§ 5. Fonctions numériques
1. Fonctions numériques
Définition 1
Les applications d’un ensemble E dans la droite numérique sont appelées fonctions numériques (ou fonctions réelles) définies dans E.
Par un abus de langage analogue à celui signalé dans IV, p. 14, nous appellerons fonctions numériques définies dans E, dans ce paragraphe et dans le suivant, les applications de E dans R; les applications de E dans R seront appelées fonctions numériques finies.
Si f et g sont deux fonctions numériques définies dans E, la relation f≤g est par définition équivalente à « quel que soit x∈E,f(x)≤g(x) »; cette relation est une relation d’ordre dans l’ensemble RE des fonctions numériques définies dans E. En outre, RE, ordonné par cette relation, est un ensemble réticulé ; en effet, si f et g sont deux fonctions numériques, la fonction numérique h telle que, pour tout x∈E,h(x)=sup(f(x),g(x)), est la plus petite des fonctions numériques qui sont à la fois ≥f et ≥g; conformément aux notations générales, on désignera cette fonction (qui est la borne supérieure de f et g dans RE) par la notation sup(f,g); de même, la fonction numérique égale à inf(f(x),g(x)) pour tout x∈E, sera notée inf(f,g).
On remarquera que sup(f,g) est l’application composée de l’application (u,v)↦sup(u,v) de R×R dans R, et de l’application x↦(f(x),g(x)) de E dans R×R. On a une propriété analogue pour inf(f,g).
Une fonction numérique f définie dans un ensemble E est dite majorée (resp. minorée) dans E, si f(E) est une partie majorée de A′′=(−∞,+∞[ (resp. une partie minorée de A′=]−∞,+∞[); f est dite bornée dans E si elle est à la fois majorée et minorée, c’est-à-dire si f(E) est une partie bornée de R (rappelons que toute partie de R est bornée).
Toute fonction bornée est donc finie ; la réciproque est inexacte comme le montre l’exemple de la fonction 1/x dans R+∗=]0,+∞[.
2. Fonctions numériques définies dans un ensemble filtré
Proposition 1
Soient f et g deux fonctions numériques, définies dans un ensemble E, filtré par un filtre F. Si limFf et limFg existent, et si, pour toute partie A∈F, il existe x∈A tel que f(x)≤g(x), on a limFf≤limFg.
Pour établir cette proposition, nous démontrerons l’énoncé suivant, qui lui est équivalent:
Proposition 2
Soient f et g deux fonctions numériques, définies dans un ensemble E, filtré par un filtre F. Si limFf et limFg existent, et si limFf>limFg, il existe un ensemble A∈F tel que, pour tout x∈A, f(x)>g(x).
Posons a=limFf, b=limFg, et soit c tel que b<c<a. L’intervalle ]c,+∞] de R (resp. (−∞,c[)) est un voisinage de a (resp. b); il existe donc un ensemble M∈F (resp. un ensemble N∈F) tel que f(x)>c pour tout x∈M (resp. g(x)<c pour tout x∈N); l’ensemble A=M∩N appartient à F et on a f(x)>c>g(x) pour tout x∈A.
De la prop. 1, on déduit, comme cas particulier, le théorème suivant:
Théorème 1 (principe de prolongement des inégalités)
Soient f,g deux fonctions numériques, définies dans un ensemble E, filtré par un filtre F. Si limFf et limFg existent, et si f≤g, on a aussi limFf≤limFg.
Théorème 2 (théorème de la limite monotone)
Soient E un ensemble ordonné, A une partie de E filtrante à droite.\footnote{Cet énoncé suppose implicitement que la relation d’ordre dans E est notée x≤y. Si cette relation est notée x(σ)y, où (σ) est un certain signe ou groupe de signes caractéristique de la relation envisagée, il faut remplacer, dans l’énoncé, les mots « filtrante à droite » par « filtrante pour la relation (σ) ».} Toute fonction numérique monotone f définie dans A possède une limite suivant A (I, p. 49); si f est croissante (resp. décroissante), cette limite est égale à la borne supérieure (resp. inférieure) de l’ensemble f(A)⊂R.
