§ 3. Algèbre enveloppante de l’algèbre de Lie libre
Dans ce paragraphe, on note l’algèbre associative libre Libas(X) de l’ensemble sur l’anneau (A, III, p. 21, déf. 2). On identifie à son image canonique dans ; rappelons que le -module admet pour base le monoïde libre déduit de ; on note le sous-module de engendré par les mots non vides.
1. Algèbre enveloppante de
Théorème 1
Soit l’unique homomorphisme d’algèbres de Lie prolongeant l’injection canonique de dans (§ 2, n° 2, prop. 1). Soit l’application canonique de dans son algèbre enveloppante et soit l’unique homomorphisme d’algèbres unifères tel que (chap. I, § 2, n° 1, prop. 1). Alors: a) est injectif, et est un sous-module facteur direct de . b) est bijectif.
Soient une -algèbre unifière et une application de dans ; d’après la prop. 1 du § 2, n° 2, il existe un homomorphisme d’algèbres de Lie tel que ; d’après la prop. 1 du chap. I, § 2, n° 1, il existe un homomorphisme d’algèbres unifères tel que , donc tel que . Comme engendre l’algèbre unifière , l’homomorphisme est l’unique homomorphisme d’algèbres unifères satisfaisant à cette dernière condition. Ceci montre que le couple est une solution du même problème universel que ; prenant pour l’injection canonique de dans , on en déduit que est un isomorphisme, ce qui démontre .
Enfin, comme est un -module libre (§ 2, n° 11, cor. du th. 1), est injectif et est un sous-module facteur direct de (chap. I, § 2, n° 7, cor. 3 du th. 1). D’après , cela démontre .
Corollaire 1
Il existe sur l’algèbre un unique coproduit faisant de une bigèbre et tel que les éléments de soient primitifs. De plus, est un isomorphisme de la bigèbre sur munie de cette structure de bigèbre.
Cela résulte de l’assertion b) du théorème et du fait que engendre l’algèbre unifère .
Dorénavant, on munit de cette structure de bigèbre et on identifie à son image par , c’est-à-dire à la sous-algèbre de Lie de engendrée par .
Corollaire 2
Si est un corps de caractéristique 0, est l’algèbre de Lie des éléments primitifs de .* Cela résulte du cor. 1 et du cor. de la prop. 9 du § 1, n° 5.
Remarque 1
Soit un anneau commutatif contenant . Si on identifie et à des parties de , il résulte de la partie a) du th. 1 la relation
Remarque 2
Le cor. 2 du th. 1 reste valable si on suppose seulement que le groupe additif de l’anneau est sans torsion. En effet, supposons d’abord ; tout élément primitif de est un élément primitif de , donc est dans (cor. 2 et formule (1)). Dans le cas général, est plat sur et on applique la Remarque 2 du § 1, n° 2 et la prop. 3 du § 2, n° 5.
Remarque 3
Soient un monoïde commutatif, une application de dans , l’homomorphisme de monoïde associé; si on munit de la graduation définie en A, III, p. 31, Exemple 3 et de la graduation définie au § 2, n° 6, on a aussitôt, pour , . Comme est la somme des pour , et que la somme des pour est directe, cela entraîne
Remarque 4
Soit une algèbre associative unifère, et soit une famille d’éléments de . On a un diagramme
où est l’injection canonique, est l’homomorphisme d’algèbre de Lie défini par et l’homomorphisme d’algèbre unifère tel que pour . Le diagramme est commutatif car et coïncident dans . Il en résulte que, si , l’élément défini au § 2, n° 4, coïncide avec l’élément défini en A, III, p. 24, Exemple 2.
2. Projecteur de sur
Soit l’application linéaire de dans définie par
Proposition 1
a)* La restriction de à est une dérivation de . b) *Pour tout entier et tout dans , on a .
a) Soient l’algèbre des endomorphismes du module et l’homomorphisme de dans tel que pour tout . La restriction de à est un homomorphisme d’algèbres de Lie de dans , qui coïncide sur avec la représentation adjointe de , d’où
Soient et dans ; d’après (4) et (5), on a
b) Soit l’endomorphisme du module qui coïncide dans avec la multiplication par l’entier . La formule montre que est une dérivation (A, III, p. 119, Exemple 6). La dérivation de s’annule dans , et comme engendre , on a , d’où b).
