Bourbaki

§ 3. Passage d’un groupe de Lie à son algèbre de Lie

1. Convolution des distributions ponctuelles sur un groupe de Lie

Définition 1

Soient G un groupe de Lie, g et g' deux points de G, et soient t ∈ T^{(∞)}_g(G), t' ∈ T^{(∞)}_{g'}(G) deux distributions ponctuelles en g et g' sur G (VAR, R, 13.2.1). On appelle produit de convolution de t et t', et on note t \* t', l’image de t ⊗ t' par l’application (h, h') ↦ hh' de G × G dans G (VAR, R, 13.2.3).

Proposition 1

(i) Si t ∈ T^{(s)}_g(G) et t' ∈ T^{(s')}_{g'}(G), on a t \* t' ∈ T^{(s + s')}_{gg'}(G). (ii) Si t ou t' est sans terme constant, t \* t' est sans terme constant. (iii) ε_g \* ε_{g'} = ε_{gg'}. (iv) Soient t ∈ T^{(s)}_g(G), t' ∈ T^{(s')}_{g'}(G), et f une fonction de classe C^{s + s'} dans un voisinage ouvert de gg', à valeurs dans un espace polynormé séparé. On a

⟨t∗t′,f⟩=⟨t′,h′↦⟨t,h↦f(hh′)⟩⟩=⟨t,h↦⟨t′,h′↦f(hh′)⟩⟩. \langle t * t', f \rangle = \langle t', h' \mapsto \langle t, h \mapsto f(hh') \rangle \rangle \\ = \langle t, h \mapsto \langle t', h' \mapsto f(hh') \rangle \rangle.
Cela résulte de VAR, R, 13.4.1, 13.2.3 et 13.4.4.

Supposons K = R ou C, et G de dimension finie. Alors G est localement compact. Si t, t' sont des mesures ponctuelles, la définition de t \* t' concorde avec celle de INT, VIII, § 1. Nous verrons plus tard comment le produit de convolution des mesures et celui des distributions ponctuelles sont deux cas particuliers du produit de convolution de distributions non nécessairement ponctuelles.

Soit T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) la somme directe des Tg(∞)(G)T^{(\infty)}_g(G) pour g∈Gg \in G (cf. VAR, R, 13.6.1). On définit le produit de convolution dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) comme l’application bilinéaire de T(∞)(G)×T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) \times \mathscr{T}^{(\infty)}(G) dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) prolongeant le produit de convolution de la déf. 1. On le note encore *. Ainsi, T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) est muni d’une structure d’algèbre, filtrée par les T(s)(G)\mathscr{T}^{(s)}(G). La sous-algèbre T(0)(G)=⨁g∈GTg(0)(G)\mathscr{T}^{(0)}(G) = \bigoplus_{g \in G} T^{(0)}_g(G) s’identifie à l’algèbre K(G)K^{(G)} du groupe G sur K.

Proposition 2

L’algèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) est associative. Elle est commutative si et seulement si G est commutatif.

Soient t∈T(∞)(G),t′∈T(∞)(G),t′′∈T(∞)(G)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G), t' \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G), t'' \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G). Alors t∗(t′∗t′′)t * (t' * t'') est l’image de t⊗t′⊗t′′t \otimes t' \otimes t'' par l’application (g,g′,g′′)↦g(g′g′′)(g, g', g'') \mapsto g(g'g'') de G×G×GG \times G \times G dans G, et (t∗t′)∗t′′(t * t') * t'' est l’image de t⊗t′⊗t′′t \otimes t' \otimes t'' par l’application (g,g′,g′′)↦(gg′)g′′(g, g', g'') \mapsto (gg')g'' de G×G×GG \times G \times G dans G. Donc (t∗t′)∗t′′=t∗(t′∗t′′)(t * t') * t'' = t * (t' * t''). On voit de même que, si G est commutatif, t∗t′=t′∗tt * t' = t' * t. Si le produit de convolution est commutatif, G est commutatif d’après la prop. 1 (iii).

Proposition 3

Si t∈T(∞)(G)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G) et g∈Gg \in G, on a γ(g)∗t=εg∗t,δ(g)∗t=t∗εg−1,(Int g)∗t=εg∗t∗εg−1\gamma(g)_* t = \varepsilon_g * t, \delta(g)_* t = t * \varepsilon_{g^{-1}}, (\mathrm{Int}\, g)_* t = \varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}. En particulier, εe\varepsilon_e est élément unité de T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G).

Considérons le diagramme

G→φG×G→ψG G \xrightarrow{\varphi} G \times G \xrightarrow{\psi} G

où φ\varphi est l’application h↦(g,h)h \mapsto (g, h) et où ψ\psi est l’application (h′,h)↦h′h(h', h) \mapsto h'h. On a γ(g)=ψ∘φ\gamma(g) = \psi \circ \varphi, donc γ(g)∗t=ψ∗(φ∗(t))\gamma(g)*t = \psi_*(\varphi_*(t)). Or φ∗(t)=εg⊗t\varphi_*(t) = \varepsilon_g \otimes t, donc ψ∗(φ∗(t))=εg∗t\psi_*(\varphi_*(t)) = \varepsilon_g * t. On raisonne de même pour δ(g)∗t\delta(g)*t. Enfin, Int g=γ(g)∘δ(g)\mathrm{Int}\, g = \gamma(g) \circ \delta(g), donc (Int g)∗=γ(g)∗∘δ(g)∗(\mathrm{Int}\, g)_* = \gamma(g)_* \circ \delta(g)_*.

On voit donc que, pour t∈T(G)t \in T(G), εg∗t\varepsilon_g * t et t∗εgt * \varepsilon_g sont égaux à gtgt et tgtg calculés dans le groupe T(G)T(G) (§ 2, n° 2). On prendra garde que, pour t,t′t, t' dans T(G)T(G), le produit tt′tt' au sens du § 2 est en général distinct de t∗t′t * t'.

Définition 2

Soit GG un groupe de Lie. La sous-algèbre de T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) formée des distributions à support contenu dans {e}\{e\} se note U(G)U(G).

Cette algèbre est filtrée par les sous-espaces

Us(G)=U(G)∩T(s)(G)=Te(s)(G). U_s(G) = U(G) \cap \mathscr{T}^{(s)}(G) = T_e^{(s)}(G).

On pose U+(G)=Te(∞)+(G)U^+(G) = T_e^{(\infty)+}(G), Us+(G)=U+(G)∩Us(G)U_s^+(G) = U^+(G) \cap U_s(G) (cf. VAR, R, 13.2.1). Rappelons que U0(G)U_0(G) s’identifie à KK, et U1+(G)U_1^+(G) à l’espace tangent Te(G)T_e(G). Dans U(G)U(G), U+(G)U^+(G) est un idéal bilatère supplémentaire de U0(G)U_0(G).

Exemple

Soit EE un espace normable complet, considéré comme groupe de Lie. Alors l’espace vectoriel U(E)U(E) s’identifie canoniquement à l’espace vectoriel TS(E)TS(E) (VAR, R, 13.2.4). Soit m:E×E→Em : E \times E \to E l’addition dans EE. Alors

m∗:TS(E×E)→TS(E) m_* : TS(E \times E) \to TS(E)

est égal à TS(m)TS(m) (VAR, R, 13.2.4). Pour t,t′t, t' dans U(E)=TS(E)U(E) = TS(E), l’image t∗t′t * t' du produit tensoriel symétrique t⊗t′t \otimes t' par m∗m_* est donc TS(m)(t⊗t′)TS(m)(t \otimes t'). D’après A, IV, § 5, n° 6, prop. 7, n°elle édition, cette image n’est autre que le produit tt′tt' dans l’algèbre TS(E)TS(E). Ainsi, l’algèbre U(E)U(E) s’identifie à l’algèbre TS(E)TS(E).

Proposition 4

Considérons l’application bilinéaire (u,v)↦u∗v(u, v) \mapsto u * v (resp. (u,v)↦v∗u(u, v) \mapsto v * u) de U(G)×K(G)U(G) \times K^{(G)} dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G). L’application linéaire correspondante de U(G)⊗K(G)U(G) \otimes K^{(G)} dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) est un isomorphisme d’espaces vectoriels.

En effet, K(G)K^{(G)} est somme directe des KεxK\varepsilon_x pour x∈Gx \in G. D’autre part, l’application u↦u∗εgu \mapsto u * \varepsilon_g (resp. u↦εg∗uu \mapsto \varepsilon_g * u) est un isomorphisme de l’espace vectoriel U(G)=Te(∞)(G)U(G) = T_e^{(\infty)}(G) sur l’espace vectoriel Tg(∞)(G)T_g^{(\infty)}(G) d’après la prop. 3. Enfin, T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) est somme directe des Tg(∞)(G)T_g^{(\infty)}(G) pour g∈Gg \in G.

C.Q.F.D.

Soient XX une variété de classe CrC^r (r≥∞r \geq \infty) et x∈Xx \in X. On a défini (VAR, R, 13.3.1) une filtration canonique sur l’espace vectoriel Tx(∞)(X)T_x^{(\infty)}(X), et un isomorphisme canonique iX,xi_{X,x} de l’espace vectoriel gradué associé sur l’espace vectoriel gradué

TS(T_x(X)). En particulier, posons T_e(G) = L; alors i_{G,e} est un isomorphisme de l’espace vectoriel gradué gr U(G) sur l’espace vectoriel gradué TS(L). Mais U(G) est une algèbre filtrée, d’où une structure d’algèbre graduée sur gr U(G).

Proposition 5

L’isomorphisme iG,e:gr U(G)→TS(L)i_{G,e} : \mathrm{gr}\ U(G) \to \mathrm{TS}(L) est un isomorphisme d’algèbres.

Soit pp l’application (t,t′)↦t⊗t′(t, t') \mapsto t \otimes t' de U(G)×U(G)U(G) \times U(G) dans U(G×G)U(G \times G). Soit cc l’application (t,t′)↦t∗t′(t, t') \mapsto t * t' de U(G)×U(G)U(G) \times U(G) dans U(G)U(G). Soit mm l’application (g,g′)↦gg′(g, g') \mapsto gg' de G×GG \times G dans GG. On a d’après la déf. 1

c=m∗∘p. c = m_* \circ p.
Considérons le diagramme

gr U(G)×gr U(G)→gr(p)gr U(G×G)→gr(m∗)gr U(G)↓iG,e×iG,e↓iG×G,eTS(L)×TS(L)→qTS(L×L)→TS(T(m))TS(L) \begin{array}{ccc} \mathrm{gr}\ U(G) \times \mathrm{gr}\ U(G) & \xrightarrow{\mathrm{gr}(p)} & \mathrm{gr}\ U(G \times G) \xrightarrow{\mathrm{gr}(m_*)} \mathrm{gr}\ U(G) \\ \downarrow i_{G,e} \times i_{G,e} & & \downarrow i_{G \times G,e} \\ \mathrm{TS}(L) \times \mathrm{TS}(L) & \xrightarrow{q} & \mathrm{TS}(L \times L) \xrightarrow{\mathrm{TS}(T(m))} \mathrm{TS}(L) \end{array}

où qq est l’application déduite de l’isomorphisme canonique de TS(L)⊗TS(L)\mathrm{TS}(L) \otimes \mathrm{TS}(L) sur TS(L×L)\mathrm{TS}(L \times L). D’après VAR, R, 13.4.6 et 13.3.5, les deux carrés du diagramme sont commutatifs. Donc, compte tenu de (1), le diagramme

gr U(G)×gr U(G)→gr(c)gr U(G)↓iG,e×iG,e↓iG,eTS(L)×TS(L)→TS(T(m))∘qTS(L) \begin{array}{ccc} \mathrm{gr}\ U(G) \times \mathrm{gr}\ U(G) & \xrightarrow{\mathrm{gr}(c)} & \mathrm{gr}\ U(G) \\ \downarrow i_{G,e} \times i_{G,e} & & \downarrow i_{G,e} \\ \mathrm{TS}(L) \times \mathrm{TS}(L) & \xrightarrow{\mathrm{TS}(T(m)) \circ q} & \mathrm{TS}(L) \end{array}

est commutatif. Or T(m):L×L→LT(m) : L \times L \to L transforme (x,y)(x, y) en x+yx + y (§ 2, n° 1, prop. 2 (ii)). D’après A, IV, § 5, n° 6, prop. 7, n^{elle} édition, TS(T(m))∘q\mathrm{TS}(T(m)) \circ q est donc la multiplication de l’algèbre TS(L)\mathrm{TS}(L).

2. Propriétés fonctorielles

Proposition 6

Soient G,HG, H des groupes de Lie, φ\varphi un morphisme de GG dans HH. Pour t,t′t, t' dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G), on a φ∗(t∗t′)=φ∗(t)∗φ∗(t′)\varphi_*(t * t') = \varphi_*(t) * \varphi_*(t').

Considérons le diagramme

G×G→mG↓φ×φ↓φH×H→nH \begin{array}{ccc} G \times G & \xrightarrow{m} & G \\ \downarrow \varphi \times \varphi & & \downarrow \varphi \\ H \times H & \xrightarrow{n} & H \end{array}

où m(g,g′)=gg′m(g, g') = gg', n(h,h′)=hh′n(h, h') = hh'. Ce diagramme est commutatif. Donc

φ∗(t∗t′)=φ∗(m∗(t⊗t′))=n∗((φ×φ)∗(t⊗t′))=n∗(φ∗(t)⊗φ∗(t′))=φ∗(t)∗φ∗(t′). \varphi_*(t * t') = \varphi_*(m_*(t \otimes t')) = n_*((\varphi \times \varphi)_*(t \otimes t')) = n_*(\varphi_*(t) \otimes \varphi_*(t')) = \varphi_*(t) * \varphi_*(t').

Les groupes de Lie G et G∨G^\vee ont la même variété sous-jacente, donc les espaces vectoriels T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) et T(∞)(G∨)\mathscr{T}^{(\infty)}(G^\vee) sont les mêmes. Soit θ\theta l’application g↦g−1g \mapsto g^{-1}, qui est un isomorphisme du groupe de Lie G sur le groupe de Lie G∨G^\vee. Alors θ∗\theta_* est un automorphisme de l’espace vectoriel T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G), automorphisme qu’on note t↦t∨t \mapsto t^\vee. On a (εg)∨=εg−1(\varepsilon_g)^\vee = \varepsilon_{g^{-1}}. Si t∈Te(G)t \in T_e(G), on a

t∨=−t(§2,prop. 2). t^\vee = -t \quad (§ 2, \text{prop. } 2).

Exemple

Supposons que G soit le groupe de Lie défini par un espace normable complet E. Alors U(G) s’identifie à TS(E) et la restriction de θ∗\theta_* à U(G) s’identifie à TS(T_e(\theta)) (VAR, R, 13.2.4). Par suite, si t∈TSs(E)t \in TS^s(E), on a t∨=(−1)stt^\vee = (-1)^s t.

Proposition 7

Soit G un groupe de Lie. Soient t, t' dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G).* (i) Le produit t \ t' calculé relativement à G∨G^\vee est égal au produit t' \* t calculé relativement à G.* (ii) On a (t∗t′)∨=t′∨∗t∨(t * t')^\vee = {t'}^\vee * t^\vee. Considérons le diagramme

G×G→sG×G↘n↙mG \begin{array}{ccc} G \times G & \xrightarrow{s} & G \times G \\ & \searrow^n & \swarrow^m \\ & & G \end{array}

où s(g,g′)=(g′,g)s(g, g') = (g', g), m(g,g′)=gg′m(g, g') = gg', n(g,g′)=g′gn(g, g') = g'g quels que soient g,g′g, g' dans G. Ce diagramme est commutatif. Donc n∗(t⊗t′)=m∗(s∗(t⊗t′))=m∗(t′⊗t)n_*(t \otimes t') = m_*(s_*(t \otimes t')) = m_*(t' \otimes t). Cette égalité n’est autre que (i). L’assertion (ii) résulte de (i) et de la prop. 6.

Proposition 8

Soient G, H des groupes de Lie, φ\varphi un morphisme de G dans H. Si t∈T(∞)(G)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G), on a φ∗(t∨)=(φ∗(t))∨\varphi_*(t^\vee) = (\varphi_*(t))^\vee.* Soit θ\theta (resp. θ′\theta') l’application g↦g−1g \mapsto g^{-1} de G dans G (resp. de H dans H). On a φ∘θ=θ′∘φ\varphi \circ \theta = \theta' \circ \varphi, d’où φ∗(θ∗(t))=θ∗′(φ∗(t))\varphi_*(\theta_*(t)) = \theta'_*(\varphi_*(t)).

Proposition 9

Soient G1,…,GnG_1, \ldots, G_n des groupes de Lie, et G=G1×⋯×GnG = G_1 \times \cdots \times G_n. Si l’on identifie canoniquement les espaces vectoriels T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) et T(∞)(G1)⊗⋯⊗T(∞)(Gn)\mathscr{T}^{(\infty)}(G_1) \otimes \cdots \otimes \mathscr{T}^{(\infty)}(G_n), l’algèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) est produit tensoriel des algèbres T(∞)(G1),…,T(∞)(Gn)\mathscr{T}^{(\infty)}(G_1), \ldots, \mathscr{T}^{(\infty)}(G_n). Si ti∈T(∞)(Gi)t_i \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G_i) pour i=1,…,ni = 1, \ldots, n, on a

(t1⊗⋯⊗tn)∨=t1∨⊗⋯⊗tn∨. (t_1 \otimes \cdots \otimes t_n)^{\vee} = t_1^{\vee} \otimes \cdots \otimes t_n^{\vee}.
Il suffit d’envisager le cas où n=2n = 2. Soient t1,t1′t_1, t_1' dans T(∞)(G1)\mathscr{T}^{(\infty)}(G_1), t2,t2′t_2, t_2' dans T(∞)(G2)\mathscr{T}^{(\infty)}(G_2). Il s’agit de montrer que (t1⊗t2)∗(t1′⊗t2′)=(t1∗t1′)⊗(t2∗t2′)(t_1 \otimes t_2) * (t_1' \otimes t_2') = (t_1 * t_1') \otimes (t_2 * t_2'), et que (t1⊗t2)∨=t1∨⊗t2∨(t_1 \otimes t_2)^{\vee} = t_1^{\vee} \otimes t_2^{\vee}. Considérons le diagramme

(G1×G2)×(G1×G2)→mG1×G2↘n↗p1×p2(G1×G1)×(G2×G2) \begin{array}{ccc} (G_1 \times G_2) \times (G_1 \times G_2) & \xrightarrow{m} & G_1 \times G_2 \\ & \searrow^n & \nearrow^{p_1 \times p_2} \\ & & (G_1 \times G_1) \times (G_2 \times G_2) \end{array}

où m((x1,x2),(x1′,x2′))=(x1x1′,x2x2′)m((x_1, x_2), (x_1', x_2')) = (x_1 x_1', x_2 x_2'), n((x1,x2),(x1′,x2′))=((x1,x1′),(x2,x2′))n((x_1, x_2), (x_1', x_2')) = ((x_1, x_1'), (x_2, x_2')), p1(x1,x1′)=x1x1′p_1(x_1, x_1') = x_1 x_1', p2(x2,x2′)=x2x2′p_2(x_2, x_2') = x_2 x_2'. Ce diagramme est commutatif. Donc

m∗((t1⊗t2)⊗(t1′⊗t2′))=(p1×p2)∗(n∗((t1⊗t2)⊗(t1′⊗t2′))), m_*((t_1 \otimes t_2) \otimes (t_1' \otimes t_2')) = (p_1 \times p_2)_*(n_*((t_1 \otimes t_2) \otimes (t_1' \otimes t_2'))),
c’est-à-dire
(t1⊗t2)∗(t1′⊗t2′)=(p1×p2)∗((t1⊗t1′)⊗(t2⊗t2′))=p1∗(t1⊗t1′)⊗p2∗(t2⊗t2′)=(t1∗t1′)⊗(t2∗t2′). \begin{align*} (t_1 \otimes t_2) * (t_1' \otimes t_2') &= (p_1 \times p_2)_*((t_1 \otimes t_1') \otimes (t_2 \otimes t_2')) \\ &= p_1*(t_1 \otimes t_1') \otimes p_2*(t_2 \otimes t_2') \\ &= (t_1 * t_1') \otimes (t_2 * t_2'). \end{align*}
On voit de façon analogue que (t1⊗t2)∨=t1∨⊗t2∨(t_1 \otimes t_2)^{\vee} = t_1^{\vee} \otimes t_2^{\vee}.

Proposition 10

Soient HH un sous-groupe de Lie de GG, et i:H→Gi : H \to G l’injection canonique. Alors i∗i_* est un homomorphisme injectif de l’algèbre T(∞)(H)\mathscr{T}^{(\infty)}(H) dans l’algèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G), et i∗((t∨))=(i∗(t))∨i_*((t^{\vee})) = (i_*(t))^{\vee} pour tout t∈T(∞)(H)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(H). Cela résulte des prop. 6, 8 et de VAR, R, 13.2.3.

On identifie T(∞)(H)\mathscr{T}^{(\infty)}(H) à une sous-algèbre de T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) grâce à l’isomorphisme de la prop. 10.

Remarque

La prop. 10 reste valable si HH est un quasi-sous-groupe de Lie.

Rappelons (VAR, R, 13.5.1) que, si VV est une variété analytique sur KK, T(∞)(V)\mathscr{T}^{(\infty)}(V) est munie canoniquement d’une structure de cogèbre sur KK, à coïunité; la coïunité est l’application linéaire de T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) dans KK qui associe, à tout élément de Tx(∞)(V)T_x^{(\infty)}(V), son terme constant.

Proposition 11

Soit GG un groupe de Lie. (i) La cogèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G), munie de la convolution, est une bigèbre (A, III, p. 149).

(ii) Soit c le coproduit dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G). Soit t∈T(∞)(G)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G), et posons c(t)=∑i=1nti⊗ti′c(t) = \sum_{i=1}^n t_i \otimes t'_i. Alors c(t∨)=∑i=1nti∨⊗ti′∨c(t^\vee) = \sum_{i=1}^n t_i^\vee \otimes t_{i'}^\vee.

Prouvons (i). Dans la définition citée des bigèbres, la condition 1° résulte des prop. 2 et 3, la condition 2° résulte de VAR, R, 13.5.1. Soit d l’application g↦(g,g)g \mapsto (g, g) de G dans G×GG \times G. On a c=d∗c = d_*, donc c est un morphisme d’algèbres (prop. 6 et 9), ce qui est la condition 3°. Soient t∈Tg(∞)(G)t \in T_g^{(\infty)}(G), t′∈Tg′(∞)(G)t' \in T_{g'}^{(\infty)}(G), sans termes constants et λ,λ′\lambda, \lambda' dans K; alors εg⊗tt′,t⊗εg′,t⊗t′\varepsilon_g \otimes tt', t \otimes \varepsilon_{g'}, t \otimes t' sont sans termes constants (VAR, R, 13.4.1), donc le terme constant de (λεg+t)∗(λ′εg′+t′)(\lambda \varepsilon_g + t) * (\lambda' \varepsilon_{g'} + t') est λλ′\lambda \lambda'; donc la condition 4° est vérifiée.