Supposons par exemple que f soit croissante, et soit a=supf(A). Si a=−∞, le théorème est trivial. Si a>−∞, pour tout b<a, il existe x∈A tel que b<f(x)≤a; donc, si Sx est la section de A relative à x (ensemble des y≥x, cf. I, p. 38), f(Sx) est contenu dans le voisinage ]b,+∞] de a, d’où le théorème. Démonstration analogue lorsque f est décroissante.
Corollaire
Pour qu’une fonction numérique croissante (resp. décroissante), définie dans une partie filtrante A d’un ensemble ordonné E, ait une limite finie suivant A, il faut et il suffit qu’elle soit majorée (resp. minorée) dans A.
Si on applique le th. 2 au cas où A=E=N (ordonné par la relation ⩽), on a la proposition suivante: Proposition 3. — Toute suite monotone de nombres réels a une limite dans R.
En particulier, toute suite croissante (resp. décroissante) de nombres finis converge vers un nombre réel fini si elle est majorée (resp. minorée), vers +∞ (resp. −∞) dans le cas contraire. Par exemple, la suite des entiers positifs converge vers +∞.
C’est ce fait qui est à l’origine de la notation limn→∞un pour désigner la limite d’une suite (I, p. 48).
De même, toute suite d’entiers (pn) strictement croissante converge vers +∞, car on voit, par récurrence, que pn⩾p0+n quel que soit n.
3. Limites à droite et à gauche d’une fonction d’une variable réelle
Soit A une partie non vide de R, et a=−∞ un point de R adhérent à l’ensemble B=A∩(−∞,a[. L’ensemble B est filtrant pour la relation ⩽, et son filtre des sections F est identique à la trace sur B du filtre des voisinages de a dans R.
Définition 2
Soit f une fonction définie dans la partie A de R, à valeurs dans un espace topologique E. Une limite de f suivant le filtre F, si elle existe, s’appelle limite à gauche de f au point a, relativement à A, et se note limx→a,x<a,x∈Af(x), ou f(a−) lorsque E est séparé.
On définit de même, lorsque a=+∞ est adhérent à l’ensemble A∩]a,+∞], une limite à droite (si elle existe) de f au point a qu’on note limx→a,x>a,x∈Af(x), ou f(a+) lorsque E est séparé.
Le th. 2 de IV, p. 18 entraîne immédiatement la proposition suivante: Proposition 4. — Soient A une partie de R, a=−∞ un point adhérent à l’intersection A∩(−∞,a[; si f est une fonction numérique monotone définie dans A, elle a une limite à gauche f(a−) au point a, relativement à A.
4. Bornes d’une fonction numérique
Définition 3
Soit f une fonction numérique définie dans un ensemble E; on appelle borne supérieure (resp. borne inférieure) de f dans une partie non vide A de E, et on note supx∈Af(x) (resp. infx∈Af(x)) la borne supérieure (resp. borne inférieure) dans R de l’ensemble f(A).
En particulier, si A est une partie non vide de R, on a
supA=x∈Asupx. (1)
Il est souvent plus commode d’utiliser la notation du second membre pour désigner la borne supérieure de A.
Le nombre a=supx∈Af(x) est caractérisé par les deux propriétés suivantes: 1° Quel que soit x∈A,f(x)≤a. 2° Quel que soit b<a, il existe x∈A tel que b<f(x)≤a. Les nombres supx∈Af(x) et infx∈Af(x) appartiennent à l’adhérence de f(A) dans R. On a infx∈Af(x)≤supx∈Af(x); pour que ces deux nombres soient égaux, il faut et il suffit que f soit constante dans A.
Pour qu’une fonction numérique f, définie dans un ensemble E, soit majorée (resp. minorée) dans une partie non vide A de E, il faut et il suffit que supx∈Af(x)<+∞ (resp. infx∈Af(x)>−∞); on dit encore dans ce cas que f est bornée supérieurement (resp. bornée inférieurement) dans A. Pour que f soit bornée dans A, il faut et il suffit que ∣f∣ soit majorée dans A, donc que supx∈A∣f(x)∣<+∞.
On a
x∈Ainff(x)=−x∈Asup(−f(x)). Cette relation ramène toutes les propriétés de la borne inférieure à celles de la borne supérieure; aussi ne parlerons-nous en général que de ces dernières.
