Bourbaki

§ 1. L’espace numérique Rn\mathbf{R}^n

1. Topologie de Rn\mathbf{R}^n

Définition 1

On appelle espace numérique à n dimensions ou de dimension n (plan numérique lorsque n=2n = 2), et on note Rn\mathbf{R}^n, l’espace topologique produit de n espaces identiques à la droite numérique R\mathbf{R}.

Remarque

L’espace R0\mathbf{R}^0 est réduit à un point.

On sait (E, III, p. 49, cor. 1) que, si E est un ensemble infini, EnE^n est équipotent à E pour tout entier n>0n > 0; donc, pour n>0n > 0, Rn\mathbf{R}^n est équipotent à R\mathbf{R}, autrement dit, a la puissance du continu (cf. VI, p. 21, exerc. 1 et 2).

Définition 2

On appelle pavé ouvert (resp. pavé fermé) de Rn\mathbf{R}^n toute partie de Rn\mathbf{R}^n qui est le produit de n intervalles ouverts (resp. de n intervalles fermés) de R\mathbf{R}.

Les pavés ouverts de Rn\mathbf{R}^n forment une base de la topologie de Rn\mathbf{R}^n (I, p. 24); les pavés fermés sont des parties fermées pour cette topologie; l’adhérence d’un pavé ouvert est un pavé fermé; l’intérieur d’un pavé fermé est un pavé ouvert; les pavés ouverts contenant un point x=(xi)1≤i≤n\mathbf{x} = (x_i)_{1 \leq i \leq n} de Rn\mathbf{R}^n forment un système fondamental de voisinages de x\mathbf{x}; il en est de même des pavés fermés de Rn\mathbf{R}^n dont x\mathbf{x} est point intérieur.

Tout pavé ouvert non vide de Rn\mathbf{R}^n est homéomorphe à Rn\mathbf{R}^n (IV, p. 13, prop. 1).

On en conclut que, lorsque n≥1n \geq 1, tout ensemble ouvert non vide de Rn\mathbf{R}^n a la puissance du continu.

On appelle cube ouvert (resp. fermé) de Rn\mathbf{R}^n un pavé ouvert (resp. fermé) qui est le produit de n intervalles bornés et de longueurs égales (pour n=2n = 2, on dit carré ouvert (resp. fermé)); la longueur commune de ces intervalles est appelée le côté du cube. Les cubes ouverts Km=∏1≤i≤n]xi−1m,xi+1m[K_m = \prod_{1 \leq i \leq n} ]x_i - \frac{1}{m}, x_i + \frac{1}{m}[ forment (lorsque mm parcourt l’ensemble des entiers > 0, ou une suite d’entiers croissant indéfiniment) un système fondamental dénombrable de voisinages du point x=(xi)\mathbf{x} = (x_i).

Tout pavé ouvert (ou fermé) de Rn\mathbf{R}^n est connexe (I, p. 83, prop. 8); en particulier, Rn\mathbf{R}^n est un espace connexe et localement connexe.

Si A est un ensemble ouvert non vide dans Rn\mathbf{R}^n, ses composantes connexes sont donc des ensembles ouverts (I, p. 85, prop. 11); en outre, l’ensemble de ces composantes est dénombrable, car Rn\mathbf{R}^n contient une partie dénombrable dense (par exemple Qn\mathbf{Q}^n).

Cherchons la condition pour qu’une partie A de Rn\mathbf{R}^n soit relativement compacte; d’après le th. de Tychonoff (I, p. 63, th. 3), il faut et il suffit que les projections de A sur les espaces facteurs de Rn\mathbf{R}^n soient relativement compactes; d’après le th. de Borel-Lebesgue (IV, p. 6, th. 2), cela équivaut à dire que ces projections sont des parties bornées de R\mathbf{R}; lorsqu’il en est ainsi, on dit que A est une partie bornée de Rn\mathbf{R}^n; donc:

Proposition 1

Pour qu’une partie A de Rn\mathbf{R}^n soit relativement compacte, il faut et il suffit qu’elle soit bornée.

Corollaire

L’espace Rn\mathbf{R}^n est localement compact, et, pour n≥1n \geq 1, non compact.