Corollaire
Supposons que soit une -algèbre. Soit l’application linéaire de dans lui-même telle que*
L’image de est contenue dans . De plus, pour tout et tout dans , on a , d’où d’après la prop. 1. Comme , on voit que la restriction de à est l’identité.
Remarque
Supposons que K soit un corps de caractéristique zéro et soit Q le projecteur de sur associé à la graduation canonique de , cf. , n° 5. Pour , on a . En effet, il suffit de vérifier que l’image et le noyau de Q sont des sous-modules gradués de pour la graduation de type . C’est évident pour l’image, qui est égale à . D’autre part, soit un entier . Le sous-espace vectoriel de engendré par les , où , est égal au sous-espace vectoriel de engendré par les , où sont des éléments homogènes de ; ce sous-espace est donc un sous-module gradué de
(On notera que, si Card(X) , les projecteurs P et Q ne coïncident pas dans . En effet, soient dans X, tels que , et posons
On a et , cf. § 2, n° 10, Exemple et n° 11, th. 1.)
3. Dimension des composantes homogènes de
Soient X un ensemble, un élément de , et d un entier . On écrit s’il existe un tel que . L’élément , qui est unique, se note alors .
Lemme 1
Soient n un entier , des indéterminées, et dans . Soit une famille d’éléments de telle que
Pour tout , on a
où est la fonction de Möbius (App.).
La formule (7) est équivalente, en prenant le logarithme des deux membres (A, IV, § 6, n° 9, n° 11e édition) à:
Or
D’autre part
Donc (7) équivaut à
Soit l’ensemble des tels que le p.g.c.d. de soit égal à 1. Tout élément de s’écrit de manière unique sous la forme , où est un entier et où . La condition (12) équivaut à
D’après la formule d’inversion de Möbius (App. ), la condition (13) équivaut à
pour tout et tout .
C.Q.F.D.
Théorème 2
Soient X un ensemble fini et n = Card(X).* a) *Pour tout entier r , le K-module L^r(X) est libre de rang
où est la fonction de Möbius. b) Pour tout , le K-module L^\alpha(X) (§ 2, n° 6) est libre de rang
Nous savons déjà que les modules L^r(X) pour , et L^\alpha(X) pour , sont libres (§ 2, n° 11, cor. du th. 1). Considérons la multigraduation de A(X) définie par l’homomorphisme canonique de Mo(X) dans (A, III, p. 31, Exemple 3) ; on a d’après la Remarque 3 du n° 1. Pour , le K-module A^\alpha(X) admet pour base l’ensemble des mots dans lesquels chaque lettre x de X apparaît fois. Soit le nombre de ces mots, c’est-à-dire le rang de ; nous allons calculer de deux manières différentes la série formelle définie par
1) On a
d’où
2) Pour tout , soit une base de et munissons l’ensemble des couples tels que et d’une relation d’ordre total. D’après le th. 1 du n° 1 et le th. de Poincaré–Birkhoff–Witt (chap. I, § 2, n° 7, cor. 3 du th. 1), les éléments
l’indice parcourant , forment une base de . Chaque est de multidegré . Notons ce multidegré. Il en résulte que
d’où enfin
En comparant (18) et (19), on obtient
Le lemme 1 donne alors b).
Substituant maintenant une même indéterminée aux pour , dans la formule (20), on obtient
En appliquant de nouveau le lemme 1, on en déduit a).
Exemple
On a:
Remarque
Soit X un ensemble et soit ; le rang du K-module libre est encore donné par la formule (16). Cela résulte aussitôt du th. 2b) et de la prop. 4 du § 2, no 6.
Exercices
La lettre X désigne un ensemble.
See the exercises for § 3.