Soit X un ensemble. Rappelons la construction du magma libre M(X) construit sur X (A, I, p. 77). Par récurrence sur l’entier n≥1, on définit les ensembles Xn en posant X1=X et en prenant pour Xn l’ensemble somme des ensembles Xp×Xn−p pour p=1,2,…,n−1; si X est fini, il en est de même de chacun des Xn. L’ensemble somme de la famille (Xn)n≥1 est noté M(X); chacun des ensembles Xn (et en particulier X) est identifié à une partie de M(X). Soient w et w′ dans M(X); on note p et q les entiers tels que w∈Xp et w′∈Xq et l’on pose n=p+q; l’image du couple (w,w′) par l’injection canonique de Xp×Xn−p dans Xn se note w.w′ et s’appelle le produit de w et w′. Toute application de X dans un magma M se prolonge de manière unique en un homomorphisme de magmas de M(X) dans M.
Soit w dans M(X); l’unique entier n tel que w∈Xn s’appelle la longueur de w et se note l(w). On a l(w.w′)=l(w)+l(w′) pour w,w′ dans M(X). L’ensemble X est la partie de M(X) formée des éléments de longueur 1. Tout élément w de longueur ≥2 s’écrit de manière unique sous la forme w=w′.w′′.
L’algèbre du magma M(X) à coefficients dans l’anneau K est notée Lib(X), ou LibK(X) lorsqu’il y a lieu de préciser l’anneau K. L’ensemble M(X) est une base du K-module Lib(X), et X sera donc identifié à une partie de Lib(X). Si A est une algèbre, toute application de X dans A se prolonge de manière unique en un homomorphisme de Lib(X) dans A (A, III, p. 22, prop. 7).
2. Construction de l’algèbre de Lie libre
Définition 1
On appelle algèbre de Lie libre sur l’ensemble X l’algèbre quotient L(X) = Lib(X)/a où a est l’idéal bilatère de Lib(X) engendré par les éléments de l’une des formes
(1) Q(a)=a.a pour a dans Lib(X), (2) J(a,b,c)=a.(b.c)+b.(c.a)+c.(a.b) pour a,b,c dans Lib(X).
Il est clair que L(X) est une K-algèbre de Lie; le composé de deux éléments u,v de L(X) sera noté [u,v]. Lorsqu’il y a lieu de préciser l’anneau K, on écrit LK(X) pour L(X).
La proposition suivante justifie le nom d’algèbre de Lie libre donné à L(X).
Proposition 1
Soient ψ l’application canonique de Lib(X) sur L(X) et φ la restriction de ψ à X. Pour toute application f de X dans une algèbre de Lie g, il existe un homomorphisme F : L(X) →g et un seul tel que f=F∘φ.
a) Existence de F : soit h l’homomorphisme de Lib(X) dans g prolongeant f (n° 1). Pour tout a dans Lib(X), on a h(Q(a))=h(a.a)=[h(a),h(a)]=0; de même, l’identité de Jacobi satisfaite par g entraîne h(J(a,b,c))=0 pour a,b,c dans Lib(X). On en déduit h(a)=0, d’où un homomorphisme F de L(X) dans g tel que h=F∘ψ. Par restriction à X, on obtient f=F∘φ.
b) Unicité de F : soit F′:L(X)→g un homomorphisme tel que f=F′∘φ. Les homomorphismes F∘ψ et F′∘ψ de Lib(X) dans g coïncident dans X, donc sont égaux; comme ψ est surjective, on a F=F′.
Soient x1,x2,…,xn des éléments distincts de X et λ1,…,λn dans K tels que
λ1⋅φ(x1)+⋯+λn⋅φ(xn)=0.
Soit g l’algèbre de Lie commutative ayant K comme module sous-jacent. Pour i=1,2,…,n, il existe un homomorphisme Fi de L(X) dans g tel que Fi(φ(xi))=1 et Fi(φ(x))=0 pour x=xi (prop. 1); appliquant Fi à la relation (3), on trouve λi=0.
Corollaire 2
Soit a une algèbre de Lie. Toute extension de L(X) par a est inessentielle.
Soit aλgμL(X) une telle extension (chap. I, § 1, n° 7). Comme μ est surjective, il existe une application f de X dans g telle que φ=μ∘f. Soit F l’homomorphisme de L(X) dans g tel que f=F∘φ (prop. 1). On a (μ∘F)∘φ= μ ∘ f = φ, et la prop. 1 montre que μ ∘ F est l’automorphisme identique de L(X). L’extension donnée est donc inessentielle (chap. I, , no 7, prop. 6 et déf. 6)
Comme l’anneau K n’est pas réduit à 0, le cor. 1 de la prop. 1 montre que φ est injective. On peut donc identifier au moyen de φ l’ensemble X à son image dans L(X); avec cette convention, X engendre L(X) et toute application de X dans une algèbre de Lie g se prolonge en un homomorphisme d’algèbres de Lie de L(X) dans g.
