Bourbaki

§ 5. Fonctions numériques

1. Fonctions numériques

Définition 1

Les applications d’un ensemble EE dans la droite numérique sont appelées fonctions numériques (ou fonctions réelles) définies dans EE.

Par un abus de langage analogue à celui signalé dans IV, p. 14, nous appellerons fonctions numériques définies dans EE, dans ce paragraphe et dans le suivant, les applications de EE dans R‾\overline{\mathbf{R}}; les applications de EE dans R\mathbf{R} seront appelées fonctions numériques finies.

Si ff et gg sont deux fonctions numériques définies dans EE, la relation f≤gf \leq g est par définition équivalente à « quel que soit x∈E,f(x)≤g(x)x \in E, f(x) \leq g(x) »; cette relation est une relation d’ordre dans l’ensemble R‾E\overline{\mathbf{R}}^E des fonctions numériques définies dans EE. En outre, R‾E\overline{\mathbf{R}}^E, ordonné par cette relation, est un ensemble réticulé ; en effet, si ff et gg sont deux fonctions numériques, la fonction numérique hh telle que, pour tout x∈E,h(x)=sup⁡(f(x),g(x))x \in E, h(x) = \sup(f(x), g(x)), est la plus petite des fonctions numériques qui sont à la fois ≥f\geq f et ≥g\geq g; conformément aux notations générales, on désignera cette fonction (qui est la borne supérieure de ff et gg dans R‾E\overline{\mathbf{R}}^E) par la notation sup⁡(f,g)\sup(f, g); de même, la fonction numérique égale à inf⁡(f(x),g(x))\inf(f(x), g(x)) pour tout x∈Ex \in E, sera notée inf⁡(f,g)\inf(f, g).

On remarquera que sup⁡(f,g)\sup(f, g) est l’application composée de l’application (u,v)↦sup⁡(u,v)(u, v) \mapsto \sup(u, v) de R‾×R‾\overline{\mathbf{R}} \times \overline{\mathbf{R}} dans R‾\overline{\mathbf{R}}, et de l’application x↦(f(x),g(x))x \mapsto (f(x), g(x)) de EE dans R‾×R‾\overline{\mathbf{R}} \times \overline{\mathbf{R}}. On a une propriété analogue pour inf⁡(f,g)\inf(f, g).

Une fonction numérique ff définie dans un ensemble EE est dite majorée (resp. minorée) dans EE, si f(E)f(E) est une partie majorée de A′′=(−∞,+∞[A'' = (-\infty, +\infty[ (resp. une partie minorée de A′=]−∞,+∞[A' = ]-\infty, +\infty[); ff est dite bornée dans EE si elle est à la fois majorée et minorée, c’est-à-dire si f(E)f(E) est une partie bornée de R\mathbf{R} (rappelons que toute partie de R‾\overline{\mathbf{R}} est bornée).

Toute fonction bornée est donc finie ; la réciproque est inexacte comme le montre l’exemple de la fonction 1/x1/x dans R+∗=]0,+∞[\mathbf{R}_+^* = ]0, +\infty[.

2. Fonctions numériques définies dans un ensemble filtré

Proposition 1

Soient ff et gg deux fonctions numériques, définies dans un ensemble EE, filtré par un filtre F\mathfrak{F}. Si lim⁡Ff\lim_{\mathfrak{F}} f et lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} g existent, et si, pour toute partie A∈FA \in \mathfrak{F}, il existe x∈Ax \in A tel que f(x)≤g(x)f(x) \leq g(x), on a lim⁡Ff≤lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} f \leq \lim_{\mathfrak{F}} g.

Pour établir cette proposition, nous démontrerons l’énoncé suivant, qui lui est équivalent:

Proposition 2

Soient ff et gg deux fonctions numériques, définies dans un ensemble EE, filtré par un filtre F\mathfrak{F}. Si lim⁡Ff\lim_{\mathfrak{F}} f et lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} g existent, et si lim⁡Ff>lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} f > \lim_{\mathfrak{F}} g, il existe un ensemble A∈FA \in \mathfrak{F} tel que, pour tout x∈Ax \in A, f(x)>g(x)f(x) > g(x).

Posons a=lim⁡Ffa = \lim_{\mathfrak{F}} f, b=lim⁡Fgb = \lim_{\mathfrak{F}} g, et soit cc tel que b<c<ab < c < a. L’intervalle ]c,+∞]]c, +\infty] de R\mathbf{R} (resp. (−∞,c[)(-\infty, c[)) est un voisinage de aa (resp. bb); il existe donc un ensemble M∈FM \in \mathfrak{F} (resp. un ensemble N∈FN \in \mathfrak{F}) tel que f(x)>cf(x) > c pour tout x∈Mx \in M (resp. g(x)<cg(x) < c pour tout x∈Nx \in N); l’ensemble A=M∩NA = M \cap N appartient à F\mathfrak{F} et on a f(x)>c>g(x)f(x) > c > g(x) pour tout x∈Ax \in A.

De la prop. 1, on déduit, comme cas particulier, le théorème suivant:

Théorème 1 (principe de prolongement des inégalités)

Soient f,gf, g deux fonctions numériques, définies dans un ensemble EE, filtré par un filtre F\mathfrak{F}. Si lim⁡Ff\lim_{\mathfrak{F}} f et lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} g existent, et si f≤gf \leq g, on a aussi lim⁡Ff≤lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} f \leq \lim_{\mathfrak{F}} g.

