§ 6. Groupes de Lie réels ou complexes
Dans ce paragraphe, on suppose que K est égal à ou à .
1. Passage des morphismes d’algèbres de Lie aux morphismes de groupes de Lie
Lemme 1
Soient un groupe topologique simplement connexe, un voisinage ouvert connexe symétrique de , un groupe, une application de dans telle que
Pour et voisinage ouvert de dans , soit l’ensemble des pour . On a , et . Soit ; on a et pour un ; il existe un voisinage ouvert de dans tel que ; alors, pour , on a
Cf. le chap. XI de TG (à paraître). Il est prouvé dans ce chapitre que si sont des groupes topologiques connexes, si est un homomorphisme continu ouvert de sur à noyau discret, et si est simplement connexe, alors est un homéomorphisme. Rappelons d’autre part qu’un espace simplement connexe est connexe.
Théorème 1
Soient G et H des groupes de Lie, h un morphisme continu de L(G) dans L(H). On suppose G simplement connexe. Alors il existe un morphisme φ de groupes de Lie de G dans H, et un seul, tel que h = L(φ).
L’existence de φ résulte du lemme 1, et du § 4, n° 1, th. 1 (i). L’unicité de φ résulte du § 4, n° 1, th. 1(ii) et du fait que G est connexe.
Corollaire
Soit G un groupe de Lie simplement connexe de dimension finie. Il existe une représentation linéaire analytique de dimension finie de G dont le noyau est discret.
Il existe (chap. I, § 7, th. 2) un espace vectoriel E de dimension finie, et un morphisme injectif h de L(G) dans l’algèbre de Lie End(E). D’après le th. 1, il existe un morphisme φ de G dans GL(E) tel que L(φ) = h. Donc φ est une immersion, et par suite son noyau est discret.
Remarque 1
Il existe des groupes de Lie simplement connexes de dimension finie qui ne possèdent aucune représentation linéaire analytique injective de dimension finie (exerc. 2).
Remarque 2
Il existe des groupes de Lie connexes G de dimension finie tels que toute représentation linéaire analytique de dimension finie de G ait un noyau non discret (exerc. 3 et 4).
2. Sous-groupes intégraux
Définition 1
Soit G un groupe de Lie. On appelle sous-groupe intégral de G un sous-groupe H muni d’une structure de groupe de Lie connexe telle que l’injection canonique de H dans G soit une immersion.
On appelle sous-groupe à un paramètre de G un sous-groupe intégral de dimension 1.
Soient H un sous-groupe intégral de G, i l’injection canonique de H dans G. Alors L(i) définit un isomorphisme de L(H) sur une sous-algèbre de Lie de L(G) admettant un supplémentaire topologique. On identifie L(H) à son image par L(i).
Exemple 1
Un sous-groupe de Lie connexe de G est un sous-groupe intégral de G.
Exemple 2
Supposons G de dimension finie. Soit H un sous-groupe de G; munissons-le de la structure induite par la structure de groupe de Lie de G (§ 4, n° 5, déf. 3). Alors sa composante neutre H_0 est un sous-groupe intégral de G, et la sous-algèbre tangente en e à H est L(H_0) (§ 4, n° 5, prop. 9 (ii)).
Exemple 3
Soient G un groupe de Lie complexe, H un sous-groupe intégral de G, G_1 (resp. H_1) le groupe de Lie réel sous-jacent à G (resp. H). Alors H_1 est un sous-groupe intégral de G_1, et L(H_1) est l’algèbre de Lie réelle sous-jacente à L(H).
Théorème 2
Soit G un groupe de Lie.
(i) L’application est un bijection de l’ensemble des sous-groupes intégraux de G sur l’ensemble des sous-algèbres de Lie de admettant un supplémentaire topologique.
(ii) Soit H un sous-groupe intégral de G. Tout sous-groupuscule de Lie connexe de G d’algèbre de Lie est une sous-variété ouverte de H qui engendre H.
a) Soit une sous-algèbre de Lie de admettant un supplémentaire topologique. Soit un sous-groupuscule de Lie de G tel que (§ 4, th. 3). On peut choisir de telle sorte qu’il soit connexe. Soit H le sous-groupe de G engendré par . Il existe (§ 1, cor. de la prop. 22) une structure de groupe de Lie sur H telle que soit une sous-variété ouverte de H et que l’injection canonique de H dans G soit une immersion. Comme est connexe, H est connexe, donc est un sous-groupe intégral de G. On a . Cela prouve que l’application considérée en (i) est surjective.
b) Soient H un sous-groupe intégral de G, et un sous-groupuscule de Lie connexe de G d’algèbre de Lie . Comme l’injection canonique de H dans G est une immersion, il existe un sous-groupuscule ouvert de H qui est en même temps sous-variété de G, donc un sous-groupuscule de Lie de G d’algèbre de Lie . D’autre part, soit N le sous-groupe de G engendré par ; d’après la partie a) de la démonstration, il est muni d’une structure de sous-groupe intégral de G tel que soit une sous-variété ouverte de N. D’après le § 4, th. 3, est ouvert dans et . Donc le sous-groupe de G engendré par est égal d’une part à H, d’autre part à N. Par suite les groupes de Lie H et N sont égaux. Cela prouve (ii), et prouve aussi que l’application considérée en (i) est injective.
