§ 3. Passage d’un groupe de Lie à son algèbre de Lie
1. Convolution des distributions ponctuelles sur un groupe de Lie
Définition 1
Soient G un groupe de Lie, g et g' deux points de G, et soient t ∈ T^{(∞)}_g(G), t' ∈ T^{(∞)}_{g'}(G) deux distributions ponctuelles en g et g' sur G (VAR, R, 13.2.1). On appelle produit de convolution de t et t', et on note t \* t', l’image de t ⊗ t' par l’application (h, h') ↦ hh' de G × G dans G (VAR, R, 13.2.3).
Proposition 1
(i) Si t ∈ T^{(s)}_g(G) et t' ∈ T^{(s')}_{g'}(G), on a t \* t' ∈ T^{(s + s')}_{gg'}(G). (ii) Si t ou t' est sans terme constant, t \* t' est sans terme constant. (iii) ε_g \* ε_{g'} = ε_{gg'}. (iv) Soient t ∈ T^{(s)}_g(G), t' ∈ T^{(s')}_{g'}(G), et f une fonction de classe C^{s + s'} dans un voisinage ouvert de gg', à valeurs dans un espace polynormé séparé. On a
Supposons K = R ou C, et G de dimension finie. Alors G est localement compact. Si t, t' sont des mesures ponctuelles, la définition de t \* t' concorde avec celle de INT, VIII, § 1. Nous verrons plus tard comment le produit de convolution des mesures et celui des distributions ponctuelles sont deux cas particuliers du produit de convolution de distributions non nécessairement ponctuelles.
Soit T(∞)(G) la somme directe des Tg(∞)(G) pour g∈G (cf. VAR, R, 13.6.1). On définit le produit de convolution dans T(∞)(G) comme l’application bilinéaire de T(∞)(G)×T(∞)(G) dans T(∞)(G) prolongeant le produit de convolution de la déf. 1. On le note encore *. Ainsi, T(∞)(G) est muni d’une structure d’algèbre, filtrée par les T(s)(G). La sous-algèbre T(0)(G)=⨁g∈GTg(0)(G) s’identifie à l’algèbre K(G) du groupe G sur K.
Proposition 2
L’algèbre T(∞)(G) est associative. Elle est commutative si et seulement si G est commutatif.
Soient t∈T(∞)(G),t′∈T(∞)(G),t′′∈T(∞)(G). Alors t∗(t′∗t′′) est l’image de t⊗t′⊗t′′ par l’application (g,g′,g′′)↦g(g′g′′) de G×G×G dans G, et (t∗t′)∗t′′ est l’image de t⊗t′⊗t′′ par l’application (g,g′,g′′)↦(gg′)g′′ de G×G×G dans G. Donc (t∗t′)∗t′′=t∗(t′∗t′′). On voit de même que, si G est commutatif, t∗t′=t′∗t. Si le produit de convolution est commutatif, G est commutatif d’après la prop. 1 (iii).
Proposition 3
Si t∈T(∞)(G) et g∈G, on a γ(g)∗t=εg∗t,δ(g)∗t=t∗εg−1,(Intg)∗t=εg∗t∗εg−1. En particulier, εe est élément unité de T(∞)(G).
Considérons le diagramme
GφG×GψG
où φ est l’application h↦(g,h) et où ψ est l’application (h′,h)↦h′h. On a γ(g)=ψ∘φ, donc γ(g)∗t=ψ∗(φ∗(t)). Or φ∗(t)=εg⊗t, donc ψ∗(φ∗(t))=εg∗t. On raisonne de même pour δ(g)∗t. Enfin, Intg=γ(g)∘δ(g), donc (Intg)∗=γ(g)∗∘δ(g)∗.
On voit donc que, pour t∈T(G), εg∗t et t∗εg sont égaux à gt et tg calculés dans le groupe T(G) (§ 2, n° 2). On prendra garde que, pour t,t′ dans T(G), le produit tt′ au sens du § 2 est en général distinct de t∗t′.
Définition 2
Soit G un groupe de Lie. La sous-algèbre de T(∞)(G) formée des distributions à support contenu dans {e} se note U(G).
Cette algèbre est filtrée par les sous-espaces
Us(G)=U(G)∩T(s)(G)=Te(s)(G).
On pose U+(G)=Te(∞)+(G), Us+(G)=U+(G)∩Us(G) (cf. VAR, R, 13.2.1). Rappelons que U0(G) s’identifie à K, et U1+(G) à l’espace tangent Te(G). Dans U(G), U+(G) est un idéal bilatère supplémentaire de U0(G).
Exemple
Soit E un espace normable complet, considéré comme groupe de Lie. Alors l’espace vectoriel U(E) s’identifie canoniquement à l’espace vectoriel TS(E) (VAR, R, 13.2.4). Soit m:E×E→E l’addition dans E. Alors
m∗:TS(E×E)→TS(E)
est égal à TS(m) (VAR, R, 13.2.4). Pour t,t′ dans U(E)=TS(E), l’image t∗t′ du produit tensoriel symétrique t⊗t′ par m∗ est donc TS(m)(t⊗t′). D’après A, IV, § 5, n° 6, prop. 7, n°elle édition, cette image n’est autre que le produit tt′ dans l’algèbre TS(E). Ainsi, l’algèbre U(E) s’identifie à l’algèbre TS(E).
Proposition 4
Considérons l’application bilinéaire (u,v)↦u∗v (resp. (u,v)↦v∗u) de U(G)×K(G) dans T(∞)(G). L’application linéaire correspondante de U(G)⊗K(G) dans T(∞)(G) est un isomorphisme d’espaces vectoriels.
En effet, K(G) est somme directe des Kεx pour x∈G. D’autre part, l’application u↦u∗εg (resp. u↦εg∗u) est un isomorphisme de l’espace vectoriel U(G)=Te(∞)(G) sur l’espace vectoriel Tg(∞)(G) d’après la prop. 3. Enfin, T(∞)(G) est somme directe des Tg(∞)(G) pour g∈G.
C.Q.F.D.
Soient X une variété de classe Cr (r≥∞) et x∈X. On a défini (VAR, R, 13.3.1) une filtration canonique sur l’espace vectoriel Tx(∞)(X), et un isomorphisme canonique iX,x de l’espace vectoriel gradué associé sur l’espace vectoriel gradué
TS(T_x(X)). En particulier, posons T_e(G) = L; alors i_{G,e} est un isomorphisme de l’espace vectoriel gradué gr U(G) sur l’espace vectoriel gradué TS(L). Mais U(G) est une algèbre filtrée, d’où une structure d’algèbre graduée sur gr U(G).
Proposition 5
L’isomorphisme iG,e:grU(G)→TS(L) est un isomorphisme d’algèbres.
Soit p l’application (t,t′)↦t⊗t′ de U(G)×U(G) dans U(G×G). Soit c l’application (t,t′)↦t∗t′ de U(G)×U(G) dans U(G). Soit m l’application (g,g′)↦gg′ de G×G dans G. On a d’après la déf. 1
où q est l’application déduite de l’isomorphisme canonique de TS(L)⊗TS(L) sur TS(L×L). D’après VAR, R, 13.4.6 et 13.3.5, les deux carrés du diagramme sont commutatifs. Donc, compte tenu de (1), le diagramme
est commutatif. Or T(m):L×L→L transforme (x,y) en x+y (§ 2, n° 1, prop. 2 (ii)). D’après A, IV, § 5, n° 6, prop. 7, n^{elle} édition, TS(T(m))∘q est donc la multiplication de l’algèbre TS(L).
2. Propriétés fonctorielles
Proposition 6
Soient G,H des groupes de Lie, φ un morphisme de G dans H. Pour t,t′ dans T(∞)(G), on a φ∗(t∗t′)=φ∗(t)∗φ∗(t′).
Considérons le diagramme
G×G↓φ×φH×HmnG↓φH
où m(g,g′)=gg′, n(h,h′)=hh′. Ce diagramme est commutatif. Donc
Les groupes de Lie G et G∨ ont la même variété sous-jacente, donc les espaces vectoriels T(∞)(G) et T(∞)(G∨) sont les mêmes. Soit θ l’application g↦g−1, qui est un isomorphisme du groupe de Lie G sur le groupe de Lie G∨. Alors θ∗ est un automorphisme de l’espace vectoriel T(∞)(G), automorphisme qu’on note t↦t∨. On a (εg)∨=εg−1. Si t∈Te(G), on a
t∨=−t(§2,prop. 2).
Exemple
Supposons que G soit le groupe de Lie défini par un espace normable complet E. Alors U(G) s’identifie à TS(E) et la restriction de θ∗ à U(G) s’identifie à TS(T_e(\theta)) (VAR, R, 13.2.4). Par suite, si t∈TSs(E), on a t∨=(−1)st.
Proposition 7
Soit G un groupe de Lie. Soient t, t' dans T(∞)(G).* (i) Le produit t \ t' calculé relativement à G∨ est égal au produit t' \* t calculé relativement à G.* (ii) On a (t∗t′)∨=t′∨∗t∨. Considérons le diagramme
G×Gs↘nG×G↙mG
où s(g,g′)=(g′,g), m(g,g′)=gg′, n(g,g′)=g′g quels que soient g,g′ dans G. Ce diagramme est commutatif. Donc n∗(t⊗t′)=m∗(s∗(t⊗t′))=m∗(t′⊗t). Cette égalité n’est autre que (i). L’assertion (ii) résulte de (i) et de la prop. 6.
Proposition 8
Soient G, H des groupes de Lie, φ un morphisme de G dans H. Si t∈T(∞)(G), on a φ∗(t∨)=(φ∗(t))∨.* Soit θ (resp. θ′) l’application g↦g−1 de G dans G (resp. de H dans H). On a φ∘θ=θ′∘φ, d’où φ∗(θ∗(t))=θ∗′(φ∗(t)).
Proposition 9
Soient G1,…,Gn des groupes de Lie, et G=G1×⋯×Gn. Si l’on identifie canoniquement les espaces vectoriels T(∞)(G) et T(∞)(G1)⊗⋯⊗T(∞)(Gn), l’algèbre T(∞)(G) est produit tensoriel des algèbres T(∞)(G1),…,T(∞)(Gn). Si ti∈T(∞)(Gi) pour i=1,…,n, on a
(t1⊗⋯⊗tn)∨=t1∨⊗⋯⊗tn∨.
Il suffit d’envisager le cas où n=2. Soient t1,t1′ dans T(∞)(G1), t2,t2′ dans T(∞)(G2). Il s’agit de montrer que (t1⊗t2)∗(t1′⊗t2′)=(t1∗t1′)⊗(t2∗t2′), et que (t1⊗t2)∨=t1∨⊗t2∨. Considérons le diagramme
où m((x1,x2),(x1′,x2′))=(x1x1′,x2x2′), n((x1,x2),(x1′,x2′))=((x1,x1′),(x2,x2′)), p1(x1,x1′)=x1x1′, p2(x2,x2′)=x2x2′. Ce diagramme est commutatif. Donc
On voit de façon analogue que (t1⊗t2)∨=t1∨⊗t2∨.
Proposition 10
Soient H un sous-groupe de Lie de G, et i:H→G l’injection canonique. Alors i∗ est un homomorphisme injectif de l’algèbre T(∞)(H) dans l’algèbre T(∞)(G), et i∗((t∨))=(i∗(t))∨ pour tout t∈T(∞)(H). Cela résulte des prop. 6, 8 et de VAR, R, 13.2.3.
On identifie T(∞)(H) à une sous-algèbre de T(∞)(G) grâce à l’isomorphisme de la prop. 10.
Remarque
La prop. 10 reste valable si H est un quasi-sous-groupe de Lie.
Rappelons (VAR, R, 13.5.1) que, si V est une variété analytique sur K, T(∞)(V) est munie canoniquement d’une structure de cogèbre sur K, à coïunité; la coïunité est l’application linéaire de T(∞)(G) dans K qui associe, à tout élément de Tx(∞)(V), son terme constant.
Proposition 11
Soit G un groupe de Lie. (i) La cogèbre T(∞)(G), munie de la convolution, est une bigèbre (A, III, p. 149).
(ii) Soit c le coproduit dans T(∞)(G). Soit t∈T(∞)(G), et posons c(t)=∑i=1nti⊗ti′. Alors c(t∨)=∑i=1nti∨⊗ti′∨.
Prouvons (i). Dans la définition citée des bigèbres, la condition 1° résulte des prop. 2 et 3, la condition 2° résulte de VAR, R, 13.5.1. Soit d l’application g↦(g,g) de G dans G×G. On a c=d∗, donc c est un morphisme d’algèbres (prop. 6 et 9), ce qui est la condition 3°. Soient t∈Tg(∞)(G), t′∈Tg′(∞)(G), sans termes constants et λ,λ′ dans K; alors εg⊗tt′,t⊗εg′,t⊗t′ sont sans termes constants (VAR, R, 13.4.1), donc le terme constant de (λεg+t)∗(λ′εg′+t′) est λλ′; donc la condition 4° est vérifiée.
