). Soit m_0 ∈ M_0. Alors, pour tout n ∈ N, on a (m_0.n)^h = m_0.n^h.

Par linéarité, il suffit d’envisager le cas où n ∈ N_δ. Si δ ≠ δ_0, on a n^h = 0, et m_0.n ∈ P_δ (lemme 4), donc (m_0.n)^h = 0 = m_0.n^h. Si δ = δ_0, on a n^h = n, et m_0.n ∈ P_0 (lemme 4), donc (m_0.n)^h = m_0.n = m_0.n^h.

Théorème 6

Soient g une algèbre de Lie, V un g-module semi-simple de dimension finie sur K, S l’algèbre symétrique de V, et xsx_s la dérivation de SS qui prolonge xvx_v (de sorte que x→xsx \to x_s est une représentation de gg dans SS).

a) L’algèbre S0S_0 des invariants de SS est engendrée par un nombre fini d’éléments.

b) Pour toute classe δ\delta de représentation simple de gg de dimension finie sur KK, soit SδS_\delta le composant isotypique d’espèce δ\delta de SS. Alors, SδS_\delta est un S0S_0-module de type fini.

Soit S‾⊂S\overline{S} \subset S l’idéal des éléments de SS sans terme constant. Soit II l’idéal de SS engendré par S0∩S‾S_0 \cap \overline{S}, et soit (s1,s2,…,sp)(s_1, s_2, \ldots, s_p) un système fini de générateurs de l’idéal II (Alg. comm., chap. III, § 3). On peut supposer que les sis_i appartiennent à S0∩S‾S_0 \cap \overline{S} et sont homogènes (en effet, les xsx_s conservent les degrés, donc chaque SδS_\delta est un sous-module gradué). Soit S1S_1 la sous-algèbre de SS engendrée par 1 et les sis_i. On a S1⊂S0S_1 \subset S_0. Montrons que S1=S0S_1 = S_0. Pour cela, nous allons montrer que tout élément homogène ss de S0S_0 est dans S1S_1, en raisonnant par récurrence sur le degré nn de ss. Si n=0n = 0, notre assertion est évidente. Supposons donc n>0n > 0, et notre assertion démontrée lorsque le degré de ss est <n< n. Comme s∈Is \in I, on a s=∑i=1psisi′s = \sum_{i=1}^p s_i s_i', les si′s_i' étant des éléments de SS qu’on peut supposer homogènes, avec deg⁡(si′)=deg⁡(s)−deg⁡(si)<n\deg(s_i') = \deg(s) - \deg(s_i) < n. Le lemme 5 est applicable, car le gg-module SS est semi-simple (n° 5, cor. 2 du th. 4); avec les notations de ce lemme, on a

s=s♯=∑i=1p(sisi′)♯=∑i=1psisi′♯. s = s^\sharp = \sum_{i=1}^p (s_i s_i')^\sharp = \sum_{i=1}^p s_i s_{i'}^\sharp.

Les si′♯s_{i'}^\sharp sont des éléments de S0S_0 homogènes et de degré <n< n (parce que chaque SδS_\delta est un sous-module gradué). Ils sont donc dans S1S_1 d’après l’hypothèse de récurrence. Donc s∈S1s \in S_1, ce qui achève la démonstration de aa.

Maintenant, considérons une représentation simple de classe δ\delta de gg dans un espace MM de dimension finie. Soit L=LK(M,S)L = \mathscr{L}_K(M, S). Pour tout s∈Ss \in S et tout f∈Lf \in L, soit sfsf l’élément de LL défini par (sf)(m)=s.f(m)(sf)(m) = s . f(m) (m∈Mm \in M); on définit ainsi sur LL une structure de SS-module ; comme MM est de dimension finie sur KK, il est clair que LL est un SS-module de type fini, donc un SS-module noethérien puisque l’anneau SS est noethérien. Par ailleurs, LL est muni canoniquement d’une structure de gg-module. Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, soit SnS^n l’ensemble des éléments homogènes de degré nn de SS; alors, le gg-module LK(M,Sn)\mathscr{L}_K(M, S^n) est semi-simple (n° 5, cor. 3 du th. 4), donc le gg-module LL est semi-simple. En outre, on a pour s∈S, f∈L, x∈gs \in S,\ f \in L,\ x \in g et m∈Mm \in M,

(xL(sf))(m)=xs((sf)(m))−(sf)(xMm)=xs(s.f(m))−s.f(xMm)=(xss).f(m)+s.(xsf(m))−s.f(xMm)=((xss)f)(m)+(s(xLf))(m) \begin{align*} (x_L(sf))(m) &= x_s((sf)(m)) - (sf)(x_M m) \\ &= x_s(s . f(m)) - s . f(x_M m) \\ &= (x_s s) . f(m) + s . (x_s f(m)) - s . f(x_M m) \\ &= ((x_s s)f)(m) + (s(x_L f))(m) \end{align*}

donc xL(sf)=(xss)f+s(xLf)x_L(sf) = (x_s s)f + s(x_L f). Nous pourrons donc appliquer le lemme 5.