Remarque
Lorsque X est vide, M(X) est vide, donc L(X) = {0}. Si X a un seul élément x, le sous-module K.x de L(X) est une sous-algèbre de Lie de L(X); comme X engendre L(X), le cor. 1 de la prop. 1 montre que L(X) est un module libre de base {x}.
Soient g une algèbre de Lie et a=(ai)i∈I une famille d’éléments de g. On note fa l’homomorphisme de L(I) dans g appliquant tout i∈I sur ai. L’image de fa est la sous-algèbre de g engendrée par a; les éléments du noyau de fa s’appellent les relateurs de la famille a. On dit que la famille a est génératrice (resp. libre, basique) si fa est surjectif (resp. injectif, bijectif).
Soit g une algèbre de Lie. Une présentation de g est un couple (a,r) formé d’une famille génératrice a=(ai)i∈I et d’une famille r=(rj)j∈J de relateurs de a engendrant l’idéal de L(I) noyau de fa. On dit aussi que g est présentée par la famille a liée par les relateurs rj (j∈J).
Soient I un ensemble et r=(rj)j∈J une famille d’éléments de l’algèbre de Lie libre L(I); soit ar l’idéal de L(I) engendré par r. L’algèbre quotient L(I,r)=L(I)/ar s’appelle l’algèbre de Lie définie par I et la famille de relateurs (rj)j∈J; on dit aussi que L(I,r) est définie par la présentation (I,r), ou encore par (I;(rj=0)j∈J). Lorsque la famille r est vide, on a L(I,r)=L(I).
Soient I et r comme précédemment; notons ξi l’image de i dans L(I,r). La famille génératrice ξ=(ξi)i∈I et la famille de relateurs r constituent une présentation de L(I,r). Réciproquement, si g est une algèbre de Lie et (a,r), avec a=(ai)i∈I, une présentation de g, il existe un unique isomorphisme u:L(I,r)→g tel que u(ξi)=ai pour tout i∈I.
4. Polynômes de Lie et substitutions
Soit I un ensemble. Notons Ti l’image canonique de l’élément i de I dans L(I) (que l’on note aussi parfois L((Ti)i∈I)); les éléments de L(I) s’appellent polynômes de Lie en les indéterminées (Ti)i∈I.
Soit g une algèbre de Lie. Si t=(ti)i∈I est une famille d’éléments de g, notons ft l’homomorphisme de L(I) dans g tel que ft(Ti)=ti pour i∈I (no 2, prop. 1). L’image par ft de l’élément P de L(I) se note P((ti)i∈I). En particulier, on a P((Ti)i∈I)=P; l’élément P((ti)i∈I) précédent s’appelle parfois l’élément de g obtenu par substitution des ti aux Ti dans le polynôme de Lie P((Ti)i∈I).
Soit σ:g→g′ un homomorphisme d’algèbres de Lie. Pour toute famille t=(ti)i∈I d’éléments de g et tout P∈L(I), on a
σ(P((ti)i∈I))=P((σ(ti))i∈I),
car σ∘ft applique Ti sur σ(ti), pour i∈I.
Soit (Qj)j∈J une famille d’éléments de L(I), et soit P∈L(J). Par substitution des Qj aux Tj dans P, on obtient un polynôme de Lie R=P((Qj)j∈J)∈L(I). On a
R((ti)i∈I)=P((Qj((ti)i∈I))j∈J),
pour toute famille t=(ti)i∈I d’éléments d’une algèbre de Lie g, comme on le voit en transformant par l’homomorphisme ft l’égalité R=P((Qj)j∈J) et en tenant compte de (4).
Soient g une algèbre de Lie, I un ensemble fini, et P∈L(I). Supposons que g soit un K-module libre. L’application
P~:gI→g
définie par P~((ti)i∈I)=P((ti)i∈I) est alors polynomiale.¹ En effet, l’ensemble F des applications de gI dans g est une algèbre de Lie pour le crochet défini par
[φ,ψ](t)=[φ(t),ψ(t)];
l’ensemble F′ des applications polynomiales de gI dans g en est une sous-algèbre de Lie, d’après la bilinéarité du crochet. Notre assertion résulte alors de ce que l’application P↦P~ est un homomorphisme d’algèbres de Lie et que T~i=pri∈F′ pour tout i.
5. Propriétés fonctorielles
Proposition 2
Soient X et Y deux ensembles. Toute application u:X→Y se prolonge de manière unique en un homomorphisme d’algèbres de Lie L(u):L(X)→L(Y). Pour toute application v:Y→Z, on a L(v∘u)=L(v)∘L(u).
L’existence et l’unicité de L(u) résultent de la prop. 1 du n° 2. Les homomorphismes L(v∘u) et L(v)∘L(u) ont même restriction à X, donc sont égaux (prop. 1).
Corollaire
Si u est injective (resp. surjective, bijective), il en est de même de L(u).
