§ 4. Passage des algèbres de Lie aux groupes de Lie
Rappelons que, jusqu’à la fin du chapitre, K est supposé de caractéristique 0.
1. Passage des morphismes d’algèbres de Lie aux morphismes de groupes de Lie
Lemme 1
Soient G un groupuscule de Lie, une sous-algèbre de Lie de admettant un supplémentaire topologique. La réunion des (resp. ) pour est un sous-fibré vectoriel intégrable de .
En considérant la trivialisation gauche de T(G) ( , n° 3), on voit aussitôt que les g\mathfrak{h}, pour , sont les fibres d’un sous-fibré vectoriel E de T(G). Soit . L’ensemble des , où , est égal à . Or, si et appartiennent à , on a , et . Donc E est intégrable (VAR, R, 9.3.3 (iv)). On raisonne de même pour les
Le feuilletage intégral (VAR, R, 9.3.2) de la réunion des (resp. ) s’appelle le feuilletage gauche (resp. droit) de G associé à .
Théorème 1
Soient G et H des groupuscules de Lie, f un morphisme continu de L(G) dans L(H).
(i) Il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert de G et un morphisme de dans H tels que .
(ii) Soient des sous-groupuscules de Lie ouverts de G, et un morphisme de dans H tel que pour . Alors et coïncident dans un voisinage de e.
Soient , les projections canoniques. Pour tout , soit l’application de dans . En considérant les trivialisations gauches de T(G) et T(H), on voit aussitôt que les définissent un morphisme de dans . Soit a le graphe de f; c’est une sous-algèbre de Lie fermée de qui admet comme supplémentaire topologique. Pour tout , le graphe de est . La réunion de ces graphes est un sous-fibré vectoriel intégrable de (lemme 1). Il existe alors (VAR, R, 9.3.7) un voisinage ouvert U de dans G et une application analytique de U dans H telle que et pour tout . En particulier, .
Soit V un voisinage ouvert de dans G tel que, pour , les produits st et soient définis, et . Considérons les applications de dans H définies par
On a . D’autre part, fixons t dans V, et soit l’application de V dans H. On a, pour tout et tout ,
Donc (VAR, R, 9.3.7) et coïncident dans un voisinage de . La restriction de à un voisinage ouvert symétrique assez petit de est donc un morphisme de groupuscules de Lie, d’où (i).
Soient comme dans (ii), et prouvons que coïncident dans un voisinage de . Il existe un voisinage ouvert de tel que , quels que soient dans . Alors, si et , on a
Corollaire 1
Soient G et H deux groupuscules de Lie. Si L(G) et L(H) sont isomorphes, G et H sont localement isomorphes.* Cela résulte du th. 1, et du § 1, n° 10, prop. 21.
Corollaire 2
Soit G un groupuscule de Lie. Si L(G) est commutative, G est localement isomorphe au groupe de Lie additif L(G).* En effet, l’algèbre de Lie du groupe additif est isomorphe à . Il suffit donc d’appliquer le cor. 1.
Corollaire 3
Soit G un groupe de Lie. Si L(G) est commutative, G contient un sous-groupe ouvert commutatif.* Il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert U de G qui est commutatif (cor. 2). Soit V un voisinage de tel que . On a quels que soient dans V. Donc le sous-groupe de G engendré par V est commutatif; il est évidemment ouvert.
2. Passage des algèbres de Lie aux groupes de Lie
Nous noterons la série de Hausdorff (chap. II, § 6, n° 4, déf. 1).
Lemme 2
Soit L une algèbre de Lie normée complète sur ou . Soit G l’ensemble des tels que . Soit l’application de G dans G. Soit H la restriction à de la fonction de Hausdorff de L* (chap. II, § 7, n° 2). (i) est un groupuscule de Lie. (ii) Soit l’application identique de G dans L. La différentielle de en 0 est un isomorphisme de l’algèbre de Lie normable sur L. (i) résulte du chap. II, § 7, n° 2. Comme est une carte de G, la différentielle de en 0 est un isomorphisme d’espaces normables. D’autre part, le développement en série entière de l’application H est tel que . D’après le § 3, prop. 24, on a, quels que soient dans ,
On dit que G est le groupuscule de Lie défini par L.
Supposons K ultramétrique. Soit p la caractéristique du corps résiduel de K. Si , posons ; si , posons .