Le sous-ensemble L0L_0 des éléments invariants de LL n’est autre que l’ensemble des homomorphismes du gg-module MM dans le gg-module SS. Donc, si on désigne par φ\varphi l’homomorphisme canonique de M⊗KLM \otimes_K L sur SS, on a φ(M⊗KL0)=Sδ\varphi(M \otimes_K L_0) = S_\delta. Comme φ\varphi est évidemment un homomorphisme de SS-modules, il suffit de montrer que L0L_0 est un S0S_0-module de type fini. Soit JJ le sous-SS-module de LL engendré par L0L_0. Puisque LL est un SS-module noethérien, il existe une suite finie (f1,…,fq)(f_1, \ldots, f_q) d’éléments de L0L_0 engendrant le SS-module JJ. Soit L1L_1 le S0S_0-module engendré par f1,…,fqf_1, \ldots, f_q. On a L1⊂L0L_1 \subset L_0. Par ailleurs, si f∈L0f \in L_0, on a f=∑i=1qsifif = \sum_{i=1}^q s_i f_i avec si∈Ss_i \in S pour tout ii, donc compte tenu du lemme 5 dont nous adoptons les notations :

f=f♯=(∑i=1qsifi)♯=∑i=1qsi♯fi∈L1. f = f^\sharp = (\sum_{i=1}^q s_i f_i)^\sharp = \sum_{i=1}^q s_i^\sharp f_i \in L_1.

Donc L0=L1L_0 = L_1, de sorte que L0L_0 est un S0S_0-module de type fini.

10. Changement du corps de base

Soit K1K_1 une extension commutative de KK. Pour qu’une algèbre de Lie gg sur KK soit semi-simple, il faut et il suffit que g(K1)g_{(K_1)} soit semi-simple ; en effet, la forme de Killing β1\beta_1 de g(K1)g_{(K_1)} se déduit de la forme de Killing β\beta de gg par extension du corps de base de KK à K1K_1; donc β1\beta_1 est non dégénérée si et seulement si β\beta est non dégénérée (Alg., chap. IX, § 1, n° 4, cor. de la prop. 3).

Si g(K1)g_{(K_1)} est simple, gg est semi-simple d’après ce qui précède, et ne peut être produit de deux idéaux non nuls, donc gg est simple. Par contre, si gg est simple, g(K1)g_{(K_1)} (qui est semi-simple) peut être non simple (exerc. 17 et 26 b)).

Soient gg une algèbre de Lie, rr son radical. Alors, r(K1)r_{(K_1)} est le radical de g(K1)g_{(K_1)} (§ 5, no 6). Par suite, si ss désigne le radical nilpotent de gg, le radical nilpotent de g(K1)g_{(K_1)} est [g(K1),r(K1)]=[g,r](K1)=s(K1)[g_{(K_1)}, r_{(K_1)}] = [g, r]_{(K_1)} = s_{(K_1)}. Il en résulte que gg est réductive si et seulement si g(K1)g_{(K_1)} est réductive.

Soient gg une algèbre de Lie, hh une sous-algèbre. Rappelons qu’une représentation de hh est semi-simple si et seulement si la représentation de h(K1)h_{(K_1)} qu’on en déduit par extension à K1K_1 du corps de base est semi-simple. Donc hh est réductive dans gg si et seulement si h(K1)h_{(K_1)} est réductive dans g(K1)g_{(K_1)}.

Soit maintenant K0K_0 un sous-corps de KK tel que [K:K0][K : K_0] soit fini. Soient gg une algèbre de Lie, et g0g_0 l’algèbre de Lie (de dimension finie) déduite de gg par restriction du corps de base de KK à K0K_0. Tout idéal commutatif de gg est un idéal commutatif de g0g_0; réciproquement, si a0a_0 est un idéal commutatif de g0g_0, le plus petit sous-espace vectoriel sur KK de gg contenant a0a_0 est un idéal commutatif de gg; donc gg est semi-simple si et seulement si g0g_0 est semi-simple. Si g0g_0 est simple, il est clair que gg est simple. Réciproquement, supposons que gg soit simple, et montrons que g0g_0 est simple. Soit a0a_0 un composant simple de g0g_0. Pour tout λ∈K∗\lambda \in K^*, λa0\lambda a_0 est un idéal de g0g_0, et [a0,λa0]=λ[a0,a0]=λa0≠{0}[a_0, \lambda a_0] = \lambda [a_0, a_0] = \lambda a_0 \neq \{0\}, donc λa0⊃a0\lambda a_0 \supset a_0 et par suite λa0=a0\lambda a_0 = a_0 puisque dim⁡K0(λa0)=dim⁡K0a0\dim_{K_0}(\lambda a_0) = \dim_{K_0} a_0. Or, le sous-espace vectoriel de gg engendré par a0a_0 est un idéal non nul de gg, donc est gg tout entier. Donc g=a0g = a_0, ce qui prouve notre assertion.

Exercices

Les conventions du § 6 restent valables, sauf mention du contraire.

See the exercises for § 6.

Transcribed from the printed volume. Not translated.