L’assertion étant triviale pour X=∅, supposons X=∅. Si u est injective, il existe une application v de Y dans X telle que v∘u soit l’application identique de X; d’après la prop. 2, L(v)∘L(u) est l’automorphisme identique de L(X), donc
¹ Rappelons (A, IV, § 5, n° 10, n°11e édition) la définition des applications polynomiales d’un module libre M dans un module N: si q est un entier ⩾0, on dit qu’une application f:M→N est polynomiale homogène de degréq s’il existe une application multilinéaire u de Mq dans N telle que
f(x)=u(x,…,x)pour tout x∈M.
Une application de M dans N est dite polynomiale si elle est somme finie d’applications polynomiales homogènes de degrés convenables.
L(u) est injective. Lorsque u est surjective, il existe une application w de Y dans X telle que u ∘ w soit l’application identique de Y; alors L(u) ∘ L(w) est l’application identique de L(Y), ce qui prouve que L(u) est surjective.
Soit X un ensemble et soit S une partie de X. Le corollaire précédent montre que l’injection canonique de S dans X se prolonge en un isomorphisme α de L(S) sur la sous-algèbre de Lie L'(S) de L(X) engendrée par S; nous identifierons L(S) et L'(S) au moyen de α.
Soit (S_α)_{α ∈ I} une famille filtrante croissante de parties de X, de réunion S. La relation S_α ⊂ S_β entraîne L(S_α) ⊂ L(S_β), donc la famille des sous-algèbres de Lie L(S_α) de L(X) est filtrante croissante. Par suite, g = ⋃_{α ∈ I} L(S_α) est une sous-algèbre de Lie de L(X); on a S ⊂ g, d’où L(S) ⊂ g, et comme L(S_α) ⊂ L(S) pour tout α ∈ I, on a g ⊂ L(S). Donc
L(α∈I⋃Sα)=α∈I⋃L(Sα)
pour toute famille filtrante croissante (S_α)_{α ∈ I} de parties de X.
Appliquant ce qui précède à la famille des parties finies de X, on voit que tout élément de L(X) est de la forme P(x_1, ..., x_n) où P est un polynôme de Lie à n indéterminées et x_1, ..., x_n sont des éléments de X.
Proposition 3
Soit K' un anneau commutatif non réduit à {0}, et soit u : K → K' un homomorphisme d’anneaux. Pour tout ensemble X, il existe un homomorphisme de K'-algèbres de Lie et un seul
v:LK(X)⊗K′→LK′(X)
tel que v(x ⊗ 1) = x pour x ∈ X. De plus, v est un isomorphisme.
Appliquant la prop. 1 à g = L_{K'}(X) considérée comme K'-algèbre de Lie, et à l’application x ↦ x de X dans g, on obtient un K-homomorphisme L_K(X) → L_{K'}(X), d’où un K'-homomorphisme v : L_K(X) ⊗ K' → L_{K'}(X). Le fait que v soit unique et soit un isomorphisme résulte du ce que le couple (L_K(X) ⊗ K', x ↦ x ⊗ 1) est solution du même problème universel que le couple (L_{K'}(X), x ↦ x).
Remarque
Soient h' une K'-algèbre de Lie et h la K-algèbre de Lie déduite de h' par restriction de l’anneau des scalaires. Si P ∈ L_K(X), on peut définir P~:hX→h (n° 4). On voit aussitôt que
P~=(v(P⊗1))∼.
6. Graduations
Soit Δ un monoïde commutatif, noté additivement. On note φ_0 une application de X dans Δ et φ l’homomorphisme du magma libre M(X) dans Δ qui prolonge φ_0. Pour tout δ ∈ Δ, soit Lib^δ(X) le sous-module de Lib(X) ayant pour base la partie φ−1(δ) de M(X). La famille (Libδ(X))δ∈Δ est une graduation de l’algèbre Lib(X), c’est-à-dire que l’on a
(8)
Lib(X)=δ∈Δ⨁Libδ(X)
(9)
Libδ(X)⋅Libδ′(X)⊂Libδ+δ′(X)pour δ,δ′ dans Δ
(A, III, p. 31, Exemple 3).
Lemme 1. — L’idéal a de la définition 1 est gradué.
Pour a,b dans Lib(X), posons B(a,b)=a.b+b.a. Les formules (10)
pour w1,…,wn dans M(X) et λ1,…,λn dans K, montrent que les familles (Q(a))a∈Lib(X) et (Q(w),B(w,w′))w,w′∈M(X) engendrent le même sous-module de Lib(X). Comme J est trilinéaire, l’idéal a est engendré par les éléments homogènes Q(w),B(w,w′) et J(w,w′,w′′) pour w,w′,w′′ dans M(X), donc est gradué (A, III, p. 32, prop. 1).
C.Q.F.D.
Munissons l’algèbre de Lie L(X)=Lib(X)/a de la graduation quotient. La composante homogène de degré δ de L(X) est notée Lδ(X); c’est le sous-module de L(X) engendré par les images des éléments w∈M(X) tels que φ(w)=δ.
