Bourbaki

§ 1. Bigèbre enveloppante d’une algèbre de Lie

Dans tout ce paragraphe, on note gg une algèbre de Lie sur K\mathbf{K}, U(g)U(g) ou simplement UU son algèbre enveloppante (chap. I, § 2, n° 1), σ\sigma l’application canonique de gg dans U(g)U(g) (loc. cit.) et (Un)n≥0(U_n)_{n \geq 0} la filtration canonique de UU (loc. cit., n° 6).

1. Éléments primitifs d’une cogèbre

Dans tout ce n°, on considère une cogèbre EE (A, III, p. 138), de coproduit

c:E→E⊗E c : E \to E \otimes E
possédant une coïunité ε\varepsilon (loc. cit., p. 146). Rappelons que ε\varepsilon est une forme linéaire sur le K\mathbf{K}-module EE telle que (après identification canonique de E⊗KE \otimes \mathbf{K} et K⊗E\mathbf{K} \otimes E avec EE) l’on ait:
IdE=(ε⊗IdE)∘c=(IdE⊗ε)∘c. \mathrm{Id}_E = (\varepsilon \otimes \mathrm{Id}_E) \circ c = (\mathrm{Id}_E \otimes \varepsilon) \circ c.
On note E+E^+ le noyau de ε\varepsilon et on se donne un élément uu de EE tel que
c(u)=u⊗uetε(u)=1. c(u) = u \otimes u \quad \text{et} \quad \varepsilon(u) = 1.
Le K\mathbf{K}-module EE est somme directe de E+E^+ et du sous-module K.u\mathbf{K}.u, qui est libre de base uu; on note πu:E→E+\pi_u : E \to E^+ et ηu:E→K.u\eta_u : E \to \mathbf{K}.u les projecteurs associés à cette décomposition. On a (1)
πu(x)=x−ε(x).u,ηu(x)=ε(x).u. \pi_u(x) = x - \varepsilon(x).u, \qquad \eta_u(x) = \varepsilon(x).u.

Définition 1

On dit qu’un élément xx de EE est uu-primitif si l’on a* (2)

c(x)=x⊗u+u⊗x. c(x) = x \otimes u + u \otimes x.
Les éléments uu-primitifs de EE forment un sous-module de EE, noté Pu(E)P_u(E).

¹ Les résultats des chapitres II et III dépendent des six premiers Livres (E, A, TG, FVR, EVT, INT) de LIE I, de AC et de VAR, R ; le n° 9 du § 6 du chap. III dépend en outre de TS I.

Proposition 1

Tout élément u-primitif de E appartient à E^+.

En effet, (2) entraîne x=ε(x).u+ε(u).x=ε(x).u+xx = \varepsilon(x).u + \varepsilon(u).x = \varepsilon(x).u + x, d’où ε(x)=0\varepsilon(x) = 0.

Remarque

Si x∈Ex \in E et si c(x)=x′⊗u+u⊗x′′c(x) = x' \otimes u + u \otimes x'', où x′,x′′x', x'' sont dans E+E^+, alors x=ε(x′).u+ε(u).x′′=x′′x = \varepsilon(x').u + \varepsilon(u).x'' = x''; de même x=x′x = x', et xx est u-primitif.

Pour tout x∈E+x \in E^+, on pose

cu+(x)=c(x)−x⊗u−u⊗x. c_u^+(x) = c(x) - x \otimes u - u \otimes x.

Proposition 2

On a

(πu⊗πu)∘c=cu+∘πu. (\pi_u \otimes \pi_u) \circ c = c_u^+ \circ \pi_u.

En effet, soit xx dans EE; on a

(πu⊗πu)(c(x))=((1−ηu)⊗(1−ηu))(c(x))=c(x)−(1⊗ηu)(c(x))−(ηu⊗1)(c(x))+(ηu⊗ηu)(c(x)). \begin{align*} (\pi_u \otimes \pi_u)(c(x)) &= ((1 - \eta_u) \otimes (1 - \eta_u))(c(x)) \\ &= c(x) - (1 \otimes \eta_u)(c(x)) - (\eta_u \otimes 1)(c(x)) + (\eta_u \otimes \eta_u)(c(x)). \end{align*}

Comme ε\varepsilon est coïunité de EE, on a

(1⊗ηu)(c(x))=x⊗u,(ηu⊗1)(c(x))=u⊗x (1 \otimes \eta_u)(c(x)) = x \otimes u, \quad (\eta_u \otimes 1)(c(x)) = u \otimes x

d’où

(ηu⊗ηu)((c(x)))=(ηu⊗1)((1⊗ηu)(c(x)))=ε(x).u⊗u; (\eta_u \otimes \eta_u)((c(x))) = (\eta_u \otimes 1)((1 \otimes \eta_u)(c(x))) = \varepsilon(x).u \otimes u;

de tout ceci, on tire

(πu⊗πu)(c(x))=c(x)−x⊗u−u⊗x+ε(x).u⊗u. (\pi_u \otimes \pi_u)(c(x)) = c(x) - x \otimes u - u \otimes x + \varepsilon(x).u \otimes u.

D’autre part, on a

cu+(πu(x))=c(x)−x⊗u−u⊗x+ε(x).u⊗u, c_u^+(\pi_u(x)) = c(x) - x \otimes u - u \otimes x + \varepsilon(x).u \otimes u,

d’où la formule (4).

