Bourbaki

§ 4. Passage des algèbres de Lie aux groupes de Lie

Rappelons que, jusqu’à la fin du chapitre, K est supposé de caractéristique 0.

1. Passage des morphismes d’algèbres de Lie aux morphismes de groupes de Lie

Lemme 1

Soient G un groupuscule de Lie, h\mathfrak{h} une sous-algèbre de Lie de L(G)L(G) admettant un supplémentaire topologique. La réunion des ghg\mathfrak{h} (resp. hg\mathfrak{h}g) pour g∈Gg \in G est un sous-fibré vectoriel intégrable de T(G)T(G).

En considérant la trivialisation gauche de T(G) ( , n° 3), on voit aussitôt que les g\mathfrak{h}, pour g∈Gg \in G, sont les fibres d’un sous-fibré vectoriel E de T(G). Soit g∈Gg \in G. L’ensemble des (La)g(L_a)_g, où a∈ha \in \mathfrak{h}, est égal à ghg\mathfrak{h}. Or, si aa et bb appartiennent à h\mathfrak{h}, on a [La,Lb]=L[a,b][L_a, L_b] = L_{[a, b]}, et [a,b]∈h[a, b] \in \mathfrak{h}. Donc E est intégrable (VAR, R, 9.3.3 (iv)). On raisonne de même pour les hg\mathfrak{h}g

Le feuilletage intégral (VAR, R, 9.3.2) de la réunion des ghg\mathfrak{h} (resp. hg\mathfrak{h}g) s’appelle le feuilletage gauche (resp. droit) de G associé à h\mathfrak{h}.

Théorème 1

Soient G et H des groupuscules de Lie, f un morphisme continu de L(G) dans L(H).

(i) Il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert G′G' de G et un morphisme φ\varphi de G′G' dans H tels que f=L(φ)f = L(\varphi).

(ii) Soient G1,G2G_1, G_2 des sous-groupuscules de Lie ouverts de G, et φi\varphi_i un morphisme de GiG_i dans H tel que f=L(φi)f = L(\varphi_i) pour i=1,2i = 1, 2. Alors φ1\varphi_1 et φ2\varphi_2 coïncident dans un voisinage de e.

Soient p1:G×H→Gp_1 : G \times H \to G, p2:G×H→Hp_2 : G \times H \to H les projections canoniques. Pour tout (g,h)∈G×H(g, h) \in G \times H, soit fg,hf_{g,h} l’application ga↦hf(a)ga \mapsto hf(a) de Tg(G)=gL(G)T_g(G) = gL(G) dans Th(H)=hL(H)T_h(H) = hL(H). En considérant les trivialisations gauches de T(G) et T(H), on voit aussitôt que les fg,hf_{g,h} définissent un morphisme de p1∗T(G)p_1^*T(G) dans p2∗T(H)p_2^*T(H). Soit a le graphe de f; c’est une sous-algèbre de Lie fermée de L(G)×L(H)L(G) \times L(H) qui admet {0}×L(H)\{0\} \times L(H) comme supplémentaire topologique. Pour tout (g,h)∈G×H(g, h) \in G \times H, le graphe de fg,hf_{g,h} est (g,h).a(g, h) . a. La réunion de ces graphes est un sous-fibré vectoriel intégrable de T(G×H)T(G \times H) (lemme 1). Il existe alors (VAR, R, 9.3.7) un voisinage ouvert U de eGe_G dans G et une application analytique φ\varphi de U dans H telle que φ(eG)=eH\varphi(e_G) = e_H et Tg(φ)=fg,φ(g)T_g(\varphi) = f_{g,\varphi(g)} pour tout g∈Ug \in U. En particulier, TeG(φ)=fT_{e_G}(\varphi) = f.

Soit V un voisinage ouvert de eGe_G dans G tel que, pour (s,t)∈V×V(s, t) \in V \times V, les produits st et φ(s)φ(t)\varphi(s)\varphi(t) soient définis, et st∈Ust \in U. Considérons les applications α1,α2\alpha_1, \alpha_2 de V×VV \times V dans H définies par

α1(s,t)=φ(ts),α2(s,t)=φ(t)φ(s). \alpha_1(s, t) = \varphi(ts), \qquad \alpha_2(s, t) = \varphi(t)\varphi(s).

On a α1(t,e)=φ(t)=α2(t,e)\alpha_1(t, e) = \varphi(t) = \alpha_2(t, e). D’autre part, fixons t dans V, et soit βi\beta_i l’application s↦αi(s,t)s \mapsto \alpha_i(s, t) de V dans H. On a, pour tout s∈Vs \in V et tout a∈L(G)a \in L(G),

Ts(β1)(sa)=Tts(φ)(tsa)=fts,φ(ts)(tsa)=φ(ts)f(a)=fs,β1(s)(sa)Ts(β2)(sa)=φ(t)Ts(φ)(sa)=φ(t)fs,φ(s)(sa)=φ(t)φ(s)f(a)=fs,β2(s)(sa). \begin{align*} T_s(\beta_1)(sa) &= T_{ts}(\varphi)(tsa) = f_{ts, \varphi(ts)}(tsa) \\ &= \varphi(ts)f(a) = f_{s, \beta_1(s)}(sa) \\ T_s(\beta_2)(sa) &= \varphi(t)T_s(\varphi)(sa) = \varphi(t)f_{s, \varphi(s)}(sa) \\ &= \varphi(t)\varphi(s)f(a) = f_{s, \beta_2(s)}(sa). \end{align*}

Donc (VAR, R, 9.3.7) α1\alpha_1 et α2\alpha_2 coïncident dans un voisinage de (eG,eG)(e_G, e_G). La restriction de φ\varphi à un voisinage ouvert symétrique assez petit de eGe_G est donc un morphisme de groupuscules de Lie, d’où (i).

Soient G1,G2,φ1,φ2G_1, G_2, \varphi_1, \varphi_2 comme dans (ii), et prouvons que φ1,φ2\varphi_1, \varphi_2 coïncident dans un voisinage de eGe_G. Il existe un voisinage ouvert WW de eGe_G tel que φ1(ts)=φ1(t)φ1(s)\varphi_1(ts) = \varphi_1(t)\varphi_1(s), φ2(ts)=φ2(t)φ2(s)\varphi_2(ts) = \varphi_2(t)\varphi_2(s) quels que soient s,ts, t dans WW. Alors, si s∈Ws \in W et a∈L(G)a \in L(G), on a

Ts(φi)(sa)=φi(s)Te(φi)(a)=φi(s)f(a)=fs,φi(s)(sa) T_s(\varphi_i)(sa) = \varphi_i(s)T_e(\varphi_i)(a) = \varphi_i(s)f(a) = f_{s,\varphi_i(s)}(sa)
pour i=1,2i = 1, 2. Comme φ1(eG)=eH=φ2(eG)\varphi_1(e_G) = e_H = \varphi_2(e_G), on conclut de VAR, R, 9.3.7, que φ1\varphi_1 et φ2\varphi_2 coïncident dans un voisinage de eGe_G.

Corollaire 1

Soient G et H deux groupuscules de Lie. Si L(G) et L(H) sont isomorphes, G et H sont localement isomorphes.* Cela résulte du th. 1, et du § 1, n° 10, prop. 21.

Corollaire 2

Soit G un groupuscule de Lie. Si L(G) est commutative, G est localement isomorphe au groupe de Lie additif L(G).* En effet, l’algèbre de Lie du groupe additif L(G)L(G) est isomorphe à L(G)L(G). Il suffit donc d’appliquer le cor. 1.

Corollaire 3

Soit G un groupe de Lie. Si L(G) est commutative, G contient un sous-groupe ouvert commutatif.* Il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert U de G qui est commutatif (cor. 2). Soit V un voisinage de ee tel que V2⊂UV^2 \subset U. On a xy=yxxy = yx quels que soient x,yx, y dans V. Donc le sous-groupe de G engendré par V est commutatif; il est évidemment ouvert.

2. Passage des algèbres de Lie aux groupes de Lie

Nous noterons H(X,Y)H(X, Y) la série de Hausdorff (chap. II, § 6, n° 4, déf. 1).

Lemme 2

Soit L une algèbre de Lie normée complète sur R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}. Soit G l’ensemble des x∈Lx \in L tels que ∥x∥<13log⁡32\|x\| < \frac{1}{3} \log \frac{3}{2}. Soit θ\theta l’application x↦−xx \mapsto -x de G dans G. Soit H la restriction à G×GG \times G de la fonction de Hausdorff de L* (chap. II, § 7, n° 2). (i) (G,0,θ;H)(G, 0, \theta; H) est un groupuscule de Lie. (ii) Soit φ\varphi l’application identique de G dans L. La différentielle de φ\varphi en 0 est un isomorphisme de l’algèbre de Lie normable L(G)L(G) sur L. (i) résulte du chap. II, § 7, n° 2. Comme φ\varphi est une carte de G, la différentielle ψ\psi de φ\varphi en 0 est un isomorphisme d’espaces normables. D’autre part, le développement en série entière H=∑i,j≥0HijH = \sum_{i,j \geq 0} H_{ij} de l’application H est tel que H11(x,y)=12[x,y]H_{11}(x, y) = \frac{1}{2}[x, y]. D’après le § 3, prop. 24, on a, quels que soient a,ba, b dans L(G)L(G),

ψ([a,b])=H11(ψ(a),ψ(b))−H11(ψ(b),ψ(a))=[ψ(a),ψ(b)] \psi([a, b]) = H_{11}(\psi(a), \psi(b)) - H_{11}(\psi(b), \psi(a)) = [\psi(a), \psi(b)]
ce qui prouve (ii).

