Bourbaki

§ 7. Groupes de Lie sur un corps ultramétrique

Dans ce paragraphe, le corps valué KK est supposé ultramétrique et de caractéristique 0. On note AA l’anneau de valuation de KK, mm l’idéal maximal de AA, pp la caractéristique du corps résiduel A/mA/m. Si KK est localement compact, on a p≠0p \neq 0 (AC, VI, § 9, th. 1).

1. Passage des algèbres de Lie aux groupes de Lie

Proposition 1

Soit* GG un groupuscule de Lie d’élément neutre ee. Il existe un système fondamental de voisinages ouverts de ee dans GG formé des sous-groupes de Lie de GG.

Munissons L(G)L(G) d'une norme compatible avec sa topologie et telle que ∥[x,y]∥≤∥x∥∥y∥\| [x, y] \| \leq \| x \| \| y \| quels que soient x,yx, y dans L(G)L(G). Soit G1G_1 le groupe de Lie défini par L(G)L(G). D'après le , no 2, th. 2, GG et G1G_1 sont localement isomorphes. Il suffit alors d'appliquer le § 4, no 2, lemme 3 (iii)

Théorème 1

Soit LL une algèbre de Lie normable complète. Il existe un groupe de Lie GG tel que L(G)L(G) soit isomorphe à LL. Deux tels groupes sont localement isomorphes.* La première assertion a été prouvée au § 4, no 2, lemme 3. La deuxième est un cas particulier du § 4, no 2, th. 2.

Théorème 2

Soient GG un groupe de Lie, h\mathfrak{h} une sous-algèbre de Lie de L(G)L(G) admettant un supplémentaire topologique. Il existe un sous-groupe de Lie HH de GG tel que L(H)=hL(H) = \mathfrak{h}. Si H1H_1 et H2H_2 sont des sous-groupes de Lie de GG tels que L(H1)=L(H2)=hL(H_1) = L(H_2) = \mathfrak{h}, alors H1∩H2H_1 \cap H_2 est ouvert dans H1H_1 et H2H_2.* La première assertion résulte de la prop. 1, et du § 4, no 2, th. 3. La deuxième est un cas particulier du § 4, no 2, th. 3.

Théorème 3

Soient GG et HH des groupes de Lie, h\mathfrak{h} un morphisme continu de L(G)L(G) dans L(H)L(H).* (i) Il existe un sous-groupe ouvert G′G' de GG et un morphisme de groupes de Lie φ\varphi de G′G' dans HH tel que h=L(φ)h = L(\varphi). (ii) Soient G1,G2G_1, G_2 des sous-groupes ouverts de GG, et φi\varphi_i un morphisme de GiG_i dans HH tel que h=L(φi)h = L(\varphi_i). Alors φ1\varphi_1 et φ2\varphi_2 coïncident dans un sous-groupe ouvert de GG. Compte tenu de la prop. 1, cela résulte du § 4, no 1, th. 1.

Proposition 2

Soient GG un groupe de Lie, h\mathfrak{h} une sous-algèbre de Lie de L(G)L(G) admettant un supplémentaire topologique. Les conditions suivantes sont équivalentes:* (i) Il existe un sous-groupe ouvert G′G' de GG et un sous-groupe de Lie distingué HH de G′G' tels que L(H)=hL(H) = \mathfrak{h}. (ii) h\mathfrak{h} est un idéal de L(H)L(H). S’il existe G′G' et HH ayant les propriétés de (i), on a L(G′)=L(G)L(G') = L(G), et L(H)L(H) est un idéal de L(G′)L(G') d’après le § 3, no 12, prop. 47. Supposons que h\mathfrak{h} soit un idéal de L(G)L(G). Il existe un groupe de Lie FF tel que L(F)=L(G)/hL(F) = L(G)/\mathfrak{h} (th. 1). Soit hh le morphisme canonique de L(G)L(G) sur L(F)L(F). D’après le th. 3 (i), il existe un sous-groupe ouvert G′G' de GG et un morphisme de groupes de Lie φ\varphi de G′G' dans FF tel que L(φ)=hL(\varphi) = h. D’après le § 3, no 8, le noyau HH de φ\varphi est un sous-groupe de Lie de G′G', et L(H)=Ker L(φ)=Ker h=hL(H) = \mathrm{Ker}\ L(\varphi) = \mathrm{Ker}\ h = \mathfrak{h}. Enfin, HH est distingué dans G′G' puisque H=Ker φH = \mathrm{Ker}\ \varphi.

2. Applications exponentielles

Proposition 3

Soit G un groupe de Lie. Il existe une application exponentielle φ de G ayant les propriétés suivantes: (i) φ est définie dans un sous-groupe ouvert U du groupe additif L(G); (ii) φ(U) est un sous-groupe ouvert de G, et φ est un isomorphisme de la variété analytique U sur la variété analytique φ(U); (iii) φ(nx) = φ(x)^n pour tout x ∈ U et tout n ∈ \mathbf{Z}.

Munissons L(G) d’une norme compatible avec sa topologie et telle que ∥[x,y]∥≤∥x∥∥y∥\| [x, y] \| \leq \| x \| \| y \| pour x, y dans L(G). Soit G_1 le groupe de Lie défini par L(G). Soit ψ = Id_{G_1}, qui est une application exponentielle de G_1. Pour tout μ > 0, soit L_μ l’ensemble des x ∈ L(G) tels que ∥x∥<μ\| x \| < \mu. Alors, pour μ assez petit, L_μ est un sous-groupe ouvert du groupe additif L(G), ψ(L_μ) est un sous-groupe ouvert de G_1 (§ 4, n° 2, lemme 3), ψ|L_μ est un isomorphisme de variétés analytiques de L_μ sur ψ(L_μ), et ψ(nx) = ψ(x)^n pour tout x ∈ L_μ et tout n ∈ \mathbf{Z}. Les L_μ forment un système fondamental de voisinages de 0 dans L(G). D’après le th. 1, il existe un μ et un sous-groupe ouvert G' de G tels que ψ(L_μ) et G' soient isomorphes, d’où la proposition.