Remarque

Si on a en particulier f(x)<g(x)f(x) < g(x) pour tout x∈Ex \in E (ou seulement pour tous les points d’un ensemble du filtre F\mathfrak{F}), on peut en conclure, d’après le th. 1, que lim⁡Ff≤lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} f \leq \lim_{\mathfrak{F}} g; mais il ne faudrait pas croire qu’on puisse en déduire l’inégalité plus précise lim⁡Ff<lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} f < \lim_{\mathfrak{F}} g. Par exemple, si on prend pour EE l’ensemble N\mathbf{N} des entiers naturels, filtré par le filtre de Fréchet, et si f(n)=0,g(n)=1/nf(n) = 0, g(n) = 1/n, on a f(n)<g(n)f(n) < g(n) quel que soit nn, mais lim⁡n→∞f(n)=lim⁡n→∞g(n)=0\lim_{n \to \infty} f(n) = \lim_{n \to \infty} g(n) = 0.

D’une manière plus imagée, on peut dire qu’on perd en précision lorsqu’on passe à la limite dans une inégalité stricte.

Théorème 2 (théorème de la limite monotone)

Soient EE un ensemble ordonné, AA une partie de EE filtrante à droite.\footnote{Cet énoncé suppose implicitement que la relation d’ordre dans EE est notée x≤yx \leq y. Si cette relation est notée x(σ)yx(\sigma)y, où (σ)(\sigma) est un certain signe ou groupe de signes caractéristique de la relation envisagée, il faut remplacer, dans l’énoncé, les mots « filtrante à droite » par « filtrante pour la relation (σ)(\sigma) ».} Toute fonction numérique monotone ff définie dans AA possède une limite suivant AA (I, p. 49); si ff est croissante (resp. décroissante), cette limite est égale à la borne supérieure (resp. inférieure) de l’ensemble f(A)⊂R‾f(A) \subset \overline{\mathbf{R}}.

Supposons par exemple que ff soit croissante, et soit a=sup⁡f(A)a = \sup f(A). Si a=−∞a = -\infty, le théorème est trivial. Si a>−∞a > -\infty, pour tout b<ab < a, il existe x∈Ax \in A tel que b<f(x)≤ab < f(x) \leq a; donc, si SxS_x est la section de AA relative à xx (ensemble des y≥xy \geq x, cf. I, p. 38), f(Sx)f(S_x) est contenu dans le voisinage ]b,+∞]]b, +\infty] de aa, d’où le théorème. Démonstration analogue lorsque ff est décroissante.

Corollaire

Pour qu’une fonction numérique croissante (resp. décroissante), définie dans une partie filtrante AA d’un ensemble ordonné EE, ait une limite finie suivant AA, il faut et il suffit qu’elle soit majorée (resp. minorée) dans AA.

Si on applique le th. 2 au cas où A=E=NA = E = \mathbf{N} (ordonné par la relation ⩽\leqslant), on a la proposition suivante: Proposition 3. — Toute suite monotone de nombres réels a une limite dans R‾\overline{\mathbf{R}}.

En particulier, toute suite croissante (resp. décroissante) de nombres finis converge vers un nombre réel fini si elle est majorée (resp. minorée), vers +∞+\infty (resp. −∞-\infty) dans le cas contraire. Par exemple, la suite des entiers positifs converge vers +∞+\infty.

C’est ce fait qui est à l’origine de la notation lim⁡n→∞un\lim_{n \to \infty} u_n pour désigner la limite d’une suite (I, p. 48).

De même, toute suite d’entiers (pn)(p_n) strictement croissante converge vers +∞+\infty, car on voit, par récurrence, que pn⩾p0+np_n \geqslant p_0 + n quel que soit nn.

3. Limites à droite et à gauche d’une fonction d’une variable réelle

Soit AA une partie non vide de R‾\overline{\mathbf{R}}, et a≠−∞a \neq -\infty un point de R‾\overline{\mathbf{R}} adhérent à l’ensemble B=A∩(−∞,a[B = A \cap (-\infty, a[. L’ensemble BB est filtrant pour la relation ⩽\leqslant, et son filtre des sections F\mathfrak{F} est identique à la trace sur BB du filtre des voisinages de aa dans R‾\overline{\mathbf{R}}.

Définition 2

Soit ff une fonction définie dans la partie AA de R‾\overline{\mathbf{R}}, à valeurs dans un espace topologique EE. Une limite de ff suivant le filtre F\mathfrak{F}, si elle existe, s’appelle limite à gauche de ff au point aa, relativement à AA, et se note lim⁡x→a,x<a,x∈Af(x)\lim_{x \to a, x < a, x \in A} f(x), ou f(a−)f(a-) lorsque EE est séparé.

On définit de même, lorsque a≠+∞a \neq +\infty est adhérent à l’ensemble A∩]a,+∞]A \cap ]a, +\infty], une limite à droite (si elle existe) de ff au point aa qu’on note lim⁡x→a,x>a,x∈Af(x)\lim_{x \to a, x > a, x \in A} f(x), ou f(a+)f(a+) lorsque EE est séparé.

Le th. 2 de IV, p. 18 entraîne immédiatement la proposition suivante: Proposition 4. — Soient AA une partie de R‾\overline{\mathbf{R}}, a≠−∞a \neq -\infty un point adhérent à l’intersection A∩(−∞,a[A \cap (-\infty, a[; si ff est une fonction numérique monotone définie dans AA, elle a une limite à gauche f(a−)f(a-) au point aa, relativement à AA.

4. Bornes d’une fonction numérique

Définition 3

Soit ff une fonction numérique définie dans un ensemble EE; on appelle borne supérieure (resp. borne inférieure) de ff dans une partie non vide AA de EE, et on note sup⁡x∈Af(x)\sup_{x \in A} f(x) (resp. inf⁡x∈Af(x)\inf_{x \in A} f(x)) la borne supérieure (resp. borne inférieure) dans R‾\overline{\mathbf{R}} de l’ensemble f(A)f(A).

