§ 1. Bigèbre enveloppante d’une algèbre de Lie
Dans tout ce paragraphe, on note g une algèbre de Lie sur K, U(g) ou simplement U son algèbre enveloppante (chap. I, § 2, n° 1), σ l’application canonique de g dans U(g) (loc. cit.) et (Un)n≥0 la filtration canonique de U (loc. cit., n° 6).
1. Éléments primitifs d’une cogèbre
Dans tout ce n°, on considère une cogèbre E (A, III, p. 138), de coproduit
c:E→E⊗E possédant une coïunité ε (loc. cit., p. 146). Rappelons que ε est une forme linéaire sur le K-module E telle que (après identification canonique de E⊗K et K⊗E avec E) l’on ait: IdE=(ε⊗IdE)∘c=(IdE⊗ε)∘c. On note E+ le noyau de ε et on se donne un élément u de E tel que c(u)=u⊗uetε(u)=1. Le K-module E est somme directe de E+ et du sous-module K.u, qui est libre de base u; on note πu:E→E+ et ηu:E→K.u les projecteurs associés à cette décomposition. On a (1) πu(x)=x−ε(x).u,ηu(x)=ε(x).u.
Définition 1
On dit qu’un élément x de E est u-primitif si l’on a* (2)
c(x)=x⊗u+u⊗x. Les éléments
u-primitifs de
E forment un sous-module de
E, noté
Pu(E).
¹ Les résultats des chapitres II et III dépendent des six premiers Livres (E, A, TG, FVR, EVT, INT) de LIE I, de AC et de VAR, R ; le n° 9 du § 6 du chap. III dépend en outre de TS I.
Proposition 1
Tout élément u-primitif de E appartient à E^+.
En effet, (2) entraîne x=ε(x).u+ε(u).x=ε(x).u+x, d’où ε(x)=0.
Proposition 2
On a
(πu⊗πu)∘c=cu+∘πu.
En effet, soit x dans E; on a
(πu⊗πu)(c(x))=((1−ηu)⊗(1−ηu))(c(x))=c(x)−(1⊗ηu)(c(x))−(ηu⊗1)(c(x))+(ηu⊗ηu)(c(x)).
Comme ε est coïunité de E, on a
(1⊗ηu)(c(x))=x⊗u,(ηu⊗1)(c(x))=u⊗x
d’où
(ηu⊗ηu)((c(x)))=(ηu⊗1)((1⊗ηu)(c(x)))=ε(x).u⊗u;
de tout ceci, on tire
(πu⊗πu)(c(x))=c(x)−x⊗u−u⊗x+ε(x).u⊗u.
D’autre part, on a
cu+(πu(x))=c(x)−x⊗u−u⊗x+ε(x).u⊗u,
d’où la formule (4).
Comme E+ est un sous-module facteur direct de E, on peut identifier E+⊗E+ à un sous-module facteur direct de E⊗E. Avec cette identification, πu⊗πu est un projecteur de E⊗E sur E+⊗E+. D’après la formule (4), cu+ applique E+ dans E+⊗E+ et πu est un morphisme de la cogèbre (E,c) dans la cogèbre (E+,cu+).
Proposition 3
Si la cogèbre (E,c) est coassociative (resp. cocommutative) (A, III, p. 143–144), il en est de même de la cogèbre (E+,cu+).
Cela résulte du lemme suivant:
Lemme 1
Soit π:E→E′ un morphisme surjectif de cogèbres. Si E est coassociative (resp. cocommutative), il en est de même de E′.
Soit B une K-algèbre associative; l’application f↦f∘π est un homomorphisme injectif d’algèbres de HomK(E′,B) dans HomK(E,B). Il suffit alors d’appliquer la prop. 1 (resp. la prop. 2) de A, III, p. 143 (resp. p. 144).
2. Éléments primitifs d’une bigèbre
Soient E une bigèbre (A, III, p. 148), c son coproduit, ε sa coïunité, 1 son élément unité. Comme ε(1) = 1 et c(1) = 1 ⊗ 1, on peut appliquer les résultats du n° précédent avec u = 1. On appelle simplement primitifs (cf. A, III, p. 164) les éléments 1-primitifs de E (n° 1, déf. 1), c’est-à-dire les éléments x de E tels que
c(x)=x⊗1+1⊗x.