Comme E+E^+ est un sous-module facteur direct de EE, on peut identifier E+⊗E+E^+ \otimes E^+ à un sous-module facteur direct de E⊗EE \otimes E. Avec cette identification, πu⊗πu\pi_u \otimes \pi_u est un projecteur de E⊗EE \otimes E sur E+⊗E+E^+ \otimes E^+. D’après la formule (4), cu+c_u^+ applique E+E^+ dans E+⊗E+E^+ \otimes E^+ et πu\pi_u est un morphisme de la cogèbre (E,c)(E, c) dans la cogèbre (E+,cu+)(E^+, c_u^+).

Proposition 3

Si la cogèbre (E,c)(E, c) est coassociative (resp. cocommutative) (A, III, p. 143–144), il en est de même de la cogèbre (E+,cu+)(E^+, c_u^+).

Cela résulte du lemme suivant:

Lemme 1

Soit π:E→E′\pi : E \to E' un morphisme surjectif de cogèbres. Si EE est coassociative (resp. cocommutative), il en est de même de E′E'.

Soit BB une KK-algèbre associative; l’application f↦f∘πf \mapsto f \circ \pi est un homomorphisme injectif d’algèbres de HomK(E′,B)\mathrm{Hom}_K(E', B) dans HomK(E,B)\mathrm{Hom}_K(E, B). Il suffit alors d’appliquer la prop. 1 (resp. la prop. 2) de A, III, p. 143 (resp. p. 144).

2. Éléments primitifs d’une bigèbre

Soient E une bigèbre (A, III, p. 148), c son coproduit, ε sa coïunité, 1 son élément unité. Comme ε(1) = 1 et c(1) = 1 ⊗ 1, on peut appliquer les résultats du n° précédent avec u = 1. On appelle simplement primitifs (cf. A, III, p. 164) les éléments 1-primitifs de E (n° 1, déf. 1), c’est-à-dire les éléments x de E tels que

c(x)=x⊗1+1⊗x. c(x) = x \otimes 1 + 1 \otimes x.

On écrira simplement π, η, P(E), c⁺ au lieu de π₁, η₁, P₁(E), c₁⁺.

Proposition 4

L’ensemble P(E) des éléments primitifs de E est une sous-algèbre de Lie de E.

Si x, y sont dans P(E), on a

c(xy)=c(x)c(y)=(x⊗1+1⊗x)(y⊗1+1⊗y)=xy⊗1+1⊗xy+x⊗y+y⊗x, \begin{align*} c(xy) &= c(x)c(y) = (x \otimes 1 + 1 \otimes x)(y \otimes 1 + 1 \otimes y) \\ &= xy \otimes 1 + 1 \otimes xy + x \otimes y + y \otimes x, \end{align*}

d’où

c([x,y])=[x,y]⊗1+1⊗[x,y]. c([x, y]) = [x, y] \otimes 1 + 1 \otimes [x, y].

Proposition 5

Soit f : E → E' un morphisme de bigèbres. Si x est un élément primitif de E, alors f(x) est un élément primitif de E', et la restriction de f à P(E) est un homomorphisme d’algèbres de Lie P(f) : P(E) → P(E').

Soit c (resp. c') le coproduit de E (resp. E'). Puisque f est un morphisme de cogèbres, on a c' ∘ f = (f ⊗ f) ∘ c, d’où

c′(f(x))=(f⊗f)(c(x))=(f⊗f)(x⊗1+1⊗x)=f(x)⊗1+1⊗f(x), c'(f(x)) = (f \otimes f)(c(x)) = (f \otimes f)(x \otimes 1 + 1 \otimes x) = f(x) \otimes 1 + 1 \otimes f(x),

pour x primitif. Donc f applique P(E) dans P(E') et l’on a f([x, y]) = [f(x), f(y)] puisque f est un homomorphisme d’algèbres.

Remarque 1

Soit p un nombre premier tel que p . 1 = 0 dans K. La formule du binôme et les congruences (pi)≡0(modp)\binom{p}{i} \equiv 0 \pmod{p} pour 1≤i≤p−11 \leq i \leq p - 1 entraînent que P(E) est stable par l’application x↦xpx \mapsto x^p.

Remarque 2

Par définition, le diagramme

0→P(E)→E+→c+E+⊗E+ 0 \to P(E) \to E^+ \xrightarrow{c^+} E^+ \otimes E^+

est une suite exacte. Si K' est un anneau commutatif et ρ : K → K' un homomorphisme d’anneaux, ρ∗(E)=E⊗KK′\rho^*(E) = E \otimes_K K' est une K'-bigèbre et l’inclusion P(E) → E définit un homomorphisme de K'-algèbres de Lie

α:P(E)⊗KK′→P(E⊗KK′). \alpha : P(E) \otimes_K K' \to P(E \otimes_K K').
0→P(E)⊗KK′→E+⊗KK′→ε+⊗KIdK′(E+⊗KK′)⊗K′(E+⊗KK′) 0 \to P(E) \otimes_K K' \to E^+ \otimes_K K' \xrightarrow{\varepsilon^+ \otimes_K \mathrm{Id}_{K'}} (E^+ \otimes_K K') \otimes_{K'} (E^+ \otimes_K K')

est une suite exacte, ce qui entraîne que α\alpha est un isomorphisme.