On dit que G est le groupuscule de Lie défini par L.

Supposons K ultramétrique. Soit p la caractéristique du corps résiduel de K. Si p≠0p \neq 0, posons λ=∣p∣1/(p−1)\lambda = |p|^{1/(p-1)}; si p=0p = 0, posons λ=1\lambda = 1.

Lemme 3

Soit L une algèbre de Lie normée complète sur K. Soit G l’ensemble des x∈Lx \in L tels que ∥x∥<λ\|x\| < \lambda. Soit H:G×G→GH : G \times G \to G la fonction de Hausdorff de L (chap. II, § 8, n° 3).

(i) Muni de la loi de composition H, G est un groupe de Lie dans lequel O est élément neutre, et −x-x inverse de x pour tout x∈Gx \in G.

(ii) Soit φ\varphi l’application identique de G dans L. La différentielle de φ\varphi en O est un isomorphisme de l’algèbre de Lie normable L(G)L(G) sur L.

(iii) Pour tout μ∈R+∗\mu \in \mathbf{R}_+^*, soit GμG_\mu l’ensemble des x∈Lx \in L tels que ∥x∥<μ\|x\| < \mu. Alors les GμG_\mu, pour μ<λ\mu < \lambda, forment un système fondamental de voisinages ouverts et fermés de O, et sont des sous-groupes de G.

Les assertions (i) et (iii) résultent du chap. II, § 8, n° 3, prop. 3, et (ii) se démontre comme dans le lemme 2.

On dit que G est le groupe de Lie défini par L.

Théorème 2

Soit L une algèbre de Lie normable complète. Il existe un groupuscule de Lie G tel que L(G)L(G) soit isomorphe à L. Deux tels groupuscules de Lie sont localement isomorphes.

La première assertion résulte des lemmes 2 et 3. La deuxième assertion résulte du cor. 1 du th. 1, n° 1.

Corollaire 1

Soit G un groupe de Lie. Il existe un voisinage de e qui ne contient aucun sous-groupe fini distinct de {e}\{e\}. Si K = R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}, il existe un voisinage de e qui ne contient aucun sous-groupe distinct de {e}\{e\}.

Posons L(G)=LL(G) = L. Choisissons une norme sur L définissant la topologie de L et telle que ∥[x,y]∥≤∥x∥∥y∥\| [x, y] \| \leq \|x\| \|y\| quels que soient x,yx, y dans L.

Supposons K = R\mathbf{R} ou C\mathbf{C}. Soit G' le groupuscule de Lie défini par L. Il existe une boule ouverte U' de centre 0 dans G', et un isomorphisme φ\varphi du groupuscule de Lie U' sur un voisinage ouvert U de e dans G. Soient V′=12U′V' = \frac{1}{2}U', V=φ(V′)V = \varphi(V'), H un sous-groupe de G contenu dans V, et h∈Hh \in H. Posons x=φ−1(h)∈V′x = \varphi^{-1}(h) \in V'. Si x≠0x \neq 0, il existe un entier n>0n > 0 tel que x,2x,…,nxx, 2x, \ldots, nx sont dans V′V', (n+1)x∈U′(n+1)x \in U', (n+1)x∉V′(n+1)x \notin V'. Alors h,h2,…,hnh, h^2, \ldots, h^n sont dans V, hn+1∈Uh^{n+1} \in U, hn+1∉Vh^{n+1} \notin V, ce qui est absurde. Donc H={e}H = \{e\}.

Supposons K ultramétrique. Il suffit de prouver le corollaire quand G est le groupe de Lie associé à L. Si g∈Gg \in G, les puissances de g calculées dans G sont les éléments de Zg\mathbf{Z}g calculés dans L. Ceux-ci sont deux à deux distincts si g≠eg \neq e. Donc G ne contient aucun sous-groupe fini distinct de {e}\{e\}.

Corollaire 2

Soient k un sous-corps fermé non discret de K, G un groupe de Lie sur k, et L = L(G). Supposons donnée sur L une structure L' de K-algèbre de Lie normable, compatible avec la structure de k-algèbre de Lie normable, et invariante par la représentation adjointe de G. Il existe alors sur G une structure de K-groupe de Lie et une seule compatible avec la structure de k-groupe de Lie et pour laquelle l’algèbre de Lie est L'.

Il existe un groupuscule de Lie G₁ sur K tel que L(G₁) = L' (th. 2). D’après le cor. 1 du th. 1, n° 1, G et G₁, considérés comme k-groupuscules de Lie, sont localement isomorphes. Donc il existe un voisinage ouvert G' de e dans G et une structure de K-groupuscule de Lie sur G', d’algèbre de Lie L, compatible avec la structure de groupuscule de Lie sur k. Soit V un voisinage ouvert symétrique de e dans G tel que V² ⊂ G'. Soit g ∈ G. Alors φ = Int g est un k-isomorphisme d’un sous-groupuscule de Lie ouvert assez petit de G' sur un sous-groupuscule de Lie ouvert de G'; et Tₑ(φ) est K-linéaire, donc Tₓ(φ) est K-linéaire pour x assez voisin de e; par suite la restriction de Int g à un voisinage ouvert assez petit de e dans V est K-analytique (VAR, R, 5.14.6). D’après le § 1, n° 9, prop. 18, il existe sur G une structure de K-variété analytique pour laquelle G est un K-groupe de Lie et V une sous-K-variété ouverte de G. Par translation, on voit que la structure de k-variété sous-jacente de G est la structure donnée. L’algèbre de Lie du K-groupe de Lie G est la même que celle du K-sous-groupuscule de Lie ouvert V, donc est L'. Enfin, l’unicité annoncée dans le corollaire résulte du § 3, n° 8, prop. 32.

Théorème 3

Soient G un groupuscule de Lie, h une sous-algèbre de Lie de L(G) admettant un supplémentaire topologique. Il existe un sous-groupuscule de Lie H de G tel que L(H) = h. Si H₁ et H₂ sont des sous-groupuscules de Lie de G tels que

L(H1)=L(H2)=h, L(H_1) = L(H_2) = h,

alors H₁ ∩ H₂ est ouvert dans H₁ et H₂.

Il existe un groupuscule de Lie H' d’algèbre de Lie isomorphe à h (th. 2). Diminuant au besoin H', on peut supposer qu’il existe un morphisme φ de H' dans G tel que L(φ) soit un isomorphisme de L(H') sur h (n° 1, th. 1). Comme h admet un supplémentaire topologique, φ est une immersion en e. Donc, en diminuant encore H', on peut supposer que φ est un isomorphisme de la variété H' sur une sous-variété de G. Ceci prouve l’existence de H. La deuxième assertion résulte de la proposition suivante:

Proposition 1

Soient G un groupuscule de Lie, H et H' deux sous-groupuscules de Lie. Pour que L(H) ⊃ L(H'), il faut et il suffit que H ∩ H' soit ouvert dans H'.

Si H ∩ H' est ouvert dans H', on a L(H') = L(H ∩ H') ⊂ L(H). Supposons L(H) ⊃ L(H'). Soient i, i' les injections canoniques de H, H' dans G. En diminuant au besoin H', on peut supposer qu’il existe un morphisme ψ de H' dans H tel que L(ψ) soit l’injection canonique de L(H') dans L(H) (n° 1, th. 1).

Alors L(i∘ψ)=L(i′)L(i \circ \psi) = L(i'), donc il existe un voisinage VV de eH′e_{H'} dans H′H' tel que i∘ψi \circ \psi et i′i' coïncident dans VV (th. 1). Par suite, V⊂HV \subset H, donc V⊂H∩H′V \subset H \cap H', et H∩H′H \cap H' est ouvert dans H′H' (§ 1, no 10).

Proposition 2

Soient G un groupe de Lie sur K, k un sous-corps fermé non discret de K, H un sous-groupe de Lie du k-groupe de Lie G. On suppose que L(H) est un sous-K-espace vectoriel de L(G) admettant un supplémentaire topologique. Alors H est un sous-groupe de Lie du K-groupe de Lie G.

Il existe un sous-groupuscule de Lie H′H' du K-groupe de Lie G tel que L(H′)=L(H)L(H') = L(H) (th. 3). Considérons G, H, H' comme des k-groupuscules de Lie ; le th. 3 prouve alors que H∩H′H \cap H' est ouvert dans H et H′H'. Donc il existe un voisinage ouvert U de ee dans G tel que U∩HU \cap H soit une sous-variété de G sur K. Par suite, H est un sous-groupe de Lie du K-groupe de Lie G (§ 1, no 3, prop. 6).

3. Applications exponentielles

Théorème 4

Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie, V un voisinage ouvert de 0 dans L, φ\varphi une application analytique de V dans G telle que φ(0)=0\varphi(0) = 0 et T0(φ)=IdLT_0(\varphi) = \mathrm{Id}_L. Les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) Quel que soit b∈Lb \in L, on a φ((λ+λ′)b)=φ(λb)φ(λ′b)\varphi((\lambda + \lambda')b) = \varphi(\lambda b)\varphi(\lambda'b) pour ∣λ∣|\lambda| et ∣λ′∣|\lambda'| assez petits.