Proposition 4

Soient G un groupe de Lie, φ une application exponentielle injective de G. Supposons p > 0. Quels que soient x, y dans L(G), on a (1)

x+y=lim⁡n→+∞p−nφ−1(φ(pnx)φ(pny)) x + y = \lim_{n \to + \infty} p^{-n} \varphi^{-1}(\varphi(p^n x) \varphi(p^n y))
(2)
[x,y]=lim⁡n→+∞p−2nφ−1(φ(pnx)φ(pny)φ(−pnx)φ(−pny)). [x, y] = \lim_{n \to + \infty} p^{-2n} \varphi^{-1}(\varphi(p^n x) \varphi(p^n y) \varphi(-p^n x) \varphi(-p^n y)).

Ce sont des cas particuliers de la prop. 4 du § 4, n° 3.

3. Groupes standard¹

Si S(X_1, X_2, \ldots, X_n) est une série formelle à coefficients dans A, alors, quels que soient x_1, \ldots, x_r dans m, la série S(x_1, x_2, \ldots, x_r) est convergente. Plus précisément, m × m × \cdots × m est contenu dans le domaine de convergence stricte de S (VAR, R, 4.1.3).

Définition 1

Soit r un entier ≥0\geq 0. On appelle groupe standard de dimension r sur K un groupe de Lie G possédant les propriétés suivantes: (i) la variété analytique sous-jacente de G est m × m × \cdots × m (r facteurs); (ii) il existe une série formelle F en 2r variables, à coefficients dans A^r, sans terme constant, telle que x . y = F(x, y) quels que soient x, y dans G.

¹ Les résultats des n°s 3 et 4 et leurs démonstrations restent valables lorsque la caractéristique de K est > 0.

On a alors 0.0=00.0 = 0, donc l’élément neutre de GG est l’origine de m×⋯×mm \times \cdots \times m.

On identifiera L(G)L(G) à KrK^r. D’après le § 5, formule (13), les constantes de structure de L(G)L(G) par rapport à la base canonique appartiennent à AA. Il nous arrivera, dans une même démonstration, de considérer les éléments de m×⋯×mm \times \cdots \times m, tantôt comme des éléments de GG, tantôt comme des éléments de L(G)L(G).

Exemple

Soit G=1+Mn(m)G = 1 + \mathbf{M}_n(m), qui est une partie ouverte de Mn(K)\mathbf{M}_n(K). Si x∈Gx \in G, on a det⁡x∈1+m\det x \in 1 + m, donc G⊂GL(n,K)G \subset \mathbf{GL}(n, K). Il est clair que GG⊂GGG \subset G. Si x=1+yx = 1 + y avec y∈Mn(m)y \in \mathbf{M}_n(m), le calcul de l’inverse d’une matrice prouve d’abord que x−1∈Mn(A)x^{-1} \in \mathbf{M}_n(A); si l’on pose x−1=1+y′x^{-1} = 1 + y', on a y+y′+yy′=0y + y' + yy' = 0, donc y′∈Mn(m)y' \in \mathbf{M}_n(m), et par suite x−1∈Gx^{-1} \in G. Ainsi, GG est un sous-groupe ouvert de GL(n,K)\mathbf{GL}(n, K). Identifions GG à mn2m^{n^2} grâce à l’application (δij+yij)↦(yij)(\delta_{ij} + y_{ij}) \mapsto (y_{ij}). Il est clair que GG est un groupe standard.

Théorème 4

Soit GG un groupe de Lie de dimension finie. Il existe un sous-groupe ouvert de GG isomorphe à un groupe standard.

En remplaçant GG par un groupe isomorphe à un sous-groupe ouvert de GG, on se ramène au cas où GG est une partie ouverte de KrK^r, d’élément neutre 00, et où les coordonnées du produit x.yx.y et de l’inverse x[−1]x^{[-1]} sont données par des formules

(x.y)i=xi+yi+∑∣α∣≥1,∣β∣≥1cαβixαyβ(i=1,2,…,r) (x.y)_i = x_i + y_i + \sum_{|\alpha| \geq 1, |\beta| \geq 1} c_{\alpha \beta i} x^\alpha y^\beta \quad (i = 1, 2, \ldots, r)
(x[−1])i=−xi+∑∣α∣>1dαixα(i=2,2,…,r) (x^{[-1]})_i = -x_i + \sum_{|\alpha| > 1} d_{\alpha i} x^\alpha \quad (i = 2, 2, \ldots, r)

les séries des seconds membres étant convergentes pour x,yx, y dans GG (§ 5, n° 1). Soit λ∈K∗\lambda \in K^*, et transportons la loi de groupe de GG à G′=λGG' = \lambda G par l’homothétie de rapport λ\lambda. Pour x′,y′x', y' dans G′G', le produit x′.y′x'.y' et l’inverse x′[−1]{x'}^{[-1]} calculés dans G′G' ont pour coordonnées

(x′.y′)i=xi′+yi′+∑∣α∣≥1,∣β∣≥1cαβi′x′αy′β(i=1,2,…,r) (x'.y')_i = x'_i + y'_i + \sum_{|\alpha| \geq 1, |\beta| \geq 1} c'_{\alpha \beta i} {x'}^\alpha {y'}^\beta \quad (i = 1, 2, \ldots, r)
(x′[−1])i=−xi′+∑∣α∣>1dαi′x′α(i=1,2,…,r) ({x'}^{[-1]})_i = -x'_i + \sum_{|\alpha| > 1} d'_{\alpha i} {x'}^\alpha \quad (i = 1, 2, \ldots, r)

avec

cαβi′=λ−∣α∣−∣β∣+1cαβi,dαi′=λ−∣α∣+1dαi. c'_{\alpha \beta i} = \lambda^{-|\alpha|-|\beta|+1} c_{\alpha \beta i}, \quad d'_{\alpha i} = \lambda^{-|\alpha|+1} d_{\alpha i}.