Nous utiliserons surtout les deux cas particuliers suivants:
a) Graduation totale: on prend Δ=N et φ0(x)=1 pour tout x∈X, d’où φ(w)=l(w) pour w dans M(X). Le K-module Ln(X) est engendré par les images des éléments de longueur n dans M(X), que nous appellerons alternants de degré n. Nous verrons plus tard que le module Ln(X) est libre et admet une base formée d’alternants de degré n (n° 11, th. 1). On a L(X)=⨁n≥1Ln(X), et L1(X) admet X pour base (n° 2, cor. 1 de la prop. 1). Par construction de M(X), on a (12)
Ln(X)=p=1∑n−1[Lp(X),Ln−p(X)]
et en particulier (13)
[Lm(X),Ln(X)]⊂Lm+n(X).
b) Multigraduation: on prend pour Δ le monoïde commutatif libre N(X) construit sur X. L’application φ0 de X dans Δ est définie par (φ0(x))(x′)=δxx′, où δxx′ est le symbole de Kronecker. Pour w∈M(X) et x∈X, l’entier (φ(w))(x) est « le nombre d’occurrences de la lettre x dans w ». Pour α dans N(X), on pose ∣α∣=∑x∈Xα(x), d’où ∣φ(w)∣=l(w) pour tout w dans M(X). On en déduit
(14)
Ln(X)=∣α∣=n⨁Lα(X);
on a évidemment
(15)
[Lα(X),Lβ(X)]⊂Lα+β(X)pour α,β dans N(X).
Proposition 4
Soit S une partie de X. Si l’on identifie N(S) à son image canonique dans N(X)* (A, I, p. 89), on aL(S)=∑α∈N(S)Lα(X). De plus, pour toutα∈N(S), la composante homogène de degréαpour la multigraduation deL(S)est égale àLα(X).
Soit α∈N(S). Le module Lα(S) est engendré par les images dans L(X) des éléments wdeM(S) tels que φ(w)=α, c’est-à-dire (A, I, p. 91, formules (23) et (24)) l’ensemble des wdeM(X) tels que φ(w)=α. On a donc Lα(S)=Lα(X).
La proposition résulte de là et de la relation L(S)=∑α∈N(S)Lα(S).
Corollaire
Pour toute famille* (Si)i∈Ide parties deX, *on a
Généralisant la déf. 1 du chap. I, § 4, n° 1, nous dirons qu’une algèbre de Lie g est nilpotente si Cng={0} pour n assez grand. On appelle classe de nilpotence d’une algèbre de Lie nilpotente g le plus petit entier n tel que Cn+1g={0}.
Proposition 7
Soit X un ensemble et soit n un entier ≥1.* a) On a Ln+1(X)=[L1(X),Ln(X)]. b) Le module Ln(X) est engendré par les éléments [x1,[x2,…,[xn−1,xn]…]] où (x1,…,xn) parcourt l’ensemble des suites de n éléments de X. c) *La suite centrale descendante de L(X) est donnée par Cn(L(X))=∑p≥nLp(X).
a) Nous appliquerons la prop. 5 avec g=L(X) et P=L1(X). Par récurrence sur n, on déduit de (12) (n° 6) et (19) l’égalité Pn=Ln(X). La relation cherchée équivaut alors à la définition [P,Pn]=Pn+1. b) Cela résulte de a) par récurrence sur n. c) Posons g=L(X) et gn=∑p≥nLp(X). On a g=g1 et la formule (13) du n° 6 entraîne [gn,gm]⊂gn+m, et en particulier [g,gn]⊂gn+1. Par récurrence sur n, on a Cng⊂gn. Par ailleurs, de a) on déduit Ln(X)⊂Cng par récurrence sur n. Comme Cng est un idéal de g, la relation Lp(X)⊂Cng entraîne
Lp+1(X)=[L1(X),Lp(X)]⊂Cng
d’après a). On a donc Lp(X)⊂Cng pour p≥n, d’où gn⊂Cng.
Corollaire
Soient g une algèbre de Lie et (xi)i∈I une famille génératrice dans g. Le n-ième terme Cng de la suite centrale descendante de g est le module engendré par les crochets itérés [xi1,[xi2,…,[xip−1,xip]…]] pour p≥n et i1,…,ip dans I.* Soit f l’homomorphisme de L(I) dans g tel que f(i)=xi pour tout i∈I. Comme (xi)i∈I engendre g, on a g=f(L(I)), d’où Cng=f(Cn(L(I))) d’après la prop. 4 du chap. I, § 1, n° 5. Le corollaire résulte alors des assertions b) et c) de la prop. 7.
¹ Avec la définition adoptée dans la première édition du chap. I, on aurait Pn=Cn−1g.
8. Dérivations des algèbres de Lie libres
Proposition 8
Soit X un ensemble, soit M un L(X)-module et soit d une application de X dans M. Il existe une application linéaire D de L(X) dans M, et une seule, prolongeant d et satisfaisant à la relation:
(20) D([a,a′])=a.D(a′)−a′.D(a) pour a,a′ dans L(X).