(ii) Quel que soit b∈Lb \in L et l’entier n>0n > 0, φ∗(bn)\varphi_*(b^n) est homogène de degré nn dans U(G)U(G) (on identifie T0(∞)(L)T_0^{(\infty)}(L) à TS(L)TS(L), et bnb^n est calculé dans TS(L)TS(L)).

(iii) L’application φ∗\varphi_* de TS(L)TS(L) dans U(G)U(G) est compatible avec les graduations de TS(L)TS(L) et U(G)U(G).

(iv) L’application φ∗\varphi_* de TS(L)TS(L) dans U(G)U(G) est l’application canonique de TS(L)TS(L) dans l’algèbre enveloppante de LL.

(v) Il existe une norme sur LL définissant la topologie de LL et telle que

∥[x,y]∥≤∥x∥∥y∥ \|[x, y]\| \leq \|x\|\|y\|

quels que soient x,yx, y dans LL, et un sous-groupuscule ouvert W⊂VW \subset V du groupuscule de Lie défini par LL (no 2), tels que φ∣W\varphi | W soit un isomorphisme de WW sur un sous-groupuscule de Lie ouvert de GG.

(v) ⇒\Rightarrow (i) : évident, car on a (λb)(λ′b)=(λ+λ′)b(\lambda b)(\lambda'b) = (\lambda + \lambda')b dans WW pour ∣λ∣|\lambda| et ∣λ′∣|\lambda'| assez petits.

(i) ⇒\Rightarrow (ii) : supposons vérifiée la condition (i). Soit b∈Lb \in L. Soit ψ\psi la restriction de φ\varphi à V∩KbV \cap Kb. Par hypothèse, il existe un voisinage symétrique TT de 0 dans le groupe de Lie additif KbKb tel que ψ∣T\psi|T soit un morphisme du groupuscule de Lie TT dans GG. Donc φ∗(bn)=(ψ∣T)∗(bn)=((ψ∣T)∗(b))n=(φ∗(b))n\varphi_*(b^n) = (\psi|T)_*(b^n) = ((\psi|T)_*(b))^n = (\varphi_*(b))^n, de sorte que φ∗(bn)\varphi_*(b^n) est homogène de degré nn dans U(G)U(G).

(ii) ⇒ (iii): cela résulte du fait que TS^n(L) est le sous-espace vectoriel de TS(L) engendré par les puissances n-èmes des éléments de L (A, IV, , prop. 5, n^{elle} édition)

(iii) ⇒ (iv): l’application canonique de TS(L) dans l’algèbre enveloppante de L est l’unique morphisme de cogèbres graduées transformant 1 en 1 et prolongeant Id_L (chap. II, § 1, n° 5, Remarque 3). Or φ_* est un morphisme de cogèbres, et φ_*|L = Id_L par hypothèse. Si la condition (iii) est vérifiée, on voit que la condition (iv) l’est aussi.

(iv) ⇒ (v): supposons vérifiée la condition (iv). Choisissons une norme sur L définissant la topologie de L et telle que \| [x, y] \| ≤ \| x \| \| y \| quels que soient x, y dans L. Soit H le groupuscule de Lie défini par l’algèbre de Lie normée L. D’après le th. 1, il existe un sous-groupuscule ouvert S ⊂ V de H et un isomorphisme φ’ de S sur un sous-groupuscule ouvert de G. Comme on sait déjà que (v) ⇒ (iv), l’application φ’_* de TS(L) dans U(G) est l’application canonique de TS(L) dans l’algèbre enveloppante de L. Ainsi, φ_*(t) = φ’_*(t) pour tout t ∈ T_0^{(∞)}(L). Comme φ et φ’ sont analytiques, φ et φ’ coïncident dans un voisinage de 0.

Définition 1

Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie. On appelle application exponentielle de G toute application analytique φ, définie dans un voisinage ouvert de 0 dans L, à valeurs dans G, et vérifiant les conditions du th. 4.

Le th. 4 entraîne aussitôt que, pour tout groupuscule de Lie G, il existe une application exponentielle de G, et que deux applications exponentielles de G coïncident dans un voisinage de 0.

Exemple 1

Prenons pour G le groupe additif d’un espace normable complet E. L’isomorphisme canonique de L(G) sur E vérifie la condition (i) du th. 4, donc est une application exponentielle de G.

Exemple 2

Soit A une algèbre associative unifière normée complète. Soit A* le groupe de Lie formé par les éléments inversibles de A. Identifions L(A*) à A (§ 3, n° 9, cor. de la prop. 33). Si K = R ou C, on sait que l’application exp de A dans A* définie au chap. II, § 7, n° 3, vérifie la condition (i) du th. 4, donc est une application exponentielle. Soit maintenant K ultramétrique. Soit p la caractéristique du corps résiduel de K. Si p ≠ 0, posons λ = |p|^{1/(p-1)}; si p = 0, posons λ = 1. Soit U l’ensemble des x ∈ A tels que \| x \| < λ. On sait (chap. II, § 8, n° 4) que l’application exp de U dans A* vérifie la condition (i) du th. 4, donc est une application exponentielle. Remarquons que U est un sous-groupe additif de A.

Cet exemple explique la terminologie adoptée dans la déf. 1.

Soient G un groupuscule de Lie, φ une application exponentielle de G. Alors φ est étale en 0, donc il existe un voisinage ouvert U de 0 dans L(G) tel que φ(U) soit ouvert dans G et que φ|U soit un isomorphisme de la variété analytique U sur la variété analytique φ(U).

On appelle carte canonique (de première espèce) de G une carte ψ de la variété analytique G dont l’application réciproque est une application exponentielle. Si de plus G est de dimension finie et si on choisit une base de L(G), le système de coordonnées défini par ψ et par cette base dans le domaine de ψ s’appelle un système de coordonnées canoniques (de première espèce).

Proposition 3

Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie, et φ une application exponentielle de G. Soient L₁, ..., Lₙ des sous-espaces vectoriels de L tels que L soit somme directe topologique de L₁, ..., Lₙ. L’application

(b1,b2,...,bn)↦θ(b1,b2,...,bn)=φ(b1)φ(b2)...φ(bn),(b_1, b_2, ..., b_n) \mapsto \theta(b_1, b_2, ..., b_n) = \varphi(b_1)\varphi(b_2)...\varphi(b_n),

définie dans une partie ouverte de L₁ × L₂ × ... × Lₙ, est analytique. L’application tangente en (0, 0, ..., 0) à θ est l’application canonique de L₁ × ... × Lₙ dans L.

Soit kᵢ l’injection canonique de Lᵢ dans L₁ × L₂ × ... × Lₙ. On a, pour tout b ∈ Lᵢ, (T(0,...,0)θ)((T0ki)(b))=(T0φ)(b)=b(T_{(0,...,0)}\theta)((T_0k_i)(b)) = (T_0\varphi)(b) = b, donc (T(0,...,0)θ)∣Li(T_{(0,...,0)}\theta)|L_i est l’injection canonique de Lᵢ dans L.

En particulier, θ est étale en (0, 0, ..., 0). Sa restriction à un voisinage ouvert assez petit U de (0, 0, ..., 0) a une image ouverte dans G, et est un isomorphisme de la variété U sur la variété θ(U). L’application réciproque η de θ(U) sur U s’appelle une carte canonique de deuxième espèce de G, associée à la décomposition donnée de L en somme directe. Si de plus G est de dimension finie et si chaque Lᵢ est engendré par un vecteur non nul eᵢ, le système de coordonnées dans θ(U) défini par η et les eᵢ s’appelle un système de coordonnées canoniques de deuxième espèce.

Proposition 4

Soient G un groupuscule de Lie, φ une application exponentielle injective de G. Quels que soient x, y dans L(G), on a

(1)

x+y=lim⁡λ∈K∗,λ→0λ−1φ−1(φ(λx)φ(λy))x + y = \lim_{\lambda \in K^*, \lambda \to 0} \lambda^{-1}\varphi^{-1}(\varphi(\lambda x)\varphi(\lambda y))

(2)

[x,y]=lim⁡λ∈K∗,λ→0λ−2φ−1(φ(λx)φ(λy)φ(−λx)φ(−λy))[x, y] = \lim_{\lambda \in K^*, \lambda \to 0} \lambda^{-2}\varphi^{-1}(\varphi(\lambda x)\varphi(\lambda y)\varphi(-\lambda x)\varphi(-\lambda y))

(on notera que φ−1(φ(λx)φ(λy))\varphi^{-1}(\varphi(\lambda x)\varphi(\lambda y)) et φ−1(φ(λx)φ(λy)φ(−λx)φ(−λy))\varphi^{-1}(\varphi(\lambda x)\varphi(\lambda y)\varphi(-\lambda x)\varphi(-\lambda y)) sont définis pour ∣λ∣|\lambda| assez petit).