Proposition 5
Soit f une fonction numérique définie dans un ensemble E. Dans l’ensemble F(E) des parties finies de E, ordonné filtrant pour la relation ⊂, la fonction numérique H↦supx∈Hf(x) est croissante, la fonction numérique H↦infx∈Hf(x) est décroissante et on a
{supx∈Ef(x)=limH∈F(E)(supx∈Hf(x))infx∈Ef(x)=limH∈F(E)(infx∈Hf(x)).
Posons φ(H)=supx∈Hf(x); il est clair que φ est croissante; elle a donc une limite a (IV, p. 18, th. 2), et comme φ(H)≤supx∈Ef(x) quel que soit H, a≤supx∈Ef(x) (IV, p. 18, th. 1). Si on avait a<supx∈Ef(x), il existerait x0∈E tel que a<f(x0), d’où contradiction puisque φ(H)≥f(x0) dès que x0∈H.
En particulier, d’après (1) (IV, p. 19), on a, pour toute partie non vide A de R,
supA=H∈F(A)lim(x∈Hsupx).
Proposition 6
Soient f et g deux fonctions numériques définies dans E. Si f(x)≤g(x) en tout point d’une partie non vide A de E, on a
{supx∈Af(x)≤supx∈Ag(x)infx∈Af(x)≤infx∈Ag(x).
(5)
Proposition 7
Soit f une fonction numérique définie dans E; si A et B sont deux parties non vides de E telles que A⊂B, on a
x∈Asupf(x)≤x∈Bsupf(x).
(6)
Proposition 8
Soient f une fonction numérique définie dans E, et (Ai)i∈I une famille de parties non vides de E; on a
x∈⋃i∈IAisupf(x)=i∈Isup(x∈Aisupf(x)).
(7)
Ces propositions sont des cas particuliers de E, III, p. 11, prop. 6 et 7 et cor. de la prop. 5.
Soit f une fonction numérique définie dans un ensemble produit E1×E2; si A2 est une partie non vide de E2, on notera supx2∈A2f(x1,x2) la borne supérieure dans A2 de la fonction numérique x2↦f(x1,x2) définie dans E2. De la prop. 8, on déduit en particulier:
Proposition 9
Soit f une fonction numérique définie dans un ensemble produit E1×E2. Quelles que soient les parties non vides A1 de E1, A2 de E2, on a
(x1,x2)∈A1×A2supf(x1,x2)=x1∈A1sup(x2∈A2supf(x1,x2))=x2∈A2sup(x1∈A1supf(x1,x2)).
(8)
5. Enveloppes d’une famille de fonctions numériques
Définition 4
Soit (fi)i∈I une famille de fonctions numériques, définies dans un ensemble E. On appelle enveloppe supérieure (resp. enveloppe inférieure) de la famille (fi), et on note supi∈Ifi ou supifi (resp. infi∈Ifi ou infifi), la fonction numérique définie dans E, dont la valeur en tout point x∈E est supi∈I(fi(x)) (resp. infi∈I(fi(x))).
L’enveloppe supérieure de la famille (fi) n’est autre que la borne supérieure de cette famille dans l’ensemble ordonné réticulé RE des fonctions numériques définies dans E, ce qui justifie la notation supifi.
En outre, si on munit RE de la topologie produit de celles de ses facteurs (tous identiques à R), on a la proposition suivante:
Proposition 10
Dans l’espace produit RE, l’enveloppe supérieure supifi d’une famille* de fonctions numériques (fi)i∈I est la limite, suivant l’ensemble filtrant F(I) des parties finies de I, de l’application H↦supi∈Hfi (qui, à tout partie finie H de I, fait correspondre l’enveloppe supérieure de la sous-famille finie (fi)i∈H).
Cela résulte aussitôt de la prop. 5 de IV, p. 20, et de I, p. 51, cor. 2.
On peut donc écrire
i∈Isupfi=H∈F(I)lim(i∈Hsupfi).
Définition 5
Une famille (fi)i∈I de fonctions numériques, définies dans un ensemble E, est dite uniformément majorée (resp. uniformément minorée) dans E, s’il existe un nombre fini a tel que fi(x)≤a (resp. fi(x)≥a) quels que soient x∈E et i∈I. La famille (fi) est dite uniformément bornée dans E si elle est à la fois uniformément majorée et uniformément minorée dans E.