On définit une algèbre de Lie g ayant pour module sous-jacent M×L(X) au moyen du crochet
(21)
[(m,a),(m′,a′)]=(a.m′−a′.m,[a,a′]),
pour a,a′ dans L(X) et m,m′ dans M (chap. I, § 1, n° 8). Soit f l’homomorphisme de L(X) dans g tel que f(x)=(d(x),x) pour tout x dans X; posons f(a)=(D(a),u(a)) pour tout a dans L(X). D’après la formule (21), u est un homomorphisme de L(X) dans elle-même; comme on a u(x)=x pour x dans X, on a u(a)=a pour tout a dans L(X), d’où
(22) f(a)=(D(a),a).
D’après (21) et (22), la relation (20) découle alors de f([a,a′])=[f(a),f(a′)].
Réciproquement, soit D′ une application de L(X) dans M qui satisfasse à la relation (20’) analogue à (20) et prolonge d. Posons f′(a)=(D′(a),a) pour a∈L(X); d’après (20’) et (21), f′ est un homomorphisme de L(X) dans g, coïncidant avec f dans X, d’où f′=f et D′=D.
Corollaire
Toute application de X dans L(X) se prolonge de manière unique en une dérivation de L(X).
Lorsque M est égal à L(X) muni de la représentation adjointe, la relation (20) signifie que D est une dérivation.
9. Théorème d’élimination
Proposition 9
Soient S1 et S2 deux ensembles disjoints et d une application de S1×S2 dans L(S2). Soit g l’algèbre de Lie quotient de L(S1∪S2) par l’idéal qu’engendrent les éléments [s1,s2]−d(s1,s2) pour s1∈S1,s2∈S2; soit ψ l’application canonique de L(S1∪S2) sur g.
a) Pour i=1,2, la restriction φi de ψ à Si se prolonge en un isomorphisme de L(Si) sur une sous-algèbre ai de g.
b) On a g=a1+a2,a1∩a2={0} et a2 est un idéal de g.
Pour i=1,2, notons ψi l’homomorphisme de L(Si) dans g qui prolonge φi, et ai son image. Il est clair que φi(Si) engendre ai.
Soit s1∈S1; on pose D=adφ1(s1). La dérivation D de g applique φ2(S2) dans a2 d’après la relation
[φ1(s1),φ2(s2)]=ψ2(d(s1,s2))pour s2∈S2;
comme la sous-algèbre a2 de g est engendrée par φ2(S2), on a donc D(a2)⊂a2. L’ensemble des x∈g tels que adx laisse stable a2 est une sous-algèbre de Lie de g, qui contient φ1(S1) d’après ce qui précède, donc aussi a1. On a donc
(23)
[a1,a2]⊂a2.
Par suite a1+a2 est une sous-algèbre de Lie de g, et comme elle contient l’ensemble générateur φ1(S1)∪φ2(S2), on a
(24)
a1+a2=g.
Pour tout s1∈S1, il existe une dérivation Ds1 de L(S2) telle que Ds1(s2)=d(s1,s2) pour tout s2 dans S2 (n° 8, cor. de la prop. 8). L’application s1↦Ds1 se prolonge en un homomorphisme D de L(S1) dans l’algèbre de Lie des dérivations de L(S2). Soit h le produit semi-direct de L(S1) par L(S2) correspondant à D (chap. I, § 1, n° 8). En tant que module, h est égal à L(S1)×L(S2), et l’on a en particulier
(25)
[(s1,0),(0,s2)]=(0,d(s1,s2))
pour s1∈S1 et s2∈S2.
De (25) on déduit l’existence d’un homomorphisme f de g dans h tel que f(φ1(s1))=(s1,0) et f(φ2(s2))=(0,s2) pour s1∈S1 et s2∈S2. On en déduit aussitôt la relation
(26)
f(ψ1(a1)+ψ2(a2))=(a1,a2)
pour a1∈L(S1) et a2∈L(S2).
La relation (26) montre que ψ1 et ψ2 sont injectifs et que a1∩a2={0}. Les formules (23) et (24) entraînent alors la proposition.
Proposition 10 (théorème d’élimination)
Soient X un ensemble, S une partie de X, et T l’ensemble des suites (s1,…,sn,x) avec n⩾0, s1,…,sn dans S et x dans X−S.\footnote{Pour n=0, on obtient les éléments de X−S, d’où X−S⊂T.}
a) Le module L(X) est somme directe de la sous-algèbre L(S) de L(X) et de l’idéal a de L(X) engendré par X−S.
b) Il existe un isomorphisme d’algèbres de Lie φ de L(T) sur a qui transforme (s1,…,sn,x) en (ads1∘…∘adsn)(x).
Soit g l’algèbre de Lie construite comme dans la prop. 9 avec les données
S1=S,S2=T,d(s,t)=(s,s1,…,sn,x)∈T⊂L(T)
pour t=(s1,…,sn,x) dans T et s∈S1. Nous identifions L(S) et L(T) à leurs images canoniques dans g (prop. 9, a).