Lemme 3
Soit L une algèbre de Lie normée complète sur K. Soit G l’ensemble des tels que . Soit la fonction de Hausdorff de L (chap. II, § 8, n° 3).
(i) Muni de la loi de composition H, G est un groupe de Lie dans lequel O est élément neutre, et inverse de x pour tout .
(ii) Soit l’application identique de G dans L. La différentielle de en O est un isomorphisme de l’algèbre de Lie normable sur L.
(iii) Pour tout , soit l’ensemble des tels que . Alors les , pour , forment un système fondamental de voisinages ouverts et fermés de O, et sont des sous-groupes de G.
Les assertions (i) et (iii) résultent du chap. II, § 8, n° 3, prop. 3, et (ii) se démontre comme dans le lemme 2.
On dit que G est le groupe de Lie défini par L.
Théorème 2
Soit L une algèbre de Lie normable complète. Il existe un groupuscule de Lie G tel que soit isomorphe à L. Deux tels groupuscules de Lie sont localement isomorphes.
La première assertion résulte des lemmes 2 et 3. La deuxième assertion résulte du cor. 1 du th. 1, n° 1.
Corollaire 1
Soit G un groupe de Lie. Il existe un voisinage de e qui ne contient aucun sous-groupe fini distinct de . Si K = ou , il existe un voisinage de e qui ne contient aucun sous-groupe distinct de .
Posons . Choisissons une norme sur L définissant la topologie de L et telle que quels que soient dans L.
Supposons K = ou . Soit G' le groupuscule de Lie défini par L. Il existe une boule ouverte U' de centre 0 dans G', et un isomorphisme du groupuscule de Lie U' sur un voisinage ouvert U de e dans G. Soient , , H un sous-groupe de G contenu dans V, et . Posons . Si , il existe un entier tel que sont dans , , . Alors sont dans V, , , ce qui est absurde. Donc .
Supposons K ultramétrique. Il suffit de prouver le corollaire quand G est le groupe de Lie associé à L. Si , les puissances de g calculées dans G sont les éléments de calculés dans L. Ceux-ci sont deux à deux distincts si . Donc G ne contient aucun sous-groupe fini distinct de .
Corollaire 2
Soient k un sous-corps fermé non discret de K, G un groupe de Lie sur k, et L = L(G). Supposons donnée sur L une structure L' de K-algèbre de Lie normable, compatible avec la structure de k-algèbre de Lie normable, et invariante par la représentation adjointe de G. Il existe alors sur G une structure de K-groupe de Lie et une seule compatible avec la structure de k-groupe de Lie et pour laquelle l’algèbre de Lie est L'.
Il existe un groupuscule de Lie G₁ sur K tel que L(G₁) = L' (th. 2). D’après le cor. 1 du th. 1, n° 1, G et G₁, considérés comme k-groupuscules de Lie, sont localement isomorphes. Donc il existe un voisinage ouvert G' de e dans G et une structure de K-groupuscule de Lie sur G', d’algèbre de Lie L, compatible avec la structure de groupuscule de Lie sur k. Soit V un voisinage ouvert symétrique de e dans G tel que V² ⊂ G'. Soit g ∈ G. Alors φ = Int g est un k-isomorphisme d’un sous-groupuscule de Lie ouvert assez petit de G' sur un sous-groupuscule de Lie ouvert de G'; et Tₑ(φ) est K-linéaire, donc Tₓ(φ) est K-linéaire pour x assez voisin de e; par suite la restriction de Int g à un voisinage ouvert assez petit de e dans V est K-analytique (VAR, R, 5.14.6). D’après le § 1, n° 9, prop. 18, il existe sur G une structure de K-variété analytique pour laquelle G est un K-groupe de Lie et V une sous-K-variété ouverte de G. Par translation, on voit que la structure de k-variété sous-jacente de G est la structure donnée. L’algèbre de Lie du K-groupe de Lie G est la même que celle du K-sous-groupuscule de Lie ouvert V, donc est L'. Enfin, l’unicité annoncée dans le corollaire résulte du § 3, n° 8, prop. 32.
Théorème 3
Soient G un groupuscule de Lie, h une sous-algèbre de Lie de L(G) admettant un supplémentaire topologique. Il existe un sous-groupuscule de Lie H de G tel que L(H) = h. Si H₁ et H₂ sont des sous-groupuscules de Lie de G tels que
alors H₁ ∩ H₂ est ouvert dans H₁ et H₂.