Pour que (fi) soit uniformément majorée dans E, il faut et il suffit donc que l’enveloppe supérieure de cette famille soit majorée dans E. Pour que (fi) soit uniformément bornée dans E, il faut et il suffit que l’enveloppe supérieure de la famille (∣fi∣) soit majorée dans E (c’est-à-dire qu’il existe un nombre fini a≥0 tel que, pour tout i∈I et tout x∈E, ∣fi(x)∣≤a).
6. Limite supérieure et limite inférieure d’une fonction numérique suivant un filtre
Soit f une fonction numérique, définie dans un ensemble E, filtré par un filtre G. On sait (I, p. 39) que G est un ensemble ordonné filtrant pour la relation ⊇. Considérons, pour tout ensemble X∈G, le nombre réel supx∈Xf(x); on définit ainsi une application X↦supx∈Xf(x) de G dans R, qui est décroissante dans G, d’après la prop. 7 de IV, p. 21. Elle a donc une limite suivant l’ensemble filtrant G, d’après le th. 2 de IV, p. 18.
Définition 6
On appelle limite supérieure de f suivant le filtre G, et on note lim.supGf, ou lim.supx,Gf(x), la limite de la fonction numérique X↦supx∈Xf(x) suivant l’ensemble filtrant G.
On définit de même la limite inférieure de f suivant le filtre G, qu’on note lim.infGf, ou lim.infx,Gf(x).
On a donc, par définition
{lim.supGf=limX∈G(supx∈Xf(x))lim.infGf=limX∈G(infx∈Xf(x)).
On se dispense souvent d’indiquer le filtre G dans les notations, et on écrit simplement lim.supf, ou lim.supxf(x), ou lim.supf(x), lorsqu’il ne peut en résulter de confusion.
D’après les formules (10) et le th. 1 de IV, p. 18, on a
x∈Einff(x)≤lim.Ginff≤lim.Gsupf≤x∈Esupf(x). D’après IV, p. 18, th. 2, on peut aussi écrire {lim.supGf=infX∈G(supx∈Xf(x))lim.infGf=supX∈G(infx∈Xf(x)). On peut d’ailleurs remplacer, aux seconds membres des formules (10) et (12), le filtre G par une quelconque de ses bases B. D’après (2) (IV, p. 20) et (10), on a lim.Ginff=−lim.Gsup(−f), ce qui permet de n’étudier que les propriétés de la limite supérieure.
Théorème 3
La limite supérieure d’une fonction numérique f suivant un filtre G est égale à la plus grande valeur d’adhérence de f suivant G.* En effet, soit b une valeur d’adhérence de f suivant G; pour tout X∈G, b est adhérent à f(X), donc b≤supx∈Xf(x), ce qui entraîne, d’après (12), b≤lim.supGf=a. D’autre part, soit V un voisinage ouvert quelconque du point a dans R; il existe X0∈G tel que, pour tout X∈G contenu dans X0, on ait supx∈Xf(x)∈V; comme V est ouvert, on en déduit que f(X) rencontre V; donc a est une valeur d’adhérence de f suivant G, ce qui achève la démonstration.
Corollaire 1
Pour que lim.supGf=lim.infGf, il faut et il suffit que f ait une limite suivant le filtre G; on a alors*
Glimf=lim.Gsupf=lim.Ginff. En effet, comme
R est compact, pour que la base de filtre
f(G) ait un point limite, il faut et il suffit que l’ensemble de ses points adhérents se réduise à un point (I, p. 60, corollaire).
Corollaire 2
Si H est un filtre plus fin que G, on a*
lim.Ginff≤lim.Hinff≤lim.Hsupf≤lim.Gsupf. En effet, toute valeur d’adhérence de
f suivant
H est aussi valeur d’adhérence de
f suivant
G (I, p. 49). En particulier, si
limHf existe, on a
lim.Ginff≤Hlimf≤lim.Gsupf.
Corollaire 3
Soit A un ensemble du filtre G et soient GA le filtre induit sur A par G, fA la restriction de f à A; on a
GAlimsupfA=Glimsupf. En effet, tout point adhérent à la base de filtre
f(G) est adhérent à la base de filtre
fA(GA), et réciproquement.
En raison de ce fait, lorsque f n’est définie que sur une partie A de E appartenant à G, on écrit souvent limsupGf, au lieu de limsupGAfA, par abus de langage.