Soient G, H deux groupes de Lie, φ un morphisme de G dans H. Alors φ∗ est un morphisme de bigèbres de T(∞)(G) dans T(∞)(H). Cela résulte de la prop. 6 et de VAR, R, 13.5.1.
Soit G un groupe de Lie. La restriction de la convolution et du coproduit à U(G) définissent sur U(G) une structure de bigèbre. On a U(G)∨=U(G). Si φ:G→H est un morphisme de groupes de Lie, on note U(φ) l’application t↦φ∗(t) de U(G) dans U(H); c’est un morphisme de bigèbres. Si ψ:H→L est un autre morphisme de groupes de Lie, on a U(ψ∘φ)=U(ψ)∘U(φ). Si φ est une immersion (resp. submersion), U(φ) est injectif (resp. surjectif) d’après VAR, R, 13.2.3. En particulier, si H est un sous-groupe de Lie de G, U(H) s’identifie à une sous-algèbre de U(G), le coproduit de U(H) étant la restriction du coproduit de U(G). Si H est ouvert dans G, on a U(H)=U(G). Si G1,G2 sont des groupes de Lie, U(G1×G2) s’identifie à U(G1)⊗U(G2). Les éléments primitifs de U(G) sont ceux de Te(G) (VAR, R, 13.5.3).
Soit à nouveau φ:G→H un morphisme de groupes de Lie. Si l’on identifie gr U(G) à TS(T_e(G)) et gr U(H) à TS(T_e(H)), alors gr U(φ) s’identifie à TS(T_e(φ)) (VAR, R, 13.3.5). Appliquons cela à l’isomorphisme g↦g−1 de G sur G∨; alors Te(φ)=−1, donc
t∈Us(G)⇒t∨≡(−1)stmod.Us−1(G).
3. Cas d’un groupe opérant dans une variété
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe Cr, et f une loi d’opération à gauche de classe Cr de G dans X. Si t∈Tg(s)(G) et u∈Tx(s′)(X), et si s+s′≤r, on note t∗u l’image de t⊗u par f∗. On prolonge le produit \* en une application bilinéaire, notée encore *, de T(s)(G)×T(s′)(X) dans T(s+s′)(X). La prop. 1 du n° 1 s’étend, avec des modifications évidentes, à la présente situation.
Lorsqu’on fait opérer G à gauche dans lui-même par translations, on retrouve la déf. 1 du n° 1.
Proposition 13
Soient* t∈T(s)(G), t′∈T(s′)(G), u∈T(s′′)(X), tels ques+s′+s′′≤r. On a(t∗t′)∗u=t∗(t′∗u).
Cela se démontre comme la prop. 2 du n° 1.
En particulier, si r≥∞, l’espace vectoriel T(∞)(X) est un module à gauche sur l’algèbre T(∞)(G) pour le produit *.
Proposition 14
(i) Soientg0∈G, et τ(g0) l’application x↦f(g0,x) de X dans X. Siu∈T(r)(X), on aτ(g0)∗u=εg0∗u.
(ii) Soientx0∈X, et ρ(x0) l’application g↦f(g,x0) de G dans X. Sit∈T(r)(G), on aρ(x0)∗t=t∗εx0.
Cela se démontre comme la prop. 3 du n° 1.
En particulier, si u∈T(X) et t∈T(G), εg0∗u et t∗εx0 sont égaux aux produits g0u,tx0 définis au § 2, n° 2.
Proposition 15
Soient* G (resp. G′) un groupe de Lie, X (resp. X′) une variété de classeCr. On suppose donnée une loi d’opération à gauche de classeCrde G (resp. G’) dans X (resp. X’).Soientφun morphisme de G dans G’, ψunφ-*morphisme de X dans X’*. Soientt∈T(s)(G), u∈T(s′)(X), tels ques+s′≤r. Alorsψ∗(t∗u)=φ∗(t)∗ψ∗(u).
Cela se démontre comme la prop. 6 du n° 2.
Remarque
Soit f une loi d’opération à droite de classe Cr de G dans X. Si t∈T(s)(G) et u∈T(s′)(X), avec s+s′≤r, on note u∗t l’image de u⊗t par f∗. Les prop. 13, 14, 15 se transposent de manière évidente à cette situation.
Proposition 16
Soient* G, G′des groupes de Lie, X une variété de classeCr, et supposons que G (resp. G′) opère à gauche (resp. à droite) dans X, avec(gx)g′=g(xg′)quels que soientx∈X, g∈G, g′∈G. Soientt∈T(s)(G), t′∈T(s′)(G′), t′′∈T(s′′)(X)avecs+s′+s′′≤r. Alors
(t∗t′′)∗t′=t∗(t′′∗t′).
En effet, (t∗t′′)∗t′ (resp. t∗(t′′∗t′)) est l’image de t⊗t′′⊗t′ par l’application (g,x,g′)↦(gx)g′ (resp. g(xg′)) de G×X×G′ dans X.
4. Convolution des distributions ponctuelles et des fonctions
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe Cr, et (g,x)↦gx une loi d’opération à gauche de classe Cr de G dans X. Pour tout x∈X, notons ρ(x) l’application orbitale de x.
Définition 3
Soit t∈T(s)(G) avec s≤r. Soit f:X→F une fonction de classe Cr à valeurs dans un espace polynormé séparé (par exemple F=K). On appelle convolée de t et f, et l’on note t∗f, la fonction sur X à valeurs dans F définie par
Notons aussi que la déf. 3 s’écrit sous forme plus symétrique
⟨εx,t∗f⟩=⟨t∨∗εx,f⟩.
La fonction (g,x)↦f(gx)=(f∘ρ(x))(g) sur G×X est de classe Cr. D’après VAR, R, 13.4.4, la fonction x↦⟨t∨,f∘ρ(x)⟩ est donc de classe Cr−s si s<∞. Autrement dit, si s<∞, t∗f est de classe Cr−s. Il est clair que t∗f dépend linéairement de t et de f. La formule (4) entraîne en particulier, pour g∈G,
(εg∗f)(x)=f(g−1x)
c’est-à-dire
εg∗f=γ(g)f.
Supposons K=R ou C, G et X de dimension finie, et X munie d’une mesure positive invariante par G. La définition de εg∗f est en accord avec celle de INT, VIII, § 4, n° 1 (cf. formule (2), loc. cit.).
Proposition 17
Soient t∈T(s)(G), t′∈T(s′)(X), et f:X→F une fonction de classe Cr, avec s+s′≤r. On a
Soient t∈T(s)(G), t′∈T(s′)(G), et f:X→F une fonction de classe Cr, tels que s+s′≤r. On a
(t∗t′)∗f=t∗(t′∗f).
En effet, pour tout x∈X, on a
⟨εx,(t∗t′)∗f⟩=⟨((t∗t′)∨∗εx,f⟩d’apreˋs (5)=⟨t′∨∗(t∨∗εx),f⟩(prop. 2 et 7)=⟨t∨∗εx,t′∗f⟩(prop. 17)=⟨εx,t∗(t′∗f)⟩(prop. 17).
C.Q.F.D
Si r≥∞, on voit que l’ensemble des fonctions de classe C∞ sur X à valeurs dans F est un module à gauche sur l’algèbre T(∞)(G).
Proposition 19
Soit t∈T(s)(G), avec s≤r. Soit f (resp. f′) une fonction de classe Cr sur X à valeurs dans un espace polynormé séparé F (resp. F′). Soit (u,u′)↦uu′ une application bilinéaire continue de F×F′ dans un espace polynormé séparé F′′, de sorte que ff′ est une fonction de classe Cr sur X à valeurs dans F′′. Soit ∑i=1nti⊗ti′ l’image de t dans T(s)(G)⊗T(s)(G) par le coproduit. On a
t∗(ff′)=i=1∑n(ti∗f)(ti′∗f′).
En effet, soit x∈X, et notons toujours ρ(x) l’application orbitale de x. On a
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe Cr, et (x,g)↦xg une loi d’opération à droite de classe Cr de G dans X. Si t∈T(s)(G) avec s≤r, et f:X→F est une fonction de classe Cr sur X, on note f∗t la fonction sur X définie par
Les prop. 17, 18, 19 deviennent, avec des notations évidentes,
(11)
⟨t′,f∗t⟩=⟨t′∗tν,f⟩
(12)
f∗(t∗t′)=(f∗t)∗t′
(13)
(ff′)∗t=i=1∑n(f∗ti)(f′∗ti′).
Proposition 20
Soient G, G' des groupes de Lie, X une variété de classe C^r, et (g, x) \mapsto gx* (resp. (x, g') \mapsto xg') une loi d’opération à gauche (resp. à droite) de classe C^r de G (resp. G') dans X. Supposons que (gx)g' = g(xg') quels que soient x \in X, g \in G, g' \in G'. Soient t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), t' \in \mathscr{T}^{(s')}(G'), et f : X \to F une fonction de classe C^r, tels que s + s' \leq r. Alors
(t∗f)∗t′=t∗(f∗t′).
En effet, pour tout x \in X, on a
⟨εx,(t∗f)∗t′⟩=⟨εx∗t′ν,t∗f⟩=⟨t′ν∗(εx∗t′ν),f⟩=⟨t′ν∗εx,f∗t′⟩=⟨εx,t∗(f∗t′)⟩d’apreˋs (8)(prop. 17)(prop. 2, et (11))d’apreˋs (5).
C.Q.F.D.
En particulier, considérons G comme opérant sur lui-même par les translations à gauche et à droite. Si f : G \to F est une fonction de classe C^r sur G, et si t \in \mathscr{T}^{(s)}(G) (avec s \leq r), t \* f et f \* t sont, si s < \infty, des fonctions de classe C^{r-s} sur G. Soit en outre t' \in \mathscr{T}^{(s')}(G), avec s + s' \leq r. Alors
(14)
(t∗f)∗t′=t∗(f∗t′).
En particulier, \mathscr{C}^\infty(G) est un (\mathscr{T}^{(\infty)}(G), \mathscr{T}^{(\infty)}(G))-bimodule. Les formules (5) et (8) admettent comme cas particuliers
(15)
⟨t,f⟩=⟨εe,tν∗f⟩=⟨εe,f∗tν⟩.
Remarque 2
Soit (g, x) \mapsto gx une loi d’opération à gauche de classe C^r de G dans X. Soient t \in U_s(G) avec s \leq r, \Omega une partie ouverte de X, et f : \Omega \to F une fonction de classe C^r. On peut encore définir t \* f par les formules (4) ou (5); c’est une fonction définie sur \Omega, à valeurs dans F, de classe C^{r-s} si s < \infty. Les résultats de ce n° s’étendent de façon évidente à cette situation.
5. Champs de distributions ponctuelles définis par l’action d’un groupe sur une variété
Soit (g,x)↦λ(g,x)=gx une loi d’opération à gauche de classe Cr de G dans X. Soient s≤r et t∈Us(G). Pour tout x∈X, on a t∗εx∈Tx(s)(X). L’application x↦t∗εx s’appelle le champ de distributions ponctuelles défini par t et par l’action de G sur X, et se note parfois Dtλ ou simplement Dt. Soient Ω une partie ouverte de X et F un espace polynormé séparé. Si f:Ω→F est de classe Cr et si s≤r, la fonction ty∗f sur Ω se note aussi Dtf. On a donc
(Dtf)(x)=⟨t∗εx,f⟩.
Si s<∞, on a Dtf∈Cr−s(Ω,F) d’après le n° 4. Ainsi, f↦Dtf est une application de Cr(Ω,F) dans Cr−s(Ω,F) (notée souvent Dt par abus de notation).
Si t∈Us(G), t′∈Us′(G), et s+s′≤r, on a, d’après la prop. 18 du n° 4,
Dt∗t′f=Dt′(Dtf)
donc, avec l’abus de notation signalé ci-dessus,
Dt∗t′=Dt′∘Dt.
Supposons G et X de dimension finie. L’application (t,x)↦t⊗εx de T(s)(G)×X dans le fibré vectoriel T(s)(G×X) (cf. VAR, R, 13.2.5) est de classe Cr−s. Donc (VAR, R, 13.2.5), l’application (t,x)↦t∗εx de T(s)(G)×X dans le fibré vectoriel T(s)(X) est de classe Cr−s. En particulier, Dt est un opérateur différentiel d’ordre ≤s et de classe Cr−s au sens de VAR, R, 14.1.6. D’après la formule (16), la fonction Dtf est alors la transformée de f par cet opérateur différentiel (VAR, R, 14.1.4).
Ne supposons plus G et X de dimension finie. Soient ψ un automorphisme de la variété X, et Δ un champ de distributions ponctuelles sur X. Conformément aux définitions générales, on appelle transformé de Δ par ψ le champ de distributions ponctuelles sur X dont la valeur en ψ(x) est ψ∗(Δ(x)); on note ψ(Δ) cette application. Si g∈G, et si τ(g) désigne l’automorphisme x↦gx de X, le transformé de Δ par τ(g) s’appelle aussi le transformé de Δ par g.