3. Bigèbres filtrées

Définition 2

Soit E une bigèbre de coproduit c. On appelle filtration compatible avec la structure de bigèbre de E une suite croissante (En)n≥0(E_n)_{n \geq 0} de sous-modules de E telle que\footnote{Si A et B sont deux sous-modules de E, on désigne par Im⁡(A⊗B)\operatorname{Im}(A \otimes B) l’image de l’application canonique A⊗B→E⊗EA \otimes B \to E \otimes E.}

E0=K.1,E=⋃n≥0En E_0 = K . 1, \quad E = \bigcup_{n \geq 0} E_n
Em.En⊂Em+npour m≥0,n≥0 E_m . E_n \subset E_{m+n} \quad \text{pour } m \geq 0, n \geq 0
(6)
c(En)⊂∑i+j=nIm⁡(Ei⊗Ej)pour n≥0. c(E_n) \subset \sum_{i+j=n} \operatorname{Im}(E_i \otimes E_j) \quad \text{pour } n \geq 0.

On appelle bigèbre filtrée une bigèbre munie d’une filtration compatible avec sa structure de bigèbre.

Exemple

Soient E une bigèbre graduée (A, III, p. 148, déf. 3), (En)n≥0(E^n)_{n \geq 0} sa graduation. Posons En=∑i=0nEiE_n = \sum_{i=0}^n E^i. La suite (En)(E_n) est une filtration compatible avec la structure de bigèbre de E.

Proposition 6

Soient E une bigèbre filtrée, (En)n≥0(E_n)_{n \geq 0} sa filtration. Pour tout entier n≥0n \geq 0, soit En+=En∩E+E_n^+ = E_n \cap E^+. Alors E0+={0}E_0^+ = \{0\} et (7)

c+(En+)⊂∑i=1n−1Im⁡(Ei+⊗En−i+)pour n≥0. c^+(E_n^+) \subset \sum_{i=1}^{n-1} \operatorname{Im}(E_i^+ \otimes E_{n-i}^+) \quad \text{pour } n \geq 0.

Comme E0=K.1E_0 = K . 1, on a E0+=0E_0^+ = 0. Si x∈Enx \in E_n, on a π(x)=x−ε(x).1\pi(x) = x - \varepsilon(x) . 1 (formule (1)), d’où π(x)∈En+\pi(x) \in E_n^+ et π(En)⊂En+\pi(E_n) \subset E_n^+. Il en résulte que π⊗π\pi \otimes \pi applique Im⁡(Ei⊗Ej)\operatorname{Im}(E_i \otimes E_j) dans Im⁡(Ei+⊗Ej+)\operatorname{Im}(E_i^+ \otimes E_j^+) pour i≥0,j≥0i \geq 0, j \geq 0. Comme c+=(π⊗π)∘cc^+ = (\pi \otimes \pi) \circ c dans E+E^+ (n° 1, prop. 2), on a d’après (6)

c+(En+)⊂∑i=0nIm⁡(Ei+⊗En−i+)=∑i=1n−1Im⁡(Ei+⊗En−i+). c^+(E_n^+) \subset \sum_{i=0}^n \operatorname{Im}(E_i^+ \otimes E_{n-i}^+) = \sum_{i=1}^{n-1} \operatorname{Im}(E_i^+ \otimes E_{n-i}^+).

Corollaire

Les éléments de E1+E_1^+ sont primitifs. Si x∈E1+x \in E_1^+, on a c+(x)=0c^+(x) = 0 d’après (7), d’où (5).

4. Bigèbre enveloppante d’une algèbre de Lie

Rappelons que g désigne une algèbre de Lie, et U son algèbre enveloppante, munie de sa filtration canonique (Un)n≥0(U_n)_{n \geq 0}.

1 Si A et B sont deux sous-modules de E, on désigne par Im⁡(A⊗B)\operatorname{Im}(A \otimes B) l’image de l’application canonique A⊗B→E⊗EA \otimes B \to E \otimes E.

Proposition 7

Il existe sur l’algèbre U un coproduit c et un seul faisant de U une bigèbre telle que les éléments de σ(g)\sigma(g) soient primitifs. La bigèbre (U,c)(U, c) est cocommutative; sa coïunité est la forme linéaire ε\varepsilon telle que le terme constant (chap. I, , n° 1) de tout élément xx de U soit ε(x).1\varepsilon(x) . 1. La filtration canonique (Un)n≥0(U_n)_{n \geq 0} de U est compatible avec cette structure de bigèbre

a) Soit x∈gx \in g; posons c0(x)=σ(x)⊗1+1⊗σ(x)∈U⊗Uc_0(x) = \sigma(x) \otimes 1 + 1 \otimes \sigma(x) \in U \otimes U. Si x,yx, y sont dans gg, on a c0(x)c0(y)=(σ(x)σ(y))⊗1+1⊗(σ(x)σ(y))+σ(x)⊗σ(y)+σ(y)⊗σ(x)c_0(x)c_0(y) = (\sigma(x)\sigma(y)) \otimes 1 + 1 \otimes (\sigma(x)\sigma(y)) + \sigma(x) \otimes \sigma(y) + \sigma(y) \otimes \sigma(x), d’où

[c0(x),c0(y)]=c0([x,y]). [c_0(x), c_0(y)] = c_0([x, y]).

