Bourbaki

Exercice 3, § 2

Groupes et algèbres de Lie, IV

Soient G un groupe, B un sous-groupe de G et (C(w))_{w∈W} la famille des doubles classes de G suivant B. On dit que B est un sous-groupe de Tits de G s’il existe un sous-ensemble S de W tel que les conditions suivantes soient vérifiées : (1) la réunion des C(s) pour s ∈ S engendre G ; (2) pour tout s ∈ S, l’ensemble B ∪ C(s) est un sous-groupe de G et B est d’indice ≥ 3 dans B ∪ C(s) ; (3) pour tout s ∈ S et tout w ∈ W, il existe un élément w′ ∈ W tel que C(s).C(w) ⊂ C(w) ∪ C(w′). On suppose désormais que B est un sous-groupe de Tits de G et on se donne une partie S de W satisfaisant aux conditions (1), (2) et (3).

a) Montrer que C(s)^{-1} = C(s) et que C(s).C(s) = B ∪ C(s) pour tout s ∈ S. Montrer que, pour tout s ∈ S et tout w ∈ W, il existe un élément w'' ∈ W tel que C(w).C(s) ⊂ C(w) ∪ C(w'').

b) Pour w ∈ W, on appelle longueur de w et on note l(w) la borne inférieure des entiers n ≥ 0 tels qu’il existe s_1, ..., s_n ∈ S avec C(w) ⊂ C(s_1) ... C(s_n). Montrer que l(w) est fini pour tout w ∈ W.

Soient u, v ∈ W avec l(u) < l(v) et soit s ∈ S; montrer que si C(v) ⊂ C(u).C(s) (resp. C(v) ⊂ C(s).C(u)), alors on a C(v) = C(u).C(s) (resp. C(v) = C(s).C(u)) (on raisonnera par récurrence sur la longueur de u. Si C(v) ≠ C(u).C(s), on a C(u).C(s) = C(u) ∪ C(v). En utilisant l’hypothèse de récurrence, on montrera qu’il existe t ∈ S et w ∈ W tels que

C(u)=C(t).C(w)avecl(w)=l(u)−1. C(u) = C(t).C(w) \quad \text{avec} \quad l(w) = l(u) - 1.
Des relations C(v) ⊂ C(u).C(s) = C(t).C(w).C(s) et C(t).C(w) = C(u) ≠ C(v), on déduira l’existence d’un élément w′ ≠ w tel que C(w′) ⊂ C(w).C(s) et C(v) ⊂ C(t).C(w′), d’où l(w′) ≥ l(v) − 1 > l(u) − 1 = l(w). L’hypothèse de récurrence entraîne alors
C(w′)=C(w).C(s). C(w′) = C(w).C(s).
De plus, on a :
C(t).C(u).C(s)=C(t).C(t).C(w).C(s)=C(t).C(w).C(s)∪C(w).C(s)=C(u).C(s)∪C(w′)=C(u)∪C(v)∪C(w′) \begin{align*} C(t).C(u).C(s) &= C(t).C(t).C(w).C(s) = C(t).C(w).C(s) \cup C(w).C(s) \\ &= C(u).C(s) \cup C(w′) = C(u) \cup C(v) \cup C(w′) \end{align*}
et aussi
C(t).C(u).C(s)=C(t).(C(u)∪C(v))⊃C(t).C(t).C(w)⊃C(w) C(t).C(u).C(s) = C(t).(C(u) \cup C(v)) \supset C(t).C(t).C(w) \supset C(w)
d’où une contradiction puisque w ≠ u, v, w′.

c) Montrer que pour tout w ∈ W et tout s ∈ S, il existe un élément et un seul noté s.w (resp. w \* s) distinct de w tel que

C(s.w)⊂C(s).C(w)⊂C(w)∪C(s.w) C(s.w) \subset C(s).C(w) \subset C(w) \cup C(s.w)
(resp. C(w∗s)⊂C(w).C(s)⊂C(w)∪C(w∗s)C(w * s) \subset C(w).C(s) \subset C(w) \cup C(w * s)).