Proposition 21
Soit ψ un automorphisme de X commutant avec les opérations de G. Alors Dt est invariant par ψ.
Si g∈G, le transformé de Dt par g est Dεg∗t∗εg−1.
En effet, la valeur de ce transformé en gx est
τ(g)∗(Dt(x))=τ(g)∗(t∗εx)=εg∗(t∗εx)(prop. 14 (i))=(εg∗t∗εg−1)∗εgx(prop. 1 et 2)=Dεg∗t∗εg−1(gx).
C.Q.F.D.
Soit (x,g)↦μ(x,g)=xg une loi d’opération à droite de classe Cr de G dans X. Soient s≤r et t∈Us(G). Pour tout x∈X, on a εx∗t∈Tx(s)(X). L’application x↦εx∗t s’appelle le champ de distributions défini par t et par l’action de G sur X, et se note parfois Dtμ ou simplement Dt. Soit Ω une partie ouverte de X. Si f:Ω→F est de classe Cr, la fonction f∗t′ se note Dtf. On a donc
(19)
(Dtf)(x)=⟨εx∗t,f⟩
et, avec des notations évidentes,
(20)
Dt∗t′f=Dt(Dt′f)
(21)
Dt∗t′=Dt∘Dt′.
La prop. 21 reste valable. Soit g∈G. Le transformé de Dt par g (c’est-à-dire par l’automorphisme x↦xg de X) est Dεg−1∗t∗εg.
6. Champs invariants de distributions ponctuelles sur un groupe de Lie
Définition 4
Soit G un groupe de Lie. Un champ de distributions sur G est dit invariant à gauche (resp. à droite) s’il est invariant par les translations à gauche (resp. à droite) de G.
Autrement dit, un champ de distributions g↦Δg sur G est invariant à gauche si
Δgg′=γ(g)∗Δg′pour g,g′ dans G,
ou encore si
Δgg′=εg∗Δg′pour g,g′ dans G.
Il est invariant à droite si
Δgg′=δ(g′−1)∗Δgpour g,g′ dans G,
ou encore si
Δgg′=Δg∗εg′pour g,g′ dans G.
Définition 5
Soient G un groupe de Lie, et t∈U(G). On note Lt le champ de distributions g↦εg∗t sur G, et Rt le champ de distributions g↦t∗εg sur G.
Autrement dit, Lt (resp. Rt) est le champ de distributions défini par t et par G opérant à droite (resp. à gauche) dans G grâce à l’application (g,g′)↦gg′. Soient Ω une partie ouverte de G et F un espace polynormé séparé ; si f∈Cω(Ω,F), on a Ltf=f∗tν∈Cω(Ω,F) et Rtf=tν∗f∈Cω(Ω,F) (n° 5). Si G est de dimension finie, les opérateurs différentiels Lt et Rt sont de classe Cω (n° 5).
Proposition 23
(i) L’applicationt↦Lt (resp. t↦Rt) est un isomorphisme de l’espace vectorielU(G)sur l’espace vectoriel des champs de distributions invariants à gauche (resp. à droite) surG.
(ii) Pourt,t′dansU(G), on aLt∗t′=Lt∘Lt′,Rt∗t′=Rt′∘Rt,Lt∘Rt′=Rt′∘Lt (avec l’abus de notation du n° 5).
(iii) Siθest l’applicationg↦g−1deGsurG, on aθ(Lt)=Rtν.
(iv) Sit∈U(G)etg∈G, on a(Lt)g=(Rεg∗t∗εg−1)g.
Dans G, toute translation à droite commute à toute translation à gauche. D’après la prop. 21 du n° 5, Lt est donc invariant à gauche. Comme (Lt)e=t, l’application t↦Lt est injective. Soit Δ un champ de distributions invariant à gauche sur G; soit t=Δe; alors Δ et Lt ont même valeur en e et sont invariants à gauche, donc Δ=Lt. Ceci prouve (i) pour Lt et on raisonne de même pour Rt. Les formules Lt∗t′=Lt∘Lt′,Rt∗t′=Rt′∘Rt résultent de (21) et (18). Soient t∈Us(G),t′∈Us′(G),f∈Cr(Ω,F), où Ω est ouvert dans G et où s+s′≤r; on a
donc Lt∘Rt′=Rt′∘Lt. Comme θ est un isomorphisme de G sur Gν, θ(Lt) est un champ de distributions invariant à droite sur G; sa valeur en e est θ∗(t)=tν; donc θ(Lt)=Rtν. Enfin, on a
C’est l’action de G sur lui-même par translations à droite qui définit les champs de distributions invariants à gauche.
Remarque 2
Supposons G de dimension finie. L’application
(t,g)↦(Rt)g=t∗εg
de Us(G)×G dans T(s)(G) est un isomorphisme de fibrés vectoriels analytiques ; en effet, cette application est bijective, linéaire sur chaque fibre, et analytique (n° 5) ; d’autre part, soit φ:T(s)(G)→Us(G)×G la bijection réciproque ; si t∈Tg(s)(G), on a φ(t)=(t∗εg−1,g), donc φ est analytique. L’isomorphisme φ s’appelle la trivialisation droite de T(s)(G). De même, considérons l’application (t,g)↦(Lt)g=εg∗t de Us(G)×G dans T(s)(G) ; l’isomorphisme réciproque s’appelle la trivialisation gauche de T(s)(G). Par restriction, on retrouve les trivialisations droite et gauche de T(G) (§ 2, n° 2).
7. Algèbre de Lie d’un groupe de Lie
Soit G un groupe de Lie. Dans U(G), comme dans toute algèbre associative, on pose [t,t′]=t∗t′−t′∗t. Comme Te(G) est l’ensemble des éléments primitifs de U(G), on a [Te(G),Te(G)]⊂Te(G) (chap. II, § 1, n° 2, prop. 4). La restriction du crochet à Te(G) définit donc sur Te(G) une structure d’algèbre de Lie.
Lemme 1
Soient X et X′ des espaces normables complets, X0 un voisinage ouvert de 0 dans X, f une application analytique de X0 dans X′ telle que f(0)=0. Soit f=f1+f2+f3+⋯ le développement en série entière de f en 0, où fi est un polynôme-continu homogène de degré i sur X à valeurs dans X′. Soit t un élément de TS2(X), considéré comme distribution ponctuelle sur X de support contenu dans {0}. Soit t′=f∗(t)∈TS(X′). La composante homogène de degré 1 de t′ est ⟨f2,t⟩.
Notons t1′ cette composante. On a, pour toute application linéaire continue u de X′ dans un espace polynormé,
u(t1′)=⟨t′,u⟩=⟨t,u∘f⟩=⟨t,u∘f2⟩=u(⟨t,f2⟩)parce que u est lineˊaire continue(VAR, R, 13.2.3)parce que t∈TS2(X)(VAR, R, 13.2.2)
d’où le lemme.
Proposition 24
Soient G un groupe de Lie, (U,φ,E) une carte de G telle que φ(e)=0. Soit V un voisinage ouvert de e tel que V2⊂U. Soit m l’application analytique (a,b)↦φ(φ−1(a)φ−1(b)) de φ(V)×φ(V) dans E. Soit m=∑i,j≥0mi,j le développement en série entière de m en (0,0), où mij est un polynôme-continu bihomogène de bidegré (i,j) sur E×E, à valeurs dans E.
(i) On a mi,0=m0,j=0 quels que soient i=1 et j=1. (ii) m1,0(a,b)=a et m0,1(a,b)=b quels que soient a∈E, b∈E. (iii) Soit ψ:Te(G)→E la différentielle de φ en e. Quels que soient u,v dans Te(G), on a
ψ([u,v])=m1,1(ψ(u),ψ(v))−m1,1(ψ(v),ψ(u)).
On a m(a,0)=a,m(0,b)=b quels que soient a,b dans φ(V), ce qui prouve (i) et (ii). Soient u,v dans Te(G). Identifions T0(E) à E, donc ψ à Te(φ). Les images de u et v par Te(φ) sont ψ(u) et ψ(v). La distribution ponctuelle produit tensoriel de ces images est le produit symétrique de (ψ(u),0) et de (0,ψ(v)) dans TS(E×E)=TS(E)⊗TS(E), c’est-à-dire
(ψ(u),0)⊗(0,ψ(v))+(0,ψ(v))⊗(ψ(u),0).
Donc φ∗(u∗v) est l’image de l’élément précédent par l’application m de φ(V)×φ(V) dans E. Sa composante de degré 1 dans TS(E) est, d’après le lemme 1,
x=⟨m1,1,(ψ(u),0)⊗(0,ψ(v))+(0,ψ(v))⊗(ψ(u),0)⟩.
Définissons une application bilinéaire n:(E×E)2→E par
De même, φ∗(v∗u) admet m1,1(ψ(v),ψ(u)) comme composante de degré 1 dans TS(E). Comme ψ([u,v]) est de degré 1, cela prouve (iii).
Corollaire
L’espace normable Te(G), muni du crochet, est une algèbre de Lie normable.
Définition 6
L’espace normable Te(G), muni du crochet, s’appelle l’algèbre de Lie normable de G, ou simplement l’algèbre de Lie de G, et se note L(G).
Proposition 25
Soient G un groupe de Lie, E(G) l’algèbre enveloppante de L(G). L’injection canonique de L(G) dans U(G) définit un homomorphisme η de l’algèbre E(G) dans l’algèbre U(G). Si K est de caractéristique 0, η est un isomorphisme de bigèbres.
En effet, la bigèbre U(G) est cocommutative (VAR, R, 13.5.1) et la filtration (Us(G)) est compatible avec la structure de bigèbre. L’ensemble des éléments primitifs de U(G) est L(G). Il suffit alors d’appliquer le chap. II, § 1, no 6, th. 1.
Lorsque K est de caractéristique 0, nous identifions désormais U(G) à l’algèbre enveloppante de L(G). D’après (2) et la prop. 7 (ii), l’application t↦tν de U(G) dans U(G) s’identifie alors à l’antiautomorphisme principal de U(G) (chap. I, § 2, no 4).
Proposition 26
Supposons K de caractéristique p>0. Pour tout a∈L(G), on a ap∈L(G) et ad(ap)=(ada)p (la puissance ap étant calculée dans U(G)).
Si a∈L(G), a est primitif dans U(G), donc ap est primitif dans U(G) (chap. II, § 1, no 2, Remarque 1), donc ap∈L(G). Soit σa (resp. τa) l’application linéaire x↦a∗x (resp. x↦x∗a) de U(G) dans U(G). Pour tout x∈U(G), on a (ada)(x)=(σa−τa)(x), donc (ada)p=(σa−τa)p. Mais σa et τa commutent, et par suite (σa−τa)p=(σa)p−(τa)p=σap−τap, d’où la seconde assertion.
Définition 7
Soient X une variété de classe Cr (r≥2), g une algèbre de Lie normable complète. On appelle loi d’opération infinitésimale à gauche (resp. à droite) de classe Cr−1 de g dans X une application a↦Da de g dans l’ensemble des champs de vecteurs sur X, possédant les propriétés suivantes:
a) l’application (a,x)↦Da(x) est un morphisme de classe Cr−1 du fibré vectoriel trivial g×X dans le fibré vectoriel T(X); b) on a [Da,Db]=−D[a,b] (resp. [Da,Db]=D[a,b]) quels que soient a,b dans g.
En particulier, chaque champ de vecteurs Da est de classe Cr−1.
Remarque
Soient X une variété de classe Cr, g une algèbre de Lie de dimension finie, a↦Da une application linéaire de g dans l’espace vectoriel des champs de vecteurs de classe Cr−1 sur X. Alors la condition a) de la déf. 7 est vérifiée. En effet, en considérant une base de g et en appliquant VAR, R, 7.7.1, on se ramène au cas où dimg=1, et notre assertion est alors évidente.
Proposition 27
Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe Cr. Supposons donnée une loi d’opération à gauche (resp. à droite) de classe Cr de G dans X. Pour tout a∈L(G), soit Da le champ de distributions ponctuelles défini par a sur X.
(i) L’application (a,x)↦Da(x) est un morphisme de classe Cr−1 du fibré vectoriel trivial L(G)×X dans le fibré vectoriel T(X).
(ii) Soient I une partie ouverte de K contenant 0, et γ:I→G une application de classe Cr telle que γ(0)=e. Soit a=T0(γ)1∈L(G). Si f est une fonction de classe Cr sur une partie ouverte de X, on a
(Daf)(x)=k∈K∗,k→0limk−1(f(γ(k)x)−f(x))si G opeˋre aˋ gauche,
(Daf)(x)=k∈K∗,k→0limk−1(f(xγ(k))−f(x))si G opeˋre aˋ droite.