Comme les séries (3) et (4) sont convergentes, on voit que, pour ∣λ∣|\lambda| assez grand, on a, quels que soient α,β,i\alpha, \beta, i,

∣cαβi′∣≤1,∣dαi′∣≤1 |c'_{\alpha \beta i}| \leq 1, \quad |d'_{\alpha i}| \leq 1

c’est-à-dire cαβi′∈Ac'_{\alpha \beta i} \in A et dαi′∈Ad'_{\alpha i} \in A; et d’autre part G′⊃m×m×⋯×mG' \supset m \times m \times \cdots \times m. Alors m×m×⋯×mm \times m \times \cdots \times m est un sous-groupe ouvert de G′G', et est un groupe standard.

4. Filtration des groupes standard

On reprend les notations de la déf. 1. Choisissons un nombre a>1a > 1 et une valuation réelle vv de K\mathbf{K} telle que ∣x∣=a−v(x)|x| = a^{-v(x)} pour tout x∈Kx \in \mathbf{K} (AC, VI, § 6, prop. 3). Si aa est un idéal non nul (donc ouvert) de A\mathbf{A} contenu dans mm, on note G(a)G(a) l’ensemble des éléments de GG dont les coordonnées appartiennent à aa. Si λ∈R\lambda \in \mathbf{R}, on note aλa_\lambda (resp. aλ+a_\lambda^+) l’ensemble des x∈Kx \in \mathbf{K} tels que v(x)≥λv(x) \geq \lambda (resp. v(x)>λv(x) > \lambda) ; on a a0=A,a0+=ma_0 = \mathbf{A}, a_0^+ = m. Pour x=(x1,…,xr)∈Gx = (x_1, \ldots, x_r) \in G, nous poserons

ω(x)=inf⁡(v(x1),…,v(xr)). \omega(x) = \inf (v(x_1), \ldots, v(x_r)).

Proposition 5

Soit GG un groupe standard.

(i) Si aa est un idéal non nul de A\mathbf{A} contenu dans mm, G(a)G(a) est un sous-groupe distingué ouvert de GG.

(ii) Les G(aλ)G(a_\lambda), pour λ>0\lambda > 0, forment un système fondamental de voisinages de ee dans GG.

(iii) Supposons aλ⊂aa_\lambda \subset a pour λ≥λ0\lambda \geq \lambda_0, et munissons les G(a)/G(aλ)G(a)/G(a_\lambda), pour λ≥λ0\lambda \geq \lambda_0, de la topologie discrète. Alors le groupe topologique G(a)G(a) est limite projective des groupes G(a)/G(aλ)G(a)/G(a_\lambda).

(iv) Soient a,ba, b des idéaux non nuls de A\mathbf{A} contenus dans mm, tels que a⊃b⊃a2a \supset b \supset a^2. L’application x↦(x1mod  b,…,xrmod  b)x \mapsto (x_1 \mod b, \ldots, x_r \mod b) de G(a)G(a) dans (a/b)×⋯×(a/b)(a/b) \times \cdots \times (a/b) définit par passage au quotient un isomorphisme du groupe G(a)/G(b)G(a)/G(b) sur le groupe additif (a/b)×⋯×(a/b)(a/b) \times \cdots \times (a/b).

Si x∈Gx \in G et y∈G(a)y \in G(a), les coordonnées de xx et de x.yx.y sont égales modulo aa. Donc, pour x′,x′′x', x'' dans GG et y′,y′′y', y'' dans G(a)G(a), les coordonnées de x′.x′′x'.x'' et de (x′.y′).(x′′.y′′)(x'.y').(x''.y'') sont égales modulo aa. Cela prouve (i).

(ii) est évident.

(iii) résulte de ce qui précède et de TG, III, § 7, prop. 2.

Si x∈G(a)x \in G(a) et y∈G(a)y \in G(a), les coordonnées de x.yx.y sont congrues à celles de x+yx + y modulo G(a2)G(a^2) d’après la formule (4) du § 5. Cela prouve (iv).

Corollaire

Supposons K\mathbf{K} localement compact et soit q=Card(A/m)q = \mathrm{Card} (\mathbf{A}/m).

(i) Si a=maa = m^a et b=mbb = m^b avec b≥a≥1b \geq a \geq 1, G(a)/G(b)G(a)/G(b) est un pp-groupe de cardinal qr(b−a)q^{r(b-a)}.

(ii) G(a)G(a) est limite projective de pp-groupes.

Le nombre d’éléments de G(a)/G(b)G(a)/G(b) est (Card(a/b))r(\mathrm{Card}(a/b))^r; si b=a+1b = a + 1, a/ba/b est un espace vectoriel de dimension 1 sur A/m\mathbf{A}/m, d’où (i) dans ce cas; le cas général s’en déduit par récurrence sur b−ab - a. L’assertion (ii) résulte de (i) et de la prop. 5 (iii).

Proposition 6

Soient a,b,c,c′a, b, c, c' des idéaux non nuls de A\mathbf{A} contenus dans mm tels que

c′⊂c,ab⊂c,ab2⊂c′,a2b⊂c′. c' \subset c, \quad ab \subset c, \quad ab^2 \subset c', \quad a^2b \subset c'.
Si x∈G(a)x \in G(a) et y∈G(b)y \in G(b), alors x[−1].y[−1].x.y,x.y.x[−1].y[−1],[x,y]x^{[-1]} . y^{[-1]} . x.y, \quad x.y . x^{[-1]} . y^{[-1]}, \quad [x, y] appartiennent à G(c)G(c) et sont congrus modulo G(c′)G(c').

