Bourbaki

Exercice 16, § 1

Groupes et algèbres de Lie, IV

Soit (W,S)(W, S) un système de Coxeter. Pour s∈Ss \in S, on désigne par W(s)W^{(s)} le sous-groupe WS−{s}W_{S-\{s\}} de WW, par AA l’ensemble des parties de WW de la forme wW(s)wW^{(s)} pour w∈Ww \in W et s∈Ss \in S, et par G\mathfrak{G} l’ensemble des parties de AA de la forme Cw={wW(s)∣s∈S}C_w = \{wW^{(s)}|s \in S\} pour w∈Ww \in W, qu’on appelle chambres de AA (exerc. 15).

a) Montrer que l’application w↦Cww \mapsto C_w est une bijection de WW sur G\mathfrak{G}.

b) Montrer que pour que deux chambres distinctes CwC_w et Cw′C_{w'} soient mitoyennes, il faut et il suffit qu’il existe s∈Ss \in S tel que w′=wsw' = ws. En déduire que AA (muni de G\mathfrak{G}) est un appartement (exerc. 15), qu’on appelle l’appartement de (W,S)(W, S). Montrer que la longueur d’une galerie minimale d’extrémités CwC_w et Cw′C_{w'} est égale à ls(w−1w′)l_s(w^{-1}w').

c) Soit F\mathfrak{F} l’ensemble des facettes de AA et soit F∈FF \in \mathfrak{F}. Montrer qu’il existe une partie XX et une seule de SS et un élément w∈Ww \in W tels que wWX=⋂i∈FiwW_X = \bigcap_{i \in F} i. On dit alors que FF est de type XX. Montrer que FF est de codimension égale au cardinal de XX. Montrer que l’application j:F↦⋂i∈Fij : F \mapsto \bigcap_{i \in F} i est une bijection strictement décroissante (pour l’inclusion) de F\mathfrak{F} sur l’ensemble des parties de WW de la forme wWXwW_X pour w∈Ww \in W et X⊂SX \subset S. Montrer que toute facette de type XX contient une facette de type YY et une seule pour tout YY tel que X⊂Y⊂SX \subset Y \subset S.

d) On fait opérer WW sur AA grâce aux translations à gauche et on pose C=CeC = C_e. Montrer que WW opère de manière simplement transitive sur G(∗)\mathfrak{G} (*). Soient C1,…,CnC_1, \ldots, C_n des chambres de AA. Montrer que les conditions suivantes sont équivalentes :

(i) la suite Γ=(C0=C,C1,…,Cn)\Gamma = (C_0 = C, C_1, \ldots, C_n) est une galerie injective;

(ii) il existe une suite s=(s1,…,sn)s = (s_1, \ldots, s_n) d’éléments de SS telle que Cj=tj(Cj−1)C_j = t_j(C_{j-1}) pour 1≤j≤n1 \leq j \leq n, où tjt_j est l’élément de Φ(s)\Phi(s) défini au n° 4, formule (11).

Montrer que si ces conditions sont satisfaites, la suite ss est unique et que Cn=s1…sn(C)C_n = s_1 \ldots s_n(C). Montrer que la galerie Γ\Gamma est minimale si et seulement si la suite s(Γ)=ss(\Gamma) = s est une décomposition réduite de w=s1…snw = s_1 \ldots s_n.

e) Soit TT la réunion des conjugués de SS. Pour t∈Tt \in T, on désigne par LtL_t et on appelle mur défini par tt l’ensemble des points de AA invariants par tt. Montrer que LtL_t est réunion de cloisons et que, pour qu’une cloison FF soit contenue dans LtL_t, il faut et il suffit que j(F)j(F) soit de la forme wW{s}wW_{\{s\}} avec t=wsw−1t = wsw^{-1}. En déduire que, pour toute cloison FF, il existe un élément t=t(F)∈Tt = t(F) \in T et un seul tel que F⊂LtF \subset L_t : on dit que LtL_t est le support de FF.

Montrer que si w(Lt)=Ltw(L_t) = L_t (pour w∈Ww \in W), on a w=1w = 1 ou w=tw = t.