(iii) Si r≥2, l’application a↦Da est une loi d’opération infinitésimale à gauche (resp. à droite) de classe Cr−1 de L(G) dans X.
Supposons que G opère à gauche dans X. Soit φ:G×X→X la loi d’opération. Alors T(φ) est un φ-morphisme de classe Cr−1 du fibré vectoriel T(G)×T(X) dans le fibré vectoriel T(X) (VAR, R, 8.1.2). Le fibré vectoriel induit (T(G)×T(X))∣({e}×X) s’identifie à E=L(G)×T(X). Donc T(φ)∣E est un morphisme de classe Cr−1 de fibrés vectoriels. Pour (a,x)∈L(G)×X, on a T(φ)(a,x)=Da(x), d’où (i).
La formule donnant (Daf)(x) résulte du § 2, fin du n° 2, et de VAR, R, 8.4.5.
Supposons r≥2. Soient a,b dans L(G) et f une fonction de classe Cr sur une partie ouverte de X. On a
D[a,b]f=Db(Daf)−Da(Dbf)d’apreˋs (17)
=[Db,Da]f.(VAR, R, 8.5.3)
Soit x∈X. En prenant pour f une carte d’un voisinage ouvert de x, on en déduit que D[a,b](x)=[Db,Da](x), d’où (iii). On raisonne de même si G opère à droite dans X.
C.Q.F.D.
Lorsque r≥2, l’application a↦Da s’appelle la loi d’opération infinitésimale associée à la loi d’opération donnée.
8. Propriétés fonctorielles de l’algèbre de Lie
Soient G et H des groupes de Lie, φ un morphisme de G dans H. La restriction de U(φ) à L(G), qui n’est autre que Te(φ), est un morphisme continu de L(G) dans L(H), qu’on note L(φ). Si ψ est un morphisme de H dans un groupe de Lie, on a L(ψ∘φ)=L(ψ)∘L(φ).
Pour que φ soit une immersion, il faut et il suffit que L(φ) soit un isomorphisme de L(G) sur une sous-algèbre de L(H) admettant un supplémentaire topologique. En particulier, si G est un sous-groupe de Lie de H, et si φ est l’injection canonique, on identifie L(G) à une sous-algèbre de Lie de L(H) grâce à L(φ). Plus particulièrement, si G est un sous-groupe ouvert de H, on a L(G)=L(H).
Si G est un quasi-sous-groupe de Lie de H, L(G) s’identifie encore à une sous-algèbre de Lie fermée de L(H).
Pour que φ soit une submersion, il faut et il suffit que L(φ) soit surjectif et que son noyau admette un supplémentaire topologique. Dans ce cas, le noyau N de φ est un sous-groupe de Lie de G et L(N)=KerL(φ). En particulier, si H est le groupe de Lie quotient de G par un sous-groupe de Lie distingué P, L(P) est un idéal de L(G), et, si φ est la surjection canonique de G sur H, on identifie L(G/P) à L(G)/L(P) grâce au morphisme déduit de L(φ) par passage au quotient.
Soient I un ensemble fini, (Gi)i∈I une famille de groupes de Lie, G leur produit, pi le morphisme canonique de G sur Gi. Alors (L(pi))i∈I est un morphisme de l’algèbre de Lie L(G) dans l’algèbre de Lie ∏i∈IL(Gi), et est un isomorphisme d’espaces normables. On identifie donc L(G) à ∏i∈IL(Gi) grâce à (L(pi))i∈I.
Proposition 28
Soient G et H des groupes de Lie, φ un morphisme de G dans H. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie.
(i) Le noyau N de φ est un sous-groupe de Lie de G, et L(N)=KerL(φ).
(ii) Le morphisme ψ de G/N dans H déduit de φ par passage au quotient est une immersion.
(iii) Si φ(G) est fermé dans H et si la topologie de G a une base dénombrable, φ(G) est un sous-groupe de Lie de H, ψ est un isomorphisme du groupe de Lie G/N sur le groupe de Lie φ(G), et L(φ(G))=ImL(φ).
Faisons opérer G à gauche dans H par l’application (g,h)↦φ(g)h. Il suffit d’appliquer à l’orbite de e la prop. 14 du § 1, n° 7.
Proposition 29
Soient G et H des groupes de Lie, φ un morphisme de G dans H. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie. Si H' est un sous-groupe de Lie de H, alors G' = φ^{-1}(H') est un sous-groupe de Lie de G, et L(G') = L(φ)^{-1}(L(H')).
Soit π l’application canonique de H dans l’espace homogène X = H/H'. Faisons opérer G à gauche dans X par l’application (g, x) ↦ φ(g)x. Le stabilisateur de π(e) est G', qui est donc un sous-groupe de Lie de G (§ 1, n° 7, prop. 14). L’application orbitale de π(e) est π ◦ φ. D’après la prop. 14 du § 1, L(G') est le noyau de L(π ◦ φ) = T_e(π) ◦ L(φ). Le noyau de T_e(π) est L(H') (§ 1, n° 6, prop. 11 (i)), donc Ker L(π ◦ φ) = L(φ)^{-1}(L(H')).
Corollaire 1
Soient G, H des groupes de Lie, φ_1 et φ_2 des morphismes de G dans H. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie. L’ensemble des g ∈ G tels que φ_1(g) = φ_2(g) est un sous-groupe de Lie G' de G, et L(G') est l’ensemble des x ∈ L(G) tels que L(φ_1)x = L(φ_2)x.
Posons φ(g) = (φ_1(g), φ_2(g)) pour tout g ∈ G, de sorte que φ est un morphisme de G dans H × H. Soit Δ le sous-groupe diagonal de H × H. Alors G' = φ^{-1}(Δ), et L(φ)x = (L(φ_1)x, L(φ_2)x) pour tout x ∈ L(G). Il suffit maintenant d’appliquer la prop. 29.
Corollaire 2
Soient G un groupe de Lie de dimension finie, G_1 et G_2 deux sous-groupes de Lie de G. On suppose K de caractéristique 0. Alors G_1 ∩ G_2 est un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie L(G_1) ∩ L(G_2).
On applique la prop. 29 à l’injection canonique de G_1 dans G et au sous-groupe G_2.
Corollaire 3
Soient G, G', H des groupes de Lie, φ : G → H et φ' : G' → H des morphismes de groupes de Lie. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie. Soit F l’ensemble des (g, g') ∈ G × G' tels que φ(g) = φ'(g'). Alors F est un sous-groupe de Lie de G × G', et L(F) est l’ensemble des (x, x') ∈ L(G) × L(G') tels que L(φ)x = L(φ')x'.
On applique le cor. 1 aux morphismes (g, g') ↦ φ(g) et (g, g') ↦ φ'(g') de G × G' dans H.
Proposition 30
Soient G un groupe de Lie de dimension finie à base dénombrable, H et H' des sous-groupes de Lie de G. On suppose K de caractéristique 0, et HH' localement fermé dans G.
(i) HH' est une sous-variété de G, et T_e(HH') = L(H) + L(H').
(ii) Supposons tout élément de H permutable à tout élément de H'. Alors HH' est un sous-groupe de Lie de G. Soit φ l’application (h, h') ↦ hh' de H × H' sur HH'. Le noyau de φ est l’ensemble des (m, m^{-1}) où m ∈ H ∩ H', et le morphisme de (H × H')/Ker φ sur HH' déduit de φ par passage au quotient est un isomorphisme de groupes de Lie.
Faisons opérer H×H′ à gauche dans G par l’application ((h,h′),g)↦hgh′−1. L’application orbitale ρ de e est (h,h′)↦hh′−1. D’après la prop. 14 (iii) du § 1, n° 7, HH′ est une sous-variété de G, et Te(HH′)=ImTe(ρ). Or
Te(ρ)(L(H)×{0})=L(H) et Te(ρ)({0}×L(H′))=L(H′)
donc Te(HH′)=L(H)+L(H′). Supposons tout élément de H permutable à tout élément de H′. Alors HH′ est un sous-groupe de G. D’après (i), c’est un sous-groupe de Lie de G. Le reste de l’énoncé résulte de la prop. 28.
Proposition 31
Soient G un groupe de Lie de dimension finie à base dénombrable, H un sous-groupe de Lie distingué de G, A un sous-groupe de Lie de G. On suppose que K est de caractéristique 0 et que AH est fermé. Soit φ le morphisme canonique de G sur G/H. Alors les applications canoniques*
A/(H∩A)→φ(A),AH/H→φ(A)
sont des isomorphismes de groupes de Lie.
D’après la prop. 30, AH est un sous-groupe de Lie de G. D’après le cor. 2 de la prop. 29, H∩A est un sous-groupe de Lie de G. On peut donc parler des groupes de Lie AH/H et A/(H∩A). D’autre part, φ(A), qui est l’image canonique de AH dans G/H, est fermé, donc est un sous-groupe de Lie de G/H (prop. 28 (iii)). La prop. 28, appliquée aux morphismes composés A→G→G/H et AH→G→G/H, prouve que les applications canoniques de la proposition sont des isomorphismes de groupes de Lie.
Proposition 32
Soient G et H des groupes de Lie, k un sous-corps fermé non discret de K, et φ un morphisme de G dans H pour les structures de groupes de Lie sur k. Supposons K de caractéristique 0. Si L(φ) est K-linéaire, φ est un morphisme pour les structures de groupes de Lie sur K*.
Pour tout g∈G, on a
Tg(φ)=Te(γ(φ(g)))∘L(φ)∘Tg(γ(g)−1)
donc Tg(φ) est K-linéaire. La proposition résulte alors de VAR, R, 5.14.6.
9. Algèbre de Lie du groupe des éléments inversibles d’une algèbre
Soit A une algèbre associative normable complète, ayant un élément unité e. Soit A∗ le groupe des éléments inversibles de A. On a vu (§ 1, n° 1) que A∗ est une sous-variété ouverte de A, et est un groupe de Lie. Soient G un groupe de Lie, f un morphisme du groupe de Lie G dans le groupe de Lie A∗. On peut considérer f comme une application analytique de G dans l’espace normable complet A. Donc, si t∈T(∞)(G), on peut former ⟨t,f⟩, qui est un élément de A.
Proposition 33
L’application* t↦⟨t,f⟩est un morphisme de l’algèbreT(∞)(G)dans l’algèbre A.
Il suffit de vérifier que, si t et t′ sont des distributions ponctuelles sur G, on a ⟨t∗t′,f⟩=⟨t,f⟩⟨t′,f⟩. Or
Prenons pour G le groupe A∗ lui-même, et pour f l’application identique ι de A∗. Nous obtenons un morphisme, dit canonique, de l’algèbre T(∞)(A∗) dans l’algèbre A. L’espace tangent Te(A∗) s’identifie canoniquement à A; et, si t∈Te(A∗), la définition de cette identification est telle que ⟨t,ι⟩=t. Ceci posé, la prop. 33 entraîne le corollaire suivant:
Corollaire
L’application canonique* ζdeL(A∗)dans A est un isomorphisme de l’algèbre de LieL(A∗)sur l’algèbre de Lie A. Autrement dit, on a
ζ([a,b])=ζ(a)ζ(b)−ζ(b)ζ(a)
quels que soient a, b dansL(A∗). Si K est de caractéristiquep>0, on aζ(ap)=ζ(a)ppour touta∈L(A∗).
On identifie désormais L(A∗) et A grâce à l’isomorphisme ζ.
Le morphisme canonique de T(∞)(A∗) dans A a été obtenu comme cas particulier du morphisme de la prop. 33. Mais on peut procéder en sens inverse:
Proposition 34
Soient* H un groupe de Lie, A une algèbre associative normable complète unifière, φ:H→A∗ un morphisme de groupes de Lie. Le morphisme associéφ′deT(∞)(H)dans A s’obtient en composantφ∗et le morphisme canonique deT(∞)(A∗)dans A. En particulier, φ′(x)=L(φ)(x) pour toutx∈L(H).
En effet, soit i l’application identique de A∗ dans A. On a, pour tout t∈T(∞)(H),
φ′(t)=⟨t,φ⟩=⟨t,i∘φ⟩=⟨φ∗(t),i⟩.(VAR, R, 13.2.3)
10. Algèbres de Lie de certains groupes linéaires
Soit E un espace normable complet. Alors L(E) est une algèbre normable complète unifière, et GL(E) est un groupe de Lie. D’après le cor. de la prop. 33, n° 9, si on identifie canoniquement T1(GL(E)) à L(E), la structure d’algèbre de Lie de L(GL(E)) est donnée par le crochet (x,y)↦xy−yx de deux éléments de L(E). En particulier, L(GL(n,K)) s’identifie canoniquement à gl(n,K) (chap. I, , n° 2)
Proposition 35
Soit E un espace vectoriel de dimension finie. Soit φ le morphisme g↦detg du groupe de Lie GL(E) dans le groupe de Lie K∗. L’application L(φ) de L(E) dans K est l’application x↦Trx. Le noyau SL(E) de φ est un sous-groupe de Lie de GL(E) d’algèbre de Lie sl(E).