D’après le § 5, n° 2, prop. 1, il existe des cαβ∈Arc_{\alpha \beta} \in A^r tels que

x[−1].y[−1].x.y−[x,y]=∑∣α∣+∣β∣≥3cαβxαyβ. x^{[-1]}.y^{[-1]}.x.y - [x,y] = \sum_{|\alpha| + |\beta| \geq 3} c_{\alpha \beta} x^{\alpha} y^{\beta}.
Si x=0x = 0, ou si y=0y = 0, on a x[−1].y[−1].x.y−[x,y]=0x^{[-1]}.y^{[-1]}.x.y - [x,y] = 0; donc c0β=cα0=0c_{0 \beta} = c_{\alpha 0} = 0. D’autre part, les conditions
x∈G(a),y∈G(b),∣α∣≥1,∣β∣≥1,∣α∣+∣β∣≥3 x \in G(a), \quad y \in G(b), \quad |\alpha| \geq 1, \quad |\beta| \geq 1, \quad |\alpha| + |\beta| \geq 3
impliquent
cαβxαyβ∈G(a2b+ab2)⊂G(c′) c_{\alpha \beta} x^{\alpha} y^{\beta} \in G(a^2 b + ab^2) \subset G(c')
donc x[−1].y[−1].x.y−[x,y]∈G(c′)x^{[-1]}.y^{[-1]}.x.y - [x,y] \in G(c'). On voit de même que
x.y.x[−1].y[−1]−[x,y]∈G(c′). x.y.x^{[-1]}.y^{[-1]} - [x,y] \in G(c').
Enfin, d’après le § 5, formule (13), on a [x,y]∈G(ab)⊂G(c)[x,y] \in G(ab) \subset G(c). C.Q.F.D.

Proposition 7

(i) La famille (G(aλ))(G(a_{\lambda})) est une filtration centrale sur GG (chap. II, § 4, n° 4, déf. 2). (ii) Pour λ∈R+∗\lambda \in \mathbf{R}_+^*, on a G(aλ)={x∈G∣ω(x)≥λ}G(a_{\lambda}) = \{ x \in G | \omega(x) \geq \lambda \}, G(aλ+)={x∈G∣ω(x)>λ}G(a_{\lambda}^+) = \{ x \in G | \omega(x) > \lambda \}. (ii) est évident. Prouvons (i). Il est clair que G(aλ)=⋂μ<λG(aμ)G(a_{\lambda}) = \bigcap_{\mu < \lambda} G(a_{\mu}) et que G=⋃λ>0G(aλ)G = \bigcup_{\lambda > 0} G(a_{\lambda}). D’autre part, si x∈G(aλ)x \in G(a_{\lambda}) et y∈G(aμ)y \in G(a_{\mu}), on a

x[−1].y[−1].x.y∈G(aλ+μ) x^{[-1]}.y^{[-1]}.x.y \in G(a_{\lambda+\mu})
d’après la prop. 6 appliquée avec a=aλ,b=aμ,c=c′=aλ+μa = a_{\lambda}, b = a_{\mu}, c = c' = a_{\lambda+\mu}.

D’après le chap. II, § 4, n° 4, on peut former le groupe gr(G) associé au groupe G muni de la filtration centrale (G(aλ))(G(a_{\lambda})). Posant Gλ=G(aλ)/G(aλ+)G_{\lambda} = G(a_{\lambda})/G(a_{\lambda}^+) pour tout λ>0\lambda > 0, on a gr(G)=⨁λ>0Gλ\mathrm{gr}(G) = \bigoplus_{\lambda > 0} G_{\lambda}. Rappelons (loc. cit., prop. 1) que le commutateur dans G permet de définir un crochet dans gr(G) pour lequel gr(G) est une algèbre de Lie, de la manière suivante: si xˉ∈Gλ\bar{x} \in G_{\lambda} et yˉ∈Gμ\bar{y} \in G_{\mu}, on choisit un représentant xx de xˉ\bar{x} dans G(aλ)G(a_{\lambda}) et un représentant yy de yˉ\bar{y} dans G(aμ)G(a_{\mu}); alors [xˉ,yˉ][\bar{x}, \bar{y}] est la classe de x[−1].y[−1].x.y∈G(aλ+μ)x^{[-1]}.y^{[-1]}.x.y \in G(a_{\lambda+\mu}) dans Gλ+μG_{\lambda+\mu}. D’après la prop. 6, appliquée avec a=aλ,b=aμ,c=aλ+μ,c′=aλ+μ+a = a_{\lambda}, b = a_{\mu}, c = a_{\lambda+\mu}, c' = a_{\lambda+\mu}^+, on voit que [xˉ,yˉ][\bar{x}, \bar{y}] est aussi la classe de [x,y][x, y] dans Gλ+μG_{\lambda+\mu}. Ainsi, lorsqu’on considère G comme une sous-algèbre de Lie de L(G)=KrL(G) = K^r, filtrée par les G(aλ)G(a_{\lambda}), l’algèbre de Lie graduée associée (chap. II, § 4, n° 3) est égale à gr(G).

5. Puissances dans les groupes standard

On conserve les notations du n° 4.

Proposition 8

Soient n∈Zn \in \mathbf{Z}, et hnh_n l’application x↦xnx \mapsto x^n de G dans G. Soit aa un idéal non nul de A contenu dans m, tel que n∉an \notin a. Alors hn∣G(a)h_n|G(a) est un isomorphisme de la variété analytique G(a)G(a) sur la variété analytique G(na)G(na).