Il existe un groupuscule de Lie H' d’algèbre de Lie isomorphe à h (th. 2). Diminuant au besoin H', on peut supposer qu’il existe un morphisme φ de H' dans G tel que L(φ) soit un isomorphisme de L(H') sur h (n° 1, th. 1). Comme h admet un supplémentaire topologique, φ est une immersion en e. Donc, en diminuant encore H', on peut supposer que φ est un isomorphisme de la variété H' sur une sous-variété de G. Ceci prouve l’existence de H. La deuxième assertion résulte de la proposition suivante:
Proposition 1
Soient G un groupuscule de Lie, H et H' deux sous-groupuscules de Lie. Pour que L(H) ⊃ L(H'), il faut et il suffit que H ∩ H' soit ouvert dans H'.
Si H ∩ H' est ouvert dans H', on a L(H') = L(H ∩ H') ⊂ L(H). Supposons L(H) ⊃ L(H'). Soient i, i' les injections canoniques de H, H' dans G. En diminuant au besoin H', on peut supposer qu’il existe un morphisme ψ de H' dans H tel que L(ψ) soit l’injection canonique de L(H') dans L(H) (n° 1, th. 1).
Alors , donc il existe un voisinage de dans tel que et coïncident dans (th. 1). Par suite, , donc , et est ouvert dans (§ 1, no 10).
Proposition 2
Soient G un groupe de Lie sur K, k un sous-corps fermé non discret de K, H un sous-groupe de Lie du k-groupe de Lie G. On suppose que L(H) est un sous-K-espace vectoriel de L(G) admettant un supplémentaire topologique. Alors H est un sous-groupe de Lie du K-groupe de Lie G.
Il existe un sous-groupuscule de Lie du K-groupe de Lie G tel que (th. 3). Considérons G, H, H' comme des k-groupuscules de Lie ; le th. 3 prouve alors que est ouvert dans H et . Donc il existe un voisinage ouvert U de dans G tel que soit une sous-variété de G sur K. Par suite, H est un sous-groupe de Lie du K-groupe de Lie G (§ 1, no 3, prop. 6).
3. Applications exponentielles
Théorème 4
Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie, V un voisinage ouvert de 0 dans L, une application analytique de V dans G telle que et . Les conditions suivantes sont équivalentes :
(i) Quel que soit , on a pour et assez petits.
(ii) Quel que soit et l’entier , est homogène de degré dans (on identifie à , et est calculé dans ).
(iii) L’application de dans est compatible avec les graduations de et .
(iv) L’application de dans est l’application canonique de dans l’algèbre enveloppante de .
(v) Il existe une norme sur définissant la topologie de et telle que
quels que soient dans , et un sous-groupuscule ouvert du groupuscule de Lie défini par (no 2), tels que soit un isomorphisme de sur un sous-groupuscule de Lie ouvert de .
(v) (i) : évident, car on a dans pour et assez petits.
(i) (ii) : supposons vérifiée la condition (i). Soit . Soit la restriction de à . Par hypothèse, il existe un voisinage symétrique de 0 dans le groupe de Lie additif tel que soit un morphisme du groupuscule de Lie dans . Donc , de sorte que est homogène de degré dans .
(ii) ⇒ (iii): cela résulte du fait que TS^n(L) est le sous-espace vectoriel de TS(L) engendré par les puissances n-èmes des éléments de L (A, IV, , prop. 5, n^{elle} édition)
(iii) ⇒ (iv): l’application canonique de TS(L) dans l’algèbre enveloppante de L est l’unique morphisme de cogèbres graduées transformant 1 en 1 et prolongeant Id_L (chap. II, § 1, n° 5, Remarque 3). Or φ_* est un morphisme de cogèbres, et φ_*|L = Id_L par hypothèse. Si la condition (iii) est vérifiée, on voit que la condition (iv) l’est aussi.