D’après la propriété universelle de U (chap. I, § 2, n° 1, prop. 1), il existe un homomorphisme d’algèbres unifères, et un seul

c:U→U⊗U c : U \to U \otimes U

tel que c(σ(x))=σ(x)⊗1+1⊗σ(x)c(\sigma(x)) = \sigma(x) \otimes 1 + 1 \otimes \sigma(x) pour x∈gx \in g. Cela démontre l’assertion d’unicité de la prop. 7.

b) Montrons que c est coassociatif. En effet, les applications linéaires c′c' et c′′c'' de U dans U⊗U⊗UU \otimes U \otimes U définies par

c′=(c⊗IdU)∘cetc′′=(IdU⊗c)∘c c' = (c \otimes \mathrm{Id}_U) \circ c \quad \text{et} \quad c'' = (\mathrm{Id}_U \otimes c) \circ c

sont des homomorphismes d’algèbres unifères qui coïncident dans σ(g)\sigma(g) car, pour a∈σ(g)a \in \sigma(g), on a

c′(a)=a⊗1⊗1+1⊗a⊗1+1⊗1⊗a=c′′(a), c'(a) = a \otimes 1 \otimes 1 + 1 \otimes a \otimes 1 + 1 \otimes 1 \otimes a = c''(a),

d’où le résultat.

c) Montrons que c est cocommutatif. Soit τ\tau l’automorphisme de U⊗UU \otimes U tel que τ(a⊗b)=b⊗a\tau(a \otimes b) = b \otimes a pour a,ba, b dans U. Les applications τ∘c\tau \circ c et cc de U dans U⊗UU \otimes U sont des homomorphismes d’algèbres unifères qui coïncident dans σ(g)\sigma(g), d’où le résultat.

d) Montrons que ε\varepsilon est une coïunité pour c. En effet, les applications (IdU⊗ε)∘c(\mathrm{Id}_U \otimes \varepsilon) \circ c et (ε⊗IdU)∘c(\varepsilon \otimes \mathrm{Id}_U) \circ c de U dans U sont des homomorphismes d’algèbres unifères qui coïncident avec IdU\mathrm{Id}_U dans σ(g)\sigma(g).

e) On sait que U0=K.1U_0 = K.1, Un⊂Un+1U_n \subset U_{n+1}, U=⋃n≥0UnU = \bigcup_{n \geq 0} U_n et Un⋅Um⊂Un+mU_n \cdot U_m \subset U_{n+m} (chap. I, § 2, n° 6). Soient a1,…,ana_1, \ldots, a_n dans σ(g)\sigma(g). On a

c(a1…an)=∏i=1nc(ai)=∏i=1n(ai⊗1+1⊗ai) c(a_1 \ldots a_n) = \prod_{i=1}^n c(a_i) = \prod_{i=1}^n (a_i \otimes 1 + 1 \otimes a_i)
=∑i=0n∑α∈I(i)(aα(1)…aα(i))⊗(aα(i+1)…aα(n)), = \sum_{i=0}^n \sum_{\alpha \in I(i)} (a_{\alpha(1)} \ldots a_{\alpha(i)}) \otimes (a_{\alpha(i+1)} \ldots a_{\alpha(n)}),

où I(i)I(i) désigne l’ensemble des permutations de {1,n}\{1, n\} croissantes dans chacun des intervalles {1,i}\{1, i\} et {i+1,n}\{i+1, n\}. Comme UnU_n est le K-module engendré par les produits d’au plus n éléments de σ(g)\sigma(g), la formule (8) entraîne que la filtration (Un)(U_n) est compatible avec la structure de bigèbre de (U,c)(U, c).

Définition 3

La bigèbre* (U,c)(U, c) est appelée bigèbre enveloppante de l’algèbre de Lie g.

Proposition 8

Soit* E une bigèbre de coproduit noté cEc_E et soit h un homomorphisme d’algèbres de Lie de g dans P(E) (n° 2, prop. 4). L’homomorphisme d’algèbres unifères f:U→Ef : U \to E tel que f(σ(x))=h(x)f(\sigma(x)) = h(x) pour tout x∈gx \in g est un morphisme de bigèbres.

Montrons que (f⊗f)∘c=cE∘f(f \otimes f) \circ c = c_E \circ f. Ce sont là deux homomorphismes d’algèbres unifères de U dans E⊗EE \otimes E, et pour a∈σ(g)a \in \sigma(g), on a

(f⊗f)(c(a))=f(a)⊗1+1⊗f(a)=cE(f(a)) (f \otimes f)(c(a)) = f(a) \otimes 1 + 1 \otimes f(a) = c_E(f(a))

puisque f(a)∈P(E)f(a) \in P(E). De même, si εE\varepsilon_E est la coïunité de E, εE∘f\varepsilon_E \circ f est un homomorphisme d’algèbres unifères U→KU \to K nul dans σ(g)\sigma(g) (n° 1, prop. 1) et coïncide donc avec ε\varepsilon.

Il résulte des propositions 5 et 8 que l’application f↦f∘σf \mapsto f \circ \sigma définit une correspondance biunivoque entre homomorphismes de bigèbres U(g)→EU(g) \to E et homomorphismes d’algèbres de Lie g→P(E)g \to P(E).

Corollaire

Soient* gig_i (i=1,2i = 1, 2) une algèbre de Lie, U(gi)U(g_i) sa bigèbre enveloppante, σi:gi→U(gi)\sigma_i : g_i \to U(g_i) l’application canonique. Pour tout homomorphisme d’algèbres de Lie h:g1→g2h : g_1 \to g_2, l’homomorphisme d’algèbres unifères U(h):U(g1)→U(g2)U(h) : U(g_1) \to U(g_2) tel que U(h)∘σ1=σ2∘hU(h) \circ \sigma_1 = \sigma_2 \circ h (chap. I, § 2, n° 1) est un morphisme de bigèbres.

5. Structure de la cogèbre U(g)U(g) en caractéristique 0.

Dans ce n°, on suppose que K est un corps de caractéristique 0.