Prouvons (ii). D’après les prop. 8 et 9, on a

c(t∨)=d∗(t∨)=(d∗(t))∨=(∑i=1nti⊗ti′)∨=∑i=1nti∨⊗ti′∨. c(t^\vee) = d_*(t^\vee) = (d_*(t))^\vee = \left( \sum_{i=1}^n t_i \otimes t_i' \right)^\vee = \sum_{i=1}^n t_i^\vee \otimes t_{i'}^\vee.

Proposition 12

Soient G, H deux groupes de Lie, φ\varphi un morphisme de G dans H. Alors φ∗\varphi_* est un morphisme de bigèbres de T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) dans T(∞)(H)\mathscr{T}^{(\infty)}(H). Cela résulte de la prop. 6 et de VAR, R, 13.5.1.

Soit G un groupe de Lie. La restriction de la convolution et du coproduit à U(G) définissent sur U(G) une structure de bigèbre. On a U(G)∨=U(G)U(G)^\vee = U(G). Si φ:G→H\varphi : G \to H est un morphisme de groupes de Lie, on note U(φ\varphi) l’application t↦φ∗(t)t \mapsto \varphi_*(t) de U(G) dans U(H); c’est un morphisme de bigèbres. Si ψ:H→L\psi : H \to L est un autre morphisme de groupes de Lie, on a U(ψ∘φ)=U(ψ)∘U(φ)U(\psi \circ \varphi) = U(\psi) \circ U(\varphi). Si φ\varphi est une immersion (resp. submersion), U(φ\varphi) est injectif (resp. surjectif) d’après VAR, R, 13.2.3. En particulier, si H est un sous-groupe de Lie de G, U(H) s’identifie à une sous-algèbre de U(G), le coproduit de U(H) étant la restriction du coproduit de U(G). Si H est ouvert dans G, on a U(H)=U(G)U(H) = U(G). Si G1,G2G_1, G_2 sont des groupes de Lie, U(G1×G2)U(G_1 \times G_2) s’identifie à U(G1)⊗U(G2)U(G_1) \otimes U(G_2). Les éléments primitifs de U(G) sont ceux de Te(G)T_e(G) (VAR, R, 13.5.3).

Soit à nouveau φ:G→H\varphi : G \to H un morphisme de groupes de Lie. Si l’on identifie gr U(G) à TS(T_e(G)) et gr U(H) à TS(T_e(H)), alors gr U(φ\varphi) s’identifie à TS(T_e(φ\varphi)) (VAR, R, 13.3.5). Appliquons cela à l’isomorphisme g↦g−1g \mapsto g^{-1} de G sur G∨G^\vee; alors Te(φ)=−1T_e(\varphi) = -1, donc

t∈Us(G)⇒t∨≡(−1)stmod  .Us−1(G). t \in U_s(G) \Rightarrow t^\vee \equiv (-1)^s t \mod. U_{s-1}(G).

3. Cas d’un groupe opérant dans une variété

Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe CrC^r, et f une loi d’opération à gauche de classe CrC^r de G dans X. Si t∈Tg(s)(G)t \in T_g^{(s)}(G) et u∈Tx(s′)(X)u \in T_x^{(s')}(X), et si s+s′≤rs + s' \leq r, on note t∗ut * u l’image de t⊗ut \otimes u par f∗f_*. On prolonge le produit \* en une application bilinéaire, notée encore *, de T(s)(G)×T(s′)(X)\mathscr{T}^{(s)}(G) \times \mathscr{T}^{(s')}(X) dans T(s+s′)(X)\mathscr{T}^{(s+s')}(X). La prop. 1 du n° 1 s’étend, avec des modifications évidentes, à la présente situation.

Lorsqu’on fait opérer G à gauche dans lui-même par translations, on retrouve la déf. 1 du n° 1.

Proposition 13

Soient* t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), t′∈T(s′)(G)t' \in \mathscr{T}^{(s')}(G), u∈T(s′′)(X)u \in \mathscr{T}^{(s'')}(X), tels que s+s′+s′′≤rs + s' + s'' \leq r. On a (t∗t′)∗u=t∗(t′∗u)(t * t') * u = t * (t' * u).

Cela se démontre comme la prop. 2 du n° 1.

En particulier, si r≥∞r \geq \infty, l’espace vectoriel T(∞)(X)\mathscr{T}^{(\infty)}(X) est un module à gauche sur l’algèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) pour le produit *.

Proposition 14

(i) Soient g0∈Gg_0 \in G, et τ(g0)\tau(g_0) l’application x↦f(g0,x)x \mapsto f(g_0, x) de X dans X. Si u∈T(r)(X)u \in \mathscr{T}^{(r)}(X), on a τ(g0)∗u=εg0∗u\tau(g_0)*u = \varepsilon_{g_0}*u.

(ii) Soient x0∈Xx_0 \in X, et ρ(x0)\rho(x_0) l’application g↦f(g,x0)g \mapsto f(g, x_0) de G dans X. Si t∈T(r)(G)t \in T^{(r)}(G), on a ρ(x0)∗t=t∗εx0\rho(x_0)*t = t * \varepsilon_{x_0}.

Cela se démontre comme la prop. 3 du n° 1.

En particulier, si u∈T(X)u \in T(X) et t∈T(G)t \in T(G), εg0∗u\varepsilon_{g_0}*u et t∗εx0t * \varepsilon_{x_0} sont égaux aux produits g0u,tx0g_0u, tx_0 définis au § 2, n° 2.

Proposition 15

Soient* G (resp. G′G') un groupe de Lie, X (resp. X′X') une variété de classe CrC^r. On suppose donnée une loi d’opération à gauche de classe CrC^r de G (resp. G’) dans X (resp. X’). Soient φ\varphi un morphisme de G dans G’, ψ\psi un φ\varphi-*morphisme de X dans X’*. Soient t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), u∈T(s′)(X)u \in \mathscr{T}^{(s')}(X), tels que s+s′≤rs + s' \leq r. Alors ψ∗(t∗u)=φ∗(t)∗ψ∗(u)\psi_*(t * u) = \varphi_*(t) * \psi_*(u).

Cela se démontre comme la prop. 6 du n° 2.

Remarque

Soit ff une loi d’opération à droite de classe CrC^r de G dans X. Si t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G) et u∈T(s′)(X)u \in \mathscr{T}^{(s')}(X), avec s+s′≤rs + s' \leq r, on note u∗tu * t l’image de u⊗tu \otimes t par f∗f_*. Les prop. 13, 14, 15 se transposent de manière évidente à cette situation.

Proposition 16

Soient* G, G′G' des groupes de Lie, X une variété de classe CrC^r, et supposons que G (resp. G′G') opère à gauche (resp. à droite) dans X, avec (gx)g′=g(xg′)(gx)g' = g(xg') quels que soient x∈Xx \in X, g∈Gg \in G, g′∈Gg' \in G. Soient t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), t′∈T(s′)(G′)t' \in \mathscr{T}^{(s')}(G'), t′′∈T(s′′)(X)t'' \in \mathscr{T}^{(s'')}(X) avec s+s′+s′′≤rs + s' + s'' \leq r. Alors

(t∗t′′)∗t′=t∗(t′′∗t′). (t * t'') * t' = t * (t'' * t').
En effet, (t∗t′′)∗t′(t * t'') * t' (resp. t∗(t′′∗t′)t * (t'' * t')) est l’image de t⊗t′′⊗t′t \otimes t'' \otimes t' par l’application (g,x,g′)↦(gx)g′(g, x, g') \mapsto (gx)g' (resp. g(xg′)g(xg')) de G×X×G′G \times X \times G' dans X.

4. Convolution des distributions ponctuelles et des fonctions

Soient G un groupe de Lie, X une variété de classe CrC^r, et (g,x)↦gx(g, x) \mapsto gx une loi d’opération à gauche de classe CrC^r de G dans X. Pour tout x∈Xx \in X, notons ρ(x)\rho(x) l’application orbitale de x.

Définition 3

Soit t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G) avec s≤rs \leq r. Soit f:X→Ff : X \to F une fonction de classe CrC^r à valeurs dans un espace polynormé séparé (par exemple F=KF = K). On appelle convolée de tt et ff, et l’on note t∗ft * f, la fonction sur XX à valeurs dans FF définie par

(t∗f)(x)=⟨t∨∗εx,f⟩. (t * f)(x) = \langle t^\vee * \varepsilon_x, f \rangle.
On a
(t∗f)(x)=⟨ρ(x)∗(t∨),f⟩(no3,prop. 14 (ii))=⟨t∨,f∘ρ(x)⟩(VAR, R, 13.2.3)=⟨t,(f∘ρ(x))∨⟩(VAR, R, 13.2.3). \begin{align*} (t * f)(x) &= \langle \rho(x) * (t^\vee), f \rangle \quad (\text{n}^o 3, \text{prop. 14 (ii)}) \\ &= \langle t^\vee, f \circ \rho(x) \rangle \quad (\text{VAR, R, 13.2.3}) \\ &= \langle t, (f \circ \rho(x))^\vee \rangle \quad (\text{VAR, R, 13.2.3}). \end{align*}
Notons aussi que la déf. 3 s’écrit sous forme plus symétrique
⟨εx,t∗f⟩=⟨t∨∗εx,f⟩. \langle \varepsilon_x, t * f \rangle = \langle t^\vee * \varepsilon_x, f \rangle.
La fonction (g,x)↦f(gx)=(f∘ρ(x))(g)(g, x) \mapsto f(gx) = (f \circ \rho(x))(g) sur G×XG \times X est de classe CrC^r. D’après VAR, R, 13.4.4, la fonction x↦⟨t∨,f∘ρ(x)⟩x \mapsto \langle t^\vee, f \circ \rho(x) \rangle est donc de classe Cr−sC^{r-s} si s<∞s < \infty. Autrement dit, si s<∞s < \infty, t∗ft * f est de classe Cr−sC^{r-s}. Il est clair que t∗ft * f dépend linéairement de tt et de ff. La formule (4) entraîne en particulier, pour g∈Gg \in G,
(εg∗f)(x)=f(g−1x) (\varepsilon_g * f)(x) = f(g^{-1}x)
c’est-à-dire
εg∗f=γ(g)f. \varepsilon_g * f = \gamma(g)f.
Supposons K=RK = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}, GG et XX de dimension finie, et XX munie d’une mesure positive invariante par GG. La définition de εg∗f\varepsilon_g * f est en accord avec celle de INT, VIII, § 4, n° 1 (cf. formule (2), loc. cit.).

Proposition 17

Soient t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), t′∈T(s′)(X)t' \in \mathscr{T}^{(s')}(X), et f:X→Ff : X \to F une fonction de classe CrC^r, avec s+s′≤rs + s' \leq r. On a

⟨t′,t∗f⟩=⟨t∨∗t′,f⟩. \langle t', t * f \rangle = \langle t^\vee * t', f \rangle.
En effet,
⟨t′,t∗f⟩=⟨t′,x↦⟨t,g↦f(g−1x)⟩⟩d’apreˋs (4)=⟨t⊗t′,(g,x)↦f(g−1x)⟩(VAR, R, 13.4.4)=⟨t∨⊗t′,(g,x)↦f(gx)⟩(VAR, R, 13.2.3)=⟨t∨∗t′,f⟩. \begin{align*} \langle t', t * f \rangle &= \langle t', x \mapsto \langle t, g \mapsto f(g^{-1}x) \rangle \rangle \quad \text{d’après (4)} \\ &= \langle t \otimes t', (g, x) \mapsto f(g^{-1}x) \rangle \quad (\text{VAR, R, 13.4.4}) \\ &= \langle t^\vee \otimes t', (g, x) \mapsto f(gx) \rangle \quad (\text{VAR, R, 13.2.3}) \\ &= \langle t^\vee * t', f \rangle. \end{align*}

Proposition 18

Soient t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), t′∈T(s′)(G)t' \in \mathscr{T}^{(s')}(G), et f:X→Ff : X \to F une fonction de classe CrC^r, tels que s+s′≤rs + s' \leq r. On a

(t∗t′)∗f=t∗(t′∗f). (t * t') * f = t * (t' * f).

En effet, pour tout x∈Xx \in X, on a

⟨εx,(t∗t′)∗f⟩=⟨((t∗t′)∨∗εx,f⟩d’apreˋs (5)=⟨t′∨∗(t∨∗εx),f⟩(prop. 2 et 7)=⟨t∨∗εx,t′∗f⟩(prop. 17)=⟨εx,t∗(t′∗f)⟩(prop. 17). \langle \varepsilon_x, (t * t') * f \rangle = \langle ((t * t')^\vee * \varepsilon_x, f \rangle \quad \text{d'après (5)} \\ = \langle {t'}^\vee * (t^\vee * \varepsilon_x), f \rangle \quad \text{(prop. 2 et 7)} \\ = \langle t^\vee * \varepsilon_x, t' * f \rangle \quad \text{(prop. 17)} \\ = \langle \varepsilon_x, t * (t' * f) \rangle \quad \text{(prop. 17).}
C.Q.F.D

Si r≥∞r \geq \infty, on voit que l’ensemble des fonctions de classe C∞C^\infty sur XX à valeurs dans FF est un module à gauche sur l’algèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G).

Proposition 19

Soit t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), avec s≤rs \leq r. Soit ff (resp. f′f') une fonction de classe CrC^r sur XX à valeurs dans un espace polynormé séparé FF (resp. F′F'). Soit (u,u′)↦uu′(u, u') \mapsto uu' une application bilinéaire continue de F×F′F \times F' dans un espace polynormé séparé F′′F'', de sorte que ff′ff' est une fonction de classe CrC^r sur XX à valeurs dans F′′F''. Soit ∑i=1nti⊗ti′\sum_{i=1}^n t_i \otimes t'_i l’image de tt dans T(s)(G)⊗T(s)(G)\mathscr{T}^{(s)}(G) \otimes \mathscr{T}^{(s)}(G) par le coproduit. On a

t∗(ff′)=∑i=1n(ti∗f)(ti′∗f′). t * (ff') = \sum_{i=1}^n (t_i * f)(t'_i * f').

En effet, soit x∈Xx \in X, et notons toujours ρ(x)\rho(x) l’application orbitale de xx. On a

⟨εx,t∗(ff′)⟩=⟨t′,(ff′)∘ρ(x)⟩d’apreˋs (4)=⟨t′,(f∘ρ(x))(f′∘ρ(x))⟩=∑i=1n⟨ti′,f∘ρ(x)⟩⟨ti∨,f′∘ρ(x)⟩(VAR, R, 13.5.2)=∑i=1n⟨εx,ti∗f⟩⟨εx,ti′∗f′⟩d’apreˋs (4). \langle \varepsilon_x, t * (ff') \rangle = \langle t', (ff') \circ \rho(x) \rangle \quad \text{d'après (4)} \\ = \langle t', (f \circ \rho(x))(f' \circ \rho(x)) \rangle \\ = \sum_{i=1}^n \langle t'_i, f \circ \rho(x) \rangle \langle t_i^\vee, f' \circ \rho(x) \rangle \quad \text{(VAR, R, 13.5.2)} \\ = \sum_{i=1}^n \langle \varepsilon_x, t_i * f \rangle \langle \varepsilon_x, t'_i * f' \rangle \quad \text{d'après (4).}

Remarque 1

Soient GG un groupe de Lie, XX une variété de classe CrC^r, et (x,g)↦xg(x, g) \mapsto xg une loi d’opération à droite de classe CrC^r de GG dans XX. Si t∈T(s)(G)t \in \mathscr{T}^{(s)}(G) avec s≤rs \leq r, et f:X→Ff : X \to F est une fonction de classe CrC^r sur XX, on note f∗tf * t la fonction sur XX définie par

⟨εx,f∗t⟩=⟨εx∗t∨,f⟩=⟨ρ(x)∗(t∨),f⟩=⟨t∨,f∘ρ(x)⟩=⟨t,(f∘ρ(x))∨⟩. \langle \varepsilon_x, f * t \rangle = \langle \varepsilon_x * t^\vee, f \rangle \\ = \langle \rho(x) * (t^\vee), f \rangle \\ = \langle t^\vee, f \circ \rho(x) \rangle \\ = \langle t, (f \circ \rho(x))^\vee \rangle.
En particulier
(f∗εg)(x)=f(xg−1) (f * \varepsilon_g)(x) = f(xg^{-1})

c’est-à-dire

(10)

f∗εg=δ(g)−1f. f * \varepsilon_g = \delta(g)^{-1}f.

Les prop. 17, 18, 19 deviennent, avec des notations évidentes,

(11)

⟨t′,f∗t⟩=⟨t′∗tν,f⟩ \langle t', f * t \rangle = \langle t' * t^\nu, f \rangle

(12)

f∗(t∗t′)=(f∗t)∗t′ f * (t * t') = (f * t) * t'

(13)

(ff′)∗t=∑i=1n(f∗ti)(f′∗ti′). (ff') * t = \sum_{i=1}^n (f * t_i)(f' * t_i').

Proposition 20

Soient G, G' des groupes de Lie, X une variété de classe C^r, et (g, x) \mapsto gx* (resp. (x, g') \mapsto xg') une loi d’opération à gauche (resp. à droite) de classe C^r de G (resp. G') dans X. Supposons que (gx)g' = g(xg') quels que soient x \in X, g \in G, g' \in G'. Soient t \in \mathscr{T}^{(s)}(G), t' \in \mathscr{T}^{(s')}(G'), et f : X \to F une fonction de classe C^r, tels que s + s' \leq r. Alors

(t∗f)∗t′=t∗(f∗t′).(t * f) * t' = t * (f * t').

En effet, pour tout x \in X, on a

⟨εx,(t∗f)∗t′⟩=⟨εx∗t′ν,t∗f⟩d’apreˋs (8)=⟨t′ν∗(εx∗t′ν),f⟩(prop. 17)=⟨t′ν∗εx,f∗t′⟩(prop. 2, et (11))=⟨εx,t∗(f∗t′)⟩d’apreˋs (5). \begin{align*} \langle \varepsilon_x, (t * f) * t' \rangle &= \langle \varepsilon_x * {t'}^\nu, t * f \rangle &\text{d'après (8)} \\ &= \langle {t'}^\nu * (\varepsilon_x * {t'}^\nu), f \rangle &\text{(prop. 17)} \\ &= \langle {t'}^\nu * \varepsilon_x, f * t' \rangle &\text{(prop. 2, et (11))} \\ &= \langle \varepsilon_x, t * (f * t') \rangle &\text{d'après (5).} \end{align*}

C.Q.F.D.

En particulier, considérons G comme opérant sur lui-même par les translations à gauche et à droite. Si f : G \to F est une fonction de classe C^r sur G, et si t \in \mathscr{T}^{(s)}(G) (avec s \leq r), t \* f et f \* t sont, si s < \infty, des fonctions de classe C^{r-s} sur G. Soit en outre t' \in \mathscr{T}^{(s')}(G), avec s + s' \leq r. Alors

(14)

(t∗f)∗t′=t∗(f∗t′). (t * f) * t' = t * (f * t').

En particulier, \mathscr{C}^\infty(G) est un (\mathscr{T}^{(\infty)}(G), \mathscr{T}^{(\infty)}(G))-bimodule. Les formules (5) et (8) admettent comme cas particuliers

(15)

⟨t,f⟩=⟨εe,tν∗f⟩=⟨εe,f∗tν⟩. \langle t, f \rangle = \langle \varepsilon_e, t^\nu * f \rangle = \langle \varepsilon_e, f * t^\nu \rangle.

Remarque 2

Soit (g, x) \mapsto gx une loi d’opération à gauche de classe C^r de G dans X. Soient t \in U_s(G) avec s \leq r, \Omega une partie ouverte de X, et f : \Omega \to F une fonction de classe C^r. On peut encore définir t \* f par les formules (4) ou (5); c’est une fonction définie sur \Omega, à valeurs dans F, de classe C^{r-s} si s < \infty. Les résultats de ce n° s’étendent de façon évidente à cette situation.

5. Champs de distributions ponctuelles définis par l’action d’un groupe sur une variété

Soit (g,x)↦λ(g,x)=gx(g, x) \mapsto \lambda(g, x) = gx une loi d’opération à gauche de classe CrC^r de GG dans XX. Soient s≤rs \leq r et t∈Us(G)t \in U_s(G). Pour tout x∈Xx \in X, on a t∗εx∈Tx(s)(X)t * \varepsilon_x \in T^{(s)}_x(X). L’application x↦t∗εxx \mapsto t * \varepsilon_x s’appelle le champ de distributions ponctuelles défini par tt et par l’action de GG sur XX, et se note parfois DtλD_t^\lambda ou simplement DtD_t. Soient Ω\Omega une partie ouverte de XX et FF un espace polynormé séparé. Si f:Ω→Ff : \Omega \to F est de classe CrC^r et si s≤rs \leq r, la fonction ty∗ft^y * f sur Ω\Omega se note aussi DtfD_t f. On a donc

(Dtf)(x)=⟨t∗εx,f⟩. (D_t f)(x) = \langle t * \varepsilon_x, f \rangle.

Si s<∞s < \infty, on a Dtf∈Cr−s(Ω,F)D_t f \in \mathscr{C}^{r-s}(\Omega, F) d’après le n° 4. Ainsi, f↦Dtff \mapsto D_t f est une application de Cr(Ω,F)\mathscr{C}^r(\Omega, F) dans Cr−s(Ω,F)\mathscr{C}^{r-s}(\Omega, F) (notée souvent DtD_t par abus de notation).

Si t∈Us(G)t \in U_s(G), t′∈Us′(G)t' \in U_{s'}(G), et s+s′≤rs + s' \leq r, on a, d’après la prop. 18 du n° 4,

Dt∗t′f=Dt′(Dtf) D_{t*t'} f = D_{t'}(D_t f)

donc, avec l’abus de notation signalé ci-dessus,

Dt∗t′=Dt′∘Dt. D_{t*t'} = D_{t'} \circ D_t.

Supposons GG et XX de dimension finie. L’application (t,x)↦t⊗εx(t, x) \mapsto t \otimes \varepsilon_x de T(s)(G)×XT^{(s)}(G) \times X dans le fibré vectoriel T(s)(G×X)T^{(s)}(G \times X) (cf. VAR, R, 13.2.5) est de classe Cr−sC^{r-s}. Donc (VAR, R, 13.2.5), l’application (t,x)↦t∗εx(t, x) \mapsto t * \varepsilon_x de T(s)(G)×XT^{(s)}(G) \times X dans le fibré vectoriel T(s)(X)T^{(s)}(X) est de classe Cr−sC^{r-s}. En particulier, DtD_t est un opérateur différentiel d’ordre ≤s\leq s et de classe Cr−sC^{r-s} au sens de VAR, R, 14.1.6. D’après la formule (16), la fonction DtfD_t f est alors la transformée de ff par cet opérateur différentiel (VAR, R, 14.1.4).