2. Le groupe additif Rn\mathbf{R}^n

L’ensemble Rn\mathbf{R}^n muni de la structure de groupe produit des structures de groupe additif des n facteurs de Rn\mathbf{R}^n, est un groupe commutatif qu’on note additivement, la somme de x=(xi)\mathbf{x} = (x_i) et de y=(yi)\mathbf{y} = (y_i) étant donc x+y=(xi+yi)\mathbf{x} + \mathbf{y} = (x_i + y_i). La topologie de l’espace numérique est compatible avec cette structure de groupe; muni de ces deux structures, Rn\mathbf{R}^n est un groupe topologique qu’on appelle groupe additif de l’espace numérique à n dimensions.

La structure uniforme de ce groupe, dite structure uniforme additive de Rn\mathbf{R}^n, est le produit des structures uniformes des groupes facteurs de Rn\mathbf{R}^n (III, p. 21); si, pour chaque entier p>0p > 0, on désigne par VpV_p l’ensemble des couples (x,y)(\mathbf{x}, \mathbf{y}) de points de Rn\mathbf{R}^n tels que max⁡1≤i≤n∣xi−yi∣≤1/p\max_{1 \leq i \leq n} |x_i - y_i| \leq 1/p, les ensembles VpV_p forment un système fondamental d’entourages de cette structure uniforme. Lorsque nous considérons Rn\mathbf{R}^n comme un espace uniforme, ce sera toujours, sauf mention expresse du contraire, de la structure uniforme additive qu’il sera question. Muni de cette structure, Rn\mathbf{R}^n est un espace uniforme complet (II, p. 17, prop. 10).

3. L’espace vectoriel Rn\mathbf{R}^n

Comme R\mathbf{R} est un corps, on peut définir sur Rn\mathbf{R}^n une structure d’*espace vectoriel* sur R\mathbf{R} (A, II, p. 3), le produit txt \mathbf{x} d’un scalaire t∈Rt \in \mathbf{R} et d’un point (ou vecteur) x=(xi)\mathbf{x} = (x_i) de Rn\mathbf{R}^n étant le point (txi)(tx_i); on notera que l’homothétie (t,x)↦tx(t, \mathbf{x}) \mapsto t\mathbf{x} est continue dans R×Rn\mathbf{R} \times \mathbf{R}^n. Si ei\mathbf{e}_i désigne le vecteur de Rn\mathbf{R}^n dont toutes les coordonnées sont nulles, à l’exception de celle d’indice ii, qui est égale à 1, les ei\mathbf{e}_i forment une base de l’espace vectoriel Rn\mathbf{R}^n, dite base canonique de cet espace (A, II, p. 25); tout vecteur

x=(xi)∈Rn \mathbf{x} = (x_i) \in \mathbf{R}^n

s’écrit x=∑i=1nxiei\mathbf{x} = \sum_{i=1}^n x_i \mathbf{e}_i, et la relation ∑i=1ntiei=0\sum_{i=1}^n t_i \mathbf{e}_i = 0 entraîne ti=0t_i = 0 pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n.

L’espace vectoriel Rn\mathbf{R}^n est donc de dimension nn par rapport au corps R\mathbf{R}, au sens défini en Algèbre (A, II, p. 97), d’où son nom d’espace numérique à nn dimensions.

Soit ff une application affine (A, II, p. 130) de l’espace vectoriel Rn\mathbf{R}^n dans l’espace vectoriel Rm\mathbf{R}^m (mm et nn entiers ≥0\geq 0). Si on pose g(x)=f(x)−f(0)g(\mathbf{x}) = f(\mathbf{x}) - f(0), gg est une application linéaire de Rn\mathbf{R}^n dans Rm\mathbf{R}^m. Soient aija_{ij} (1≤j≤m1 \leq j \leq m) les coordonnées de g(ei)g(\mathbf{e}_i) dans Rm\mathbf{R}^m, bjb_j (1≤j≤m1 \leq j \leq m) celles de f(0)f(0); si xix_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) est la coordonnée d’indice ii de x∈Rn\mathbf{x} \in \mathbf{R}^n, yjy_j (1≤j≤m1 \leq j \leq m) la coordonnée d’indice jj de y=f(x)\mathbf{y} = f(\mathbf{x}), on a

yj=∑i=1naijxi+bj(1≤j≤m). y_j = \sum_{i=1}^n a_{ij} x_i + b_j \quad (1 \leq j \leq m).