En particulier, si AA est une partie non vide de R‾\overline{\mathbf{R}}, on a

sup⁡A=sup⁡x∈Ax. \sup A = \sup_{x \in A} x.
(1)

Il est souvent plus commode d’utiliser la notation du second membre pour désigner la borne supérieure de A.

Le nombre a=sup⁡x∈Af(x)a = \sup_{x \in A} f(x) est caractérisé par les deux propriétés suivantes: 1° Quel que soit x∈A,f(x)≤ax \in A, f(x) \leq a. 2° Quel que soit b<ab < a, il existe x∈Ax \in A tel que b<f(x)≤ab < f(x) \leq a. Les nombres sup⁡x∈Af(x)\sup_{x \in A} f(x) et inf⁡x∈Af(x)\inf_{x \in A} f(x) appartiennent à l’adhérence de f(A)f(A) dans R‾\overline{\mathbf{R}}. On a inf⁡x∈Af(x)≤sup⁡x∈Af(x)\inf_{x \in A} f(x) \leq \sup_{x \in A} f(x); pour que ces deux nombres soient égaux, il faut et il suffit que ff soit constante dans A.

Pour qu’une fonction numérique ff, définie dans un ensemble E, soit majorée (resp. minorée) dans une partie non vide A de E, il faut et il suffit que sup⁡x∈Af(x)<+∞\sup_{x \in A} f(x) < +\infty (resp. inf⁡x∈Af(x)>−∞\inf_{x \in A} f(x) > -\infty); on dit encore dans ce cas que ff est bornée supérieurement (resp. bornée inférieurement) dans A. Pour que ff soit bornée dans A, il faut et il suffit que ∣f∣|f| soit majorée dans A, donc que sup⁡x∈A∣f(x)∣<+∞\sup_{x \in A} |f(x)| < +\infty.

On a

inf⁡x∈Af(x)=−sup⁡x∈A(−f(x)). \inf_{x \in A} f(x) = -\sup_{x \in A} (-f(x)).
Cette relation ramène toutes les propriétés de la borne inférieure à celles de la borne supérieure; aussi ne parlerons-nous en général que de ces dernières.

Proposition 5

Soit ff une fonction numérique définie dans un ensemble E. Dans l’ensemble F(E)\mathfrak{F}(E) des parties finies de E, ordonné filtrant pour la relation ⊂\subset, la fonction numérique H↦sup⁡x∈Hf(x)H \mapsto \sup_{x \in H} f(x) est croissante, la fonction numérique H↦inf⁡x∈Hf(x)H \mapsto \inf_{x \in H} f(x) est décroissante et on a

{sup⁡x∈Ef(x)=lim⁡H∈F(E)(sup⁡x∈Hf(x))inf⁡x∈Ef(x)=lim⁡H∈F(E)(inf⁡x∈Hf(x)). \begin{cases} \sup_{x \in E} f(x) = \lim_{H \in \mathfrak{F}(E)} (\sup_{x \in H} f(x)) \\ \inf_{x \in E} f(x) = \lim_{H \in \mathfrak{F}(E)} (\inf_{x \in H} f(x)). \end{cases}

Posons φ(H)=sup⁡x∈Hf(x)\varphi(H) = \sup_{x \in H} f(x); il est clair que φ\varphi est croissante; elle a donc une limite aa (IV, p. 18, th. 2), et comme φ(H)≤sup⁡x∈Ef(x)\varphi(H) \leq \sup_{x \in E} f(x) quel que soit HH, a≤sup⁡x∈Ef(x)a \leq \sup_{x \in E} f(x) (IV, p. 18, th. 1). Si on avait a<sup⁡x∈Ef(x)a < \sup_{x \in E} f(x), il existerait x0∈Ex_0 \in E tel que a<f(x0)a < f(x_0), d’où contradiction puisque φ(H)≥f(x0)\varphi(H) \geq f(x_0) dès que x0∈Hx_0 \in H.

En particulier, d’après (1) (IV, p. 19), on a, pour toute partie non vide A de R‾\overline{\mathbf{R}},

sup⁡A=lim⁡H∈F(A)(sup⁡x∈Hx). \sup A = \lim_{H \in \mathfrak{F}(A)} (\sup_{x \in H} x).

Proposition 6

Soient f et g deux fonctions numériques définies dans E. Si f(x)≤g(x)f(x) \leq g(x) en tout point d’une partie non vide AA de EE, on a

{sup⁡x∈Af(x)≤sup⁡x∈Ag(x)inf⁡x∈Af(x)≤inf⁡x∈Ag(x). \begin{cases} \sup_{x \in A} f(x) \leq \sup_{x \in A} g(x) \\ \inf_{x \in A} f(x) \leq \inf_{x \in A} g(x). \end{cases}

(5)

Proposition 7

Soit f une fonction numérique définie dans E; si A et B sont deux parties non vides de E telles que A⊂BA \subset B, on a

sup⁡x∈Af(x)≤sup⁡x∈Bf(x). \sup_{x \in A} f(x) \leq \sup_{x \in B} f(x).

(6)

Proposition 8

Soient f une fonction numérique définie dans E, et (Ai)i∈I(A_i)_{i \in I} une famille de parties non vides de E; on a

sup⁡x∈⋃i∈IAif(x)=sup⁡i∈I(sup⁡x∈Aif(x)). \sup_{x \in \bigcup_{i \in I} A_i} f(x) = \sup_{i \in I} (\sup_{x \in A_i} f(x)).

(7)

Ces propositions sont des cas particuliers de E, III, p. 11, prop. 6 et 7 et cor. de la prop. 5.