Ne supposons plus GG et XX de dimension finie. Soient ψ\psi un automorphisme de la variété XX, et Δ\Delta un champ de distributions ponctuelles sur XX. Conformément aux définitions générales, on appelle transformé de Δ\Delta par ψ\psi le champ de distributions ponctuelles sur XX dont la valeur en ψ(x)\psi(x) est ψ∗(Δ(x))\psi_*(\Delta(x)); on note ψ(Δ)\psi(\Delta) cette application. Si g∈Gg \in G, et si τ(g)\tau(g) désigne l’automorphisme x↦gxx \mapsto gx de XX, le transformé de Δ\Delta par τ(g)\tau(g) s’appelle aussi le transformé de Δ\Delta par gg.

Proposition 21

Soit ψ\psi un automorphisme de XX commutant avec les opérations de GG. Alors DtD_t est invariant par ψ\psi.

En effet, pour tout x∈Xx \in X, on a

(ψ(Dt))(ψ(x))=ψ∗(Dt(x))=ψ∗(t∗εx)=t∗ψ∗(εx)(prop. 15)=t∗εψ(x)=Dt(ψ(x)). \begin{align*} (\psi(D_t))(\psi(x)) &= \psi_*(D_t(x)) = \psi_*(t * \varepsilon_x) \\ &= t * \psi_*(\varepsilon_x) & (\text{prop. 15}) \\ &= t * \varepsilon_{\psi(x)} = D_t(\psi(x)). \end{align*}

Proposition 22

Si g∈Gg \in G, le transformé de DtD_t par gg est Dεg∗t∗εg−1D_{\varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}}.

En effet, la valeur de ce transformé en gxgx est

τ(g)∗(Dt(x))=τ(g)∗(t∗εx)=εg∗(t∗εx)(prop. 14 (i))=(εg∗t∗εg−1)∗εgx(prop. 1 et 2)=Dεg∗t∗εg−1(gx). \tau(g)_*(D_t(x)) = \tau(g)_*(t * \varepsilon_x) = \varepsilon_g * (t * \varepsilon_x) \quad \text{(prop. 14 (i))} = (\varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}) * \varepsilon_{gx} \quad \text{(prop. 1 et 2)} = D_{\varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}}(gx).
C.Q.F.D.

Soit (x,g)↦μ(x,g)=xg(x, g) \mapsto \mu(x, g) = xg une loi d’opération à droite de classe CrC^r de GG dans XX. Soient s≤rs \leq r et t∈Us(G)t \in U_s(G). Pour tout x∈Xx \in X, on a εx∗t∈Tx(s)(X)\varepsilon_x * t \in T^{(s)}_x(X). L’application x↦εx∗tx \mapsto \varepsilon_x * t s’appelle le champ de distributions défini par tt et par l’action de GG sur XX, et se note parfois DtμD_t^\mu ou simplement DtD_t. Soit Ω\Omega une partie ouverte de XX. Si f:Ω→Ff : \Omega \to F est de classe CrC^r, la fonction f∗t′f * t' se note DtfD_t f. On a donc

(19)(19)
(Dtf)(x)=⟨εx∗t,f⟩(D_t f)(x) = \langle \varepsilon_x * t, f \rangle
et, avec des notations évidentes,
(20)(20)
Dt∗t′f=Dt(Dt′f)D_{t * t'} f = D_t(D_{t'} f)
(21)(21)
Dt∗t′=Dt∘Dt′.D_{t * t'} = D_t \circ D_{t'}.
La prop. 21 reste valable. Soit g∈Gg \in G. Le transformé de DtD_t par gg (c’est-à-dire par l’automorphisme x↦xgx \mapsto xg de XX) est Dεg−1∗t∗εgD_{\varepsilon_{g^{-1}} * t * \varepsilon_g}.

6. Champs invariants de distributions ponctuelles sur un groupe de Lie

Définition 4

Soit GG un groupe de Lie. Un champ de distributions sur GG est dit invariant à gauche (resp. à droite) s’il est invariant par les translations à gauche (resp. à droite) de GG.

Autrement dit, un champ de distributions g↦Δgg \mapsto \Delta_g sur GG est invariant à gauche si

Δgg′=γ(g)∗Δg′pour g,g′ dans G,\Delta_{gg'} = \gamma(g)_*\Delta_{g'} \quad \text{pour } g, g' \text{ dans } G,
ou encore si
Δgg′=εg∗Δg′pour g,g′ dans G.\Delta_{gg'} = \varepsilon_g * \Delta_{g'} \quad \text{pour } g, g' \text{ dans } G.
Il est invariant à droite si
Δgg′=δ(g′−1)∗Δgpour g,g′ dans G,\Delta_{gg'} = \delta({g'}^{-1})_*\Delta_g \quad \text{pour } g, g' \text{ dans } G,
ou encore si
Δgg′=Δg∗εg′pour g,g′ dans G.\Delta_{gg'} = \Delta_g * \varepsilon_{g'} \quad \text{pour } g, g' \text{ dans } G.

Définition 5

Soient GG un groupe de Lie, et t∈U(G)t \in U(G). On note LtL_t le champ de distributions g↦εg∗tg \mapsto \varepsilon_g * t sur GG, et RtR_t le champ de distributions g↦t∗εgg \mapsto t * \varepsilon_g sur GG.

Autrement dit, LtL_t (resp. RtR_t) est le champ de distributions défini par tt et par GG opérant à droite (resp. à gauche) dans GG grâce à l’application (g,g′)↦gg′(g, g') \mapsto gg'. Soient Ω\Omega une partie ouverte de GG et FF un espace polynormé séparé ; si f∈Cω(Ω,F)f \in \mathscr{C}^\omega(\Omega, F), on a Ltf=f∗tν∈Cω(Ω,F)L_t f = f * t^\nu \in \mathscr{C}^\omega(\Omega, F) et Rtf=tν∗f∈Cω(Ω,F)R_t f = t^\nu * f \in \mathscr{C}^\omega(\Omega, F) (n° 5). Si GG est de dimension finie, les opérateurs différentiels LtL_t et RtR_t sont de classe CωC^\omega (n° 5).

Proposition 23

(i) L’application t↦Ltt \mapsto L_t (resp. t↦Rtt \mapsto R_t) est un isomorphisme de l’espace vectoriel U(G)U(G) sur l’espace vectoriel des champs de distributions invariants à gauche (resp. à droite) sur GG.

(ii) Pour t,t′t, t' dans U(G)U(G), on a Lt∗t′=Lt∘Lt′, Rt∗t′=Rt′∘Rt, Lt∘Rt′=Rt′∘LtL_{t*t'} = L_t \circ L_{t'}, \ R_{t*t'} = R_{t'} \circ R_t, \ L_t \circ R_{t'} = R_{t'} \circ L_t (avec l’abus de notation du n° 5).

(iii) Si θ\theta est l’application g↦g−1g \mapsto g^{-1} de GG sur GG, on a θ(Lt)=Rtν\theta(L_t) = R_{t^\nu}.

(iv) Si t∈U(G)t \in U(G) et g∈Gg \in G, on a (Lt)g=(Rεg∗t∗εg−1)g(L_t)_g = (R_{\varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}})_g.

Dans GG, toute translation à droite commute à toute translation à gauche. D’après la prop. 21 du n° 5, LtL_t est donc invariant à gauche. Comme (Lt)e=t(L_t)_e = t, l’application t↦Ltt \mapsto L_t est injective. Soit Δ\Delta un champ de distributions invariant à gauche sur GG; soit t=Δet = \Delta_e; alors Δ\Delta et LtL_t ont même valeur en ee et sont invariants à gauche, donc Δ=Lt\Delta = L_t. Ceci prouve (i) pour LtL_t et on raisonne de même pour RtR_t. Les formules Lt∗t′=Lt∘Lt′, Rt∗t′=Rt′∘RtL_{t*t'} = L_t \circ L_{t'}, \ R_{t*t'} = R_{t'} \circ R_t résultent de (21) et (18). Soient t∈Us(G), t′∈Us′(G),f∈Cr(Ω,F)t \in U_s(G), \ t' \in U_{s'}(G), f \in \mathscr{C}^r(\Omega, F), où Ω\Omega est ouvert dans GG et où s+s′≤rs + s' \leq r; on a

LtRt′f=Lt(t′ν∗f)=(t′ν∗f)∗tν=t′ν∗(f∗tν)=Rt′Ltf(prop. 20) L_t R_{t'} f = L_t ({t'}^\nu * f) = ({t'}^\nu * f) * t^\nu \\ = {t'}^\nu * (f * t^\nu) \tag{prop. 20} \\ = R_{t'} L_t f
donc Lt∘Rt′=Rt′∘LtL_t \circ R_{t'} = R_{t'} \circ L_t. Comme θ\theta est un isomorphisme de GG sur GνG^\nu, θ(Lt)\theta(L_t) est un champ de distributions invariant à droite sur GG; sa valeur en ee est θ∗(t)=tν\theta^*(t) = t^\nu; donc θ(Lt)=Rtν\theta(L_t) = R_{t^\nu}. Enfin, on a
(Lt)g=εg∗t=(εg∗t∗εg−1)∗εg=(Rεg∗t∗εg−1)g. (L_t)_g = \varepsilon_g * t = (\varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}) * \varepsilon_g = (R_{\varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}})_g.

Remarque 1

C’est l’action de GG sur lui-même par translations à droite qui définit les champs de distributions invariants à gauche.

Remarque 2

Supposons GG de dimension finie. L’application

(t,g)↦(Rt)g=t∗εg (t, g) \mapsto (R_t)_g = t * \varepsilon_g
de Us(G)×GU_s(G) \times G dans T(s)(G)T^{(s)}(G) est un isomorphisme de fibrés vectoriels analytiques ; en effet, cette application est bijective, linéaire sur chaque fibre, et analytique (n° 5) ; d’autre part, soit φ:T(s)(G)→Us(G)×G\varphi : T^{(s)}(G) \to U_s(G) \times G la bijection réciproque ; si t∈Tg(s)(G)t \in T_g^{(s)}(G), on a φ(t)=(t∗εg−1,g)\varphi(t) = (t * \varepsilon_{g^{-1}}, g), donc φ\varphi est analytique. L’isomorphisme φ\varphi s’appelle la trivialisation droite de T(s)(G)T^{(s)}(G). De même, considérons l’application (t,g)↦(Lt)g=εg∗t(t, g) \mapsto (L_t)_g = \varepsilon_g * t de Us(G)×GU_s(G) \times G dans T(s)(G)T^{(s)}(G) ; l’isomorphisme réciproque s’appelle la trivialisation gauche de T(s)(G)T^{(s)}(G). Par restriction, on retrouve les trivialisations droite et gauche de T(G)T(G) (§ 2, n° 2).

7. Algèbre de Lie d’un groupe de Lie

Soit G un groupe de Lie. Dans U(G), comme dans toute algèbre associative, on pose [t,t′]=t∗t′−t′∗t[t, t'] = t * t' - t' * t. Comme Te(G)T_e(G) est l’ensemble des éléments primitifs de U(G)U(G), on a [Te(G),Te(G)]⊂Te(G)[T_e(G), T_e(G)] \subset T_e(G) (chap. II, § 1, n° 2, prop. 4). La restriction du crochet à Te(G)T_e(G) définit donc sur Te(G)T_e(G) une structure d’algèbre de Lie.

Lemme 1

Soient X et X′X' des espaces normables complets, X0X_0 un voisinage ouvert de 0 dans X, f une application analytique de X0X_0 dans X′X' telle que f(0)=0f(0) = 0. Soit f=f1+f2+f3+⋯f = f_1 + f_2 + f_3 + \cdots le développement en série entière de f en 0, où fif_i est un polynôme-continu homogène de degré i sur X à valeurs dans X′X'. Soit t un élément de TS2(X)TS^2(X), considéré comme distribution ponctuelle sur X de support contenu dans {0}. Soit t′=f∗(t)∈TS(X′)t' = f_*(t) \in TS(X'). La composante homogène de degré 1 de t′t' est ⟨f2,t⟩\langle f_2, t \rangle.

Notons t1′t'_1 cette composante. On a, pour toute application linéaire continue u de X′X' dans un espace polynormé,

u(t1′)=⟨t′,u⟩parce que u est lineˊaire continue=⟨t,u∘f⟩(VAR, R, 13.2.3)=⟨t,u∘f2⟩parce que t∈TS2(X)=u(⟨t,f2⟩)(VAR, R, 13.2.2) \begin{align*} u(t'_1) &= \langle t', u \rangle & \text{parce que } u \text{ est linéaire continue} \\ &= \langle t, u \circ f \rangle & (\text{VAR, R, 13.2.3}) \\ &= \langle t, u \circ f_2 \rangle & \text{parce que } t \in TS^2(X) \\ &= u(\langle t, f_2 \rangle) & (\text{VAR, R, 13.2.2}) \end{align*}

d’où le lemme.

Proposition 24

Soient G un groupe de Lie, (U,φ,E)(U, \varphi, E) une carte de G telle que φ(e)=0\varphi(e) = 0. Soit V un voisinage ouvert de e tel que V2⊂UV^2 \subset U. Soit m l’application analytique (a,b)↦φ(φ−1(a)φ−1(b))(a, b) \mapsto \varphi(\varphi^{-1}(a)\varphi^{-1}(b)) de φ(V)×φ(V)\varphi(V) \times \varphi(V) dans E. Soit m=∑i,j≥0mi,jm = \sum_{i,j \geq 0} m_{i,j} le développement en série entière de m en (0,0)(0, 0), où mijm_{ij} est un polynôme-continu bihomogène de bidegré (i,j)(i, j) sur E×EE \times E, à valeurs dans E.

(i) On a mi,0=m0,j=0m_{i,0} = m_{0,j} = 0 quels que soient i≠1i \neq 1 et j≠1j \neq 1. (ii) m1,0(a,b)=am_{1,0}(a, b) = a et m0,1(a,b)=bm_{0,1}(a, b) = b quels que soient a∈Ea \in E, b∈Eb \in E. (iii) Soit ψ:Te(G)→E\psi : T_e(G) \to E la différentielle de φ\varphi en e. Quels que soient u,vu, v dans Te(G)T_e(G), on a

ψ([u,v])=m1,1(ψ(u),ψ(v))−m1,1(ψ(v),ψ(u)). \psi([u, v]) = m_{1,1}(\psi(u), \psi(v)) - m_{1,1}(\psi(v), \psi(u)).
On a m(a,0)=a,m(0,b)=bm(a, 0) = a, m(0, b) = b quels que soient a,ba, b dans φ(V)\varphi(V), ce qui prouve (i) et (ii). Soient u,vu, v dans Te(G)T_e(G). Identifions T0(E)T_0(E) à E, donc ψ\psi à Te(φ)T_e(\varphi). Les images de uu et vv par Te(φ)T_e(\varphi) sont ψ(u)\psi(u) et ψ(v)\psi(v). La distribution ponctuelle produit tensoriel de ces images est le produit symétrique de (ψ(u),0)(\psi(u), 0) et de (0,ψ(v))(0, \psi(v)) dans TS(E×E)=TS(E)⊗TS(E)TS(E \times E) = TS(E) \otimes TS(E), c’est-à-dire
(ψ(u),0)⊗(0,ψ(v))+(0,ψ(v))⊗(ψ(u),0). (\psi(u), 0) \otimes (0, \psi(v)) + (0, \psi(v)) \otimes (\psi(u), 0).

Donc φ∗(u∗v)\varphi_*(u * v) est l’image de l’élément précédent par l’application mm de φ(V)×φ(V)\varphi(V) \times \varphi(V) dans EE. Sa composante de degré 1 dans TS(E)TS(E) est, d’après le lemme 1,

x=⟨m1,1,(ψ(u),0)⊗(0,ψ(v))+(0,ψ(v))⊗(ψ(u),0)⟩. x = \langle m_{1,1}, (\psi(u), 0) \otimes (0, \psi(v)) + (0, \psi(v)) \otimes (\psi(u), 0) \rangle.
Définissons une application bilinéaire n:(E×E)2→En : (E \times E)^2 \to E par
n((a,b),(a′,b′))=m1,1(a,b′). n((a, b), (a', b')) = m_{1,1}(a, b').
On a n((a,b),(a,b))=m11(a,b)n((a, b), (a, b)) = m_{11}(a, b), donc
x=⟨n,(ψ(u),0)⊗(0,ψ(v))+(0,ψ(v))⊗(ψ(u),0)⟩=m1,1(ψ(u),ψ(v))+m1,1(0,0)=m1,1(ψ(u),ψ(v)). x = \langle n, (\psi(u), 0) \otimes (0, \psi(v)) + (0, \psi(v)) \otimes (\psi(u), 0) \rangle \\ = m_{1,1}(\psi(u), \psi(v)) + m_{1,1}(0, 0) = m_{1,1}(\psi(u), \psi(v)).
De même, φ∗(v∗u)\varphi_*(v * u) admet m1,1(ψ(v),ψ(u))m_{1,1}(\psi(v), \psi(u)) comme composante de degré 1 dans TS(E)TS(E). Comme ψ([u,v])\psi([u, v]) est de degré 1, cela prouve (iii).

Corollaire

L’espace normable Te(G)T_e(G), muni du crochet, est une algèbre de Lie normable.

Définition 6

L’espace normable Te(G)T_e(G), muni du crochet, s’appelle l’algèbre de Lie normable de GG, ou simplement l’algèbre de Lie de GG, et se note L(G)L(G).

Proposition 25

Soient GG un groupe de Lie, E(G)E(G) l’algèbre enveloppante de L(G)L(G). L’injection canonique de L(G)L(G) dans U(G)U(G) définit un homomorphisme η\eta de l’algèbre E(G)E(G) dans l’algèbre U(G)U(G). Si KK est de caractéristique 0, η\eta est un isomorphisme de bigèbres.

En effet, la bigèbre U(G)U(G) est cocommutative (VAR, R, 13.5.1) et la filtration (Us(G))(U_s(G)) est compatible avec la structure de bigèbre. L’ensemble des éléments primitifs de U(G)U(G) est L(G)L(G). Il suffit alors d’appliquer le chap. II, § 1, no 6, th. 1.

Lorsque KK est de caractéristique 0, nous identifions désormais U(G)U(G) à l’algèbre enveloppante de L(G)L(G). D’après (2) et la prop. 7 (ii), l’application t↦tνt \mapsto t^\nu de U(G)U(G) dans U(G)U(G) s’identifie alors à l’antiautomorphisme principal de U(G)U(G) (chap. I, § 2, no 4).

Proposition 26

Supposons KK de caractéristique p>0p > 0. Pour tout a∈L(G)a \in L(G), on a ap∈L(G)a^p \in L(G) et ad⁡(ap)=(ad⁡a)p\operatorname{ad}(a^p) = (\operatorname{ad} a)^p (la puissance apa^p étant calculée dans U(G)U(G)).

Si a∈L(G)a \in L(G), aa est primitif dans U(G)U(G), donc apa^p est primitif dans U(G)U(G) (chap. II, § 1, no 2, Remarque 1), donc ap∈L(G)a^p \in L(G). Soit σa\sigma_a (resp. τa\tau_a) l’application linéaire x↦a∗xx \mapsto a * x (resp. x↦x∗ax \mapsto x * a) de U(G)U(G) dans U(G)U(G). Pour tout x∈U(G)x \in U(G), on a (ad⁡a)(x)=(σa−τa)(x)(\operatorname{ad} a)(x) = (\sigma_a - \tau_a)(x), donc (ad⁡a)p=(σa−τa)p(\operatorname{ad} a)^p = (\sigma_a - \tau_a)^p. Mais σa\sigma_a et τa\tau_a commutent, et par suite (σa−τa)p=(σa)p−(τa)p=σap−τap(\sigma_a - \tau_a)^p = (\sigma_a)^p - (\tau_a)^p = \sigma_{a^p} - \tau_{a^p}, d’où la seconde assertion.

Définition 7

Soient XX une variété de classe CrC^r (r≥2r \geq 2), gg une algèbre de Lie normable complète. On appelle loi d’opération infinitésimale à gauche (resp. à droite) de classe Cr−1C^{r-1} de gg dans XX une application a↦Daa \mapsto D_a de gg dans l’ensemble des champs de vecteurs sur XX, possédant les propriétés suivantes:

a) l’application (a,x)↦Da(x)(a, x) \mapsto D_a(x) est un morphisme de classe Cr−1C^{r-1} du fibré vectoriel trivial g×Xg \times X dans le fibré vectoriel T(X)T(X); b) on a [Da,Db]=−D[a,b][D_a, D_b] = -D_{[a,b]} (resp. [Da,Db]=D[a,b][D_a, D_b] = D_{[a,b]}) quels que soient a,ba, b dans gg.

En particulier, chaque champ de vecteurs DaD_a est de classe Cr−1C^{r-1}.

Remarque

Soient XX une variété de classe CrC^r, gg une algèbre de Lie de dimension finie, a↦Daa \mapsto D_a une application linéaire de gg dans l’espace vectoriel des champs de vecteurs de classe Cr−1C^{r-1} sur XX. Alors la condition a) de la déf. 7 est vérifiée. En effet, en considérant une base de gg et en appliquant VAR, R, 7.7.1, on se ramène au cas où dim⁡g=1\dim g = 1, et notre assertion est alors évidente.

Proposition 27

Soient GG un groupe de Lie, XX une variété de classe CrC^r. Supposons donnée une loi d’opération à gauche (resp. à droite) de classe CrC^r de GG dans XX. Pour tout a∈L(G)a \in L(G), soit DaD_a le champ de distributions ponctuelles défini par aa sur XX.

(i) L’application (a,x)↦Da(x)(a, x) \mapsto D_a(x) est un morphisme de classe Cr−1C^{r-1} du fibré vectoriel trivial L(G)×XL(G) \times X dans le fibré vectoriel T(X)T(X).

(ii) Soient II une partie ouverte de KK contenant 00, et γ:I→G\gamma : I \to G une application de classe CrC^r telle que γ(0)=e\gamma(0) = e. Soit a=T0(γ)1∈L(G)a = T_0(\gamma)1 \in L(G). Si ff est une fonction de classe CrC^r sur une partie ouverte de XX, on a

(Daf)(x)=lim⁡k∈K∗,k→0k−1(f(γ(k)x)−f(x))si G opeˋre aˋ gauche, (D_a f)(x) = \lim_{k \in K^*, k \to 0} k^{-1}(f(\gamma(k)x) - f(x)) \quad \text{si } G \text{ opère à gauche},
(Daf)(x)=lim⁡k∈K∗,k→0k−1(f(xγ(k))−f(x))si G opeˋre aˋ droite. (D_a f)(x) = \lim_{k \in K^*, k \to 0} k^{-1}(f(x\gamma(k)) - f(x)) \quad \text{si } G \text{ opère à droite}.