Toute application affine de Rn\mathbf{R}^n dans Rm\mathbf{R}^m est uniformément continue dans Rn\mathbf{R}^n car c’est la somme d’une fonction constante et d’un homomorphisme continu, donc uniformément continu (III, p. 21).

En particulier, on sait que toute application affine de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même est bijective, et que son application réciproque est encore une application affine (A, II, p. 101, corollaire); donc, toute application affine de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même est un homéomorphisme (et un automorphisme de la structure uniforme de Rn\mathbf{R}^n).

Soit (ai)1≤i≤n(\mathbf{a}_i)_{1 \leq i \leq n} un système libre de nn vecteurs de Rn\mathbf{R}^n (ou, ce qui revient au même (A, II, p. 97, prop. 1), une base de l’espace vectoriel Rn\mathbf{R}^n); si b\mathbf{b} est un point quelconque de Rn\mathbf{R}^n, l’ensemble PP des points x=b+∑i=1nuiai\mathbf{x} = \mathbf{b} + \sum_{i=1}^n u_i \mathbf{a}_i, tels que −1≤ui≤1-1 \leq u_i \leq 1 pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, est un voisinage compact de b\mathbf{b}; en effet, il existe une application affine bijective ff de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même, telle que f(b)=0f(\mathbf{b}) = 0, f(b+ai)=eif(\mathbf{b} + \mathbf{a}_i) = \mathbf{e}_i pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n, et f(P)f(P) est le cube produit des nn intervalles (−1,+1)(-1, +1) dans les espaces facteurs de Rn\mathbf{R}^n. On dit que PP est le parallélétope fermé de centre b\mathbf{b}, construit sur les vecteurs de base ai\mathbf{a}_i. L’intérieur de PP est formé des points b+∑i=1nuiai\mathbf{b} + \sum_{i=1}^n u_i \mathbf{a}_i tels que −1<ui<1-1 < u_i < 1 pour 1≤i≤n1 \leq i \leq n; on dit que c’est le parallélétope ouvert de centre b\mathbf{b}, construit sur les ai\mathbf{a}_i.

Soit P∈R[X1,…,Xn]P \in \mathbf{R}[X_1, \ldots, X_n] un polynôme à nn indéterminées à coefficients réels. La fonction polynomiale associée à PP est l’application f:Rn→Rf : \mathbf{R}^n \to \mathbf{R} qui, à tout vecteur x=(xi)∈Rn\mathbf{x} = (x_i) \in \mathbf{R}^n, fait correspondre le nombre réel P(x1,…,xn)P(x_1, \ldots, x_n) (cf. A, IV, §2, no 3). Comme R\mathbf{R} est infini, à deux polynômes distincts sont associées deux fonctions polynomiales distinctes (A, IV, §2, no 5, prop. 9).

Proposition 2

Soit f:Rn→Rf : \mathbf{R}^n \to \mathbf{R} une fonction polynomiale. L’application ff est continue. Si ff n’est pas identiquement nulle, le complémentaire de l’ensemble f−1(0)f^{-1}(0) est un ouvert dense de Rn\mathbf{R}^n.

L’application ff est continue d’après III, p. 47; l’ensemble f−1(0)f^{-1}(0) est donc fermé. Supposons ff non identiquement nulle. Soit x\mathbf{x} un point quelconque de Rn\mathbf{R}^n et y\mathbf{y} un point de Rn\mathbf{R}^n tel que f(y)≠0f(\mathbf{y}) \neq 0. La fonction φ(t)=f(x+t(y−x))\varphi(t) = f(\mathbf{x} + t(\mathbf{y} - \mathbf{x})) est une fonction polynomiale non identiquement nulle de la variable réelle tt. L’ensemble de ses zéros est fini (A, IV, §2, n° 4, th. 2); il existe donc des valeurs de tt, arbitrairement petites, telles que φ(t)≠0\varphi(t) \neq 0, ce qui prouve que x\mathbf{x} est adhérent au complémentaire de f−1(0)f^{-1}(0).