Choisissons une norme et une base dans E. Le développement du déterminant prouve que
det(1+u)∈1+Tru+o(∥u∥)
quand u tend vers 0 dans L(E). Donc, compte tenu de la prop. 34, n° 9, on a, pour x∈L(E)=L(GL(E)):
L(φ)(x)=⟨x,φ⟩=Trx.
Il en résulte que φ est une submersion. Par suite, Kerφ=SL(E) est un sous-groupe de Lie de GL(E) dont l’algèbre de Lie est KerL(φ)=sl(E).
C.Q.F.D.
Soient E1,…,En des espaces normables complets, E leur somme directe. Tout x∈L(E) se représente par une matrice (xij)1≤i,j≤n, où xij∈L(Ei,Ej).
Proposition 36
Soient I une partie de {1,2,…,n}, G le sous-groupe de GL(E) formé des g=(gij)1≤i,j≤n∈GL(E) tels que gij=0 pour i<j et gii=1 pour i∈I. Alors G est un sous-groupe de Lie de GL(E), et L(G) est l’ensemble des x=(xij)1≤i,j≤n∈L(E) tels que xij=0 pour i<j et xii=0 pour i∈I.
Soit S l’ensemble des (xij)∈L(E) tels que xij=0 pour i<j et xii=0 pour i∈I. Alors G est l’intersection de GL(E) et du sous-espace affine 1+S de L(E). Donc G est une sous-variété de GL(E), et l’espace tangent à G en 1 s’identifie à S.
C.Q.F.D
En particulier, dans GL(n,K), le sous-groupe trigonal large inférieur et le sous-groupe trigonal strict inférieur, définis comme dans INT, VII, § 3, n° 3, sont des sous-groupes de Lie d’algèbres de Lie t(n,K) et n(n,K) (chap. I, § 1, n° 2).
Proposition 37
Soient A une algèbre associative unifère normable complète, x↦xt une application linéaire continue de A dans A telle que (xt)t=x, (xy)t=ytxt quels que soient x,y dans A. Supposons K de caractéristique =2. Soit G le sous-groupe de A∗ formé des x∈A tels que xxt=xtx=1. Alors G est un sous-groupe de Lie de A∗, et L(G) est l’ensemble des y∈A tels que yt=−y.
Soit S (resp. S') l’ensemble des y∈A tels que y=yi (resp. y=−yi). Alors S, S' sont des sous-espaces vectoriels fermés de A. La formule
y=21(y+yi)+21(y−yi)
prouve que A est somme directe topologique de S et S'. Soit f l’application de A dans S définie par f(x)=xxi. Cette application est analytique. Pour tout y∈A, on a f(1+y)=1+y+yi+yyi; choisissons une norme sur A compatible avec sa structure d’algèbre; alors
f(1+y)∈1+y+yi+o(∥y∥)pour y tendant vers 0.
Ainsi, T1(f)(y)=y+yi, de sorte que f est une submersion en 1. Par suite, il existe un voisinage ouvert U de 1 dans A tel que U∩G soit une sous-variété de U. Donc (§ 1, n° 3, prop. 6), G est un sous-groupe de Lie de A∗. En outre, L(G)=Te(G)=KerT1(f).
Corollaire 1
Supposons K de caractéristique =2. Soient E un espace vectoriel de dimension finie sur K, et φ une forme bilinéaire symétrique (resp. alternée) non dégénérée sur E. Pour tout u∈L(E), soit u∗ l’adjoint de u relativement à φ. Soit G le groupe orthogonal (resp. symplectique) de φ. Alors G est un sous-groupe de Lie de GL(E), et L(G) est l’ensemble des x∈L(E) tels que x∗=−x.
On applique la prop. 37 avec A=L(E) et xi=x∗.
Remarque
Soient B une base de E, et J la matrice de φ par rapport à B. Alors L(G) est l’ensemble des éléments de L(E) dont la matrice X par rapport à B vérifie l’égalité
tX=−JXJ−1.
Ceci résulte de A, IX, § 1, formule (50).
Corollaire 2
Soient E un espace hilbertien complexe (resp. réel), U le groupe unitaire de E. Alors U est un sous-groupe de Lie réel de GL(E), et L(U) est l’ensemble des x∈L(E) tels que x∗=−x.
On applique la prop. 37 avec A=L(E) considérée comme algèbre sur R, et xi=x∗.
Corollaire 3
Soient E un espace vectoriel complexe de dimension finie, φ une forme sesquilinéaire hermitienne non dégénérée sur E, U le groupe unitaire de φ. Alors U est un sous-groupe de Lie réel de GL(E), et L(U) est l’ensemble des x∈L(E) tels que ix soit hermitien.
Lorsque E={0}, U n’est pas un sous-groupe de Lie du groupe de Lie complexe GL(E), car L(U) n’est pas un sous-espace vectoriel complexe de L(E).
11. Représentations linéaires
Soient G un groupe de Lie, E un espace normable complet, π une représentation linéaire analytique de G dans E (§ 1, n° 2). Le morphisme associé t↦⟨t,π⟩ de T(∞)(G) dans L(E) est un morphisme d’algèbres (n° 9, prop. 33), et sa restriction à L(G) est L(π). Donc L(π) est une représentation de L(G) dans E (chap. I, § 3, déf. 1).
Proposition 38
Considérons G comme opérant à gauche dans E par l’application (g,x)↦π(g)x. Soient b∈E et ρ(b) son application orbitale. Identifions canoniquement Tb(E) à E. Pour tout t∈L(G), on a
(L(π)t)(b)=⟨t,ρ(b)⟩=ρ(b)∗t=t∗εb.
En particulier, le champ de vecteurs défini par t sur E est le champ b↦(L(π)t)(b).
On a L(π)t=⟨t,π⟩ (n° 9, prop. 34). Comme l’application A↦Ab de L(E) dans E est linéaire continue, on en déduit que
On suppose K de caractéristique 0. Soient G un groupe de Lie, E un espace vectoriel de dimension finie, π une représentation linéaire analytique de G dans E. Soient E1,E2 des sous-espaces vectoriels de E tels que E2⊂E1. L’ensemble G1 des g∈G tels que π(g)x≡x (mod. E2) pour tout x∈E1 est un sous-groupe de Lie de G, et L(G1) est l’ensemble des a∈L(G) tels que L(π)a applique E1 dans E2.
Cela résulte des prop. 29 (n° 8) et 36 (n° 10).
Corollaire 1
Les notations étant celles de la prop. 39, l’ensemble des g∈G tels que π(g)(E1)⊂E1 est un sous-groupe de Lie de G, et son algèbre de Lie est l’ensemble des a∈L(G) tels que L(π)a applique E1 dans E1.
On applique la prop. 39 avec E1=E2.
Corollaire 2
Soient G, E, π comme dans la prop. 39. Soit F une partie de E. L’ensemble des g∈G tels que π(g)x=x pour tout x∈F est un sous-groupe de Lie de G, et son algèbre de Lie est l’ensemble des a∈L(G) tels que (L(π)a)(x)=0 pour tout x∈F.
On applique la prop. 39 avec E2={0}, E1 étant le sous-espace vectoriel de E engendré par F.
C.Q.F.D.
Soient π1,π2,…,πn des représentations linéaires analytiques de G. Il est clair que la somme directe π des πi (A, VIII, , n° 1) est une représentation linéaire analytique de G, et que L(π) est la somme directe de L(π1), L(π2),…,L(πn) (chap. I, § 3, n° 1)
Proposition 40
Soient G un groupe de Lie, E un espace normable complet, π une représentation linéaire analytique de G dans E, F un sous-espace vectoriel fermé de E stable par π(G). On suppose K de caractéristique 0, ou bien F facteur direct de E.
(i) La sous-représentation π1 et la représentation quotient π2 de π définies par F sont des représentations analytiques.
(ii) F est stable par L(π)(L(G)).
(iii) Soient ρ1 et ρ2 la sous-représentation et la représentation quotient de L(π) définies par F. Alors L(π1)=ρ1,L(π2)=ρ2.
Soit A l’ensemble des u∈L(E) tels que u(F)⊂F. Alors A est un sous-espace vectoriel fermé de L(E), et π prend ses valeurs dans A. En vertu des hypothèses sur K et F, l’application π′:G→A de même graphe que π est analytique (VAR, R, 5.8.5). Les applications canoniques θ1:A→L(F) et θ2:A→L(E/F) sont linéaires continues, donc analytiques. Cela prouve (i). Les applications Te(π) et Te(π′) ont même graphe, donc L(π)(L(G))⊂A, ce qui prouve (ii). On a
Soient G un groupe de Lie, π1,π2,…,πn,π des représentations linéaires analytiques de G dans des espaces normables complets E1,E2,…,En,E. Soit (x1,x2,…,xn)↦x1x2…xn une application multilinéaire continue de E1×E2×⋯×En dans E. Supposons que
Soient G un groupe de Lie, E₁, ..., Eₙ₊₁ des espaces normables complets, π₁, ..., πₙ₊₁ des représentations linéaires analytiques de G dans E₁, ..., Eₙ₊₁. Soit E = L(E1,...,En;En+1) l’espace normable complet des applications multilinéaires continues de E1×⋯×En dans En+1 (TG, X, , n° 2). Pour tout g∈G, soit π(g) l’automorphisme de E défini par
Lorsque les Ei sont de dimension finie, la représentation L(π) de L(G) se déduit des représentations L(π1),...,L(πn+1) par le procédé du chap. I, § 3, prop. 3.
Corollaire 2
Soient G un groupe de Lie, π une représentation linéaire analytique de G dans un espace normable complet E. Alors g↦tπ(g)−1 est une représentation linéaire analytique ρ de G dans l’espace normable complet L(E,K),¹ et L(ρ)a=−t(L(π)a) pour tout a∈L(G).
¹ Comme lorsque K=R ou C, le transposé tπ(g) envisagé ici est la restriction à L(E,K) du transposé de π(g) au sens purement algébrique.
C’est un cas particulier du cor. 1.
On dit que ρ est la représentation contragrédiente de π.
Lorsque E est de dimension finie, L(ρ) est la représentation duale de L(π) au sens du chap. I, § 3, n° 3.
Corollaire 3
Soient G un groupe de Lie, π1,…,πn des représentations linéaires analytiques de G dans des espaces vectoriels de dimension finie E1,…,En. Alors la représentation π1⊗⋯⊗πn de G (Appendice) est analytique, et L(π1⊗⋯⊗πn) est le produit tensoriel de L(π1),…,L(πn).
L’application (A1,…,An)↦A1⊗⋯⊗An de L(E1)×⋯×L(En) dans L(E1⊗⋯⊗En) est multilinéaire, d’où le fait que π est analytique. Considérons l’application (x1,…,xn)↦x1⊗⋯⊗xn de E1×⋯×En dans E1⊗⋯⊗En. D’après la prop. 41, on voit que
(L(π)a)(x1⊗⋯⊗xn)=i=1∑nx1⊗⋯⊗(L(πi)a)xi⊗⋯⊗xn
quels que soient a∈L(G), xi∈Ei pour 1≤i≤n. Donc L(π) est produit tensoriel des L(πi).
Corollaire 4
Soient G un groupe de Lie, π une représentation linéaire analytique de G dans un espace vectoriel de dimension finie E. Alors les représentations Tn(π), Sn(π), ∧n(π) de G (Appendice) sont analytiques, et l’on a
Soit A une algèbre de dimension finie. On suppose K de caractéristique 0. Le groupe Aut(A) des automorphismes de A est un sous-groupe de Lie de GL(A), et L(Aut(A)) est l’algèbre de Lie des dérivations de A.
Cela résulte du cor. 1 (appliqué à E=L(A,A;A)), et du cor. 2 de la prop. 39 (appliqué à la partie de E réduite à la seule multiplication de A).
Remarque
Appliquons le cor. 1 avec G=GL(F) (F, espace normable complet), π1=π2=IdG, π3 étant la représentation triviale de G dans K. On obtient une représentation analytique π de GL(F) dans L(F,F;K). Supposons F de dimension finie et K de caractéristique 0. Appliquant à π le cor. 2 de la prop. 39 on retrouve en partie le cor. 1 de la prop. 37.
Proposition 42
Soient G un groupe de Lie, X une variété analytique, (g,x)↦gx (resp. xg) une loi d’opération à gauche (resp. à droite) analytique de G dans X, x0 un point de X invariant par G. Pour tout g∈G, soit τ(g) l’automorphisme x↦gx (resp. xg) de X, et soit π(g) l’automorphisme de Tx0(X) tangent en x0 à τ(g).