Soit ψ l’application (s1,…,sn,x)↦(ads1∘⋯∘adsn)(x) de T dans L(X). On a évidemment ψ(d(s,t))=[s,ψ(t)] pour s∈S et t∈T, et il existe donc un homomorphisme α:g→L(X) dont la restriction à S est l’identité et dont la restriction à T est ψ. On a X−S⊂T, d’où un homomorphisme β:L(X)→g dont la restriction à X=S∪(X−S) est l’identité.
Montrons que α est un isomorphisme, et β l’isomorphisme réciproque. Comme on a ψ(x)=x pour x dans X−S, on voit que α∘β coïncide avec l’identité dans X, d’où α∘β=IdL(X). On a par ailleurs [s,t]=d(s,t) dans g pour s∈S,t∈T, par construction même; on en déduit que t=(s1,…,sn,x) est égal dans g à (ads1∘⋯∘adsn)(x), d’où t=β(α(s)). Comme on a β(α(s))=s pour s∈S et que S∪T engendre g, on a β∘α=Idg.
Comme α est un isomorphisme de g sur L(X), la prop. 9 montre que la restriction de α à L(T) est un isomorphisme φ de L(T) sur un idéal b de L(X), tel que le module L(X) soit somme directe de L(S) et b. On a évidemment
φ(s1,…,sn,x)=(ads1∘…∘adsn)(x)
pour (s1,…,sn,x) dans T.
On a donc φ(T)⊂a, d’où b⊂a puisque φ(T) engendre la sous-algèbre b de L(X). Mais b est un idéal et X−S⊂φ(T)⊂b, d’où a⊂b.
Corollaire
Soit y∈X. L’algèbre de Lie libreL(X)est somme directe du sous-module libreK.yet de la sous-algèbre de Lie admettant comme famille basique la famille des((ady)n.z)pourn⩾0etz∈X−{y}.
Soient X un ensemble, M(X) le magma libre construit sur X et Mn(X), pour n∈N∗, l’ensemble des éléments de M(X) de longueur n (n° 1). Si w∈M(X) et l(w)⩾2, on note α(w) et β(w) les éléments de M(X) déterminés par la relation w=α(w)β(w); on a l(α(w))<l(w), l(β(w))<l(w). Enfin, pour u,v dans M(X), on note umv l’élément défini par récurrence sur l’entier m⩾0 par u0v=v et um+1v=u(umv).
Définition 2
On appelle* ensemble de Hall relatif à Xtoute partieHdeM(X)munie d’une relation d’ordre total satisfaisant aux conditions suivantes: (A) Siu∈H,v∈Hetl(u)<l(v), on au<v.
Nous allons construire par récurrence sur l’entier n≥1 des ensembles Hn⊂Mn(X) et une relation d’ordre total sur chacun de ces ensembles:
a) On pose H1=X et on le munit d’une relation d’ordre total.
b) L’ensemble H2 se compose des produits xy avec x,y dans X et x<y. On le munit d’un ordre total.
c) Soit n≥3 tel que les ensembles totalement ordonnés H1,…,Hn−1 soient déjà définis. L’ensemble Hn−1′=H1∪⋯∪Hn−1 est muni de la relation d’ordre total qui induit les relations données sur H1,…,Hn−1 et telle que l’on ait w<w′ si l(w)<l(w′). On définit Hn comme l’ensemble des produits a(bc)∈Mn(X) avec a,b,c dans Hn−1′ satisfaisant aux relations bc∈Hn−1′, b≤a<bc, b<c et on munit Hn d’une structure d’ordre total.
Posons H=⋃n≥1Hn; on munit H de l’ordre total défini ainsi : on a w≤w′ si et seulement si l(w)<l(w′) ou bien l(w)=l(w′)=n et w≤w′ dans l’ensemble Hn. Il est immédiat que H est un ensemble de Hall relatif à X.
Pour toute partie S de X, nous identifions le magma libre M(S) à son image canonique dans M(X).
Proposition 12
Soit H un ensemble de Hall relatif à X et soient x,y dans X.
b) Supposons x<y et soit dy l’homomorphisme de M(X) dans N tel que dy(y)=1 et dy(z)=0 pour z∈X,z=y. L’ensemble des éléments w∈H∩M({x,y}) tels que dy(w)=1 se compose des éléments xny pour n entier ≥0.
D’après la déf. 2 (B), on a x∈H et H∩M2({x})=∅. Si w∈H∩M({x}), avec n=l(w)≥3, les éléments α(w) et β(w) appartiennent aussi à H∩M({x}) d’après la déf. 2 (C). On en déduit aussitôt par récurrence sur n que H∩Mn({x})=∅ pour n≥2, d’où a).