Remarque 1
Soit H un sous-groupe intégral de G. Soit Y le feuilletage gauche de G associée à . Si , munissons de la structure de variété déduite de celle de H par . D’après VAR, R, 9.3.2, l’injection canonique de dans Y est un morphisme. Ce morphisme est étale. Donc les feuilles connexes maximales de Y sont les classes à gauche suivant H.
Proposition 1
Soient G et M des groupes de Lie, H un sous-groupe intégral de G, un morphisme de M dans G tel que . On suppose M connexe. Alors , et , considéré comme application de M dans H, est un morphisme de groupes de Lie.
En effet, avec les notations de la Remarque 1, est un morphisme de M dans Y (VAR, R, 9.3.2), donc puisque M est connexe.
Corollaire 1
Soient G et H des groupes de Lie, un morphisme de groupes de Lie de G dans H, N le noyau de , et . Supposons G connexe et H de dimension finie.
(i) N est un sous-groupe de Lie de G, et .
(ii) Soit le sous-groupe intégral de d’algèbre de Lie . Alors . (iii) L’application de dans déduite de par passage au quotient est un isomorphisme de groupes de Lie. (i) a déjà été démontré (, no 8, prop. 28). Soit le morphisme de groupes de Lie de dans déduit de par passage au quotient; c’est une immersion (, no 8, prop. 28). D’après la prop. 1, est un morphisme de groupes de Lie de dans . Ce morphisme est étale, donc puisque est connexe; cela prouve (ii). Alors est bijectif, et est un isomorphisme de groupes de Lie, ce qui prouve (iii).
Corollaire 2
Soient un groupe de Lie, et des sous-groupes intégraux de . Si , alors est un sous-groupe intégral de . Soient , les injections canoniques. Alors
Corollaire 3
Soient un groupe de Lie de dimension finie, une famille de sous-groupes de Lie de . Alors est un sous-groupe de Lie de , et
Corollaire 4
Soit un groupe de Lie connexe de dimension finie. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) est unimodulaire (INT, VII, , no 3, déf. 3); (ii) pour tout ; (iii) pour tout . L’application est un morphisme de dans . D’après le , prop. 35 (no 10) et 44 (no 12), on a pour tout . Il est clair que ou . Dans le premier (resp. deuxième) cas, on a
Im (resp. Im ) d’après le cor. 1, donc G est unimodulaire (resp. non unimodulaire) d’après le , no 16, cor. de la prop. 55
Proposition 2
Soient G un groupe de Lie de dimension finie, H un sous-groupe intégral de G.* Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) H est fermé; (ii) la topologie de H est induite par celle de G; (iii) H est un sous-groupe de Lie de G. (i) (iii): cela résulte du § 1, prop. 2 (iv) (n° 1) et 14 (iii) (n° 7). (iii) (ii): évident. (ii) (i): si la topologie de H est induite par celle de G, H est fermé parce que H est complet (§ 1, n° 1, prop. 1).
Proposition 3
Soient G un groupe de Lie, H un sous-groupe intégral de G, M une variété analytique connexe non vide, f une application de M dans G et r . Considérons les conditions suivantes:* (i) est de classe , et ; (ii) , et , considérée comme application de M dans H, est de classe ; (iii) est de classe , rencontre H, et l’image de est contenue dans pour tout . On a (ii) (iii) (i). Si la topologie de H admet une base dénombrable, les trois conditions sont équivalentes. (ii) (i) et (ii) (iii): évident. (iii) (ii): supposons vérifiée la condition (iii). D’après VAR, R, 9.2.8, est un morphisme de classe de M dans le feuilletage gauche associé à . Comme M est connexe, on a . Si la topologie de H admet une base dénombrable, la condition (i) implique que est une application de classe de M dans H (VAR, R,9.2.8); donc (i) (ii).
Corollaire 1
Soient G un groupe de Lie de dimension finie, H un sous-groupe intégral de G. Alors la sous-algèbre de Lie tangente en e à H (, n° 5, déf. 2 et 3) est , et la structure de groupe de Lie de H est la structure induite par celle de G.* En effet, comme H est connexe de dimension finie, sa topologie admet une base dénombrable.
Corollaire 2
Soient G un groupe de Lie, et des sous-groupes intégraux de G. On suppose que la topologie de admet une base dénombrable. Alors*
La dernière assertion, et l’implication , résultent du cor. 2 de la prop. 1. L’implication inverse résulte de la prop. 3.
Corollaire 3
Soient un groupe de Lie, et des sous-groupes intégraux de dont la topologie admet une base dénombrable. Si et ont même ensemble sous-jacent, les structures de groupes de Lie de et sont égales. Cela résulte du cor. 2.
Remarque 2
Soit un groupe de Lie de dimension finie. Soit un sous-groupe de . Nous dirons, par abus de langage, que est un sous-groupe intégral de s’il existe une structure de groupe de Lie sur telle que , muni de , soit un sous-groupe intégral de . D’après le cor. 3 de la prop. 3, si existe, est unique.
Remarque 3
Soit une variété de classe . Soient une partie de , et des éléments de . Considérons la propriété suivante: : il existe tels que: a) est une partie ouverte connexe de ; b) sont dans , ; c) pour , est une application de classe de dans qui prend les valeurs et , et . Nous dirons que est une partie -connexe de si, quels que soient les éléments de , on a la propriété .