4. Variétés linéaires affines de Rn\mathbf{R}^n

Etant donnée une variété linéaire affine non vide VV de Rn\mathbf{R}^n, de dimension pp, il existe une application affine ff de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même, qui transforme VV en le sous-espace vectoriel V′V' engendré par e1,…,epe_1, \ldots, e_p (A, II, p. 129). Comme V′V' est un pavé fermé et est homéomorphe à Rp\mathbf{R}^p, on en conclut:

Proposition 3

Toute variété linéaire affine non vide de dimension pp de Rn\mathbf{R}^n est un ensemble fermé dans Rn\mathbf{R}^n, homéomorphe à Rp\mathbf{R}^p.

Rappelons (A, II, p. 129) qu’on nomme droites, plans, hyperplans de Rn\mathbf{R}^n les variétés linéaires affines de dimension 1,2,n−11, 2, n - 1 (lorsque n⩾1n \geqslant 1).

Les nn droites passant par 00 et respectivement par les nn points eie_i, sont appelées axes de coordonnées. Pour n=2n = 2 l’axe passant par e1e_1 est dit axe des abscisses, l’axe passant par e2e_2 axe des ordonnées; la première coordonnée d’un point x∈R2\mathbf{x} \in \mathbf{R}^2 s’appelle son abscisse, la seconde son ordonnée.

Toute droite DD passant par un point a\mathbf{a} admet une représentation paramétrique t↦a+tbt \mapsto \mathbf{a} + t \mathbf{b}, où tt parcourt R\mathbf{R}, et b≠0\mathbf{b} \neq 0; cette application est un homéomorphisme de R\mathbf{R} sur DD; le vecteur b\mathbf{b} est appelé vecteur directeur de DD, ses composantes bib_i (1≤i≤n1 \leq i \leq n) paramètres directeurs (ou simplement paramètres) de DD; si b′\mathbf{b}' est un autre vecteur directeur de DD, il existe un nombre réel h≠0h \neq 0 tel que b′=hb\mathbf{b}' = h \mathbf{b}.

L’ensemble des points a+tb\mathbf{a} + t \mathbf{b}, où tt parcourt l’ensemble des nombres réels ≥0\geq 0, est appelé demi-droite fermée (ou simplement demi-droite) d’origine a\mathbf{a} et de vecteur directeur b\mathbf{b} (ou de paramètres directeurs bib_i). C’est un ensemble fermé dans Rn\mathbf{R}^n, homéomorphe à l’intervalle ]0,+∞[]0, +\infty[ de R\mathbf{R}, donc connexe. La droite DD est réunion des deux demi-droites d’origine a\mathbf{a} et de vecteurs directeurs b\mathbf{b} et −b-\mathbf{b} respectivement, qui sont dites opposées.

Par abus de langage, on appelle demi-droite ouverte d’origine a\mathbf{a} et de vecteur directeur b\mathbf{b}, l’ensemble des points a+tb\mathbf{a} + t \mathbf{b} où tt parcourt l’ensemble des nombres >0> 0; c’est un ensemble homéomorphe à l’intervalle ]0,+∞[]0, +\infty[ (donc à R\mathbf{R} lui-même), qui n’est pas ouvert dans Rn\mathbf{R}^n si n>1n > 1, mais est ouvert par rapport à la droite qui le contient.

Une droite passant par deux points distincts xx et yy admet aussi la représentation paramétrique (u,v)↦ux+vy(u, v) \mapsto u x + v y, où (u,v)(u, v) parcourt l’ensemble des couples de nombres réels tels que u+v=1u + v = 1. Étant donnés deux points quelconques x,yx, y (distincts ou non), on appelle segment fermé (ou simplement segment) d’extrémités x,yx, y l’ensemble des points ux+vyu x + v y, où (u,v)(u, v) parcourt l’ensemble des couples de nombres réels tels que u⩾0,v⩾0u \geqslant 0, v \geqslant 0 et u+v=1u + v = 1; un segment fermé est compact et connexe, car si ses extrémités sont distinctes, il est homéomorphe à l’intervalle [0,1][0, 1] de R\mathbf{R}.

