§ 2. Distance euclidienne; boules et sphères
1. Distance euclidienne dans
On appelle distance euclidienne de deux points de le nombre
Pour , la distance euclidienne des points de se réduit à la longueur des intervalles d’extrémités ; pour quelconque, on dit encore que est la longueur des segments d’extrémités .
La distance euclidienne satisfait à l’inégalité, dite inégalité du triangle,
La démonstration de la relation (1) se ramène à celle de l’inégalité
De (1) on déduit l’inégalité
(2)
Enfin si , on a (3)
On en conclut que, pour qu’une partie A de soit bornée (VI, p. 2), il faut et il suffit que .
2. Déplacements
Rappelons encore (A, IX, § 6, no 6) que les transformations affines de sur lui-même qui laissent invariant la distance de deux points quelconques (c’est-à-dire telles que quels que soient et ) sont appelées déplacements euclidiens (ou simplement déplacements)[^1]; elles forment un groupe, dit groupe des déplacements de . Ce groupe opère transitiivement dans ; plus généralement, si V et V’ sont deux variétés linéaires affines de de même dimension, il existe toujours un déplacement transformant V en V’. Les déplacements laissant invariant l’origine, appelés transformations orthogonales, forment un sous-groupe du groupe des déplacements, dit groupe orthogonal à variables réelles (A, IX, § 6, no 2); les applications linéaires qui forment ce groupe sont caractérisées par la propriété de laisser invariant la norme de tout point , ou, ce qui revient au même, la forme quadratique . On appelle produit scalaire de deux vecteurs et de , la valeur de la forme bilinéaire associée (A, IX, § 3, no 4) à la forme quadratique ; on le note , ou simplement lorsque aucune confusion n’est à craindre; toute transformation orthogonale laisse invariant le produit scalaire. Deux vecteurs sont dits orthogonaux si ; deux sous-espaces vectoriels V, V’ de sont dits orthogonaux si tout est orthogonal à tout ; deux variétés linéaires affines P, P’ sont dites orthogonales si les sous-espaces vectoriels respectivement parallèles à P et P’ sont orthogonaux.
3. Boules et sphères euclidiennes
Pour tout entier , désignons par l’ensemble des couples de points de tels que ; les inégalités (3) (VI, p. 8) montrent que les ensembles forment un système fondamental d’entourages de la structure uniforme de (cf. IX, p. 12).
De ce fait, et de l’inégalité
Définition 1
Étant donnés un point , et un nombre , on appelle boule euclidienne ouverte (resp. fermée) à n dimensions de centre et de rayon , l’ensemble des points tels que (resp. ); on appelle sphère euclidienne à dimensions, de centre et de rayon , l’ensemble des points tels que .
Lorsque aucune confusion n’est à craindre, on dit simplement « boule » (resp. « sphère ») pour « boule euclidienne » (resp. « sphère euclidienne »). Pour , on dit « disque » au lieu de « boule à 2 dimensions », et « cercle » au lieu de « sphère à 1 dimension ».
Pour , la boule ouverte (resp. fermée) de centre et de rayon est l’intervalle (resp. ); la sphère de centre et de rayon est l’ensemble des deux extrémités de ces intervalles. Pour , toute boule est réduite à 0, et toute sphère est vide.
D’après ce qui précède, les boules (ouvertes ou fermées) de centre (ou seulement celles de rayon , où parcourt l’ensemble des entiers ) forment un système fondamental de voisinages du point .
Proposition 1
Toute boule ouverte (resp. fermée) de est un ensemble ouvert (resp. compact). L’adhérence d’une boule ouverte est la boule fermée de même centre et de même rayon ; l’intérieur d’une boule fermée est la boule ouverte de même centre et de même rayon.
La boule ouverte (resp. fermée) de centre et de rayon est l’image réciproque de l’intervalle (resp. ) par la fonction continue ; c’est donc un ensemble ouvert (resp. fermé et borné, donc compact). Si , et si () est un point du segment ouvert d’extrémités et , on a , et est aussi petit qu’on veut; donc est adhérent à la boule ouverte de centre et de rayon . De même, si () est un point de la demi-droite ouverte d’origine et de vecteur directeur , on a
Corollaire
Toute sphère euclidienne est un ensemble compact, frontière de la boule ouverte et de la boule fermée de même centre et de même rayon.
L’homéomorphisme affine transforme la sphère (resp. boule ouverte, boule fermée) de centre et de rayon en la sphère (resp. boule ouverte, boule fermée) de centre 0 et de rayon 1 ; on désigne cette sphère par la notation et on l’appelle sphère unité dans ; de même, on désigne par , et on appelle boule unité dans , la boule fermée de centre 0 et de rayon 1. L’étude topologique d’une sphère à dimensions (resp. d’une boule fermée à dimensions) est donc ramenée à celle de (resp. ). Quant aux boules ouvertes, on a la proposition suivante:
Proposition 2
Toute boule ouverte à n dimensions est homéomorphe à .
En effet, l’application est continue dans et applique sur la boule ouverte de centre 0 et de rayon 1 ; en outre, de on tire , donc l’application précédente est bijective et bicontinue.
Désignons par le complémentaire de 0 dans , et rappelons qu’on désigne par l’ensemble des nombres réels .