Par définition des groupes standards, hnh_n est égal dans tout GG à la somme d'une série entière à coefficients dans ArA^r. D'après le , formule (4), cette série est de la forme

hn(x)=nx+∑∣α∣≥2aαxα. h_n(x) = nx + \sum_{|\alpha| \geq 2} a_\alpha x^\alpha.

Donc, pour x∈Gx \in G, on a

hn(nx)=n2(x+∑∣α∣≥2aαn∣α∣−2xα)=n2S(x) \begin{align*} h_n(nx) &= n^2(x + \sum_{|\alpha| \geq 2} a_\alpha n^{|\alpha|-2} x^\alpha) \\ &= n^2 S(x) \end{align*}

en posant S(x)=x+∑∣α∣≥2aαn∣α∣−2xαS(x) = x + \sum_{|\alpha| \geq 2} a_\alpha n^{|\alpha|-2} x^\alpha. Cette série S(x)S(x) définit une application analytique, que nous noterons encore SS, de GG dans GG. D’après A, IV, § 6, prop. 8, il existe une série entière en rr variables à coefficients dans ArA^r telle que S′(S(X))=S(S′(X))=XS'(S(X)) = S(S'(X)) = X. Donc SS est un isomorphisme de la variété analytique GG sur elle-même, et, pour tout idéal non nul bb de AA contenu dans mm, on a S(G(b))⊂G(b),S′(G(b))⊂G(b)S(G(b)) \subset G(b), S'(G(b)) \subset G(b), donc S(G(b))=G(b)S(G(b)) = G(b). Comme hn(y)=n2S(1ny)h_n(y) = n^2 S\left(\frac{1}{n} y\right) pour y∈nGy \in nG, on voit que hn∣nG(b)h_n|n G(b) est un isomorphisme de la variété analytique nG(b)n G(b) sur la variété analytique n2G(b)n^2 G(b). Or, comme n∉an \notin a, on a ∣n∣>∣λ∣|n| > |\lambda| pour tout λ∈a\lambda \in a, donc n−1a⊂mn^{-1}a \subset m, donc aa est de la forme nbnb où bb est un idéal non nul de AA contenu dans mm.

Corollaire

Si nn est inversible dans AA, hnh_n est un isomorphisme de la variété analytique GG sur elle-même. Pour tout idéal non nul aa de AA contenu dans mm, on a hn(G(a))=G(a)h_n(G(a)) = G(a). Pour tout x∈Gx \in G, on a ω(xn)=ω(x)\omega(x^n) = \omega(x).

Cela résulte aussitôt de la prop. 8.

Proposition 9

Supposons p≠0p \neq 0. (i) Soient a,ba, b des idéaux non nuls de AA tels que b⊂a⊂mb \subset a \subset m. Dans le groupe G(a)/G(b)G(a)/G(b), tout élément admet pour ordre une puissance de pp. (ii) Supposons v(p)=1v(p) = 1. Si x∈Gx \in G est tel que ω(x)>1p−1\omega(x) > \frac{1}{p-1}, on a

ω(xp)=ω(x)+1. \omega(x^p) = \omega(x) + 1.
D’après le § 5, formule (4), on a, pour tout x∈Gx \in G,
xp=px+∑∣α∣≥2cαxα x^p = px + \sum_{|\alpha| \geq 2} c_\alpha x^\alpha
où cα∈Arc_\alpha \in A^r pour tout α\alpha. Même pour prouver (i), on peut supposer v(p)=1v(p) = 1. Alors si ω(x)≥1\omega(x) \geq 1, on en déduit ω(xp)≥ω(x)+1\omega(x^p) \geq \omega(x) + 1, donc ω(xpn)\omega(x^{p^n}) tend vers +∞+\infty quand n tend vers + ∞; cela prouve (i). Comme (pi)\binom{p}{i} est divisible par pp pour 1≤i≤p−11 \leq i \leq p - 1, la prop. 2 du § 5, n° 3, prouve que cα∈pArc_\alpha \in pA^r pour 2≤∣α∣≤p−12 \leq |\alpha| \leq p - 1, donc
ω(cαxα)>ω(px)=ω(x)+1 pour 2≤∣α∣≤p−1. \omega(c_\alpha x^\alpha) > \omega(px) = \omega(x) + 1 \text{ pour } 2 \leq |\alpha| \leq p - 1.
D’autre part, si ∣α∣≥p|\alpha| \geq p, on a ω(cαxα)≥pω(x)\omega(c_\alpha x^\alpha) \geq p \omega(x), et pω(x)>ω(x)+1p \omega(x) > \omega(x) + 1 si ω(x)>1p−1\omega(x) > \frac{1}{p - 1}. Cela prouve (ii).

6. Application logarithme

Lemme 1

On suppose p≠0p \neq 0. Soient GG un groupe de Lie, G1G_1 un sous-groupe ouvert de GG qui soit isomorphe à un groupe standard, et x∈Gx \in G. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) il existe une puissance de xx qui appartient à G1G_1; (ii) il existe une suite strictement croissante (ni)(n_i) d’entiers tels que xnix^{n_i} tende vers ee quand ii tend vers +∞+ \infty. (ii) ⇒\Rightarrow (i): évident. (i) ⇒\Rightarrow (ii): supposons que y=xm∈G1y = x^m \in G_1. D’après la prop. 9 (i) du n° 5, ypny^{p^n} tend vers ee quand nn tend vers +∞+ \infty, autrement dit xmpnx^{mp^n} tend vers ee quand nn tend vers +∞+ \infty.