Si x≠yx \neq y, on appelle de même (par abus de langage) segment ouvert d’extrémités x,yx, y, l’ensemble des points ux+vyu x + v y tels que u>0,v>0,u+v=1u > 0, v > 0, u + v = 1; c’est un ensemble homéomorphe à l’intervalle ouvert ]0,1[0, 1[ (donc à R\mathbf{R} lui-même). Enfin, on appelle parfois segment ouvert en xx, fermé en yy, la réunion de yy et du segment ouvert d’extrémités x,yx, y; c’est un ensemble homéomorphe à l’intervalle [0,1[[0, 1[. Tous les segments d’extrémités x,yx, y sont connexes et ont pour adhérence le segment fermé de mêmes extrémités.

Proposition 4

Dans Rn\mathbf{R}^n, le complémentaire d’une variété linéaire affine VV de dimension p<np < n est un ouvert dense. Si p<n−1p < n - 1, il est connexe. Si p=n−1p = n - 1, il a deux composantes connexes, homéomorphes à Rn\mathbf{R}^n*.

Il existe une application affine de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même, qui transforme VV en le sous-espace vectoriel EpE_p engendré par e1,…,epe_1, \ldots, e_p. Il suffit donc de traiter le cas où V=EpV = E_p. L’ensemble EpE_p est un pavé fermé, d’intérieur vide puisque p<np < n; son complémentaire UpU_p est donc un ouvert dense. Lorsque p=n−1p = n - 1, l’ensemble UpU_p est la réunion des deux pavés ouverts définis respectivement par les relations xn>0,xn<0x_n > 0, x_n < 0; ces pavés sont connexes, non vides, et disjoints, donc sont les composantes connexes de UpU_p. Lorsque p<n−1p < n - 1, l’ensemble UpU_p contient la réunion AA des trois pavés ouverts A1,A2,A3A_1, A_2, A_3 définis par xn>0,xn−1<0,xn<0x_n > 0, x_{n-1} < 0, x_n < 0; les intersections A1∩A2A_1 \cap A_2 et A2∩A3A_2 \cap A_3 ne sont pas vides; l’ensemble AA est donc connexe (I, p. 81, cor. de la prop. 2). L’ensemble AA contient Un−1U_{n-1}; il est donc dense dans Rn\mathbf{R}^n, et par suite dans UpU_p, ce qui entraîne que UpU_p est connexe (loc. cit. prop. 1).

Les composantes connexes E1E_1 et E2E_2 du complémentaire GHG H d’un hyperplan sont appelées les demi-espaces ouverts déterminés par HH.

Les adhérences de E1E_1 et E2E_2, qui sont respectivement E1∪HE_1 \cup H et E2∪HE_2 \cup H, sont appelées les demi-espaces fermés déterminés par HH.

5. Topologie des espaces vectoriels et des algèbres sur le corps R\mathbf{R}.

Soit EE un espace vectoriel à nn dimensions sur le corps R\mathbf{R}; si (ai)1≤i≤n(a_i)_{1 \leq i \leq n} est une base de cet espace, tout point x∈Ex \in E se met d’une seule manière sous la forme x=∑i=1nxiaix = \sum_{i=1}^n x_i a_i, où les xix_i sont des nombres réels; l’application (xi)↦∑i=1nxiai(x_i) \mapsto \sum_{i=1}^n x_i a_i est donc une application linéaire bijective de Rn\mathbf{R}^n sur EE. Si on transporte à EE la topologie de Rn\mathbf{R}^n par cette

application, E se trouve muni d’une topologie compatible avec sa structure de groupe additif, et pour laquelle l’application (t,x)↦tx(t, x) \mapsto t x de R×E\mathbf{R} \times E dans EE est continue. Cette topologie est indépendante de la base choisie dans EE; en effet, si (ai′)(a'_i) est une autre base de EE, et si x=∑i=1nxi′ai′=∑i=1nxiaix = \sum_{i=1}^n x'_i a'_i = \sum_{i=1}^n x_i a_i, l’application (xi)↦(xi′)(x_i) \mapsto (x'_i) de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même est une application linéaire, donc un homéomorphisme.

Nous verrons ultérieurement que la topologie ainsi définie peut être aussi caractérisée de la manière suivante: c’est la seule topologie séparée sur EE, pour laquelle les fonctions x−yx - y et txt x soient continues (dans E×EE \times E et R×E\mathbf{R} \times E respectivement) (EVT, I, §2, th. 2).