Proposition 11
Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré E. La relation f≤g entraîne
{limsupf≤limsupgliminff≤liminfg. (14) C’est une conséquence immédiate des relations (12) (IV, p. 23).
Lorsque E est un espace topologique, et G le filtre des voisinages d’un point a de E, on écrit limsupx→af(x) (resp. liminfx→af(x)) au lieu de limsupGf (resp. liminfGf); on a évidemment
x→aliminff(x)≤f(a)≤x→alimsupf(x). (15) Plus généralement, lorsque
E est un sous-espace d’un espace topologique
F, et
G la trace sur
E du filtre des voisinages d’un point
a∈E, on écrit
limsupx→a,x∈Ef(x) (resp.
liminfx→a,x∈Ef(x)) au lieu de
limsupGf (resp.
liminfGf); on dit que
limsupx→a,x∈Ef(x) est la limite supérieure de
f(x) lorsque
x tend vers
a, en restant dans
E. Lorsque
E est le complémentaire de
{a}, on remplace, dans ces notations, «
x∈E » par «
x=a ».
Si A est une partie de E telle que a∈A, on a (IV, p. 23, cor. 2)
x→a,x∈Eliminff(x)≤x→a,x∈Aliminff(x)≤x→a,x∈Alimsupf(x)≤x→a,x∈Elimsupf(x) Si
V est un voisinage de
a dans
F, on a (cor. 3)
x→a,x∈V∩Elimsupf(x)=x→a,x∈Elimsupf(x). Autrement dit, les notions de limite inférieure et de limite supérieure, en un point d’un espace topologique, ont, comme celle de limite, un caractère local.
Enfin, lorsque G est le filtre de Fréchet sur N, la limite supérieure (resp. inférieure) suivant G de l’application n↦un de N dans R se note limsupn→∞un (resp. liminfn→∞un) et s’appelle limite supérieure (resp. limite inférieure) de la suite de nombres réels un.
La relation limsupn→∞un=a∈R est donc équivalente à la suivante: quel que soit ε>0, il existe un entier n0 tel que, pour tout n≥n0, un≤a+ε, et, pour une infinité de valeurs de n, un≥a−ε. On traduit de même la définition de la limite supérieure d’une suite lorsqu’elle a pour valeur +∞ ou −∞.
Étant donné une suite (fn) de fonctions numériques définies sur un ensemble E, on désignera par limsupn→∞fn (resp. liminfn→∞fn) la fonction numérique dont la valeur, en un point quelconque x∈E, est limsupn→∞fn(x) (resp. liminfn→∞fn(x)). D’après (10) (IV, p. 22) et (12) (IV, p. 23), on a
{limsupn→∞fn=infn∈N(supm≥nfm)≤limn→∞(supm≥nfm)liminfn→∞fn=supn∈N(infm≥nfm)=limn→∞(infm≥nfm)
les limites étant prises dans l’espace produit RE. Pour que la suite (fn) ait une limite dans RE, il faut et il suffit que limsupn→∞fn=liminfn→∞fn (IV, p. 23, cor. 1 et I, p. 51, cor. 1).
7. Opérations algébriques sur les fonctions numériques
Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble E; si la somme f(x)+g(x) (resp. le produit f(x)g(x)) a un sens quel que soit x∈E, on notera encore f+g (resp. fg) la fonction numérique x↦f(x)+g(x) (resp. x↦f(x)g(x)). De même, si 1/f(x) a un sens quel que soit x∈E, on notera 1/f la fonction x↦1/f(x).
Cette dernière fonction est donc définie lorsque f ne prend pas la valeur 0; lorsque f prend ses valeurs dans l’intervalle [0,+∞) (resp. dans (−∞,0]), on peut encore considérer que 1/f(x) est partout défini en posant 1/0=+∞ (resp. 1/0=−∞); la fonction 1/f sera encore définie dans ce cas.
Supposons E filtré par un filtre F, et que limFf et limFg existent; si, d’une part, la fonction f+g (resp. fg, resp. 1/f) est définie, et si, d’autre part, l’expression limFf+limFg (resp. limFf.limFg, resp. 1/limFf) a un sens, alors limF(f+g) (resp. limFfg, resp. limF(1/f)) existe et est égale à cette expression, en vertu de la continuité de la fonction x+y (resp. xy, resp. 1/x) aux points où elle est définie.