(i) π est une représentation linéaire analytique de G (resp. G∨) dans Tx0(X). (ii) Pour tout a∈L(G) et tout ξ0∈Tx0(X), L(π)a.ξ0 peut se calculer ainsi : soient
D_a le champ de vecteurs défini par a sur X, et ξ un champ de vecteurs de classe C1 dans un voisinage ouvert de x0, tel que ξ(x0)=ξ0; alors
L(π)a.ξ0=−[Da,ξ](x0).
On a τ(gg′)=τ(g)τ(g′) (resp. τ(g′)τ(g)), donc π(gg′)=π(g)π(g′) (resp. π(g′)π(g)). D’autre part, puisque TX est un G-fibré vectoriel de classe Cω (§ 1, n° 8, prop. 16), π est analytique, d’où (i).
Pour prouver (ii), supposons que G opère à gauche. Il existe un voisinage ouvert I de 0 dans K et une application analytique γ de I dans G tels que γ(0)=e, T0(γ)1=a. Alors Da est le champ de vecteurs sur X défini par l’application φ:(λ,x)↦γ(λ)x de I×X dans X (§ 2, n° 2). Si l’on note φλ la bijection x↦γ(λ)x de X dans X, on a
Comme les applications λ↦γ(λ)−1 et λ↦γ(−λ) sont tangentes en 0, cela est encore égal à
=−(dλd(π(γ(λ))ξ0))λ=0
=−(dλd(π∘γ)(λ))λ=0ξ0
=−L(π)a.ξ0.
12. Représentation adjointe
Soit G un groupe de Lie. Considérons la loi d’opération à gauche analytique
(g,g′)↦gg′g−1=(Intg)g′
de G dans G. Cette loi d’opération définit, d’après le n° 3, une application bilinéaire de T(∞)(G)×T(∞)(G) dans T(∞)(G), que nous noterons ⊤ dans ce n°. D’après la prop. 13 du n° 3, on a
(22)
(t∗t′)⊤t′′=t⊤(t′⊤t′′)
quels que soient t,t′,t′′ dans T(∞)(G). D’après la prop. 14 (i) du n° 3, on a
(23)
εg⊤t=(Intg)∗t
quels que soient g∈G et t∈T(∞)(G). En particulier, l’application t↦εg⊤t de T(∞)(G) dans T(∞)(G) est un automorphisme de la bigèbre T(∞)(G). Ses restrictions à U(G), Us(G), L(G) se notent AdU(G)(g), AdUs(G)(g), AdL(G)(g). On écrit souvent Ad(g) au lieu de AdL(G)(g) quand aucune confusion n’en résulte. D’après (23), Ad(g) est l’application tangente en e à Int(g). C’est un automorphisme de l’algèbre de Lie normable L(G). Pour K de caractéristique 0, AdU(G)(g) est l’unique automorphisme de U(G) prolongeant Ad(g).
Si φ est un morphisme du groupe de Lie G dans un groupe de Lie H, on a
φ∗(t⊤t′)=φ∗(t)⊤φ∗(t′)
quels que soient t,t′ dans T(∞)(G); cela résulte de la prop. 15 du no 3.
Proposition 43
Soient t,u dans T(∞)(G). Soit ∑i=1nti⊗ti′ l’image de t par le coproduit.* Alors
t⊤u=i=1∑nti∗u∗ti′∨.
Par définition, t⊤u est l’image de t⊗u par l’application (g,g′)↦gg′g−1 de G×G dans G. Or cette application s’obtient en composant les applications suivantes:
α:(g,g′)β:(g,g′,g′′)γ:(g,g′,g′′)↦(g,g,g′)↦(g,g′−1,g′′)↦gg′′g′de G×G dans G×G×Gde G×G×G dans G×G×Gde G×G×G dans G.
D’autre part:
α∗(t⊗u)=i=1∑n(ti⊗ti′)⊗u=i=1∑nti⊗ti′⊗u
β∗(i=1∑nti⊗ti′⊗u)=i=1∑nti⊗ti′∨⊗u
γ∗(i=1∑nti⊗ti′∨⊗u)=i=1∑nti∗u∗ti′∨.
Corollaire 1
Soient u∈L(G), u′∈T(∞)(G). On a u⊤u′=u∗u′−u′∗u.* En effet, l’image de u par le coproduit est u⊗εe+εe⊗u, d’où
u⊤u′=u∗u′∗εe+εe∗u′∗u∨=u∗u′−u′∗u.
Corollaire 2
Soient t∈T(∞)(G) et g∈G. On a εg⊤t=εg∗t∗εg−1. Si t∈L(G), on a εg⊤t=gtg−1 (ce dernier produit étant calculé dans le groupe T(G)).* En effet, l’image de εg par le coproduit est εg⊗εg.
Corollaire 3
Soit a∈L(G). Le champ de vecteurs défini par a et par l’opération à gauche g↦Intg de G dans G est le champ Ra−La.
En effet, la valeur de ce champ en g est
a⊤εg=a∗εg−εg∗a(cor. 1)
=(Ra)g−(La)g(deˊf. 5).
C.Q.F.D.
Pour tout g∈G et tout t∈L(G), on a
(Adg)(t)=εg⊤t=εg∗t∗εg−1=gtg−1.
Puisque Adg=Te(Intg), la prop. 42 du n° 11 prouve que Ad est une représentation linéaire analytique de G dans l’espace normable L(G).
Définition 7
La représentation Ad de G dans L(G) s’appelle la représentation adjointe de G.
Proposition 44
Pour tout a∈L(G), on a
(L(Ad))(a)=adL(G)a.
Soit b∈L(G). D’après la prop. 42 (ii) du n° 11 et le cor. 3 de la prop. 43, on a
(L(Ad))(a).b=−[Ra−La,Lb](e).
Or Ra∘Lb=Lb∘Ra (n° 6, prop. 23 (ii)), d’où [Ra,Lb]=0; compte tenu encore de la prop. 23 (ii), on a
Supposons G de dimension finie et K de caractéristique 0. Soit s un entier ⩾0. Alors l’application π:g↦AdUs(G)(g) est une représentation linéaire analytique de G dans Us(G), et L(π)a=adUs(G)a pour tout a∈L(G).
La représentation linéaire π est un quotient de ⨁r=0sTr(Ad), donc est analytique. Pour a∈L(G) et x1,x2,…,xs dans L(G), on a
Soient h∈G,x∈Th(G) et a∈L(G). Soit φ l’application (g,g′)↦gg′g−1 de G×G dans G. L’image y de (a,x)∈Te(G)×Th(G) par T(e,h)(φ) est y=x+h((Adh−1)a−a).
Soient G un groupe de Lie, H et E des sous-groupes de Lie de G, et supposons que hEh−1=E pour tout h∈H. Alors T(∞)(H)∩T(∞)(E)⊂T(∞)(E). En particulier, Ad(H)(L(E))⊂L(E) et [L(H),L(E)]⊂L(E).
En effet, si t∈T(∞)(H) et t′∈T(∞)(E), on a t⊗t′∈T(∞)(H×E), et l’image de H×E par l’application (g,g′)↦gg′g−1 est contenue dans E.
Proposition 48
Soient G un groupe de Lie, H et E des sous-groupes de Lie de G. Supposons que G soit, en tant que groupe de Lie, produit semi-direct de H par E. Soit ρ la représentation linéaire g↦(Adg)∣L(E) du groupe de Lie G dans L(E) (cf. prop. 47), et soit σ la restriction de ρ à H. Alors: (i) L(G) est somme directe topologique de L(H) et L(E); (ii) L(H) est une sous-algèbre de L(G), L(E) est un idéal de L(G); (iii) L(σ) est une représentation linéaire de L(H) dans l’algèbre de Lie des dérivations de L(E); (iv) L(G) est le produit semi-direct de L(H) par L(E) défini par L(σ) (chap. I, § 1, n° 8).
(i) est évident, (ii) résulte de la prop. 47. On a L(σ)=L(ρ)∣L(H). Or, d’après les prop. 40 (n° 11) et 44 (n° 12), L(ρ)(t) est, pour tout t∈L(G), la restriction de adL(G)t à L(E). Cela prouve (iii). Compte tenu de (i) et (ii), cela prouve aussi (iv).
Corollaire
Soit G un groupe de Lie. Munissons Te(G) de son unique structure d’algèbre de Lie commutative. Soit τ la représentation adjointe de L(G). Alors l’algèbre de Lie de T(G) est le produit semi-direct de L(G) par Te(G) défini par τ. En d’autres termes, pour x,x′ dans L(G) et y,y′ dans Te(G), on a
[(x,y),(x′,y′)]=([x,x′],[x,y′]+[y,x′])
(le crochet de gauche étant calculé dans L(T(G)) et les crochets de droite dans L(G)).
Cela résulte de la prop. 48, et de la prop. 6 du § 2, n° 2.
Proposition 49
Soit A une algèbre associative unifière normable complète. Identifions A à L(A∗). Alors, si g∈A∗ et y∈A, on a (Adg)y=gyg−1.
Rappelons que Adg=T1(Intg). Soit ug l’application x↦gxg−1 de A dans A. La carte identique de A∗ dans A transforme Intg en ug∣A∗. L’application tangente en chaque point de A∗ à cette application est égale à ug, d’où la proposition.
Corollaire
Pour tout g∈A∗, soit i(g) l’automorphisme y↦gyg−1 de A, de sorte que i est une représentation linéaire analytique de A∗ dans A. Pour tout z∈L(A∗)=A, L(i)z est la dérivation intérieure y↦zy−yz de A. Cela résulte des prop. 49 et 44.
13. Tenseurs et formes invariantes
Soit G un groupe de Lie. Considérons G comme opérant sur lui-même par translations à gauche (resp. à droite). Soit λ un foncteur vectoriel de classe Cω pour les isomorphismes. Alors λ(TG) est un G-fibré vectoriel à gauche (resp. à droite) analytique (§1, n° 8, cor. de la prop. 16). L’application (g,u)↦gu (resp. ug) de G×λ(L(G)) sur λ(TG) est un isomorphisme φ (resp. ψ) de G-fibrés vectoriels (§1, n° 8, cor. 2 de la prop. 17). Toute section G-invariante de λ(TG) est analytique, et déterminé par sa valeur en e (§1, n° 8, cor. 1 de la prop. 17). Une telle section est dite invariante à gauche (resp. à droite). Soit σ une section invariante-à-gauche de λ(TG); la transformée σ′ de σ par une translation à droite δ(g) est définie par σ′(δ(g)h)=λ(Th(δ(g)))σ(h) quel que soit h∈G; elle est encore invariante à gauche; elle se déduit aussi de σ par γ(g)∘δ(g)=Int(g), donc
σ′(e)=λ(Adg)⋅σ(e).
De même, soit τ une section invariante à droite de λ(TG); la transformée τ′ de τ par une translation à gauche γ(g) est encore invariante à droite, et l’on a
τ′(e)=λ(Adg)⋅τ(e).
Considérons maintenant G×G comme opérant à gauche dans G par ((g,g′),g′′)↦gg′′g′−1. Alors G est un espace homogène de Lie à gauche pour G×G (§1, n° 6, Exemple). Donc λ(TG) est un (G×G)-fibré vectoriel à gauche analytique. Une section de λ(TG) est dite biinvariante si elle est invariante par l’action de G×G dans λ(TG), autrement dit si elle est invariante par les translations à gauche et à droite. Soit λ(L(G))0 l’ensemble des éléments de λ(L(G)) invariants par λ(Ad(G)). Pour tout u∈λ(L(G))0, soit σu l’application de G dans λ(TG) définie par σu(g)=gu=ug. Alors, u↦σu est une bijection de λ(L(G))0 sur l’ensemble des sections biinvariantes de λ(TG) (§1, n° 8, cor. 1 de la prop. 17).
Proposition 50
Soit G un groupe de Lie (supposé de dimension finie si K est de caractéristique >0). Soit E l’espace vectoriel des formes multilinéaires alternées continues de degré k sur Te(G). Pour tout u∈E, soit ωu la forme différentielle de degré k sur G telle que (ωu)g soit la forme multilinéaire sur Tg(G) déduite de u par la translation h↦gh (resp. h↦hg). Alors ωu est analytique invariante à gauche (resp. à droite) sur G. L’application u↦ωu est un isomorphisme de E sur l’espace vectoriel des formes différentielles de degré k invariantes à gauche (resp. à droite) sur G.
C’est un cas particulier de ce qu’on a dit plus haut.
Soit F un espace normable complet. La prop. 50 reste valable si l’on remplace les formes différentielles sur G à valeurs dans K par les formes différentielles sur G à valeurs dans F. Pour toute application linéaire continue u de Te(G) dans F, il existe une forme différentielle ωu de degré 1 sur G, à valeurs dans F, telle que (ωu)g=u∘Tg(γ(g)−1). En particulier, prenons F=Te(G) et u=IdTe(G). On obtient alors la forme différentielle ω sur G telle que ωg=Tg(γ(g−1)); cette forme différentielle est invariante à gauche et analytique; on l’appelle la forme différentielle canonique gauche de G. On a ωg(t)=g−1t pour tout t∈Tg(G).