Proposition 4
Soient un groupe de Lie de dimension finie, un sous-groupe de . Soit . Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) est un sous-groupe intégral de ; (ii) muni de la structure de groupe de Lie induite par celle de , est connexe; (iii) est -connexe. (ii) (i): évident. (i) (iii): supposons muni d’une structure de groupe de Lie telle que soit un sous-groupe intégral de . Utilisons les notations de la Remarque 3. L’ensemble des tels que la propriété soit vraie est un sous-groupe ouvert de . Comme est connexe, ce sous-groupe est égal à , donc la condition (iii) est vérifiée. (iii) (ii): supposons la condition (iii) vérifiée, et munissons de la structure induite par la structure de groupe de Lie de . Soit la sous-algèbre tangente à en . La composante neutre de est un sous-groupe intégral de tel que . Montrons que . Il suffit de prouver ceci: soient une partie ouverte connexe de , une application de classe de dans telle que , et deux points de ; si , alors . Or, pour tout , on a par définition de , de sorte que notre assertion résulte de la prop. 3.
Remarque 4
Si , on peut aussi caractériser les sous-groupes intégraux de comme les sous-groupes qui, munis de la topologie induite par celle de , sont connexes par arcs (§ 8, exerc. 4). Toutefois, il peut exister des sous-groupes connexes qui ne sont pas intégraux (AC, VI, § 9, \S g, exerc. 9).
Corollaire
Soient un groupe de Lie de dimension finie, et deux sous-groupes intégraux de . Le sous-groupe de engendré par et , et le sous-groupe de , sont des sous-groupes intégraux de *.
Le sous-groupe de n’est pas toujours fermé (§ 9, exerc. 6).
Rappelons (§ 3, no 11, cor. 5 de la prop. 41) que si est une algèbre de dimension finie, est un sous-groupe de Lie de et que est l’algèbre de Lie des dérivations de .
Définition 2
Soit une algèbre de Lie de dimension finie. On note ou , le sous-groupe intégral de d’algèbre de Lie . Les éléments de ce groupe s’appellent automorphismes intérieurs de *.
Par transport de structure, est invariant par , donc est distingué dans . Compte tenu du § 4, no 4, cor. 1 de la prop. 8, et du fait que est connexe, les éléments de sont les produits finis d’automorphismes de la forme où . En général, n’est pas un sous-groupe de Lie de (exerc. 14).
3. Passage des algèbres de Lie aux groupes de Lie
Théorème 3
(i) Si est une algèbre de Lie de dimension finie, il existe un groupe de Lie simplement connexe tel que soit isomorphe à .
(ii) Soient et deux groupes de Lie connexes, avec simplement connexe. Soient un isomorphisme de sur , le morphisme de dans tel que , et le noyau de . Alors est un sous-groupe discret du centre de , et le morphisme de dans déduit de est un isomorphisme de groupes de Lie. Si est simplement connexe, est un isomorphisme.
Soit une algèbre de Lie de dimension finie. Il existe un espace vectoriel de dimension finie tel qu’on puisse identifier à une sous-algèbre de Lie de (chap. I, § 7, th. 2). Soit le sous-groupe intégral de d’algèbre de Lie . Soit son revêtement universel (§ 1, no 9, Remarque). Alors est isomorphe à , d’où (i).
Soient comme dans (ii). Alors est étale, donc est un sous-groupe ouvert de , donc . D’autre part, est discret, donc contenu dans le centre de (INT, VII, § 3, lemme 4). Il est clair que le morphisme de sur déduit de est un isomorphisme de groupe de Lie. Si est simplement connexe, toute application étale de sur est injective, donc .
Proposition 5
Soit G un groupe de Lie réel connexe. Supposons donnée sur L(G) une structure d’algèbre de Lie normable complexe L’ compatible avec sa structure d’algèbre de Lie normable réelle. Il existe sur G une structure de groupe de Lie complexe et une seule compatible avec la structure de groupe de Lie réel et pour laquelle l’algèbre de Lie est L’.
D’après le § 4, n° 2, cor. 2 du th. 2, il suffit de prouver que la structure de L’ est invariante par Ad G. Soit φ une application exponentielle de G. D’après le § 4, n° 4, cor. 3 (i) de la prop. 8, il existe un voisinage V de 0 dans L(G) tel que la structure de L’ soit invariante par Ad φ(V). Or φ(V) engendre G parce que G est connexe.
La conclusion de la prop. 5 ne subsiste pas nécessairement si G n’est pas supposé connexe (exerc. 7).
Proposition 6
Soit G un groupe de Lie complexe connexe. Si G est compact, G est commutatif.
L’application holomorphe g ↦ Ad g de G dans est constante (VAR, R, 3.3.7), donc ad pour tout (, n° 12, prop. 44). Donc G est commutatif (, cor. 3 du th. 1).
4. Application exponentielle
Théorème 4
Soit G un groupe de Lie. Il existe une application exponentielle de G et une seule définie dans L(G).
Il existe un voisinage ouvert convexe U de 0 dans L(G) et une application exponentielle φ de G définie sur U. On peut supposer, en choisissant U assez petit, que
pour , dans K, dans U.