On écrira simplement π, η, P(E), c⁺ au lieu de π₁, η₁, P₁(E), c₁⁺.
Proposition 4
L’ensemble P(E) des éléments primitifs de E est une sous-algèbre de Lie de E.
Si x, y sont dans P(E), on a
c(xy)=c(x)c(y)=(x⊗1+1⊗x)(y⊗1+1⊗y)=xy⊗1+1⊗xy+x⊗y+y⊗x,
d’où
c([x,y])=[x,y]⊗1+1⊗[x,y].
Proposition 5
Soit f : E → E' un morphisme de bigèbres. Si x est un élément primitif de E, alors f(x) est un élément primitif de E', et la restriction de f à P(E) est un homomorphisme d’algèbres de Lie P(f) : P(E) → P(E').
Soit c (resp. c') le coproduit de E (resp. E'). Puisque f est un morphisme de cogèbres, on a c' ∘ f = (f ⊗ f) ∘ c, d’où
c′(f(x))=(f⊗f)(c(x))=(f⊗f)(x⊗1+1⊗x)=f(x)⊗1+1⊗f(x),
pour x primitif. Donc f applique P(E) dans P(E') et l’on a f([x, y]) = [f(x), f(y)] puisque f est un homomorphisme d’algèbres.
3. Bigèbres filtrées
Définition 2
Soit E une bigèbre de coproduit c. On appelle filtration compatible avec la structure de bigèbre de E une suite croissante (En)n≥0 de sous-modules de E telle que\footnote{Si A et B sont deux sous-modules de E, on désigne par Im(A⊗B) l’image de l’application canonique A⊗B→E⊗E.}
E0=K.1,E=n≥0⋃En Em.En⊂Em+npour m≥0,n≥0 (6) c(En)⊂i+j=n∑Im(Ei⊗Ej)pour n≥0.
On appelle bigèbre filtrée une bigèbre munie d’une filtration compatible avec sa structure de bigèbre.
Exemple
Soient E une bigèbre graduée (A, III, p. 148, déf. 3), (En)n≥0 sa graduation. Posons En=∑i=0nEi. La suite (En) est une filtration compatible avec la structure de bigèbre de E.
Proposition 6
Soient E une bigèbre filtrée, (En)n≥0 sa filtration. Pour tout entier n≥0, soit En+=En∩E+. Alors E0+={0} et (7)
c+(En+)⊂i=1∑n−1Im(Ei+⊗En−i+)pour n≥0.
Comme E0=K.1, on a E0+=0. Si x∈En, on a π(x)=x−ε(x).1 (formule (1)), d’où π(x)∈En+ et π(En)⊂En+. Il en résulte que π⊗π applique Im(Ei⊗Ej) dans Im(Ei+⊗Ej+) pour i≥0,j≥0. Comme c+=(π⊗π)∘c dans E+ (n° 1, prop. 2), on a d’après (6)
c+(En+)⊂i=0∑nIm(Ei+⊗En−i+)=i=1∑n−1Im(Ei+⊗En−i+).
Corollaire
Les éléments de E1+ sont primitifs. Si x∈E1+, on a c+(x)=0 d’après (7), d’où (5).
4. Bigèbre enveloppante d’une algèbre de Lie
Rappelons que g désigne une algèbre de Lie, et U son algèbre enveloppante, munie de sa filtration canonique (Un)n≥0.
1 Si A et B sont deux sous-modules de E, on désigne par Im(A⊗B) l’image de l’application canonique A⊗B→E⊗E.
Proposition 7
Il existe sur l’algèbre U un coproduit c et un seul faisant de U une bigèbre telle que les éléments de σ(g) soient primitifs. La bigèbre (U,c) est cocommutative; sa coïunité est la forme linéaire ε telle que le terme constant (chap. I, , n° 1) de tout élément x de U soit ε(x).1. La filtration canonique (Un)n≥0 de U est compatible avec cette structure de bigèbre
a) Soit x∈g; posons c0(x)=σ(x)⊗1+1⊗σ(x)∈U⊗U. Si x,y sont dans g, on a c0(x)c0(y)=(σ(x)σ(y))⊗1+1⊗(σ(x)σ(y))+σ(x)⊗σ(y)+σ(y)⊗σ(x), d’où
[c0(x),c0(y)]=c0([x,y]).
