Bourbaki

§ 2. Distance euclidienne; boules et sphères

1. Distance euclidienne dans Rn\mathbf{R}^n

On appelle distance euclidienne de deux points x=(xi),y=(yi)\mathbf{x} = (x_i), \mathbf{y} = (y_i) de Rn\mathbf{R}^n le nombre

d(x,y)=∑i=1n(xi−yi)2≥0; d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = \sqrt{\sum_{i=1}^n (x_i - y_i)^2} \geq 0;
rappelons-en les principales propriétés (A, IX, §7, n° 1). La relation d(x,y)=0d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = 0 équivaut à x=y\mathbf{x} = \mathbf{y}. On a d(y,x)=d(x,y)d(\mathbf{y}, \mathbf{x}) = d(\mathbf{x}, \mathbf{y}); pour tout scalaire t∈Rt \in \mathbf{R}, d(tx,ty)=∣t∣d(x,y)d(t\mathbf{x}, t\mathbf{y}) = |t| d(\mathbf{x}, \mathbf{y}); quel que soit z∈Rn\mathbf{z} \in \mathbf{R}^n,
d(x+z,y+z)=d(x,y), d(\mathbf{x} + \mathbf{z}, \mathbf{y} + \mathbf{z}) = d(\mathbf{x}, \mathbf{y}),
autrement dit, la distance de deux points est invariante par translation. La distance d(0,x)d(0, \mathbf{x}) de l’origine 0 à un point x\mathbf{x} se note encore ∣∣x∣∣||\mathbf{x}|| et s’appelle norme euclidienne de x\mathbf{x} (ou simplement norme de x\mathbf{x}, quand aucune confusion n’en résulte; cf. IX, p. 31); on a d(x,y)=∣∣y−x∣∣d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = ||\mathbf{y} - \mathbf{x}||.

Pour n=1n = 1, la distance euclidienne des points x,yx, y de R\mathbf{R} se réduit à la longueur ∣y−x∣|y - x| des intervalles d’extrémités x,yx, y; pour nn quelconque, on dit encore que d(x,y)=∣∣y−x∣∣d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = ||y - x|| est la longueur des segments d’extrémités x,y\mathbf{x}, \mathbf{y}.

La distance euclidienne satisfait à l’inégalité, dite inégalité du triangle,

d(x,y)≤d(x,z)+d(z,y) d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) \leq d(\mathbf{x}, \mathbf{z}) + d(\mathbf{z}, \mathbf{y})
quels que soient x,y,z\mathbf{x}, \mathbf{y}, \mathbf{z} dans Rn\mathbf{R}^n.

La démonstration de la relation (1) se ramène à celle de l’inégalité

(∑i=1n(xi+yi)2)1/2≤(∑i=1nxi2)1/2+(∑i=1nyi2)1/2; \left( \sum_{i=1}^n (x_i + y_i)^2 \right)^{1/2} \leq \left( \sum_{i=1}^n x_i^2 \right)^{1/2} + \left( \sum_{i=1}^n y_i^2 \right)^{1/2};
cette dernière est équivalente à l’inégalité de Cauchy-Schwarz
(∑i=1nxiyi)2≤(∑i=1nxi2)(∑i=1nyi2), \left( \sum_{i=1}^n x_i y_i \right)^2 \leq \left( \sum_{i=1}^n x_i^2 \right) \left( \sum_{i=1}^n y_i^2 \right),
et cette inégalité est elle-même conséquence immédiate de l’identité de Lagrange
(∑i=1nxi2)(∑i=1nyi2)−(∑i=1nxiyi)2=12∑i,j(xiyj−xjyi)2. \left( \sum_{i=1}^n x_i^2 \right) \left( \sum_{i=1}^n y_i^2 \right) - \left( \sum_{i=1}^n x_i y_i \right)^2 = \frac{1}{2} \sum_{i,j} (x_i y_j - x_j y_i)^2.
Cette démonstration montre en même temps que les deux membres de (1) ne peuvent être égaux que si z\mathbf{z} est un point du segment d’extrémités x,y\mathbf{x}, \mathbf{y}.

De (1) on déduit l’inégalité

(2)

d(x,y)≥∣d(x,z)−d(y,z)∣. d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) \geq |d(\mathbf{x}, \mathbf{z}) - d(\mathbf{y}, \mathbf{z})|.