(iii) Si r≥2r \geq 2, l’application a↦Daa \mapsto D_a est une loi d’opération infinitésimale à gauche (resp. à droite) de classe Cr−1C^{r-1} de L(G)L(G) dans XX.

Supposons que GG opère à gauche dans XX. Soit φ:G×X→X\varphi : G \times X \to X la loi d’opération. Alors T(φ)T(\varphi) est un φ\varphi-morphisme de classe Cr−1C^{r-1} du fibré vectoriel T(G)×T(X)T(G) \times T(X) dans le fibré vectoriel T(X)T(X) (VAR, R, 8.1.2). Le fibré vectoriel induit (T(G)×T(X))∣({e}×X)(T(G) \times T(X))|(\{e\} \times X) s’identifie à E=L(G)×T(X)E = L(G) \times T(X). Donc T(φ)∣ET(\varphi)|E est un morphisme de classe Cr−1C^{r-1} de fibrés vectoriels. Pour (a,x)∈L(G)×X(a, x) \in L(G) \times X, on a T(φ)(a,x)=Da(x)T(\varphi)(a, x) = D_a(x), d’où (i).

La formule donnant (Daf)(x)(D_a f)(x) résulte du § 2, fin du n° 2, et de VAR, R, 8.4.5.

Supposons r≥2r \geq 2. Soient a,ba, b dans L(G)L(G) et ff une fonction de classe CrC^r sur une partie ouverte de XX. On a

D[a,b]f=Db(Daf)−Da(Dbf)d’apreˋs (17) D_{[a,b]} f = D_b(D_a f) - D_a(D_b f) \quad \text{d’après (17)}
=[Db,Da]f.(VAR, R, 8.5.3) = [D_b, D_a] f \tag{VAR, R, 8.5.3}.

Soit x∈Xx \in X. En prenant pour ff une carte d’un voisinage ouvert de xx, on en déduit que D[a,b](x)=[Db,Da](x)D_{[a,b]}(x) = [D_b, D_a](x), d’où (iii). On raisonne de même si G opère à droite dans X.

C.Q.F.D.

Lorsque r≥2r \geq 2, l’application a↦Daa \mapsto D_a s’appelle la loi d’opération infinitésimale associée à la loi d’opération donnée.

8. Propriétés fonctorielles de l’algèbre de Lie

Soient G et H des groupes de Lie, φ\varphi un morphisme de G dans H. La restriction de U(φ)U(\varphi) à L(G)L(G), qui n’est autre que Te(φ)T_e(\varphi), est un morphisme continu de L(G)L(G) dans L(H)L(H), qu’on note L(φ)L(\varphi). Si ψ\psi est un morphisme de H dans un groupe de Lie, on a L(ψ∘φ)=L(ψ)∘L(φ)L(\psi \circ \varphi) = L(\psi) \circ L(\varphi).

Pour que φ\varphi soit une immersion, il faut et il suffit que L(φ)L(\varphi) soit un isomorphisme de L(G)L(G) sur une sous-algèbre de L(H)L(H) admettant un supplémentaire topologique. En particulier, si G est un sous-groupe de Lie de H, et si φ\varphi est l’injection canonique, on identifie L(G)L(G) à une sous-algèbre de Lie de L(H)L(H) grâce à L(φ)L(\varphi). Plus particulièrement, si G est un sous-groupe ouvert de H, on a L(G)=L(H)L(G) = L(H).

Si G est un quasi-sous-groupe de Lie de H, L(G)L(G) s’identifie encore à une sous-algèbre de Lie fermée de L(H)L(H).

Pour que φ\varphi soit une submersion, il faut et il suffit que L(φ)L(\varphi) soit surjectif et que son noyau admette un supplémentaire topologique. Dans ce cas, le noyau N de φ\varphi est un sous-groupe de Lie de G et L(N)=Ker L(φ)L(N) = \mathrm{Ker}\ L(\varphi). En particulier, si H est le groupe de Lie quotient de G par un sous-groupe de Lie distingué P, L(P)L(P) est un idéal de L(G)L(G), et, si φ\varphi est la surjection canonique de G sur H, on identifie L(G/P)L(G/P) à L(G)/L(P)L(G)/L(P) grâce au morphisme déduit de L(φ)L(\varphi) par passage au quotient.

Soient I un ensemble fini, (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} une famille de groupes de Lie, G leur produit, pip_i le morphisme canonique de G sur GiG_i. Alors (L(pi))i∈I(L(p_i))_{i \in I} est un morphisme de l’algèbre de Lie L(G)L(G) dans l’algèbre de Lie ∏i∈IL(Gi)\prod_{i \in I} L(G_i), et est un isomorphisme d’espaces normables. On identifie donc L(G)L(G) à ∏i∈IL(Gi)\prod_{i \in I} L(G_i) grâce à (L(pi))i∈I(L(p_i))_{i \in I}.

Proposition 28

Soient G et H des groupes de Lie, φ\varphi un morphisme de G dans H. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie.

(i) Le noyau N de φ\varphi est un sous-groupe de Lie de G, et L(N)=Ker L(φ)L(N) = \mathrm{Ker}\ L(\varphi).

(ii) Le morphisme ψ\psi de G/NG/N dans H déduit de φ\varphi par passage au quotient est une immersion.

(iii) Si φ(G)\varphi(G) est fermé dans H et si la topologie de G a une base dénombrable, φ(G)\varphi(G) est un sous-groupe de Lie de H, ψ\psi est un isomorphisme du groupe de Lie G/NG/N sur le groupe de Lie φ(G)\varphi(G), et L(φ(G))=Im L(φ)L(\varphi(G)) = \mathrm{Im}\ L(\varphi).

Faisons opérer G à gauche dans H par l’application (g,h)↦φ(g)h(g, h) \mapsto \varphi(g)h. Il suffit d’appliquer à l’orbite de e la prop. 14 du § 1, n° 7.

Proposition 29

Soient G et H des groupes de Lie, φ un morphisme de G dans H. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie. Si H' est un sous-groupe de Lie de H, alors G' = φ^{-1}(H') est un sous-groupe de Lie de G, et L(G') = L(φ)^{-1}(L(H')).

Soit π l’application canonique de H dans l’espace homogène X = H/H'. Faisons opérer G à gauche dans X par l’application (g, x) ↦ φ(g)x. Le stabilisateur de π(e) est G', qui est donc un sous-groupe de Lie de G (§ 1, n° 7, prop. 14). L’application orbitale de π(e) est π ◦ φ. D’après la prop. 14 du § 1, L(G') est le noyau de L(π ◦ φ) = T_e(π) ◦ L(φ). Le noyau de T_e(π) est L(H') (§ 1, n° 6, prop. 11 (i)), donc Ker L(π ◦ φ) = L(φ)^{-1}(L(H')).

Corollaire 1

Soient G, H des groupes de Lie, φ_1 et φ_2 des morphismes de G dans H. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie. L’ensemble des g ∈ G tels que φ_1(g) = φ_2(g) est un sous-groupe de Lie G' de G, et L(G') est l’ensemble des x ∈ L(G) tels que L(φ_1)x = L(φ_2)x.

Posons φ(g) = (φ_1(g), φ_2(g)) pour tout g ∈ G, de sorte que φ est un morphisme de G dans H × H. Soit Δ le sous-groupe diagonal de H × H. Alors G' = φ^{-1}(Δ), et L(φ)x = (L(φ_1)x, L(φ_2)x) pour tout x ∈ L(G). Il suffit maintenant d’appliquer la prop. 29.

Corollaire 2

Soient G un groupe de Lie de dimension finie, G_1 et G_2 deux sous-groupes de Lie de G. On suppose K de caractéristique 0. Alors G_1 ∩ G_2 est un sous-groupe de Lie de G d’algèbre de Lie L(G_1) ∩ L(G_2).

On applique la prop. 29 à l’injection canonique de G_1 dans G et au sous-groupe G_2.

Corollaire 3

Soient G, G', H des groupes de Lie, φ : G → H et φ' : G' → H des morphismes de groupes de Lie. Supposons K de caractéristique 0 et H de dimension finie. Soit F l’ensemble des (g, g') ∈ G × G' tels que φ(g) = φ'(g'). Alors F est un sous-groupe de Lie de G × G', et L(F) est l’ensemble des (x, x') ∈ L(G) × L(G') tels que L(φ)x = L(φ')x'.

On applique le cor. 1 aux morphismes (g, g') ↦ φ(g) et (g, g') ↦ φ'(g') de G × G' dans H.

Proposition 30

Soient G un groupe de Lie de dimension finie à base dénombrable, H et H' des sous-groupes de Lie de G. On suppose K de caractéristique 0, et HH' localement fermé dans G.

(i) HH' est une sous-variété de G, et T_e(HH') = L(H) + L(H').

(ii) Supposons tout élément de H permutable à tout élément de H'. Alors HH' est un sous-groupe de Lie de G. Soit φ l’application (h, h') ↦ hh' de H × H' sur HH'. Le noyau de φ est l’ensemble des (m, m^{-1}) où m ∈ H ∩ H', et le morphisme de (H × H')/Ker φ sur HH' déduit de φ par passage au quotient est un isomorphisme de groupes de Lie.

Faisons opérer H×H′H \times H' à gauche dans GG par l’application ((h,h′),g)↦hgh′−1((h, h'), g) \mapsto hg{h'}^{-1}. L’application orbitale ρ\rho de ee est (h,h′)↦hh′−1(h, h') \mapsto h{h'}^{-1}. D’après la prop. 14 (iii) du § 1, n° 7, HH′HH' est une sous-variété de GG, et Te(HH′)=Im⁡Te(ρ)T_e(HH') = \operatorname{Im} T_e(\rho). Or

Te(ρ)(L(H)×{0})=L(H) et Te(ρ)({0}×L(H′))=L(H′) T_e(\rho)(L(H) \times \{0\}) = L(H) \text{ et } T_e(\rho)(\{0\} \times L(H')) = L(H')
donc Te(HH′)=L(H)+L(H′)T_e(HH') = L(H) + L(H'). Supposons tout élément de HH permutable à tout élément de H′H'. Alors HH′HH' est un sous-groupe de GG. D’après (i), c’est un sous-groupe de Lie de GG. Le reste de l’énoncé résulte de la prop. 28.

Proposition 31

Soient G un groupe de Lie de dimension finie à base dénombrable, H un sous-groupe de Lie distingué de G, A un sous-groupe de Lie de G. On suppose que K est de caractéristique 0 et que AH est fermé. Soit φ\varphi le morphisme canonique de G sur G/H. Alors les applications canoniques*

A/(H∩A)→φ(A),AH/H→φ(A) A/(H \cap A) \to \varphi(A), \qquad AH/H \to \varphi(A)
sont des isomorphismes de groupes de Lie.

D’après la prop. 30, AHAH est un sous-groupe de Lie de GG. D’après le cor. 2 de la prop. 29, H∩AH \cap A est un sous-groupe de Lie de GG. On peut donc parler des groupes de Lie AH/HAH/H et A/(H∩A)A/(H \cap A). D’autre part, φ(A)\varphi(A), qui est l’image canonique de AHAH dans G/HG/H, est fermé, donc est un sous-groupe de Lie de G/HG/H (prop. 28 (iii)). La prop. 28, appliquée aux morphismes composés A→G→G/HA \to G \to G/H et AH→G→G/HAH \to G \to G/H, prouve que les applications canoniques de la proposition sont des isomorphismes de groupes de Lie.

Proposition 32

Soient G et H des groupes de Lie, k un sous-corps fermé non discret de K, et φ\varphi un morphisme de G dans H pour les structures de groupes de Lie sur k. Supposons K de caractéristique 0. Si L(φ)L(\varphi) est K-linéaire, φ\varphi est un morphisme pour les structures de groupes de Lie sur K*.

Pour tout g∈Gg \in G, on a

Tg(φ)=Te(γ(φ(g)))∘L(φ)∘Tg(γ(g)−1) T_g(\varphi) = T_e(\gamma(\varphi(g))) \circ L(\varphi) \circ T_g(\gamma(g)^{-1})
donc Tg(φ)T_g(\varphi) est K-linéaire. La proposition résulte alors de VAR, R, 5.14.6.

9. Algèbre de Lie du groupe des éléments inversibles d’une algèbre

Soit A une algèbre associative normable complète, ayant un élément unité ee. Soit A∗A^* le groupe des éléments inversibles de A. On a vu (§\S 1, n° 1) que A∗A^* est une sous-variété ouverte de A, et est un groupe de Lie. Soient G un groupe de Lie, ff un morphisme du groupe de Lie G dans le groupe de Lie A∗A^*. On peut considérer f comme une application analytique de G dans l’espace normable complet A. Donc, si t∈T(∞)(G)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G), on peut former ⟨t,f⟩\langle t, f \rangle, qui est un élément de A.

Proposition 33

L’application* t↦⟨t,f⟩t \mapsto \langle t, f \rangle est un morphisme de l’algèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) dans l’algèbre A.

Il suffit de vérifier que, si tt et t′t' sont des distributions ponctuelles sur G, on a ⟨t∗t′,f⟩=⟨t,f⟩⟨t′,f⟩\langle t * t', f \rangle = \langle t, f \rangle \langle t', f \rangle. Or

⟨t∗t′,f⟩=⟨t⊗t′,(g,g′)↦f(gg′)⟩=⟨t⊗t′,(g,g′)↦f(g)f(g′)⟩=⟨t,f⟩⟨t′,f⟩. \begin{align*} \langle t * t', f \rangle &= \langle t \otimes t', (g, g') \mapsto f(gg') \rangle \\ &= \langle t \otimes t', (g, g') \mapsto f(g)f(g') \rangle \\ &= \langle t, f \rangle \langle t', f \rangle \tag{VAR, R, 13.4.3}. \end{align*}
C.Q.F.D.

Le morphisme de la prop. 33 est dit associé à f.

Prenons pour G le groupe A∗A^* lui-même, et pour ff l’application identique ι\iota de A∗A^*. Nous obtenons un morphisme, dit canonique, de l’algèbre T(∞)(A∗)\mathscr{T}^{(\infty)}(A^*) dans l’algèbre A. L’espace tangent Te(A∗)T_e(A^*) s’identifie canoniquement à A; et, si t∈Te(A∗)t \in T_e(A^*), la définition de cette identification est telle que ⟨t,ι⟩=t\langle t, \iota \rangle = t. Ceci posé, la prop. 33 entraîne le corollaire suivant:

Corollaire

L’application canonique* ζ\zeta de L(A∗)L(A^*) dans A est un isomorphisme de l’algèbre de Lie L(A∗)L(A^*) sur l’algèbre de Lie A. Autrement dit, on a

ζ([a,b])=ζ(a)ζ(b)−ζ(b)ζ(a) \zeta([a, b]) = \zeta(a)\zeta(b) - \zeta(b)\zeta(a)
quels que soient a, b dans L(A∗)L(A^*). Si K est de caractéristique p>0p > 0, on a ζ(ap)=ζ(a)p\zeta(a^p) = \zeta(a)^p pour tout a∈L(A∗)a \in L(A^*).

On identifie désormais L(A∗)L(A^*) et A grâce à l’isomorphisme ζ\zeta.

Le morphisme canonique de T(∞)(A∗)\mathscr{T}^{(\infty)}(A^*) dans A a été obtenu comme cas particulier du morphisme de la prop. 33. Mais on peut procéder en sens inverse:

Proposition 34

Soient* H un groupe de Lie, A une algèbre associative normable complète unifière, φ:H→A∗\varphi : H \to A^* un morphisme de groupes de Lie. Le morphisme associé φ′\varphi' de T(∞)(H)\mathscr{T}^{(\infty)}(H) dans A s’obtient en composant φ∗\varphi_* et le morphisme canonique de T(∞)(A∗)\mathscr{T}^{(\infty)}(A^*) dans A. En particulier, φ′(x)=L(φ)(x)\varphi'(x) = L(\varphi)(x) pour tout x∈L(H)x \in L(H).

En effet, soit ii l’application identique de A∗A^* dans A. On a, pour tout t∈T(∞)(H)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(H),

φ′(t)=⟨t,φ⟩=⟨t,i∘φ⟩=⟨φ∗(t),i⟩.(VAR, R, 13.2.3) \varphi'(t) = \langle t, \varphi \rangle = \langle t, i \circ \varphi \rangle \\ = \langle \varphi_*(t), i \rangle \tag{VAR, R, 13.2.3}.

10. Algèbres de Lie de certains groupes linéaires

Soit E un espace normable complet. Alors L(E)\mathscr{L}(E) est une algèbre normable complète unifière, et GL(E)\mathbf{GL}(E) est un groupe de Lie. D’après le cor. de la prop. 33, n° 9, si on identifie canoniquement T1(GL(E))T_1(\mathbf{GL}(E)) à L(E)\mathscr{L}(E), la structure d’algèbre de Lie de L(GL(E))L(\mathbf{GL}(E)) est donnée par le crochet (x,y)↦xy−yx(x, y) \mapsto xy - yx de deux éléments de L(E)\mathscr{L}(E). En particulier, L(GL(n,K))L(\mathbf{GL}(n, K)) s’identifie canoniquement à gl(n,K)\mathfrak{gl}(n, K) (chap. I, , n° 2)

Proposition 35

Soit E un espace vectoriel de dimension finie. Soit φ\varphi le morphisme g↦det⁡gg \mapsto \det g du groupe de Lie GL(E)\mathbf{GL}(E) dans le groupe de Lie K∗K^*. L’application L(φ)L(\varphi) de L(E)\mathscr{L}(E) dans KK est l’application x↦Tr⁡xx \mapsto \operatorname{Tr} x. Le noyau SL(E)\mathbf{SL}(E) de φ\varphi est un sous-groupe de Lie de GL(E)\mathbf{GL}(E) d’algèbre de Lie sl(E)\mathfrak{sl}(E).

Choisissons une norme et une base dans E. Le développement du déterminant prouve que

det⁡(1+u)∈1+Tr⁡u+o(∥u∥) \det(1 + u) \in 1 + \operatorname{Tr} u + o(\|u\|)
quand uu tend vers 0 dans L(E)\mathscr{L}(E). Donc, compte tenu de la prop. 34, n° 9, on a, pour x∈L(E)=L(GL(E))x \in \mathscr{L}(E) = L(\mathbf{GL}(E)):
L(φ)(x)=⟨x,φ⟩=Tr⁡x. L(\varphi)(x) = \langle x, \varphi \rangle = \operatorname{Tr} x.
Il en résulte que φ\varphi est une submersion. Par suite, Ker⁡φ=SL(E)\operatorname{Ker} \varphi = \mathbf{SL}(E) est un sous-groupe de Lie de GL(E)\mathbf{GL}(E) dont l’algèbre de Lie est Ker⁡L(φ)=sl(E)\operatorname{Ker} L(\varphi) = \mathfrak{sl}(E).

C.Q.F.D.

Soient E1,…,EnE_1, \ldots, E_n des espaces normables complets, E leur somme directe. Tout x∈L(E)x \in \mathscr{L}(E) se représente par une matrice (xij)1≤i,j≤n(x_{ij})_{1 \leq i, j \leq n}, où xij∈L(Ei,Ej)x_{ij} \in \mathscr{L}(E_i, E_j).

Proposition 36

Soient I une partie de {1,2,…,n}\{1, 2, \ldots, n\}, G le sous-groupe de GL(E)\mathbf{GL}(E) formé des g=(gij)1≤i,j≤n∈GL(E)g = (g_{ij})_{1 \leq i, j \leq n} \in \mathbf{GL}(E) tels que gij=0g_{ij} = 0 pour i<ji < j et gii=1g_{ii} = 1 pour i∈Ii \in I. Alors G est un sous-groupe de Lie de GL(E)\mathbf{GL}(E), et L(G)L(G) est l’ensemble des x=(xij)1≤i,j≤n∈L(E)x = (x_{ij})_{1 \leq i, j \leq n} \in \mathscr{L}(E) tels que xij=0x_{ij} = 0 pour i<ji < j et xii=0x_{ii} = 0 pour i∈Ii \in I.

Soit S l’ensemble des (xij)∈L(E)(x_{ij}) \in \mathscr{L}(E) tels que xij=0x_{ij} = 0 pour i<ji < j et xii=0x_{ii} = 0 pour i∈Ii \in I. Alors G est l’intersection de GL(E)\mathbf{GL}(E) et du sous-espace affine 1+S1 + S de L(E)\mathscr{L}(E). Donc G est une sous-variété de GL(E)\mathbf{GL}(E), et l’espace tangent à G en 1 s’identifie à S.

C.Q.F.D

En particulier, dans GL(n,K)\mathbf{GL}(n, K), le sous-groupe trigonal large inférieur et le sous-groupe trigonal strict inférieur, définis comme dans INT, VII, § 3, n° 3, sont des sous-groupes de Lie d’algèbres de Lie t(n,K)t(n, K) et n(n,K)n(n, K) (chap. I, § 1, n° 2).

Proposition 37

Soient A une algèbre associative unifère normable complète, x↦xtx \mapsto x^t une application linéaire continue de A dans A telle que (xt)t=x(x^t)^t = x, (xy)t=ytxt(xy)^t = y^t x^t quels que soient x,yx, y dans A. Supposons K de caractéristique ≠2\neq 2. Soit G le sous-groupe de A∗A^* formé des x∈Ax \in A tels que xxt=xtx=1xx^t = x^t x = 1. Alors G est un sous-groupe de Lie de A∗A^*, et L(G)L(G) est l’ensemble des y∈Ay \in A tels que yt=−yy^t = -y.

Soit S (resp. S') l’ensemble des y∈Ay \in A tels que y=yiy = y^i (resp. y=−yiy = -y^i). Alors S, S' sont des sous-espaces vectoriels fermés de A. La formule

y=12(y+yi)+12(y−yi) y = \frac{1}{2}(y + y^i) + \frac{1}{2}(y - y^i)

prouve que A est somme directe topologique de S et S'. Soit ff l’application de A dans S définie par f(x)=xxif(x) = xx^i. Cette application est analytique. Pour tout y∈Ay \in A, on a f(1+y)=1+y+yi+yyif(1 + y) = 1 + y + y^i + yy^i; choisissons une norme sur A compatible avec sa structure d’algèbre; alors

f(1+y)∈1+y+yi+o(∥y∥)pour y tendant vers 0. f(1 + y) \in 1 + y + y^i + o(\|y\|) \quad \text{pour } y \text{ tendant vers } 0.