Soient S(g) l’algèbre symétrique de l’espace vectoriel g, cSc_S son coproduit (A, III, p. 139, Exemple 6), η\eta l’isomorphisme canonique de l’espace vectoriel S(g) sur l’espace vectoriel U (chap. I, § 2, n° 7). Rappelons que si x1,…,xnx_1, \ldots, x_n sont dans g, on a

η(x1…xn)=1n!∑τ∈Snσ(xτ(1))…σ(xτ(n)). \eta(x_1 \ldots x_n) = \frac{1}{n!} \sum_{\tau \in S_n} \sigma(x_{\tau(1)}) \ldots \sigma(x_{\tau(n)}).

En particulier, pour x∈gx \in g et n⩾0n \geqslant 0, on a

η(xn)=σ(x)n. \eta(x^n) = \sigma(x)^n.

Remarquons, d’après A, III, p. 68, Remarque 3, que η\eta est l’unique application linéaire de S(g) dans U satisfaisant à la condition (10).

Proposition 9

Pour tout entier n⩾0n \geqslant 0, soit UnU^n le sous-espace vectoriel de UU engendré par les σ(x)n\sigma(x)^n pour x∈gx \in g.

a) La suite (Un)n⩾0(U^n)_{n \geqslant 0} est une graduation de l’espace vectoriel UU compatible avec sa structure de cogèbre. Munissons UU de la graduation (Un)(U^n). b) L’application canonique η:S(g)→U\eta : S(g) \to U est un isomorphisme de cogèbres graduées. Soient x∈gx \in g et n∈Nn \in \mathbf{N}. On a

cS(xn)=cS(x)n=(x⊗1+1⊗x)n=∑i=0n(ni)xi⊗xn−i c_S(x^n) = c_S(x)^n = (x \otimes 1 + 1 \otimes x)^n = \sum_{i=0}^n \binom{n}{i} x^i \otimes x^{n-i}
puisque cSc_S est un homomorphisme d’algèbres. De même, d’après (10),
c(η(xn))=c(σ(x)n)=c(σ(x))n=(σ(x)⊗1+1⊗σ(x))n c(\eta(x^n)) = c(\sigma(x)^n) = c(\sigma(x))^n = (\sigma(x) \otimes 1 + 1 \otimes \sigma(x))^n
=∑i=0n(ni)σ(x)i⊗σ(x)n−i=∑i=0n(ni)η(xi)⊗η(xn−i), = \sum_{i=0}^n \binom{n}{i} \sigma(x)^i \otimes \sigma(x)^{n-i} = \sum_{i=0}^n \binom{n}{i} \eta(x^i) \otimes \eta(x^{n-i}),
d’où
(η⊗η)(cS(xn))=c(η(xn)). (\eta \otimes \eta)(c_S(x^n)) = c(\eta(x^n)).
Comme les xnx^n, pour x∈gx \in g et n∈Nn \in \mathbf{N}, engendrent l’espace vectoriel S(g)S(g), on a (η⊗η)∘cS=c∘η(\eta \otimes \eta) \circ c_S = c \circ \eta, et η\eta est un isomorphisme de cogèbres. Par ailleurs, la formule (10) montre que η(Sn(g))=Un\eta(S^n(g)) = U^n, ce qui achève de démontrer a) et b) compte tenu de ce que la graduation de S(g)S(g) est compatible avec sa structure de cogèbre.

La graduation (Un)n⩾0(U^n)_{n \geqslant 0} de UU est appelée graduation canonique.

Corollaire

L’application canonique σ\sigma définit un isomorphisme de gg sur l’algèbre de Lie P(U)P(U) des éléments primitifs de UU. Comme c+c^+ est un homomorphisme gradué de degré 0, on a

P(U)=∑n⩾1(P(U)∩Un). P(U) = \sum_{n \geqslant 1} (P(U) \cap U^n).
Il suffit de prouver que si n>1n > 1 et si a∈Una \in U^n est primitif, alors a=0a = 0. Or aa s’écrit ∑iλiain\sum_i \lambda_i a_i^n, où λi∈K\lambda_i \in K, ai∈σ(g)a_i \in \sigma(g). D’après (12), le terme de bidegré (1,n−1)(1, n-1) de c+(a)c^+(a) est n∑iλiai⊗ain−1n \sum_i \lambda_i a_i \otimes a_i^{n-1}. On a donc ∑iλiai⊗ain−1=0\sum_i \lambda_i a_i \otimes a_i^{n-1} = 0. Si μ:U⊗U→U\mu : U \otimes U \to U est l’application linéaire définie par la multiplication de UU, on a donc
a=∑iλiain=μ(∑iλiai⊗ain−1)=0. a = \sum_i \lambda_i a_i^n = \mu \left( \sum_i \lambda_i a_i \otimes a_i^{n-1} \right) = 0.

Remarque 1

On a Un=∑i=0nUiU_n = \sum_{i=0}^n U^i (chap. I, § 2, no 7, cor. 4 du th. 1).

Remarque 2

L’application η\eta est l’unique morphisme de cogèbres graduées de S(g)S(g) dans UU tel que η(1)=1\eta(1) = 1 et η(x)=σ(x)\eta(x) = \sigma(x) pour x∈gx \in g. En effet, si η′\eta' est un morphisme satisfaisant à ces conditions, prouvons par récurrence sur nn que η′(xn)=η(xn)\eta'(x^n) = \eta(x^n) pour x∈gx \in \mathfrak{g} et n>1n > 1. Comme cS+(xn)=∑i=1n−1(ni)xi⊗xn−ic_S^+(x^n) = \sum_{i=1}^{n-1} \binom{n}{i} x^i \otimes x^{n-i} d’après (3) et (11), on a (η⊗η)(cS+(xn))=(η′⊗η′)(cS+(xn))(\eta \otimes \eta)(c_S^+(x^n)) = (\eta' \otimes \eta')(c_S^+(x^n)) par l’hypothèse de récurrence. Il s’ensuit que c+(η(xn))=c+(η′(xn))c^+(\eta(x^n)) = c^+(\eta'(x^n)); il en résulte que η(xn)−η′(xn)\eta(x^n) - \eta'(x^n) est un élément primitif de degré nn, donc est nul (cor. de la prop. 9).