Proposition 12
Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble E, et A une partie non vide de E.
1° On a
x∈Asup(f(x)+g(x))≤x∈Asupf(x)+x∈Asupg(x)
x∈Asupf(x)+x∈Ainfg(x)≤x∈Asup(f(x)+g(x))
lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.
2° Si f(x) et g(x) sont ≥0 pour tout x∈A, on a
x∈Asup(f(x)g(x))≤x∈Asupf(x).x∈Asupg(x)
x∈Asupf(x).x∈Ainfg(x)≤x∈Asup(f(x)g(x))
lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.
3° Si f(x)⩾0 quel que soit x∈A,
x∈Asup(1/f(x))=1/x∈Ainff(x) (en posant
1/0=+∞).
Soit en effet H une partie finie quelconque de A; si x0 est un des points de H où f+g prend sa plus grande valeur, on a
f(x0)+g(x0)⩽x∈Hsupf(x)+x∈Hsupg(x); d’autre part, si
x1 est un des points de
H où
f prend sa plus grande valeur, on a
f(x1)+g(x1)⩾x∈Hsupf(x)+x∈Hinfg(x); donc
x∈Hsupf(x)+x∈Hinfg(x)⩽x∈Hsup(f(x)+g(x))⩽x∈Hsupf(x)+x∈Hsupg(x).
Les inégalités (17) et (18) en résultent, en appliquant la prop. 5 de IV, p. 20 et le th. 1 de IV, p. 18. Démonstrations analogues pour les autres inégalités.
Corollaire 1
Soient f une fonction numérique définie dans E, et k un nombre réel. On a*
x∈Asup(f(x)+k)=k+x∈Asupf(x) *lorsque les deux membres sont définis, et, pour
k⩾0,
x∈Asup(kf(x))=k⋅x∈Asupf(x) lorsque les deux membres sont définis.
Corollaire 2
Soient f1 et f2 deux fonctions numériques définies respectivement dans des ensembles E1 et E2; quelles que soient les parties non vides A1⊂E1,A2⊂E2, on a*
(x1,x2)∈A1×A2sup(f1(x1)+f2(x2))=x1∈A1supf1(x1)+x2∈A2supf2(x2) lorsque les deux membres sont définis; si f1 et f2 sont ⩾0 dans A1 et A2 respectivement, on a (x1,x2)∈A1×A2sup(f1(x1)f2(x2))=x1∈A1supf1(x1)⋅x2∈A2supf2(x2) *lorsque les deux membres sont définis
C’est une conséquence du corollaire précédent, et de IV, p. 21, prop. 9.
En particulier, si A et B sont deux parties de R telles que l’ensemble A+B des sommes x+y (x∈A,y∈B) soit défini, on a
sup(A+B)=supA+supB
si le second membre a un sens. De même, si A et B sont deux parties de (0,+∞), on a (27)
supAB=supA.supB lorsque les deux membres ont un sens.
Proposition 13
Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré E.
1∘ On a (28)
lim.sup(f+g)≤lim.supf+lim.supg (29)
lim.supf+lim.infg≤lim.sup(f+g) lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.
2∘ Si f et g sont ≥0 dans E, on a (30)
lim.supfg≤(lim.supf)(lim.supg) (31)
(lim.supf)(lim.infg)≤lim.supfg lorsque les deux membres de ces inégalités sont définis.
3∘ *Si f ≥0 dans E, (32)
lim.sup(1/f)=1/(lim.inff) (en posant
1/0=+∞).
Ce sont des conséquences de la prop. 12 (IV, p. 25) et des relations (10) (IV, p. 22).
Corollaire 1
Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré E. Si limg existe, on a* (33)
lim.sup(f+g)=lim.supf+limg lorsque les deux membres sont définis, et (34)
lim.supfg=(lim.supf)(limg) *lorsque les deux membres sont définis, et que f et g sont
≥0.
Corollaire 2
Soient f et g deux fonctions numériques définies dans un ensemble filtré E. Si limf=+∞, lim.infg>−∞, et si f+g est définie, on a lim(f+g)=+∞. Si limf=+∞, lim.infg>0 et si fg est défini, on a limfg=+∞.
Exercices
See the exercises for § 5.