Proposition 10

On suppose p≠0p \neq 0. Soit GG un groupe de Lie de dimension finie. Soit GfG_f l’ensemble des x∈Gx \in G pour lesquels il existe une suite strictement croissante (ni)(n_i) d’entiers tels que xnix^{n_i} tende vers ee quand ii tend vers +∞+ \infty. (i) GfG_f est ouvert dans GG. (ii) Il existe une application ψ\psi et une seule de GfG_f dans L(G)L(G) possédant les propriétés suivantes: a) ψ(xn)=nψ(x)\psi(x^n) = n \psi(x) pour tout x∈Gfx \in G_f et tout n∈Zn \in \mathbf{Z}; b) il existe un voisinage ouvert VV de ee dans GfG_f tel que ψ∣V\psi|V soit l’application réciproque d’une application exponentielle injective. (iii) L’application ψ\psi est analytique. Il existe un sous-groupe ouvert de GG qui est isomorphe à un groupe standard (n° 3, th. 4). L’assertion (i) résulte alors du lemme 1. Soient UU un sous-groupe ouvert de L(G)L(G), et φ:U→φ(U)\varphi : U \to \varphi(U) une application exponentielle de GG ayant les propriétés de la prop. 3 du n° 2. On peut supposer UU assez petit pour que φ(U)⊂Gf\varphi(U) \subset G_f. Soit x∈Gfx \in G_f. Il existe m∈Z−{0}m \in \mathbf{Z} - \{0\} tel que xm∈φ(U)x^m \in \varphi(U). L’élément 1mφ−1(xm)\frac{1}{m} \varphi^{-1}(x^m) ne dépend pas du choix de mm. En effet, soit m′∈Zm' \in \mathbf{Z} tel que xm′∈φ(U)x^{m'} \in \varphi(U). On a xmm′∈φ(U)x^{mm'} \in \varphi(U), et

m′φ−1(xm)=φ−1(xmm′)=mφ−1(xm′), m' \varphi^{-1}(x^m) = \varphi^{-1}(x^{mm'}) = m \varphi^{-1}(x^{m'}),

d’où notre assertion. Posons ψ(x)=1mφ−1(xm)\psi(x) = \frac{1}{m} \varphi^{-1}(x^m). On a ψ∣φ(U)=φ−1\psi|\varphi(\mathrm{U}) = \varphi^{-1}. D’autre part, si n∈Zn \in \mathbf{Z}, on a

ψ(xn)=1mφ−1(xnm)=nmφ−1(xm)=nψ(x). \psi(x^n) = \frac{1}{m} \varphi^{-1}(x^{nm}) = \frac{n}{m} \varphi^{-1}(x^m) = n \psi(x).
Donc ψ\psi possède les propriétés a) et b) de la proposition. Au voisinage de xx, ψ\psi est composée des applications x↦xm,y↦φ−1(y)x \mapsto x^m, y \mapsto \varphi^{-1}(y) et z↦1mzz \mapsto \frac{1}{m} z; donc ψ\psi est analytique dans GfG_f.

Enfin, soient ψ′\psi' une application de GfG_f dans L(G)\mathrm{L}(G), et V′V' un voisinage de ee dans GfG_f, tels que ψ′(xn)=nψ′(x)\psi'(x^n) = n \psi'(x) pour x∈Gfx \in G_f et n∈Zn \in \mathbf{Z}, et tels que ψ′∣V′\psi'|V' soit l’application réciproque d’une application exponentielle injective. Alors ψ\psi et ψ′\psi' coïncident dans un voisinage WW de ee. Si x∈Gfx \in G_f, il existe n∈Zn \in \mathbf{Z} tel que xn∈Wx^n \in W. Alors

nψ′(x)=ψ′(xn)=ψ(xn)=nψ(x) n \psi'(x) = \psi'(x^n) = \psi(x^n) = n \psi(x)
donc ψ=ψ′\psi = \psi'.

Définition 2

L’application ψ\psi de la prop. 10 s’appelle l’application logarithme de GG, et se note log⁡G\log_G ou simplement log⁡\log.

Proposition 11

Supposons p≠0p \neq 0. Soient x,yx, y deux éléments permutables de GfG_f. On a xy∈Gfxy \in G_f et log⁡(xy)=log⁡x+log⁡y\log(xy) = \log x + \log y.

Le fait que xy∈Gfxy \in G_f résulte du lemme 1. Soient U\mathrm{U} un sous-groupe ouvert du groupe additif L(G)\mathrm{L}(G) et φ:U→φ(U)\varphi : \mathrm{U} \to \varphi(\mathrm{U}) une application exponentielle de GG ayant les propriétés de la prop. 3 du n° 2; on peut supposer U\mathrm{U} assez petit pour que log⁡∣ψ(U)∣\log|\psi(\mathrm{U})| soit l’application réciproque de φ\varphi. Pour n∈Z−{0}n \in \mathbf{Z} - \{0\} bien choisi, on a xn∈φ(U),yn∈φ(U)x^n \in \varphi(\mathrm{U}), y^n \in \varphi(\mathrm{U}). Posons u=log⁡xn,v=log⁡ynu = \log x^n, v = \log y^n, d’où xn=φ(u),yn=φ(v)x^n = \varphi(u), y^n = \varphi(v). D’après la formule (2), on a [u,v]=0[u, v] = 0. La formule de Hausdorff prouve alors que φ(λ(u+v))=φ(λu)φ(λv)\varphi(\lambda(u + v)) = \varphi(\lambda u)\varphi(\lambda v) pour ∣λ∣|\lambda| assez petit; donc, pour tout entier ii assez grand, on a

φ(pi(u+v))=φ(piu)φ(piv) \varphi(p^i(u + v)) = \varphi(p^i u)\varphi(p^i v)
c’est-à-dire
pi(log⁡xn+log⁡yn)=log⁡(xnpiynpi) p^i (\log x^n + \log y^n) = \log(x^{np^i} y^{np^i})
ou
npi(log⁡x+log⁡y)=npilog⁡(xy). np^i (\log x + \log y) = np^i \log(xy).