D’après la propriété universelle de U (chap. I, § 2, n° 1, prop. 1), il existe un homomorphisme d’algèbres unifères, et un seul
c:U→U⊗U
tel que c(σ(x))=σ(x)⊗1+1⊗σ(x) pour x∈g. Cela démontre l’assertion d’unicité de la prop. 7.
b) Montrons que c est coassociatif. En effet, les applications linéaires c′ et c′′ de U dans U⊗U⊗U définies par
c′=(c⊗IdU)∘cetc′′=(IdU⊗c)∘c
sont des homomorphismes d’algèbres unifères qui coïncident dans σ(g) car, pour a∈σ(g), on a
c′(a)=a⊗1⊗1+1⊗a⊗1+1⊗1⊗a=c′′(a),
d’où le résultat.
c) Montrons que c est cocommutatif. Soit τ l’automorphisme de U⊗U tel que τ(a⊗b)=b⊗a pour a,b dans U. Les applications τ∘c et c de U dans U⊗U sont des homomorphismes d’algèbres unifères qui coïncident dans σ(g), d’où le résultat.
d) Montrons que ε est une coïunité pour c. En effet, les applications (IdU⊗ε)∘c et (ε⊗IdU)∘c de U dans U sont des homomorphismes d’algèbres unifères qui coïncident avec IdU dans σ(g).
e) On sait que U0=K.1, Un⊂Un+1, U=⋃n≥0Un et Un⋅Um⊂Un+m (chap. I, § 2, n° 6). Soient a1,…,an dans σ(g). On a
c(a1…an)=i=1∏nc(ai)=i=1∏n(ai⊗1+1⊗ai)
=i=0∑nα∈I(i)∑(aα(1)…aα(i))⊗(aα(i+1)…aα(n)),
où I(i) désigne l’ensemble des permutations de {1,n} croissantes dans chacun des intervalles {1,i} et {i+1,n}. Comme Un est le K-module engendré par les produits d’au plus n éléments de σ(g), la formule (8) entraîne que la filtration (Un) est compatible avec la structure de bigèbre de (U,c).
Définition 3
La bigèbre* (U,c) est appelée bigèbre enveloppante de l’algèbre de Lie g.
Proposition 8
Soit* E une bigèbre de coproduit noté cE et soit h un homomorphisme d’algèbres de Lie de g dans P(E) (n° 2, prop. 4). L’homomorphisme d’algèbres unifères f:U→E tel que f(σ(x))=h(x) pour tout x∈g est un morphisme de bigèbres.
Montrons que (f⊗f)∘c=cE∘f. Ce sont là deux homomorphismes d’algèbres unifères de U dans E⊗E, et pour a∈σ(g), on a
(f⊗f)(c(a))=f(a)⊗1+1⊗f(a)=cE(f(a))
puisque f(a)∈P(E). De même, si εE est la coïunité de E, εE∘f est un homomorphisme d’algèbres unifères U→K nul dans σ(g) (n° 1, prop. 1) et coïncide donc avec ε.
Il résulte des propositions 5 et 8 que l’application f↦f∘σ définit une correspondance biunivoque entre homomorphismes de bigèbres U(g)→E et homomorphismes d’algèbres de Lie g→P(E).
Corollaire
Soient* gi (i=1,2) une algèbre de Lie, U(gi) sa bigèbre enveloppante, σi:gi→U(gi) l’application canonique. Pour tout homomorphisme d’algèbres de Lie h:g1→g2, l’homomorphisme d’algèbres unifères U(h):U(g1)→U(g2) tel que U(h)∘σ1=σ2∘h (chap. I, § 2, n° 1) est un morphisme de bigèbres.
5. Structure de la cogèbre U(g) en caractéristique 0.
Dans ce n°, on suppose que K est un corps de caractéristique 0.
Soient S(g) l’algèbre symétrique de l’espace vectoriel g, cS son coproduit (A, III, p. 139, Exemple 6), η l’isomorphisme canonique de l’espace vectoriel S(g) sur l’espace vectoriel U (chap. I, § 2, n° 7). Rappelons que si x1,…,xn sont dans g, on a
η(x1…xn)=n!1τ∈Sn∑σ(xτ(1))…σ(xτ(n)).
En particulier, pour x∈g et n⩾0, on a
η(xn)=σ(x)n.
Remarquons, d’après A, III, p. 68, Remarque 3, que η est l’unique application linéaire de S(g) dans U satisfaisant à la condition (10).