Soit f une fonction numérique définie dans un ensemble produit E1×E2E_1 \times E_2; si A2A_2 est une partie non vide de E2E_2, on notera sup⁡x2∈A2f(x1,x2)\sup_{x_2 \in A_2} f(x_1, x_2) la borne supérieure dans A2A_2 de la fonction numérique x2↦f(x1,x2)x_2 \mapsto f(x_1, x_2) définie dans E2E_2. De la prop. 8, on déduit en particulier:

Proposition 9

Soit f une fonction numérique définie dans un ensemble produit E1×E2E_1 \times E_2. Quelles que soient les parties non vides A1A_1 de E1E_1, A2A_2 de E2E_2, on a

sup⁡(x1,x2)∈A1×A2f(x1,x2)=sup⁡x1∈A1(sup⁡x2∈A2f(x1,x2))=sup⁡x2∈A2(sup⁡x1∈A1f(x1,x2)). \sup_{(x_1, x_2) \in A_1 \times A_2} f(x_1, x_2) = \sup_{x_1 \in A_1} (\sup_{x_2 \in A_2} f(x_1, x_2)) = \sup_{x_2 \in A_2} (\sup_{x_1 \in A_1} f(x_1, x_2)).

(8)

5. Enveloppes d’une famille de fonctions numériques

Définition 4

Soit (fi)i∈I(f_i)_{i \in I} une famille de fonctions numériques, définies dans un ensemble E. On appelle enveloppe supérieure (resp. enveloppe inférieure) de la famille (fi)(f_i), et on note sup⁡i∈Ifi\sup_{i \in I} f_i ou sup⁡ifi\sup_i f_i (resp. inf⁡i∈Ifi\inf_{i \in I} f_i ou inf⁡ifi\inf_i f_i), la fonction numérique définie dans E, dont la valeur en tout point x∈Ex \in E est sup⁡i∈I(fi(x))\sup_{i \in I} (f_i(x)) (resp. inf⁡i∈I(fi(x))\inf_{i \in I} (f_i(x))).

L’enveloppe supérieure de la famille (fi)(f_i) n’est autre que la borne supérieure de cette famille dans l’ensemble ordonné réticulé R‾E\overline{\mathbf{R}}^E des fonctions numériques définies dans E, ce qui justifie la notation sup⁡ifi\sup_i f_i.

En outre, si on munit R‾E\overline{\mathbf{R}}^E de la topologie produit de celles de ses facteurs (tous identiques à R‾\overline{\mathbf{R}}), on a la proposition suivante:

Proposition 10

Dans l’espace produit R‾E\overline{\mathbf{R}}^E, l’enveloppe supérieure sup⁡ifi\sup_i f_i d’une famille* de fonctions numériques (fi)i∈I(f_i)_{i \in I} est la limite, suivant l’ensemble filtrant F(I)\mathfrak{F}(I) des parties finies de II, de l’application H↦sup⁡i∈HfiH \mapsto \sup_{i \in H} f_i (qui, à tout partie finie HH de II, fait correspondre l’enveloppe supérieure de la sous-famille finie (fi)i∈H(f_i)_{i \in H}).

Cela résulte aussitôt de la prop. 5 de IV, p. 20, et de I, p. 51, cor. 2.

On peut donc écrire

sup⁡i∈Ifi=lim⁡H∈F(I)(sup⁡i∈Hfi). \sup_{i \in I} f_i = \lim_{H \in \mathfrak{F}(I)} (\sup_{i \in H} f_i).

Définition 5

Une famille (fi)i∈I(f_i)_{i \in I} de fonctions numériques, définies dans un ensemble EE, est dite uniformément majorée (resp. uniformément minorée) dans EE, s’il existe un nombre fini aa tel que fi(x)≤af_i(x) \leq a (resp. fi(x)≥af_i(x) \geq a) quels que soient x∈Ex \in E et i∈Ii \in I. La famille (fi)(f_i) est dite uniformément bornée dans EE si elle est à la fois uniformément majorée et uniformément minorée dans EE.

Pour que (fi)(f_i) soit uniformément majorée dans EE, il faut et il suffit donc que l’enveloppe supérieure de cette famille soit majorée dans EE. Pour que (fi)(f_i) soit uniformément bornée dans EE, il faut et il suffit que l’enveloppe supérieure de la famille (∣fi∣)(|f_i|) soit majorée dans EE (c’est-à-dire qu’il existe un nombre fini a≥0a \geq 0 tel que, pour tout i∈Ii \in I et tout x∈Ex \in E, ∣fi(x)∣≤a|f_i(x)| \leq a).

6. Limite supérieure et limite inférieure d’une fonction numérique suivant un filtre

Soit ff une fonction numérique, définie dans un ensemble EE, filtré par un filtre G\mathfrak{G}. On sait (I, p. 39) que G\mathfrak{G} est un ensemble ordonné filtrant pour la relation ⊇\supseteq. Considérons, pour tout ensemble X∈GX \in \mathfrak{G}, le nombre réel sup⁡x∈Xf(x)\sup_{x \in X} f(x); on définit ainsi une application X↦sup⁡x∈Xf(x)X \mapsto \sup_{x \in X} f(x) de G\mathfrak{G} dans R‾\overline{\mathbf{R}}, qui est décroissante dans G\mathfrak{G}, d’après la prop. 7 de IV, p. 21. Elle a donc une limite suivant l’ensemble filtrant G\mathfrak{G}, d’après le th. 2 de IV, p. 18.