Proposition 12

Supposons p≠0p \neq 0. Soit x∈Gfx \in G_f. Les conditions suivantes sont équivalentes: (i) log⁡x=0\log x = 0; (ii) xx est d’ordre fini dans GG.

S’il existe un entier n>0n > 0 tel que xn=ex^n = e, on en déduit que

nlog⁡x=log⁡xn=0, n \log x = \log x^n = 0,

d’où log⁡x=0\log x = 0. Si log⁡x=0\log x = 0, soit VV un voisinage de ee dans GfG_f tel que log⁡∣V∣\log|V| soit l’application réciproque d’une application exponentielle injective. Il existe un entier n>0n > 0 tel que xn∈Vx^n \in V; l’égalité log⁡xn=0\log x^n = 0 entraîne xn=ex^n = e.

Proposition 13

Supposons p≠0p \neq 0. Si GG est compact ou standard, on a Gf=GG_f = G.

Si GG est standard, il suffit d’utiliser le lemme 1. Supposons GG compact. Soient x∈Gx \in G et VV un voisinage de ee dans GG. Soit yy une valeur d’adhérence de la suite (xn)n≥0(x^n)_{n \geq 0}. Quel que soit n>0n > 0, il existe deux entiers n1,n2n_1, n_2 tels que n1≥2n2≥nn_1 \geq 2n_2 \geq n et xn1∈y V,xn2∈y Vx^{n_1} \in y\, V, x^{n_2} \in y\, V, d’où xn1−n2∈V−1Vx^{n_1 - n_2} \in V^{-1}V et n1−n2≥nn_1 - n_2 \geq n. Donc x∈Gfx \in G_f.

Corollaire

Supposons KK localement compact. Alors GfG_f est la réunion des sous-groupes compacts de GG.

Soit x∈Gx \in G. Si xx appartient à un sous-groupe compact de GG, on a x∈Gfx \in G_f (prop. 13). Supposons x∈Gfx \in G_f. Comme KK est localement compact, il existe un sous-groupe ouvert G1G_1 de GG qui est compact. Puis il existe un entier m>0m > 0 tel que xm∈G1x^m \in G_1. Le sous-groupe fermé G2G_2 engendré par xmx^m est contenu dans G1G_1, donc compact. Alors xx commute aux éléments de G2G_2, donc G2∪xG2∪⋯∪xm−1G2G_2 \cup xG_2 \cup \cdots \cup x^{m-1}G_2 est un sous-groupe compact de GG, qui contient xx.

Exemple

Supposons KK localement compact. Soit UU l’ensemble des éléments inversibles de AA; c’est un sous-groupe ouvert et compact du groupe de Lie K∗K^*. On a U⊂(K∗)fU \subset (K^*)_f, d’après la prop. 13; d’autre part, si x∈K∗x \in K^* est tel que x∉Ux \notin U, ou bien xnx^n tend vers 0 quand nn tend vers +∞+\infty, ou bien xnx^n tend vers 0 quand nn tend vers −∞-\infty; donc U=(K∗)fU = (K^*)_f. La fonction log⁡K∗\log_{K^*} est définie et analytique dans UU, à valeurs dans L(K∗)=KL(K^*) = K, et telle que log⁡K∗(xy)=log⁡K∗(x)+log⁡K∗(y)\log_{K^*}(xy) = \log_{K^*}(x) + \log_{K^*}(y) quels que soient x,yx, y dans UU; les éléments xx de UU tels que log⁡K∗(x)=0\log_{K^*}(x) = 0 sont les racines de l’unité de KK.

On reprend les notations des nos 3, 4, 5.

Proposition 14

On suppose que p≠0p \neq 0 et que vv est choisie de telle sorte que v(p)=1v(p) = 1. Soient GG un groupe standard, E(X)E(X) (resp. L(X)L(X)) le développement en série entière en 0 d’une application exponentielle de GG (resp. de l’application logarithme de GG).

(i) Le domaine de convergence stricte (VAR, R, 4.1.3) de EE contient l’ensemble Δ\Delta des x∈Gx \in G tels que ω(x)>1p−1\omega(x) > \frac{1}{p-1}. Notons E′E' l’application définie dans Δ\Delta par cette série. Alors E′E' est une application exponentielle de GG, et est un isomorphisme de la variété Δ\Delta sur elle-même.

(ii) Le domaine de convergence stricte de LL contient GG. Notons L′L' l’application définie dans GG par cette série. Alors L′L' est l’application logarithme de GG, et la restriction de L′L' à Δ\Delta est l’application réciproque de E′E'.

(iii) *L’application E′E' est un isomorphisme de Δ\Delta, muni de la loi de Hausdorff, sur le sous-groupe Δ\Delta de GG.