Soit . Il existe un entier tel que . Si m est un autre entier tel que , on a , et la relation (1) entraîne
donc . Il existe un prolongement de φ tel que pour et n entier tel que . Il est clair que est analytique, et est une application exponentielle de G. Si est une application exponentielle de G, et coïncident dans un voisinage de 0, donc sont égales puisque est connexe.
Quand on parlera désormais de l’application exponentielle de G, il s’agira de l’application considérée au th. 4. On la note exp_G ou exp s’il n’y a pas risque de confusion.
Exemple
Soit A une algèbre associative unifière normée complète. Alors exp_A* est l’application exponentielle définie au chap. II, § 7, n° 3.
Proposition 7
Soient G un groupe de Lie, a un élément de L(G). L’application de K dans G est l’unique morphisme du groupe de Lie K dans G tel que .
Les applications et de dans G sont analytiques et coïncident dans un voisinage de . Comme est connexe, ces applications sont égales. Donc est un morphisme de groupes de Lie de K dans G. L’application tangente en 0 à est l’application ; et ; donc . L’assertion d’unicité de la proposition résulte du th. 1.
Proposition 8
Soit G un groupe de Lie. Quels que soient x, y dans L(G), on a, en notant n un entier,
Compte tenu de la prop. 7, cela résulte de la prop. 4 du § 4, n° 3, en y prenant .
Proposition 9
Soient G un groupe de Lie complexe, G’ le groupe de Lie réel sous-jacent. Alors .
Cela résulte de la prop. 5 du § 4, n° 3, et de l’analyticité de et .
Proposition 10
Soient G et H des groupes de Lie, un morphisme de G dans H. (i) . (ii) Si G est un sous-groupe intégral de H, on a .
Les deux membres de l’égalité (i) sont des applications analytiques de L(G) dans H qui coïncident dans un voisinage de 0 (§ 4, prop. 8, n° 4), donc sont égales. L’assertion (ii) est un cas particulier de (i).
Corollaire 1
Soient G un groupe de Lie, G’ un sous-groupe de Lie de G, et . Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) ;
(ii) pour et assez petit; (iii) pour tout . On raisonne comme au § 4, n° 4, cor. 1 de la prop. 8.
Corollaire 2
Soient un groupe de Lie, un sous-groupe intégral de , et . Considérons les conditions suivantes: (i) ; (ii) pour tout . On a (i) (ii). Si la topologie de admet une base dénombrable, on a (i) (ii). Soit l’injection canonique de dans . Si , on a
Corollaire 3
Soient un groupe de Lie, une représentation linéaire analytique de , et . (i) ; (ii) ; (iii) . On raisonne comme au § 4, n° 4, cor. 2 et 3 de la prop. 8.
Corollaire 4
Soit un groupe de Lie connexe de dimension finie. (i) On a . (ii) Soit le centre de . Alors est un sous-groupe de Lie de dont l’algèbre de Lie est le centre de . L’application de dans déduite de par passage au quotient est un isomorphisme de groupes de Lie. L’assertion (i) résulte du cor. 3 (ii) et des remarques suivant la déf. 2. Soit . Pour que , il faut et il suffit que coïncide avec dans un voisinage de (§ 4, n° 1, th. 1(ii)), donc dans tout entier; autrement dit, il faut et il suffit que . Ceci posé, (ii) résulte du cor. 1 de la prop. 1.
Définition 3
Soit un groupe de Lie connexe de dimension finie. Le groupe de Lie s’appelle le groupe adjoint de .
Proposition 11
Soit un groupe de Lie commutatif connexe. (i) est un morphisme étale du groupe de Lie additif sur . (ii) Si , et si est de dimension finie, est isomorphe à un groupe de Lie de la forme ( entiers ). D’après la formule de Hausdorff, on a pour assez voisins de 0, donc quels que soient x et y dans L(G) par prolongement analytique. Donc exp est un homomorphisme de groupes, et est étale puisque
D’où (i). L’assertion (ii) résulte de (i) et de TG, VII, § 1, prop. 9.
Proposition 12
Soient G un groupe de Lie, et L = L(G). Pour tout x ∈ L, identifions T_x(L) à L, de sorte que la différentielle droite ω(x) de exp en x est une application linéaire de L dans L. Pour tout x ∈ L, on a
Les deux membres sont des fonctions analytiques de x, et sont égaux pour x assez voisin de 0 (§ 4, n° 3, prop. 6).
Remarque
On a ω(x) . (ad x) = exp ad x − 1. On écrit, par abus de notation,
Corollaire
Soient G un groupe de Lie complexe, et x ∈ L(G). L’application tangente en x à exp_G a pour noyau .
La fonction entière , égale à pour , admet pour zéros les points de , qui sont tous des zéros simples. Le corollaire résulte alors de la prop. 12 et du lemme suivant:
Lemme 2
Soient E un espace de Banach complexe, u un élément de , S le spectre de u dans (TS, I, § 1, n° 2), f une fonction complexe holomorphe dans un voisinage ouvert Ω de S. On suppose que f n’admet dans Ω qu’un nombre fini de zéros deux à deux distincts, de multiplicités . Alors Kerf(u) est somme directe des Ker pour .