Définition 6

On appelle limite supérieure de ff suivant le filtre G\mathfrak{G}, et on note lim⁡.sup⁡Gf\lim.\sup_{\mathfrak{G}} f, ou lim⁡.sup⁡x,Gf(x)\lim.\sup_{x,\mathfrak{G}} f(x), la limite de la fonction numérique X↦sup⁡x∈Xf(x)X \mapsto \sup_{x \in X} f(x) suivant l’ensemble filtrant G\mathfrak{G}.

On définit de même la limite inférieure de ff suivant le filtre G\mathfrak{G}, qu’on note lim⁡.inf⁡Gf\lim.\inf_{\mathfrak{G}} f, ou lim⁡.inf⁡x,Gf(x)\lim.\inf_{x,\mathfrak{G}} f(x).

On a donc, par définition

{lim⁡.sup⁡Gf=lim⁡X∈G(sup⁡x∈Xf(x))lim⁡.inf⁡Gf=lim⁡X∈G(inf⁡x∈Xf(x)). \begin{cases} \lim.\sup_{\mathfrak{G}} f = \lim_{X \in \mathfrak{G}} (\sup_{x \in X} f(x)) \\ \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f = \lim_{X \in \mathfrak{G}} (\inf_{x \in X} f(x)). \end{cases}

On se dispense souvent d’indiquer le filtre G\mathfrak{G} dans les notations, et on écrit simplement lim⁡.sup⁡f\lim.\sup f, ou lim⁡.sup⁡xf(x)\lim.\sup_x f(x), ou lim⁡.sup⁡f(x)\lim.\sup f(x), lorsqu’il ne peut en résulter de confusion.

D’après les formules (10) et le th. 1 de IV, p. 18, on a

inf⁡x∈Ef(x)≤lim⁡.inf⁡Gf≤lim⁡.sup⁡Gf≤sup⁡x∈Ef(x). \inf_{x \in E} f(x) \leq \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f \leq \lim.\sup_{\mathfrak{G}} f \leq \sup_{x \in E} f(x).
D’après IV, p. 18, th. 2, on peut aussi écrire
{lim⁡.sup⁡Gf=inf⁡X∈G(sup⁡x∈Xf(x))lim⁡.inf⁡Gf=sup⁡X∈G(inf⁡x∈Xf(x)). \begin{cases} \lim.\sup_{\mathfrak{G}} f = \inf_{X \in \mathfrak{G}} (\sup_{x \in X} f(x)) \\ \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f = \sup_{X \in \mathfrak{G}} (\inf_{x \in X} f(x)). \end{cases}
On peut d’ailleurs remplacer, aux seconds membres des formules (10) et (12), le filtre G\mathfrak{G} par une quelconque de ses bases B\mathfrak{B}. D’après (2) (IV, p. 20) et (10), on a
lim⁡.inf⁡Gf=−lim⁡.sup⁡G(−f), \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f = -\lim.\sup_{\mathfrak{G}} (-f),
ce qui permet de n’étudier que les propriétés de la limite supérieure.

Théorème 3

La limite supérieure d’une fonction numérique ff suivant un filtre G\mathfrak{G} est égale à la plus grande valeur d’adhérence de ff suivant G\mathfrak{G}.* En effet, soit bb une valeur d’adhérence de ff suivant G\mathfrak{G}; pour tout X∈GX \in \mathfrak{G}, bb est adhérent à f(X)f(X), donc b≤sup⁡x∈Xf(x)b \leq \sup_{x \in X} f(x), ce qui entraîne, d’après (12), b≤lim⁡.sup⁡Gf=ab \leq \lim.\sup_{\mathfrak{G}} f = a. D’autre part, soit VV un voisinage ouvert quelconque du point aa dans R‾\overline{\mathbf{R}}; il existe X0∈GX_0 \in \mathfrak{G} tel que, pour tout X∈GX \in \mathfrak{G} contenu dans X0X_0, on ait sup⁡x∈Xf(x)∈V\sup_{x \in X} f(x) \in V; comme VV est ouvert, on en déduit que f(X)f(X) rencontre VV; donc aa est une valeur d’adhérence de ff suivant G\mathfrak{G}, ce qui achève la démonstration.

Corollaire 1

Pour que lim⁡.sup⁡Gf=lim⁡.inf⁡Gf\lim.\sup_{\mathfrak{G}} f = \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f, il faut et il suffit que ff ait une limite suivant le filtre G\mathfrak{G}; on a alors*

lim⁡Gf=lim⁡.sup⁡Gf=lim⁡.inf⁡Gf. \lim_{\mathfrak{G}} f = \lim.\sup_{\mathfrak{G}} f = \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f.
En effet, comme R‾\overline{\mathbf{R}} est compact, pour que la base de filtre f(G)f(\mathfrak{G}) ait un point limite, il faut et il suffit que l’ensemble de ses points adhérents se réduise à un point (I, p. 60, corollaire).

Corollaire 2

Si H\mathfrak{H} est un filtre plus fin que G\mathfrak{G}, on a*

lim⁡.inf⁡Gf≤lim⁡.inf⁡Hf≤lim⁡.sup⁡Hf≤lim⁡.sup⁡Gf. \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f \leq \lim.\inf_{\mathfrak{H}} f \leq \lim.\sup_{\mathfrak{H}} f \leq \lim.\sup_{\mathfrak{G}} f.
En effet, toute valeur d’adhérence de ff suivant H\mathfrak{H} est aussi valeur d’adhérence de ff suivant G\mathfrak{G} (I, p. 49). En particulier, si lim⁡Hf\lim_{\mathfrak{H}} f existe, on a
lim⁡.inf⁡Gf≤lim⁡Hf≤lim⁡.sup⁡Gf. \lim.\inf_{\mathfrak{G}} f \leq \lim_{\mathfrak{H}} f \leq \lim.\sup_{\mathfrak{G}} f.