(iv) ⇒ (v): supposons vérifiée la condition (iv). Choisissons une norme sur L définissant la topologie de L et telle que \| [x, y] \| ≤ \| x \| \| y \| quels que soient x, y dans L. Soit H le groupuscule de Lie défini par l’algèbre de Lie normée L. D’après le th. 1, il existe un sous-groupuscule ouvert S ⊂ V de H et un isomorphisme φ’ de S sur un sous-groupuscule ouvert de G. Comme on sait déjà que (v) ⇒ (iv), l’application φ’_* de TS(L) dans U(G) est l’application canonique de TS(L) dans l’algèbre enveloppante de L. Ainsi, φ_*(t) = φ’_*(t) pour tout t ∈ T_0^{(∞)}(L). Comme φ et φ’ sont analytiques, φ et φ’ coïncident dans un voisinage de 0.
Définition 1
Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie. On appelle application exponentielle de G toute application analytique φ, définie dans un voisinage ouvert de 0 dans L, à valeurs dans G, et vérifiant les conditions du th. 4.
Le th. 4 entraîne aussitôt que, pour tout groupuscule de Lie G, il existe une application exponentielle de G, et que deux applications exponentielles de G coïncident dans un voisinage de 0.
Exemple 1
Prenons pour G le groupe additif d’un espace normable complet E. L’isomorphisme canonique de L(G) sur E vérifie la condition (i) du th. 4, donc est une application exponentielle de G.
Exemple 2
Soit A une algèbre associative unifière normée complète. Soit A* le groupe de Lie formé par les éléments inversibles de A. Identifions L(A*) à A (§ 3, n° 9, cor. de la prop. 33). Si K = R ou C, on sait que l’application exp de A dans A* définie au chap. II, § 7, n° 3, vérifie la condition (i) du th. 4, donc est une application exponentielle. Soit maintenant K ultramétrique. Soit p la caractéristique du corps résiduel de K. Si p ≠ 0, posons λ = |p|^{1/(p-1)}; si p = 0, posons λ = 1. Soit U l’ensemble des x ∈ A tels que \| x \| < λ. On sait (chap. II, § 8, n° 4) que l’application exp de U dans A* vérifie la condition (i) du th. 4, donc est une application exponentielle. Remarquons que U est un sous-groupe additif de A.
Cet exemple explique la terminologie adoptée dans la déf. 1.
Soient G un groupuscule de Lie, φ une application exponentielle de G. Alors φ est étale en 0, donc il existe un voisinage ouvert U de 0 dans L(G) tel que φ(U) soit ouvert dans G et que φ|U soit un isomorphisme de la variété analytique U sur la variété analytique φ(U).
On appelle carte canonique (de première espèce) de G une carte ψ de la variété analytique G dont l’application réciproque est une application exponentielle. Si de plus G est de dimension finie et si on choisit une base de L(G), le système de coordonnées défini par ψ et par cette base dans le domaine de ψ s’appelle un système de coordonnées canoniques (de première espèce).
Proposition 3
Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie, et φ une application exponentielle de G. Soient L₁, ..., Lₙ des sous-espaces vectoriels de L tels que L soit somme directe topologique de L₁, ..., Lₙ. L’application
définie dans une partie ouverte de L₁ × L₂ × ... × Lₙ, est analytique. L’application tangente en (0, 0, ..., 0) à θ est l’application canonique de L₁ × ... × Lₙ dans L.
Soit kᵢ l’injection canonique de Lᵢ dans L₁ × L₂ × ... × Lₙ. On a, pour tout b ∈ Lᵢ, , donc est l’injection canonique de Lᵢ dans L.
En particulier, θ est étale en (0, 0, ..., 0). Sa restriction à un voisinage ouvert assez petit U de (0, 0, ..., 0) a une image ouverte dans G, et est un isomorphisme de la variété U sur la variété θ(U). L’application réciproque η de θ(U) sur U s’appelle une carte canonique de deuxième espèce de G, associée à la décomposition donnée de L en somme directe. Si de plus G est de dimension finie et si chaque Lᵢ est engendré par un vecteur non nul eᵢ, le système de coordonnées dans θ(U) défini par η et les eᵢ s’appelle un système de coordonnées canoniques de deuxième espèce.
Proposition 4
Soient G un groupuscule de Lie, φ une application exponentielle injective de G. Quels que soient x, y dans L(G), on a
(1)
(2)
(on notera que et sont définis pour assez petit).