Proposition 9
Pour tout entier n⩾0, soit Un le sous-espace vectoriel de U engendré par les σ(x)n pour x∈g.
a) La suite (Un)n⩾0 est une graduation de l’espace vectoriel U compatible avec sa structure de cogèbre. Munissons U de la graduation (Un). b) L’application canonique η:S(g)→U est un isomorphisme de cogèbres graduées. Soient x∈g et n∈N. On a
cS(xn)=cS(x)n=(x⊗1+1⊗x)n=i=0∑n(in)xi⊗xn−i puisque
cS est un homomorphisme d’algèbres. De même, d’après (10),
c(η(xn))=c(σ(x)n)=c(σ(x))n=(σ(x)⊗1+1⊗σ(x))n =i=0∑n(in)σ(x)i⊗σ(x)n−i=i=0∑n(in)η(xi)⊗η(xn−i), d’où
(η⊗η)(cS(xn))=c(η(xn)). Comme les
xn, pour
x∈g et
n∈N, engendrent l’espace vectoriel
S(g), on a
(η⊗η)∘cS=c∘η, et
η est un isomorphisme de cogèbres. Par ailleurs, la formule (10) montre que
η(Sn(g))=Un, ce qui achève de démontrer a) et b) compte tenu de ce que la graduation de
S(g) est compatible avec sa structure de cogèbre.
La graduation (Un)n⩾0 de U est appelée graduation canonique.
Corollaire
L’application canonique σ définit un isomorphisme de g sur l’algèbre de Lie P(U) des éléments primitifs de U. Comme c+ est un homomorphisme gradué de degré 0, on a
P(U)=n⩾1∑(P(U)∩Un). Il suffit de prouver que si
n>1 et si
a∈Un est primitif, alors
a=0. Or
a s’écrit
∑iλiain, où
λi∈K,
ai∈σ(g). D’après (12), le terme de bidegré
(1,n−1) de
c+(a) est
n∑iλiai⊗ain−1. On a donc
∑iλiai⊗ain−1=0. Si
μ:U⊗U→U est l’application linéaire définie par la multiplication de
U, on a donc
a=i∑λiain=μ(i∑λiai⊗ain−1)=0.
Proposition 10
L’application* λ↦fλ est un isomorphisme de l’algèbre U′ sur l’algèbre de séries formelles K[[Xi]]i∈I. Du fait que (eα) est une base de U, l’application λ↦fλ est K-linéaire et bijective. D’autre part, pour λ,μ dans U′, on a
fλμ=α∑⟨λμ,eα⟩Xα=α∑⟨λ⊗μ,c(eα)⟩Xα =α∑⟨λ⊗μ,β+γ=α∑eβ⊗eγ⟩Xα(d’apreˋs (16)) =β,γ∑⟨λ,eβ⟩⟨μ,eγ⟩Xβ+γ=fλfμ, ce qui montre que
λ↦fλ est un isomorphisme
d’algèbres, et achève la démonstration.
6. Structure des bigèbres filtrées en caractéristique 0
Dans ce n°, on continue de supposer que K est un corps de caractéristique 0. Si E est une bigèbre, l’injection canonique P(E)→E se prolonge en un morphisme de bigèbres fE:U(P(E))→E (n° 4, prop. 8).
Théorème 1
Soit* E une bigèbre cocommutative. a) Le morphisme de bigèbres fE:U(P(E))→E est injectif. b) S’il existe sur E une filtration compatible avec sa structure de bigèbre (n° 3, déf. 2), le morphisme fE est un isomorphisme. (Dans le cas b), la bigèbre E s’identifie donc à la bigèbre enveloppante de l’algèbre de Lie de ses éléments primitifs.) Soit cE (resp. εE) le coproduit (resp. la coïunité) de E. Posons g=P(E); soit (ei)i∈I une base du K-espace vectoriel g, où l’ensemble d’indices I est muni d’un ordre total, et soit (eα)α∈N(I) la base de U(g) introduite au n° précédent. Posons Xα=fE(eα) pour α∈N(I). D’après (15) et (16), on a:
εE(X0)=1,εE(Xα)=0pour ∣α∣≥1,(17) cE(Xα)=β+γ=α∑Xβ⊗Xγpour α∈N(I),(18) puisque
fE est un morphisme de cogèbres.