Si maintenant AA est une algèbre de dimension finie nn sur le corps R\mathbf{R}, la topologie précédente sur AA (considéré comme espace vectoriel à nn dimensions sur R\mathbf{R}) est non seulement compatible avec la structure de groupe additif de AA, mais aussi avec sa structure d'*anneau*. Cela résulte de la proposition plus générale suivante:

Proposition 5

Soient* EE, FF, GG trois espaces vectoriels de dimensions finies sur le corps R\mathbf{R}; toute application bilinéaire¹ ff de E×FE \times F dans GG est continue.

En effet, on peut supposer que E=RmE = \mathbf{R}^m, F=RnF = \mathbf{R}^n, G=RpG = \mathbf{R}^p; tout revient à prouver que les coordonnées dans Rp\mathbf{R}^p de f(x,y)f(x, y) sont fonctions continues de (x,y)∈E×F(x, y) \in E \times F (I, p. 25, prop. 1); autrement dit, il suffit de montrer que toute forme bilinéaire gg est continue dans E×FE \times F, ce qui est immédiat, puisque g(x,y)g(x, y) est un polynôme par rapport aux coordonnées de xx et de yy.

6. Topologie des espaces de matrices sur R\mathbf{R}

Comme exemple important d’espace vectoriel sur R\mathbf{R}, citons l’espace Mm,n(R)\mathbf{M}_{m, n}(\mathbf{R}) des matrices à m lignes et n colonnes dont les éléments appartiennent à R\mathbf{R}; c’est un espace de dimension mnmn sur R\mathbf{R}, donc homéomorphe à Rmn\mathbf{R}^{mn}. D’après la prop. 5 de VI, p. 6, le produit X⋅YX \cdot Y de deux matrices X∈Mm,n(R)X \in \mathbf{M}_{m, n}(\mathbf{R}), Y∈Mn,p(R)Y \in \mathbf{M}_{n, p}(\mathbf{R}) est fonction continue de (X,Y)(X, Y). En particulier, la topologie de l’espace Mn(R)\mathbf{M}_n(\mathbf{R}) des matrices carrées d’ordre nn (cf. A, II, p. 149) est compatible avec la structure d’anneau sur Mn(R)\mathbf{M}_n(\mathbf{R}). En outre:

Proposition 6

Dans l’anneau* Mn(R)\mathbf{M}_n(\mathbf{R}), le groupe GLn(R)\mathbf{GL}_n(\mathbf{R}) des matrices inversibles est un ensemble ouvert dense, et la topologie induite sur cet ensemble est compatible avec sa structure de groupe.

En effet, GLn(R)\mathbf{GL}_n(\mathbf{R}) est le complémentaire de l’ensemble des matrices carrées XX dont le déterminant est nul; comme le déterminant de XX est un polynôme par

¹ Rappelons (A, II, p. 56) que, si EE, FF, GG sont trois espaces vectoriels sur R\mathbf{R}, une application ff de E×FE \times F dans GG est dite bilinéaire si l’on a identiquement f(x+x′,y)=f(x,y)+f(x′,y)f(x + x', y) = f(x, y) + f(x', y), f(x,y+y′)=f(x,y)+f(x,y′)f(x, y + y') = f(x, y) + f(x, y'), f(λx,y)=f(x,λy)=λf(x,y)f(\lambda x, y) = f(x, \lambda y) = \lambda f(x, y), quels que soient les éléments xx, x′x' de EE, yy, y′y' de FF et λ∈R\lambda \in \mathbf{R}.

rapport aux éléments de XX, la prop. 2 de VI, p. 4 prouve que GLn(R)\mathbf{GL}_n(\mathbf{R}) est ouvert et dense dans Mn(R)\mathbf{M}_n(\mathbf{R}).

Montrons enfin que l’application X→X−1X \to X^{-1} de GLn(R)\mathbf{GL}_n(\mathbf{R}) dans lui-même est continue. Les éléments de X−1X^{-1} sont les quotients de fonctions polynomiales des éléments de XX par le déterminant de XX, donc dépendent continûment de XX (VI, p. 4, prop. 2).

Exercices

See the exercises for § 1.

Transcribed from the printed volume. Not translated.