Reprenons les notations du § 5, n°s 3 et 4. On a E=∑m≥1ψm,mm!E = \sum_{m \geq 1} \frac{\psi_{m,m}}{m!} (§ 5, n° 4, prop. 3). Comme les coefficients cαβγc_{\alpha \beta \gamma} appartiennent à AA, on a ∥ψm,m∥≤1\| \psi_{m,m} \| \leq 1 (VAR, R, Appendice ; on suppose K′K' muni de la norme

∥(λ1,…,λr)∥=sup⁡(∣λ1∣,…,∣λr∣). \| (\lambda_1, \ldots, \lambda_r ) \| = \sup ( | \lambda_1 |, \ldots, | \lambda_r | ).
D’après le chap. II, § 8, n° 1, lemme 1, on a v(m!)≤m−1p−1v(m!) \leq \frac{m-1}{p-1}. Si ω(x)>1p−1\omega(x) > \frac{1}{p-1}, on voit que m ω(x)−v(m!)m \, \omega(x) - v(m!) tend vers +∞+ \infty avec mm, d’où
∥ψm,mm!∥∥x∥m≤1∣m!∣∥x∥m \left\| \frac{\psi_{m,m}}{m!} \right\| \| x \|^{m} \leq \frac{1}{|m!|} \| x \|^{m}
qui tend vers 0 quand mm tend vers +∞+ \infty et
ω(ψm,m(x)m!)>mp−1−m−1p−1=1p−1pour m≥1. \omega \left( \frac{\psi_{m,m}(x)}{m!} \right) > \frac{m}{p-1} - \frac{m-1}{p-1} = \frac{1}{p-1} \quad \text{pour } m \geq 1.
Par suite, Δ\Delta est contenu dans le domaine de convergence stricte de EE, et E′(Δ)⊂ΔE'(\Delta) \subset \Delta. Il est clair que E′E' est une application exponentielle.

Si LmL_m désigne la composante homogène de degré mm de LL, la prop. 3 du § 5, n° 4, prouve que chaque coefficient de LmL_m est de la forme a1+12a2+⋯+1mama_1 + \frac{1}{2} a_2 + \cdots + \frac{1}{m} a_m avec a1,a2,…,ama_1, a_2, \ldots, a_m dans AA; or

inf⁡(v(1),v(12),…,v(1m))=O(log⁡m)quand m tend vers +∞ \inf \left( v(1), v\left( \frac{1}{2} \right), \ldots, v\left( \frac{1}{m} \right) \right) = O(\log m) \quad \text{quand } m \text{ tend vers } + \infty
et
inf⁡(v(1),v(12),…,v(1m))≥v(1m!)≥−m−1p−1. \inf \left( v(1), v\left( \frac{1}{2} \right), \ldots, v\left( \frac{1}{m} \right) \right) \geq v\left( \frac{1}{m!} \right) \geq - \frac{m-1}{p-1}.
Par suite, si ω(x)>0\omega(x) > 0, ∥Lm∥⋅∥x∥m\| L_m \| \cdot \| x \|^{m} tend vers 0 quand mm tend vers +∞+ \infty, de sorte que GG est contenu dans le domaine de convergence stricte de LL. D’autre part, si ω(x)>1p−1\omega(x) > \frac{1}{p-1}, on a ω(Lm(x))>mp−1−m−1p−1=1p−1\omega(L_m(x)) > \frac{m}{p-1} - \frac{m-1}{p-1} = \frac{1}{p-1} pour m≥1m \geq 1, donc L′(Δ)⊂ΔL'(\Delta) \subset \Delta.

Comme les séries formelles L(E(X))L(E(X)) et E(L(X))E(L(X)) sont égales à XX, le n° 4.1.5 de VAR, R, prouve que L′(E′(x))=E′(L′(x))=xL'(E'(x)) = E'(L'(x)) = x pour x∈Δx \in \Delta. Donc E′E' est un isomorphisme de la variété Δ\Delta sur elle-même, et l’isomorphisme réciproque est la restriction de L′L' à Δ\Delta.

On a L(X[n])=nL(X)L(X^{[n]}) = nL(X) pour nn entier >0> 0 (cf. § 5, n° 4). Comme GG est contenu dans le domaine de convergence stricte de LL et de X[n]X^{[n]}, on a donc L′(xn)=nL′(x)L'(x^n) = nL'(x) pour tout x∈Gx \in G. La relation L′∣Δ=E′−1L'|_{\Delta} = {E'}^{-1} entraîne que L′(xn)=log⁡xnL'(x^n) = \log x^n pour assez grand. Donc L′(x)=log⁡xL'(x) = \log x. On a ainsi prouvé (i) et (ii).

Soient H=∑r,s≥0Hr,sH = \sum_{r,s \geq 0} H_{r,s} la série formelle de Hausdorff, et hh la fonction de

Hausdorff, relatives à L(G)L(G). Le domaine de convergence strict de H~\tilde{H} contient Δ×Δ\Delta \times \Delta, et hh est définie dans Δ×Δ\Delta \times \Delta (chap. II, § 8, prop. 2). On a

E′(x)E′(y)=E′(h(x,y)) E'(x)E'(y) = E'(h(x, y))
pour x,yx, y assez voisins de 0 (§4§ 4, th. 4 (v)). Donc, avec les notations du n° 3, déf. 1, les séries formelles F(E(X),E(Y))F(E(X), E(Y)) et E(H(X,Y))E(H(X, Y)) sont égales. Soient x,yx, y dans Δ\Delta. On a
sup⁡m∥ψm,mm!∥(sup⁡(∥x∥,∥y∥))m<1 \sup_m \left\| \frac{\psi_{m,m}}{m!} \right\| (\sup (\|x\|, \|y\|))^m < 1
sup⁡r,s∥Hr,s∥∥x∥r∥y∥s<∣p∣1/(p−1) \sup_{r,s} \|H_{r,s}\| \|x\|^r \|y\|^s < |p|^{1/(p-1)}
d’après le chap. II, § 8, formule (14). D’après VAR, R, 4.1.5, E′(x)E′(y)E'(x)E'(y) s’obtient en substituant xx à XX et yy à YY dans F(E(X),E(Y))F(E(X), E(Y)), et E′(h(x,y))E'(h(x, y)) s’obtient en substituant xx à XX et yy à YY dans E(H(X,Y))E(H(X, Y)). Donc E′(x)E′(y)=E′(h(x,y))E'(x)E'(y) = E'(h(x, y)).

Exercices

See the exercises for § 7.

Transcribed from the printed volume. Not translated.