Munissions L = L(G) d’une norme définissant la topologie de L et telle que quels que soient x, y dans L. Compte tenu des th. 2 et 4, on peut supposer que G est le groupuscule de Lie défini par L et que . Notons le produit dans le groupe G. Les formules à démontrer s’écrivent alors
(3)
(4)
Il existe un voisinage ouvert V de 0 dans K tel que la fonction
Proposition 5
Soient G un groupe de Lie, k un sous-corps fermé non discret de K, G' le groupe G considéré comme groupe de Lie sur k, φ (resp. φ') une application exponentielle de G (resp. G'). Alors φ et φ' coïncident dans un voisinage de 0.
En effet, φ vérifie l’hypothèse (i) du th. 4 relativement à G', donc est une application exponentielle de G'.
Proposition 6
Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie, φ : V → G une application exponentielle de G. Pour tout x ∈ V, identifions T_x(L) à L, de telle sorte que la différentielle droite ω(x) de φ en x soit une application linéaire de L dans L. Pour x assez voisin de 0, on a*
Munissons L d’une norme compatible avec sa topologie et telle que quels que soient . Il suffit d’envisager le cas où G est le groupuscule de Lie défini par L, et où . Par définition, est alors l’application tangente en x à l’application de G dans G. Si on note H(X, Y) la série de Hausdorff, est donc, pour assez petit, l’application tangente en 0 à l’application de G dans G. Dans H(X + Y, −X), la somme des termes du premier degré en Y est
Soient G un groupuscule de Lie, et . On appelle application puissance t-ème de G toute application, définie et analytique dans un voisinage ouvert de , à valeurs dans G, et coïncidant dans un voisinage de avec une application
où est une application exponentielle injective de G.
Proposition 7
(i) Si , une application puissance t-ème coïncide dans un voisinage de avec l’application .
(ii) L’application tangente en à une application puissance t-ème est l’homothétie de rapport .
(iii) Si est une application puissance t-ème et une application puissance t'-ème de G, est une application puissance -ème, et est une application puissance -ème.
(iv) Si est une application puissance t-ème, et si , on a .
Il suffit de prouver la proposition quand G est le groupuscule de Lie défini par une algèbre de Lie normée complète, et quand les applications puissance t-ème considérées sont construites à l’aide de l’application exponentielle . Mais alors tout est évident.
4. Fonctorialité des applications exponentielles
Proposition 8
Soient* G et H des groupuscules de Lie, h un morphisme de G dans H, et des applications exponentielles relativement à G et H. Il existe un voisinage V de 0 dans L(G) tel que et coïncident dans V.
Munissons L(G) et L(H) de normes définissant leurs topologies et telles que quels que soient et . On peut supposer que G (resp. H) est le groupuscule de Lie défini par L(G) (resp. L(H)), de sorte que (resp. ) coïncide avec (resp. ) au voisinage de 0. D’autre part, il existe un voisinage ouvert symétrique W de 0 dans L(G) tel que L(h) soit un morphisme du groupuscule de Lie W dans H. D’après le th. 1, L(h) coïncide avec dans un voisinage de 0, d’où la proposition.
En termes imagés, si l’on identifie G et H au voisinage de l’élément neutre à L(G) et L(H) grâce à des applications exponentielles, tout morphisme de G dans H est linéaire au voisinage de 0.
Corollaire 1
Soient* G un groupuscule de Lie, G' un sous-groupuscule de Lie de G, une application exponentielle de G.
(i) Il existe un voisinage ouvert V de 0 dans L(G') tel que soit un isomorphisme de la variété V sur un voisinage ouvert de e dans G'.
(ii) Soit . Les conditions suivantes sont équivalentes : a) ; b) pour assez petit. (i) s’obtient en appliquant la prop. 8 à l’injection canonique de dans , et (ii) résulte de (i).
Corollaire 2
Soient un groupe de Lie, une représentation linéaire analytique de , une application exponentielle de . Il existe un voisinage de dans tel que
Corollaire 3
Soient un groupe de Lie, une application exponentielle de . (i) Il existe un voisinage de dans tel que
5. Structure induite sur un sous-groupe
Lemme 4
Soient un groupe de Lie de dimension finie, un voisinage ouvert symétrique de dans , un sous-ensemble de contenant , tel que les conditions entraînent . Soit . Pour tout , soit l’ensemble des possédant la propriété suivante : il existe un voisinage ouvert de dans , et une application de classe de dans , tels que . (i) Posons . Alors est une sous-algèbre de Lie de , invariant par . (ii) On a pour tout ( et étant calculés dans ). (iii) Soient une variété de classe , un point de , une application de classe de dans telle que et . Quel que soit le sous-groupuscule de Lie de d’algèbre de Lie , on pour assez voisin de . (iv) Quel que soit le sous-groupuscule de Lie de d’algèbre de Lie , est un voisinage de dans . (v) Pour tout et tout , il existe un voisinage ouvert de dans , et une application de classe de dans telle que . Il est clair que , et que pour dans . Cela entraîne (ii) et le fait que est invariant par .