Montrons que fE est injectif. Cela résulte du lemme suivant:
Lemme 2
Soit* V un espace vectoriel, et soient E une cogèbre, f:S(V)→E un morphisme de cogèbres. Si la restriction de f à S0(V)+S1(V) est injective, alors f est injectif. Soit n≥0; posons Sn=∑i≤nSi(V), notons cS le coproduit de S(V), et montrons par récurrence sur n que f∣Sn est injectif. L’assertion étant triviale pour n=0 et n=1, supposons n≥2 et soit u∈Sn tel que f(u)=0. On a
0=cE(f(u))=(f⊗f)(cS(u))=f(u)⊗1+1⊗f(u)+(f⊗f)(cS+(u))=(f⊗f)(cS+(u)).
Comme cS+(u)∈Sn−1⊗Sn−1, d’après (11) l’hypothèse de récurrence montre que u est un élément primitif de S(V), donc est de degré 1 (n° 5, Remarque 4), donc nul, puisque f∣S1(V) est injectif.
Il en résulte en particulier que la famille (Xα) est libre.
Montrons que fE est surjectif si E possède une filtration compatible avec sa structure de bigèbre. Soit (En)n≥0 une telle filtration, et posons En+=En∩Ker(εE). Démontrons par récurrence sur n que En+ est contenu dans l’image de fE. Comme E=K.1+⋃n≥0En+, cela entraînera la surjectivité de fE. L’assertion est triviale pour n=0, et résulte du cor. de la prop. 6 du n° 3 pour n=1; supposons désormais n≥2, et soit x∈En+. D’après la prop. 6 du n° 3, on a
cE+(x)∈i=1∑n−1Ei+⊗En−i+
et il existe d’après l’hypothèse de récurrence des scalaires λα,β, pour α,β dans N(I), nuls sauf un nombre fini d’entre eux, tels que
cE+(x)=α,β=0∑λα,βXα⊗Xβ.
D’après la formule (18), on a donc
(cE+⊗IdE)(cE+(x))=α,β,γ=0∑λα+β,γXα⊗Xβ⊗Xγ
(IdE⊗cE+)(cE+(x))=α,β,γ=0∑λα,β+γXα⊗Xβ⊗Xγ.
D’après la prop. 3 du n° 1, et l’indépendance linéaire des Xα, on a donc
λα+β,γ=λα,β+γpour α,β,γ dans N(I)−{0}.
Par ailleurs, le coproduit cE est cocommutatif; le même raisonnement que ci-dessus entraîne
λα,β=λβ,αpour α,β dans N(I)−{0}.
Supposons qu’il existe une famille de scalaires (μα) pour ∣α∣≥2, telle que
μα+β=λα,βpour α,β dans N(I)−{0}.
On a alors
cE+(x)=α,β=0∑μα+βXα⊗Xβ=∣γ∣≥2∑μγcE+(Xγ),
d’après la formule (18), donc y=x−∑∣γ∣≥2μγXγ est primitif, donc appartient à P(E)⊂Im(fE). On a donc
x=y+∣γ∣≥2∑μγfE(eγ)∈Im(fE).
La démonstration sera donc achevée lorsque nous aurons démontré le lemme suivant:
Lemme 3
Si une famille de scalaires* (λα,β) de support fini (pour α,β dans N(I)−{0}) satisfait aux relations (20) et (21), il existe une famille (μα)∣α∣≥2 de support fini telle que μα+β=λα,β pour α,β non nuls.
Il suffit de prouver que
(23)
α+β=γ+δ entraîne
λα,β=λγ,δ pour
α,β,γ,δ non nuls. D’après le lemme de décomposition de Riesz (A, VI, § 1, n° 10, th. 1), il existe
π,ρ,σ et
τ dans
N(I) tels que
α=π+σ,β=ρ+τ,γ=π+ρ,δ=σ+τ. Supposons
π=0; comme on a
σ+β=ρ+δ, la relation (20) entraîne
λα,β=λπ+σ,β=λπ,σ+β=λπ,ρ+δ=λπ+ρ,δ=λγ,δ. Si par contre on a
π=0, on a
β=γ+τ et
δ=α+τ, d’où
λα,β=λα,γ+τ=λα+τ,γ=λδ,γ d’après (20), mais on a aussi
λδ,γ=λγ,δ d’après (21), d’où
λα,β=λγ,δ.
Exercices
See the exercises for § 1.