Ainsi, T1(f)(y)=y+yiT_1(f)(y) = y + y^i, de sorte que ff est une submersion en 1. Par suite, il existe un voisinage ouvert U de 1 dans A tel que U∩GU \cap G soit une sous-variété de U. Donc (§ 1, n° 3, prop. 6), G est un sous-groupe de Lie de A∗A^*. En outre, L(G)=Te(G)=Ker⁡T1(f)L(G) = T_e(G) = \operatorname{Ker} T_1(f).

Corollaire 1

Supposons K de caractéristique ≠2\neq 2. Soient E un espace vectoriel de dimension finie sur K, et φ\varphi une forme bilinéaire symétrique (resp. alternée) non dégénérée sur E. Pour tout u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E), soit u∗u^* l’adjoint de u relativement à φ\varphi. Soit G le groupe orthogonal (resp. symplectique) de φ\varphi. Alors G est un sous-groupe de Lie de GL(E)\mathbf{GL}(E), et L(G)L(G) est l’ensemble des x∈L(E)x \in \mathscr{L}(E) tels que x∗=−xx^* = -x.

On applique la prop. 37 avec A=L(E)A = \mathscr{L}(E) et xi=x∗x^i = x^*.

Remarque

Soient B une base de E, et JJ la matrice de φ\varphi par rapport à B. Alors L(G)L(G) est l’ensemble des éléments de L(E)\mathscr{L}(E) dont la matrice XX par rapport à B vérifie l’égalité

tX=−J X J−1. {}^tX = -J\, X\, J^{-1}.

Ceci résulte de A, IX, § 1, formule (50).

Corollaire 2

Soient E un espace hilbertien complexe (resp. réel), U le groupe unitaire de E. Alors U est un sous-groupe de Lie réel de GL(E)\mathbf{GL}(E), et L(U)L(U) est l’ensemble des x∈L(E)x \in \mathscr{L}(E) tels que x∗=−xx^* = -x.

On applique la prop. 37 avec A=L(E)A = \mathscr{L}(E) considérée comme algèbre sur R\mathbf{R}, et xi=x∗x^i = x^*.

Corollaire 3

Soient E un espace vectoriel complexe de dimension finie, φ\varphi une forme sesquilinéaire hermitienne non dégénérée sur E, U le groupe unitaire de φ\varphi. Alors U est un sous-groupe de Lie réel de GL(E)\mathbf{GL}(E), et L(U)L(U) est l’ensemble des x∈L(E)x \in \mathscr{L}(E) tels que ix soit hermitien.

Lorsque E≠{0}E \neq \{0\}, U n’est pas un sous-groupe de Lie du groupe de Lie complexe GL(E)\mathbf{GL}(E), car L(U)L(U) n’est pas un sous-espace vectoriel complexe de L(E)\mathscr{L}(E).

11. Représentations linéaires

Soient G un groupe de Lie, E un espace normable complet, π une représentation linéaire analytique de G dans E (§ 1, n° 2). Le morphisme associé t↦⟨t,π⟩t \mapsto \langle t, \pi \rangle de T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) dans L(E)\mathscr{L}(E) est un morphisme d’algèbres (n° 9, prop. 33), et sa restriction à L(G)L(G) est L(π)L(\pi). Donc L(π)L(\pi) est une représentation de L(G)L(G) dans E (chap. I, § 3, déf. 1).

Proposition 38

Considérons G comme opérant à gauche dans E par l’application (g,x)↦π(g)x(g, x) \mapsto \pi(g)x. Soient b∈Eb \in E et ρ(b)\rho(b) son application orbitale. Identifions canoniquement Tb(E)T_b(E) à E. Pour tout t∈L(G)t \in L(G), on a

(L(π)t)(b)=⟨t,ρ(b)⟩=ρ(b)∗t=t∗εb. (L(\pi)t)(b) = \langle t, \rho(b) \rangle = \rho(b)_*t = t * \varepsilon_b.

En particulier, le champ de vecteurs défini par t sur E est le champ b↦(L(π)t)(b)b \mapsto (L(\pi)t)(b).

On a L(π)t=⟨t,π⟩L(\pi)t = \langle t, \pi \rangle (n° 9, prop. 34). Comme l’application A↦AbA \mapsto Ab de L(E)\mathscr{L}(E) dans E est linéaire continue, on en déduit que

(L(π)t)(b)=⟨t,g↦π(g)b⟩=⟨t,IdE∘ρ(b)⟩=⟨ρ(b)∗t,IdE⟩(VAR, R, 13.2.3)=ρ(b)∗t. \begin{align*} (L(\pi)t)(b) &= \langle t, g \mapsto \pi(g)b \rangle \\ &= \langle t, \mathrm{Id}_E \circ \rho(b) \rangle \\ &= \langle \rho(b)_*t, \mathrm{Id}_E \rangle \quad \text{(VAR, R, 13.2.3)} \\ &= \rho(b)_*t. \end{align*}

Enfin, ρ(b)∗t=t∗εb\rho(b)_*t = t * \varepsilon_b (n° 3, prop. 14 (ii)).

Proposition 39

On suppose K de caractéristique 0. Soient G un groupe de Lie, E un espace vectoriel de dimension finie, π une représentation linéaire analytique de G dans E. Soient E1,E2E_1, E_2 des sous-espaces vectoriels de E tels que E2⊂E1E_2 \subset E_1. L’ensemble G1G_1 des g∈Gg \in G tels que π(g)x≡x\pi(g)x \equiv x (mod. E2E_2) pour tout x∈E1x \in E_1 est un sous-groupe de Lie de G, et L(G1)L(G_1) est l’ensemble des a∈L(G)a \in L(G) tels que L(π)aL(\pi)a applique E1E_1 dans E2E_2.

Cela résulte des prop. 29 (n° 8) et 36 (n° 10).

Corollaire 1

Les notations étant celles de la prop. 39, l’ensemble des g∈Gg \in G tels que π(g)(E1)⊂E1\pi(g)(E_1) \subset E_1 est un sous-groupe de Lie de G, et son algèbre de Lie est l’ensemble des a∈L(G)a \in L(G) tels que L(π)aL(\pi)a applique E1E_1 dans E1E_1.

On applique la prop. 39 avec E1=E2E_1 = E_2.

Corollaire 2

Soient G, E, π comme dans la prop. 39. Soit F une partie de E. L’ensemble des g∈Gg \in G tels que π(g)x=x\pi(g)x = x pour tout x∈Fx \in F est un sous-groupe de Lie de G, et son algèbre de Lie est l’ensemble des a∈L(G)a \in L(G) tels que (L(π)a)(x)=0(L(\pi)a)(x) = 0 pour tout x∈Fx \in F.

On applique la prop. 39 avec E2={0}E_2 = \{0\}, E1E_1 étant le sous-espace vectoriel de E engendré par F.

C.Q.F.D.

Soient π1,π2,…,πn\pi_1, \pi_2, \ldots, \pi_n des représentations linéaires analytiques de G. Il est clair que la somme directe π\pi des πi\pi_i (A, VIII, , n° 1) est une représentation linéaire analytique de G, et que L(π)L(\pi) est la somme directe de L(π1)L(\pi_1), L(π2),…,L(πn)L(\pi_2), \ldots, L(\pi_n) (chap. I, § 3, n° 1)

Proposition 40

Soient G un groupe de Lie, E un espace normable complet, π\pi une représentation linéaire analytique de G dans E, F un sous-espace vectoriel fermé de E stable par π(G)\pi(G). On suppose K de caractéristique 0, ou bien F facteur direct de E.

(i) La sous-représentation π1\pi_1 et la représentation quotient π2\pi_2 de π\pi définies par F sont des représentations analytiques.

(ii) F est stable par L(π)(L(G))L(\pi)(L(G)).

(iii) Soient ρ1\rho_1 et ρ2\rho_2 la sous-représentation et la représentation quotient de L(π)L(\pi) définies par F. Alors L(π1)=ρ1,L(π2)=ρ2L(\pi_1) = \rho_1, L(\pi_2) = \rho_2.

Soit A l’ensemble des u∈L(E)u \in \mathscr{L}(E) tels que u(F)⊂Fu(F) \subset F. Alors A est un sous-espace vectoriel fermé de L(E)\mathscr{L}(E), et π\pi prend ses valeurs dans A. En vertu des hypothèses sur K et F, l’application π′:G→A\pi' : G \to A de même graphe que π\pi est analytique (VAR, R, 5.8.5). Les applications canoniques θ1:A→L(F)\theta_1 : A \to \mathscr{L}(F) et θ2:A→L(E/F)\theta_2 : A \to \mathscr{L}(E/F) sont linéaires continues, donc analytiques. Cela prouve (i). Les applications Te(π)T_e(\pi) et Te(π′)T_e(\pi') ont même graphe, donc L(π)(L(G))⊂AL(\pi)(L(G)) \subset A, ce qui prouve (ii). On a

Te(π1)=Te(θ1∘π′)=θ1∘Te(π′)=ρ1Te(π2)=Te(θ2∘π′)=θ2∘Te(π′)=ρ2. T_e(\pi_1) = T_e(\theta_1 \circ \pi') = \theta_1 \circ T_e(\pi') = \rho_1 \\ T_e(\pi_2) = T_e(\theta_2 \circ \pi') = \theta_2 \circ T_e(\pi') = \rho_2.

Proposition 41

Soient G un groupe de Lie, π1,π2,…,πn,π\pi_1, \pi_2, \ldots, \pi_n, \pi des représentations linéaires analytiques de G dans des espaces normables complets E1,E2,…,En,EE_1, E_2, \ldots, E_n, E. Soit (x1,x2,…,xn)↦x1x2…xn(x_1, x_2, \ldots, x_n) \mapsto x_1 x_2 \ldots x_n une application multilinéaire continue de E1×E2×⋯×EnE_1 \times E_2 \times \cdots \times E_n dans E. Supposons que

π(g)(x1x2…xn)=(π1(g)x1)(π2(g)x2)…(πn(g)(xn)) \pi(g)(x_1 x_2 \ldots x_n) = (\pi_1(g)x_1)(\pi_2(g)x_2) \ldots (\pi_n(g)(x_n))
quels que soient g∈G,x1∈E1,…,xn∈Eng \in G, x_1 \in E_1, \ldots, x_n \in E_n. Alors

(L(π)a)(x1x2…xn)=∑i=1nx1x2…xi−1((L(πi)a)xi)xi+1…xn (L(\pi)a)(x_1 x_2 \ldots x_n) = \sum_{i=1}^n x_1 x_2 \ldots x_{i-1} ((L(\pi_i)a)x_i) x_{i+1} \ldots x_n
quels que soient a∈L(G),x1∈E1,…,xn∈Ena \in L(G), x_1 \in E_1, \ldots, x_n \in E_n.

Faisons le calcul pour n=2n = 2 par exemple. On a

(L(π)a)(x1x2)=⟨a,g↦π(g)(x1x2)⟩(prop. 38)=⟨a,(g↦π1(g)x1)(g↦π2(g)x2)⟩=⟨a,g↦π1(g)x1⟩.x2+x1.⟨a,g↦π2(g)x2⟩(VAR, R, 5.5.6)=((L(π1)a)x1).x2+x1.((L(π2)a)x2).(prop. 38) (L(\pi)a)(x_1 x_2) = \langle a, g \mapsto \pi(g)(x_1 x_2) \rangle \quad \text{(prop. 38)} \\ = \langle a, (g \mapsto \pi_1(g)x_1)(g \mapsto \pi_2(g)x_2) \rangle \\ = \langle a, g \mapsto \pi_1(g)x_1 \rangle . x_2 + x_1 . \langle a, g \mapsto \pi_2(g)x_2 \rangle \quad \text{(VAR, R, 5.5.6)} \\ = ((L(\pi_1)a)x_1) . x_2 + x_1 . ((L(\pi_2)a)x_2). \quad \text{(prop. 38)}

Corollaire 1

Soient G un groupe de Lie, E₁, ..., Eₙ₊₁ des espaces normables complets, π₁, ..., πₙ₊₁ des représentations linéaires analytiques de G dans E₁, ..., Eₙ₊₁. Soit E = L(E1,...,En;En+1)\mathscr{L}(E_1, ..., E_n; E_{n+1}) l’espace normable complet des applications multilinéaires continues de E1×⋯×EnE_1 \times \cdots \times E_n dans En+1E_{n+1} (TG, X, , n° 2). Pour tout g∈Gg \in G, soit π(g)\pi(g) l’automorphisme de E défini par

(π(g)u)(x1,...,xn)=πn+1(g)(u(π1(g)−1x1,...,πn(g)−1xn)). (\pi(g)u)(x_1, ..., x_n) = \pi_{n+1}(g)(u(\pi_1(g)^{-1}x_1, ..., \pi_n(g)^{-1}x_n)).

Alors π\pi est une représentation linéaire analytique de G dans E, et

((L(π)a)u)(x1,...,xn)=−∑i=1nu(x1,...,xi−1,(L(πi)a)xi,xi+1,...,xn) ((\mathbf{L}(\pi)a)u)(x_1, ..., x_n) = - \sum_{i=1}^n u(x_1, ..., x_{i-1}, (\mathbf{L}(\pi_i)a)x_i, x_{i+1}, ..., x_n)
+(L(πn+1)a)(u(x1,...,xn)) + (\mathbf{L}(\pi_{n+1})a)(u(x_1, ..., x_n))

quels que soient a∈L(G)a \in \mathbf{L}(G), u∈Eu \in E, x1∈E1,...,xn∈Enx_1 \in E_1, ..., x_n \in E_n.

Tout élément (A1,...,An+1)(A_1, ..., A_{n+1}) de L(E1)×⋯×L(En+1)\mathscr{L}(E_1) \times \cdots \times \mathscr{L}(E_{n+1}) définit un endomorphisme continu θ(A1,...,An+1)\theta(A_1, ..., A_{n+1}) de E par la formule

(θ(A1,...,An+1)u)(x1,...,xn)=An+1(u(A1x1,...,Anxn)). (\theta(A_1, ..., A_{n+1})u)(x_1, ..., x_n) = A_{n+1}(u(A_1x_1, ..., A_nx_n)).

L’application θ\theta de L(E1)×⋯×L(En+1)\mathscr{L}(E_1) \times \cdots \times \mathscr{L}(E_{n+1}) dans L(E)\mathscr{L}(E) est multilinéaire continue. On a, pour tout g∈Gg \in G,

π(g)=θ(π1(g−1),...,πn(g−1),πn+1(g)) \pi(g) = \theta(\pi_1(g^{-1}), ..., \pi_n(g^{-1}), \pi_{n+1}(g))

donc π\pi est analytique. Appliquons la prop. 41 à l’application

(x1,...,xn,u)↦u(x1,...,xn) (x_1, ..., x_n, u) \mapsto u(x_1, ..., x_n)

de E1×⋯×En×EE_1 \times \cdots \times E_n \times E dans En+1E_{n+1}. On a bien

πn+1(g)(u(x1,...,xn))=(π(g)u)(π1(g)x1,...,πn(g)xn) \pi_{n+1}(g)(u(x_1, ..., x_n)) = (\pi(g)u)(\pi_1(g)x_1, ..., \pi_n(g)x_n)

donc

(L(πn+1)a)(u(x1,...,xn)) (\mathbf{L}(\pi_{n+1})a)(u(x_1, ..., x_n))
=∑i=1nu(x1,...,(L(πi)a)xi,...,xn)+((L(π)a)u)(x1,...,xn). = \sum_{i=1}^n u(x_1, ..., (\mathbf{L}(\pi_i)a)x_i, ..., x_n) + ((\mathbf{L}(\pi)a)u)(x_1, ..., x_n).

Lorsque les EiE_i sont de dimension finie, la représentation L(π)\mathbf{L}(\pi) de L(G)\mathbf{L}(G) se déduit des représentations L(π1),...,L(πn+1)\mathbf{L}(\pi_1), ..., \mathbf{L}(\pi_{n+1}) par le procédé du chap. I, § 3, prop. 3.

Corollaire 2

Soient G un groupe de Lie, π\pi une représentation linéaire analytique de G dans un espace normable complet E. Alors g↦tπ(g)−1g \mapsto {}^t\pi(g)^{-1} est une représentation linéaire analytique ρ\rho de G dans l’espace normable complet L(E,K)\mathscr{L}(E, K),¹ et L(ρ)a=−t(L(π)a)\mathbf{L}(\rho)a = -{}^t(\mathbf{L}(\pi)a) pour tout a∈L(G)a \in \mathbf{L}(G).

¹ Comme lorsque K=RK = \mathbf{R} ou C\mathbf{C}, le transposé tπ(g){}^t\pi(g) envisagé ici est la restriction à L(E,K)\mathscr{L}(E, K) du transposé de π(g)\pi(g) au sens purement algébrique.

C’est un cas particulier du cor. 1.

On dit que ρ\rho est la représentation contragrédiente de π\pi.

Lorsque E est de dimension finie, L(ρ)L(\rho) est la représentation duale de L(π)L(\pi) au sens du chap. I, § 3, n° 3.

Corollaire 3

Soient G un groupe de Lie, π1,…,πn\pi_1, \ldots, \pi_n des représentations linéaires analytiques de G dans des espaces vectoriels de dimension finie E1,…,EnE_1, \ldots, E_n. Alors la représentation π1⊗⋯⊗πn\pi_1 \otimes \cdots \otimes \pi_n de G (Appendice) est analytique, et L(π1⊗⋯⊗πn)L(\pi_1 \otimes \cdots \otimes \pi_n) est le produit tensoriel de L(π1),…,L(πn)L(\pi_1), \ldots, L(\pi_n).

L’application (A1,…,An)↦A1⊗⋯⊗An(A_1, \ldots, A_n) \mapsto A_1 \otimes \cdots \otimes A_n de L(E1)×⋯×L(En)\mathscr{L}(E_1) \times \cdots \times \mathscr{L}(E_n) dans L(E1⊗⋯⊗En)\mathscr{L}(E_1 \otimes \cdots \otimes E_n) est multilinéaire, d’où le fait que π\pi est analytique. Considérons l’application (x1,…,xn)↦x1⊗⋯⊗xn(x_1, \ldots, x_n) \mapsto x_1 \otimes \cdots \otimes x_n de E1×⋯×EnE_1 \times \cdots \times E_n dans E1⊗⋯⊗EnE_1 \otimes \cdots \otimes E_n. D’après la prop. 41, on voit que

(L(π)a)(x1⊗⋯⊗xn)=∑i=1nx1⊗⋯⊗(L(πi)a)xi⊗⋯⊗xn (L(\pi)a)(x_1 \otimes \cdots \otimes x_n) = \sum_{i=1}^n x_1 \otimes \cdots \otimes (L(\pi_i)a)x_i \otimes \cdots \otimes x_n

quels que soient a∈L(G)a \in L(G), xi∈Eix_i \in E_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n. Donc L(π)L(\pi) est produit tensoriel des L(πi)L(\pi_i).

Corollaire 4

Soient G un groupe de Lie, π\pi une représentation linéaire analytique de G dans un espace vectoriel de dimension finie E. Alors les représentations Tn(π)T^n(\pi), Sn(π)S^n(\pi), ∧n(π)\wedge^n(\pi) de G (Appendice) sont analytiques, et l’on a

L(Tn(π))=Tn(L(π)),L(Sn(π))=Sn(L(π)),L(∧n(π))=∧n(L(π)). L(T^n(\pi)) = T^n(L(\pi)), \quad L(S^n(\pi)) = S^n(L(\pi)), \quad L(\wedge^n(\pi)) = \wedge^n(L(\pi)).

Cela résulte du cor. 3 et de la prop. 40.

Corollaire 5

Soit A une algèbre de dimension finie. On suppose K de caractéristique 0. Le groupe Aut(A) des automorphismes de A est un sous-groupe de Lie de GL(A)\mathbf{GL}(A), et L(Aut(A))L(\mathrm{Aut}(A)) est l’algèbre de Lie des dérivations de A.

Cela résulte du cor. 1 (appliqué à E=L(A,A;A)E = \mathscr{L}(A, A; A)), et du cor. 2 de la prop. 39 (appliqué à la partie de E réduite à la seule multiplication de A).

Remarque

Appliquons le cor. 1 avec G=GL(F)G = \mathbf{GL}(F) (F, espace normable complet), π1=π2=IdG\pi_1 = \pi_2 = \mathrm{Id}_G, π3\pi_3 étant la représentation triviale de G dans K. On obtient une représentation analytique π\pi de GL(F)\mathbf{GL}(F) dans L(F,F;K)\mathscr{L}(F, F; K). Supposons F de dimension finie et K de caractéristique 0. Appliquant à π\pi le cor. 2 de la prop. 39 on retrouve en partie le cor. 1 de la prop. 37.

Proposition 42

Soient G un groupe de Lie, X une variété analytique, (g,x)↦gx(g, x) \mapsto gx (resp. xgxg) une loi d’opération à gauche (resp. à droite) analytique de G dans X, x0x_0 un point de X invariant par G. Pour tout g∈Gg \in G, soit τ(g)\tau(g) l’automorphisme x↦gxx \mapsto gx (resp. xgxg) de X, et soit π(g)\pi(g) l’automorphisme de Tx0(X)T_{x_0}(X) tangent en x0x_0 à τ(g)\tau(g).

(i) π\pi est une représentation linéaire analytique de G (resp. G∨G^\vee) dans Tx0(X)T_{x_0}(X). (ii) Pour tout a∈L(G)a \in L(G) et tout ξ0∈Tx0(X)\xi_0 \in T_{x_0}(X), L(π)a.ξ0L(\pi)a.\xi_0 peut se calculer ainsi : soient

D_a le champ de vecteurs défini par a sur X, et ξ\xi un champ de vecteurs de classe C1C^1 dans un voisinage ouvert de x0x_0, tel que ξ(x0)=ξ0\xi(x_0) = \xi_0; alors

L(π)a.ξ0=−[Da,ξ](x0). L(\pi)a.\xi_0 = -[D_a, \xi](x_0).

On a τ(gg′)=τ(g)τ(g′)\tau(gg') = \tau(g)\tau(g') (resp. τ(g′)τ(g)\tau(g')\tau(g)), donc π(gg′)=π(g)π(g′)\pi(gg') = \pi(g)\pi(g') (resp. π(g′)π(g)\pi(g')\pi(g)). D’autre part, puisque TX est un G-fibré vectoriel de classe CωC^\omega (§ 1, n° 8, prop. 16), π\pi est analytique, d’où (i).