Soient dans . Soient un voisinage ouvert de dans , et des applications de classe de dans telles que (). Définissons par . Alors est de classe et . En diminuant au besoin , on a . D’autre part, l’application de dans tangente à l’application est l’addition; donc . Donc , et est un sous-espace vectoriel de . Puisque pour tout , on a pour tout . L’application tangente en à l’application est, d’après la prop. 44 du , n° 12, l’application ; donc puisque est fermé dans . On a donc prouvé (i). Dans la fin de la démonstration, nous fixons un sous-groupuscule de Lie de d’algèbre de Lie
Soient comme dans (iii). Soit le feuilletage gauche de associé à (n° 1). Pour tout , on a . D’autre part, pour tout , l’image de par est contenue dans (par définition de ). D’après VAR, R, 9.3.2, est un morphisme de dans . Comme est une feuille de (VAR, R, 9.2.8), on a pour assez voisin de .
Soit une base de . Il existe un voisinage ouvert de dans , et des applications de classe de dans , telles que pour tout . D’après (iii), on a pour assez petit. Donc les constituent, pour assez petits, un voisinage de dans ; et ce voisinage est contenu dans . D’où (iv).
Si , il existe un voisinage ouvert de dans et une application de classe de dans tels que . Cela, avec (iv), entraîne (v).
Définition 2
On dit que est la sous-algèbre tangente à en .
Proposition 9
Soient un groupe de Lie de dimension finie, un sous-groupe de .
(i) Il existe sur une structure de variété analytique et une seule ayant la propriété suivante: pour tout compris entre et , pour toute variété de classe , et pour toute application de dans , est de classe comme application de dans si et seulement si est de classe comme application de dans .
(ii) Pour cette structure, est un groupe de Lie, l’injection canonique de dans est une immersion, et est la sous-algèbre de Lie tangente en à .
Dans (i), l’unicité est évidente. Prouvons l’existence. Soit l’algèbre de Lie tangente en à . Soit un sous-groupuscule de Lie de d’algèbre de Lie . En remplaçant par un sous-groupuscule ouvert de , on peut supposer (lemme 4 (iv)). Pour tout , est un sous-groupuscule de Lie de d’algèbre de Lie . Donc est ouvert dans (n° 2, th. 3), et l’application est un isomorphisme de sur . Compte tenu de la prop. 18 du § 1, n° 9, il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert W de H', et une structure de groupe de Lie sur H, possédant les propriétés suivantes : W est ouvert dans H, et les structures de variétés de H et H' induisent la même structure sur W. Il résulte de là que l’injection canonique i de H dans G est une immersion, et que L(i)(L(H)) = L(H') = . En outre, soient V et f comme dans (i). Si f : V → H est de classe C^r, i ∘ f : V → G est de classe C^r. Supposons que i ∘ f : V → G soit de classe C^r, et prouvons que f : V → H est de classe C^r. Par translation, il suffit d’envisager le cas où il existe un v_0 ∈ V tel que f(v_0) = e, et de prouver que f : V → H est de classe C^r dans un voisinage ouvert de v_0. Or, d’après le lemme 4 (iii), on a f(v) ∈ H' pour v assez voisin de v_0, d’où notre assertion. On a ainsi prouvé (i), et (ii) a été obtenu en cours de route.
Définition 3
La structure de groupe de Lie sur H définie dans la prop. 9 s’appelle la structure induite sur H par la structure de groupe de Lie de G.
Si H est un sous-groupe de Lie de G, sa structure de groupe de Lie est induite par celle de G (VAR, R, 5.8.5).
Si G = R et H = Q, on a = {0}, donc la structure induite sur H est la structure de groupe de Lie discret. De même si G = C (considéré comme groupe de Lie complexe) et H = R.