f) Soient w′,w′′∈Ww', w'' \in W. Posons C′=w′(C),C′′=w′′(C)C' = w'(C), C'' = w''(C) et soit Γ=(C0=C′,C1,…,Cn=C′′)\Gamma = (C_0 = C', C_1, \ldots, C_n = C'') une galerie injective d’extrémités C′C' et C′′C''. Soit tjt_j l’élément de TT définissant le mur support de la cloison Cj∩Cj−1C_j \cap C_{j-1} (pour 1≤j≤n1 \leq j \leq n). Montrer que la suite Ψ(Γ)=(w′−1tjw′)1≤j≤n\Psi(\Gamma) = ({w'}^{-1}t_jw')_{1 \leq j \leq n} coïncide avec la suite Φ(s(w′−1(Γ)))\Phi(s({w'}^{-1}(\Gamma))). Pour t∈Tt \in T, soit n(Γ,t)n(\Gamma, t) le nombre de fois que w′−1tw′{w'}^{-1}tw' intervient dans Ψ(Γ)\Psi(\Gamma). Déduire du lemme 1 du n° 4 que le nombre (−1)n(Γ,t)(-1)^{n(\Gamma, t)} ne dépend que de C′C' et C′′C'' et non de Γ\Gamma : on le notera η(C′,C′′,t)\eta(C', C'', t). Montrer que la relation η(C′,C′′,t)=1\eta(C', C'', t) = 1 est une relation d’équivalence entre C′C' et C′′C'', admettant deux classes d’équivalences permutées par tt. On désignera par G+(t)\mathfrak{G}^+(t) celle de ces deux classes qui contient CC et par G−(t)\mathfrak{G}^-(t) l’autre.

Montrer que, pour w∈Ww \in W et s∈Ss \in S, la chambre w(C)w(C) appartient à G+(s)\mathfrak{G}^+(s) si et seulement si l(sw)>l(w)l(sw) > l(w).

(*) Soient HH un groupe et EE un ensemble où opère HH. On dit que HH opère de manière simplement transitive sur EE si l’application h↦h.xh \mapsto h.x est une bijection de HH sur EE pour tout x∈Ex \in E; on dit encore que EE est un ensemble homogène principal sous HH.

g) Soit A+(t)A^+(t) (resp. A−(t)A^-(t)) la réunion des chambres appartenant à S+(t)\mathfrak{S}^+(t) (resp. S−(t)\mathfrak{S}^-(t)) (pour t∈Tt \in T). Montrer que A+(t)∩A−(t)=LtA^+(t) \cap A^-(t) = L_t. (Pour montrer que A+(t)∩A−(t)⊂LtA^+(t) \cap A^-(t) \subset L_t, on se ramènera au cas t∈St \in S. Si a∈A+(t)∩A−(t)a \in A^+(t) \cap A^-(t), on posera a=wW(s)a = w W^{(s)}, avec s∈Ss \in S et ww étant (∅,S−{s}\varnothing, S - \{ s \})-réduit (exerc. 3). Si w(C)∈S−(t)w(C) \in \mathfrak{S}^-(t), on a l(tw)<l(w)l(tw) < l(w) et w=ts1…sqw = ts_1 \ldots s_q avec sj∈Ss_j \in S et l(w)=q+1l(w) = q + 1. Comme a∈A−(t)a \in A^-(t), il existe x∈W(s)x \in W^{(s)} tel que wx(C)∈S+(t)wx(C) \in \mathfrak{S}^+(t); on a alors

l(twx)=1+l(wx)=1+l(w)+l(x); l(twx) = 1 + l(wx) = 1 + l(w) + l(x);

mais twx=s1…sqxtwx = s_1 \ldots s_q x, d’où une contradiction. On a donc w(C)∈S+(t)w(C) \in \mathfrak{S}^+(t) et l(tw)=1+l(w)l(tw) = 1 + l(w); si x∈W(s)x \in W^{(s)} est tel que l(twx)<l(wx)l(twx) < l(wx), on déduit de l’exerc. 1 que twx=wx′twx = wx' avec x′∈W(s)x' \in W^{(s)}, d’où ta=ata = a et a∈Lta \in L_t.

Les sous-ensembles A+(t)A^+(t) et A−(t)A^-(t) seront appelés les moitiés de AA déterminées par le mur LtL_t. On dira que deux points de AA sont du même côté (resp. strictement de part et d’autre) de LtL_t s’ils appartiennent (resp. n’appartiennent pas tous deux) à l’une de ces moitiés. Toute facette est contenue dans l’une des moitiés déterminées par LtL_t. Si deux facettes sont contenues dans des moitiés différentes, on dira qu’elles sont de part et d’autre de LtL_t, ou encore que LtL_t les sépare.

h) Soit w∈Ww \in W. Montrer que l(w)l(w) est égal au nombre de murs séparant les chambres CC et w(C)w(C).

i) Montrer que l’application φ\varphi qui à la moitié A+(t)A^+(t) (resp. A−(t)A^-(t)) fait correspondre le couple (1,t)(1, t) (resp. (−1,t)(-1, t)) est une bijection de l’ensemble M\mathfrak{M} des moitiés de AA sur l’ensemble R={1,−1}×TR = \{ 1, -1 \} \times T (cf. n° 4). Reprenons les notations du lemme 1 du n° 4 : montrer que φ(w(M))=Uw(φ(M))\varphi(w(\mathfrak{M})) = U_w(\varphi(\mathfrak{M})) quels que soient w∈Ww \in W et M∈MM \in \mathfrak{M}.

Solution

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Transcrit du volume imprimé. Non traduit.