Bourbaki

Exercice 13, § 4

Groupes et algèbres de Lie, III

On munit Rn\mathbf{R}^n du produit scalaire usuel ((ξi),(ηi))↦∑i=1nξiηi((\xi_i), (\eta_i)) \mapsto \sum_{i=1}^n \xi_i \eta_i. Soit I(n)I(n) le groupe des transformations affines isométriques de Rn\mathbf{R}^n. Il est canoniquement isomorphe au sous-groupe de Lie de GL(n+1,R)\mathbf{GL}(n+1, \mathbf{R}) formé des matrices

S=(Ux01) S = \begin{pmatrix} U & x \\ 0 & 1 \end{pmatrix}

où U∈O(n)U \in \mathbf{O}(n) et xx est un élément arbitraire de Rn\mathbf{R}^n (matrice de type (n,1)(n, 1)). On peut identifier I(n)I(n) au produit semi-direct de O(n)\mathbf{O}(n) par Rn\mathbf{R}^n défini par l’injection canonique de O(n)\mathbf{O}(n) dans GL(n,R)\mathbf{GL}(n, \mathbf{R}) (la matrice SS se notant alors (U,x)(U, x)). Soit p:I(n)→O(n)p : I(n) \to \mathbf{O}(n) la surjection canonique, de noyau Rn\mathbf{R}^n.

a) Soit Γ\Gamma un sous-groupe discret de I(n)I(n). On considère l’adhérence p(Γ)‾\overline{p(\Gamma)} de p(Γ)p(\Gamma) dans O(n)\mathbf{O}(n). Montrer que sa composante neutre est commutative. (Soit VV un voisinage de II dans O(n)\mathbf{O}(n) ayant les propriétés de l’exerc. 11 d), et tel en outre que ∥U−I∥≤14\|U - I\| \leq \frac{1}{4} pour tout U∈VU \in V (la norme sur End(Rn)\mathrm{End}(\mathbf{R}^n) étant déduite de la norme euclidienne de Rn\mathbf{R}^n). Raisonner par l’absurde en supposant qu’il existe S1=(U1,x1),S2=(U2,x2)S_1 = (U_1, x_1), S_2 = (U_2, x_2) tels que U1,U2U_1, U_2 appartiennent à VV et ne commutent pas. Montrer qu’on peut écrire (S1,S2)=((U1,U2),y)(S_1, S_2) = ((U_1, U_2), y) avec

∥y∥≤14(∥x1∥+∥x2∥). \|y\| \leq \frac{1}{4} (\|x_1\| + \|x_2\|).

Définir alors par récurrence les SkS_k en posant Sk=(S1,Sk−1)S_k = (S_1, S_{k-1}) pour k≥3k \geq 3. Tenant compte du choix de VV, montrer que cette suite a une infinité de termes distincts et est bornée dans I(n)I(n), ce qui est absurde.)

b) On dit que Γ\Gamma est cristallographique si I(n)/ΓI(n)/\Gamma est compact. Montrer que, s’il en est ainsi, pour tout x∈Rnx \in \mathbf{R}^n, le sous-espace affine LL de Rn\mathbf{R}^n engendré par Γx\Gamma x est égal à Rn\mathbf{R}^n. (Dans le cas contraire, pour tout y∈Rny \in \mathbf{R}^n, tous les points de Γy\Gamma y sont à la même distance de LL, et, comme cette distance peut être arbitrairement grande, I(n)/ΓI(n)/\Gamma n’est pas compact.)

c) Si Γ\Gamma est cristallographique commutatif, on a Γ⊂Rn\Gamma \subset \mathbf{R}^n. (Si S=(U,x)∈ΓS = (U, x) \in \Gamma est tel que le sous-espace vectoriel V⊂RnV \subset \mathbf{R}^n formé des points invariants par UU ne soit pas égal à Rn\mathbf{R}^n, et si on note V⊥V^\perp le sous-espace orthogonal à VV, alors, pour tout S′=(U′,x′)∈ΓS' = (U', x') \in \Gamma, U′U' laisse stables VV et V⊥V^\perp. D’autre part, U∣V⊥U | V^\perp n’ayant aucun point invariant non nul, montrer que cela permet de supposer, en changeant d’origine, que x∈Vx \in V. Utilisant b), il existe S′=(U′,x′)∈ΓS' = (U', x') \in \Gamma tel que la projection orthogonale y′y' de x′x' sur V⊥V^\perp soit ≠0\neq 0. En calculant Sx′Sx' par la formule S=S′SS′−1S = S'S{S'}^{-1}, en déduire que U.y′=y′U.y' = y' contrairement à la définition de VV.)

d) Si Γ\Gamma est cristallographique, Γ∩Rn\Gamma \cap \mathbf{R}^n est un groupe commutatif libre de rang nn, et Γ/(Γ∩Rn)\Gamma/(\Gamma \cap \mathbf{R}^n) est un groupe fini (théorème de Bieberbach). (Soit WW le sous-espace vectoriel de Rn\mathbf{R}^n engendré par Γ∩Rn\Gamma \cap \mathbf{R}^n. Le groupe compact p(Γ)‾\overline{p(\Gamma)} n’a qu’un nombre fini de composantes connexes. Si W={0}W = \{0\}, Γ\Gamma contient, d’après a), un sous-groupe distingué commutatif d’indice fini Γ1\Gamma_1; Γ1\Gamma_1 est alors cristallographique, ce qui entraîne contradiction avec c). Donc W≠{0}W \neq \{0\}. Montrer que p(Γ)p(\Gamma) laisse stable WW et que p(Γ)∣Wp(\Gamma) | W est fini : sinon, il existerait une suite (Sm)(S_m) dans Γ\Gamma telle que si Sm=(Um,xm)S_m = (U_m, x_m), les UmU_m soient deux à deux distincts et tendent vers II; former alors les (I,aj)Sm(I,aj)−1Sm−1(I, a_j)S_m(I, a_j)^{-1}S_m^{-1} où (aj)(a_j) est une base de Γ∩Rn\Gamma \cap \mathbf{R}^n, et obtenir une contradiction avec l’hypothèse que Γ\Gamma est discret. Enfin, pour voir que W=RnW = \mathbf{R}^n, montrer que dans le cas contraire l’action de Γ\Gamma sur Rn/W\mathbf{R}^n/W serait celle d’un groupe cristallographique ne contenant aucune translation ≠0\neq 0.)

Solution

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Transcrit du volume imprimé. Non traduit.