6. Primitives des formes différentielles à valeurs dans une algèbre de Lie
Lemme 5
Soient X une variété de classe C^r, F et F' des fibrés vectoriels de classe C^r et de base X, φ un morphisme de F dans F'. Pour tout x ∈ X, soit S_x l’ensemble des
Soient θ et θ' les applications de F ⊕ F' dans lui-même définies de la manière suivante : si , on a
Lemme 6
Soient G un groupuscule de Lie, ω la forme différentielle gauche canonique de G (§ 3, n° 18.9), M une variété de classe C^r (r ≥ 2), α une forme différentielle de classe C^{r-1} et de degré 1 sur M, à valeurs dans L(G).
(i) Les éléments de en lesquels s’annule la forme différentielle
(ii) Pour tout , est un isomorphisme de sur .
(iii) Si (cf. § 3, n° 14) le sous-fibré vectoriel est intégrable. Si et , on a
Théorème 5
Soient un groupuscule de Lie, une variété de classe (), une forme différentielle de classe et de degré 1 sur à valeurs dans , telle que . Pour tout et tout , il existe une application , définie et de classe dans un voisinage ouvert de , à valeurs dans , telle que et . Deux applications qui vérifient ces conditions coïncident dans un voisinage de .
Soient et . D’après le lemme 6 (dont nous adoptons les notations) et VAR, R, 9.3.7, il existe un voisinage ouvert de dans et une application de classe de dans telle que et que . Alors
Soit une application de classe de dans telle que et . D’après le , 18.9, est localement constante, donc dans un voisinage de
Proposition 10
Soient une variété analytique, une algèbre de Lie normable complète, une forme différentielle de degré 1 analytique sur , à valeurs dans , possédant les propriétés suivantes*: a) pour tout , est un isomorphisme de sur ; b) . Alors, pour tout , il existe un voisinage ouvert de dans , et une structure de groupuscule de Lie sur , compatible avec la structure de variété de , d’élément neutre , ayant les propriétés suivantes: (i) est un isomorphisme de sur ; (ii) la forme différentielle est la forme différentielle canonique gauche de . Si et sont deux tels groupuscules, et possèdent un sous-groupuscule ouvert commun.
Il existe un groupuscule de Lie tel que . Soit . D’après le th. 5, il existe un voisinage ouvert de dans et une application analytique de dans telle que et . Alors est un isomorphisme de sur ; donc, en diminuant et , on peut supposer que est un isomorphisme de la variété sur la variété . Transportons à la structure de groupuscule de Lie de grâce à . Alors devient un isomorphisme de sur , d’où (i). D’autre part, en notant la forme différentielle canonique gauche de , on a
Soit un voisinage ouvert de , muni d’une structure de groupuscule de Lie, d’élément neutre , avec les propriétés analogues aux propriétés (i) et (ii). Alors est un isomorphisme de sur , et aussi de sur , donc . Par suite, en diminuant et , on peut supposer qu’il existe un isomorphisme du groupuscule sur le groupuscule (n° 1, cor. 1 du th. 1). Alors est la différentielle gauche canonique de . D’autre part, soit l’injection canonique de la variété dans le groupuscule de Lie ; il est clair que est une restriction de la différentielle gauche canonique de . Donc pour tout . Par suite et coïncident dans un voisinage de (§ 3, 18.9). Cela prouve la dernière assertion de la proposition.
Corollaire
Soit une variété analytique de dimension finie . Soient des formes différentielles analytiques de degré 1 sur , à valeurs scalaires, linéairement indépendantes en tout point de , et telles que, pour tout , soit combinaison linéaire à coefficients constants des . Alors, pour tout , il existe un voisinage ouvert de dans , et une structure de groupuscule de Lie sur , compatible avec la structure de variété de , d’élément neutre , et telle que forment une base de l’espace des formes différentielles de degré 1 à valeurs scalaires invariantes à gauche sur .
Si et sont deux tels groupuscules, et possèdent un sous-groupuscule ouvert commun.