Remarque 3

Soit ψ\psi l’isomorphisme canonique de la bigèbre TS(g\mathfrak{g}) sur la bigèbre S(g\mathfrak{g}) (A, IV, § 5, cor. 1 de la prop. 12). L’application

η∘ψ:TS(g)→U \eta \circ \psi : \mathrm{TS}(\mathfrak{g}) \to \mathbf{U}
est dite canonique. C’est l’unique morphisme η′\eta' de cogèbres graduées de TS(g\mathfrak{g}) dans U\mathbf{U} tel que η′(1)=1\eta'(1) = 1 et η′(x)=σ(x)\eta'(x) = \sigma(x) pour tout x∈gx \in \mathfrak{g}.

Remarque 4

Soit V un espace vectoriel. Les éléments primitifs de la bigèbre S(V) sont les éléments de degré 1. Cela résulte en effet du cor. de la prop. 9 appliqué à l’algèbre de Lie commutative V.

Soit (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base du K-espace vectoriel g\mathfrak{g}, où l’ensemble d’indices I est muni d’un ordre total. Pour tout α∈N(I)\alpha \in \mathbf{N}^{(I)}, on pose

eα=∏i∈Iσ(ei)α(i)α(i)!. e_\alpha = \prod_{i \in I} \frac{\sigma(e_i)^{\alpha(i)}}{\alpha(i)!}.
Les eαe_\alpha, pour ∣α∣≤n|\alpha| \leq n, forment une base du K-espace vectoriel UnU_n (chap. I, § 2, n° 7, cor. 3 du th. 1). On a
e0=1,eei=σ(ei) pour i∈I. e_0 = 1, \quad e_{e_i} = \sigma(e_i) \text{ pour } i \in I.
Comme l’algèbre graduée associée à l’algèbre filtrée U est commutative (loc. cit., th. 1), on a, pour α,β\alpha, \beta dans N(I)\mathbf{N}^{(I)},
eα⋅eβ≡((α,β))⋅eα+βmod  U∣α∣+∣β∣−1, e_\alpha \cdot e_\beta \equiv ((\alpha, \beta)) \cdot e_{\alpha + \beta} \mod U_{|\alpha| + |\beta| - 1},
où ((α,β))=∏i∈I(α(i)+β(i))!α(i)!β(i)!((\alpha, \beta)) = \prod_{i \in I} \frac{(\alpha(i) + \beta(i))!}{\alpha(i)! \beta(i)!}.

D’autre part, on a aussitôt

ε(e0)=1,ε(eα)=0pour ∣α∣≥1. \varepsilon(e_0) = 1, \quad \varepsilon(e_\alpha) = 0 \quad \text{pour } |\alpha| \geq 1.
Enfin, la formule (12) entraîne que, pour α∈N(I)\alpha \in \mathbf{N}^{(I)}, on a
c(eα)=∑β+γ=αeβ⊗eγ. c(e_\alpha) = \sum_{\beta + \gamma = \alpha} e_\beta \otimes e_\gamma.
Cette formule permet de déterminer l’algèbre U′=Hom(U,K)U' = \mathrm{Hom}(U, K) duale de la cogèbre U (A, III, p. 143). Soit en effet K[[Xi]]i∈IK[[X_i]]_{i \in I} l’algèbre des séries formelles par rapport à des indéterminées (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} (cf. A, III, p. 28); si λ∈U′\lambda \in U', notons fλf_\lambda la série formelle
fλ=∑α⟨λ,eα⟩Xα,avec Xα=∏i∈IXiα(i), f_\lambda = \sum_\alpha \langle \lambda, e_\alpha \rangle X^\alpha, \quad \text{avec } X^\alpha = \prod_{i \in I} X_i^{\alpha(i)},
l’indice de sommation α\alpha parcourant N(I)\mathbf{N}^{(I)}.

Proposition 10

L’application* λ↦fλ\lambda \mapsto f_\lambda est un isomorphisme de l’algèbre U′U' sur l’algèbre de séries formelles K[[Xi]]i∈IK[[X_i]]_{i \in I}. Du fait que (eα)(e_\alpha) est une base de UU, l’application λ↦fλ\lambda \mapsto f_\lambda est KK-linéaire et bijective. D’autre part, pour λ,μ\lambda, \mu dans U′U', on a

fλμ=∑α⟨λμ,eα⟩Xα=∑α⟨λ⊗μ,c(eα)⟩Xα f_{\lambda \mu} = \sum_\alpha \langle \lambda \mu, e_\alpha \rangle X^\alpha = \sum_\alpha \langle \lambda \otimes \mu, c(e_\alpha) \rangle X^\alpha
=∑α⟨λ⊗μ,∑β+γ=αeβ⊗eγ⟩Xα(d’apreˋs (16)) = \sum_\alpha \langle \lambda \otimes \mu, \sum_{\beta + \gamma = \alpha} e_\beta \otimes e_\gamma \rangle X^\alpha \tag{d’après (16)}
=∑β,γ⟨λ,eβ⟩⟨μ,eγ⟩Xβ+γ=fλfμ, = \sum_{\beta, \gamma} \langle \lambda, e_\beta \rangle \langle \mu, e_\gamma \rangle X^{\beta + \gamma} = f_\lambda f_\mu,
ce qui montre que λ↦fλ\lambda \mapsto f_\lambda est un isomorphisme d’algèbres, et achève la démonstration.