Enfin si x=(xi),y=(yi)\mathbf{x} = (x_i), \mathbf{y} = (y_i), on a (3)

sup⁡1≤i≤n∣xi−yi∣≤d(x,y)≤n⋅sup⁡1≤i≤n∣xi−yi∣. \sup_{1 \leq i \leq n} |x_i - y_i| \leq d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) \leq \sqrt{n} \cdot \sup_{1 \leq i \leq n} |x_i - y_i|.

On en conclut que, pour qu’une partie A de Rn\mathbf{R}^n soit bornée (VI, p. 2), il faut et il suffit que sup⁡x∈A∥x∥<+∞\sup_{\mathbf{x} \in A} \| \mathbf{x} \| < +\infty.

2. Déplacements

Rappelons encore (A, IX, § 6, no 6) que les transformations affines ff de Rn\mathbf{R}^n sur lui-même qui laissent invariant la distance de deux points quelconques (c’est-à-dire telles que d(f(x),f(y))=d(x,y)d(f(\mathbf{x}), f(\mathbf{y})) = d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) quels que soient x\mathbf{x} et y\mathbf{y}) sont appelées déplacements euclidiens (ou simplement déplacements)[^1]; elles forment un groupe, dit groupe des déplacements de Rn\mathbf{R}^n. Ce groupe opère transitiivement dans Rn\mathbf{R}^n; plus généralement, si V et V’ sont deux variétés linéaires affines de Rn\mathbf{R}^n de même dimension, il existe toujours un déplacement transformant V en V’. Les déplacements laissant invariant l’origine, appelés transformations orthogonales, forment un sous-groupe du groupe des déplacements, dit groupe orthogonal à nn variables réelles (A, IX, § 6, no 2); les applications linéaires qui forment ce groupe sont caractérisées par la propriété de laisser invariant la norme ∥x∥\| \mathbf{x} \| de tout point x∈Rn\mathbf{x} \in \mathbf{R}^n, ou, ce qui revient au même, la forme quadratique ∥x∥2=∑i=1nxi2\| \mathbf{x} \|^2 = \sum_{i=1}^n x_i^2. On appelle produit scalaire de deux vecteurs x=(xi)\mathbf{x} = (x_i) et y=(yi)\mathbf{y} = (y_i) de Rn\mathbf{R}^n, la valeur ∑i=1nxiyi\sum_{i=1}^n x_i y_i de la forme bilinéaire associée (A, IX, § 3, no 4) à la forme quadratique 12∑i=1nxi2\frac{1}{2} \sum_{i=1}^n x_i^2; on le note (x∣y)(\mathbf{x} \mid \mathbf{y}), ou simplement xy\mathbf{x} \mathbf{y} lorsque aucune confusion n’est à craindre; toute transformation orthogonale laisse invariant le produit scalaire. Deux vecteurs x,y\mathbf{x}, \mathbf{y} sont dits orthogonaux si (x∣y)=0(\mathbf{x} \mid \mathbf{y}) = 0; deux sous-espaces vectoriels V, V’ de Rn\mathbf{R}^n sont dits orthogonaux si tout x∈V\mathbf{x} \in V est orthogonal à tout y∈V′\mathbf{y} \in V'; deux variétés linéaires affines P, P’ sont dites orthogonales si les sous-espaces vectoriels respectivement parallèles à P et P’ sont orthogonaux.

3. Boules et sphères euclidiennes

Pour tout entier p>0p > 0, désignons par UpU_p l’ensemble des couples (x,y)(\mathbf{x}, \mathbf{y}) de points de Rn\mathbf{R}^n tels que d(x,y)<1/pd(\mathbf{x}, \mathbf{y}) < 1/p; les inégalités (3) (VI, p. 8) montrent que les ensembles UpU_p forment un système fondamental d’entourages de la structure uniforme de Rn\mathbf{R}^n (cf. IX, p. 12).

De ce fait, et de l’inégalité

∣d(x,y)−d(x′,y′)∣≤d(x,x′)+d(y,y′), |d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) - d(\mathbf{x}', \mathbf{y}')| \leq d(\mathbf{x}, \mathbf{x}') + d(\mathbf{y}, \mathbf{y}'),
qui est une conséquence de (1) (VI, p. 7), on conclut que d(x,y)d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) est uniformément continue dans Rn×Rn\mathbf{R}^n \times \mathbf{R}^n; la norme ∥x∥=d(0,x)\| \mathbf{x} \| = d(0, \mathbf{x}) est par suite uniformément continue dans Rn\mathbf{R}^n.