Soient les champs de vecteurs sur tels que, en chaque point de , les constituent la base de duale de . Ces champs sont analytiques. Par hypothèse, il existe des () tels que et que . D’après VAR, R, 8.5.7, formule (11), on en déduit
donc . Il résulte de là que les sont les constantes de structure d’une algèbre de Lie relativement à une base . Pour tout , soit l’application linéaire de dans qui transforme en en . Alors est une forme différentielle de degré 1 analytique sur à valeurs dans , et est un isomorphisme de sur . D’autre part, , donc
et
Il suffit alors d’appliquer la prop. 10.
7. Passage des lois d’opérations infinitésimales aux lois d’opérations
Proposition 11
Soient et des groupuscules de Lie, et des variétés de classe (). Pour , soient un morceau de loi d’opération à gauche de classe de dans , la loi d’opération infinitésimale associée. Soient un morphisme, une application de classe . On suppose que, pour tout , les champs de vecteurs et soient -liés (VAR, R, 8.2.6). Alors, il existe un voisinage de dans tel que pour tout .
Soient , les projections canoniques. Pour tout , soit l’application de dans . Les définissent un morphisme de dans .
Soit . Il existe un voisinage ouvert de dans et un voisinage ouvert de dans tels que et soient définis pour . Posons, pour ,
Corollaire
Soient un groupuscule de Lie, une variété de classe . Considérons deux morceaux de lois d’opérations à gauche de classe de dans . On suppose que, pour tout , le champ de vecteurs correspondant sur soit le même pour les deux morceaux de lois. Alors ces dans deux morceaux de lois coïncident dans un voisinage de .
Théorème 6
Soient un groupuscule de Lie, une variété de classe (), et un point de . Soit une loi d’opération infinitésimale à gauche de classe de dans .
(i) Il existe un voisinage ouvert de dans , et un morceau de loi d’opération à gauche de classe de dans tels que la loi d’opération infinitésimale associée soit .
(ii) Soient deux morceaux de lois d’opérations à gauche de classe de dans un voisinage ouvert de ; s’ils admettent comme loi d’opération infinitésimale associée, ils coïncident dans un voisinage de .
L’assertion (ii) résulte du cor. de la prop. 11. Prouvons (i). Pour tout et tout , posons
Soit l’ensemble des pour . D’après le lemme 5 du n° 6, les sont les fibres d’un sous-fibré vectoriel de . Soient dans ; on a
donc est intégrable (VAR, R, 9.3.3 (iv)).
D’après VAR, R, 9.3.7, il existe un voisinage ouvert de dans , un voisinage ouvert de dans , et une application de classe de dans , tels que pour tout , et
En particulier
Soient un voisinage ouvert de dans et un voisinage ouvert de dans tels que soit défini et appartienne à pour dans , et que soit défini et appartienne à pour . Considérons les applications de dans définies par
Elles sont de classe . On a
D’autre part
D’après VAR, R, 9.3.7, et coïncident dans un voisinage de . Ceci posé, (i) résulte de (7) et de la prop. 23 du § 1, n° 11.
Corollaire 1
Soient G un groupuscule de Lie, X une variété paracompacte de classe (). Soit une loi d’opération infinitésimale à gauche de classe de dans X.
(i) Il existe un morceau de loi d’opération à gauche de classe de G dans X tel que la loi d’opération infinitésimale associée soit .
(ii) Deux lois d’opérations à gauche de classe de G dans X, qui admettent comme loi d’opération infinitésimale associée, coïncident dans un voisinage de .
L’assertion (ii) résulte du cor. de la prop. 11. D’après le th. 6 (i), il existe un recouvrement ouvert de X, et, pour tout , un morceau de loi d’opération à gauche de classe de G dans , tels que la loi d’opération infinitésimale associée soit . Comme X est paracompacte, on peut supposer le recouvrement localement fini. Pour tout et tout , et coïncident dans un voisinage de (cor. de la prop. 11). Comme X est normale, on peut appliquer la prop. 24 du § 1, n° 11, ce qui prouve (i).
Corollaire 2
Soient X une variété paracompacte de classe (), et un champ de vecteurs de classe sur X. Il existe un morceau de loi d’opération de classe de K dans X tel que, pour tout , soit l’image par du vecteur tangent 1 à K en 0. Deux morceaux de lois d’opérations possédant la propriété précédente coïncident dans un voisinage de .
C’est un cas particulier du cor. 1.
Remarque
On peut bien entendu remplacer partout, dans ce n°, les lois d’opérations à gauche par les lois d’opérations à droite.
Exercices
See the exercises for § 4.