Bourbaki

Exercice 6, § 7

Groupes et algèbres de Lie, III

Bourbaki marks this one as harder than the rest.

Dans cet exercice, ll désigne un nombre premier ≠2\neq 2. Si aa est un entier ≠0\neq 0, on note vl(a)v_l(a) la valuation ll-adique de aa, i.e. le plus grand entier ee tel que a≡0(modle)a \equiv 0 \pmod{l^e}.

a) Soit mm un entier ⩾1\geqslant 1. On pose

ε(l,m)=0si m≢0(mod(l−1)) \varepsilon(l, m) = 0 \quad \text{si } m \not\equiv 0 \pmod{(l - 1)}
ε(l,m)=vl(ml−1)+1si m≡0(mod(l−1)). \varepsilon(l, m) = v_l\left(\frac{m}{l - 1}\right) + 1 \quad \text{si } m \equiv 0 \pmod{(l - 1)}.

Montrer que, si xx est un entier premier à ll, on a

vl(xm−1)⩾ε(l,m) v_l(x^m - 1) \geqslant \varepsilon(l, m)
et qu’il y a égalité si l’image de xx dans le groupe cyclique (Z/l2Z)∗(\mathbf{Z}/l^2\mathbf{Z})^* est un générateur de ce groupe.

b) Soit nn un entier ⩾1\geqslant 1. On pose

r(l,n)=∑m=1nε(l,m). r(l, n) = \sum_{m=1}^n \varepsilon(l, m).

Montrer que

r(l,n)=⌊nl−1⌋+⌊nl(l−1)⌋+⌊nl2(l−1)⌋+⋯ r(l, n) = \left\lfloor \frac{n}{l - 1} \right\rfloor + \left\lfloor \frac{n}{l(l - 1)} \right\rfloor + \left\lfloor \frac{n}{l^2(l - 1)} \right\rfloor + \cdots
où le symbole [α][\alpha] désigne la partie entière du nombre réel α\alpha.

Montrer que, si xx est un entier premier à ll, on a

vl((xn−1)(xn−1−1)…(x−1))⩾r(l,n) v_l((x^n - 1)(x^{n-1} - 1)\ldots(x - 1)) \geqslant r(l, n)
et qu’il y a égalité si l’image de xx dans (Z/l2Z)∗(\mathbf{Z}/l^2\mathbf{Z})^* est un générateur de ce groupe.

c) Les notations étant celles de l’exerc. 5 c), montrer que lr(l,n)l^{r(l,n)} est la plus grande puissance de ll qui divise tous les an(p)a_n(p), pour pp premier ≠l\neq l (ou pour tout pp assez grand, cela revient au même). (Utiliser b), appliqué à x=px = p; choisir ensuite pp tel que son image dans (Z/l2Z)∗(\mathbf{Z}/l^2\mathbf{Z})^* soit un générateur de ce groupe, ce qui est possible d’après le théorème de la progression arithmétique.1^1

d) Soit Γ\Gamma un sous-groupe fini de GL(n,Q)\mathbf{GL}(n, \mathbf{Q}), et soit lel^e la plus grande puissance de ll divisant l’ordre de Γ\Gamma. Montrer que l’on a e⩽r(l,n)e \leqslant r(l, n). (Utiliser l’exerc. 5 pour prouver que lel^e divise tous les an(p)a_n(p), puis appliquer c) ci-dessus.)

e) Inversement, montrer qu’il existe un ll-sous-groupe fini Γl,n\Gamma_{l,n} de GL(n,Q)\mathbf{GL}(n, \mathbf{Q}) dont l’ordre est lr(l,n)l^{r(l,n)}. (Se ramener au cas où nn est de la forme la(l−1)l^a(l - 1), avec a⩾0a \geqslant 0. Décomposer Qn\mathbf{Q}^n en somme de lal^a copies de Ql−1\mathbf{Q}^{l-1}, et utiliser cette décomposition pour faire opérer sur Qn\mathbf{Q}^n le produit semi-direct Hl,n\mathrm{H}_{l,n} du groupe symétrique Sla\mathfrak{S}_{l^a} et du groupe (Z/lZ)la(\mathbf{Z}/l\mathbf{Z})^{l^a}. Prendre pour Γl,n\Gamma_{l,n} un ll-groupe de Sylow de Hl,n\mathrm{H}_{l,n}.)

Montrer que, si nn est pair, Γl,n\Gamma_{l,n} est contenu dans un conjugué du groupe symplectique Sp(n,Z)\mathbf{Sp}(n, \mathbf{Z}).

f) Soit Γ\Gamma un sous-groupe fini de GL(n,Q)\mathbf{GL}(n, \mathbf{Q}) qui soit un ll-groupe. Montrer que Γ\Gamma est conjugué d’un sous-groupe de Γl,n\Gamma_{l,n}. (Montrer d’abord, en utilisant une réduction modulo pp convenable, que la réduction de Γ\Gamma est un sous-groupe fini de la réduction d’un conjugué de Γl,n\Gamma_{l,n}; puis utiliser le caractère de la représentation de Γ\Gamma dans Qn\mathbf{Q}^n.) En particulier, tout sous-groupe de GL(n,Q)\mathbf{GL}(n, \mathbf{Q}) d’ordre lr(l,n)l^{r(l,n)} est conjugué de Γl,n\Gamma_{l,n}

1 Pour une démonstration de ce théorème, voir par exemple A. SELBERG, Ann. of Math., t. L (1949), p. 297–304.

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