Corollaire 3

Soit AA un ensemble du filtre G\mathfrak{G} et soient GA\mathfrak{G}_A le filtre induit sur AA par G\mathfrak{G}, fAf_A la restriction de ff à AA; on a

lim sup⁡GAfA=lim sup⁡Gf. \limsup_{\mathfrak{G}_A} f_A = \limsup_{\mathfrak{G}} f.
En effet, tout point adhérent à la base de filtre f(G)f(\mathfrak{G}) est adhérent à la base de filtre fA(GA)f_A(\mathfrak{G}_A), et réciproquement.

En raison de ce fait, lorsque ff n’est définie que sur une partie AA de EE appartenant à G\mathfrak{G}, on écrit souvent lim sup⁡Gf\limsup_{\mathfrak{G}} f, au lieu de lim sup⁡GAfA\limsup_{\mathfrak{G}_A} f_A, par abus de langage.

Proposition 11

Soient ff et gg deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré EE. La relation f≤gf \leq g entraîne

{lim sup⁡f≤lim sup⁡glim inf⁡f≤lim inf⁡g. \begin{cases} \limsup f \leq \limsup g \\ \liminf f \leq \liminf g. \end{cases}
(14) C’est une conséquence immédiate des relations (12) (IV, p. 23).

Lorsque EE est un espace topologique, et G\mathfrak{G} le filtre des voisinages d’un point aa de EE, on écrit lim sup⁡x→af(x)\limsup_{x \to a} f(x) (resp. lim inf⁡x→af(x)\liminf_{x \to a} f(x)) au lieu de lim sup⁡Gf\limsup_{\mathfrak{G}} f (resp. lim inf⁡Gf\liminf_{\mathfrak{G}} f); on a évidemment

lim inf⁡x→af(x)≤f(a)≤lim sup⁡x→af(x). \liminf_{x \to a} f(x) \leq f(a) \leq \limsup_{x \to a} f(x).
(15) Plus généralement, lorsque EE est un sous-espace d’un espace topologique FF, et G\mathfrak{G} la trace sur EE du filtre des voisinages d’un point a∈E‾a \in \overline{E}, on écrit lim sup⁡x→a,x∈Ef(x)\limsup_{x \to a, x \in E} f(x) (resp. lim inf⁡x→a,x∈Ef(x)\liminf_{x \to a, x \in E} f(x)) au lieu de lim sup⁡Gf\limsup_{\mathfrak{G}} f (resp. lim inf⁡Gf\liminf_{\mathfrak{G}} f); on dit que lim sup⁡x→a,x∈Ef(x)\limsup_{x \to a, x \in E} f(x) est la limite supérieure de f(x)f(x) lorsque xx tend vers aa, en restant dans EE. Lorsque EE est le complémentaire de {a}\{a\}, on remplace, dans ces notations, « x∈Ex \in E » par « x≠ax \neq a ».

Si AA est une partie de EE telle que a∈A‾a \in \overline{A}, on a (IV, p. 23, cor. 2)

lim inf⁡x→a,x∈Ef(x)≤lim inf⁡x→a,x∈Af(x)≤lim sup⁡x→a,x∈Af(x)≤lim sup⁡x→a,x∈Ef(x) \liminf_{x \to a, x \in E} f(x) \leq \liminf_{x \to a, x \in A} f(x) \leq \limsup_{x \to a, x \in A} f(x) \leq \limsup_{x \to a, x \in E} f(x)
Si VV est un voisinage de aa dans FF, on a (cor. 3)
lim sup⁡x→a,x∈V‾∩Ef(x)=lim sup⁡x→a,x∈Ef(x). \limsup_{x \to a, x \in \overline{V} \cap E} f(x) = \limsup_{x \to a, x \in E} f(x).
Autrement dit, les notions de limite inférieure et de limite supérieure, en un point d’un espace topologique, ont, comme celle de limite, un caractère local.

Enfin, lorsque G\mathfrak{G} est le filtre de Fréchet sur N\mathbf{N}, la limite supérieure (resp. inférieure) suivant G\mathfrak{G} de l’application n↦unn \mapsto u_n de N\mathbf{N} dans R‾\overline{\mathbf{R}} se note lim sup⁡n→∞un\limsup_{n \to \infty} u_n (resp. lim inf⁡n→∞un\liminf_{n \to \infty} u_n) et s’appelle limite supérieure (resp. limite inférieure) de la suite de nombres réels unu_n.

La relation lim sup⁡n→∞un=a∈R\limsup_{n \to \infty} u_n = a \in \mathbf{R} est donc équivalente à la suivante: quel que soit ε>0\varepsilon > 0, il existe un entier n0n_0 tel que, pour tout n≥n0n \geq n_0, un≤a+εu_n \leq a + \varepsilon, et, pour une infinité de valeurs de nn, un≥a−εu_n \geq a - \varepsilon. On traduit de même la définition de la limite supérieure d’une suite lorsqu’elle a pour valeur +∞+\infty ou −∞-\infty.