Munissions L = L(G) d’une norme définissant la topologie de L et telle que ∥[x,y]∥≤∥x∥∥y∥\| [x, y] \| \leq \|x\| \|y\| quels que soient x, y dans L. Compte tenu des th. 2 et 4, on peut supposer que G est le groupuscule de Lie défini par L et que φ=IdG\varphi = \mathrm{Id}_G. Notons (x,y)↦x.y(x, y) \mapsto x.y le produit dans le groupe G. Les formules à démontrer s’écrivent alors

(3)

x+y=lim⁡λ∈K∗,λ→0λ−1((λx).(λy))x + y = \lim_{\lambda \in K^*, \lambda \to 0} \lambda^{-1}((\lambda x).(\lambda y))

(4)

[x,y]=lim⁡λ∈K∗,λ→0λ−2((λx).(λy).(−λx).(−λy)).[x, y] = \lim_{\lambda \in K^*, \lambda \to 0} \lambda^{-2}((\lambda x).(\lambda y).(-\lambda x).(-\lambda y)).

Il existe un voisinage ouvert V de 0 dans K tel que la fonction

λ↦f(λ)=(λx).(λy) \lambda \mapsto f(\lambda) = (\lambda x) . (\lambda y)
soit définie et analytique dans V. D’après le chap. II, § 6, n° 4, Remarque 2, le développement en série entière à l’origine de f est
λ(x+y)+12λ2[x,y]+⋯ \lambda(x + y) + \frac{1}{2}\lambda^2[x, y] + \cdots
et cela prouve (3). D’autre part, pour u, v dans G et \|u\|, \|v\| assez petits, u . v est une fonction analytique de (u, v) et les termes de degrés 1 et 2 dans le développement en série entière à l’origine de cette fonction sont u+v+12[u,v]u + v + \frac{1}{2}[u, v]. D’après VAR, R, 3.2.7 et 4.2.3, les termes de degrés 1 et 2 dans le développement en série entière à l’origine de la fonction f(λ).f(−λ)f(\lambda) . f(-\lambda) sont les termes de degrés 1 et 2 dans
f(λ)+f(−λ)+12[f(λ),f(−λ)] f(\lambda) + f(-\lambda) + \frac{1}{2}[f(\lambda), f(-\lambda)]
ou encore dans
λ(x+y)+12λ2[x,y]−λ(x+y)+12λ2[x,y]+12[λ(x+y),−λ(x+y)]=λ2[x,y] \lambda(x + y) + \frac{1}{2}\lambda^2[x, y] - \lambda(x + y) + \frac{1}{2}\lambda^2[x, y] \\ + \frac{1}{2}[\lambda(x + y), -\lambda(x + y)] = \lambda^2[x, y]
et cela prouve (4).

Proposition 5

Soient G un groupe de Lie, k un sous-corps fermé non discret de K, G' le groupe G considéré comme groupe de Lie sur k, φ (resp. φ') une application exponentielle de G (resp. G'). Alors φ et φ' coïncident dans un voisinage de 0.

En effet, φ vérifie l’hypothèse (i) du th. 4 relativement à G', donc est une application exponentielle de G'.

Proposition 6

Soient G un groupuscule de Lie, L son algèbre de Lie, φ : V → G une application exponentielle de G. Pour tout x ∈ V, identifions T_x(L) à L, de telle sorte que la différentielle droite ω(x) de φ en x soit une application linéaire de L dans L. Pour x assez voisin de 0, on a*

ω(x)=∑n≥01(n+1)!(ad⁡x)n. \omega(x) = \sum_{n \geq 0} \frac{1}{(n + 1)!} (\operatorname{ad} x)^n.

Munissons L d’une norme compatible avec sa topologie et telle que ∥[x,y]∥≤∥x∥∥y∥\| [x, y] \| \leq \| x \| \| y \| quels que soient x,y∈Lx, y \in L. Il suffit d’envisager le cas où G est le groupuscule de Lie défini par L, et où φ=Id⁡G\varphi = \operatorname{Id}_G. Par définition, ω(x)\omega(x) est alors l’application tangente en x à l’application y↦y.x−1y \mapsto y . x^{-1} de G dans G. Si on note H(X, Y) la série de Hausdorff, ω(x)\omega(x) est donc, pour ∥x∥\| x \| assez petit, l’application tangente en 0 à l’application y↦H(x+y,−x)y \mapsto H(x + y, -x) de G dans G. Dans H(X + Y, −X), la somme des termes du premier degré en Y est

∑m≥01(m+1)!(ad⁡X)mY \sum_{m \geq 0} \frac{1}{(m + 1)!} (\operatorname{ad} X)^m Y
(chap. II, § 6, n° 5, prop. 5). La proposition résulte alors de VAR, R, 3.2.4 et 4.2.3.

Soient G un groupuscule de Lie, et t∈Kt \in K. On appelle application puissance t-ème de G toute application, définie et analytique dans un voisinage ouvert de ee, à valeurs dans G, et coïncidant dans un voisinage de ee avec une application

g↦φ(tφ−1(g)) g \mapsto \varphi(t \varphi^{-1}(g))

où φ\varphi est une application exponentielle injective de G.

Proposition 7

(i) Si t∈Zt \in \mathbf{Z}, une application puissance t-ème coïncide dans un voisinage de ee avec l’application g↦gtg \mapsto g^t.

(ii) L’application tangente en ee à une application puissance t-ème est l’homothétie de rapport tt.

(iii) Si hh est une application puissance t-ème et h′h' une application puissance t'-ème de G, h∘h′h \circ h' est une application puissance (tt′)(tt')-ème, et g↦h(g)h′(g)g \mapsto h(g)h'(g) est une application puissance (t+t′)(t + t')-ème.

(iv) Si hh est une application puissance t-ème, et si u∈Un(G)u \in U^n(G), on a h∗(u)=tnuh_*(u) = t^n u.

Il suffit de prouver la proposition quand G est le groupuscule de Lie défini par une algèbre de Lie normée complète, et quand les applications puissance t-ème considérées sont construites à l’aide de l’application exponentielle φ=IdG\varphi = \mathrm{Id}_G. Mais alors tout est évident.

4. Fonctorialité des applications exponentielles

Proposition 8

Soient* G et H des groupuscules de Lie, h un morphisme de G dans H, φG\varphi_G et φH\varphi_H des applications exponentielles relativement à G et H. Il existe un voisinage V de 0 dans L(G) tel que h∘φGh \circ \varphi_G et φH∘L(h)\varphi_H \circ L(h) coïncident dans V.

Munissons L(G) et L(H) de normes définissant leurs topologies et telles que ∥[x,y]∥≤∥x∥∥y∥\| [x, y] \| \leq \| x \| \| y \| quels que soient xx et yy. On peut supposer que G (resp. H) est le groupuscule de Lie défini par L(G) (resp. L(H)), de sorte que φG\varphi_G (resp. φH\varphi_H) coïncide avec IdG\mathrm{Id}_G (resp. IdH\mathrm{Id}_H) au voisinage de 0. D’autre part, il existe un voisinage ouvert symétrique W de 0 dans L(G) tel que L(h) soit un morphisme du groupuscule de Lie W dans H. D’après le th. 1, L(h) coïncide avec hh dans un voisinage de 0, d’où la proposition.

En termes imagés, si l’on identifie G et H au voisinage de l’élément neutre à L(G) et L(H) grâce à des applications exponentielles, tout morphisme de G dans H est linéaire au voisinage de 0.

Corollaire 1

Soient* G un groupuscule de Lie, G' un sous-groupuscule de Lie de G, φ\varphi une application exponentielle de G.

(i) Il existe un voisinage ouvert V de 0 dans L(G') tel que φ∣V\varphi|V soit un isomorphisme de la variété V sur un voisinage ouvert de e dans G'.

(ii) Soit x∈L(G)x \in L(G). Les conditions suivantes sont équivalentes : a) x∈L(G′)x \in L(G'); b) φ(λx)∈G′\varphi(\lambda x) \in G' pour ∣λ∣|\lambda| assez petit. (i) s’obtient en appliquant la prop. 8 à l’injection canonique de G′G' dans GG, et (ii) résulte de (i).

Corollaire 2

Soient GG un groupe de Lie, ρ\rho une représentation linéaire analytique de GG, φ\varphi une application exponentielle de GG. Il existe un voisinage VV de 00 dans L(G)L(G) tel que

ρ(φ(x))=exp⁡(L(ρ)x) \rho(\varphi(x)) = \exp(L(\rho)x)
pour tout x∈Vx \in V. Cela résulte de la prop. 8 et de l’Exemple 2 du n° 3.

Corollaire 3

Soient GG un groupe de Lie, φ\varphi une application exponentielle de GG. (i) Il existe un voisinage VV de 00 dans L(G)L(G) tel que

Ad(φ(x))=exp⁡ad x \mathrm{Ad}(\varphi(x)) = \exp \mathrm{ad}\, x
pour tout x∈Vx \in V. (ii) Si g∈Gg \in G, il existe un voisinage WW de 00 dans L(G)L(G) tel que
gφ(x)g−1=φ(Ad g.x) g \varphi(x) g^{-1} = \varphi(\mathrm{Ad}\, g.x)
pour tout x∈Wx \in W. (i) résulte du cor. 2, et du § 3, n° 12, prop. 44. (ii) résulte de la prop. 8 appliquée à Int gg.