Proposition 3
L’application est un homéomorphisme de sur .
En effet, tout point peut s’écrire d’une manière et d’une seule sous la forme , avec et , car de la relation , on tire , et . Puisque est continue dans le produit , donc a fortiori dans , et que et sont continues dans , la proposition est démontrée.
L’application est appelée projection centrale de sur . On définit de même la projection centrale du complémentaire d’un point sur une sphère de centre .
En particulier, pour , on a , la projection centrale d’un nombre réel est son signe , et on retrouve ainsi la prop. 2 de IV, p. 12.
Corollaire 1
La sphère est homéomorphe à l’espace quotient de par la relation d’équivalence dont les classes sont les demi-droites ouvertes d’origine 0.
Ces classes peuvent aussi être définies comme les orbites distinctes de , du groupe des homothéties de rapport .
Corollaire 2
L’espace est homéomorphe à .
En effet, est homéomorphe à (IV, p. 13, prop. 1).
Remarque
Les propositions précédentes ne sont pas particulières aux boules euclidiennes, mais peuvent s’étendre à toute une catégorie de voisinages compacts de 0 dans (voir VI, p. 24, exerc. 12).
Les ensembles et sont évidemment invariants par toute transformation orthogonale. Si est un sous-espace vectoriel à dimensions de , il existe une transformation orthogonale transformant en le sous-espace vectoriel de
R^n engendré par e_1, e_2, ..., e_p; on en conclut que V ∩ S_{n-1} (resp. V ∩ B_n) est homéomorphe à S_{p-1} (resp. B_p).
4. Projection stéréographique
Supposons n > 1 et considérons le point e_n = (0, ..., 0, 1) de S_{n-1}, et l’hyperplan H d’équation x_n = 0, orthogonal au vecteur e_n. À tout point x = (x_i) de S_{n-1}, distinct de e_n, faisons correspondre le point y où la droite passant par e_n et x rencontre l’hyperplan H (fig. 3).
On vérifie aisément qu’on a y = et
Si on désigne par A le complémentaire de {e_n} par rapport à S_{n-1}, ces formules prouvent qu’on a défini ainsi un homéomorphisme de A sur l’hyperplan H. Cet homéomorphisme est appelé projection stéréographique de A sur H, ou, par abus de langage, projection stéréographique de S_{n-1} sur H (cf. A, IX, § 10, exerc. 14); e_n est le point de vue de la projection, H l’hyperplan de projection. Plus généralement, si a est un point de S_{n-1} et H’ l’hyperplan passant par 0 et orthogonal à la droite passant par 0 et a, on définit de la même manière la projection stéréographique de point de vue a sur l’hyperplan de projection H’. Cette projection définit un homéomorphisme du complémentaire de a dans S_{n-1} sur H’, d’où:
Proposition 4
Pour n ≥ 1, le complémentaire d’un point dans la sphère euclidienne S_{n-1} est homéomorphe à l’espace numérique R^{n-1}.
Corollaire 1
Pour n ≥ 1, la sphère S_{n-1} est homéomorphe à l’espace compact obtenu par adjonction à R^{n-1} d’un « point à l’infini » (I, p. 68).
Comme S_{n-1} est compact, cela résulte immédiatement de la prop. 4 et de loc. cit., th. 4.
Corollaire 2
Pour n > 1, la sphère euclidienne S_{n-1} est un espace connexe et localement connexe dont tout point admet un voisinage ouvert homéomorphe à R^{n-1}.
En effet, la sphère étant un espace séparé, le complémentaire d’un point de est ouvert dans ; si , l’espace est la réunion de deux parties connexes et dont l’intersection est non vide, donc est connexe (I, p. 81, prop. 2).
Corollaire 3
Pour , la sphère est homéomorphe à l’espace quotient de la boule , obtenu en identifiant tous les points de la sphère .
En effet, la boule est un espace régulier (I, p. 56); donc l’espace quotient F de obtenu en identifiant tous les points de est séparé (I, p. 58, prop. 15). Comme est un espace compact, F est compact, et est donc homéomorphe à l’espace compact déduit d’une boule ouverte à dimensions par adjonction d’un point à l’infini, en vertu du th. d’Alexandroff (I, p. 67, th. 4); les prop. 2 (VI, p. 10) et 4 entraînent donc le corollaire.
En particulier, pour , compte tenu de la prop. 4 de V, p. 2:
Corollaire 4
Le cercle est homéomorphe au tore .
Dans VIII, p. 4, nous retrouverons cette proposition comme conséquence d’un théorème plus précis.
On appelle hémisphère fermé (resp. hémisphère ouvert) de l’intersection de et d’un demi-espace fermé (resp. ouvert) déterminé par un hyperplan; par projection stéréographique sur un tel hyperplan, l’hémisphère fermé (resp. ouvert) ne contenant pas le point de vue, est appliqué sur une boule fermée (resp. ouverte) à dimensions, à laquelle il est donc homéomorphe.
Pour , on dit « demi-cercle » au lieu d’« hémisphère ».
Exercices
See the exercises for § 2.
[^1]: La seule hypothèse que quels que soient entraîne d’ailleurs que est linéaire affine, donc un déplacement (cf. A, IX, § 6, exerc. 21).