Pour prouver (ii), supposons que G opère à gauche. Il existe un voisinage ouvert I de 0 dans K et une application analytique γ\gamma de I dans G tels que γ(0)=e\gamma(0) = e, T0(γ)1=aT_0(\gamma)1 = a. Alors DaD_a est le champ de vecteurs sur X défini par l’application φ:(λ,x)↦γ(λ)x\varphi : (\lambda, x) \mapsto \gamma(\lambda)x de I×XI \times X dans X (§ 2, n° 2). Si l’on note φλ\varphi_\lambda la bijection x↦γ(λ)xx \mapsto \gamma(\lambda)x de X dans X, on a

[Da,ξ](x0)=(ddλ(Tφλ(x0)(φλ−1)ξ(φλ(x0))))λ=0(VAR, R, 8.4.5) [D_a, \xi](x_0) = \left( \frac{d}{d\lambda} (T_{\varphi_\lambda(x_0)}(\varphi_\lambda^{-1})\xi(\varphi_\lambda(x_0))) \right)_{\lambda=0} \tag{VAR, R, 8.4.5}
=(ddλ(Tx0(φλ−1)ξ0))λ=0 = \left( \frac{d}{d\lambda} (T_{x_0}(\varphi_\lambda^{-1})\xi_0) \right)_{\lambda=0}
=(ddλ(π(γ(λ))−1ξ0))λ=0. = \left( \frac{d}{d\lambda} (\pi(\gamma(\lambda))^{-1}\xi_0) \right)_{\lambda=0}.

Comme les applications λ↦γ(λ)−1\lambda \mapsto \gamma(\lambda)^{-1} et λ↦γ(−λ)\lambda \mapsto \gamma(-\lambda) sont tangentes en 0, cela est encore égal à

=−(ddλ(π(γ(λ))ξ0))λ=0 = -\left( \frac{d}{d\lambda} (\pi(\gamma(\lambda))\xi_0) \right)_{\lambda=0}
=−(ddλ(π∘γ)(λ))λ=0ξ0 = -\left( \frac{d}{d\lambda} (\pi \circ \gamma)(\lambda) \right)_{\lambda=0} \xi_0
=−L(π)a.ξ0. = -L(\pi)a.\xi_0.

12. Représentation adjointe

Soit G un groupe de Lie. Considérons la loi d’opération à gauche analytique

(g,g′)↦gg′g−1=(Int g)g′ (g, g') \mapsto gg'g^{-1} = (\mathrm{Int}\, g)g'
de G dans G. Cette loi d’opération définit, d’après le n° 3, une application bilinéaire de T(∞)(G)×T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) \times \mathscr{T}^{(\infty)}(G) dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G), que nous noterons ⊤\top dans ce n°. D’après la prop. 13 du n° 3, on a
(22)(22)
(t∗t′)⊤t′′=t⊤(t′⊤t′′) (t * t') \top t'' = t \top (t' \top t'')
quels que soient t,t′,t′′t, t', t'' dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G). D’après la prop. 14 (i) du n° 3, on a
(23)(23)
εg⊤t=(Int g)∗t \varepsilon_g \top t = (\mathrm{Int}\, g)_* t

quels que soient g∈Gg \in G et t∈T(∞)(G)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G). En particulier, l’application t↦εg⊤tt \mapsto \varepsilon_g \top t de T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G) est un automorphisme de la bigèbre T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G). Ses restrictions à U(G)U(G), Us(G)U_s(G), L(G)L(G) se notent AdU(G)(g)\mathrm{Ad}_{U(G)}(g), AdUs(G)(g)\mathrm{Ad}_{U_s(G)}(g), AdL(G)(g)\mathrm{Ad}_{L(G)}(g). On écrit souvent Ad(g)\mathrm{Ad}(g) au lieu de AdL(G)(g)\mathrm{Ad}_{L(G)}(g) quand aucune confusion n’en résulte. D’après (23), Ad(g)\mathrm{Ad}(g) est l’application tangente en ee à Int(g)\mathrm{Int}(g). C’est un automorphisme de l’algèbre de Lie normable L(G)L(G). Pour KK de caractéristique 0, AdU(G)(g)\mathrm{Ad}_{U(G)}(g) est l’unique automorphisme de U(G)U(G) prolongeant Ad(g)\mathrm{Ad}(g).

Si φ\varphi est un morphisme du groupe de Lie GG dans un groupe de Lie HH, on a

φ∗(t⊤t′)=φ∗(t)⊤φ∗(t′) \varphi_*(t \top t') = \varphi_*(t) \top \varphi_*(t')
quels que soient t,t′t, t' dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G); cela résulte de la prop. 15 du no 3.

Proposition 43

Soient t,ut, u dans T(∞)(G)\mathscr{T}^{(\infty)}(G). Soit ∑i=1nti⊗ti′\sum_{i=1}^n t_i \otimes t'_i l’image de tt par le coproduit.* Alors

t⊤u=∑i=1nti∗u∗ti′∨. t \top u = \sum_{i=1}^n t_i * u * t_{i'}^\vee.
Par définition, t⊤ut \top u est l’image de t⊗ut \otimes u par l’application (g,g′)↦gg′g−1(g, g') \mapsto gg'g^{-1} de G×GG \times G dans GG. Or cette application s’obtient en composant les applications suivantes:
α:(g,g′)↦(g,g,g′)de G×G dans G×G×Gβ:(g,g′,g′′)↦(g,g′−1,g′′)de G×G×G dans G×G×Gγ:(g,g′,g′′)↦gg′′g′de G×G×G dans G. \begin{align*} \alpha : (g, g') &\mapsto (g, g, g') & \text{de } G \times G \text{ dans } G \times G \times G \\ \beta : (g, g', g'') &\mapsto (g, {g'}^{-1}, g'') & \text{de } G \times G \times G \text{ dans } G \times G \times G \\ \gamma : (g, g', g'') &\mapsto gg''g' & \text{de } G \times G \times G \text{ dans } G. \end{align*}
D’autre part:
α∗(t⊗u)=∑i=1n(ti⊗ti′)⊗u=∑i=1nti⊗ti′⊗u \alpha_* (t \otimes u) = \sum_{i=1}^n (t_i \otimes t'_i) \otimes u = \sum_{i=1}^n t_i \otimes t'_i \otimes u
β∗(∑i=1nti⊗ti′⊗u)=∑i=1nti⊗ti′∨⊗u \beta_* \left( \sum_{i=1}^n t_i \otimes t'_i \otimes u \right) = \sum_{i=1}^n t_i \otimes t_{i'}^\vee \otimes u
γ∗(∑i=1nti⊗ti′∨⊗u)=∑i=1nti∗u∗ti′∨. \gamma_* \left( \sum_{i=1}^n t_i \otimes t_{i'}^\vee \otimes u \right) = \sum_{i=1}^n t_i * u * t_{i'}^\vee.

Corollaire 1

Soient u∈L(G)u \in L(G), u′∈T(∞)(G)u' \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G). On a u⊤u′=u∗u′−u′∗uu \top u' = u * u' - u' * u.* En effet, l’image de uu par le coproduit est u⊗εe+εe⊗uu \otimes \varepsilon_e + \varepsilon_e \otimes u, d’où

u⊤u′=u∗u′∗εe+εe∗u′∗u∨=u∗u′−u′∗u. u \top u' = u * u' * \varepsilon_e + \varepsilon_e * u' * u^\vee = u * u' - u' * u.

Corollaire 2

Soient t∈T(∞)(G)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(G) et g∈Gg \in G. On a εg⊤t=εg∗t∗εg−1\varepsilon_g \top t = \varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}}. Si t∈L(G)t \in L(G), on a εg⊤t=gtg−1\varepsilon_g \top t = gtg^{-1} (ce dernier produit étant calculé dans le groupe T(G)T(G)).* En effet, l’image de εg\varepsilon_g par le coproduit est εg⊗εg\varepsilon_g \otimes \varepsilon_g.

Corollaire 3

Soit a∈L(G)a \in \mathbf{L}(G). Le champ de vecteurs défini par aa et par l’opération à gauche g↦Int gg \mapsto \mathrm{Int}\,g de GG dans GG est le champ Ra−LaR_a - L_a.

En effet, la valeur de ce champ en gg est

a⊤εg=a∗εg−εg∗a(cor. 1) a \top \varepsilon_g = a * \varepsilon_g - \varepsilon_g * a \quad \text{(cor. 1)}
=(Ra)g−(La)g(deˊf. 5). = (R_a)_g - (L_a)_g \quad \text{(déf. 5)}.
C.Q.F.D.

Pour tout g∈Gg \in G et tout t∈L(G)t \in \mathbf{L}(G), on a

(Ad g)(t)=εg⊤t=εg∗t∗εg−1=gtg−1. (\mathrm{Ad}\,g)(t) = \varepsilon_g \top t = \varepsilon_g * t * \varepsilon_{g^{-1}} = gtg^{-1}.
Puisque Ad g=Te(Int g)\mathrm{Ad}\,g = T_e(\mathrm{Int}\,g), la prop. 42 du n° 11 prouve que Ad\mathrm{Ad} est une représentation linéaire analytique de GG dans l’espace normable L(G)\mathbf{L}(G).

Définition 7

La représentation Ad\mathrm{Ad} de GG dans L(G)\mathbf{L}(G) s’appelle la représentation adjointe de GG.

Proposition 44

Pour tout a∈L(G)a \in \mathbf{L}(G), on a

(L(Ad))(a)=adL(G)a. (\mathbf{L}(\mathrm{Ad}))(a) = \mathrm{ad}_{\mathbf{L}(G)} a.
Soit b∈L(G)b \in \mathbf{L}(G). D’après la prop. 42 (ii) du n° 11 et le cor. 3 de la prop. 43, on a
(L(Ad))(a).b=−[Ra−La,Lb](e). (\mathbf{L}(\mathrm{Ad}))(a) . b = - [R_a - L_a, L_b](e).
Or Ra∘Lb=Lb∘RaR_a \circ L_b = L_b \circ R_a (n° 6, prop. 23 (ii)), d’où [Ra,Lb]=0[R_a, L_b] = 0; compte tenu encore de la prop. 23 (ii), on a
(L(Ad))(a).b=[La,Lb](e)=L[a,b](e)=[a,b]=(adL(G)a)b. (\mathbf{L}(\mathrm{Ad}))(a) . b = [L_a, L_b](e) = L_{[a, b]}(e) = [a, b] = (\mathrm{ad}_{\mathbf{L}(G)} a) b.

Proposition 45

Supposons GG de dimension finie et KK de caractéristique 0. Soit ss un entier ⩾0\geqslant 0. Alors l’application π:g↦AdUs(G)(g)\pi : g \mapsto \mathrm{Ad}_{U_s(G)}(g) est une représentation linéaire analytique de GG dans Us(G)U_s(G), et L(π)a=adUs(G)a\mathbf{L}(\pi)a = \mathrm{ad}_{U_s(G)} a pour tout a∈L(G)a \in \mathbf{L}(G).

La représentation linéaire π\pi est un quotient de ⨁r=0sTr(Ad)\bigoplus_{r=0}^s \mathrm{T}^r(\mathrm{Ad}), donc est analytique. Pour a∈L(G)a \in \mathbf{L}(G) et x1,x2,…,xsx_1, x_2, \ldots, x_s dans L(G)\mathbf{L}(G), on a

(L(π)a)(x1x2…xs)=∑i=1sx1…(L(Ad)a.xi)…xs(prop. 41) (\mathbf{L}(\pi)a)(x_1 x_2 \ldots x_s) = \sum_{i=1}^s x_1 \ldots (\mathbf{L}(\mathrm{Ad})a . x_i) \ldots x_s \quad \text{(prop. 41)}
=∑i=1sx1…([a,xi])…xs(prop. 44) = \sum_{i=1}^s x_1 \ldots ([a, x_i]) \ldots x_s \quad \text{(prop. 44)}
=(adUs(G)a)(x1x2…xs). = (\mathrm{ad}_{U_s(G)} a)(x_1 x_2 \ldots x_s).

Proposition 46

Soient h∈G, x∈Th(G)h \in G,\ x \in T_h(G) et a∈L(G)a \in L(G). Soit φ\varphi l’application (g,g′)↦gg′g−1(g, g') \mapsto gg'g^{-1} de G×GG \times G dans GG. L’image yy de (a,x)∈Te(G)×Th(G)(a, x) \in T_e(G) \times T_h(G) par T(e,h)(φ)T_{(e,h)}(\varphi) est y=x+h((Ad h−1)a−a)y = x + h((\mathrm{Ad}\ h^{-1})a - a).

En effet,

y=(T(e,h)φ)(a⊗εh+εe⊗x)=a⊤εh+εe⊤x=a∗εh−εh∗a+x=h((Ad h−1)a)−ha+x. y = (T_{(e,h)}\varphi)(a \otimes \varepsilon_h + \varepsilon_e \otimes x) = a \top \varepsilon_h + \varepsilon_e \top x = a * \varepsilon_h - \varepsilon_h * a + x = h((\mathrm{Ad}\ h^{-1})a) - ha + x.

Proposition 47

Soient GG un groupe de Lie, HH et EE des sous-groupes de Lie de GG, et supposons que hEh−1=EhEh^{-1} = E pour tout h∈Hh \in H. Alors T(∞)(H)∩T(∞)(E)⊂T(∞)(E)\mathscr{T}^{(\infty)}(H) \cap \mathscr{T}^{(\infty)}(E) \subset \mathscr{T}^{(\infty)}(E). En particulier, Ad(H)(L(E))⊂L(E)\mathrm{Ad}(H)(L(E)) \subset L(E) et [L(H),L(E)]⊂L(E)[L(H), L(E)] \subset L(E).

En effet, si t∈T(∞)(H)t \in \mathscr{T}^{(\infty)}(H) et t′∈T(∞)(E)t' \in \mathscr{T}^{(\infty)}(E), on a t⊗t′∈T(∞)(H×E)t \otimes t' \in \mathscr{T}^{(\infty)}(H \times E), et l’image de H×EH \times E par l’application (g,g′)↦gg′g−1(g, g') \mapsto gg'g^{-1} est contenue dans EE.

Proposition 48

Soient GG un groupe de Lie, HH et EE des sous-groupes de Lie de GG. Supposons que GG soit, en tant que groupe de Lie, produit semi-direct de HH par EE. Soit ρ\rho la représentation linéaire g↦(Ad g)∣L(E)g \mapsto (\mathrm{Ad}\ g)|L(E) du groupe de Lie GG dans L(E)L(E) (cf. prop. 47), et soit σ\sigma la restriction de ρ\rho à HH. Alors: (i) L(G)L(G) est somme directe topologique de L(H)L(H) et L(E)L(E); (ii) L(H)L(H) est une sous-algèbre de L(G)L(G), L(E)L(E) est un idéal de L(G)L(G); (iii) L(σ)L(\sigma) est une représentation linéaire de L(H)L(H) dans l’algèbre de Lie des dérivations de L(E)L(E); (iv) L(G)L(G) est le produit semi-direct de L(H)L(H) par L(E)L(E) défini par L(σ)L(\sigma) (chap. I, § 1, n° 8).

(i) est évident, (ii) résulte de la prop. 47. On a L(σ)=L(ρ)∣L(H)L(\sigma) = L(\rho)|L(H). Or, d’après les prop. 40 (n° 11) et 44 (n° 12), L(ρ)(t)L(\rho)(t) est, pour tout t∈L(G)t \in L(G), la restriction de adL(G)t\mathrm{ad}_{L(G)}t à L(E)L(E). Cela prouve (iii). Compte tenu de (i) et (ii), cela prouve aussi (iv).

Corollaire

Soit GG un groupe de Lie. Munissons Te(G)T_e(G) de son unique structure d’algèbre de Lie commutative. Soit τ\tau la représentation adjointe de L(G)L(G). Alors l’algèbre de Lie de T(G)T(G) est le produit semi-direct de L(G)L(G) par Te(G)T_e(G) défini par τ\tau. En d’autres termes, pour x,x′x, x' dans L(G)L(G) et y,y′y, y' dans Te(G)T_e(G), on a

[(x,y),(x′,y′)]=([x,x′],[x,y′]+[y,x′]) [(x, y), (x', y')] = ([x, x'], [x, y'] + [y, x'])
(le crochet de gauche étant calculé dans L(T(G))L(T(G)) et les crochets de droite dans L(G)L(G)).

Cela résulte de la prop. 48, et de la prop. 6 du § 2, n° 2.

Proposition 49

Soit AA une algèbre associative unifière normable complète. Identifions AA à L(A∗)L(A^*). Alors, si g∈A∗g \in A^* et y∈Ay \in A, on a (Ad g)y=gyg−1(\mathrm{Ad}\ g)y = gyg^{-1}.

Rappelons que Ad g=T1(Int g)\mathrm{Ad}\, g = T_1(\mathrm{Int}\, g). Soit ugu_g l’application x↦gxg−1x \mapsto gxg^{-1} de AA dans AA. La carte identique de A∗A^* dans AA transforme Int g\mathrm{Int}\, g en ug∣A∗u_g|A^*. L’application tangente en chaque point de A∗A^* à cette application est égale à ugu_g, d’où la proposition.

Corollaire

Pour tout g∈A∗g \in A^*, soit i(g)i(g) l’automorphisme y↦gyg−1y \mapsto gyg^{-1} de AA, de sorte que ii est une représentation linéaire analytique de A∗A^* dans AA. Pour tout z∈L(A∗)=Az \in \mathbf{L}(A^*) = A, L(i)z\mathbf{L}(i)z est la dérivation intérieure y↦zy−yzy \mapsto zy - yz de AA. Cela résulte des prop. 49 et 44.

13. Tenseurs et formes invariantes

Soit GG un groupe de Lie. Considérons GG comme opérant sur lui-même par translations à gauche (resp. à droite). Soit λ\lambda un foncteur vectoriel de classe CωC^\omega pour les isomorphismes. Alors λ(TG)\lambda(TG) est un GG-fibré vectoriel à gauche (resp. à droite) analytique (§1§ 1, n° 8, cor. de la prop. 16). L’application (g,u)↦gu(g, u) \mapsto gu (resp. ugug) de G×λ(L(G))G \times \lambda(\mathbf{L}(G)) sur λ(TG)\lambda(TG) est un isomorphisme φ\varphi (resp. ψ\psi) de GG-fibrés vectoriels (§1§ 1, n° 8, cor. 2 de la prop. 17). Toute section GG-invariante de λ(TG)\lambda(TG) est analytique, et déterminé par sa valeur en ee (§1§ 1, n° 8, cor. 1 de la prop. 17). Une telle section est dite invariante à gauche (resp. à droite). Soit σ\sigma une section invariante-à-gauche de λ(TG)\lambda(TG); la transformée σ′\sigma' de σ\sigma par une translation à droite δ(g)\delta(g) est définie par σ′(δ(g)h)=λ(Th(δ(g)))σ(h)\sigma'(\delta(g)h) = \lambda(T_h(\delta(g)))\sigma(h) quel que soit h∈Gh \in G; elle est encore invariante à gauche; elle se déduit aussi de σ\sigma par γ(g)∘δ(g)=Int(g)\gamma(g) \circ \delta(g) = \mathrm{Int}(g), donc

σ′(e)=λ(Ad g)⋅σ(e). \sigma'(e) = \lambda(\mathrm{Ad}\, g) \cdot \sigma(e).

De même, soit τ\tau une section invariante à droite de λ(TG)\lambda(TG); la transformée τ′\tau' de τ\tau par une translation à gauche γ(g)\gamma(g) est encore invariante à droite, et l’on a

τ′(e)=λ(Ad g)⋅τ(e). \tau'(e) = \lambda(\mathrm{Ad}\, g) \cdot \tau(e).

Considérons maintenant G×GG \times G comme opérant à gauche dans GG par ((g,g′),g′′)↦gg′′g′−1((g, g'), g'') \mapsto gg''{g'}^{-1}. Alors GG est un espace homogène de Lie à gauche pour G×GG \times G (§1§ 1, n° 6, Exemple). Donc λ(TG)\lambda(TG) est un (G×G)(G \times G)-fibré vectoriel à gauche analytique. Une section de λ(TG)\lambda(TG) est dite biinvariante si elle est invariante par l’action de G×GG \times G dans λ(TG)\lambda(TG), autrement dit si elle est invariante par les translations à gauche et à droite. Soit λ(L(G))0\lambda(\mathbf{L}(G))_0 l’ensemble des éléments de λ(L(G))\lambda(\mathbf{L}(G)) invariants par λ(Ad(G))\lambda(\mathrm{Ad}(G)). Pour tout u∈λ(L(G))0u \in \lambda(\mathbf{L}(G))_0, soit σu\sigma_u l’application de GG dans λ(TG)\lambda(TG) définie par σu(g)=gu=ug\sigma_u(g) = gu = ug. Alors, u↦σuu \mapsto \sigma_u est une bijection de λ(L(G))0\lambda(\mathbf{L}(G))_0 sur l’ensemble des sections biinvariantes de λ(TG)\lambda(TG) (§1§ 1, n° 8, cor. 1 de la prop. 17).

Proposition 50

Soit GG un groupe de Lie (supposé de dimension finie si KK est de caractéristique >0> 0). Soit EE l’espace vectoriel des formes multilinéaires alternées continues de degré k sur Te(G)T_e(G). Pour tout u∈Eu \in E, soit ωu\omega^u la forme différentielle de degré k sur G telle que (ωu)g(\omega^u)_g soit la forme multilinéaire sur Tg(G)T_g(G) déduite de u par la translation h↦ghh \mapsto gh (resp. h↦hgh \mapsto hg). Alors ωu\omega^u est analytique invariante à gauche (resp. à droite) sur G. L’application u↦ωuu \mapsto \omega^u est un isomorphisme de E sur l’espace vectoriel des formes différentielles de degré k invariantes à gauche (resp. à droite) sur G.

C’est un cas particulier de ce qu’on a dit plus haut.

Soit F un espace normable complet. La prop. 50 reste valable si l’on remplace les formes différentielles sur G à valeurs dans K par les formes différentielles sur G à valeurs dans F. Pour toute application linéaire continue u de Te(G)T_e(G) dans F, il existe une forme différentielle ωu\omega^u de degré 1 sur G, à valeurs dans F, telle que (ωu)g=u∘Tg(γ(g)−1)(\omega^u)_g = u \circ T_g(\gamma(g)^{-1}). En particulier, prenons F=Te(G)F = T_e(G) et u=IdTe(G)u = \mathrm{Id}_{T_e(G)}. On obtient alors la forme différentielle ω\omega sur G telle que ωg=Tg(γ(g−1))\omega_g = T_g(\gamma(g^{-1})); cette forme différentielle est invariante à gauche et analytique; on l’appelle la forme différentielle canonique gauche de G. On a ωg(t)=g−1t\omega_g(t) = g^{-1}t pour tout t∈Tg(G)t \in T_g(G).