Démontrons maintenant b). D’après la déf. 2 (B), on a y∈H et xy∈H. Démontrons par récurrence sur n que xny∈H pour n entier ≥2. On a xny=x(x(xn−2y)) et l’hypothèse de récurrence entraîne que xn−2y∈H. On a l(x)<l(xn−2y) pour n>2 et x<y, d’où x<xn−2y dans tous les cas ; la condition (C) de la déf. 2 montre que xny∈H. D’autre part, on a bien dy(xny)=1. Inversement, soit w∈H∩M({x,y}), avec dy(w)=1. Si l(w)=1, on a w=y; si l(w)=2, on a w=xy d’après la déf. 2 (B). Si l(w)≥3, on a w=a(bc), avec a,b,c,bc dans H∩M({x,y}) (déf. 2 (C)). On ne peut pas avoir dy(bc)=0, car ceci entraînerait bc∈M({x}), ce qui est impossible d’après a).
On a donc dy(bc)=1 et dy(a)=0, d’où a=x d’après a. On en déduit aussitôt par récurrence sur n=l(w) que w=xn−1y, ce qui achève la démonstration de b.
Corollaire
Si Card X≥2, on a H∩Mn(X)=∅, pour tout entier n≥1.
Soit X un ensemble fini possédant au moins deux éléments. On note H un ensemble de Hall relatif à X. Il existe alors une bijection strictement croissante p↦wp de N sur H et une suite (Pp)p∈N de parties de H avec les propriétés suivantes: a) On a P0=X. b) Pour tout entier p≥0, on a wp∈Pp. c) Pour tout entier n≥1, il existe un entier p(n) tel que tout élément de Pp soit de longueur >n pour tout p≥p(n). d) Pour tout entier p≥0, l’ensemble Pp+1 se compose des éléments de la forme wpiw avec i≥0, w∈Pp et w=wp.
Comme X est fini, chacun des ensembles Mn(X) est fini. Posons Hn=H∩Mn(X) pour tout n≥1. Le cor. de la prop. 12 montre que l’ensemble fini Hn est non vide. Soit un le cardinal de Hn; posons v0=0 et vn=u1+⋯+un pour n≥1. Comme Hn est un ensemble fini totalement ordonné, il existe une bijection strictement croissante p↦wp de l’intervalle [vn−1,vn−1] de N sur Hn. Il est immédiat que p↦wp est une bijection strictement croissante de N sur H.
Posons P0=X et pour tout entier p≥1, soit Pp l’ensemble des éléments w de H tels que w≥wp et que l’on ait, ou bien w∈X, ou bien α(w)<wp (remarquons que si w est de longueur ≥2, la relation w∈H entraîne α(w)∈H d’après la condition (C) de la déf. 2). On a wp∈Pp; cela est clair si wp∈X et cela résulte de l’inégalité l(α(wp))<l(wp) et de la condition (A) de la déf. 2 lorsque wp∈/X.
Les conditions a) et b) sont donc satisfaites.
Soit n un entier ≥1 et soit p≥vn. Pour tout w∈Pp, on a l(w)≥l(wp)>n d’après la définition même de l’application p↦wp. Ceci établit c).
Montrons que tout élément de la forme u=wpiw avec i≥0, w∈Pp et w=wp appartient à Pp+1. Si i=0, on a l(u)>l(wp) d’où u>wp et u≥wp+1; on a u∈/X et α(u)=wp<wp+1, d’où u∈Pp+1. Si i=0, on a u∈Pp et u=wp; on a donc u>wp, d’où u≥wp+1; si u n’appartient pas à X, on a α(w)<wp d’où α(w)<wp+1; on a encore u∈Pp+1.
Réciproquement, soit u∈Pp+1. Distinguons deux cas: α) Il n’existe aucun élément v de M(X) tel que u=wpv. Par définition de Pp+1, on a u>wp. De plus, si u∈/X, on a α(u)=wp par l’hypothèse faite, et l’on a α(u)<wp+1 puisque u∈Pp+1; donc α(u)<wp. Donc on a u∈Pp et u=wp. β) Il existe v dans M(X) tel que u=wpv. D’après la déf. 2, on a nécessairement, soit wp∈X, v∈X et wp<v, soit v∈/X et α(v)≤wp<v. Dans les deux eventualités, on a v∈Pp+1.
Ceci posé, il existe un entier i≥0 et un élément w de M(X) tels que u=wpiw, et ou bien w∈X, ou bien w∈/X et α(w)=wp. Si i=0, on est dans le cas α) ci-dessus, d’où w∈Pp et w=wp. Si i>0, la démonstration de β) ci-dessus établit, par récurrence sur i, les relations w∈Pp+1 et w=wp. Supposons w∈/X; de w∈Pp+1 on déduit α(w)≤wp et comme on a α(w)=wp, on conclut que w∈Pp. Ceci achève de prouver d).
Exemple
Supposons que X ait deux éléments x,y; ordonnons X de telle sorte que l’on ait x<y. La construction donnée dans la démonstration de la prop. 11 fournit un ensemble H qui a 14 éléments de longueur ≤5 donnés dans le tableau suivant:
Soient H un ensemble de Hall relatif à X et Ψ l’application canonique de M(X) dans l’algèbre de Lie libre L(X). La restriction de Ψ à H est une base du module L(X).