Définition 1

Étant donnés un point x0∈Rn\mathbf{x}_0 \in \mathbf{R}^n, et un nombre r>0r > 0, on appelle boule euclidienne ouverte (resp. fermée) à n dimensions de centre x0\mathbf{x}_0 et de rayon rr, l’ensemble des points x∈Rn\mathbf{x} \in \mathbf{R}^n tels que d(x0,x)<rd(\mathbf{x}_0, \mathbf{x}) < r (resp. d(x0,x)≤rd(\mathbf{x}_0, \mathbf{x}) \leq r); on appelle sphère euclidienne à n−1n - 1 dimensions, de centre x0\mathbf{x}_0 et de rayon rr, l’ensemble des points x\mathbf{x} tels que d(x0,x)=rd(\mathbf{x}_0, \mathbf{x}) = r.

Lorsque aucune confusion n’est à craindre, on dit simplement « boule » (resp. « sphère ») pour « boule euclidienne » (resp. « sphère euclidienne »). Pour n=2n = 2, on dit « disque » au lieu de « boule à 2 dimensions », et « cercle » au lieu de « sphère à 1 dimension ».

Pour n=1n = 1, la boule ouverte (resp. fermée) de centre x0x_0 et de rayon rr est l’intervalle ]x0−r,x0+r[]x_0 - r, x_0 + r[ (resp. [x0−r,x0+r][x_0 - r, x_0 + r]); la sphère de centre x0x_0 et de rayon rr est l’ensemble des deux extrémités x0−r,x0+rx_0 - r, x_0 + r de ces intervalles. Pour n=0n = 0, toute boule est réduite à 0, et toute sphère est vide.

D’après ce qui précède, les boules (ouvertes ou fermées) de centre x0\mathbf{x}_0 (ou seulement celles de rayon 1/p1/p, où pp parcourt l’ensemble des entiers >0> 0) forment un système fondamental de voisinages du point x0\mathbf{x}_0.

Proposition 1

Toute boule ouverte (resp. fermée) de Rn\mathbf{R}^n est un ensemble ouvert (resp. compact). L’adhérence d’une boule ouverte est la boule fermée de même centre et de même rayon ; l’intérieur d’une boule fermée est la boule ouverte de même centre et de même rayon.

La boule ouverte (resp. fermée) de centre x0\mathbf{x}_0 et de rayon rr est l’image réciproque de l’intervalle ]−∞,r[]-\infty, r[ (resp. ]−∞,r]]-\infty, r]) par la fonction continue d(x0,x)d(\mathbf{x}_0, \mathbf{x}); c’est donc un ensemble ouvert (resp. fermé et borné, donc compact). Si d(x0,x)=rd(\mathbf{x}_0, \mathbf{x}) = r, et si y=x0+t(x−x0)\mathbf{y} = \mathbf{x}_0 + t(\mathbf{x} - \mathbf{x}_0) (0<t<10 < t < 1) est un point du segment ouvert d’extrémités x0\mathbf{x}_0 et x\mathbf{x}, on a d(x0,y)=tr<rd(\mathbf{x}_0, \mathbf{y}) = tr < r, et d(x,y)=(1−t)rd(\mathbf{x}, \mathbf{y}) = (1 - t)r est aussi petit qu’on veut; donc x\mathbf{x} est adhérent à la boule ouverte de centre x0\mathbf{x}_0 et de rayon rr. De même, si z=x+t(x−x0)\mathbf{z} = \mathbf{x} + t(\mathbf{x} - \mathbf{x}_0) (t>0t > 0) est un point de la demi-droite ouverte d’origine x\mathbf{x} et de vecteur directeur x−x0\mathbf{x} - \mathbf{x}_0, on a

d(x0,z)=(1+t)r>r, d(\mathbf{x}_0, \mathbf{z}) = (1 + t)r > r,
et d(x,z)=trd(\mathbf{x}, \mathbf{z}) = tr est aussi petit qu’on veut; donc x\mathbf{x} n’est pas intérieur à la boule fermée de centre x0\mathbf{x}_0 et de rayon rr.

Corollaire

Toute sphère euclidienne est un ensemble compact, frontière de la boule ouverte et de la boule fermée de même centre et de même rayon.