(On montrera par récurrence sur l(w) que C(s).C(w) ≠ C(w). Pour cela, on écrira

C(w)=C(u).C(t) C(w) = C(u).C(t)
)

avec t∈S, u∈Wt \in S,\ u \in W et l(w)=l(u)+1l(w) = l(u) + 1. Si C(s).C(w)=C(w)C(s) . C(w) = C(w), on a

C(s).C(u).C(t)=C(u).C(t) C(s) . C(u) . C(t) = C(u) . C(t)

et en multipliant à droite par C(t)C(t), on en tire C(u)∪C(w)=C(s).C(u)∪C(w)C(u) \cup C(w) = C(s) . C(u) \cup C(w). Comme C(u)≠C(s).C(u)C(u) \neq C(s) . C(u) par l’hypothèse de récurrence, on a, d’après bb,

C(s).C(u)=C(w), C(s) . C(u) = C(w),

d’où

C(u)⊂C(s).C(s).C(u)=C(s).C(w)=C(w) C(u) \subset C(s) . C(s) . C(u) = C(s) . C(w) = C(w)

ce qui est absurde).

dd ) Soit s∈Ss \in S. Montrer que l’application ps:w↦s.wp_s : w \mapsto s.w (resp. qs:w↦w∗sq_s : w \mapsto w * s) est une permutation de WW et que ps2=Idp_s^2 = \mathrm{Id} (resp. qs2=Idq_s^2 = \mathrm{Id}). Montrer que, pour s,t∈Ss, t \in S, on a ps∘qt=qt∘psp_s \circ q_t = q_t \circ p_s (on étudiera le produit C(s).C(w).C(t)C(s) . C(w) . C(t) pour w∈Ww \in W et on montrera que (s.w)∗t∈{w,s.w,w∗t,s.(w∗t)}(s.w) * t \in \{w, s.w, w * t, s.(w * t)\}; on montrera que (s.w)∗t∉{s.w,w∗t}(s.w) * t \notin \{s.w, w * t\} et que si (s.w)∗t=w(s.w) * t = w, on a s.w=w∗ts.w = w * t et w=s.(w∗t)w = s.(w * t)).

ee ) Montrer que le groupe de permutations PP (resp. QQ) engendré par les psp_s (resp. qsq_s) pour s∈Ss \in S, opère de manière simplement transitive sur WW (pour montrer que PP est transitif, on utilisera (2) et on raisonnera comme au lemme 1 du n° 1; pour montrer que PP est simplement transitif, on utilisera dd). En déduire qu’il existe sur WW une structure de groupe et une seule telle que l’application p↦p(e)p \mapsto p(e) (où ee désigne l’élément de WW tel que B=C(e)B = C(e)) soit un isomorphisme de PP sur WW. L’application q↦q(e)q \mapsto q(e) est alors aussi un isomorphisme; on a s.w=w∗s=sws.w = w * s = sw pour tout s∈Ss \in S et tout w∈Ww \in W et C(w)−1=C(w−1)C(w)^{-1} = C(w^{-1}).

ff ) Montrer que le couple (W,S)(W, S) est un système de Coxeter et généraliser les résultats du n° 4.

gg ) Soient XX une partie de SS et WXW_X le sous-groupe de WW engendré par XX. Montrer que l’ensemble GXG_X réunion des C(w)C(w) pour w∈WXw \in W_X est un sous-groupe de GG et que le th. 3 du n° 5 est encore vrai. Montrer que BB est un sous-groupe de Tits de GXG_X. Généraliser les prop. 2 et 3 du n° 5, la déf. 2, la prop. 4 et le th. 4 du n° 6. Montrer que SS est l’ensemble des w∈Ww \in W tels que B∪C(w)B \cup C(w) soit un sous-groupe de GG distinct de BB. Le système de Coxeter (W,S)(W, S) et le groupe WW (qu’on appelle groupe de Weyl de (G,B)(G, B)) ne dépendent donc que de (G,B)(G, B).

hh ) Soit NN un sous-groupe de GG tel que B∩NB \cap N soit distingué dans NN et que toute double classe C(w)C(w) suivant BB rencontre NN suivant une classe modulo B∩NB \cap N. Montrer que le groupe N/(B∩N)N/(B \cap N) s’identifie à WW et que (G,N,B,S)(G, N, B, S) est un système de Tits.

Solution

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