Si F est de nouveau un espace normable complet quelconque, et si u∈L(Te(G),F)u \in \mathscr{L}(T_e(G), F), on a ωu=u∘ω\omega^u = u \circ \omega. En particulier (prenant F=KF = K), l’application v↦v∘ωv \mapsto v \circ \omega est une bijection linéaire du dual de Te(G)T_e(G) sur l’espace vectoriel des formes différentielles de degré 1 à valeurs dans K invariantes à gauche sur G.

De même, la forme différentielle ω′\omega' sur G telle que ωg′=Tg(δ(g))\omega'_g = T_g(\delta(g)) s’appelle la forme différentielle canonique droite de G. On a des propriétés analogues à celles de ω\omega, qu’on laisse au lecteur le soin d’énoncer. L’application g↦g−1g \mapsto g^{-1} de G sur G transforme ω\omega en ω′\omega'.

14. Formules de Maurer-Cartan

Soit X une variété de classe CrC^r, de dimension finie si K est de caractéristique > 0 et soit L une algèbre de Lie normable complète. Soit α\alpha une forme différentielle de degré 1 sur X à valeurs dans L, de classe Cr−1C^{r-1}. Soit x∈Xx \in X. L’application

(u1,u2)↦[αx(u1),αx(u2)] (u_1, u_2) \mapsto [\alpha_x(u_1), \alpha_x(u_2)]

de Tx(X)×Tx(X)T_x(X) \times T_x(X) dans L est une forme bilinéaire alternée continue sur Tx(X)T_x(X), à valeurs dans L. Nous la noterons [α]x2[\alpha]^2_x, de sorte que [α]2[\alpha]^2 est une forme différentielle de degré 2 sur X à valeurs dans L. Identifiant un voisinage ouvert de x dans X à une partie ouverte d’un espace de Banach, on voit aussitôt que [α]2[\alpha]^2 est de classe Cr−1C^{r-1}. Si X′X' est une variété de classe CrC^r et f:X′→Xf : X' \to X un morphisme, on a

[f∗(α)]2=f∗([α]2). [f^*(\alpha)]^2 = f^*([\alpha]^2).

Soient α,β\alpha, \beta deux formes différentielles de degré 1 sur X à valeurs dans L, de classe Cr−1C^{r-1}. Le produit extérieur α∧β\alpha \wedge \beta de α\alpha et β\beta (VAR, R, 7.8.2) est une forme différentielle de degré 2 sur X, à valeurs dans L, de classe Cr−1C^{r-1}; on a

(α∧β)x(u1,u2)=[αx(u1),βx(u2)]−[αx(u2),βx(u1)] (\alpha \wedge \beta)_x(u_1, u_2) = [\alpha_x(u_1), \beta_x(u_2)] - [\alpha_x(u_2), \beta_x(u_1)]

pour u1,u2u_1, u_2 dans Tx(X)T_x(X). Il est immédiat que

[α+β]2=[α]2+[β]2+α∧β [\alpha + \beta]^2 = [\alpha]^2 + [\beta]^2 + \alpha \wedge \beta
α∧α=2[α]2. \alpha \wedge \alpha = 2[\alpha]^2.

Proposition 51

Soit G un groupe de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0, et soient a1,…,apa_1, \ldots, a_p des éléments de L(G)L(G), F un espace normable complet, α\alpha une forme différentielle de degré p−1p - 1 sur G à valeurs dans F. Si α\alpha est invariante à gauche, on a*

(dα)e(a1,…,ap)=∑i<j(−1)i+jαe([ai,aj],a1,…,ai−1,ai+1,…,aj−1,aj+1,…,ap). (d\alpha)_e(a_1, \ldots, a_p) = \sum_{i < j} (-1)^{i+j} \alpha_e([a_i, a_j], a_1, \ldots, a_{i-1}, a_{i+1}, \ldots, a_{j-1}, a_{j+1}, \ldots, a_p).
Si α\alpha est invariante à droite, on a
(dα)e(a1,…,ap)=−∑i<j(−1)i+jαe([ai,aj],a1,…,ai−1,ai+1,…,aj−1,aj+1,…,ap). (d\alpha)_e(a_1, \ldots, a_p) = -\sum_{i < j} (-1)^{i+j} \alpha_e([a_i, a_j], a_1, \ldots, a_{i-1}, a_{i+1}, \ldots, a_{j-1}, a_{j+1}, \ldots, a_p).

Supposons α\alpha invariante à gauche. D’après VAR, R, 8.5.7, on a

(dα)(La1,…,Lap)=∑i(−1)i−1Laiα(La1,…,Lai−1,Lai+1,…,Lap)+∑i<j(−1)i+jα([Lai,Laj],La1,…,Lai−1,Lai+1,…,Laj−1,Laj+1,…,Lap). (d\alpha)(L_{a_1}, \ldots, L_{a_p}) = \sum_i (-1)^{i-1} L_{a_i} \alpha(L_{a_1}, \ldots, L_{a_{i-1}}, L_{a_{i+1}}, \ldots, L_{a_p}) + \sum_{i < j} (-1)^{i+j} \alpha([L_{a_i}, L_{a_j}], L_{a_1}, \ldots, L_{a_{i-1}}, L_{a_{i+1}}, \ldots, L_{a_{j-1}}, L_{a_{j+1}}, \ldots, L_{a_p}).
Mais les fonctions α(La1,…,Lai−1,Lai+1,…,Lap)\alpha(L_{a_1}, \ldots, L_{a_{i-1}}, L_{a_{i+1}}, \ldots, L_{a_p}) sur G sont invariantes à gauche, donc constantes. Donc
Laiα(La1,…,Lai−1,Lai+1,…,Lap)=0. L_{a_i} \alpha(L_{a_1}, \ldots, L_{a_{i-1}}, L_{a_{i+1}}, \ldots, L_{a_p}) = 0.
Par ailleurs, [Lai,Laj]=L[ai,aj][L_{a_i}, L_{a_j}] = L_{[a_i, a_j]} (prop. 23), d’où la première formule de la prop. 51. La deuxième s’établit de manière analogue, en tenant compte cette fois de [Rai,Raj]=−R[ai,aj][R_{a_i}, R_{a_j}] = -R_{[a_i, a_j]}.

Corollaire 1

Soient G un groupe de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0, ω\omega et ω′\omega' les formes différentielles canoniques gauche et droite de G. On a*

dω+[ω]2=0dω′−[ω′]2=0. d\omega + [\omega]^2 = 0 \qquad d\omega' - [\omega']^2 = 0.
D’après la prop. 51, on a
(dω)e(a1,a2)=−ωe([a1,a2])=−[a1,a2]=−[ωe(a1),ωe(a2)]=−[ω]e2(a1,a2) (d\omega)_e(a_1, a_2) = -\omega_e([a_1, a_2]) = -[a_1, a_2] = -[\omega_e(a_1), \omega_e(a_2)] = -[\omega]^2_e(a_1, a_2)
d’où la première formule. La deuxième s’établit de manière analogue.

Corollaire 2

Supposons G de dimension finie. Soient (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n) une base de L(G)L(G), (e1∗,…,en∗)(e_1^*, \ldots, e_n^*) la base duale, (cijk)(c_{ijk}) les constantes de structure de L(G)L(G) relativement à la base* (e1,…,en)(e_1, \ldots, e_n), ωi\omega_i (resp. ωi′\omega'_i) la forme différentielle invariante à gauche (resp. à droite) sur GG, à valeurs dans KK, telle que (ωi)e=ei∗(\omega_i)_e = e_i^* (resp. (ωi′)e=ei∗(\omega'_i)_e = e_i^*). Alors

dωk+∑i<jcijkωi∧ωj=0(k=1,2,…,n) d\omega_k + \sum_{i < j} c_{ijk} \omega_i \wedge \omega_j = 0 \quad (k = 1, 2, \ldots, n)
dωk′−∑i<jcijkωi′∧ωj′=0(k=1,2,…,n). d\omega'_k - \sum_{i < j} c_{ijk} \omega'_i \wedge \omega'_j = 0 \quad (k = 1, 2, \ldots, n).

En effet, si r<sr < s, on a

(dωk)e(er,es)=−(ωk)e([er,es]) (d\omega_k)_e(e_r, e_s) = - (\omega_k)_e([e_r, e_s])
=−∑lcrst(ωk)e(el) = - \sum_l c_{rst} (\omega_k)_e(e_l)
=−crsk = - c_{rsk}
=−∑i<jcijk(ωi∧ωj)e(er,es). = - \sum_{i < j} c_{ijk} (\omega_i \wedge \omega_j)_e(e_r, e_s).

On raisonne de même pour les ωk′\omega'_k.

15. Construction de formes différentielles invariantes

Lemme 2

Soient GG un groupe de Lie, UU un voisinage ouvert symétrique de ee dans GG, EE un espace normable complet, φ:U2→E\varphi : U^2 \to E une application analytique. Pour tout g∈Ug \in U, soit ωg\omega_g la différentielle au point gg de l’application h↦φ(g−1h)h \mapsto \varphi(g^{-1}h). Alors ω\omega est la restriction à UU de la forme différentielle invariante à gauche sur GG dont la valeur en ee est deφd_e \varphi.

Il est clair que ωe=deφ\omega_e = d_e \varphi. Pour tout g∈Ug \in U et tout t∈Te(G)t \in T_e(G), on a

⟨ωg,Te(γ(g))t⟩=⟨dg(φ∘γ(g)−1),Te(γ(g))t⟩ \langle \omega_g, T_e(\gamma(g))t \rangle = \langle d_g(\varphi \circ \gamma(g)^{-1}), T_e(\gamma(g))t \rangle
=⟨deφ∘Tg(γ(g)−1),Te(γ(g))t⟩=⟨deφ,t⟩ = \langle d_e \varphi \circ T_g(\gamma(g)^{-1}), T_e(\gamma(g))t \rangle = \langle d_e \varphi, t \rangle
donc ωg\omega_g se déduit de deφd_e \varphi par Te(γ(g))T_e(\gamma(g)).

Proposition 52

Soient nn un entier >0> 0, GG un groupe de Lie de dimension nn, UU un voisinage ouvert symétrique de ee dans GG, ψ:U2→Kn\psi : U^2 \to K^n une carte de GG telle que ψ(e)=0\psi(e) = 0. Si (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) sont les coordonnées de x∈ψ(U)x \in \psi(U) et (y1,…,yn)(y_1, \ldots, y_n) les coordonnées de y∈ψ(U)y \in \psi(U), notons

m1(x1,…,xn,y1,…,yn),…,mn(x1,…,xn,y1,…,yn) m_1(x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_n), \ldots, m_n(x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_n)
les coordonnées de ψ(ψ−1(x)−1ψ−1(y))\psi(\psi^{-1}(x)^{-1}\psi^{-1}(y)). Alors, si l’on pose, pour 1≤k≤n1 \leq k \leq n,
ϖk(x1,…,xn)=Dn+1mk(x1,…,xn,x1,…,xn)dx1+⋯ \varpi_k(x_1, \ldots, x_n) = D_{n+1} m_k(x_1, \ldots, x_n, x_1, \ldots, x_n) dx_1 + \cdots
+D2nmk(x1,…,xn,x1,…,xn)dxn, + D_{2n} m_k(x_1, \ldots, x_n, x_1, \ldots, x_n) dx_n,
les formes différentielles ϖk\varpi_k sur ψ(U)\psi(U) sont déduites par ψ\psi de formes différentielles invariantes à gauche sur GG, et telles que ϖk(0,…,0)=dxk\varpi_k(0, \ldots, 0) = dx_k.

Appliquons le lemme 2 avec E=KE = K, en prenant pour φ(g)\varphi(g) la coordonnée d’indice kk de ψ(g)\psi(g). On obtient une forme différentielle ωk\omega_k; soit ϖk\varpi_k sa transformée par ψ\psi. La valeur de ϖk\varpi_k en (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) est la différentielle en (x1,…,xn)(x_1, \ldots, x_n) de la fonction y↦mk(x1,…,xn,y1,…,yn)y \mapsto m_k(x_1, \ldots, x_n, y_1, \ldots, y_n); cette valeur est donc fournie par la formule (32). Il suffit alors d’utiliser la conclusion du lemme 2.

Proposition 53

Soient GG un groupe de Lie, AA une algèbre normable complète, φ\varphi un morphisme de groupes de Lie de GG dans A∗A^*. Pour tout g∈Gg \in G, soit ωg=φ(g)−1⋅dgφ\omega_g = \varphi(g)^{-1} \cdot d_g \varphi. Alors ω\omega est la forme différentielle invariante à gauche sur GG dont la valeur en ee est deφd_e \varphi.

En effet, appliquons le lemme 2 avec E=AE = A, U=GU = G. La différentielle en gg de l’application h↦φ(g−1h)=φ(g)−1φ(h)h \mapsto \varphi(g^{-1}h) = \varphi(g)^{-1} \varphi(h) est φ(g)−1⋅dgφ\varphi(g)^{-1} \cdot d_g \varphi.

16. Mesure de Haar sur un groupe de Lie

Soit GG un groupe de Lie de dimension finie nn. Alors ∧n(Te(G))\wedge^n(T_e(G)) est de dimension 1. Donc (n° 13) l’espace vectoriel SS des formes différentielles de degré nn invariantes à gauche sur GG est de dimension 1. Soit (ω1,…,ωn)(\omega_1, \ldots, \omega_n) une base de l’espace vectoriel des formes différentielles de degré 1 invariantes à gauche sur GG; alors ω1∧ω2∧⋯∧ωn\omega_1 \wedge \omega_2 \wedge \cdots \wedge \omega_n est une base de SS.

Proposition 54

Soient GG un groupe de Lie de dimension finie nn, ω\omega une forme différentielle de degré nn invariante à gauche sur GG, et φ\varphi un endomorphisme de GG. On a

φ∗(ω)=(det⁡L(φ))ω. \varphi^*(\omega) = (\det L(\varphi)) \omega.
Posons L(φ)=u,ωe=f,φ∗(ω)e=gL(\varphi) = u, \omega_e = f, \varphi^*(\omega)_e = g. Quels que soient x1,…,xnx_1, \ldots, x_n dans L(G)L(G), on a
g(x1,…,xn)=f(ux1,…,uxn)=(det⁡u)f(x1,…,xn) g(x_1, \ldots, x_n) = f(ux_1, \ldots, ux_n) = (\det u) f(x_1, \ldots, x_n)
donc φ∗(ω)e=det⁡L(φ)⋅ωe\varphi^*(\omega)_e = \det L(\varphi) \cdot \omega_e. D’autre part, si g∈Gg \in G, on a φ∘γ(g)=γ(φ(g))∘φ\varphi \circ \gamma(g) = \gamma(\varphi(g)) \circ \varphi, donc γ(g)∗φ∗(ω)=φ∗(ω)\gamma(g)^* \varphi^*(\omega) = \varphi^*(\omega). Ainsi, φ∗(ω)\varphi^*(\omega) est invariante à gauche, d’où la proposition.

Corollaire

Pour tout g∈Gg \in G, on a

δ(g)∗ω=(det⁡Ad g)ω. \delta(g)^* \omega = (\det \mathrm{Ad}\ g) \omega.
En effet, δ(g)∗ω=δ(g)∗γ(g)∗ω=(Int g)∗ω\delta(g)^* \omega = \delta(g)^* \gamma(g)^* \omega = (\mathrm{Int}\ g)^* \omega, et L(Int g)=Ad gL(\mathrm{Int}\ g) = \mathrm{Ad}\ g.

Soient GG un groupe localement compact, φ\varphi un endomorphisme de GG. Supposons qu’il existe des voisinages ouverts V,V′V, V' de ee tels que φ(V)=V′\varphi(V) = V' et que φ∣V\varphi|V soit un isomorphisme local de GG à GG. Soit μ\mu une mesure de Haar à gauche de G. D’après INT, VII, , cor. de la prop. 9, il existe un nombre a>0a > 0 unique tel que φ(μ∣V)=a−1μ∣V′\varphi(\mu|V) = a^{-1}\mu|V'. Il est clair que aa est indépendant des choix de V,V′,μV, V', \mu. On l’appelle le module de φ\varphi et on le note modGφ\mathrm{mod}_G \varphi ou simplement modφ\mathrm{mod} \varphi. Lorsque φ\varphi est un automorphisme de GG, on retrouve la déf. 4 de INT, VII, § 1

Proposition 55

Supposons K localement compact. Soit μ\mu une mesure de Haar sur le groupe additif de K. Soit G un groupe de Lie de dimension finie n.

(i) Soit ω\omega une forme différentielle de degré n sur G, invariante à gauche et non nulle. Alors la mesure mod (ω)μ(\omega)_\mu (VAR, R, 10.1.6) est une mesure de Haar à gauche de G. Si K=RK = \mathbf{R}, et si G est muni de l’orientation définie par ω\omega, la mesure définie par ω\omega (VAR, R, 10.4.3) est une mesure de Haar à gauche de G.

(ii) *Soit φ\varphi un endomorphisme étale de G. On a modφ=moddet⁡L(φ)\mathrm{mod} \varphi = \mathrm{mod} \det L(\varphi).

(i) est évident. Soient V, V′V' des voisinages ouverts de ee tels que φ(V)=V′\varphi(V) = V' et que φ∣V\varphi|V soit un isomorphisme local de G à G. On a*

φ−1(mod(ω)μ∣V′)=mod(φ∗(ω))μ∣V)par transport de structure \varphi^{-1}(\mathrm{mod} (\omega)_\mu | V') = \mathrm{mod} (\varphi^*(\omega))_\mu | V) \quad \text{par transport de structure}
=mod(det⁡L(φ)ω∣V)μ(prop. 54) = \mathrm{mod}(\det L(\varphi)\omega | V)_\mu \quad \text{(prop. 54)}
=moddet⁡L(φ) (mod(ω)μ)∣V) = \mathrm{mod} \det L(\varphi) \ (\mathrm{mod} (\omega)_\mu) | V)

d’où modφ=moddet⁡L(φ)\mathrm{mod} \varphi = \mathrm{mod} \det L(\varphi) par définition de modφ\mathrm{mod} \varphi.

Corollaire

Pour tout g∈Gg \in G, on a ΔG(g)=(moddet⁡Ad g)−1\Delta_G(g) = (\mathrm{mod} \det \mathrm{Ad} \ g)^{-1}. En particulier, pour que G soit unimodulaire, il faut et il suffit moddet⁡Ad g=1\mathrm{mod} \det \mathrm{Ad} \ g = 1 pour tout g∈Gg \in G.

En effet,

ΔG(g)=(modInt g)−1(INT, VII, § 1, formule (33)) \Delta_G(g) = (\mathrm{mod} \mathrm{Int} \ g)^{-1} \tag{INT, VII, § 1, formule (33)}
=(moddet⁡L(Int g))−1(prop. 55) = (\mathrm{mod} \det L(\mathrm{Int} \ g))^{-1} \tag{prop. 55}
=(moddet⁡Ad g)−1. = (\mathrm{mod} \det \mathrm{Ad} \ g)^{-1}.

Remarque

Reprenons les hypothèses et les notations de la prop. 52, et supposons K localement compact. Soit μ\mu la mesure

moddet⁡(Dn+imk(x1,…,xn,x1,…,xn))1≤i,k≤ndx1…dxn \mathrm{mod} \det (D_{n+i} m_k (x_1, \ldots, x_n, x_1, \ldots, x_n))_{1 \leq i, k \leq n} dx_1 \ldots dx_n
sur ψ(U)\psi(U). Alors ψ−1(μ)\psi^{-1}(\mu) est la restriction à U d’une mesure de Haar de G.

Proposition 56

Soient G un groupe de Lie de dimension finie n, H un sous-groupe de Lie de dimension p, X l’espace homogène de Lie G/H. On suppose que*

det⁡AdL(G)h=det⁡AdL(H)h \det \mathrm{Ad}_{L(G)} h = \det \mathrm{Ad}_{L(H)} h
*pour tout h∈Hh \in H. Alors:

(i) Les formes différentielles de degré n — p sur X invariantes par G sont analytiques.

(ii) L’espace vectoriel de ces formes est de dimension 1.

(iii) Si ω\omega est une telle forme non nulle, et si KK est localement compact, mod (ω)u(\omega)_u est une mesure non nulle sur XX invariante par GG.

D’après le § 1, n° 8, Exemples, Altn−p(TX,K)\mathrm{Alt}^{n-p}(TX, K) est un GG-fibré vectoriel analytique. Soit x0x_0 l’image canonique de ee dans XX; son stabilisateur est HH. La fibre de Altn−p(TX,K)\mathrm{Alt}^{n-p}(TX, K) en x0x_0 est ∧n−pTx0(X)∗\wedge^{n-p} T_{x_0}(X)^*, et Tx0(X)T_{x_0}(X) s’identifie canoniquement à L(G)/L(H)L(G)/L(H). Si h∈Hh \in H, l’automorphisme τh\tau_h de XX défini par hh se déduit par passage au quotient de l’automorphisme g↦hgh−1g \mapsto hgh^{-1} de GG. Donc l’automorphisme Tx0(τh)T_{x_0}(\tau_h) se déduit par passage au quotient de AdL(G)(h)\mathrm{Ad}_{L(G)}(h). Comme

det⁡AdL(G)h=(det⁡AdL(H)h)⋅(det⁡Tx0(τh)), \det \mathrm{Ad}_{L(G)} h = (\det \mathrm{Ad}_{L(H)} h) \cdot (\det T_{x_0}(\tau_h)),

l’hypothèse entraîne que det⁡Tx0(h)=1\det T_{x_0}(h) = 1. Ainsi, tout élément de ∧n−pTx0(X)∗\wedge^{n-p} T_{x_0}(X)^* est invariant par HH. Ceci posé, (i) et (ii) résultent du § 1, n° 8, cor. 1 de la prop. 17, et (iii) est évident.

L’existence d’une mesure positive non nulle sur XX invariante par GG résulte d’ailleurs d’INT, VII, § 2, cor. 2 du th. 3, car l’hypothèse de la prop. 56 implique ΔG∣H=ΔH\Delta_G|H = \Delta_H (cor. de la prop. 55).

Proposition 57

Soit GG un groupe de Lie de dimension finie nn. Choisissons une base de ∧nTe(G)∗\wedge^n T_e(G)^*; grâce à la trivialisation droite (resp. gauche) de ∧nT(G)∗\wedge^n T(G)^*, cela permet d’identifier ce fibré vectoriel au fibré vectoriel trivial G×KG \times K, de sorte que le transposé d’un opérateur différentiel scalaire s’identifie à un opérateur différentiel scalaire.

Ceci posé, si u∈U(G)u \in U(G), le transposé de LuL_u (resp. RuR_u) est Lu∨L_u^\vee (resp. RuR_u).

Nous raisonnons dans le cas où on a trivialisé ∧nT(G)∗\wedge^n T(G)^* à l’aide d’une forme ω\omega invariante à droite.