6. Structure des bigèbres filtrées en caractéristique 0

Dans ce n°, on continue de supposer que KK est un corps de caractéristique 0. Si EE est une bigèbre, l’injection canonique P(E)→EP(E) \to E se prolonge en un morphisme de bigèbres fE:U(P(E))→Ef_E : U(P(E)) \to E (n° 4, prop. 8).

Théorème 1

Soit* EE une bigèbre cocommutative. a) Le morphisme de bigèbres fE:U(P(E))→Ef_E : U(P(E)) \to E est injectif. b) S’il existe sur EE une filtration compatible avec sa structure de bigèbre (n° 3, déf. 2), le morphisme fEf_E est un isomorphisme. (Dans le cas b), la bigèbre EE s’identifie donc à la bigèbre enveloppante de l’algèbre de Lie de ses éléments primitifs.) Soit cEc_E (resp. εE\varepsilon_E) le coproduit (resp. la coïunité) de EE. Posons g=P(E)g = P(E); soit (ei)i∈I(e_i)_{i \in I} une base du KK-espace vectoriel gg, où l’ensemble d’indices II est muni d’un ordre total, et soit (eα)α∈N(I)(e_\alpha)_{\alpha \in N^{(I)}} la base de U(g)U(g) introduite au n° précédent. Posons Xα=fE(eα)X_\alpha = f_E(e_\alpha) pour α∈N(I)\alpha \in N^{(I)}. D’après (15) et (16), on a:

εE(X0)=1,εE(Xα)=0pour ∣α∣≥1,(17) \varepsilon_E(X_0) = 1, \quad \varepsilon_E(X_\alpha) = 0 \quad \text{pour } |\alpha| \geq 1, \tag{17}
cE(Xα)=∑β+γ=αXβ⊗Xγpour α∈N(I),(18) c_E(X_\alpha) = \sum_{\beta + \gamma = \alpha} X_\beta \otimes X_\gamma \quad \text{pour } \alpha \in N^{(I)}, \tag{18}
puisque fEf_E est un morphisme de cogèbres. Montrons que fEf_E est injectif. Cela résulte du lemme suivant:

Lemme 2

Soit* VV un espace vectoriel, et soient EE une cogèbre, f:S(V)→Ef : S(V) \to E un morphisme de cogèbres. Si la restriction de ff à S0(V)+S1(V)S^0(V) + S^1(V) est injective, alors ff est injectif. Soit n≥0n \geq 0; posons Sn=∑i≤nSi(V)S_n = \sum_{i \leq n} S^i(V), notons cSc_S le coproduit de S(V)S(V), et montrons par récurrence sur nn que f∣Snf|_{S_n} est injectif. L’assertion étant triviale pour n=0n = 0 et n=1n = 1, supposons n≥2n \geq 2 et soit u∈Snu \in S_n tel que f(u)=0f(u) = 0. On a

0=cE(f(u))=(f⊗f)(cS(u))=f(u)⊗1+1⊗f(u)+(f⊗f)(cS+(u))=(f⊗f)(cS+(u)). 0 = c_E(f(u)) = (f \otimes f)(c_S(u)) = f(u) \otimes 1 + 1 \otimes f(u) + (f \otimes f)(c_S^+(u)) = (f \otimes f)(c_S^+(u)).

Comme cS+(u)∈Sn−1⊗Sn−1c_S^+(u) \in S_{n-1} \otimes S_{n-1}, d’après (11) l’hypothèse de récurrence montre que uu est un élément primitif de S(V)S(V), donc est de degré 1 (n° 5, Remarque 4), donc nul, puisque f∣S1(V)f | S^1(V) est injectif.

Il en résulte en particulier que la famille (Xα)(X_\alpha) est libre.

Montrons que fEf_E est surjectif si EE possède une filtration compatible avec sa structure de bigèbre. Soit (En)n≥0(E_n)_{n \geq 0} une telle filtration, et posons En+=En∩Ker(εE)E_n^+ = E_n \cap \mathrm{Ker}(\varepsilon_E). Démontrons par récurrence sur nn que En+E_n^+ est contenu dans l’image de fEf_E. Comme E=K.1+⋃n≥0En+E = K.1 + \bigcup_{n \geq 0} E_n^+, cela entraînera la surjectivité de fEf_E. L’assertion est triviale pour n=0n = 0, et résulte du cor. de la prop. 6 du n° 3 pour n=1n = 1; supposons désormais n≥2n \geq 2, et soit x∈En+x \in E_n^+. D’après la prop. 6 du n° 3, on a

cE+(x)∈∑i=1n−1Ei+⊗En−i+ c_E^+(x) \in \sum_{i=1}^{n-1} E_i^+ \otimes E_{n-i}^+

et il existe d’après l’hypothèse de récurrence des scalaires λα,β\lambda_{\alpha,\beta}, pour α,β\alpha, \beta dans N(I)\mathbf{N}^{(I)}, nuls sauf un nombre fini d’entre eux, tels que

(19)(19)
cE+(x)=∑α,β≠0λα,βXα⊗Xβ. c_E^+(x) = \sum_{\alpha, \beta \neq 0} \lambda_{\alpha,\beta} X_\alpha \otimes X_\beta.