(Pour la définition de f(u), voir TS, I, § 4, n° 8.)
Il existe une fonction holomorphe g dans Ω, partout non nulle, telle que . Alors , donc . Considérons Kerf(u) comme un -module grâce à la loi externe pour , . On voit que Kerf(u) est somme directe des Ker en utilisant, A, VII, § 2, n° 1, prop. 1.
5. Application aux représentations linéaires
Proposition 13
Soient G un groupe de Lie connexe, ρ une représentation linéaire analytique de G dans un espace normable complet E. Soient E₁, E₂ deux sous-espaces vectoriels fermés de E tels que E₂ ⊂ E₁. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) ρ(g)x ≡ x (mod E₂) pour tout g ∈ G et tout x ∈ E₁; (ii) L(ρ)(L(G)) applique E₁ dans E₂. On a
Corollaire 1
Pour que E₁ soit stable pour ρ, il faut et il suffit que E₁ soit stable pour L(ρ). Il suffit de faire E₁ = E₂ dans la prop 13.
Corollaire 2
Supposons ρ de dimension finie. Pour que ρ soit simple (resp. semi-simple), il faut et il suffit que L(ρ) soit simple (resp. semi-simple). Cela résulte du cor. 1.
Corollaire 3
Soit x ∈ E. Pour que x soit invariant par ρ(G), il faut et il suffit que x soit annulé par L(ρ)(L(G)) (c’est-à-dire que x soit invariant par L(ρ) au sens du chap. I, § 3, déf. 3). Il suffit de faire E₁ = Kx, E₂ = 0 dans la prop. 13.
Corollaire 4
Soit ρ' une autre représentation linéaire analytique de G dans un espace normable complet E'. Soit T ∈ . Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) Tρ(g) = ρ'(g)T pour tout g ∈ G; (ii) TL(ρ)(a) = L(ρ')(a)T pour tout a ∈ L(G). Soit σ la représentation linéaire de G dans déduite de ρ et ρ' (§ 3, n° 11, cor. 1 de la prop. 41). La condition (i) signifie que T est invariant par σ(G). La condition (ii) signifie que T est annulé par L(σ)(L(G)). Il suffit alors d’appliquer le cor. 3.
Corollaire 5
Supposons ρ et ρ' de dimension finie. Pour que ρ et ρ' soient équivalentes, il faut et il suffit que L(ρ) et L(ρ') soient équivalentes. C’est un cas particulier du cor. 4.
Corollaire 6
Supposons G de dimension finie. Soit t ∈ U(G). Pour que L_t (resp. R_t) soit invariant à droite (resp. à gauche), il faut et il suffit que t appartienne au centre de U(G).
Pour que L_t (resp. R_t) soit invariant à droite (resp. à gauche), il faut et il suffit que ε_g \* t = t \* ε_g pour tout g ∈ G, c’est-à-dire que (Int g) \* t = t. Il existe un entier n tel que t ∈ U_n(G). D’après le cor. 3, et d’après la prop. 45 du § 3, n° 12, on a (Int g) \* t = t pour tout g ∈ G si et seulement si [a, t] = 0 pour tout a ∈ L(G), c’est-à-dire si et seulement si t commute à U(G).
6. Sous-groupes intégraux distingués
Lemme 3
Soient G un groupe de Lie, H_1 et H_2 des sous-groupes intégraux dont la topologie admet une base dénombrable, et g ∈ G. Alors
On a Ad g = T_e(Int g). Donc, par transport de structure, (Int g)(H_1) a pour algèbre de Lie (Ad g)(L(H_1)). Comme H_1 et H_2 sont à base dénombrable, dire que les ensembles H_2 et (Int g)(H_1) sont égaux revient à dire que les sous-groupes intégraux H_2 et (Int g)H_1 sont égaux (n° 2, cor. 3 de la prop. 3). Ceci posé, le lemme résulte du th. 2 (i).
Proposition 14
Soient G un groupe de Lie, H un sous-groupe intégral dont la topologie admet une base dénombrable. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) H est distingué dans G; (ii) L(H) est invariant par Ad(G). Si de plus G est connexe, ces conditions sont équivalentes à la suivante: (iii) L(H) est un idéal de L(G). Si de plus G est simplement connexe et L(H) de codimension finie dans L(G), ces conditions impliquent que H est un sous-groupe de Lie de G et que G/H est simplement connexe.
L’équivalence (i) ⇔ (ii) résulte du lemme 3. Si de plus G est connexe, la condition (ii) équivaut à dire que L(H) est stable pour ad L(G) (n° 5, cor. 1 de la prop. 13, et § 3, n° 12, prop. 44).
Supposons que G soit simplement connexe et que L(H) soit un idéal de codimension finie dans L(G). D’après le th. 3 du n° 3, il existe un groupe de Lie simplement connexe G' tel que L(G') soit isomorphe à L(G)/L(H). Il existe un morphisme continu f de L(G) sur L(G') de noyau L(H). D’après le th. 1 du n° 1, il existe un morphisme φ de G dans G' tel que L(φ) = f. Ce morphisme est une submersion, donc son noyau N est un sous-groupe de Lie de G tel que L(N) = Ker f = L(H). Donc H est la composante neutre de N et est par suite un sous-groupe de Lie de G. Soit ψ le morphisme de G/H dans G' déduit de φ par passage au quotient. Ce morphisme est étale; puisque G' est simplement connexe, ψ est un isomorphisme de G/H sur G'.