5. Structure induite sur un sous-groupe

Lemme 4

Soient GG un groupe de Lie de dimension finie, Ω\Omega un voisinage ouvert symétrique de ee dans GG, HH un sous-ensemble de Ω\Omega contenant ee, tel que les conditions x∈H,y∈H,xy−1∈Ωx \in H, y \in H, xy^{-1} \in \Omega entraînent xy−1∈Hxy^{-1} \in H. Soit r∈NKr \in \mathbf{N}_K. Pour tout x∈Hx \in H, soit hxh_x l’ensemble des a∈Tx(G)a \in T_x(G) possédant la propriété suivante : il existe un voisinage ouvert II de 00 dans KK, et une application de classe CrC^r de II dans GG, tels que f(0)=x,f(I)⊂H,(T0f)(1)=af(0) = x, f(I) \subset H, (T_0f)(1) = a. (i) Posons he=hh_e = h. Alors hh est une sous-algèbre de Lie de L(G)L(G), invariant par AdL(G)(H)\mathrm{Ad}_{L(G)}(H). (ii) On a hx=xh=hxh_x = xh = hx pour tout x∈Hx \in H (xhxh et hxhx étant calculés dans T(G)T(G)). (iii) Soient VV une variété de classe CrC^r, v0v_0 un point de VV, ff une application de classe CrC^r de VV dans GG telle que f(v0)=ef(v_0) = e et f(V)⊂Hf(V) \subset H. Quel que soit le sous-groupuscule de Lie H′H' de GG d’algèbre de Lie hh, on af(v)∈H′af(v) \in H' pour vv assez voisin de v0v_0. (iv) Quel que soit le sous-groupuscule de Lie H′H' de GG d’algèbre de Lie hh, H′∩HH' \cap H est un voisinage de ee dans H′H'. (v) Pour tout x∈Hx \in H et tout a∈hxa \in h_x, il existe un voisinage ouvert II de 00 dans KK, et une application de classe CoC^o de II dans GG telle que f(0)=x,f(I)⊂H,(T0f)(1)=af(0) = x, f(I) \subset H, (T_0f)(1) = a. Il est clair que Kh=hKh = h, et que xhyz=hxyzxh_{yz} = h_{xyz} pour x,y,xy,xyzx, y, xy, xyz dans HH. Cela entraîne (ii) et le fait que hh est invariant par AdL(G)(H)\mathrm{Ad}_{L(G)}(H).

Soient a1,a2a_1, a_2 dans h\mathfrak{h}. Soient II un voisinage ouvert de 00 dans KK, et f1,f2f_1, f_2 des applications de classe CrC^r de II dans GG telles que fj(0)=e,fj(I)⊂H,(T0fj)(1)=ajf_j(0) = e, f_j(I) \subset H, (T_0 f_j)(1) = a_j (j=1,2j = 1, 2). Définissons f:I→Gf : I \to G par f(λ)=f1(λ)f2(λ)f(\lambda) = f_1(\lambda) f_2(\lambda). Alors ff est de classe CrC^r et f(0)=ef(0) = e. En diminuant au besoin II, on a f(I)⊂Hf(I) \subset H. D’autre part, l’application de Te(G)×Te(G)T_e(G) \times T_e(G) dans Te(G)T_e(G) tangente à l’application (g,g′)↦gg′(g, g') \mapsto gg' est l’addition; donc (T0f)1=a1+a2(T_0 f)1 = a_1 + a_2. Donc a1+a2∈ha_1 + a_2 \in \mathfrak{h}, et h\mathfrak{h} est un sous-espace vectoriel de L(G)L(G). Puisque xhx−1=hx h x^{-1} = h pour tout x∈Hx \in H, on a (Adf1(λ)).a2∈h(\mathrm{Ad} f_1(\lambda)) . a_2 \in \mathfrak{h} pour tout λ∈I\lambda \in I. L’application tangente en 00 à l’application λ↦Adf1(λ)\lambda \mapsto \mathrm{Ad} f_1(\lambda) est, d’après la prop. 44 du , n° 12, l’application λ↦ad(λa1)\lambda \mapsto \mathrm{ad}(\lambda a_1); donc [a1,a2]=(ada1).a2∈h[a_1, a_2] = (\mathrm{ad} a_1) . a_2 \in \mathfrak{h} puisque h\mathfrak{h} est fermé dans L(G)L(G). On a donc prouvé (i). Dans la fin de la démonstration, nous fixons un sous-groupuscule de Lie H′H' de GG d’algèbre de Lie h\mathfrak{h}

Soient V,v0,fV, v_0, f comme dans (iii). Soit YY le feuilletage gauche de GG associé à h\mathfrak{h} (n° 1). Pour tout y∈H′y \in H', on a Ty(H′)=yhT_y(H') = y \mathfrak{h}. D’autre part, pour tout v∈Vv \in V, l’image de Tv(V)T_v(V) par Tv(f)T_v(f) est contenue dans hf(v)=f(v)h\mathfrak{h}_{f(v)} = f(v) \mathfrak{h} (par définition de hf(v)\mathfrak{h}_{f(v)}). D’après VAR, R, 9.3.2, ff est un morphisme de VV dans YY. Comme H′H' est une feuille de YY (VAR, R, 9.2.8), on a f(v)∈H′f(v) \in H' pour vv assez voisin de v0v_0.

Soit (a1,…,as)(a_1, \ldots, a_s) une base de h\mathfrak{h}. Il existe un voisinage ouvert II de 00 dans KK, et des applications f1,…,fsf_1, \ldots, f_s de classe CrC^r de II dans GG, telles que fj(0)=e,fj(I)⊂H,(Tfj)1=ajf_j(0) = e, f_j(I) \subset H, (Tf_j)1 = a_j pour tout jj. D’après (iii), on a fj(λ)∈H′f_j(\lambda) \in H' pour ∣λ∣|\lambda| assez petit. Donc les f1(λ1)f2(λ2)…fs(λs)f_1(\lambda_1) f_2(\lambda_2) \ldots f_s(\lambda_s) constituent, pour ∣λ1∣,…,∣λs∣|\lambda_1|, \ldots, |\lambda_s| assez petits, un voisinage de ee dans H′H'; et ce voisinage est contenu dans HH. D’où (iv).

Si a∈ha \in \mathfrak{h}, il existe un voisinage ouvert II de 00 dans KK et une application de classe CωC^\omega de II dans GG tels que f(0)=e,f(I)⊂H′,(T0f)1=af(0) = e, f(I) \subset H', (T_0 f)1 = a. Cela, avec (iv), entraîne (v).

Définition 2

On dit que h\mathfrak{h} est la sous-algèbre tangente à HH en ee.

Proposition 9

Soient GG un groupe de Lie de dimension finie, HH un sous-groupe de GG.

(i) Il existe sur HH une structure de variété analytique et une seule ayant la propriété suivante: pour tout rr compris entre 11 et ω\omega, pour toute variété VV de classe CrC^r, et pour toute application ff de VV dans HH, ff est de classe CrC^r comme application de VV dans HH si et seulement si ff est de classe CrC^r comme application de VV dans GG.

(ii) Pour cette structure, HH est un groupe de Lie, l’injection canonique ii de HH dans GG est une immersion, et L(i)(L(H))L(i)(L(H)) est la sous-algèbre de Lie tangente en ee à HH.

Dans (i), l’unicité est évidente. Prouvons l’existence. Soit h\mathfrak{h} l’algèbre de Lie tangente en ee à HH. Soit H′H' un sous-groupuscule de Lie de GG d’algèbre de Lie h\mathfrak{h}. En remplaçant H′H' par un sous-groupuscule ouvert de H′H', on peut supposer H′⊂HH' \subset H (lemme 4 (iv)). Pour tout x∈Hx \in H, xH′x−1x H' x^{-1} est un sous-groupuscule de Lie de GG d’algèbre de Lie xhx−1=hx h x^{-1} = h. Donc H′∩(xH′x−1)H' \cap (x H' x^{-1}) est ouvert dans H′H' (n° 2, th. 3), et l’application y↦xyx−1y \mapsto xy x^{-1} est un isomorphisme de H′∩x−1H′xH' \cap x^{-1} H' x sur xH′x−1∩H′x H' x^{-1} \cap H'. Compte tenu de la prop. 18 du § 1, n° 9, il existe un sous-groupuscule de Lie ouvert W de H', et une structure de groupe de Lie sur H, possédant les propriétés suivantes : W est ouvert dans H, et les structures de variétés de H et H' induisent la même structure sur W. Il résulte de là que l’injection canonique i de H dans G est une immersion, et que L(i)(L(H)) = L(H') = g\mathfrak{g}. En outre, soient V et f comme dans (i). Si f : V → H est de classe C^r, i ∘ f : V → G est de classe C^r. Supposons que i ∘ f : V → G soit de classe C^r, et prouvons que f : V → H est de classe C^r. Par translation, il suffit d’envisager le cas où il existe un v_0 ∈ V tel que f(v_0) = e, et de prouver que f : V → H est de classe C^r dans un voisinage ouvert de v_0. Or, d’après le lemme 4 (iii), on a f(v) ∈ H' pour v assez voisin de v_0, d’où notre assertion. On a ainsi prouvé (i), et (ii) a été obtenu en cours de route.

Définition 3

La structure de groupe de Lie sur H définie dans la prop. 9 s’appelle la structure induite sur H par la structure de groupe de Lie de G.

Si H est un sous-groupe de Lie de G, sa structure de groupe de Lie est induite par celle de G (VAR, R, 5.8.5).