Supposons la proposition prouvée pour des éléments u1,u2u_1, u_2 de U(G)U(G). Alors,

t(Lu1∗u2)=t(Lu1∘Lu2)(prop. 23)=t(Lu2)∘t(Lu1)(VAR, R, 14.3.3)=Lu2∨∘Lu1∨par hypotheˋse=Lu2∗u1∨(prop. 23)=L(u1∗u2)∨(prop. 7), \begin{align*} t(L_{u_1 * u_2}) &= t(L_{u_1} \circ L_{u_2}) & \text{(prop. 23)} \\ &= t(L_{u_2}) \circ t(L_{u_1}) & \text{(VAR, R, 14.3.3)} \\ &= L_{u_2}^\vee \circ L_{u_1}^\vee & \text{par hypothèse} \\ &= L_{u_2 * u_1}^\vee & \text{(prop. 23)} \\ &= L_{(u_1 * u_2)^\vee} & \text{(prop. 7)}, \end{align*}

donc la proposition est vraie pour u1∗u2u_1 * u_2. Il suffit par conséquent de prouver la proposition quand u∈Te(G)u \in T_e(G). Or, LuL_u est défini par GG opérant à droite dans GG (n° 6), donc θLuω=0\theta_{L_u} \omega = 0 puisque ω\omega est invariante à droite (VAR, R, 8.4.5); par suite, si ff est une fonction analytique dans un voisinage ouvert de ee, à valeurs dans KK, on a θLu(fω)=(θLuf)ω\theta_{L_u}(f \omega) = (\theta_{L_u} f) \omega (VAR, R, 8.4.8). Compte tenu des identifications faites et de VAR, R, 14.4.1, le transposé de LuL_u est −Lu-L_u, c’est-à-dire Lu∨L_u^\vee.

Corollaire

Soient GG un groupe de Lie réel de dimension finie, μ\mu (resp. ν\nu) une mesure de Haar à gauche (resp. à droite) de G, k un entier ⩾0\geqslant 0, u∈Uk(G)u \in U_k(G), f et g des fonctions réelles de classe CkC^k sur G à support compact. Alors

∫G(Ruf)g dμ=∫Gf(Ruνg) dμ \int_G (R_u f) g \, d\mu = \int_G f(R_u^\nu g) \, d\mu
∫G(Luf)g dν=∫Gf(Luνg) dν. \int_G (L_u f) g \, d\nu = \int_G f(L_u^\nu g) \, d\nu.

Cela résulte de la prop. 57, et de VAR, R, 14.3.8.

17. Différentielle gauche

Définition 8

Soient G un groupe de Lie, M une variété de classe CrC^r, f une application de classe CrC^r de M dans G. On appelle différentielle gauche (resp. droite) de f la forme différentielle de degré 1 sur M à valeurs dans L(G)L(G) qui, à tout vecteur u∈Tm(M)u \in T_m(M), associe l’élément f(m)−1⋅(Tmf)(u)f(m)^{-1} \cdot (T_m f)(u) (resp. (Tmf)(u)⋅f(m)−1(T_m f)(u) \cdot f(m)^{-1}).

Dans ce chapitre, nous ne considérerons que la différentielle gauche, que nous noterons f−1⋅dff^{-1} \cdot df, et laisserons au lecteur le soin de traduire les résultats pour la différentielle droite.

Si f est l’application identique de G, f−1⋅dff^{-1} \cdot df est la forme différentielle gauche canonique ω\omega de G. Revenant au cas général de la déf. 8, on a (f−1⋅df)m=ωf(m)∘Tm(f)(f^{-1} \cdot df)_m = \omega_{f(m)} \circ T_m(f), donc f−1⋅df=f∗(ω)f^{-1} \cdot df = f^*(\omega). Cela entraîne que f−1⋅dff^{-1} \cdot df est de classe Cr−1C^{r-1}.

Exemple 1

Si G est le groupe additif d’un espace normable complet, et si on identifie canoniquement T0(E)T_0(E) à E, f−1⋅dff^{-1} \cdot df est la différentielle dfdf définie en VAR, R, 8.2.2.

Exemple 2

Supposons que G soit le groupe multiplicatif A∗A^* associé à une algèbre normable complète A. Alors f peut être considérée comme une application de M dans A, donc la différentielle dfdf au sens de VAR, R, 8.2.2 est définie, et le produit f−1 dff^{-1} \, df au sens de VAR, R, 8.3.2 est défini. Il est clair que cette dernière forme est identique à la différentielle gauche de f.

Proposition 58

Soient G et H deux groupes de Lie, M une variété de classe CrC^r, f une application de classe CrC^r de M dans G, et h un morphisme de G dans H. On a

(h∘f)−1⋅d(h∘f)=L(h)∘(f−1⋅df)=(h−1⋅dh)∘T(f). (h \circ f)^{-1} \cdot d(h \circ f) = L(h) \circ (f^{-1} \cdot df) = (h^{-1} \cdot dh) \circ T(f).

On a, en effet, quels que soient x∈Mx \in M et u∈Tx(M)u \in T_x(M),

(h∘f)−1⋅d(h∘f)(u)=((h∘f)(x))−1⋅T(h∘f)(u). (h \circ f)^{-1} \cdot d(h \circ f)(u) = ((h \circ f)(x))^{-1} \cdot T(h \circ f)(u).

Cette dernière expression est égale, d’une part, à

T(h)(f(x)−1⋅T(f)(u))(§ 2, prop. 5) T(h)(f(x)^{-1} \cdot T(f)(u)) \quad (\text{§ 2, prop. 5})
=Te(h)((f−1⋅df)(u)) = T_e(h)((f^{-1} \cdot df)(u))

et d’autre part à

h(f(x))−1T(h)(T(f)u)=(h−1.dh)(T(f)u). h(f(x))^{-1} T(h)(T(f)u) = (h^{-1}.dh)(T(f)u).

Proposition 59

Soient G un groupe de Lie, M une variété de classe C^r, f et g des applications de classe C^r de M dans G, et p la surjection canonique de TM sur M.

(i) On a

(fg)−1.d(fg)=(Ad∘g∘p)−1∘(f−1.df)+g−1.dg.(fg)^{-1}.d(fg) = (\mathrm{Ad} \circ g \circ p)^{-1} \circ (f^{-1}.df) + g^{-1}.dg.

(ii) Posons h(m) = f(m)^{-1} pour tout m \in M. Alors

h−1.dh=−(Ad∘f∘p)∘(f−1.df).h^{-1}.dh = -(\mathrm{Ad} \circ f \circ p) \circ (f^{-1}.df).

L’assertion (i) résulte du § 2, n° 2, prop. 7. L’assertion (ii) résulte de (i) en faisant g=hg = h.

Corollaire 1

Soient s \in G, et sg l’application x \mapsto sg(x) de M dans G. On a

(sg)−1.d(sg)=g−1.dg.(sg)^{-1}.d(sg) = g^{-1}.dg.

Cela résulte de la prop. 59 (i) en prenant pour ff l’application constante x↦sx \mapsto s de M dans G.

Corollaire 2

Si les applications f et g de M dans G ont même différentielle gauche, l’application tangente à fg−1fg^{-1} est partout nulle. Si de plus K est de caractéristique 0, alors fg−1fg^{-1} est localement constante.

On a en effet, d’après la prop. 59

(fg−1)−1.d(fg−1)=(Ad∘g∘p)∘(f−1.df)−(Ad∘g∘p)∘(g−1.dg).(fg^{-1})^{-1}.d(fg^{-1}) = (\mathrm{Ad} \circ g \circ p) \circ (f^{-1}.df) - (\mathrm{Ad} \circ g \circ p) \circ (g^{-1}.dg).

Si f−1.df=g−1.dgf^{-1}.df = g^{-1}.dg, on a donc (fg−1)−1.d(fg−1)=0(fg^{-1})^{-1}.d(fg^{-1}) = 0, c’est-à-dire Tx(fg−1)=0T_x(fg^{-1}) = 0 pour tout x∈Mx \in M. Ceci prouve la première assertion. La deuxième en résulte, d’après VAR, R, 5.5.3.

Proposition 60

Soient G un groupe de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0, M une variété de classe C^r, f une application de classe C^r de M dans G, et α\alpha la différentielle gauche de f. On a dα+[α]2=0d\alpha + [\alpha]^2 = 0.

En effet, soit ω\omega la forme différentielle gauche canonique de G. Utilisant le cor. 1 de la prop. 51, n° 14, on a

dα=d(f∗(ω))=f∗(dω)=f∗(−[ω]2)=−[f∗(ω)]2=−[α]2. d\alpha = d(f^*(\omega)) = f^*(d\omega) = f^*(-[\omega]^2) = -[f^*(\omega)]^2 = -[\alpha]^2.

18. Algèbre de Lie d’un groupuscule de Lie

Dans ce n°, on désigne par (G, e, θ, m) un groupuscule de Lie. Une grande partie des résultats du § sont encore valables, avec la même démonstration. Nous allons passer en revue ceux qui nous seront utiles.

18.1 Soit Ω\Omega l’ensemble de définition de mm. Soient (g,g′)∈Ω, t∈Tg(∞)(G), t′∈Tg′(∞)(G)(g, g') \in \Omega,\ t \in T_g^{(\infty)}(G),\ t' \in T_{g'}^{(\infty)}(G). Comme au n° 1, on appelle produit de convolution de tt et t′t', et on note t∗t′t * t', l’image de t⊗t′t \otimes t' par mm. On pose U(G)=Te(∞)(G), Us(G)=Te(s)(G), U+(G)=Te(∞)+(G), Us+(G)=Te(s)+(G)U(G) = T_e^{(\infty)}(G),\ U_s(G) = T_e^{(s)}(G),\ U^+(G) = T_e^{(\infty)+}(G),\ U_s^+(G) = T_e^{(s)+}(G). Pour t,t′t, t' dans U(G)U(G), t∗t′t * t' est défini et appartient à U(G)U(G). Pour le produit de convolution, U(G)U(G) est une algèbre associative, avec l’élément unité εe\varepsilon_e, filtrée par les Us(G)U_s(G). L’isomorphisme canonique iG,ei_{G,e} de gr U(G)U(G) sur TS(Te(G))TS(T_e(G)) est un isomorphisme d’algèbres.

18.2. Soient G,HG, H des groupuscules de Lie, φ:G→H\varphi : G \to H un morphisme. Si t∈U(G)t \in U(G), l’image U(φ)(t)U(\varphi)(t) de tt par φ∗\varphi_* est un élément de U(H)U(H), et U(φ)U(\varphi) est un morphisme de l’algèbre U(G)U(G) dans l’algèbre U(H)U(H). L’application θ:x↦x−1\theta : x \mapsto x^{-1} de GG dans GG définit une application t↦t∨t \mapsto t^\vee de U(G)U(G) dans U(G)U(G). Pour t,t′t, t' dans U(G)U(G), le produit t∗t′t * t' calculé relativement à G∨G^\vee est égal au produit t′∗tt' * t calculé relativement à GG, et (t∗t′)∨=t′∨∗t∨(t * t')^\vee = {t'}^\vee * t^\vee. On a U(φ)(t∨)=(U(φ)t)∨U(\varphi)(t^\vee) = (U(\varphi)t)^\vee. Si G1,…,GnG_1, \ldots, G_n sont des groupuscules de Lie, et G=G1×⋯×GnG = G_1 \times \cdots \times G_n, l’isomorphisme canonique de U(G1)⊗⋯⊗U(Gn)U(G_1) \otimes \cdots \otimes U(G_n) sur U(G)U(G) est un isomorphisme d’algèbres; pour t1,…,tnt_1, \ldots, t_n dans U(G)U(G), on a (t1⊗⋯⊗tn)∨=t1∨⊗⋯⊗tn∨(t_1 \otimes \cdots \otimes t_n)^\vee = t_1^\vee \otimes \cdots \otimes t_n^\vee. Soient LL un sous-groupuscule de Lie de GG, et i:L→Gi : L \to G l’injection canonique. Alors U(i)U(i) est un homomorphisme injectif de l’algèbre U(H)U(H) dans l’algèbre U(G)U(G), et U(i)(t∨)=(U(i)(t))∨U(i)(t^\vee) = (U(i)(t))^\vee pour tout t∈U(H)t \in U(H). Munie du produit de convolution et du coproduit que définit la structure de variété de GG, U(G)U(G) est une bigèbre, et U(φ)U(\varphi) est un morphisme de bigèbres.

18.3. Soient GG un groupuscule de Lie, XX une variété de classe CrC^r, et ψ\psi un morceau de loi d’opération à gauche de classe CrC^r de GG dans XX. Soit Ω\Omega l’ensemble de définition de ψ\psi. Si t∈Tg(s)(G), u∈Tx(s′)(X)t \in T_g^{(s)}(G),\ u \in T_x^{(s')}(X), si (g,x)∈Ω(g, x) \in \Omega et si s+s′≤rs + s' \leq r, on note t∗ut * u l’image de t⊗ut \otimes u par ψ∗\psi_*. Soient t∈Tg(s)(G), t′∈Tg′(s′)(G), u∈Tx(s′′)(X)t \in T_g^{(s)}(G),\ t' \in T_{g'}^{(s')}(G),\ u \in T_x^{(s'')}(X); si s+s′+s′′≤rs + s' + s'' \leq r, et si gg′, (gg′)x,g′x,g(g′x)gg',\ (gg')x, g'x, g(g'x) sont définis, alors

(t∗t′)∗u=t∗(t′∗u). (t * t') * u = t * (t' * u).
Soient x0∈Xx_0 \in X, et ρ(x0)\rho(x_0) l’application g↦gx0g \mapsto gx_0, qui est définie dans un voisinage ouvert de ee. Si t∈Ur(G)t \in U_r(G), on a ρ(x0)∗t=t∗εx0\rho(x_0)_* t = t * \varepsilon_{x_0}. Ici et dans la suite de ce n°, nous laisserons au lecteur le soin de faire les traductions pour les morceaux de lois d’opération à droite.

18.4. Conservons les notations de 18.3. Soit t∈Us(G)t \in U_s(G) avec s≤rs \leq r. Soit ff une fonction de classe CrC^r sur XX à valeurs dans un espace polynormé séparé. On note t∗ft * f la fonction sur XX définie par

(t∗f)(x)=⟨t,g↦f(ψ(θ(g),x))⟩=⟨t∨,f∘ρ(x)⟩=⟨ρ(x)∗(t∨),f⟩=⟨t∨∗εx,f⟩. \begin{align*} (t * f)(x) &= \langle t, g \mapsto f(\psi(\theta(g), x)) \rangle \\ &= \langle t^\vee, f \circ \rho(x) \rangle = \langle \rho(x)_*(t^\vee), f \rangle = \langle t^\vee * \varepsilon_x, f \rangle. \end{align*}

Si t∈Us(G)t \in U_s(G), t′∈Us′(G)t' \in U_{s'}(G) et si s+s′≤rs + s' \leq r, on a ⟨t′,t∗f⟩=⟨t∨∗t′,f⟩\langle t', t * f \rangle = \langle t^\vee * t', f \rangle, et (t∗t′)∗f=t∗(t′∗f)(t * t') * f = t * (t' * f). Soient t∈Us(G)t \in U_s(G), ff et f′f' des fonctions de classe CrC^r sur XX à valeurs dans des espaces polynormés séparés FF, F′F', et (u,u′)↦u.u′(u, u') \mapsto u . u' une application bilinéaire continue de F×F′F \times F' dans un espace polynormé séparé; soit ∑i=1nti⊗ti′\sum_{i=1}^n t_i \otimes t'_i l’image de tt par le coproduit; si s≤rs \leq r, on a

t∗(ff′)=∑i=1n(ti∗f)(ti′∗f′). t * (ff') = \sum_{i=1}^n (t_i * f)(t'_i * f').

18.5. Conservons les notations de 18.3. Soit t∈Us(G)t \in U_s(G), avec s≤rs \leq r. L’application x↦t∗εxx \mapsto t * \varepsilon_x s’appelle le champ de distributions ponctuelles défini par tt et par le morceau de loi d’opération, et se note parfois DtψD_t^\psi ou DtD_t. Si f:X→Ff : X \to F est une fonction de classe CrC^r, la fonction t∨∗ft^\vee * f sur XX se note aussi DtfD_t f; elle est de classe Cr−sC^{r-s} si s<∞s < \infty. Si t∈Us(G)t \in U_s(G), t′∈Us′(G)t' \in U_{s'}(G), et s+s′≤rs + s' \leq r, on a Dt∗t′f=Dt′(Dtf)D_{t*t'} f = D_{t'}(D_t f). Si GG et XX sont de dimension finie, DtD_t est un opérateur différentiel sur XX d’ordre ≤s\leq s, et de classe Cr−sC^{r-s} (si s<∞s < \infty). La fonction DtfD_t f est alors la transformée de ff par cet opérateur différentiel.

18.6. Soient GG un groupuscule de Lie, et t∈U(G)t \in U(G). On note LtL_t le champ de distributions ponctuelles g↦εg∗tg \mapsto \varepsilon_g * t sur GG, et RtR_t le champ de distributions ponctuelles g↦t∗εgg \mapsto t * \varepsilon_g sur GG. Si f∈Cω(G,F)f \in C^\omega(G, F), on a Ltf∈Cω(G,F)L_t f \in C^\omega(G, F) et Rtf∈Cω(G,F)R_t f \in C^\omega(G, F). Pour t,t′t, t' dans U(G)U(G), on a Lt∗t′=Lt∘Lt′L_{t*t'} = L_t \circ L_{t'}, Rt∗t′=Rt′∘RtR_{t*t'} = R_{t'} \circ R_t, Lt∘Rt′=Rt′∘LtL_t \circ R_{t'} = R_{t'} \circ L_t, θ(Lt)=Rt∨\theta(L_t) = R_t^\vee.

18.7. Comme Te(G)T_e(G) est l’ensemble des éléments primitifs de U(G)U(G), on a [Te(G),Te(G)]⊂Te(G)[T_e(G), T_e(G)] \subset T_e(G). L’espace normable Te(G)T_e(G), muni du crochet, est une algèbre de Lie normable, appelée algèbre de Lie normable de GG (ou algèbre de Lie de GG), et notée L(G)L(G). Soit E(G)E(G) l’algèbre enveloppante de L(G)L(G). L’injection canonique de L(G)L(G) dans U(G)U(G) définit un homomorphisme η\eta de l’algèbre E(G)E(G) dans l’algèbre U(G)U(G); si KK est de caractéristique 0, η\eta est un isomorphisme de bigèbres, grâce auquel on identifie U(G)U(G) à E(G)E(G). Reprenons les notations de 18.3. Pour tout a∈L(G)a \in L(G), soit DaD_a le champ de distributions ponctuelles défini par aa sur XX. L’application (a,x)↦Da(x)(a, x) \mapsto D_a(x) est un morphisme de classe Cr−1C^{r-1} du fibré vectoriel trivial L(G)×XL(G) \times X dans le fibré vectoriel T(X)T(X). Soient II une partie ouverte de KK contenant 0, et γ:I→G\gamma : I \to G une application de classe CrC^r telle que γ(0)=e\gamma(0) = e. Soit a=T0(γ)1∈L(G)a = T_0(\gamma) 1 \in L(G). Si f:X→Ff : X \to F est une fonction de classe CrC^r, on a

(Daf)(x)=lim⁡k∈K∗,k→0k−1(f(γ(k)x)−f(x)). (D_a f)(x) = \lim_{k \in \mathbf{K}^*, k \to 0} k^{-1}(f(\gamma(k)x) - f(x)).
Si r≥2r \geq 2, l’application a↦Daa \mapsto D_a est une loi d’opération infinitésimale à gauche de classe Cr−1C^{r-1} de L(G)L(G) dans XX.

18.8. Soient G et H des groupuscules de Lie, φ\varphi un morphisme de G dans H. La restriction de U(φ)U(\varphi) à L(G)L(G), qui n’est autre que Te(φ)T_e(\varphi), est un morphisme continu de L(G)L(G) dans L(H)L(H), qu’on note L(φ)L(\varphi). Si ψ\psi est un morphisme de H dans un groupuscule de Lie, on a L(ψ∘φ)=L(ψ)∘L(φ)L(\psi \circ \varphi) = L(\psi) \circ L(\varphi). Pour que φ\varphi soit une immersion, il faut et il suffit que L(φ)L(\varphi) soit un isomorphisme de L(G)L(G) sur une sous-algèbre de Lie de L(H)L(H) admettant un supplémentaire topologique. En particulier, si G est un sous-groupuscule de Lie de H et si φ\varphi est l’injection canonique, on identifie L(G)L(G) à une sous-algèbre de Lie de L(H)L(H) grâce à L(φ)L(\varphi). Si (Gi)i∈I(G_i)_{i \in I} est une famille finie de groupuscules de Lie et G leur produit, L(G)L(G) s’identifie canoniquement à ∏i∈IL(Gi)\prod_{i \in I} L(G_i).

18.9. Soit G un groupuscule de Lie, de dimension finie si K est de caractéristique > 0. Soit F un espace normable complet. Soit α\alpha une forme différentielle de degré k sur G à valeurs dans F. On dit que α\alpha est invariante à gauche sur G si αg\alpha_g se déduit de αe\alpha_e par l’application h↦ghh \mapsto gh d’un voisinage de e sur voisinage de g. Si α\alpha est invariante à gauche, α\alpha est analytique. L’application α↦αe\alpha \mapsto \alpha_e est une bijection de l’ensemble des formes différentielles de degré k sur G à valeurs dans F et invariantes à gauche sur l’ensemble des applications k-linéaires alternées continues de Te(G)T_e(G) dans F. Si αe=IdTe(G)\alpha_e = \mathrm{Id}_{T_e(G)}, α\alpha s’appelle la forme différentielle canonique gauche de G. On définit de manière analogue les formes différentielles invariantes à droite et la forme différentielle canonique droite de G. Si ω\omega est la forme différentielle canonique gauche de G, on a dω+[ω]2=0d\omega + [\omega]^2 = 0. Soient M une variété de classe CrC^r, f une application de classe CrC^r de M dans G. On appelle différentielle gauche de f, et on note f−1.dff^{-1}.df, la forme différentielle de degré 1 sur M à valeurs dans L(G)L(G) qui, à tout vecteur u∈Tm(M)u \in T_m(M), associe l’élément f(m)−1.(Tmf)(u)f(m)^{-1}.(T_mf)(u). On a f−1.df=f∗(ω)f^{-1}.df = f^*(\omega), dα+[α]2=0d\alpha + [\alpha]^2 = 0. Si deux applications f et g de M dans G ont même différentielle gauche, et si K est de caractéristique 0, alors fg−1fg^{-1} est localement constante.

Exercices

See the exercises for § 3.

Transcribed from the printed volume. Not translated.