L’homéomorphisme affine x↦(1/r)(x−x0)\mathbf{x} \mapsto (1/r)(\mathbf{x} - \mathbf{x}_0) transforme la sphère (resp. boule ouverte, boule fermée) de centre x0\mathbf{x}_0 et de rayon rr en la sphère (resp. boule ouverte, boule fermée) de centre 0 et de rayon 1 ; on désigne cette sphère par la notation Sn−1S_{n-1} et on l’appelle sphère unité dans Rn\mathbf{R}^n; de même, on désigne par BnB_n, et on appelle boule unité dans Rn\mathbf{R}^n, la boule fermée de centre 0 et de rayon 1. L’étude topologique d’une sphère à n−1n - 1 dimensions (resp. d’une boule fermée à nn dimensions) est donc ramenée à celle de Sn−1S_{n-1} (resp. BnB_n). Quant aux boules ouvertes, on a la proposition suivante:

Proposition 2

Toute boule ouverte à n dimensions est homéomorphe à Rn\mathbf{R}^n.

En effet, l’application x↦x/(1+∥x∥)x \mapsto x/(1 + \|x\|) est continue dans Rn\mathbf{R}^n et applique Rn\mathbf{R}^n sur la boule ouverte de centre 0 et de rayon 1 ; en outre, de y=x/(1+∥x∥)y = x/(1 + \|x\|) on tire x=y/(1−∥y∥)x = y/(1 - \|y\|), donc l’application précédente est bijective et bicontinue.

Désignons par Rn∗R_n^* le complémentaire de 0 dans Rn\mathbf{R}^n, et rappelons qu’on désigne par R∗\mathbf{R}^* l’ensemble des nombres réels >0> 0.

Proposition 3

L’application (t,z)↦tz(t, z) \mapsto tz est un homéomorphisme de R∗×Sn−1\mathbf{R}^* \times S_{n-1} sur Rn∗R_n^*.

En effet, tout point x≠0x \neq 0 peut s’écrire d’une manière et d’une seule sous la forme tztz, avec t>0t > 0 et ∥z∥=1\|z\| = 1, car de la relation x=tzx = tz, on tire t=∥x∥t = \|x\|, et z=x/∥x∥z = x/\|x\|. Puisque tztz est continue dans le produit R×Rn\mathbf{R} \times \mathbf{R}^n, donc a fortiori dans R∗×Sn−1\mathbf{R}^* \times S_{n-1}, et que ∥x∥\|x\| et 1/∥x∥1/\|x\| sont continues dans Rn∗R_n^*, la proposition est démontrée.

L’application x↦x/∥x∥x \mapsto x/\|x\| est appelée projection centrale de Rn∗R_n^* sur Sn−1S_{n-1}. On définit de même la projection centrale du complémentaire d’un point aa sur une sphère de centre aa.

En particulier, pour n=1n = 1, on a Sn−1={−1,+1}S_{n-1} = \{-1, +1\}, la projection centrale d’un nombre réel x≠0x \neq 0 est son signe sgn⁡x\operatorname{sgn} x, et on retrouve ainsi la prop. 2 de IV, p. 12.

Corollaire 1

La sphère Sn−1S_{n-1} est homéomorphe à l’espace quotient de Rn∗R_n^* par la relation d’équivalence dont les classes sont les demi-droites ouvertes d’origine 0.

Ces classes peuvent aussi être définies comme les orbites distinctes de {0}\{0\}, du groupe des homothéties de rapport >0> 0.

Corollaire 2

L’espace Rn∗R_n^* est homéomorphe à R×Sn−1\mathbf{R} \times S_{n-1}.

En effet, R∗=]0,+∞[\mathbf{R}^* = ]0, +\infty[ est homéomorphe à R\mathbf{R} (IV, p. 13, prop. 1).

Remarque

Les propositions précédentes ne sont pas particulières aux boules euclidiennes, mais peuvent s’étendre à toute une catégorie de voisinages compacts de 0 dans Rn\mathbf{R}^n (voir VI, p. 24, exerc. 12).

Les ensembles Sn−1S_{n-1} et BnB_n sont évidemment invariants par toute transformation orthogonale. Si VV est un sous-espace vectoriel à pp dimensions de Rn\mathbf{R}^n, il existe une transformation orthogonale transformant VV en le sous-espace vectoriel de

R^n engendré par e_1, e_2, ..., e_p; on en conclut que V ∩ S_{n-1} (resp. V ∩ B_n) est homéomorphe à S_{p-1} (resp. B_p).

4. Projection stéréographique

Supposons n > 1 et considérons le point e_n = (0, ..., 0, 1) de S_{n-1}, et l’hyperplan H d’équation x_n = 0, orthogonal au vecteur e_n. À tout point x = (x_i) de S_{n-1}, distinct de e_n, faisons correspondre le point y où la droite passant par e_n et x rencontre l’hyperplan H (fig. 3).