Si G = R et H = Q, on a g\mathfrak{g} = {0}, donc la structure induite sur H est la structure de groupe de Lie discret. De même si G = C (considéré comme groupe de Lie complexe) et H = R.

6. Primitives des formes différentielles à valeurs dans une algèbre de Lie

Lemme 5

Soient X une variété de classe C^r, F et F' des fibrés vectoriels de classe C^r et de base X, φ un morphisme de F dans F'. Pour tout x ∈ X, soit S_x l’ensemble des

(a,φ(a))∈Fx⊕Fx′(a, \varphi(a)) \in F_x \oplus F'_x
pour a∈Fxa \in F_x. Alors la réunion S des S_x est un sous-fibré vectoriel de F ⊕ F'.

Soient θ et θ' les applications de F ⊕ F' dans lui-même définies de la manière suivante : si (u,v)∈Fx⊕Fx′(u, v) \in F_x \oplus F'_x, on a

θ(u,v)=(u,v+φ(u)),θ′(u,v)=(u,v−φ(u)).\theta(u, v) = (u, v + \varphi(u)), \quad \theta'(u, v) = (u, v - \varphi(u)).
D’après VAR, R, 7.7.1, θ et θ' sont des morphismes du fibré vectoriel F ⊕ F' dans lui-même. Il est clair que θ∘θ′=θ′∘θ=IdF⊕F′\theta \circ \theta' = \theta' \circ \theta = \mathrm{Id}_{F \oplus F'}. Donc θ et θ' sont des automorphismes de F ⊕ F'. Par suite, S = θ(F ⊕ {0}) est un sous-fibré vectoriel de F ⊕ F'.

Lemme 6

Soient G un groupuscule de Lie, ω la forme différentielle gauche canonique de G (§ 3, n° 18.9), M une variété de classe C^r (r ≥ 2), α une forme différentielle de classe C^{r-1} et de degré 1 sur M, à valeurs dans L(G).

(i) Les éléments de T(M×G)T(M \times G) en lesquels s’annule la forme différentielle

θ=pr1∗α−pr2∗ω \theta = \mathrm{pr}_1^* \alpha - \mathrm{pr}_2^* \omega
constituent un sous-fibré vectoriel SS de classe Cr−1C^{r-1} de T(M×G)T(M \times G).

(ii) Pour tout (x,g)∈M×G(x, g) \in M \times G, T(pr1)∣S(x,g)T(\mathrm{pr}_1)|_{S_{(x,g)}} est un isomorphisme de S(x,g)S_{(x,g)} sur Tx(M)T_x(M).

(iii) Si dα+[α]2=0d\alpha + [\alpha]^2 = 0 (cf. § 3, n° 14) le sous-fibré vectoriel SS est intégrable. Si (x,g)∈M×G(x, g) \in M \times G et (u,v)∈Tx(M)×Tg(G)(u, v) \in T_x(M) \times T_g(G), on a

θ(x,g)(u,v)=α(u)−g−1v. \theta_{(x,g)}(u, v) = \alpha(u) - g^{-1}v.
Donc le noyau de θ(x,g)\theta_{(x,g)} est l’ensemble S(x,g)S_{(x,g)} des (u,gα(u))(u, g\alpha(u)) pour u∈Tx(M)u \in T_x(M), d’où (ii). Considérons T(M×G)T(M \times G) comme la somme directe de deux fibrés vectoriels FF et F′F' avec F(x,g)=Tx(M)×{0}F_{(x,g)} = T_x(M) \times \{0\} et F(x,g)′={0}×Tg(G)F'_{(x,g)} = \{0\} \times T_g(G) pour tout
(x,g)∈M×G. (x, g) \in M \times G.
Pour u∈Tx(M)×{0}u \in T_x(M) \times \{0\}, posons φ(u)=(0,gα(u))\varphi(u) = (0, g\alpha(u)). En utilisant la trivialisation gauche de T(G)T(G), on voit que φ\varphi est un morphisme de FF dans F′F', d’où (i) (lemme 5). Enfin, si dα+[α]2=0d\alpha + [\alpha]^2 = 0, on a
dθ=pr1∗(dα)−pr2∗(dω)=−12(pr1∗α∧pr1∗α−pr2∗ω∧pr2∗ω)=−12(pr1∗α−pr2∗ω)∧(pr1∗α+pr2∗ω)=−12θ∧(pr1∗α+pr2∗ω) \begin{align*} d\theta &= \mathrm{pr}_1^*(d\alpha) - \mathrm{pr}_2^*(d\omega) \\ &= -\frac{1}{2}(\mathrm{pr}_1^*\alpha \wedge \mathrm{pr}_1^*\alpha - \mathrm{pr}_2^*\omega \wedge \mathrm{pr}_2^*\omega) \\ &= -\frac{1}{2}(\mathrm{pr}_1^*\alpha - \mathrm{pr}_2^*\omega) \wedge (\mathrm{pr}_1^*\alpha + \mathrm{pr}_2^*\omega) \\ &= -\frac{1}{2}\theta \wedge (\mathrm{pr}_1^*\alpha + \mathrm{pr}_2^*\omega) \end{align*}
donc SS est intégrable (VAR, R, 9.3.6).

Théorème 5

Soient GG un groupuscule de Lie, MM une variété de classe CrC^r (r≥2r \geq 2), α\alpha une forme différentielle de classe Cr−1C^{r-1} et de degré 1 sur MM à valeurs dans L(G)L(G), telle que dα+[α]2=0d\alpha + [\alpha]^2 = 0. Pour tout x∈Mx \in M et tout g∈Gg \in G, il existe une application ff, définie et de classe Cr−1C^{r-1} dans un voisinage ouvert de xx, à valeurs dans GG, telle que f(x)=gf(x) = g et f−1.df=αf^{-1}.df = \alpha. Deux applications qui vérifient ces conditions coïncident dans un voisinage de xx.

Soient x∈Mx \in M et g∈Gg \in G. D’après le lemme 6 (dont nous adoptons les notations) et VAR, R, 9.3.7, il existe un voisinage ouvert UU de xx dans MM et une application m↦φ(m)=(m,f(m))m \mapsto \varphi(m) = (m, f(m)) de classe Cr−1C^{r-1} de UU dans M×GM \times G telle que f(x)=gf(x) = g et que φ∗(θ)=0\varphi^*(\theta) = 0. Alors

f−1.df=f∗(ω)(§ 3, n° 18.9)=(pr2∘φ)∗(ω)(car f=pr2∘φ)=φ∗(pr1∗α−θ)(lemme 6)=φ∗(pr1∗α)(car φ∗(θ)=0)=α(car pr1∘φ=IdU). \begin{align*} f^{-1}.df &= f^*(\omega) & (\text{§ 3, n° 18.9}) \\ &= (\mathrm{pr}_2 \circ \varphi)^*(\omega) & (\text{car } f = \mathrm{pr}_2 \circ \varphi) \\ &= \varphi^*(\mathrm{pr}_1^*\alpha - \theta) & (\text{lemme 6}) \\ &= \varphi^*(\mathrm{pr}_1^*\alpha) & (\text{car } \varphi^*(\theta) = 0) \\ &= \alpha & (\text{car } \mathrm{pr}_1 \circ \varphi = \mathrm{Id}_U). \end{align*}

Soit f′f' une application de classe Cr−1C^{r-1} de UU dans GG telle que f′(x)=gf'(x) = g et f′−1.df′=αf'^{-1}.df' = \alpha. D’après le , 18.9, ff′−1ff'^{-1} est localement constante, donc f′=ff' = f dans un voisinage de xx

Proposition 10

Soient MM une variété analytique, gg une algèbre de Lie normable complète, α\alpha une forme différentielle de degré 1 analytique sur MM, à valeurs dans gg, possédant les propriétés suivantes*: a) pour tout m∈Mm \in M, αm\alpha_m est un isomorphisme de Tm(M)T_m(M) sur gg; b) dα+[α]2=0d\alpha + [\alpha]^2 = 0. Alors, pour tout m0∈Mm_0 \in M, il existe un voisinage ouvert M′M' de m0m_0 dans MM, et une structure de groupuscule de Lie sur M′M', compatible avec la structure de variété de M′M', d’élément neutre m0m_0, ayant les propriétés suivantes: (i) αm0\alpha_{m_0} est un isomorphisme de L(M′)L(M') sur gg; (ii) la forme différentielle m↦αm0−1∘αmm \mapsto \alpha_{m_0}^{-1} \circ \alpha_m est la forme différentielle canonique gauche de M′M'. Si M1′M'_1 et M2′M'_2 sont deux tels groupuscules, M1′M'_1 et M2′M'_2 possèdent un sous-groupuscule ouvert commun.