Corollaire 1
Soit un groupe de Lie simplement connexe de dimension finie. Soient des sous-algèbres de Lie de telles que soit produit semi-direct de par . Soient les sous-groupes intégraux correspondants de . Alors et sont des sous-groupes de Lie simplement connexes de , et, en tant que groupe de Lie, est produit semi-direct de par .
D’après la prop. 14, est un sous-groupe de Lie distingué de et le groupe de Lie est simplement connexe. Soit le morphisme canonique de sur . Il existe un morphisme de dans tel que soit l’isomorphisme canonique de sur . Alors
donc . D’après le n° 1, cor. 1 de la prop. 1, . D’après la prop. 8 du § 1, n° 4, est un sous-groupe de Lie de , et le groupe de Lie est produit semi-direct de par .
Corollaire 2
Soient un groupe de Lie simplement connexe de dimension finie, un sous-groupe de Lie connexe distingué de , et le morphisme canonique de sur .
(i) Il existe une application analytique de dans telle que .
(ii) Pour toute application ayant les propriétés de (i), l’application de dans est un isomorphisme de variétés analytiques.
(iii) et sont simplement connexes.
Soit . Le corollaire est évident pour . Raisonnons par récurrence sur .
Supposons qu’il existe un idéal de contenant , distinct de et . Soit le sous-groupe de Lie connexe correspondant de . Soient et les morphismes canoniques. D’après l’hypothèse de récurrence, il existe des applications analytiques , telles que , . Soit le morphisme canonique. Si , et si est un représentant de dans , et ont même image canonique modulo , donc . Posons
Il est clair que est une application analytique de dans . On a
Si maintenant les seuls idéaux de contenant sont et , l’algèbre de Lie est ou bien de dimension 1 ou bien simple. Dans les deux cas, est produit semi-direct d’une sous-algèbre par ; c’est évident dans le premier cas, et, dans le deuxième, cela résulte du chap. I, § 6, cor. 3 du th. 5. L’assertion (i) résulte alors du cor. 1.
L’assertion (ii) est évidente. L’assertion (iii) résulte de (i) et (ii).
Les conclusions du cor. 2 ne sont plus nécessairement vraies quand G est de dimension infinie, ou quand H n’est pas distingué (exerc. 8 et 15).
Corollaire 3
Soient G un groupe de Lie connexe de dimension finie, H un sous-groupe de Lie connexe distingué de G. Le morphisme canonique de dans est injectif.
Soient le revêtement universel de G, l’application canonique de sur G. L’algèbre de Lie de s’identifie à . Le sous-groupe de Lie de est distingué dans , et son algèbre de Lie est . Soient la composante neutre de et . On a , donc est un morphisme étale de sur H. D’autre part, est simplement connexe (cor. 2), donc s’identifie au revêtement universel de H. Alors, d’après TG, XI, le morphisme canonique de dans s’identifie à l’injection canonique de Ker dans Ker .
7. Primitives des formes différentielles à valeurs dans une algèbre de Lie
Proposition 15
Soient G un groupe de Lie, M une variété de classe (), une forme différentielle de classe et de degré 1 sur M à valeurs dans , telle que . On suppose M simplement connexe. Pour tout et tout , il existe une application f de classe de M dans G et une seule telle que et .
L’unicité de f résulte du § 3, no 17, cor. 2 de la prop. 59, et du fait que M est connexe. Prouvons l’existence de f. Il existe un recouvrement ouvert de M, et, pour tout , une application de classe telle que sur (§ 4, no 6, th. 5). D’après le § 3, no 17, cor. 2 de la prop. 59, est localement constante dans . Posons . Soit le groupe G muni de la topologie discrète. Les sont continues, et dans . Puisque M est simplement connexe, il existe des applications continues telles que dans . Soit g l’application de M dans G ayant pour restriction à quel que soit . Cette application est de classe , et . L’application f de M dans G définie par vérifie les conditions et .
8. Passage des lois d’opérations infinitésimales aux lois d’opérations
Lemme 4
Soient G un groupe topologique connexe, X un espace topologique séparé, et des lois d’opérations à gauche (resp. à droite) de G dans X telles que, pour tout , les applications de G dans X soient continues. On suppose qu’il existe un voisinage V de dans tel que et coïncident sur V. Alors .
Soient , et A l’ensemble des tels que . Alors A est fermé dans G. D’autre part, soit ; posons . Il existe un voisinage U de e dans G tel que pour , autrement dit tel que pour (resp. ). Donc A est ouvert dans G, et par suite .
Proposition 16
Soient G un groupe de Lie connexe, X une variété séparée de classe , et des lois d’opérations à gauche (resp. à droite) de classe de G dans X. Si les lois d’opérations infinitésimales associées à et sont égales, on a .* D’après le § 4, n° 7, cor. de la prop. 11, il existe un voisinage V de dans tel que et coïncident dans V. Donc (lemme 4).