Si F est de nouveau un espace normable complet quelconque, et si u∈L(Te(G),F), on a ωu=u∘ω. En particulier (prenant F=K), l’application v↦v∘ω est une bijection linéaire du dual de Te(G) sur l’espace vectoriel des formes différentielles de degré 1 à valeurs dans K invariantes à gauche sur G.
De même, la forme différentielle ω′ sur G telle que ωg′=Tg(δ(g)) s’appelle la forme différentielle canonique droite de G. On a des propriétés analogues à celles de ω, qu’on laisse au lecteur le soin d’énoncer. L’application g↦g−1 de G sur G transforme ω en ω′.
14. Formules de Maurer-Cartan
Soit X une variété de classe Cr, de dimension finie si K est de caractéristique > 0 et soit L une algèbre de Lie normable complète. Soit α une forme différentielle de degré 1 sur X à valeurs dans L, de classe Cr−1. Soit x∈X. L’application
(u1,u2)↦[αx(u1),αx(u2)]
de Tx(X)×Tx(X) dans L est une forme bilinéaire alternée continue sur Tx(X), à valeurs dans L. Nous la noterons [α]x2, de sorte que [α]2 est une forme différentielle de degré 2 sur X à valeurs dans L. Identifiant un voisinage ouvert de x dans X à une partie ouverte d’un espace de Banach, on voit aussitôt que [α]2 est de classe Cr−1. Si X′ est une variété de classe Cr et f:X′→X un morphisme, on a
[f∗(α)]2=f∗([α]2).
Soient α,β deux formes différentielles de degré 1 sur X à valeurs dans L, de classe Cr−1. Le produit extérieur α∧β de α et β (VAR, R, 7.8.2) est une forme différentielle de degré 2 sur X, à valeurs dans L, de classe Cr−1; on a
Soit G un groupe de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0, et soient a1,…,ap des éléments de L(G), F un espace normable complet, α une forme différentielle de degré p−1 sur G à valeurs dans F. Si α est invariante à gauche, on a*
Mais les fonctions α(La1,…,Lai−1,Lai+1,…,Lap) sur G sont invariantes à gauche, donc constantes. Donc
Laiα(La1,…,Lai−1,Lai+1,…,Lap)=0.
Par ailleurs, [Lai,Laj]=L[ai,aj] (prop. 23), d’où la première formule de la prop. 51. La deuxième s’établit de manière analogue, en tenant compte cette fois de [Rai,Raj]=−R[ai,aj].
Corollaire 1
Soient G un groupe de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0, ω et ω′ les formes différentielles canoniques gauche et droite de G. On a*
d’où la première formule. La deuxième s’établit de manière analogue.
Corollaire 2
Supposons G de dimension finie. Soient (e1,…,en) une base de L(G), (e1∗,…,en∗) la base duale, (cijk) les constantes de structure de L(G) relativement à la base* (e1,…,en), ωi (resp. ωi′) la forme différentielle invariante à gauche (resp. à droite) sur G, à valeurs dans K, telle que (ωi)e=ei∗ (resp. (ωi′)e=ei∗). Alors
dωk+i<j∑cijkωi∧ωj=0(k=1,2,…,n)
dωk′−i<j∑cijkωi′∧ωj′=0(k=1,2,…,n).
En effet, si r<s, on a
(dωk)e(er,es)=−(ωk)e([er,es])
=−l∑crst(ωk)e(el)
=−crsk
=−i<j∑cijk(ωi∧ωj)e(er,es).
On raisonne de même pour les ωk′.
15. Construction de formes différentielles invariantes
Lemme 2
Soient G un groupe de Lie, U un voisinage ouvert symétrique de e dans G, E un espace normable complet, φ:U2→E une application analytique. Pour tout g∈U, soit ωg la différentielle au point g de l’application h↦φ(g−1h). Alors ω est la restriction à U de la forme différentielle invariante à gauche sur G dont la valeur en e est deφ.
Il est clair que ωe=deφ. Pour tout g∈U et tout t∈Te(G), on a
⟨ωg,Te(γ(g))t⟩=⟨dg(φ∘γ(g)−1),Te(γ(g))t⟩
=⟨deφ∘Tg(γ(g)−1),Te(γ(g))t⟩=⟨deφ,t⟩
donc ωg se déduit de deφ par Te(γ(g)).
Proposition 52
Soient n un entier >0, G un groupe de Lie de dimension n, U un voisinage ouvert symétrique de e dans G, ψ:U2→Kn une carte de G telle que ψ(e)=0. Si (x1,…,xn) sont les coordonnées de x∈ψ(U) et (y1,…,yn) les coordonnées de y∈ψ(U), notons
les formes différentielles ϖk sur ψ(U) sont déduites par ψ de formes différentielles invariantes à gauche sur G, et telles que ϖk(0,…,0)=dxk.
Appliquons le lemme 2 avec E=K, en prenant pour φ(g) la coordonnée d’indice k de ψ(g). On obtient une forme différentielle ωk; soit ϖk sa transformée par ψ. La valeur de ϖk en (x1,…,xn) est la différentielle en (x1,…,xn) de la fonction y↦mk(x1,…,xn,y1,…,yn); cette valeur est donc fournie par la formule (32). Il suffit alors d’utiliser la conclusion du lemme 2.
Proposition 53
Soient G un groupe de Lie, A une algèbre normable complète, φ un morphisme de groupes de Lie de G dans A∗. Pour tout g∈G, soit ωg=φ(g)−1⋅dgφ. Alors ω est la forme différentielle invariante à gauche sur G dont la valeur en e est deφ.
En effet, appliquons le lemme 2 avec E=A, U=G. La différentielle en g de l’application h↦φ(g−1h)=φ(g)−1φ(h) est φ(g)−1⋅dgφ.
16. Mesure de Haar sur un groupe de Lie
Soit G un groupe de Lie de dimension finie n. Alors ∧n(Te(G)) est de dimension 1. Donc (n° 13) l’espace vectoriel S des formes différentielles de degré n invariantes à gauche sur G est de dimension 1. Soit (ω1,…,ωn) une base de l’espace vectoriel des formes différentielles de degré 1 invariantes à gauche sur G; alors ω1∧ω2∧⋯∧ωn est une base de S.
Proposition 54
Soient G un groupe de Lie de dimension finie n, ω une forme différentielle de degré n invariante à gauche sur G, et φ un endomorphisme de G. On a
φ∗(ω)=(detL(φ))ω.
Posons L(φ)=u,ωe=f,φ∗(ω)e=g. Quels que soient x1,…,xn dans L(G), on a
g(x1,…,xn)=f(ux1,…,uxn)=(detu)f(x1,…,xn)
donc φ∗(ω)e=detL(φ)⋅ωe. D’autre part, si g∈G, on a φ∘γ(g)=γ(φ(g))∘φ, donc γ(g)∗φ∗(ω)=φ∗(ω). Ainsi, φ∗(ω) est invariante à gauche, d’où la proposition.
Corollaire
Pour tout g∈G, on a
δ(g)∗ω=(detAdg)ω.
En effet, δ(g)∗ω=δ(g)∗γ(g)∗ω=(Intg)∗ω, et L(Intg)=Adg.
Soient G un groupe localement compact, φ un endomorphisme de G. Supposons qu’il existe des voisinages ouverts V,V′ de e tels que φ(V)=V′ et que φ∣V soit un isomorphisme local de G à G. Soit μ une mesure de Haar à gauche de G. D’après INT, VII, , cor. de la prop. 9, il existe un nombre a>0 unique tel que φ(μ∣V)=a−1μ∣V′. Il est clair que a est indépendant des choix de V,V′,μ. On l’appelle le module de φ et on le note modGφ ou simplement modφ. Lorsque φ est un automorphisme de G, on retrouve la déf. 4 de INT, VII, § 1
Proposition 55
Supposons K localement compact. Soit μ une mesure de Haar sur le groupe additif de K. Soit G un groupe de Lie de dimension finie n.
(i) Soit ω une forme différentielle de degré n sur G, invariante à gauche et non nulle. Alors la mesure mod (ω)μ (VAR, R, 10.1.6) est une mesure de Haar à gauche de G. Si K=R, et si G est muni de l’orientation définie par ω, la mesure définie par ω (VAR, R, 10.4.3) est une mesure de Haar à gauche de G.
(ii) *Soit φ un endomorphisme étale de G. On a modφ=moddetL(φ).
(i) est évident. Soient V, V′ des voisinages ouverts de e tels que φ(V)=V′ et que φ∣V soit un isomorphisme local de G à G. On a*
φ−1(mod(ω)μ∣V′)=mod(φ∗(ω))μ∣V)par transport de structure
=mod(detL(φ)ω∣V)μ(prop. 54)
=moddetL(φ)(mod(ω)μ)∣V)
d’où modφ=moddetL(φ) par définition de modφ.
Corollaire
Pour tout g∈G, on a ΔG(g)=(moddetAdg)−1. En particulier, pour que G soit unimodulaire, il faut et il suffit moddetAdg=1 pour tout g∈G.
En effet,
ΔG(g)=(modIntg)−1(INT, VII, § 1, formule (33))
=(moddetL(Intg))−1(prop. 55)
=(moddetAdg)−1.
Remarque
Reprenons les hypothèses et les notations de la prop. 52, et supposons K localement compact. Soit μ la mesure
sur ψ(U). Alors ψ−1(μ) est la restriction à U d’une mesure de Haar de G.
Proposition 56
Soient G un groupe de Lie de dimension finie n, H un sous-groupe de Lie de dimension p, X l’espace homogène de Lie G/H. On suppose que*
detAdL(G)h=detAdL(H)h
*pour tout h∈H. Alors:
(i) Les formes différentielles de degré n — p sur X invariantes par G sont analytiques.
(ii) L’espace vectoriel de ces formes est de dimension 1.
(iii) Si ω est une telle forme non nulle, et si K est localement compact, mod (ω)u est une mesure non nulle sur X invariante par G.
D’après le § 1, n° 8, Exemples, Altn−p(TX,K) est un G-fibré vectoriel analytique. Soit x0 l’image canonique de e dans X; son stabilisateur est H. La fibre de Altn−p(TX,K) en x0 est ∧n−pTx0(X)∗, et Tx0(X) s’identifie canoniquement à L(G)/L(H). Si h∈H, l’automorphisme τh de X défini par h se déduit par passage au quotient de l’automorphisme g↦hgh−1 de G. Donc l’automorphisme Tx0(τh) se déduit par passage au quotient de AdL(G)(h). Comme
detAdL(G)h=(detAdL(H)h)⋅(detTx0(τh)),
l’hypothèse entraîne que detTx0(h)=1. Ainsi, tout élément de ∧n−pTx0(X)∗ est invariant par H. Ceci posé, (i) et (ii) résultent du § 1, n° 8, cor. 1 de la prop. 17, et (iii) est évident.
L’existence d’une mesure positive non nulle sur X invariante par G résulte d’ailleurs d’INT, VII, § 2, cor. 2 du th. 3, car l’hypothèse de la prop. 56 implique ΔG∣H=ΔH (cor. de la prop. 55).
Proposition 57
Soit G un groupe de Lie de dimension finie n. Choisissons une base de ∧nTe(G)∗; grâce à la trivialisation droite (resp. gauche) de ∧nT(G)∗, cela permet d’identifier ce fibré vectoriel au fibré vectoriel trivial G×K, de sorte que le transposé d’un opérateur différentiel scalaire s’identifie à un opérateur différentiel scalaire.
Ceci posé, si u∈U(G), le transposé de Lu (resp. Ru) est Lu∨ (resp. Ru).
Nous raisonnons dans le cas où on a trivialisé ∧nT(G)∗ à l’aide d’une forme ω invariante à droite.
Supposons la proposition prouvée pour des éléments u1,u2 de U(G). Alors,
donc la proposition est vraie pour u1∗u2. Il suffit par conséquent de prouver la proposition quand u∈Te(G). Or, Lu est défini par G opérant à droite dans G (n° 6), donc θLuω=0 puisque ω est invariante à droite (VAR, R, 8.4.5); par suite, si f est une fonction analytique dans un voisinage ouvert de e, à valeurs dans K, on a θLu(fω)=(θLuf)ω (VAR, R, 8.4.8). Compte tenu des identifications faites et de VAR, R, 14.4.1, le transposé de Lu est −Lu, c’est-à-dire Lu∨.
Corollaire
Soient G un groupe de Lie réel de dimension finie, μ (resp. ν) une mesure de Haar à gauche (resp. à droite) de G, k un entier ⩾0, u∈Uk(G), f et g des fonctions réelles de classe Ck sur G à support compact. Alors
∫G(Ruf)gdμ=∫Gf(Ruνg)dμ
∫G(Luf)gdν=∫Gf(Luνg)dν.