Il existe un groupuscule de Lie GG tel que L(G)=gL(G) = g. Soit m0∈Mm_0 \in M. D’après le th. 5, il existe un voisinage ouvert M′M' de m0m_0 dans MM et une application analytique ff de M′M' dans GG telle que f(m0)=ef(m_0) = e et f−1.df=αf^{-1}.df = \alpha. Alors Tm0(f)=αm0T_{m_0}(f) = \alpha_{m_0} est un isomorphisme de Tm0(M)T_{m_0}(M) sur gg; donc, en diminuant M′M' et GG, on peut supposer que ff est un isomorphisme de la variété M′M' sur la variété GG. Transportons à M′M' la structure de groupuscule de Lie de GG grâce à f−1f^{-1}. Alors Tm0(f)T_{m_0}(f) devient un isomorphisme de L(M′)L(M') sur L(G)=gL(G) = g, d’où (i). D’autre part, en notant ω\omega la forme différentielle canonique gauche de GG, on a

αm0−1∘αm=(Tm0f)−1∘(f−1.df)(m)=(Tm0f)−1∘ω(f(m))∘Tmf \alpha_{m_0}^{-1} \circ \alpha_m = (T_{m_0}f)^{-1} \circ (f^{-1}.df)(m) = (T_{m_0}f)^{-1} \circ \omega(f(m)) \circ T_m f
donc m↦αm0−1∘αmm \mapsto \alpha_{m_0}^{-1} \circ \alpha_m est la forme différentielle canonique gauche de M′M'.

Soit M′′M'' un voisinage ouvert de m0m_0, muni d’une structure de groupuscule de Lie, d’élément neutre m0m_0, avec les propriétés analogues aux propriétés (i) et (ii). Alors αm0\alpha_{m_0} est un isomorphisme de L(M′)L(M') sur gg, et aussi de L(M′′)L(M'') sur gg, donc L(M′)=L(M′′)L(M') = L(M''). Par suite, en diminuant M′M' et M′′M'', on peut supposer qu’il existe un isomorphisme φ\varphi du groupuscule M′M' sur le groupuscule M′′M'' (n° 1, cor. 1 du th. 1). Alors φ−1.dφ\varphi^{-1}.d\varphi est la différentielle gauche canonique de M′M'. D’autre part, soit ψ\psi l’injection canonique de la variété M′∩M′′M' \cap M'' dans le groupuscule de Lie M′′M''; il est clair que ψ−1.dψ\psi^{-1}.d\psi est une restriction de la différentielle gauche canonique de M′′M''. Donc (ψ−1.dψ)(m)=αm0−1∘αm=(φ−1.dφ)(m)(\psi^{-1}.d\psi)(m) = \alpha_{m_0}^{-1} \circ \alpha_m = (\varphi^{-1}.d\varphi)(m) pour tout m∈M′∩M′′m \in M' \cap M''. Par suite φ\varphi et ψ\psi coïncident dans un voisinage de m0m_0 (§ 3, 18.9). Cela prouve la dernière assertion de la proposition.

Corollaire

Soit MM une variété analytique de dimension finie nn. Soient ω1,…,ωn\omega_1, \ldots, \omega_n des formes différentielles analytiques de degré 1 sur MM, à valeurs scalaires, linéairement indépendantes en tout point de MM, et telles que, pour tout k=1,…,nk = 1, \ldots, n, dωkd\omega_k soit combinaison linéaire à coefficients constants des ωi∧ωj\omega_i \wedge \omega_j. Alors, pour tout m0∈Mm_0 \in M, il existe un voisinage ouvert M′M' de m0m_0 dans MM, et une structure de groupuscule de Lie sur M′M', compatible avec la structure de variété de M′M', d’élément neutre m0m_0, et telle que ω1∣M′,…,ωn∣M′\omega_1|_{M'}, \ldots, \omega_n|_{M'} forment une base de l’espace des formes différentielles de degré 1 à valeurs scalaires invariantes à gauche sur M′M'.

Si M1′M'_1 et M2′M'_2 sont deux tels groupuscules, M1′M'_1 et M2′M'_2 possèdent un sous-groupuscule ouvert commun.

Soient X1,…,XnX_1, \ldots, X_n les champs de vecteurs sur MM tels que, en chaque point mm de MM, les (Xi)m(X_i)_m constituent la base de Tm(M)T_m(M) duale de ((ω1)m,…,(ωn)m)((\omega_1)_m, \ldots, (\omega_n)_m). Ces champs sont analytiques. Par hypothèse, il existe des cijk∈Kc_{ijk} \in K (1≤i,j,k≤n1 \leq i, j, k \leq n) tels que cijk=−cjikc_{ijk} = -c_{jik} et que dωk=∑i<jcijkωi∧ωjd\omega_k = \sum_{i < j} c_{ijk} \omega_i \wedge \omega_j. D’après VAR, R, 8.5.7, formule (11), on en déduit

⟨[Xi,Xj],ωk⟩=−(dωk)(Xi,Xj)=−(∑r<scrskωr∧ωs)(Xi,Xj)=−cijk \langle [X_i, X_j], \omega_k \rangle = - (d\omega_k)(X_i, X_j) = - \left( \sum_{r < s} c_{rsk} \omega_r \wedge \omega_s \right)(X_i, X_j) = - c_{ijk}

donc [Xi,Xj]=−∑kcijkXk[X_i, X_j] = - \sum_k c_{ijk} X_k. Il résulte de là que les −cijk-c_{ijk} sont les constantes de structure d’une algèbre de Lie gg relativement à une base (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n). Pour tout m∈Mm \in M, soit αm\alpha_m l’application linéaire de Tm(M)T_m(M) dans gg qui transforme (X1)m(X_1)_m en e1,…,(Xn)me_1, \ldots, (X_n)_m en ene_n. Alors α\alpha est une forme différentielle de degré 1 analytique sur MM à valeurs dans gg, et αm\alpha_m est un isomorphisme de Tm(M)T_m(M) sur gg. D’autre part, α=∑k=1nωkek\alpha = \sum_{k=1}^n \omega_k e_k, donc

dα=∑k=1n(dωk)ek=∑k=1n(∑i<jcijkωi∧ωj)ek d\alpha = \sum_{k=1}^n (d\omega_k) e_k = \sum_{k=1}^n \left( \sum_{i < j} c_{ijk} \omega_i \wedge \omega_j \right) e_k

et

(α)2=∑k=1n[ωkek]2+∑i<j(ωiei)∧(ωjej)(§3,formule (30))=∑i<j(ωi∧ωj)[ei,ej]=−∑k=1n∑i<j(cijkωi∧ωj)ek=−dα. \begin{align*} (\alpha)^2 &= \sum_{k=1}^n [\omega_k e_k]^2 + \sum_{i < j} (\omega_i e_i) \wedge (\omega_j e_j) \quad (§ 3, \text{formule (30)}) \\ &= \sum_{i < j} (\omega_i \wedge \omega_j)[e_i, e_j] \\ &= - \sum_{k=1}^n \sum_{i < j} (c_{ijk} \omega_i \wedge \omega_j) e_k \\ &= - d\alpha. \end{align*}

Il suffit alors d’appliquer la prop. 10.

7. Passage des lois d’opérations infinitésimales aux lois d’opérations

Proposition 11

Soient G1G_1 et G2G_2 des groupuscules de Lie, X1X_1 et X2X_2 des variétés de classe CrC^r (r⩾2r \geqslant 2). Pour i=1,2i = 1, 2, soient ψi\psi_i un morceau de loi d’opération à gauche de classe CrC^r de GiG_i dans XiX_i, DiD_i la loi d’opération infinitésimale associée. Soient μ:G1→G2\mu : G_1 \to G_2 un morphisme, φ:X1→X2\varphi : X_1 \to X_2 une application de classe CrC^r. On suppose que, pour tout a∈L(G)a \in L(G), les champs de vecteurs (D1)a(D_1)_a et (D2)L(μ)a(D_2)_{L(\mu)a} soient φ\varphi-liés (VAR, R, 8.2.6). Alors, il existe un voisinage Ω\Omega de {e}×X1\{e\} \times X_1 dans G1×X1G_1 \times X_1 tel que φ(ψ1(g,x))=ψ2(μ(g),φ(x))\varphi(\psi_1(g, x)) = \psi_2(\mu(g), \varphi(x)) pour tout (g,x)∈Ω(g, x) \in \Omega.

Soient p1:G1×X2→G1p_1 : G_1 \times X_2 \to G_1, p2:G1×X2→X2p_2 : G_1 \times X_2 \to X_2 les projections canoniques. Pour tout (g1,x2)∈G1×X2(g_1, x_2) \in G_1 \times X_2, soit fg1,x2f_{g_1, x_2} l’application g1a↦(D2)L(μ)a(x2)g_1 a \mapsto (D_2)_{L(\mu)a}(x_2) de Tg1(G1)=g1L(G1)T_{g_1}(G_1) = g_1 L(G_1) dans Tx2(X2)T_{x_2}(X_2). Les fg1,x2f_{g_1, x_2} définissent un morphisme de p1∗T(G1)p_1^*T(G_1) dans p2∗T(X2)p_2^*T(X_2).