Étant donné une suite (fn)(f_n) de fonctions numériques définies sur un ensemble EE, on désignera par lim sup⁡n→∞fn\limsup_{n \to \infty} f_n (resp. lim inf⁡n→∞fn\liminf_{n \to \infty} f_n) la fonction numérique dont la valeur, en un point quelconque x∈Ex \in E, est lim sup⁡n→∞fn(x)\limsup_{n \to \infty} f_n(x) (resp. lim inf⁡n→∞fn(x)\liminf_{n \to \infty} f_n(x)). D’après (10) (IV, p. 22) et (12) (IV, p. 23), on a

{lim sup⁡n→∞fn=inf⁡n∈N(sup⁡m≥nfm)≤lim⁡n→∞(sup⁡m≥nfm)lim inf⁡n→∞fn=sup⁡n∈N(inf⁡m≥nfm)=lim⁡n→∞(inf⁡m≥nfm) \begin{cases} \limsup_{n \to \infty} f_n = \inf_{n \in \mathbf{N}} (\sup_{m \geq n} f_m) \leq \lim_{n \to \infty} (\sup_{m \geq n} f_m) \\ \liminf_{n \to \infty} f_n = \sup_{n \in \mathbf{N}} (\inf_{m \geq n} f_m) = \lim_{n \to \infty} (\inf_{m \geq n} f_m) \end{cases}

les limites étant prises dans l’espace produit R‾E\overline{\mathbf{R}}^E. Pour que la suite (fn)(f_n) ait une limite dans R‾E\overline{\mathbf{R}}^E, il faut et il suffit que lim sup⁡n→∞fn=lim inf⁡n→∞fn\limsup_{n \to \infty} f_n = \liminf_{n \to \infty} f_n (IV, p. 23, cor. 1 et I, p. 51, cor. 1).

7. Opérations algébriques sur les fonctions numériques

Soient ff et gg deux fonctions numériques définies dans un ensemble EE; si la somme f(x)+g(x)f(x) + g(x) (resp. le produit f(x)g(x)f(x)g(x)) a un sens quel que soit x∈Ex \in E, on notera encore f+gf + g (resp. fgfg) la fonction numérique x↦f(x)+g(x)x \mapsto f(x) + g(x) (resp. x↦f(x)g(x)x \mapsto f(x)g(x)). De même, si 1/f(x)1/f(x) a un sens quel que soit x∈Ex \in E, on notera 1/f1/f la fonction x↦1/f(x)x \mapsto 1/f(x).

Cette dernière fonction est donc définie lorsque ff ne prend pas la valeur 0; lorsque ff prend ses valeurs dans l’intervalle [0,+∞)[0, +\infty) (resp. dans (−∞,0])(- \infty, 0]), on peut encore considérer que 1/f(x)1/f(x) est partout défini en posant 1/0=+∞1/0 = +\infty (resp. 1/0=−∞1/0 = -\infty); la fonction 1/f1/f sera encore définie dans ce cas.

Supposons EE filtré par un filtre F\mathfrak{F}, et que lim⁡Ff\lim_{\mathfrak{F}} f et lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} g existent; si, d’une part, la fonction f+gf + g (resp. fgfg, resp. 1/f1/f) est définie, et si, d’autre part, l’expression lim⁡Ff+lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} f + \lim_{\mathfrak{F}} g (resp. lim⁡Ff.lim⁡Fg\lim_{\mathfrak{F}} f . \lim_{\mathfrak{F}} g, resp. 1/lim⁡Ff1/\lim_{\mathfrak{F}} f) a un sens, alors lim⁡F(f+g)\lim_{\mathfrak{F}} (f + g) (resp. lim⁡Ffg\lim_{\mathfrak{F}} fg, resp. lim⁡F(1/f)\lim_{\mathfrak{F}} (1/f)) existe et est égale à cette expression, en vertu de la continuité de la fonction x+yx + y (resp. xyxy, resp. 1/x1/x) aux points où elle est définie.

Proposition 12

Soient ff et gg deux fonctions numériques définies dans un ensemble EE, et AA une partie non vide de EE.

1° On a

sup⁡x∈A(f(x)+g(x))≤sup⁡x∈Af(x)+sup⁡x∈Ag(x) \sup_{x \in A} (f(x) + g(x)) \leq \sup_{x \in A} f(x) + \sup_{x \in A} g(x)
sup⁡x∈Af(x)+inf⁡x∈Ag(x)≤sup⁡x∈A(f(x)+g(x)) \sup_{x \in A} f(x) + \inf_{x \in A} g(x) \leq \sup_{x \in A} (f(x) + g(x))

lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.

2° Si f(x)f(x) et g(x)g(x) sont ≥0\geq 0 pour tout x∈Ax \in A, on a

sup⁡x∈A(f(x)g(x))≤sup⁡x∈Af(x).sup⁡x∈Ag(x) \sup_{x \in A} (f(x)g(x)) \leq \sup_{x \in A} f(x) . \sup_{x \in A} g(x)
sup⁡x∈Af(x).inf⁡x∈Ag(x)≤sup⁡x∈A(f(x)g(x)) \sup_{x \in A} f(x) . \inf_{x \in A} g(x) \leq \sup_{x \in A} (f(x)g(x))

lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.

3° Si f(x)⩾0f(x) \geqslant 0 quel que soit x∈Ax \in A,

sup⁡x∈A(1/f(x))=1/inf⁡x∈Af(x) \sup_{x \in A} (1/f(x)) = 1/\inf_{x \in A} f(x)
(en posant 1/0=+∞1/0 = +\infty).

Soit en effet HH une partie finie quelconque de AA; si x0x_0 est un des points de HH où f+gf + g prend sa plus grande valeur, on a

f(x0)+g(x0)⩽sup⁡x∈Hf(x)+sup⁡x∈Hg(x); f(x_0) + g(x_0) \leqslant \sup_{x \in H} f(x) + \sup_{x \in H} g(x);
d’autre part, si x1x_1 est un des points de HH où ff prend sa plus grande valeur, on a
f(x1)+g(x1)⩾sup⁡x∈Hf(x)+inf⁡x∈Hg(x); f(x_1) + g(x_1) \geqslant \sup_{x \in H} f(x) + \inf_{x \in H} g(x);
donc
sup⁡x∈Hf(x)+inf⁡x∈Hg(x)⩽sup⁡x∈H(f(x)+g(x))⩽sup⁡x∈Hf(x)+sup⁡x∈Hg(x). \sup_{x \in H} f(x) + \inf_{x \in H} g(x) \leqslant \sup_{x \in H} (f(x) + g(x)) \leqslant \sup_{x \in H} f(x) + \sup_{x \in H} g(x).