Cela résulte de la prop. 57, et de VAR, R, 14.3.8.
17. Différentielle gauche
Définition 8
Soient G un groupe de Lie, M une variété de classe Cr, f une application de classe Cr de M dans G. On appelle différentielle gauche (resp. droite) de f la forme différentielle de degré 1 sur M à valeurs dans L(G) qui, à tout vecteur u∈Tm(M), associe l’élément f(m)−1⋅(Tmf)(u) (resp. (Tmf)(u)⋅f(m)−1).
Dans ce chapitre, nous ne considérerons que la différentielle gauche, que nous noterons f−1⋅df, et laisserons au lecteur le soin de traduire les résultats pour la différentielle droite.
Si f est l’application identique de G, f−1⋅df est la forme différentielle gauche canonique ω de G. Revenant au cas général de la déf. 8, on a (f−1⋅df)m=ωf(m)∘Tm(f), donc f−1⋅df=f∗(ω). Cela entraîne que f−1⋅df est de classe Cr−1.
Exemple 1
Si G est le groupe additif d’un espace normable complet, et si on identifie canoniquement T0(E) à E, f−1⋅df est la différentielle df définie en VAR, R, 8.2.2.
Exemple 2
Supposons que G soit le groupe multiplicatif A∗ associé à une algèbre normable complète A. Alors f peut être considérée comme une application de M dans A, donc la différentielle df au sens de VAR, R, 8.2.2 est définie, et le produit f−1df au sens de VAR, R, 8.3.2 est défini. Il est clair que cette dernière forme est identique à la différentielle gauche de f.
Proposition 58
Soient G et H deux groupes de Lie, M une variété de classe Cr, f une application de classe Cr de M dans G, et h un morphisme de G dans H. On a
(h∘f)−1⋅d(h∘f)=L(h)∘(f−1⋅df)=(h−1⋅dh)∘T(f).
On a, en effet, quels que soient x∈M et u∈Tx(M),
(h∘f)−1⋅d(h∘f)(u)=((h∘f)(x))−1⋅T(h∘f)(u).
Cette dernière expression est égale, d’une part, à
T(h)(f(x)−1⋅T(f)(u))(§ 2, prop. 5)
=Te(h)((f−1⋅df)(u))
et d’autre part à
h(f(x))−1T(h)(T(f)u)=(h−1.dh)(T(f)u).
Proposition 59
Soient G un groupe de Lie, M une variété de classe C^r, f et g des applications de classe C^r de M dans G, et p la surjection canonique de TM sur M.
(i) On a
(fg)−1.d(fg)=(Ad∘g∘p)−1∘(f−1.df)+g−1.dg.
(ii) Posons h(m) = f(m)^{-1} pour tout m \in M. Alors
h−1.dh=−(Ad∘f∘p)∘(f−1.df).
L’assertion (i) résulte du § 2, n° 2, prop. 7. L’assertion (ii) résulte de (i) en faisant g=h.
Corollaire 1
Soient s \in G, et sg l’application x \mapsto sg(x) de M dans G. On a
(sg)−1.d(sg)=g−1.dg.
Cela résulte de la prop. 59 (i) en prenant pour f l’application constante x↦s de M dans G.
Corollaire 2
Si les applications f et g de M dans G ont même différentielle gauche, l’application tangente à fg−1 est partout nulle. Si de plus K est de caractéristique 0, alors fg−1 est localement constante.
Si f−1.df=g−1.dg, on a donc (fg−1)−1.d(fg−1)=0, c’est-à-dire Tx(fg−1)=0 pour tout x∈M. Ceci prouve la première assertion. La deuxième en résulte, d’après VAR, R, 5.5.3.
Proposition 60
Soient G un groupe de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0, M une variété de classe C^r, f une application de classe C^r de M dans G, et α la différentielle gauche de f. On a dα+[α]2=0.
En effet, soit ω la forme différentielle gauche canonique de G. Utilisant le cor. 1 de la prop. 51, n° 14, on a
dα=d(f∗(ω))=f∗(dω)=f∗(−[ω]2)=−[f∗(ω)]2=−[α]2.
18. Algèbre de Lie d’un groupuscule de Lie
Dans ce n°, on désigne par (G, e, θ, m) un groupuscule de Lie. Une grande partie des résultats du § sont encore valables, avec la même démonstration. Nous allons passer en revue ceux qui nous seront utiles.
18.1 Soit Ω l’ensemble de définition de m. Soient (g,g′)∈Ω,t∈Tg(∞)(G),t′∈Tg′(∞)(G). Comme au n° 1, on appelle produit de convolution de t et t′, et on note t∗t′, l’image de t⊗t′ par m. On pose U(G)=Te(∞)(G),Us(G)=Te(s)(G),U+(G)=Te(∞)+(G),Us+(G)=Te(s)+(G). Pour t,t′ dans U(G), t∗t′ est défini et appartient à U(G). Pour le produit de convolution, U(G) est une algèbre associative, avec l’élément unité εe, filtrée par les Us(G). L’isomorphisme canonique iG,e de gr U(G) sur TS(Te(G)) est un isomorphisme d’algèbres.
18.2. Soient G,H des groupuscules de Lie, φ:G→H un morphisme. Si t∈U(G), l’image U(φ)(t) de t par φ∗ est un élément de U(H), et U(φ) est un morphisme de l’algèbre U(G) dans l’algèbre U(H). L’application θ:x↦x−1 de G dans G définit une application t↦t∨ de U(G) dans U(G). Pour t,t′ dans U(G), le produit t∗t′ calculé relativement à G∨ est égal au produit t′∗t calculé relativement à G, et (t∗t′)∨=t′∨∗t∨. On a U(φ)(t∨)=(U(φ)t)∨. Si G1,…,Gn sont des groupuscules de Lie, et G=G1×⋯×Gn, l’isomorphisme canonique de U(G1)⊗⋯⊗U(Gn) sur U(G) est un isomorphisme d’algèbres; pour t1,…,tn dans U(G), on a (t1⊗⋯⊗tn)∨=t1∨⊗⋯⊗tn∨. Soient L un sous-groupuscule de Lie de G, et i:L→G l’injection canonique. Alors U(i) est un homomorphisme injectif de l’algèbre U(H) dans l’algèbre U(G), et U(i)(t∨)=(U(i)(t))∨ pour tout t∈U(H). Munie du produit de convolution et du coproduit que définit la structure de variété de G, U(G) est une bigèbre, et U(φ) est un morphisme de bigèbres.
18.3. Soient G un groupuscule de Lie, X une variété de classe Cr, et ψ un morceau de loi d’opération à gauche de classe Cr de G dans X. Soit Ω l’ensemble de définition de ψ. Si t∈Tg(s)(G),u∈Tx(s′)(X), si (g,x)∈Ω et si s+s′≤r, on note t∗u l’image de t⊗u par ψ∗. Soient t∈Tg(s)(G),t′∈Tg′(s′)(G),u∈Tx(s′′)(X); si s+s′+s′′≤r, et si gg′,(gg′)x,g′x,g(g′x) sont définis, alors
(t∗t′)∗u=t∗(t′∗u).
Soient x0∈X, et ρ(x0) l’application g↦gx0, qui est définie dans un voisinage ouvert de e. Si t∈Ur(G), on a ρ(x0)∗t=t∗εx0. Ici et dans la suite de ce n°, nous laisserons au lecteur le soin de faire les traductions pour les morceaux de lois d’opération à droite.
18.4. Conservons les notations de 18.3. Soit t∈Us(G) avec s≤r. Soit f une fonction de classe Cr sur X à valeurs dans un espace polynormé séparé. On note t∗f la fonction sur X définie par
Si t∈Us(G), t′∈Us′(G) et si s+s′≤r, on a ⟨t′,t∗f⟩=⟨t∨∗t′,f⟩, et (t∗t′)∗f=t∗(t′∗f). Soient t∈Us(G), f et f′ des fonctions de classe Cr sur X à valeurs dans des espaces polynormés séparés F, F′, et (u,u′)↦u.u′ une application bilinéaire continue de F×F′ dans un espace polynormé séparé; soit ∑i=1nti⊗ti′ l’image de t par le coproduit; si s≤r, on a
t∗(ff′)=i=1∑n(ti∗f)(ti′∗f′).
18.5. Conservons les notations de 18.3. Soit t∈Us(G), avec s≤r. L’application x↦t∗εx s’appelle le champ de distributions ponctuelles défini par t et par le morceau de loi d’opération, et se note parfois Dtψ ou Dt. Si f:X→F est une fonction de classe Cr, la fonction t∨∗f sur X se note aussi Dtf; elle est de classe Cr−s si s<∞. Si t∈Us(G), t′∈Us′(G), et s+s′≤r, on a Dt∗t′f=Dt′(Dtf). Si G et X sont de dimension finie, Dt est un opérateur différentiel sur X d’ordre ≤s, et de classe Cr−s (si s<∞). La fonction Dtf est alors la transformée de f par cet opérateur différentiel.
18.6. Soient G un groupuscule de Lie, et t∈U(G). On note Lt le champ de distributions ponctuelles g↦εg∗t sur G, et Rt le champ de distributions ponctuelles g↦t∗εg sur G. Si f∈Cω(G,F), on a Ltf∈Cω(G,F) et Rtf∈Cω(G,F). Pour t,t′ dans U(G), on a Lt∗t′=Lt∘Lt′, Rt∗t′=Rt′∘Rt, Lt∘Rt′=Rt′∘Lt, θ(Lt)=Rt∨.
18.7. Comme Te(G) est l’ensemble des éléments primitifs de U(G), on a [Te(G),Te(G)]⊂Te(G). L’espace normable Te(G), muni du crochet, est une algèbre de Lie normable, appelée algèbre de Lie normable de G (ou algèbre de Lie de G), et notée L(G). Soit E(G) l’algèbre enveloppante de L(G). L’injection canonique de L(G) dans U(G) définit un homomorphisme η de l’algèbre E(G) dans l’algèbre U(G); si K est de caractéristique 0, η est un isomorphisme de bigèbres, grâce auquel on identifie U(G) à E(G). Reprenons les notations de 18.3. Pour tout a∈L(G), soit Da le champ de distributions ponctuelles défini par a sur X. L’application (a,x)↦Da(x) est un morphisme de classe Cr−1 du fibré vectoriel trivial L(G)×X dans le fibré vectoriel T(X). Soient I une partie ouverte de K contenant 0, et γ:I→G une application de classe Cr telle que γ(0)=e. Soit a=T0(γ)1∈L(G). Si f:X→F est une fonction de classe Cr, on a
(Daf)(x)=k∈K∗,k→0limk−1(f(γ(k)x)−f(x)).
Si r≥2, l’application a↦Da est une loi d’opération infinitésimale à gauche de classe Cr−1 de L(G) dans X.
18.8. Soient G et H des groupuscules de Lie, φ un morphisme de G dans H. La restriction de U(φ) à L(G), qui n’est autre que Te(φ), est un morphisme continu de L(G) dans L(H), qu’on note L(φ). Si ψ est un morphisme de H dans un groupuscule de Lie, on a L(ψ∘φ)=L(ψ)∘L(φ). Pour que φ soit une immersion, il faut et il suffit que L(φ) soit un isomorphisme de L(G) sur une sous-algèbre de Lie de L(H) admettant un supplémentaire topologique. En particulier, si G est un sous-groupuscule de Lie de H et si φ est l’injection canonique, on identifie L(G) à une sous-algèbre de Lie de L(H) grâce à L(φ). Si (Gi)i∈I est une famille finie de groupuscules de Lie et G leur produit, L(G) s’identifie canoniquement à ∏i∈IL(Gi).
18.9. Soit G un groupuscule de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0. Soit F un espace normable complet. Soit α une forme différentielle de degré k sur G à valeurs dans F. On dit que α est invariante à gauche sur G si αg se déduit de αe par l’application h↦gh d’un voisinage de e sur voisinage de g. Si α est invariante à gauche, α est analytique. L’application α↦αe est une bijection de l’ensemble des formes différentielles de degré k sur G à valeurs dans F et invariantes à gauche sur l’ensemble des applications k-linéaires alternées continues de Te(G) dans F. Si αe=IdTe(G), α s’appelle la forme différentielle canonique gauche de G. On définit de manière analogue les formes différentielles invariantes à droite et la forme différentielle canonique droite de G. Si ω est la forme différentielle canonique gauche de G, on a dω+[ω]2=0. Soient M une variété de classe Cr, f une application de classe Cr de M dans G. On appelle différentielle gauche de f, et on note f−1.df, la forme différentielle de degré 1 sur M à valeurs dans L(G) qui, à tout vecteur u∈Tm(M), associe l’élément f(m)−1.(Tmf)(u). On a f−1.df=f∗(ω), dα+[α]2=0. Si deux applications f et g de M dans G ont même différentielle gauche, et si K est de caractéristique 0, alors fg−1 est localement constante.