Soit x0∈X1x_0 \in X_1. Il existe un voisinage ouvert GG de ee dans G1G_1 et un voisinage ouvert XX de x0x_0 dans X1X_1 tels que ψ1(g,x)\psi_1(g, x) et ψ2(μ(g),φ(x))\psi_2(\mu(g), \varphi(x)) soient définis pour (g,x)∈G×X(g, x) \in G \times X. Posons, pour (g,x)∈G×X(g, x) \in G \times X,

α(g,x)=φ(ψ1(g,x))∈X2,β(g,x)=ψ2(μ(g),φ(x))∈X2. \alpha(g, x) = \varphi(\psi_1(g, x)) \in X_2, \qquad \beta(g, x) = \psi_2(\mu(g), \varphi(x)) \in X_2.
Si GG et XX sont assez petits, on a, pour tout (a,g,x)∈L(G1)×G×X(a, g, x) \in L(G_1) \times G \times X,
(Tα)(ag,0x)=(Tφ)((D1)a(ψ1(g,x)))=(D2)L(μ)a(φ(ψ1(g,x)))=(D2)L(μ)aα(g,x), (T\alpha)(ag, 0_x) = (T\varphi)((D_1)_a(\psi_1(g, x))) = (D_2)_{L(\mu)a}(\varphi(\psi_1(g, x))) = (D_2)_{L(\mu)a}\alpha(g, x),
(Tβ)(ag,0x)=(Tψ2)(L(μ)a.μ(g),φ(x))=(D2)L(μ)a(ψ2(μ(g),φ(x)))=(D2)L(μ)aβ(g,x). (T\beta)(ag, 0_x) = (T\psi_2)(L(\mu)a.\mu(g), \varphi(x)) = (D_2)_{L(\mu)a}(\psi_2(\mu(g), \varphi(x))) = (D_2)_{L(\mu)a}\beta(g, x).
Donc pour x∈Xx \in X, les morphismes g↦α(g,x)g \mapsto \alpha(g, x) et g↦β(g,x)g \mapsto \beta(g, x) sont des intégrales de ff; comme
β(e,x)=φ(x)=α(e,x) \beta(e, x) = \varphi(x) = \alpha(e, x)
pour tout x∈Xx \in X, on conclut de VAR, R, 9.3.7, que α\alpha et β\beta coïncident dans un voisinage de (e,x0)(e, x_0). D’où la proposition.

Corollaire

Soient GG un groupuscule de Lie, XX une variété de classe CrC^r. Considérons deux morceaux de lois d’opérations à gauche de classe CrC^r de GG dans XX. On suppose que, pour tout a∈L(G)a \in L(G), le champ de vecteurs correspondant DaD_a sur XX soit le même pour les deux morceaux de lois. Alors ces dans deux morceaux de lois coïncident dans un voisinage de {e}×X\{e\} \times X.

Théorème 6

Soient GG un groupuscule de Lie, XX une variété de classe CrC^r (r⩾2r \geqslant 2), et x0x_0 un point de XX. Soit a↦Daa \mapsto D_a une loi d’opération infinitésimale à gauche de classe Cr−1C^{r-1} de L(G)L(G) dans XX.

(i) Il existe un voisinage ouvert X′X' de x0x_0 dans XX, et un morceau de loi d’opération à gauche de classe Cr−1C^{r-1} de GG dans X′X' tels que la loi d’opération infinitésimale associée soit a↦Da∣X′a \mapsto D_a|_{X'}.

(ii) Soient deux morceaux de lois d’opérations à gauche de classe Cr−1C^{r-1} de GG dans un voisinage ouvert X′′X'' de x0x_0; s’ils admettent a↦Da∣X′′a \mapsto D_a|X'' comme loi d’opération infinitésimale associée, ils coïncident dans un voisinage de (e,x0)(e, x_0).

L’assertion (ii) résulte du cor. de la prop. 11. Prouvons (i). Pour tout (g,x)∈G×X(g, x) \in G \times X et tout a∈L(G)a \in L(G), posons

Qa(g,x)=(ag,Da(x))∈Tg(G)×Tx(X). Q_a(g, x) = (ag, D_a(x)) \in T_g(G) \times T_x(X).

Soit S(g,x)S_{(g, x)} l’ensemble des Qa(g,x)Q_a(g, x) pour a∈L(G)a \in L(G). D’après le lemme 5 du n° 6, les S(g,x)S_{(g, x)} sont les fibres d’un sous-fibré vectoriel SS de T(G)×T(X)T(G) \times T(X). Soient a,ba, b dans L(G)L(G); on a

[Qa,Qb](g,x)=([Ra,Rb](g),[Da,Db](x))=(−R[a,b](g),−D[a,b](x))=Q−[a,b](g,x) \begin{align*} [Q_a, Q_b](g, x) &= ([R_a, R_b](g), [D_a, D_b](x)) \\ &= (-R_{[a, b]}(g), -D_{[a, b]}(x)) \tag{§ 3, 18.6} \\ &= Q_{-[a, b]}(g, x) \end{align*}

donc SS est intégrable (VAR, R, 9.3.3 (iv)).

D’après VAR, R, 9.3.7, il existe un voisinage ouvert G1G_1 de ee dans GG, un voisinage ouvert X1X_1 de x0x_0 dans XX, et une application (g,x)↦gx(g, x) \mapsto gx de classe Cr−1C^{r-1} de G1×X1G_1 \times X_1 dans XX, tels que ex=xex = x pour tout x∈X1x \in X_1, et

(6)(6)
(ag)x=Da(gx)pour a∈L(G),g∈G1,x∈X1.(ag)x = D_a(gx) \quad \text{pour } a \in L(G), g \in G_1, x \in X_1.

En particulier

(7)(7)
ax=Da(x).ax = D_a(x).

Soient G2G_2 un voisinage ouvert de ee dans G1G_1 et X2X_2 un voisinage ouvert de x0x_0 dans X1X_1 tels que gg′gg' soit défini et appartienne à G1G_1 pour g,g′g, g' dans G2G_2, et que gxgx soit défini et appartienne à X1X_1 pour (g,x)∈G2×X2(g, x) \in G_2 \times X_2. Considérons les applications α1,α2\alpha_1, \alpha_2 de G2×(G2×X2)G_2 \times (G_2 \times X_2) dans XX définies par

α1(g,(h,x))=g(hx),α2(g,(h,x))=(gh)x.\alpha_1(g, (h, x)) = g(hx), \qquad \alpha_2(g, (h, x)) = (gh)x.

Elles sont de classe Cr−1C^{r-1}. On a

α1(e,(h,x))=hx=α2(e,(h,x)).\alpha_1(e, (h, x)) = hx = \alpha_2(e, (h, x)).

D’autre part

T(α1)(ag,0(h,x))=(ag)(hx)=Da(g(hx))d’apreˋs (6)=Da(α1(g,(h,x))),T(α2)(ag,0(h,x))=(agh)x=Da((gh)x)d’apreˋs (6)=Da(α2(g,(h,x))). \begin{align*} T(\alpha_1)(ag, 0_{(h, x)}) &= (ag)(hx) \\ &= D_a(g(hx)) \qquad \text{d’après (6)} \\ &= D_a(\alpha_1(g, (h, x))), \\ T(\alpha_2)(ag, 0_{(h, x)}) &= (agh)x \\ &= D_a((gh)x) \qquad \text{d’après (6)} \\ &= D_a(\alpha_2(g, (h, x))). \end{align*}

D’après VAR, R, 9.3.7, α1\alpha_1 et α2\alpha_2 coïncident dans un voisinage de (e,(e,x0))(e, (e, x_0)). Ceci posé, (i) résulte de (7) et de la prop. 23 du § 1, n° 11.

Corollaire 1

Soient G un groupuscule de Lie, X une variété paracompacte de classe CrC^r (r≥2r \geq 2). Soit a↦Daa \mapsto D_a une loi d’opération infinitésimale à gauche de classe Cr−1C^{r-1} de L(G)L(G) dans X.

(i) Il existe un morceau de loi d’opération à gauche de classe Cr−1C^{r-1} de G dans X tel que la loi d’opération infinitésimale associée soit a↦Daa \mapsto D_a.

(ii) Deux lois d’opérations à gauche de classe Cr−1C^{r-1} de G dans X, qui admettent a↦Daa \mapsto D_a comme loi d’opération infinitésimale associée, coïncident dans un voisinage de {e}×X\{e\} \times X.

L’assertion (ii) résulte du cor. de la prop. 11. D’après le th. 6 (i), il existe un recouvrement ouvert (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} de X, et, pour tout i∈Ii \in I, un morceau de loi d’opération à gauche ψi\psi_i de classe Cr−1C^{r-1} de G dans XiX_i, tels que la loi d’opération infinitésimale associée soit a↦Da∣Xia \mapsto D_a | X_i. Comme X est paracompacte, on peut supposer le recouvrement (Xi)i∈I(X_i)_{i \in I} localement fini. Pour tout (i,j)∈I×I(i, j) \in I \times I et tout x∈Xi∩Xjx \in X_i \cap X_j, ψi\psi_i et ψj\psi_j coïncident dans un voisinage de (e,x)(e, x) (cor. de la prop. 11). Comme X est normale, on peut appliquer la prop. 24 du § 1, n° 11, ce qui prouve (i).

Corollaire 2

Soient X une variété paracompacte de classe CrC^r (r≥2r \geq 2), et ξ\xi un champ de vecteurs de classe Cr−1C^{r-1} sur X. Il existe un morceau de loi d’opération ψ\psi de classe Cr−1C^{r-1} de K dans X tel que, pour tout x∈Xx \in X, ξ(x)\xi(x) soit l’image par t↦ψ(t,x)t \mapsto \psi(t, x) du vecteur tangent 1 à K en 0. Deux morceaux de lois d’opérations possédant la propriété précédente coïncident dans un voisinage de {0}×X\{0\} \times X.

C’est un cas particulier du cor. 1.

Remarque

On peut bien entendu remplacer partout, dans ce n°, les lois d’opérations à gauche par les lois d’opérations à droite.

Exercices

See the exercises for § 4.

Transcribed from the printed volume. Not translated.