D’après la formule (18), on a donc

(cE+⊗IdE)(cE+(x))=∑α,β,γ≠0λα+β,γXα⊗Xβ⊗Xγ (c_E^+ \otimes \mathrm{Id}_E)(c_E^+(x)) = \sum_{\alpha, \beta, \gamma \neq 0} \lambda_{\alpha+\beta, \gamma} X_\alpha \otimes X_\beta \otimes X_\gamma
(IdE⊗cE+)(cE+(x))=∑α,β,γ≠0λα,β+γXα⊗Xβ⊗Xγ. (\mathrm{Id}_E \otimes c_E^+)(c_E^+(x)) = \sum_{\alpha, \beta, \gamma \neq 0} \lambda_{\alpha, \beta+\gamma} X_\alpha \otimes X_\beta \otimes X_\gamma.

D’après la prop. 3 du n° 1, et l’indépendance linéaire des XαX_\alpha, on a donc

(20)(20)
λα+β,γ=λα,β+γpour α,β,γ dans N(I)−{0}. \lambda_{\alpha+\beta, \gamma} = \lambda_{\alpha, \beta+\gamma} \quad \text{pour } \alpha, \beta, \gamma \text{ dans } \mathbf{N}^{(I)} - \{0\}.

Par ailleurs, le coproduit cEc_E est cocommutatif; le même raisonnement que ci-dessus entraîne

(21)(21)
λα,β=λβ,αpour α,β dans N(I)−{0}. \lambda_{\alpha, \beta} = \lambda_{\beta, \alpha} \quad \text{pour } \alpha, \beta \text{ dans } \mathbf{N}^{(I)} - \{0\}.

Supposons qu’il existe une famille de scalaires (μα)(\mu_\alpha) pour ∣α∣≥2|\alpha| \geq 2, telle que

(22)(22)
μα+β=λα,βpour α,β dans N(I)−{0}. \mu_{\alpha+\beta} = \lambda_{\alpha, \beta} \quad \text{pour } \alpha, \beta \text{ dans } \mathbf{N}^{(I)} - \{0\}.

On a alors

cE+(x)=∑α,β≠0μα+βXα⊗Xβ=∑∣γ∣≥2μγcE+(Xγ), c_E^+(x) = \sum_{\alpha, \beta \neq 0} \mu_{\alpha+\beta} X_\alpha \otimes X_\beta = \sum_{|\gamma| \geq 2} \mu_\gamma c_E^+(X_\gamma),

d’après la formule (18), donc y=x−∑∣γ∣≥2μγXγy = x - \sum_{|\gamma| \geq 2} \mu_\gamma X_\gamma est primitif, donc appartient à P(E)⊂Im(fE)P(E) \subset \mathrm{Im}(f_E). On a donc

x=y+∑∣γ∣≥2μγfE(eγ)∈Im⁡(fE). x = y + \sum_{|\gamma| \geq 2} \mu_\gamma f_E(e_\gamma) \in \operatorname{Im}(f_E).

La démonstration sera donc achevée lorsque nous aurons démontré le lemme suivant:

Lemme 3

Si une famille de scalaires* (λα,β)(\lambda_{\alpha,\beta}) de support fini (pour α,β\alpha, \beta dans N(I)−{0}\mathbf{N}^{(I)} - \{0\}) satisfait aux relations (20) et (21), il existe une famille (μα)∣α∣≥2(\mu_\alpha)_{|\alpha| \geq 2} de support fini telle que μα+β=λα,β\mu_{\alpha+\beta} = \lambda_{\alpha,\beta} pour α,β\alpha, \beta non nuls.

Il suffit de prouver que

(23)

α+β=γ+δ \alpha + \beta = \gamma + \delta
entraîne λα,β=λγ,δ\lambda_{\alpha,\beta} = \lambda_{\gamma,\delta} pour α,β,γ,δ\alpha, \beta, \gamma, \delta non nuls. D’après le lemme de décomposition de Riesz (A, VI, § 1, n° 10, th. 1), il existe π,ρ,σ\pi, \rho, \sigma et τ\tau dans N(I)\mathbf{N}^{(I)} tels que
α=π+σ,β=ρ+τ,γ=π+ρ,δ=σ+τ. \alpha = \pi + \sigma, \quad \beta = \rho + \tau, \quad \gamma = \pi + \rho, \quad \delta = \sigma + \tau.
Supposons π≠0\pi \neq 0; comme on a σ+β=ρ+δ\sigma + \beta = \rho + \delta, la relation (20) entraîne
λα,β=λπ+σ,β=λπ,σ+β=λπ,ρ+δ=λπ+ρ,δ=λγ,δ. \lambda_{\alpha,\beta} = \lambda_{\pi+\sigma,\beta} = \lambda_{\pi,\sigma+\beta} = \lambda_{\pi,\rho+\delta} = \lambda_{\pi+\rho,\delta} = \lambda_{\gamma,\delta}.
Si par contre on a π=0\pi = 0, on a β=γ+τ\beta = \gamma + \tau et δ=α+τ\delta = \alpha + \tau, d’où
λα,β=λα,γ+τ=λα+τ,γ=λδ,γ \lambda_{\alpha,\beta} = \lambda_{\alpha,\gamma+\tau} = \lambda_{\alpha+\tau,\gamma} = \lambda_{\delta,\gamma}
d’après (20), mais on a aussi λδ,γ=λγ,δ\lambda_{\delta,\gamma} = \lambda_{\gamma,\delta} d’après (21), d’où λα,β=λγ,δ\lambda_{\alpha,\beta} = \lambda_{\gamma,\delta}.

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.