Lemme 5
Soient G un groupe topologique simplement connexe, X un espace topologique séparé, U un voisinage ouvert de e dans G, une application continue de dans X telle que et quels que soient et dans U tels que . Soit W un voisinage ouvert connexe symétrique de e tel que . Il existe une loi d’opération à gauche continue de G dans X et une seule telle que et coïncident dans . Si G est un groupe de Lie et X une variété de classe , et si est de classe , alors est de classe . L’unicité de résulte du lemme 4. Soit P le groupe des permutations de X. Pour , l’application est un élément de P, et
Théorème 5
Soient G un groupe de Lie simplement connexe, X une variété compacte de classe (), et une loi d’opération infinitésimale à gauche (resp. à droite) de classe de dans X. Il existe une loi d’opération à gauche (resp. à droite) de classe , et une seule, de G dans X telle que la loi d’opération infinitésimale associée soit . L’unicité résulte de la prop. 16. D’après le § 4, n° 7, cor. 1 du th. 6, il existe un voisinage V de dans , et un morceau de loi d’opération à gauche (resp. à droite) de classe de G dans X, défini dans V, tel que la loi d’opération infinitésimale associée soit . Comme X est compacte, on peut supposer V de la forme , où U est un voisinage ouvert de e dans G. Il suffit alors d’appliquer le lemme 5.
9. Application exponentielle dans le groupe linéaire
Proposition 17
Soient l’ensemble des tels que , et l’ensemble des qui ne sont pas réels . Soient un espace normable complet sur , (resp. ) l’ensemble des dont le spectre est contenu dans (resp. dans ). Alors (resp. ) est une partie ouverte de (resp. de ), et les applications et (TS, I, § 4, n° 9) sont des isomorphismes réciproques de variétés analytiques.
Cela résulte de TS, I, § 4, prop. 10 et n° 9.
Théorème 6
Soient un espace hilbertien réel ou complexe, le groupe unitaire de .
(i) L’ensemble des éléments hermitiens de est, pour la structure d’espace normé réel, un sous-espace vectoriel fermé de admettant un supplémentaire topologique.
(ii) L’ensemble des éléments de est une sous-variété analytique réelle de .
(iii) La restriction à de l’application est un isomorphisme de variétés analytiques réelles de sur .
(iv) L’application de dans est un isomorphisme de variétés analytiques réelles.
Rappelons que, si , on note l’adjoint de . Soit l’ensemble des tels que . La formule prouve que, pour sa structure d’espace normé réel, est somme directe topologique de et , d’où (i).
Supposons . Avec les notations de la prop. 17, est l’ensemble des tels que . Comme , (ii) et (iii) résultent de la prop. 17 et de TS, I, § 4, prop. 8 et § 6, n° 5. L’application de dans est bijective d’après TS, I, § 6, prop. 15. Elle est analytique réelle d’après ce qui précède. L’application est analytique réelle, donc aussi l’application . D’où (iv).
Supposons . Soient l’espace hilbertien complexifié de et l’application (pour dans ) de dans . Notons les ensembles définis pour comme pour . Alors (resp. ) s’identifie à l’ensemble des (resp. ) tels que . Les propriétés (ii), (iii), (iv) résultent alors facilement de (i) et des propriétés analogues dans le cas complexe.
Proposition 18
Soient un espace normable complet sur , , et . On suppose que ne contient aucun des points avec . Alors, pour tout , les conditions et sont équivalentes.
Cela résulte du lemme 2 du n° 4, appliqué à la fonction .
Corollaire 1
Soient un espace normable complet sur , l’espace des applications n-linéaires continues de dans . Pour tout , soit l’élément de défini par
On a (§ 3, no 11, cor. 1 de la prop. 41), donc (no 4, cor. 3 de la prop. 10). Compte tenu de la prop. 18, il suffit alors de prouver que ne rencontre pas . Or cela résulte du lemme suivant:
Lemme 6
Si , on a où la somme comporte termes.
Définissons des éléments de en posant, pour tout ,
Corollaire 2
Soient une algèbre normable complète sur , et . On suppose que tout vérifie . Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) est une dérivation de ; (ii) est un automorphisme de .
Cela résulte du cor. 1 où l’on fait et où l’on prend pour la multiplication de .
Proposition 19
Soient un espace normable complet sur , , et . On suppose que tout vérifie . Alors, pour tout sous-espace vectoriel fermé de , les conditions et sont équivalentes.
La condition entraîne et donc . Supposons . Utilisons les notations de la prop. 17. Puisque est une partie compacte de , il existe un rectangle compact tel que . L’ensemble est connexe. Donc , l’ensemble est compact, et l’ensemble est connexe. L’adhérence de ce dernier contient , donc est connexe. Alors est polynomialement convexe (TS, I, , cor. 2 de la prop. 9), donc la fonction log, définie dans , est limite dans de fonctions polynômes (TS, I, § 4, prop. 3). Donc est limite dans d’éléments de la forme , où est un polynôme (TS, I, § 4, th. 3). Comme , on en déduit que
Corollaire
Soient E un espace normable complet sur , , et . On suppose que tout vérifie . Alors, pour tout sous-espace vectoriel fermé M de , les conditions et sont équivalentes.
Soient , l’application de dans , et l’application de dans . On a (n° 4, cor. 3 de la prop. 10, et § 3, n° 11, cor. 1 de la prop. 41). Le lemme 6 prouve que pour tout . Il suffit alors d’appliquer la prop. 19.