Si X est vide, il en est de même de M(X) et donc de H, et L(X) est réduit à 0. Si X a un seul élément x, H∩Mn(X) est vide pour n≥2 (prop. 12 a)). Par suite, on a H={x}; on sait aussi (n° 2, Remarque) que le module L(X) est libre de base {x}. Le théorème est donc vrai lorsque X a au plus un élément.
Supposons désormais que X ait au moins deux éléments; choisissons des suites (wp) et (Pp) ayant les propriétés énoncées dans la prop. 13. Pour tout entier p≥0, on note Lp le sous-module de L(X) engendré par les éléments wi pour 0≤i<p et gp la sous-algèbre de Lie de L(X) engendrée par la famille (u)u∈Pp.
Lemme 2
Pour tout entier p≥0, le module Lp admet la famille (wi)0≤i<p pour base, l’algèbre de Lie gp admet (u)u∈Pp pour famille basique, et le module L(X) est somme directe de Lp et gp*.
On a L0={0} et g0=L(X), et le lemme est vrai pour p=0. Raisonnons par récurrence sur p. Supposons donc que le lemme soit vrai pour un entier p≥0. Posons ui,w=(adwp)i.w=Ψ(wpiw) pour i≥0,w∈Pp,w=wp. D’après le cor.
de la prop. 10 du n° 9, l’algèbre de Lie libre gp est somme directe du module Tp de base {wp} et d’une sous-algèbre de Lie hp admettant F=(ui,w)i≥0,w∈Pp,w=wp pour famille basique. D’après la prop. 13d), la famille (u)u∈Pp+1 est égale à F, donc est une famille basique de hp=gp+1. On a donc L(X)=Lp⊕Tp⊕gp+1 et comme Lp+1=Lp+Tp, on a L(X)=Lp+1⊕gp+1 et (w0,w1,…,wp−1,wp) est une base du module Lp+1.
C.Q.F.D.
Soit n un entier positif. D’après la prop. 13c), il existe un entier p(n) tel que Pp n’ait que des éléments de longueur >n pour p≥p(n). Pour p≥p(n), la sous-algèbre de Lie gp de L(X) est engendrée par des éléments de degré >n, donc Ln(X)∩gp={0}. Par ailleurs, les éléments wi de L(X) sont homogènes et la famille (wi)0≤i<p est une base d’un module supplémentaire de gp. Il en résulte immédiatement que la famille des éléments wi de degré n est une base du module Ln(X), et que la suite (wi)i≥0 est une base du module L(X).
B) Cas général.
Si S est une partie de X, rappelons que M(S) est identifié au sous-magma de M(X) engendré par S et L(S) est identifiée à la sous-algèbre de Lie de L(X) engendrée par S; on a vu que si w∈M(S) est de longueur ≥2, on a α(w)∈M(S) et β(w)∈M(S). Il en résulte immédiatement que H∩M(S) est un ensemble de Hall relatif à S.
Pour toute partie finie Φ de H, il existe une partie finie S de X telle que Φ⊂M(S). Le cas A) montre alors que les éléments w pour w∈Φ sont linéairement indépendants dans L(S), donc dans L(X). Par suite, la famille (w)w∈H est libre.
Pour tout élément a de L(X), il existe une partie finie S de X telle que a∈L(S). D’après le cas A), la partie Ψ′(H∩M(S)) de Ψ′(H) engendre le module L(S), donc a est combinaison linéaire d’éléments de Ψ′(H). Donc Ψ′(H) engendre le module L(X), ce qui achève la démonstration.
Corollaire
Le module* L(X)est libre, ainsi que chacun des sous-modulesLα(X)pourα∈N(X)etLn(X)pourn∈N. Les modulesLα(X)sont de rang fini, et il en est de même des modulesLn(X)siXest fini.
Il existe un ensemble de Hall H relatif à X (prop. 11). Pour tout w∈H, l’élément Ψ(w) de L(X) appartient à l’un des modules Lα(X) (avec α∈N(X)), et le module L(X) est somme des sous-modules Lα(X). De plus, pour tout α∈N(X), l’ensemble des éléments de M(X) dont l’image canonique dans N(X) est égale à α est fini; ceci montre que chacun des modules Lα(X) est libre de rang fini, et que L(X) est libre. On a Ln(X)=∑∣α∣=nLα(X), donc Ln(X) est libre; lorsque X est fini, l’ensemble des α∈N(X) tels que ∣α∣=n est fini, donc Ln(X) est alors de rang fini.
Définition 3
On appelle base de Hall d’une algèbre de Lie libre L(X) toute base de L(X) qui est l’image canonique d’un ensemble de Hall relatif à X.
Remarque
Supposons que X se compose de deux éléments distincts x et y et soit L(1) le sous-module de L(X) somme des Lα(X) pour α∈NX, avec α(y)=1. On déduit aussitôt du th. 1 et de la prop. 12 du n° 10 que les éléments (adx)n.y pour n entier ⩾0 forment une base du sous-module L(1). Il en résulte que la restriction à L(1) de l’application adx est injective.