Les inégalités (17) et (18) en résultent, en appliquant la prop. 5 de IV, p. 20 et le th. 1 de IV, p. 18. Démonstrations analogues pour les autres inégalités.

Corollaire 1

Soient ff une fonction numérique définie dans EE, et kk un nombre réel. On a*

sup⁡x∈A(f(x)+k)=k+sup⁡x∈Af(x) \sup_{x \in A} (f(x) + k) = k + \sup_{x \in A} f(x)
*lorsque les deux membres sont définis, et, pour k⩾0k \geqslant 0,

sup⁡x∈A(kf(x))=k⋅sup⁡x∈Af(x) \sup_{x \in A} (k f(x)) = k \cdot \sup_{x \in A} f(x)
lorsque les deux membres sont définis.

Corollaire 2

Soient f1f_1 et f2f_2 deux fonctions numériques définies respectivement dans des ensembles E1E_1 et E2E_2; quelles que soient les parties non vides A1⊂E1,A2⊂E2A_1 \subset E_1, A_2 \subset E_2, on a*

sup⁡(x1,x2)∈A1×A2(f1(x1)+f2(x2))=sup⁡x1∈A1f1(x1)+sup⁡x2∈A2f2(x2) \sup_{(x_1, x_2) \in A_1 \times A_2} (f_1(x_1) + f_2(x_2)) = \sup_{x_1 \in A_1} f_1(x_1) + \sup_{x_2 \in A_2} f_2(x_2)
lorsque les deux membres sont définis; si f1f_1 et f2f_2 sont ⩾0\geqslant 0 dans A1A_1 et A2A_2 respectivement, on a
sup⁡(x1,x2)∈A1×A2(f1(x1)f2(x2))=sup⁡x1∈A1f1(x1)⋅sup⁡x2∈A2f2(x2) \sup_{(x_1, x_2) \in A_1 \times A_2} (f_1(x_1) f_2(x_2)) = \sup_{x_1 \in A_1} f_1(x_1) \cdot \sup_{x_2 \in A_2} f_2(x_2)
*lorsque les deux membres sont définis

C’est une conséquence du corollaire précédent, et de IV, p. 21, prop. 9.

En particulier, si AA et BB sont deux parties de R‾\overline{\mathbf{R}} telles que l’ensemble A+BA + B des sommes x+yx + y (x∈A,y∈Bx \in A, y \in B) soit défini, on a

sup⁡(A+B)=sup⁡A+sup⁡B \sup(A + B) = \sup A + \sup B

si le second membre a un sens. De même, si A et B sont deux parties de (0,+∞)(0, +\infty), on a (27)

sup⁡AB=sup⁡A.sup⁡B \sup AB = \sup A . \sup B
lorsque les deux membres ont un sens.

Proposition 13

Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré E.

1∘1^\circ On a (28)

lim⁡.sup⁡(f+g)≤lim⁡.sup⁡f+lim⁡.sup⁡g \lim . \sup (f + g) \leq \lim . \sup f + \lim . \sup g
(29)
lim⁡.sup⁡f+lim⁡.inf⁡g≤lim⁡.sup⁡(f+g) \lim . \sup f + \lim . \inf g \leq \lim . \sup (f + g)
lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.

2∘2^\circ Si f et g sont ≥0\geq 0 dans E, on a (30)

lim⁡.sup⁡fg≤(lim⁡.sup⁡f)(lim⁡.sup⁡g) \lim . \sup fg \leq (\lim . \sup f)(\lim . \sup g)
(31)
(lim⁡.sup⁡f)(lim⁡.inf⁡g)≤lim⁡.sup⁡fg (\lim . \sup f)(\lim . \inf g) \leq \lim . \sup fg
lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.

3∘3^\circ *Si f ≥0\geq 0 dans E, (32)

lim⁡.sup⁡(1/f)=1/(lim⁡.inf⁡f) \lim . \sup (1/f) = 1/(\lim . \inf f)
(en posant 1/0=+∞1/0 = +\infty).

Ce sont des conséquences de la prop. 12 (IV, p. 25) et des relations (10) (IV, p. 22).

Corollaire 1

Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré E. Si lim⁡g\lim g existe, on a* (33)

lim⁡.sup⁡(f+g)=lim⁡.sup⁡f+lim⁡g \lim . \sup (f + g) = \lim . \sup f + \lim g
lorsque les deux membres sont définis, et (34)
lim⁡.sup⁡fg=(lim⁡.sup⁡f)(lim⁡g) \lim . \sup fg = (\lim . \sup f)(\lim g)
*lorsque les deux membres sont définis, et que f et g sont ≥0\geq 0.

Corollaire 2

Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré E. Si lim⁡f=+∞\lim f = +\infty, lim⁡.inf⁡g>−∞\lim . \inf g > -\infty, et si f+gf + g est définie, on a lim⁡(f+g)=+∞\lim (f + g) = +\infty. Si lim⁡f=+∞\lim f = +\infty, lim⁡.inf⁡g>0\lim . \inf g > 0 et si fgfg est défini, on a lim⁡fg=+∞\lim fg = +\infty.

Exercices

See the exercises for § 5.

Transcribed from the printed volume. Not translated.