10. Complexification d’un groupe de Lie réel de dimension finie
Lemme 7
Soient B un groupe, A un sous-groupe distingué de B, C le groupe B/A, i : A → B et p : B → C les morphismes canoniques. Soient A' un groupe, f un homomorphisme de A dans A'. Soit ω un morphisme de B dans le groupe des automorphismes de A'. On suppose que, pour , on a
Soient B'' le produit semi-direct de B par A' relatif à ω, q le morphisme canonique de B'' sur B.
(i) *L’application de A dans B'' est un morphisme de A sur un sous-groupe distingué D de B''. Soient B' = B''/D, et , les morphismes de A' et B dans B' déduits par passage au quotient des injections canoniques de A' et B dans B''.
(ii) *Le morphisme de B'' dans C définit par passage au quotient un morphisme de B' dans C.
(iii) i' est injectif, est surjectif, , et le diagramme ci-dessous est commutatif
(4)
(iv) Si et , on a
Proposition 20
Soit G un groupe de Lie réel de dimension finie.
(i) Il existe un groupe de Lie complexe et un morphisme -analytique de G dans ayant les propriétés suivantes: pour tout groupe de Lie complexe H et tout morphisme -analytique de G dans H, il existe un morphisme -analytique de dans H et un seul tel que .
(ii) Si a les mêmes propriétés que , il existe un isomorphisme et un seul de sur tel que .
(iii) L’application -linéaire de dans qui prolonge est surjective; en particulier .
L’assertion (ii) est évidente. Prouvons l’existence d’un couple avec les propriétés (i) et (iii).
a) Supposons d’abord G connexe. Soient , la complexification de g, S (resp. S’) le groupe de Lie réel (resp. complexe) simplement connexe d’algèbre de Lie g (resp. ), l’unique morphisme -analytique de S dans S’ tel que soit l’injection canonique de g dans . Soient l’unique morphisme -analytique de S sur G tel que , et F = Ker .
Pour tout groupe de Lie complexe H et tout morphisme -analytique de G dans H, possède un unique prolongement -linéaire à , et cette extension est de la forme , où est un morphisme -analytique de S’ dans H. On a
donc . Par suite , d’où
Soit P l’intersection des pour variable. C’est un sous-groupe de Lie distingué de S’ (n° 2, cor. 3 de la prop. 1). Soient , et le morphisme canonique. On a , donc il existe un morphisme -analytique et un seul de G dans tel que . Si désigne le morphisme déduit de par passage au quotient, on a
d’où . Il est clair que , donc , sont déterminés de manière unique par l’égalité . On a ainsi prouvé que le couple possède les propriétés (i) et (iii).
b) Passons au cas général. Soient la composante neutre de , , et les morphismes canoniques. Appliquons à la partie a) de la démonstration. On obtient un couple . Pour tout , est un automorphisme de . D’après la propriété universelle de , il existe un automorphisme du groupe de Lie complexe , et un seul, tel que . Il est clair que est un morphisme de dans . Si et , on a
On peut donc appliquer le lemme 7, ce qui donne un diagramme
Identifions à un sous-groupe distingué de grace à . Le groupe est engendré par et ; donc les automorphismes de définis par les éléments de sont des automorphismes de la structure de groupe de Lie complexe. D’après le § 1, n° 9, prop. 18, il existe une structure de groupe de Lie complexe et une seule sur telle que soit un sous-groupe de Lie ouvert de . Nous munirons désormais de cette structure. Comme est -analytique, est -analytique.
Le couple possède la propriété (iii) de la proposition. Montrons qu’il possède la propriété (i). Soient un groupe de Lie complexe et un morphisme -analytique de dans . Il existe un morphisme -analytique de dans tel que . Soit . Les applications
Donc définit par passage au quotient un morphisme de dans . On a et ; cette dernière égalité entraîne que est -analytique.
Enfin, soit un morphisme -analytique de dans tel que . Alors
Définition 4
On dit que* , ou simplement , est la complexification universelle de .
Remarque 1
Soit la complexification universelle de . Soit (resp. ) la composante neutre de (resp. ). D’après la démonstration de la prop. 20, est la complexification universelle de , et le morphisme composé
Remarque 2
Supposons simplement connexe. Soient , la complexification de , le groupe de Lie complexe simplement connexe d’algèbre de Lie , le morphisme de dans tel que soit l’injection canonique de dans . Reprenons les notations de la démonstration de la prop. 20, partie a). Si et , on a . Donc est la complexification universelle de . On notera que n’est pas injectif en général (exerc. 16); toutefois son noyau est discret puisque est injectif. D’autre part, soit l’involution de définie par , et soit l’automorphisme correspondant du groupe de Lie réel sous-jacent à ; soit l’ensemble des points de invariants par ; c’est un sous-groupe de Lie réel de d’algèbre de Lie (§ 3, n° 8, cor. 1 de la prop. 29). D’après le n° 1, cor. 1 de la prop. 1, est le sous-groupe intégral réel de d’algèbre de Lie , donc est la composante neutre de ; en particulier est un sous-groupe de Lie réel de .
Exercices
See the exercises for § 6.