!Figure 3

On vérifie aisément qu’on a y = 11−xn(x−xnen)\frac{1}{1 - x_n} (x - x_n e_n) et

x=∥y∥2−1∥y∥2+1en+2∥y∥2+1y. x = \frac{\|y\|^2 - 1}{\|y\|^2 + 1} e_n + \frac{2}{\|y\|^2 + 1} y.

Si on désigne par A le complémentaire de {e_n} par rapport à S_{n-1}, ces formules prouvent qu’on a défini ainsi un homéomorphisme de A sur l’hyperplan H. Cet homéomorphisme est appelé projection stéréographique de A sur H, ou, par abus de langage, projection stéréographique de S_{n-1} sur H (cf. A, IX, § 10, exerc. 14); e_n est le point de vue de la projection, H l’hyperplan de projection. Plus généralement, si a est un point de S_{n-1} et H’ l’hyperplan passant par 0 et orthogonal à la droite passant par 0 et a, on définit de la même manière la projection stéréographique de point de vue a sur l’hyperplan de projection H’. Cette projection définit un homéomorphisme du complémentaire de a dans S_{n-1} sur H’, d’où:

Proposition 4

Pour n ≥ 1, le complémentaire d’un point dans la sphère euclidienne S_{n-1} est homéomorphe à l’espace numérique R^{n-1}.

Corollaire 1

Pour n ≥ 1, la sphère S_{n-1} est homéomorphe à l’espace compact obtenu par adjonction à R^{n-1} d’un « point à l’infini » (I, p. 68).

Comme S_{n-1} est compact, cela résulte immédiatement de la prop. 4 et de loc. cit., th. 4.

Corollaire 2

Pour n > 1, la sphère euclidienne S_{n-1} est un espace connexe et localement connexe dont tout point admet un voisinage ouvert homéomorphe à R^{n-1}.

En effet, la sphère étant un espace séparé, le complémentaire U(a)U(a) d’un point aa de Sn−1S_{n-1} est ouvert dans Sn−1S_{n-1}; si n>1n > 1, l’espace Sn−1S_{n-1} est la réunion de deux parties connexes U(a)U(a) et U(−a)U(-a) dont l’intersection est non vide, donc est connexe (I, p. 81, prop. 2).

Corollaire 3

Pour n⩾1n \geqslant 1, la sphère SnS_n est homéomorphe à l’espace quotient de la boule BnB_n, obtenu en identifiant tous les points de la sphère Sn−1S_{n-1}.

En effet, la boule BnB_n est un espace régulier (I, p. 56); donc l’espace quotient F de BnB_n obtenu en identifiant tous les points de Sn−1S_{n-1} est séparé (I, p. 58, prop. 15). Comme BnB_n est un espace compact, F est compact, et est donc homéomorphe à l’espace compact déduit d’une boule ouverte à nn dimensions par adjonction d’un point à l’infini, en vertu du th. d’Alexandroff (I, p. 67, th. 4); les prop. 2 (VI, p. 10) et 4 entraînent donc le corollaire.

En particulier, pour n=1n = 1, compte tenu de la prop. 4 de V, p. 2:

Corollaire 4

Le cercle S1S_1 est homéomorphe au tore TT.

Dans VIII, p. 4, nous retrouverons cette proposition comme conséquence d’un théorème plus précis.

On appelle hémisphère fermé (resp. hémisphère ouvert) de Sn−1S_{n-1} l’intersection de Sn−1S_{n-1} et d’un demi-espace fermé (resp. ouvert) déterminé par un hyperplan; par projection stéréographique sur un tel hyperplan, l’hémisphère fermé (resp. ouvert) ne contenant pas le point de vue, est appliqué sur une boule fermée (resp. ouverte) à n−1n - 1 dimensions, à laquelle il est donc homéomorphe.

Pour n=2n = 2, on dit « demi-cercle » au lieu d’« hémisphère ».

Exercices

See the exercises for § 2.

[^1]: La seule hypothèse que d(f(x),f(y))=d(x,y)d(f(\mathbf{x}), f(\mathbf{y})) = d(\mathbf{x}, \mathbf{y}) quels que soient x,y\mathbf{x}, \mathbf{y} entraîne d’ailleurs que ff est linéaire affine, donc un déplacement (cf. A, IX, § 6, exerc. 21).

Transcribed from the printed volume. Not translated.